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Le temps perdu

Parodos

Acte I : Origines

Acte II : Les Doriens

Acte III : Sophocle

Le temps gagné

© Christian Carat Autoédition

Acte IV : Alexandre

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Acte V : Le christianisme

Jésus le Mashiah

Le royaume d’Israël façonné par Hérode est un pur produit hellénistique. Il mélange des peuples très divers sous l’autorité du "vivre-ensemble/polite…a" grec. Après sa victoire à Actium en -31, Octave Auguste a donné à Hérode des territoires samaritains, philistins, phéniciens (Gadara/Umm Qeis, Hippos, Samarie, Anthedon, Joppé/Jaffa, Tour-de-Straton, selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XV.217 précité), puis des territoires arabes au sud de la Syrie où le sheikh Zénodoros nomadisait avant sa mort (la Trachonitide, les environs du lac de Galilée, les environs du lac Méron/Hula au nord du lac de Galilée, Panion/Baniyas, selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XV.360 précité). Pour son armée, Hérode a recruté des Galates (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XV.217 précité et Guerre des juifs I.397), des Thraces, des Germains (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.198 précité et Guerre des juifs I.672). Partout il a multiplié les références à la Grèce païenne. Son personnel administratif est grec, à l’image de son secrétaire Nicolas de Damas, philosophe aristotélicien comme nous l’avons vu dans notre alinéa précédent, et son intendant Ptolémée, frère de Nicolas de Damas. La langue de sa Cour est le grec, l’araméen a perdu son statut de langue franque de l’époque perse, il n’est plus parlé majoritairement que dans les campagnes de la lointaine Galilée, autour de la capitale Sepphoris/Tsipori qui est aussi hellénophone. Les monnaies, qui arboraient des légendes en hébreu à l’époque de Simon Maccabée et de Jean Hyrcan Ier, devenues bilingues à l’époque d’Alexandre Jannée ("ALEXANDROU BASILEWS/Alexandre roi" en grec à l’avers, "Yehonathan Grand Prêtre" en hébreu au revers), sont exclusivement grecques sous Hérode ("HRW[DHS] BASIL[EWS]/Hérode roi" en grec à l’avers, un objet symbolique au revers). Il a relevé le temple d’Apollon à Rhodes (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XVI.147 précité), il a financé les Jeux olympiques et en a été remercié par le titre d’"agonothète perpétuel" (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XVI.149 précité), l’inscription 414 du répertoire Orientis Graeci Inscriptiones Selectae - ou "OGIS" dans le petit monde des hellénistes - porte une dédicace d’Hérode "Filorwma‹on/Ami des Romains" au peuple d’Athènes. A Jérusalem, l’esplanade du Temple aménagée autour du Saint des Saints, avec ses portiques majestueux, rivalise avec les esplanades d’Athènes, d’Ephèse, de Pergame et d’ailleurs, comme ces dernières elle a transformé un lieu saint en une manne financière, un Disneyland séculier où les affairistes s’engraissent sur le dos des pèlerins et des touristes (comme aujourd’hui au Vatican et à La Mecque). Les compromis avec Rome sont également importants. A côté de l’antique cité de Samarie, Hérode a fondé une nouvelle cité hellénistique fortifiée qu’il a baptisée "Sébasté/Seb£sth", traduction grecque d’"Auguste" en latin, surnom de l’Empereur. Au lieu-dit côtier Tour-de-Straton, il a fondé une autre cité hellénistique avec stade et amphithéâtre qu’il a baptisée "Césarée" en l’honneur de l’Empereur, avec un large port pour accueillir les galères romaines et faciliter les importations de marchandises en provenance de tous les pays païens de la Méditerranée. Et quand les juifs lui ont reproché son universalisme grec et sa proximité avec les Romains, il n’a pas hésité à les abaisser, les ridiculiser ou les détruire. Il a désigné Simon-Boethos d’origine égyptienne comme nouveau Grand Prêtre. Il a réprimé sévèrement ceux qui ont réclamé le retrait de l’aigle impérial en or au-dessus d’une porte du Temple. Il a éliminé le Grand Prêtre Hyrcan II, et sa fille Mariamné, et ses petits-fils Alexandre et Aristobule, afin d’effacer toute trace de la dynastie asmonéenne. Toute sa vie, Hérode a eu un problème de légitimité : certes il s’est converti au judaïme, mais aux yeux des juifs il est resté un Arabe édomite/iduméen, fils du couple arabe hellénisé Antipatros-Kypris. Face à lui, les juifs pharisiens ont toujours été partagés : ils étaient satisfaits de le voir mépriser les saducéens, mais ils ne lui pardonnaient pas sa trop grande légèreté avec la Torah, d’où leur persécution quand il a ordonné leur allégeance à lui-même et à l’Empereur. Les juifs nazaréens quant à eux le considéraient comme un vulgaire tyran en invoquant son anéantissement imminent par la toute-puissance de Yahvé via son Mashiah/Messie. Abusant du diviser-pour-mieux-régner avec les chefs juifs, Hérode a autant abusé du mariage dans l’espoir vain d’unir les peuples non-juifs annexés au royaume, au final il n’a fait que reproduire le scénario calamiteux du roi grec Philippe II de Macédoine : comme Philippe II jadis s’est uni à l’Illyrienne Audata en croyant s’attirer la sympathie des Illyriens, aux Thessaliennes Nikèsipolis et Philinna en croyant s’attirer la sympathie des Thessaliens, à la Molosse Olympias en croyant s’attirer la sympathie des Molosses, à la Thrace Cléopâtre en croyant s’attirer la sympathie des Thraces, Hérode s’est uni à l’Edomite/Iduméenne Doris en croyant s’attirer la sympathie des Edomites/Iduméens, à l’Egyptienne Mariamné-Boethos en croyant s’attirer la sympathie des juifs installés en Egypte, à la Samaritaine Malthaké en croyant s’attirer la sympathie des Samaritains, à la (probable) Arabe hellenisé Cléopâtre en croyant s’attirer la sympathie des Arabes hellénisés de l’est du lac de Galilée ("Le roi Hérode eut neuf maîtresses. D’abord [Doris] la mère d’Antipatros. Ensuite [Mariamné-Boethos] la fille du Grand Prêtre [Simon-Boethos], dont il eut un fils nommé d’après lui ‟Hérode[-Boethos]”. Ensuite une fille de son frère, et une de ses cousines, ni l’une ni l’autre n’eut d’enfant [ces deux femmes anonymes sont inconnues par ailleurs]. Ensuite [Malthaké] une Samaritaine qui lui donna pour fils [Hérode-]Antipas et [Hérode-]Archélaos, et pour fille Olympias, future épouse de Joseph le neveu du roi, [Hérode-]Archélaos et [Hérode-]Antipas furent élevés à Rome chez un particulier. Ensuite Cléopâtre de Jérusalem dont il eut deux fils : Hérode et Philippe [le Tétrarque], ce dernier aussi élevé à Rome. Ensuite Pallas, mère d’un fils : Phasael. Enfin Phèdre et Elpis, qui lui donnèrent deux filles : Roxane et Salomé", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.19-21), au final il n’a réussi, comme Philippe II, qu’à engendrer des héritiers fratricides. Le royaume d’Israël façonné par Hérode n’est nullement homogène, c’est une poudrière. Sitôt Hérode mort, peu avant la fête de Pâque -4, il explose. En quelques semaines, en quelques jours, dès que le décès est confirmé, les revendications fusent, les colères s’épanchent, les rancœurs se libèrent.


Les pharisiens demandent à Hérode-Archélaos, héritier du titre royal, de réparer les injustices de son père, notamment d’accorder les honneurs funèbres aux deux notables exécutés pour avoir réclamé le retrait de l’aigle d’or au-dessus d’une des portes du Temple, et la destitution du Grand Prêtre Joazar-Boethos nommé par Hérode ("Quelques juifs désireux d’une révolution se réunirent pour déplorer le sort de Matthias [ben Mergalothos] et de ceux qui avaient été mis à mort avec lui par Hérode suite à l’affaire de l’aigle d’or, et qui n’avaient pas reçu les honneurs funèbres par la crainte qu’inspirait le roi. Ils poussèrent des grands cris et injurièrent le roi comme un soulagement pour ces morts. Puis ils réclamèrent qu’[Hérode-]Archélaos les vengeât en châtiant les serviteurs d’Hérode, qu’il destituât notamment le Grand Prêtre [Joazar-Boethos] installé par Hérode et le remplaçât par un homme plus attaché à la Torah et plus pur", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.206-207). Mais Hérode-Archélaos botte en touche, il leur répond qu’il ne peut rien faire puisqu’il n’a pas encore été reconnu officiellement roi par Rome. En attendant son entrée en fonction, il dit simplement que les deux notables en question ont bien mérité leur châtiment car leur attitude n’était pas conforme à la Torah ni respectueuse du pouvoir royal ("[Hérode-]Archélaos fut agacé par leur agitation, mais il choisit de se hâter vers Rome pour observer les dispositions de César [Octave Auguste]. Il leur envoya un stratège les persuader de renoncer à leur projet de vengeance, à admettre que la peine subie par leurs amis était conforme aux lois et que leurs propres exigences étaient insolentes. Par ailleurs en la circonstance il n’avait pas la capacité d’agir, il exigea donc la concorde jusqu’à temps d’être officiellement validé par César [Octave Auguste] et, à son retour, de pouvoir délibérer de leurs revendications avec eux, pour l’heure ils devaient rester tranquilles et cesser d’appeler à la révolte", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.208-209). Cela porte au comble la détermination des rabbins, qui trouvent inadmissible qu’on leur donne des leçons de conformité à la Torah puisqu’ils la connaissent mieux que quiconque et l’enseignent, et qui comprennent qu’Hérode-Archélaos prétend s’inscrire dans la lignée perverse de son père ("[Les partisans de Judas ben Sariphaios et Matthias ben Mergalothos], par leurs cris, l’empêchèrent de parler [le stratège représentant Hérode-Archélaos] et le menacèrent de mort en même temps que tous ceux qui leur conseillaient trop directement de se modérer et de renoncer à leurs projets. Décidés à suivre leur propre impulsion plutôt que l’autorité du pouvoir, ils jugèrent abominable qu’après avoir été privés de leurs plus chers amis du vivant d’Hérode, on continuât après la mort de ce dernier à les venger par une juste colère. Ils considéraient légal ce qu’ils désiraient, ne pressentant pas le danger qui en résulterait ou, chez ceux qui le soupçonnaient, se laissant griser par la joie immédiate que leur procurait l’idée de châtier leurs ennemis détestés", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.210-211). Ils s’organisent pour pousser la population au soulèvement à l’occasion de la fête de Pâque -4 qui approche ("A ce moment se préparait la fête appelée “Pâque” rappelant la sortie d’Egypte, où les juifs ne servent que des pains azymes suivant la Torah. Elle est célébrée avec beaucoup de zèle, on y immole habituellement une plus grande quantité de victimes que dans aucune autre fête. Une foule innombrable arrive de tout le pays, même de l’étranger, pour honorer Yahvé. Même les séditieux qui pleuraient Judas [ben Sariphaios] et Matthias [ben Mergalothos], interprètes des lois, se réunirent dans le Temple avec force victuailles qu’ils n’eurent pas honte de mendier", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.213-214). Hérode-Archélaos envoie une troupe de police pour contenir les rebelles. Ces derniers, avec l’aide de la population, chassent la troupe ("Craignant que leur extrémisme les entrainât dans un désordre plus grave, [Hérode-]Archélaos envoya une troupe d’hoplites sous commandement d’un chiliarque pour contenir leur révolte avant que tout le peuple ne fût contaminé par leur folie, avec ordre de lui amener les meneurs. Contre cette troupe, les séditieux exégètes de la Torah et la foule s’excitèrent par des cris et des exhortations. Ils s’élancèrent sur les soldats et, les ayant cernés, tuèrent beaucoup d’entre eux à coups de pierres, seuls quelques-uns et le chiliarque purent s’échapper couverts de blessures. Ensuite les auteurs de la révolte continuèrent leurs célébrations [de Pâque]", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.215-216). Hérode-Archélaos envoie alors une troupe militaire armée lourdement, qui éparpille les manifestants et tue ceux qui résistent ("[Hérode-]Archélaos pensait qu’il perdrait tout s’il ne réprimerait pas ce mouvement populaire, alors il envoya-t-il toute son armée, avec sa cavalerie pour empêcher les gens qui campaient autour du Temple de porter secours à ceux qui étaient à l’intérieur et pour que ceux qui seraient chassés par les fantassins ne pussent pas s’échapper. Les cavaliers tuèrent environ trois mille hommes, le reste s’enfuit vers les monts voisins. [Hérode-]Archélaos ordonna par ses hérauts chacun rentrât chez soi. La foule partitn abandonnant la fête [de Pâque -4], redoutant des maux plus grands malgré l’audace que lui donnait son inexpérience", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.217-218). L’ordre étant apparemment rétabli, il se rend à Césarée, où se trouve le consul Caius Salvisius Sabinus (en poste depuis quelques mois avec pour collègue Lucius Passienus Rufus), que Nicolas de Damas via Flavius Josèphe présente comme l’"intendant de César [Octave Auguste] dans les affaires de Syrie/Ka…saroj ™p…tropoj tîn ™n Sur…a pragm£twn". Caius Salvisius Sabinus, qui est un protégé d’Octave Auguste, a imposé récemment un senatus-consulte concluant cinq édits impériaux retrouvés par les archéologues à Cyrène en Libye et étudiés par le juriste belge Fernand De Visscher dans Les édits d’Auguste découverts à Cyrène publié en 1940, prétendant sécuriser les droits des peuples contre les spoliations des Romains : en réalité, ce senatus-consulte est un des nombreux exemples de l’habileté tactique d’Octave Auguste, il vise à spolier les peuples sous prétexte de préserver leurs intérêts, à voler leurs biens sous prétexte de les défendre contre la convoitise des affairistes et des administrateurs locaux. Ainsi quand Caius Salvisius Sabinus débarque à Césarée, son but est de voler les biens des juifs sous prétexte de les défendre contre la convoitise des héritiers d’Hérode. Il a certainement été missionné en urgence par Octave Auguste, qui a vu dans la mort d’Hérode une opportunité pour renforcer la mainmise romaine sur le royaume d’Israël, précisément en plaçant les trésors royaux sous tutelle romaine, officiellement pour le bien du peuple juif, officieusement pour transformer le royaume en quasi province romaine. Publius Quinctilius Varus, qui est toujours gouverneur de Syrie en -4, et qui connait bien la tension politique et sociale du royaume d’Israël pour l’avoir vue à l’œuvre lors du procès contre Antipatros en -5, arrive vite à Césarée pour dissuader son compatriote Caius Salvisius Sabinus d’y appliquer le senatus-consulte. Ce dernier consent à différer l’opération : il promet de ne pas toucher aux trésors royaux tant qu’Octave Auguste n’aura pas tranché publiquement sur le statut d’Hérode-Archélaos ("[Hérode-]Archélaos descendit vers la mer après avoir confié à son [demi-]frère Philippe [le Tétrarque] le soin de toutes ses affaires privées et publiques. Il emmena sa mère [Malthaké], Nicolas [de Damas], Ptolémée [frère de Nicolas de Damas] et Ptollas ses amis, et aussi Salomé sœur d’Hérode avec ses enfants [Bérénice et Antipatros], et de nombreux autres parents, tous assuraient vouloir soutenir son accession à la royauté mais en fait ils allaient agir contre lui en arguant des récents événements au Temple. A Césarée, [Hérode-]Archélaos rencontra [Caius Salvisius] Sabinus, intendant de César [Octave Auguste] dans les affaires de Syrie. Ce dernier était venu en hâte en Judée pour sécuriser la fortune d’Hérode, mais [Publius Quinctilius] Varus, mandé par [Hérode-]Archélaos via Ptolémée, l’empêcha de poursuivre sa mission. Pour être agréable à [Publius Quinctilius] Varus, [Caius Salvisius] Sabinus renonça à occuper les citadelles de Judée et à mettre les trésors sous scellés, il permit à [Hérode-]Archélaos de les conserver jusqu’à temps que César [Octave Auguste] eût décidé de son statut. Cette promesse faite, il demeura à Césarée", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.219-222). Ce dernier, accompagné du secrétaire Nicolas de Damas et de son frère l’intendant Ptolémée qui se sont mis à son service après la mort d’Hérode, embarque sur un navire à destination de Rome. Rassuré, Publius Quinctilius Varus retourne vers la Syrie, en laissant une légion à Jérusalem ("Sitôt [Hérode-]Archélaos embarqué, tout le peuple s’agita. [Publius Quinctilius] Varus, qui était présent [à Césarée], punit les meneurs. Puis, la rébellion ayant perdu de sa force, il repartit vers Antioche, en laissant à Jérusalem une légion pour brider les velléités de soulèvement des juifs", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.248). Mais dès que les deux hommes ont quitté Césarée, Caius Salvisius Sabinus rompt sa promesse et part à Jérusalem prendre la tête de la légion laissée par Publius Quinctilius Varus ("Mais dès qu’[Hérode-]Archélaos se fut embarqué pour Rome et que [Publius Quinctilius] Varus fut reparti pour Antioche, [Caius Salvisius] Sabinus alla à Jérusalem et occupa le palais royal", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.222). Hérode-Antipas aussi a mis à la voile vers Rome, il espère qu’Octave Auguste cassera le dernier testament d’Hérode et restaurera le testament précédent où Hérode le reconnaissait son successeur contre Hérode-Archélaos ("A la même époque, [Hérode-]Antipas fils d’Hérode s’embarqua à son tour pour Rome afin de revendiquer le trône pour lui-même. Les promesses de Salomé lui avait suscité l’espoir de régner, et il s’estimait plus légitime qu’[Hérode-]Archélaos puisqu’il avait été désigné comme roi dans le testament précédent, selon lui plus fondé que celui suivant. Il était soutenu par sa mère [Malthaké] et par Ptolémée le frère de Nicolas [de Damas] qu’Hérode avait honoré et qui lui était dévoué. Celui qui le poussait le plus à réclamer la royauté était Eirènaios, rhéteur réputé qu’il avait chargé de défendre sa cause. [Hérode-]Antipas ne supportait pas ceux qui lui conseillaient de s’effacer devant [Hérode-]Archélaos, plus âgé que lui et reconnu roi par le testament de son père", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.224-226). Les deux frères Hérode-Archélaos et Hérode-Antipas se retrouvent à Rome devant Octave Auguste ("[Hérode-]Archélaos avait adressé à César [Octave Auguste] une lettre où il revendiquait ses titres, le testament d’Hérode, ses trésors, apportée par Ptolémée et munie du sceau royal, et il attendait les événements. Après avoir pris connaissance de tous ces documents, ainsi que des lettres de [Publius Quinctilius] Varus et de [Caius Salvisius] Sabinus, de sa fortune et de ses revenus annuels, et de la lettre d’[Hérode-]Antipas revendiquant la royauté pour lui-même, César [Octave Auguste] réunit ses proches pour aviser, dont Caius fils d’Agrippa et de sa fille Julia qu’il avait adopté et introduit dans son conseil à la première place. Il pria ceux qui le voulaient de s’exprimer sur l’affaire en question", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.228-229). Leurs discours respectifs, que nous ne commenterons pas pour ne pas déborder du cadre de notre étude, sont rapportés par Nicolas de Damas via Flavius Josèphe (Antiquités juives XVII.230-247). Finalement Octave Auguste entérine le dernier testament d’Hérode : Hérode-Archélaos prend le titre royal mais administrera seulement la partie sud, la partie nord sera administrée par Hérode-Antipas et par Philippe le Tétrarque comme indiqué dans le document ("Après cet exposé, Nicolas [de Damas] se tut. César [Octave Auguste] releva avec bienveillance [Hérode-]Archélaos qui s’était présenté à ses pieds et déclara qu’il était digne de la royauté, montrant clairement son intention de se conformer au testament favorable à [Hérode-]Archélaos", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.248). Pendant ce temps, rien ne va plus à Jérusalem. Caius Salvisius Sabinus utilise les légionnaires pour accaparer les trésors royaux, une méthode qui paraît davantage un vulgaire pillage qu’une ponction fiscale légale, et alimente le mécontentement général de la population ("Après le départ de [Publius Quinctilius] Varus, [Caius Salvisius] Sabinus l’intendant de César [Octave Auguste] ["™p…tropoj toà Ka…saroj"] tourmenta grandement les révoltés, persuadé que les troupes laissées sur place [dans Jérusalem] les accableraient sous leur nombre. Il employa les soldats pour presser les juifs, et ce faisant il intensifia la révolte. Il prit des citadelles par la force et chercha avec acharnement où étaient cachés les trésors royaux, animé par l’appât du gain et une insatiable cupidité", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.252-253). Il va même jusqu’à filtrer l’accès à la pièce où est conservé le vêtement sacerdotal du Grand Prêtre, ce qui équivaut à prendre le contrôle du fonctionnement ordinaire des cérémonies juives - qui ne peuvent plus avoir lieu si le Grand Prêtre, privé de son vêtement sacerdotal par les Romains, ne les préside plus -, le contrôle physique du Temple, et par extension le contrôle de la Judée ("Dans l’angle nord de l’acropole [de Jérusalem, où est bâti le Temple] se trouvait un fort aménagé par les rois-prêtres asmonéens prédécesseurs d’Hérode, appelé ‟Baris” [hébraïsation de "baru/fort, citadelle" en vieux perse, hellénisé en "Akra" après la conquête d’Alexandre de Grand au IVème siècle av. J.-C., rebaptisé "Antonia" en -37 par Hérode en l’honneur de Marc-Antoine], abritant le vêtement sacerdotal que le Grand Prêtre revêtait lors des sacrifices. Hérode laissa le vêtement dans cet endroit. Mais après sa mort, il passa sous la garde des Romains", Flavius Josèphe, Antiquités juives XV.403-404 ; "En prenant le pouvoir [après avoir déposé Hérode-Archélaos en 6], les Romains devinrent maîtres du vêtement du Grand Prêtre conservé dans un bâtiment en pierres scellé par les prêtres et les gardiens du trésor, où le commandant de la garnison allumait chaque jour une lampe", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.94). Les juifs convergent à nouveau vers Jérusalem pour la fête de Pentecôte -4. Ils s’installent autour de l’esplanade du Temple, bien décidés à la prendre d’assaut si on leur refuse l’entrée ("Quand arriva la Pentecôte [-4], l’un de nos fêtes ancestrales, par dévotion autant que par colère contre les insolences de [Caius Salvisius] Sabinus, plusieurs dizaines de milliers de gens vinrent. Des Galiléens, des Iduméens, tous les habitants de Jéricho, d’autres des bords du Jordain, beaucoup de juifs se joignirent à la foule désirant châtier [Caius Salvisius] Sabinus. Ils se divisèrent en trois colonnes pour aller camper en trois endroits : les premiers occupèrent l’hippodrome, les deuxièmes se postèrent sous le mur nord du Temple, face au nord, occupant le quartier est [de la ville], les troisièmes gardèrent l’ouest où se dressait le palais royal. Cette répartition, après avoir encerclé les Romains, équivalait à les assiéger", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.254-255). Caius Salvisius Sabinus, prenant la mesure du danger qu’il a lui-même généré, appelle à l’aide Publius Quinctilius Varus ("[Caius Salvisius] Sabinus eut peur du nombre et de la résolution de ces gens indifférent à la mort et considérant la victoire comme un devoir. Il écrivit aussitôt, comme c’est l’usage en pareil cas, à [Publius Quinctilius] Varus pour demander un prompt secours, insistant sur le fait que les troupes sur place étaient en grand danger et risquaient d’être prises et massacrées", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.256). Depuis le palais du défunt Hérode où il s’est retranché, à l’ouest de la ville, il envoie des signaux aux légionnaires encerclés dans le sanctuaire pour les inciter à faire une sortie. Une bataille s’engage, sans résultat ("S’étant installé dans la tour la plus haute du palais, nommée “Phasael” en mémoire du frère d’Hérode tué par les Parthes [en -40], [Caius Salvisius Sabinus] exhorta les Romains à effectuer une sortie contre les juifs. N’osant pas lui-même descendre au milieu des siens, il trouvait juste que les autres s’exposassent à la mort pour sa cupidité. Les Romains risquèrent donc une sortie, un violent combat s’engagea, les Romains eurent l’avantage, mais le moral des juifs ne fléchit pas malgré leur situation périlleuse et le grand nombre de leurs morts", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.257-258). Des juifs tentent de pénétrer en montant sur les portiques qui entourent l’esplanade, mais les Romains les incendient et beaucoup meurent grillés ou en essayant de revenir sur leurs pas ("Les juifs grimpèrent sur les portiques qui entouraient l’esplanade autour du Temple [autour du Saint des Saints] et initièrent la bataille en jetant des pierres, les uns avec leurs mains, les autres avec des frondes, s’étant entraînés à cette tactique. En même temps les archers alignés causèrent beaucoup de pertes aux Romains car ils étaint habiles et surtout difficiles à atteintre, hors de portée des javelots de leurs ennemis qu’ils maltraitèrent. La lutte dura longtemps. Finalement les Romains exaspérés incendièrent les portiques à l’insu des juifs qui y étaient montés. Le feu s’alimenta de nombreux matériaux combustibles, atteignit rapidement la charpente enduite de poix et de cire, avec des revêtements d’or également liés à la cire. Tout céda en peu de temps. Ainsi fut détruit ce grand et magnifique monument. Les gens sur les portiques furent surpris par cette catastrophe imprévue. Les uns furent entraînés dans l’écroulement du toit, les autres abattus de toutes parts par l’ennemi. Beaucoup, désespérant du salut, épouvantés par le fléau qui les cernait, se jetèrent d’eux-mêmes dans les flammes ou se percèrent de leur épée pour y échapper. Tous ceux qui tentèrent de reculer par l’endroit où ils avaient grimpé furent anéantis par les Romains, ayant perdu leurs armes et leur courage, n’ayant même plus la force du désespoir. Aucun de ceux qui étaient montés sur le toit ne fut épargné", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.259-263). Leurs offensives vers le Temple ayant échoué, les juifs se tournent vers le palais et envoient un ultimatum à Caius Salvisius Sabinus et aux hommes qui le servent, légionnaires romains et anciens soldats d’Hérode : ou bien ils se rendent et auront la vie sauve, ou bien ils résistent et mourront. Une partie des anciens soldats d’Hérode se rangent du côté des rebelles, les autres restent fidèles au consul romain ("Ceux [parmi les juifs rebelles] qui avaient conservé leur cohésion et leur vigueur vinrent assiéger le palais royal, ils menacèrent de l’incendier en promettant la mort à tous ceux qui refuseraient de sortir sur-le-champ et la vie sauve à tous ceux, dont [Caius Salvisius] Sabinus, qui se rendraient. La majorité des troupes royales déserta de leur côté. Mais Rufus et Gratus, qui commandaient les trois mille meilleurs fantassins d’Hérode, solides et entreprenants, se rangèrent du côté des Romains, beaucoup de cavaliers sous les ordres de Rufus les renforcèrent aussi. Cela ne détourna pas les juifs de renforcer le siège, en minant les remparts et en exhortant les rebelles à ne pas différer l’heure de libération de leur patrie", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.265-267). Le soulèvement se propage à tout le royaume. En Judée, des habitants se soulèvent contre Achiab qui commande une troupe royale au nom d’Hérode-Archélaos, ils sont rejoints par des vétérans d’Hérode ("La Judée était lors en proie à mille soulèvements. Partout on poussait à la guerre, soit par espoir de butin, soit par volonté de révolte. Deux mille vétérans ayant servi Hérode se rassemblèrent en Judée contre les troupes royales dirigées par Achiab cousin d’Hérode, qui leur résista avant d’être chassés de la plaine vers les hauteurs par ces adversaires expérimentés, auquel il échappa grâce aux difficultés du terrain", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.269-270). Du côté de Jéricho, un ancien esclave nommé "Simon" se proclame roi et attire beaucoup de partisans, il est vaincu et tué par Gratus qui commande une autre troupe royale au nom d’Hérode-Archélaos ("J’ajoute encore Simon, ancien esclave du roi Hérode, bel homme à qui la haute taille et la force physique inspirèrent ambition et confiance. Exalté par le désordre général, il eut l’audace de ceindre le diadème et, après avoir réuni beaucoup de gens, de se déclarer roi acclamé par ces fous, s’en jugeant plus digne que tout autre. Il brûla le palais de Jéricho, en pilla le contenu, anéantit pareillement beaucoup d’autres maisons royales en d’autres endroits, que ses compagnons dépouillèrent. Il aurait continué si on n’avait pas décidé de le châtier. Gratus, qui avait rangé ses troupes royales aux côtés des Romains, vint attaquer Simon avec toutes ses forces disponibles. La bataille fut acharnée et longue. Beaucoup de Péréens, sans organisation, combattant avec plus d’audace que de science, furent massacrés. Simon lui-même, quand il s’enfuit dans un défilé, fut rattrapé par Gratus, qui le décapita", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.271-272 ; "En Pérée, Simon, un des esclaves royaux, fort de sa prestance et de sa haute taille, se ceignit lui-même du diadème et parcourut la province avec les brigands qu’il avait rassemblés, il incendia le palais royal à Jéricho et beaucoup d’autres résidences luxueuses, le feu lui facilitant le pillage. Il aurait brûlé toutes les autres maisons riches si Gratus, commandant la cavalerie royale, prenant avec lui les archers de Trachonitide et l’élite des troupes de Sébasté [Samarie], ne s’était pas porté à sa rencontre. Beaucoup de Péréens furent tués dans l’affrontement. Simon lui-même essaya de s’échapper par un à-pic, mais Gratus lui coupa la route et, frappant de côté, le décapita", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.57-59 ; "Après la mort d’Hérode, sans attendre les décisions de César [Octave Auguste], un nommé “Simon” se prétendit roi, il fut puni par [Publius] Quintilius Varus le gouverneur de Syrie, et le pays remis dans le rang fut partagé entre les trois fils d’Hérode", Tacite, Histoire V.9). Du côté d’Emmaüs-de-la-montagne (aujourd’hui Al-Qubeiba à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Jérusalem en Cisjordanie, 31°50'25"N 35°08'05"E, à ne pas confondre avec Emmaüs-de-la-plaine, à mi-chemin entre Jérusalem à l’est et la côte méditerranéenne à l’ouest, sur le site du village arabe d’Imwas détruit lors de la guerre des Six jours en 1967, 31°50'21"N 34°59'21"E), un simple berger nommé "Athroggès/AqrÒgghj" se proclame roi aussi et attire beaucoup de partisans, il anime une guérilla contre la troupe de Gratus après l’exécution du rebelle Simon à Jéricho ("On trouva même un nommé “Athroggès”, sans ascendance noble, sans mérite particulier par ses actes ou par sa richesse, simple berger, parfaitement anonyme, seulement remarquable par sa haute taille et ses bras solides, qui osa aspirer à la royauté par revanche, prêt à défendre chèrement sa vie dans ce but. Il avait quatre frères, aussi confiants que lui par leur haute taille et leurs bras solides. Il les utilisa comme remparts contre sa royauté, chacun d’eux commandant une troupe constituée des gens nombreux qui les avaient rejoints. Ils étaient des stratèges dévoués, opérant à leur gré, pendant que lui, ceint du diadème, tenait conseil sur les affaires et réglait tout souverainement. Cet homme conserva longtemps son influence, le titre de roi, et la liberté d’agir à sa guise. Ses frères et lui massacrèrent beaucoup de Romains et de soldats royaux, animés de la même haine contre ceux-ci et surtout ceux-là qui avaient commis des violences sous le règne d’Hérode et secondaient les injustices récentes des Romains. Leur sauvagerie augmenta au fil du temps. Personne ne fut épargné par leur cupidité ou par leur habitude du meurtre. Un jour près d’Emmaüs[-de-la-montagne] ils tendirent une embuscade à des Romains qui convoyaient des vivres et des armes : ils les enveloppèrent, criblèrent de flèches une quarantaine de vaillants fantasins et le centurion Arius qui les commandait, les survivants effrayés par ce malheur se sauvèrent sous la protection de Gratus et de ses soldats royaux, abandonnant les cadavres sur place. Cette guerre d’escarmouches se prolongea, causant beaucoup d’ennuis aux Romains et beaucoup de mal au peuple", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.278-283 ; "On trouva même un berger pour oser briguer la royauté, un nommé “Athroggès” qui avait fondé ses espoirs sur sa force physique, sur son mépris de la mort et sur ses quatre frères aux forts que lui. Il confia une troupe armée à chacun d’eux et les employa comme stratèges et satrapes dans des raids pendant que lui-même, tel un roi, traitait les affaires importantes. Il se ceignit lui-même du diadème, et durant une longue période il sillonna la province avec ses frères. Leur principal objectif était tuer des Romains et des fonctionnaires royaux, mais ils n’hésitaient pas à donner des coups à n’importe quel juif s’ils pouvaient en tirer un profit. Personne ne leur échappait. Un jour près d’Emmaüs[-de-la-montagne] ils eurent l’audace d’encercler un détachement romain en formation serrée qui acheminait du blé et des armes pour la légion : avec leurs javelots ils abattirent une quarantaine de braves soldats et le centurion Arius qui les commandait, les autres auraient subi le même sort si Gratus avec sa troupe de Sébasté [Samarie] n’étaient pas venus à leur secours", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.60-63), ses quatre frères complices se rendront plus tard dans on-ne-sait-quelles circonstances à Hérode-Archélaos, on ignore ce qu’Athroggès devient par la suite ("Finalement [les quatre frères] furent capturé, l’un par Gratus lors d’un combat, l’autre par Ptolémée, l’aîné tomba aux mains d’[Hérode-]Archélaos. Le dernier des frères, affligé par le malheureux sort de l’aîné, ne voyant plus d’espoir à cause de son isolement et de son épuisement, abandonné par ses hommes, se rendit à [Hérode-]Archélaos sous la foi du serment et de la protection divine", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.284 ; "Après avoir commis de nombreux attaques similaires contre leurs compatriotes et contre les étrangers, trois [frères] furent capturés, l’aîné par [Hérode-]Archélaos, les deux autres après un combat contre Gratus et Ptolémée. Le quatrième se rendit à [Hérode-]Archélaos après échange de garanties réciproques", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.64 ; Athroggès était peut-être l’aîné des quatre frères, autrement dit il avait trois frères et non pas quatre comme le dit Flavius Josèphe). En Galilée, Judas, le fils d’Ezéchias qui a contesté l’autorité d’Hyrcan II et de son administrateur Antipatros vers -47 avant d’être vaincu par le jeune Hérode fils d’Antipatros (Jules César, après avoir affirmé sa mainmise sur l’Egypte, cherchait alors à assurer sa mainmise sur le Levant, sur ce sujet nous renvoyons à notre paragraphe précédent), réalise un raid contre le palais royal de Sepphoris/Tsipori, s’empare de toutes les armes qu’il renferme, et s’en sert pour autonomiser la province ("Un nommé “Judas”, fils du redoutable chef de brigands Ezéchias qui avait été pris à grand peine par Hérode, réunit autour de Sepphoris en Galilée une troupe de désespérés qu’il conduisit dans le palais royal, il s’empara de toutes les armes qui s’y trouvaient, il en équipa ses compagnons et emporta toutes les richesses qu’il y trouva. Il terrorisait les alentours par ses raids et ses pillages, aspirant à la dignité de roi non pas par la pratique de la vertu mais par l’excès de son injustice", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.271-272 ; "A Sepphoris en Galilée, Judas, fils du brigand Ezéchias qui avait ravagé la province avant d’être maîtrisé par le roi Hérode, rassembla une bande nombreuse, fractura les portes des arsenaux royaux et, après avoir distribué les armes à ses compagnons, attaqua les autres candidats au pouvoir", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.56). Contrairement à Athroggès du côté d’Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, le Galiléen Judas fils d’Ezéchias ne se rendra pas à Hérode-Archélaos : dans notre alinéa suivant, nous le retrouverons chef de bande en Galilée en 6, lors de la transformation de la Judée en province romaine. Publius Quinctilius Varus répond à l’appel à l’aide de Caius Salvisius Sabinus. Il rassemble toutes ses forces disponibles et se dirige vers Ptolémaïs/Acre, où il est rejoint par Arétas IV le roi de Nabatène qui voit dans la situation un moyen de s’attirer les faveurs de Rome, et possiblement de grapiller des territoires sur le royaume du défunt Hérode ("Dès qu’il fut informé de la situation par la lettre de [Caius Salvisius] Sabinus, [Publius Quinctilius] Varus inquiet pour sa légion [laissée à Jérusalem et désormais assiégée dans le palais royal par les rebelles], prit avec lui les deux autres (on en comptait trois en Syrie), quatre régiments de cavalerie et tous les auxiliaires que lui envoyèrent des rois et des tétrarques, et se hâta d’aller secourir les assiégés en Judée. Tous les détachements avancés reçurent l’ordre de se regrouper vivement à Ptolémaïs [Acre]. Les gens de Bérytos [Beyrouth] lui fournirent encore quinze cents auxiliaires quand il traversa leur territoire. Arétas IV de Pétra, devenu l’ami des Romains par haine d’Hérode, lui donna beaucoup de fantassins et de cavaliers", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.286-287). Publius Quinctilius Varus envoie un détachement sous le commandement de son fils recouvrer Sepphoris/Tsipori, à défaut de recouvrer la Galilée entière toujours dominée par Judas fils d’Ezéchias qui réussit à s’échapper ("Quand toute l’armée fut réunie à Ptolémaïs [Acre], [Publius Quinctilius] Varus en confia une partie à son fils et à un de ses proches avec ordre d’abattre les Galiléens proches. Le fils de [Publius Quinctilius] Varus fondit sur les rebelles, les mit en fuite, reprit Sepphoris, l’incendia et vendit les habitants comme esclaves", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.288-289), tandis que lui-même avec Arétas IV et le gros de l’armée marche vers Jérusalem en traversant la Samarie. Les Romains ne commettent aucun méfait, mais les troupes d’Arétas IV ravagent deux "hameaux/kèmh" samaritains coupables d’appartenir à Ptolémée l’intendant d’Hérode-Archélaos ("[Publius Quinctilius] Varus de son côté partit avec le gros de l’armée vers Samarie. Il épargna la cité parce qu’elle n’avait pas participé au soulèvement. Mais, ayant installé son camp dans un hameau appelé “Arous” [non localisé] appartenant à Ptolémée [frère de Nicolas de Damas], les Arabes l’incendièrent par haine d’Hérode et de ses amis, ils pillèrent et incendièrent aussi un hameau appelé “Sampho” [non localisé] pourtant fortifié sur une position solide, ils n’épargnèrent rien durant leur marche, portant partout le feu et le fer", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.289-290 ; rappelons que Ptolémée et son frère Nicolas sont originaires de Damas, les Arabes les jugent comme des traîtres ayant préféré se mettre aux ordres des Hérodiens plutôt qu’apporter leurs compétences aux Gréco-arabes de Décapole et de Nabatène). Publius Quinctilius Varus incendie Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba désertée par ses habitants qui ont rejoint Athroggès dans le maquis ("[Publius Quinctilius] Varus ordonna qu’on brûlât Emmaüs[-de-la-montagne] pour venger ceux qui y avaient été tués. Le village avait été abandonné préalablement par ses habitants", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.291). Il arrive devant Jérusalem. En le voyant, les juifs qui assiègent Caius Salvisius Sabinus se retirent immédiatement ("[Publius Quinctilius] Varus arriva devant Jérusalem. Les juifs qui assiégeaient la légion de ce côté, quand ils le virent avancer, abandonnèrent leur position", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.292). Les Jérusalémites n’ayant pas participé aux assauts contre les Romains se croient hors de danger, ils restent sur place. C’est une erreur. Publius Quinctilius Varus les malmène, exige que chacun justifie sa conduite durant les précédentes semaines, même les anciens soldats d’Hérode qui se sont rangés du côté romain sont soupçonnés de double jeu ("[Publius Quinctilius] Varus réprimanda avec véhémence les Jérusalémites, qui se défendirent en prétendant que le peuple s’était rassemblé pour la fête [de Pentecôte], que la guerre n’avait pas été provoquée par eux mais par des gens du-dehors, qu’eux-mêmes avaient soutenu les Romains, qu’ils avaient subi les conséquences de ce siège sans jamais l’avoir désiré. A [Publius Quinctilius] Varus se présentèrent Josèphe cousin du roi Hérode, Gratus et Rufus avec leurs troupes, et les Romains qui avaient été assiégés", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.293-294), la répression terrible s’achève par la crucifixion de deux mille captifs ("[Publius Quinctilius] Varus détacha dans le pays une partie de son armée pour rechercher les responsables de la rébellion. Parmi ceux qui furent dénoncés, il châtia les uns comme meneurs et relâcha les autres. Deux mille personnes furent crucifiées pour cette affaire", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.295 ; le même épisode est évoqué dans Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.75 ; le Testament de Moïse, texte nazaréen que nous avons étudié dans notre paragraphe précédent, évoque cet épisode sous la forme d’une prophétie : "Leurs territoires [aux enfants d’Hérode] seront envahis par les cohortes d’un puissant roi venu d’Occident, qui les soumettra, les réduira en captivité, brûlera une partie de leur Temple, crucifiera certains autour de leur colonie", Testament de Moïse VI.8-9). Caius Salvisius Sabinus ne prend pas le temps de remercier son sauveur, il retourne piteusement - par honte ? par crainte d’un discrédit public face à Publius Quinctilius Varus ? - vers Césarée et rembarque au plus vite vers l’Italie ("Mais [Caius Salvisius] Sabinus ne vint pas voir [Publius Quinctilius] Varus et quitta secrètement la ville pour le bord de la mer", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.294). Publius Quinctilius Varus renvoie une partie de son armée vers la Syrie, désirant réduire le nombre d’exactions de ses soldats dans Jérusalem, qui risquent de rallumer une rébellion juive encore plus suicidaire et sanglante motivée autant par le fanatisme que par le désespoir ("Ensuite [Publius Quinctilius Varus] renvoya son armée, qu’il estima d’autant plus inutile que les soldats commirent beaucoup d’exactions, et même enfreignirent ses ordres dans leur désir de s’enrichir par leurs méfaits", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.296). Il missionne vers Rome une délégation conduite par Philippe le Tétrarque qu’il apprécie, constituée d’une cinquantaine de juifs réclamant l’autonomisation des provinces à l’intérieur du royaume d’Israël, prélude à une dissolution du royaume d’Israël en plusieurs principautés indépendantes (nous avons observé le même scénario en Anatolie à la fin de l’ère hellénistique, après la défaite d’Antiochos III à Magnésie en hiver -190/-189 et le diktat d’Apamée en -188 l’ancien royaume unifié d’Antigone le Borgne et de Lysimaque Ier a éclaté en une principauté de Cilicie, une principauté de Cappadoce, une principauté du Pont, une principauté de Bithynie, une principauté de Pergame, un territoire des Galates aux frontières mouvantes, au bénéfice final de Rome qui a pu jouer les uns contre les autres : "Une ambassade juive arriva à Rome pour demander l’autonomie par autorisation de [Publius Quinctilius] Varus, constituée de cinquante représentants du peuple, soutenus par plus de huit mille juifs qui résidaient dans Rome. […] Philippe [le Tétrarque] vint également de Syrie, encouragé par [Publius Quinctilius] Varus qui voulait aider son [demi-]frère [Hérode-Archélaos] qu’il appréciait ou, en cas de modifications sur la succession royale ([Publius Quinctilius] Varus pensait inéluctable la division du territoire en raison de tous ceux qui souhaitaient l’indépendance), ne pas être en reste et obtenir pour lui-même une part de l’ancien royaume", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.300-303). Puis il retourne vers la Syrie, en laissant sur place la légion initialement confiée à Caius Salvisius Sabinus ("Après avoir ainsi réglé la situation et laissé en garnison à Jérusalem la même légion que précédemment, [Publius Quinctilius] Varus se hâta de retourner à Antioche", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.296). L’ambassade juive de Philippe le Tétrarque arrive à Rome, elle se grossit des juifs résidant à Rome également désireux d’une autonomisation des provinces qu’ils voient (avec raison) comme un moyen d’abaisser le pouvoir des Hérodiens et (à tort) comme un obstacle à la mainmise totale de Rome sur la Terre Promise de leurs ancêtres. Les trois frères se retrouvent devant Octave Auguste, ils se regardent de biais avec des faux sourires ("César [Octave Auguste] réunit ses amis et les Romains les plus influents dans le temple d’Apollon [sur le mont Palatin] qu’il avait édifié à grands frais. Les ambassadeurs se présentèrent avec la foule des juifs de Rome, et [Hérode-]Archélaos avec ses amis. Tous les parents du roi refusèrent de se ranger aux côtés d’[Hérode-]Archélaos par hostilité envers lui, mais estimèrent dangereux d’unir leurs voix à celles des ambassadeurs, craignant d’être discrédités aux yeux de César [Octave Auguste] en se montrant ainsi opposé à un membre de leur famille", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.301-302). Les ambassadeurs juifs envoyés par Publius Quinctilius Varus expliquent d’abord qu’Hérode était un roi illégitime et cruel ("On donna la parole aux ambassadeurs juifs qui proposèrent l’abolition de la royauté en critiquant les illégalités d’Hérode. Ils déclarèrent que, si ce dernier avait formellement le titre roi, en réalité il avait réuni en lui tous les vices insupportables d’un tyran, et il avait perdu les juifs en puisant dans sa nature profonde. Ceux qu’il avait exécutés par des supplices sans précédent étaient innombrables, et les vivants avaient été encore plus malheureux que les morts par la hantise de ces supplices tourmentant leur vie et leurs pensées, et aussi par la menace contre leurs biens. Hérode en effet avait orné maintes cités extérieures habitées par des étrangers en ruinant et en vidant celles de l’intérieur de son royaume, il avait réduit son peuple à une misère sans espoir alors qu’il l’avait reçu dans un rare état de prospérité, il avait dépouillé les notables en les tuant pour des faux motifs ou, pour ceux qu’il avait épargnés, en les pressurant d’impôts. Outre les contributions annuelles qu’il avait instaurées, il avait perçu des grosses donations pour lui-même, pour ses proches, pour ses amis, pour ses esclaves chargés de la redistribution des impôts, sans possibilité d’exemption, même à prix d’argent. Il avait séduit des jeunes filles et déshonoré des femmes en nombre, victimes de sa débauche et de son inhumanité, sûr qu’elles garderaient le silence afin de ne pas afficher publiquement leur déshonneur", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.304-309), ils disent ensuite avoir accueilli sa mort avec soulagement, et la montée d’Hérode-Archélaos sur le trône avec espoir, mais Hérode-Archélaos s’est mal comporté en refusant de condamner les agissement de son père Hérode, en maintenant le fantoche Joazar-Boethos au poste de Grand Prêtre, cela a envenimé les choses et provoqué le soulèvement général, ils concluent en proposant que la dynastie hérodienne soit abolie et que le royaume d’Israël soit rattaché à la province romaine de Syrie sous l’autorité de Publius Quinctilius Varus ("Pour toutes ces justes raisons [les exécutions et les dépenses commises par Hérode] ils avaient accueilli avec joie l’avènement d’[Hérode-]Archélaos, pensant qu’il serait plus modéré qu’Hérode. Par déférence ils avaient participé aux funérailles de son père et offert leurs services pour qu’il gouvernât plus sagement que lui. Mais [Hérode-]Archélaos, craignant peut-être de paraître illégime en ne pérénisant pas le gouvernement d’Hérode, avait vite montré sa folie à son peuple, avant même d’être confirmé dans son titre, seul César [Octave Auguste] ayant autorité de le maintenir ou de le destituer. Belle illustration de sa vertu, de sa modération, de son respect pour les lois envers ses futurs sujets : dès le début, il avait bafoué ses concitoyens et Dieu en massacrant trois mille d’entre eux dans le Temple ! Comment donc ne pas le haïr ? Il était cruel par nature, et il leur reprochait de se révolter contre son pouvoir ! En résumé, ils demandèrent la fin de la royauté et de tout autre régime semblable, et leur rattachement à l’autorité des gouverneurs de Syrie", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.311-314). Le vieux Nicolas de Damas, au nom d’Hérode-Archélaos, réagit aussitôt : il accuse les ambassadeurs d’être des mauviettes qui n’ont montré aucun courage quand Hérode était vivant et qui crachent sur lui maintenant qu’il est mort, il les accuse d’inverser les torts quand ils sous-entendent qu’Hérode-Archélaos serait coupable de les avoir poussés à devenir des rebelles, et il les accuse de prendre un lâche plaisir à entretenir une rébellion permanente sous une loyauté de façade, manière habile de prévenir indirectement Octave Auguste que le rattachement des territoires juifs à la province romaine de Syrie ne signifierait nullement la fin des rébellions juives, simplement celles-ci seraient dirigées contre Rome et non plus contre la dynastie hérodienne ("Quand les juifs eurent fini de parler, Nicolas [de Damas] défendit les rois contre leurs accusations. Aucun d’entre eux n’avait accusé Hérode de son vivant, que des juges équitables n’avaient jamais incriminé, et maintenant ils voulaient le châtier après sa mort ! Ensuite Nicolas [de Damas] rejeta la responsabilité des actes d’[Hérode-]Archélaos sur leur insolence : ils avaient provoqué des désordres, ils avaient été les premiers à massacrer ceux qui avaient tenté d’apaiser leur violence, et maintenant ils se plaignaient d’avoir été justement réprimés ! Il dénonça aussi leur penchant à la sédition, leur plaisir dans la révolte, leur incapacité à suivre la justice et à obéir aux lois à cause de leur insoumission", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.315-316). Octave Auguste tranche le fruit en deux : d’un côté le sud Levant n’est pas intégré à la province romaine de Syrie, le royaume d’Israël reste indépendant, et son territoire est divisé en trois gouvernements attribués aux trois frères selon les dernières volontés d’Hérode, mais d’un autre côté Hérode-Archélaos perd le titre de roi, il est désormais un "ethnarque/™qn£rchj", littéralement un "chef/¢rcÒj de peuple/üqnoj" ordinaire qui devra s’illustrer par ses bonnes actions s’il veut recouvrer le titre de roi, de plus la cité frontalière de Gaza entre l’Egypte au sud-ouest et Israël au nord-est, et les cités frontalières de Gadara/Umm Qeis et Hippos entre Israël à l’ouest et la Nabatène à l’est, passent sous l’autorité du gouverneur de la province romaine de Syrie ("Après les avoir entendus, César [Octave Auguste] leva la séance. Quelques jours plus tard, il se prononça. [Hérode-]Archélaos n’était plus roi mais ethnarque d’une moitié de l’ancien territoire d’Hérode, avec possibilité d’obtenir le titre honorifique de roi plus tard, s’il s’en montrait digne par sa vertu. Lautre moitié fut divisée en deux parties, attribuées aux deux autres fils d’Hérode : Philippe [le Tétrarque] et [Hérode-]Antipas qui avait revendiqué le titre de roi contre son [Hérode-]Archélaos. Celui-ci eut la Pérée et la Galilée qui rapportaient deux cents talents annuels, celui-là eut la Batanée, la Trachonitide, l’Auranitide et une partie de l’ancien domaine de Zénodoros, qui rapportaient cent talents annuels. […] Gaza et les cités grecques de Gadara et Hippos furent détachées et annexées à la Syrie. Le territoire d’[Hérode-]Archélaos rapportait six cents talents annuels", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.317-320), et la cité d’Ascalon en Philistie est ajoutée au domaine personnel de Salomé la sœur d’Hérode ("Salomé reçut ce que sont frère [Hérode] lui avait réservé dans son testament (Iamnia, Axotos et Phasaelis avec cinq cent mille drachmes d’argent monnayé), auquel César [Octave Auguste] ajouta le palais royal d’Ascalon qui rapportait soixante talents annuels, situé dans le territoire d’[Hérode-]Archélaos", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.321). Les trois frères reviennent donc en Israël pareillement déboutés de leurs prétentions : Hérode-Archélaos n’est plus roi, Hérode-Antipas ne sera pas roi à sa place, et Philippe le Tétrarque ne jouera pas le rôle d’intermédiaire entre le gouverneur romain de Syrie et un sud Levant rattaché à la province romaine de Syrie. Les orientations ambiguës d’Hérode-Archélaos au cours des mois et des années suivantes ne convainquent pas ses administrés. Il creuse un canal pour irriguer les plaines autour de Jéricho, il fonde une nouvelle cité au nord de Jéricho à laquelle il donne son nom "Archélais", aujourd’hui le site archéologique de Khirbet el-Beiyudat en banlieue nord d’Al-Auja en Cisjordanie (31°57'57"N 35°28'16"E), mais en même temps il continue le gaspillage de son père en agrandissant le palais de Jéricho ("[Hérode-Archélaos] reconstruisit le magnifique palais de Jéricho, il détourna la moitié des eaux qui servaient à arroser le village de Neara [qui a conservé son nom sous la forme "Naaran" en bordure du wadi Nu’eima, au nord-ouest de Jéricho, 31°53'36"N 35°25'29"E] pour les amener dans une plaine transformée par lui en palmeraie. Il fonda aussi un bourg qu’il nomma “Archélais”", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.340). Il destitue Joazar-Boethos et le remplace par… son frère Eléazar-Boethos. Ce dernier ne reste pas longtemps Grand Prêtre puisqu’il sera remplacé à son tour par un "Joshua ben Sie" inconnu par ailleurs ("[Hérode-]Archélaos nouvellement ethnarque arriva en Judée. Il dépouilla de la Grande Prêtrise Joazar-Boethos qu’il soupçonnait de connivence avec les révoltés et le remplaça par son frère Eléazar[-Boethos]. […] Eléazar[-Boethos] ne resta pas longtemps Grand Prêtre, il fut évincé de son vivant par Jésus ben Sie", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.339), et Joshua ben Sie sera remplacé on-ne-sait-quand par… Joazar-Boethos, que nous retrouverons Grand Prêtre en 6, lors de la transformation de la Judée en province romaine, que nous raconterons dans notre alinéa suivant. Surtout, au mépris du Deutéronome qui interdit le mariage entre beau-frère et belle-sœur si celle-ci n’a pas eu d’enfant ("Lorsque deux frères vivent ensemble sur une même terre et que l’un d’eux meurt sans fils, sa veuve n’épousera pas un homme extérieur à la famille, son beau-frère devra la prendre pour épouse. Le premier fils qu’elle mettra au monde sera considéré comme le fils du défunt, afin que son nom continue d’être porté en Israël", Deutéronome 25.5-6), et au mépris du Lévitique qui interdit le mariage entre beau-frère et belle-sœur sans restriction ("Tu ne déshonoreras pas ton frère en couchant avec sa femme", Lévitique 18.16 ; "Celui qui couche avec la femme de son frère commet une abomination", Lévitique 20.21), il épouse la veuve de son demi-frère Alexandre, Glaphyra, mère d’Alexandre le Jeune et d’Hérode-Tigrane V ("Au mépris des lois ancestrales interdisant aux juifs d’épouser leur belle-sœur, [Hérode-Archélaos] épousa Glaphyra, fille d’Archélaos [de Cappadoce] et veuve de son [demi-]frère Alexandre auquel elle avait donné des enfants [Alexandre le Jeune et Hérode-Tigrane V]", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.341 ; "Glaphyra fille du roi Archélaos [de Cappadoce] avait épousée vierge Alexandre fils d’Hérode et [demi-]frère d’[Hérode-]Archélaos, comme je l’ai dit plus haut. Après l’exécution d’Alexandre par son père, elle s’était remariée avec le roi africain Juba II [de Numidie]. Ce dernier mort [erreur de Flavius Josèphe, Juba II règne jusqu’en 23, il a répudié Glaphyra à une date inconnue], elle avait vécu veuve chez son père en Cappadoce. [Hérode-]Archélaos l’avait épousée après avoir répudié sa femme Mariamné, tant l’amour qu’il éprouvait pour Glaphyra l’avait bouleversé", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.349-350). Du moins la rude intervention de Publius Quinctilius Varus et la décision impériale de rabaisser Hérode-Archélaos au statut de prince ordinaire ont temporairement calmé les revendications contradictoires des juifs et ramené un semblant de paix en Israël.


L’évangéliste Matthieu donne peu de renseignements sur les conditions du retour de Joseph et Marie d’Egypte vers Nazareth. Il dit que Joseph est informé de la mort d’Hérode on-ne-sait-comment, et qu’un "ange du Seigneur/¥ggeloj Kur…ou" l’incite à revenir en Israël ("Après la mort d’Hérode, un ange du Seigneur apparut à Joseph en Egypte. Il lui dit : ‟Debout, prends avec toi l’enfant et sa mère et retourne au pays d’Israël, car ceux qui voulaient tuer l’enfant sont morts”. Joseph se leva donc, prit avec lui l’enfant et sa mère et retourna au pays d’Israël", Matthieu 2.19-21). Un nouveau "rêve divin/crhmatisqe…j" le dissuade néanmoins de revenir à Bethléem, où les survivants du massacre lui seront hostiles, ayant conservé un souvenir calamiteux de son séjour dans leur ville à la fin du règne d’Hérode. Joseph revient donc à Nazareth en Galilée en passant par la côte. Matthieu ou l’un des ses copistes chrétiens relie ce retour à Nazareth à une prophétie annonçant que le Mashiah/Messie "sera appelé ‟nazaréen”" ("nazwra‹oj" en grec ; cette prophétie de nature inconnue est certainement une déformation de Juges 13.5 précité, annonçant la naissance de Samson "nsr de Yahvé", comme nous l’avons expliqué dans notre alinéa précédent : "[Joseph] appris qu’[Hérode-]Archélaos avait succédé à son père Hérode comme roi de Judée, il eut peur de s’y rendre. Informé par un rêve divin, il se dirigea vers la Galilée. Il s’installa dans la cité de Nazareth. Ainsi s’accomplit la prophétie : ‟Il sera appelé « nazaréen »”", Matthieu 2.22-23). Matthieu ou un autre de ses copistes compare aussi cet épisode à une prophétie d’Osée ("[Joseph] y resta [en Egypte] jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur dite par le prophète : ‟J’ai appelé mon fils hors d’Egypte” [Osée 2.15]"), qui elle-même renvoie à Exode 4.22 où Yahvé considère comme son fils le peuple israélite prisonnier du pharaon sous la XIXème Dynastie, avant d’être délivré par Moïse. Ces renvois au Tanakh ne visent qu’à donner un semblant de noblesse au piteux retour de Joseph et Marie dans leur piteuse maison de Galilée, via des parallèles maladroits et mensongers : l’Egypte sous la XIXème Dynastie retenaient les Israélites comme travailleurs forcés, alors que l’Egypte à l’époque d’Octave Auguste est une terre de refuge ayant sauvé la vie de l’enfant Jésus, le sud Levant à l’époque de Moïse était une Terre Promise, alors que le royaume d’Israël au début de l’ère impériale romaine est une terre chaotique où les juifs sont incapables de s’autogérer (et l’allusion à Samson "nazaréen" plusieurs fois vainqueur des Philistins d’hier, tente d’estomper la bienveillance des Philistins d’aujourd’hui qui laissent passer par leur territoire Joseph et Marie cheminant vers leur maison en Galilée). Maria Valtorta n’est pas plus locace que Matthieu. La première année du ministère, Jésus dit incidemment être revenu au sud Levant après "environ quatre ans" d’exil en Egypte (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 35.8, vision du 09/06/1944), ce qui ne nous avance pas puisque nous ignorons sa date d’installation avec ses parents en Egypte (nous renvoyons ici encore à notre alinéa précédent). Il confirme être passé par la côte, pour s’écarter de Bethléem où sa naissance a laissé un mauvais souvenir ("Quand nous sommes revenus dans la patrie [c’est Jésus qui s’adresse à ses apôtres], nous nous sommes dirigés vers Nazareth […] en évitant Hébron et Bethléem. Nous avons gagné la Galilée en longeant la mer", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 136.9, vision du 22/03/1945). La deuxième année du ministère, il confirme encore être passé par Ascalon sur la côte philistine, domaine personnel de Salomé sœur d’Hérode depuis la décision d’Octave Auguste de -4 (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.321 précité), il précise "ne pas s’en souvenir car il était très jeune" ("Une belle cité maritime [Ascalon] s’étend le long du rivage sur une ligne de rochers en forme de demi-lune, au-delà de laquelle le vent et les tempêtes ont transporté le sable. L’eau se retire actuellement après la marée, découvrant cette barrière rocheuse, obligeant à revenir sur le sable sec pour ne pas blesser les pieds nus sur les écueils. ‟Par où entrons-nous, seigneur ? D’ici on ne voit qu’une large muraille, du côté de la mer on ne peut pas entrer, la ville est au fond de l’arc”, dit Philippe. ‟Venez, répond Jésus. Je sais par où on entre.” ‟Tu y es déjà venu ?” ‟Une fois, quand j’étais très jeune, et je ne m’en souviens pas. Mais je sais par où on passe”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 218.1, vision du 14/07/1945). Arrivé à Nazareth, Joseph revoit son frère Alphée, sa belle-sœur Marie fille de Cléophas, ses neveux Joseph, Simon, Jacques et le jeune Jude Thaddée né récemment, qui habitent toujours la maison voisine de celle de Joseph et Marie. Joseph retrouve rapidement du travail ("Ma mère [c’est Jésus qui parle] a poussé un cri de joie quand, après environ quatre ans, elle a retrouvé Nazareth, quand elle est rentrée dans sa maison, quand elle a embrassé les murs où son “Oui” a ouvert la voie au germe divin. Joseph a salué avec bonheur ses parents et ses neveux [Alphée, son frère aîné, Marie de Cléophas, sa belle-sœur, et leurs enfants dont Jacques et Jude Thaddée les futurs apôtres], plus nombreux et plus grands. Il a été heureux de constater que ses concitoyens se souvenaient de lui, et l’ont tout de suite demandé pour ses compétences", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 35.8, vision du 09/06/1944 ; le dernier-né dont le nom francisé "Jude" rappelle trop son homonyme "Judas" traître à Jésus, a été surnommé astucieusement "Thaddée" par les chrétiens, hellénisation de "tadda/cœur" en araméen, soit "qui est courageux" ou "qui est généreux"). Sa neurasthénie perdure, agravée par les retrouvailles avec la maison de son cocufiage : la troisième année du ministère, Marie fille de Cléophas se souviendra que son beau-frère Joseph revenu d’Egypte s’isolait de plus en plus dans ses pensées amères ("Te souviens-tu comment Alphée taquinait [Joseph] [c’est Marie veuve d’Alphée qui s’adresse à Marie veuve de Joseph, au printemps 30] ? Il demandait : ‟Tu vois encore les pyramides, mon frère ?”. Et lui secouait la tête sans parler, patient et secret dans ses pensées. Toujours peu bavard", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 577.7, vision du 08/03/1947).


Les évangélistes aussi ne donnent pas beaucoup de renseignements sur l’enfance de Jésus à Nazareth. Leurs textes conservés en grec disent seulement que Jésus a des "frères/¢delfo…". Dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, la mère "et les frères de Jésus" vont à lui pour le dissuader de continuer son ministère, mais Jésus les repousse en déclarant que ses apôtres et ses disciples sont sa seule vraie famille (Matthieu 12.46-50, Marc 3.31-35, Luc 8.19-21). Dans l’évangile de Jean, Jésus refuse de participer à la fête des Tentes/Soukkot avec "ses frères [qui] ne croyaient pas en lui" (Jean 7.5). Dans les Actes des apôtres, les "frères de Jésus" figurent parmi les apôtres et les disciples au lendemain de la crucifixion (Actes des apôtres 1.14). Dans sa Première lettre aux Corinthiens, Paul évoque les épouses des "frères du seigneur [Jésus]" et de l’apôtre Pierre (Première lettre aux Corinthiens 9.5). Matthieu dit que Joseph "ne connut pas Marie jusqu’au temps ["›wj"] où elle enfanta un fils, qu’il appela ‟Jésus”" (Matthieu 1.25), cette formulation implique que Joseph n’est pas le père de Jésus, elle sous-entend aussi qu’après la naissance de Jésus il a possiblement "connu Marie" - c’est-à-dire couché avec Marie - avec laquelle il a eu d’autres enfants. Marc et Matthieu donnent le nombre de frères - quatre - et leurs noms : "Jacques, Joseph, Simon et Jude" dans cet ordre-ci en Matthieu 13.5, "Jacques, Joseph, Jude et Simon" dans cet ordre-là en Marc 6.3, et ils ajoutent que Jésus a aussi des sœurs, qu’ils ne nomment pas mais qui sont au moins deux puisque "sœurs/¢delfa…" est au pluriel (Matthieu 13.56 et Marc 6.3). Dans sa Lettre aux Galates, Paul évoque sa première rencontre avec Pierre et avec "Jacques le frère du seigneur [Jésus]" (Lettre aux Galates 1.19). Luc dit que Marie "engendra son fils [Jésus] premier-né/protÒtokon" (Luc 2.7) : ce terme précis en grec (de "prîtoj/premier" et "t…ktw/engendrer, produire, fabriquer") suggère que Jésus est l’aîné de ses frères. Au contraire, au IIIème siècle, dans l’Evangile de Jacques apocryphe, Joseph hésite à accepter Marie comme épouse devant les prêtres de Jérusalem car il "est âgé et a des fils", autrement dit les "frères" de Jésus seraient en réalité des demi-frères aînés, que Joseph veuf a eus d’un précédent mariage ("Joseph protesta : ‟J’ai des fils et je suis vieux, alors qu’elle [Marie] est une jeune fille. Je serai la risée des fils d’Israël”", Evangile de Jacques 9.2). La vérité est que le christianisme primitif, fondé sur Paul, sur la conversion de cœur contre l’appartenance de sang, a été embarrassé par la famille de Jésus. Dans un premier temps, justement pour valoriser les disciples de cœur et discréditer les disciples de sang, les chrétiens ont voulu abaisser et délégitimer Jacques et les autres membres de la famille de Jésus, en montrant Jésus repoussant sa famille. Or, ce faisant, ils ont dû reconnaître indirectement que Jésus avait bien une famille de sang, que le soi-disant fils de Dieu avait des parents, des oncles et tantes, des cousins et cousines, peut-être des frères et sœurs, comme n’importe quel homme ordinaire. En conséquence, dans un second temps, changeant de stratagème, les chrétiens ont cherché à effacer la famille de Jésus, afin de préserver l’image du fils de Dieu, personnage extraordinaire, sans sœur ni frère, dans cousine ni cousin, dans tante ni oncle, sans même des parents puisqu’engendré directement par Dieu dans un utérus vierge. A la fin du IVème siècle, le théologien Helvidius, dont les œuvres n’ont survécu qu’à travers les accusations de son adversaire saint Jérôme, soutient encore la thèse de Marie mère de plusieurs enfants aux côtés de son fils Jésus. Son contemporain saint Jérôme le combat vivement dans De la virginité perpétuelle de la bienheureuse Marie/De perpetua virginitate beatae Mariae sous-titré Contre Helvidius/Adversus Helvidium, où il développe une thèse qui s’imposera dans la tradition chrétienne jusqu’à aujourd’hui : les "frères" et "sœurs" de Jésus mentionnés dans le Nouveau testament sont en fait des cousins et cousines. Il s’appuie sur deux arguments, qui sont bien recevables. Primo l’argument linguistique. Les premiers chrétiens sont hellénophones, les textes conservés du Nouveau testament sont en grec, et la langue grecque distingue nettement le mot "frère/¢delfÒj" et le mot "cousin/¢neyiÒj", mais Jésus et ses apôtres étaient juifs et ils s’adressaient à un public galiléen parlant araméen et à un public judéen parlant hébreu, or dans les langues sémitiques aucune distinction n’existe entre les deux termes, le mot "ach" en hébreu et en araméen (respectivement référencés 251 et 252 dans l’Exhaustive Concordance of the Bible de James Strong) peut signifier indifféremment "frère" ou "cousin", il équivaut globalement à "parent proche", on déduit que les premiers traducteurs grecs lors de l’élaboration du Nouveau testament ont traduit "ach" par "frère/¢delfÒj" par défaut, embarrassés par l’ambiguïté des récits originaux hébraïques et araméens, inconscients des conséquences théologiques de cette traduction par défaut (on retrouve ce flou linguistique en l’an 2000 dans les familles arabes installées en Europe, dont les membres emploient souvent les mots "frère" et "sœur" entre eux, même lorsqu’ils viennent d’horizons très contrastés et qu’ils n’ont qu’un cousinage très lointain, pour souligner leur proximité biologique contre leurs hôtes indoeuropéens). Par ailleurs, le terme "premier-né/protÒtokon" (utilisé par Luc 2.7 précité) pour qualifier Jésus, derrière son apparence technique, ne signifie pas que Jésus est l’aîné d’une fratrie : ce n’est qu’un terme repris à la Septante grecque, plus précisément à Exode 13.1 et Nombres 3.13 qualifiant le nouveau-né présenté à Yahvé qui le considère comme son bien (c’est un lointain avatar du sacrifice des prémices à l’ère minoenne dans le monde sémitique, où l’enfant était consacré au dieu, et si besoin sacrifié au dieu, une pratique qu’Abraham a contribué à abolir à l’ère mycénienne en remplaçant le sacrifice de l’enfant par un sacrifice d’animal), peu importe que ce nouveau-né soit l’ainé d’une fratrie ou enfant unique. Secundo l’argument généalogique. Les mêmes évangélistes qui parlent ici de "frères" de Jésus, disent paradoxalement là que ces prétendus "frères" ont pour mère une "Marie" autre que Marie fille de Joachim et Anne ("Marie la mère de Jacques le Mineur et de Joseph" chez Marc 15.40, "Marie la mère de Joseph" chez Marc 15.47, "Marie la mère de Jacques" chez Marc 16.1 et Luc 24.10, "Marie la mère de Jacques et de Joseph" chez Matthieu 27.56, "l’autre Marie" chez Matthieu 27.61 et 28.1), cette autre Marie désignée comme "fille de Cléophas" apparaît à côté de Marie la mère de Jésus lors de la crucifixion (en Jean 19.25). Luc achève de porter le trouble en désignant Jacques non pas comme "fils de Joseph" mais "fils d’Alphée" ("I£kwbon tÕn toà Alfa…ou", Luc 6.15), et Jude non pas comme "frère de Jésus" mais "frère de Jacques" ("IoÚdan Iakèbou", Luc 6.16). Dans l’incipit de la lettre qui lui est attribuée, Jude accrédite cette filiation en se présentant aussi comme "frère de Jacques" ("De Jude, serviteur de Jésus Christ et frère de Jacques, à ceux qui ont été appelés par Dieu, aimés par lui le Père, et gardés par Jésus Christ", Lettre de Jude 1) et non pas comme "frère de Jésus". Maria Valtorta s’inscrit dans la lignée de saint Jérôme. Dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, nous l’avons déjà signalé, Jésus est fils unique de Marie - et de Dieu selon les croyants, ou de l’ange-amant "Fort-comme-un-dieu/Gabriel" selon les mécréants -, adopté par Joseph fils de Jacob après sa naissance. Joseph a un frère : Alphée, marié à Marie fille de Cléophas. Et Alphée fils de Jacob et Marie fille de Cléophas ont engendré Joseph l’aîné, puis Simon, puis Jacques, et enfin Jude surnommé "Thaddée", ils ont aussi des filles dont on ignore les noms. Ainsi Maria Valtorta ne contredit pas les évangélistes : elle les approuve, les éclaire, et les complète. Dans sa vision 38, elle insiste sur le fait que Jésus a "à peu près le même âge" que ses deux cousins Jacques et Jude Thaddée, dont la maison est juste à côté de la sienne. Jésus, Jacques et Jude Thaddée grandissent ensemble, dans les mêmes cours, dans les mêmes rues, ils rient des mêmes blagues, pleurent des mêmes déceptions, se querellent sur des intérêts communs, se réconcilient sur des espoirs communs. Maria Valtorta les montre jouant ensemble aux marchands ("Depuis la porte ouverte sur le jardin on aperçoit des haies ébouriffées de marguerites appellées communément “Marie” ou “Ciel étoile” couleur azur-violet, je ne connais pas le terme botanique exact. Elles sont en fleurs, c’est l’automne, même si les frondaisons ont encore une jolie couleur verte. Des abeilles, dont les deux ruches sont adossées à un mur ensoleillé, volent en bourdonnant, en dansant dans la lumière du soleil, d’un figuier à la vigne et à un grenadier chargé de fruits arrondis, éclatés par excès de maturité, montrant des colliers de rubis sucrés alignés à l’intérieur d’un écrin rouge vert à compartiments jaunes. Sous les arbres, Jésus joue avec deux bambins frisés à peu près du même âge. Ils ne sont pas blonds : l’un est très brun, la blancheur de son visage rond d’agneau noir contraste avec ses deux très beaux yeux azur violacé, l’autre est moins frisé, châtain foncé, yeux châtains également, teint basané mais nuancé de rosé aux joues. Jésus, avec sa tête blonde entre ces deux chevelures foncées, paraît avoir déjà un nimbe lumineux. Ils s’amusent ensemble, avec des charrettes sur lesquelles se trouvent des objets divers : feuilles, cailloux, rubans, morceaux de bois. Ils jouent aux marchands. Jésus est le client qui achète des marchandises pour sa maman. Il lui porte tantôt tel objet, tantôt tel autre, que Marie reçoit avec un sourire", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 38.2-3, vision du 29/10/1944), puis jouant à Moïse arrivant en Terre Promise (Jésus endosse le rôle de Moïse, Jacques et Jude Thaddée le suivent comme Josué et Aaron), jusqu’au moment où Alphée et son épouse Marie fille de Cléophas (respectivement parents de Jacques et Jude Thaddée, et oncle et tante de Jésus) reviennent de Cana/Kafr Cana avec trois sacs de bonbons et trois brebis, les trois enfants se précipitent sur les bonbons et les brebis. En résumé les trois garçons sont très proches par leur généalogie, par leur âge et par leurs souvenirs communs, cela explique pourquoi ils se considéreront davantage "frères" que "cousins", et qu’aux yeux de leur entourage plus tard, jusqu’à la crucifixion et après la crucifixion, ils paraîtront toujours moins "cousins" que "frères", au point que les chrétiens retireront à Joseph son statut d’aîné au profit de Jacques. Maria Valtorta va plus loin. Quand Alphée et son épouse abordent la question de l’éducation de Jésus, Joseph leur répond que Jésus n’ira pas à l’école, il n’ira pas à la synagogue, il n’aura pas de précepteur, parce que sa mère Marie veut lui apprendre à lire et à écrire, et tout ce qu’elle a retenu de ses années d’orphelinat au Temple. Alphée rappelle à son frère Joseph que Marie n’est pas diplômée pour cela, et qu’il est bien faible de se laisser ainsi dominer par les exigences de sa femme ("‟Jésus n’a pas besoin d’aller à l’école [c’est Joseph qui s’adresse à son frère Alphée]. Marie a été élevée au Temple, elle connaît la Torah, elle sera sa maîtresse. C’est ma volonté aussi.” ‟Vous le gâtez, ce garçon.” ‟Tu ne peux pas dire ça. Il est le meilleur enfant de Nazareth. L’as-tu jamais entendu pleurer, faire des caprices, refuser d’obéir, manquer de respect ?” ‟Non, mais cela arrivera si tu continues de le gâter.” ‟Garder ses enfants près de soi ne signifie pas les gâter, c’est les aimer intelligemment et avec bon cœur. Nous l’aimons ainsi, notre Jésus. Et puisque Marie est plus savante que le chef d’école, elle sera la maîtresse de Jésus.” ‟Et quand il sera homme, ton Jésus sera une femmelette effrayée par la moindre mouche.” ‟Non, Marie est femme forte qui lui donnera une éducation virile, et moi je ne suis pas un faible et je sais donner des exemples virils. Jésus n’a pas de défauts physiques et moraux, il grandira donc droit et fort en corps et en esprit. Sois tranquille, Alphée. Il ne déshonorera pas la famille. C’est décidé et ça suffit.” ‟Marie a décidé et toi…” ‟… et alors ? N’est-ce pas beau que deux personnes aimantes aient la même pensée et la même volonté parce que, mutuellement, l’une embrasse les vues de l’autre et les adopte ? Si Marie déraisonnait je dirais : “Non”, mais ses demandes sont pleines de sagesse, je les approuve et je les rejoins. Nous nous aimons comme au premier jour. Et ce sera ainsi tant que nous vivrons. N’est-ce pas, Marie ?” ‟Oui, Joseph. Et le contraire n’arrivera pas. Si l’un mourrait sans l’autre, nous nous aimerions encore.” Joseph caresse la tête de Marie comme si elle était encore une enfant, et elle le regarde avec son œil paisible et affectueux", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 38.7, vision du 29/10/1944). Mais l’autre Marie, fille de Cléophas, interrompt son mari Alphée pour lui rappeler que Jésus connaît mieux la Torah que leurs deux fils Jacques et Jude Thaddée pourtant instruits par un rabbin. Elle propose que Jacques et Jude Thaddée quittent l’école et soient éduqués par Marie la mère de Jésus. Cette dernière accepte de leur enseigner la Torah tous les soirs. Alphée s’incline face à la décision de sa femme, révélant qu’il est aussi faible face à elle, que son frère Joseph l’est face à la sienne. Les trois garçons sont heureux à l’idée de se retrouver quotidiennement sur le même banc chez Jésus pour recevoir l’enseignement de Marie, après leurs jeux communs dans la cour chez Jacques et Jude Thaddée. Au début du ministère, Jude Thaddée confiera sa très grande proximité avec Jésus et sa mère, qu’il aimait à égalité avec sa propre mère Marie fille de Cléophas ("Depuis son retour à Nazareth [après le séjour en Egypte], [Jésus] a toujours été pour moi un bon compagnon. Toujours ensemble. Nous avons presque le même âge, je suis un peu plus vieux. J’étais le préféré de son père [Joseph], frère de mon père [Alphée]. Et sa mère [Marie fille de Joachim] m’aimait bien aussi, j’ai grandi plus avec elle qu'avec ma mère [Marie fille de Cléophas]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 56.3, vision du 28/10/1944). En résumé, selon Maria Valtorta, Jésus est fils unique, il n’a jamais été contraint de partager ses jouets avec un frère ni de subir les chialeries d’une sœur à laquelle on donne systématiquement raison sur le mode : "Ne sois pas méchant avec ta sœur ! Regarde : à cause de toi, elle pleure ! Alors joue à la poupée ou à la marelle avec elle !", il n’a jamais connu les rivalités entre adolescents dans la cour de collège et de lycée puisqu’étant instruit à domicile par sa mère il n’a jamais fréquenté la moindre école (L’histoire de l’enfance de Jésus, court apocryphe anonyme du IVème siècle en langue grecque, rapporte que Joseph a tenté de placer Jésus chez un précepteur grec, l’expérience s’est terminé par une confrontation violente ["Joseph, voyant que [l’enfant Jésus] était intelligent, ne voulut pas qu’il demeurât illettré. Il l’emmena chez un maître. Ce dernier lui demanda : “Dis : « alpha »” puis : “Dis : « bêta »”. Jésus répondit : “Dis-mois d’abord ce qu’est alpha, je te dirai ce qu’est bêta”. Le maître se fâcha, le frappa, et aussitôt tombat mort. Jésus revint chez ses parents. Joseph ordonna à sa mère [Marie fille de Joachim] de ne plus le laisser sortir de la maison, afin que ceux qui le voulaient le frapper ne mourussent pas", L’histoire de l’enfance de Jésus 14.1-3], Joseph a tenté ensuite de le placer chez un maître juif, qui s’est déclaré incompétent face au bagout de son élève, annonçant la séquence au Temple la douzième année de Jésus, que nous commenterons plus loin ["Un autre maître dit à Joseph : “Confie-le-moi, je l’instruirai”. Il emmena Jésus. A l’école, celui-ci ne lut pas ce qui était écrit, mais ouvrit la bouche pour parler en esprit. Le maître épouvanté tomba à terre et l’implora. Beaucoup de gens de rassemblèrent autour du lieu et furent étonnés. Informé, Joseph accourut, craignant que le maître allait mourir. Ce dernier dit à Joseph : “Celui que tu m’as confié n’est pas un élève mais un maître”. Joseph reprit l’enfant et revint à la maison", L’histoire de l’enfance de Jésus 15.1-2]), il est regardé comme un mentor par ses deux cousins et voisins Jacques et Jude Thaddée, et, pire que tout, il n’a jamais eu de réel référent paternel, entre d’un côté son père adoptif Joseph endolori par son amour trompé, et de l’autre côté le Dieu informe paré de tous les superlatifs que sa mère lui a vanté durant toute son enfance et toute son adolescence. Jésus est totalement façonné par sa mère. Dans sa vision 37, Maria Valtorta rapporte le premier contact du petit Jésus avec le métier de menuisier exercé par son père. Peu après le retour d’Egypte, Jésus âgé d’environ cinq ans s’amuse à reproduire le lac de Galilée dans une assiette qui fuit. Il manifeste son désarroi à son père ("Je vois, doux comme un rayon de soleil un jour de pluie, mon Jésus, petit enfant de cinq ans environ, blond et charmant dans son simple habit bleu ciel descendant à la moitié de ses mollets grassouillets. Il joue dans le jardin avec de la terre. Il crée des petits tas et y plante des branches, comme des bosquets miniatures, il trace des chemins avec des cailloux. Il veut faire un lac au pied de ces minuscules collines. Il enterre un plat jusqu’au bord, qu’il remplit de l’eau d’un récipient servant à arroser le jardin, puisée dans le bassin. Il ne réussit qu’à mouiller son vêtement, surtout ses manches. Le plat étant fissuré, l’eau fuit, et le lac est à sec. Joseph apparaît sur le seuil. Un temps il regarde en silence avec joie le travail du bambin et sourit. Puis, pour l’empêcher de s’éclabousser davantage, il l’appelle. Jésus se retourne, sourit en voyant Joseph, et court vers lui les bras tendus. Joseph avec un coin de son court tablier essuie les mains salies et mouillées de Jésus et l’embrasse. Un doux dialogue se noue entre les deux. Jésus explique son travail, ses difficultés à l’exécuter. Il veut faire un lac comme celui de Génésareth (je déduis qu’on lui en a parlé ou qu’on le lui a montré) en miniature : ici Tibériade, là Magdala, plus loin Capharnaüm, la route passe par Cana vers Nazareth, les feuilles sont des barques servant à aborder l’autre rive, mais l’eau fuit", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 37.1, vision du 21/03/1944), qui lui propose de réaliser un lac non pas dans une assiette pas dans un morceau de bois qu’il aura taillé lui-même. Le petit Jésus est enthousiaste. Joseph lui montre comment utiliser scie, marteau, ciseau et rabot pour creuser une planche. Le petit Jésus se met au travail sous la supervision de son père ("[Joseph] lui propose [à l’enfant Jésus] de fabriquer le lendemain un lac non pas avec un plat ébréché mais en bois bien collé, sur lequel Jésus lancera des barques également en bois que Joseph lui aura appris à construire avec des outils adaptés qu’il pourra utiliser facilement. ‟Après je t’aiderai ?”, demande Jésus avec un sourire. ‟Après tu m’aideras, tu deviendras un brave menuisier. Viens voir.” Ils entrent dans l’atelier. Joseph lui montre un petit marteau, une petite scie, des petits tournevis [anachronisme, probablement un ciseau à bois, une gouge ou un bédane], un petit rabot, étalés sur un établi de menuisier en herbe, à la taille du petit Jésus. ‟Regarde. Pour scier, tu mets le bois en appuyant de cette façon. Tu prends la scie de cette manière, en prenant garde de ne pas toucher les doigts. Essaie donc, coupe” La leçon commence. Jésus rougit par l’effort, il serre les lèvres, sciant consciencieusement et rabotant la planche. La découpe est réussie, même si elle est un peu tordue. Joseph le félicite. Il lui apprend à travailler avec patience et amour", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 37.1-2, vision du 21/03/1944), puis il va présenter son œuvre à sa mère, à laquelle il promet de fabriquer bientôt un escabeau pour faciliter son travail de fileuse ("[Jésus] se retourne, voit la maman. Il court à elle avec sa planche à moitié rabotée et la lui montre. Marie admire et se penche pour donner un baiser à Jésus. Elle redresse ses cheveux ébouriffés, essuie la sueur de son visage, écoute affectueusement Jésus qui lui promet de lui réaliser un escabeau pour qu’elle soit plus à l’aise dans son travail. Joseph, debout près de l’établi miniature, les mains aux hanches, regarde et sourit", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 37.3, vision du 21/03/1944). Cette séquence rappelle un passage de L’histoire de l’enfance de Jésus déjà mentionnée, montrant Jésus à huit ans apprenant la menuiserie auprès de son père ("Jésus arriva à l’âge de huit ans. Joseph menuisier fabriquait des jougs, des ages, des charrues. Un paysan lui apporta une pièce de bois à scier. Jesus demanda à son père : “Père, apprends-moi à scier”. Jésus prit ses mesures, scia, dégrossit et équarrit le bois. Il montra le résultat à son père Joseph, en lui disant : “Que veux-tu que je fasse maintenant ?”", L’histoire de l’enfance de Jésus 13.1-2). La deuxième année du ministère, Jésus inventera une parabole tirée des leçons de menuiserie dispensées par son père ("Dans une œuvre ramassée un petit défaut peut passer inaperçu, mais sur une droite on voit immédiatement les erreurs, ça incline ou ça gondole. Quand Joseph m’apprenait le métier [c’est Jésus qui s’adresse à Judas], il insistait avec raison pour que les tables soient bien planes, il me disait : “Tu vois, mon fils ? Une légère imperfection dans un enjolivement ou un travail au tour, ça passe, parce qu’ordinairement l’œil observe tel point sans s’attarder sur tel autre. Tandis qu’une planche mal aplanie est ratée, même quand on la destine à un usage simple, par exemple une table de paysan : elle penche, elle boite, elle n’est plus bonne que pour le feu”. On peut dire la même chose pour les âmes. Celui qui veut éviter de finir au feu infernal et monter au Ciel doit être parfait comme une planche rabotée et dressée correctement. S’il travaille spirituellement dans le désordre, en commençant par des choses inutiles et en sautant de-ci de-là comme un oiseau inquiet pour essayer de relier les différentes parties de son œuvre, il n’aboutira à rien. Donc pas de bricolage. De l’ordre. De la charité. Toujours garder les deux extrémités entre les étaux, les empêcher de bouger, et y ramener tout le reste, ornements et sculptures", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 139.4, vision du 17/04/1945). Mais ces leçons paternelles de travail manuel, saines et constructives, resteront anecdotiques face aux leçons théologiques que sa mère nazaréenne lui aura inculquées à lui-même et à Jacques et Jude Thaddée durant leur enfance et leur adolescence communes, la foi messianique sans nuance et sans compromis, balançant des Ténèbres à la Lumière, du Mal au Bien, de Satan à Dieu, socle de tous ses prêches jusqu’à son exécution au Golgotha (par exemple dans ce discours apocalyptique du début du ministère : "Satan vous dresse des embûches pour vous cribler. Moi aussi je vous entoure. Deux adversaires : lui et moi. Vous êtres entre les deux. C’est le duel de l’Amour contre la Haine, du Savoir contre l’Ignorance, du Bon contre le Mauvais, en vous et autour de voux. Pour détourner de ses méchants coups vers vous, ma présence suffit. Je m’interpose entre les armes de Satan et vos personnes, j’accepte d’être blessé à votre place parce que je vous aime. Et les coups qu’il vous envoie en-dedans, vous devez les détourner par votre volonté, en courant vers moi, en rejoignant ma route qui est Vérité et Vie", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 96.2, vision du 03/02/1945).


En -2, un événement mondain agite Rome ("L’année où le divin [Octave] Auguste, consul avec [Lucius] Gallus Caninius [en -2 ; Lucius Gallus Caninius est consul suffect, il remplace Marcus Plautius Silvanus], dédia un temple au dieu Mars et rassasia les yeux et les esprits du peuple romain par le spectacle magnifique de combats de gladiateurs et de batailles navales, un orage que j’ai honte à rappeler, souvenir odieux, éclata dans sa propre maison", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 100.2). Julia, au fil des ans, après ses trois mariages imposés (à quatorze ans avec Marcus Claudius Marcellus en -25, à dix-huit ans avec Agrippa en -21, à vingt-sept ans avec Tibère en -12) et ses multiples orgies pour oublier qu’en -6 son dernier mari Tibère dégoûté par ses mauvaises mœurs a préféré tout plaquer et partir à Rhodes plutôt que continuer à la fréquenter, est devenue une serpillère à foutre ("Sa fille Julia oublia totalement la grandeur de son père et celle de son époux [Tibère] et se laissa aller par débauche et lubricité à tous les actes honteux qu’une femme peut faire ou permettre, mesurant la puissance de sa fortune à sa liberté de mal se comporter, prétendait avoir le droit de se livrer à toutes les fantaisies", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 100.3 ; "[Julia] allait jusqu’à se livrer la nuit à des orgies au milieu du Forum, au pied même de la tribune aux harangues", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10), elle est arrêtée par son père Octave Auguste et exilée dans l’archipel très isolé des Pontines, sur l’île de Pendateria (qui a conservé son nom jusqu’à aujourd’hui sous la forme "Ventotene", à une trentaine de kilomètres à l’ouest de l’île d’Ischia en mer Tyrrhénienne, 40°47'47"N 13°26'00"E : "[Octave Auguste] apprit tardivement les dépravations de sa fille Julia […], il fut saisi d’une violente colère. Il la soupçonnait déjà d’une conduite déréglée mais sans y croire, car ceux qui ont l’autorité entre les mains ne connaissent généralement que leurs propres affaires, toutes leurs actions sont connues de leur entourage mais eux-mêmes ignorent celles des autres. Dès qu’il fut informé, il fut si irrité qu’au lieu de contenir sa douleur dans sa maison il l’épancha devant le Sénat. Suite à cette intervention, Julia fut reléguée dans l’île de Pandateria au large de la Campanie, où sa mère Scribonia la suivit volontairement", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10 ; "Julia fut reléguée dans une île, cachée à sa patrie et à ses parents. Néanmoins elle fut accompagnée par sa mère Scribonia qui s’exila volontairement auprès d’elle", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 100.5). Ses compagnons de débauche sont condamnés à mort, notamment Iullus Antonius, fils de Marc-Antoine et Fulvia, ancien consul en -10, ancien gouverneur de la province romaine d’Asie, qui se suicide avant d’être exécuté ("Iullus Antonius, qui était une preuve vivante de la clémence de César [Octave Auguste] et qui avait cependant souillé sa maison, se punit lui-même du crime qu’il avait commis. César [Octave Auguste], après avoir vaincu le père de Iullus [Antonius] [Marc-Antoine, vaincu à Actium en -31], l’avait effectivement non seulement épargné mais encore honoré du sacerdoce, de la préture, du consulat, du gouvernement de provinces, il l’avait même introduit dans sa propre famille en lui donnant [Claudia Marcella Major] la fille de [Octavie] sa sœur comme épouse", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 100.4 ; Sempronius Gracchus, exilé depuis -6 dans l’archipel des Cercina/Kerkennah selon Tacite, Annales I.53 précité, est également éliminé : "[Titus] Quintius Crispinus [ancien consul en -9] qui cachait la plus honteuse mollesse sous un masque de droiture, Appius Claudius [Pulcher] [petit-fils de Clodius et Fulvia dont nous avons parlé dans notre paragraphe précédent], Sempronius Gracchus, Scipion [personnage indéterminé apparenté à l’ancien célèbre vainqueur d’Hannibal], et d’autres aux noms moins illustres, chevaliers ou sénateurs, reçurent le châtiment infligé aux adultères ordinaires, alors qu’ils avaient séduit la fille de César [Octave Auguste], l’épouse de [Tibère] Nero", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 100.5 ; "Ceux qui eurent des relations avec [Julia] furent mis à mort pour les uns, dont Iullus Antonius qui avait agi ainsi pour conquérir l’Empire et divers citoyens illustres, exilés aux îles pour les autres", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10). Octave Auguste est tellement embarrassé par sa fille dépravée qu’il la renie publiquement, lui accordant moins d’indulgence et de considération qu’à ses femmes de chambre ("Un grand nombre d’autres femmes furent accusées du même crime [la débauche]. Mais [Octave Auguste] ne chercha pas à prouver leur culpabilité, il fixa même un délai au-delà duquel les enquêtes devraient être clôturées. N’ayant aucune indulgence sur la punition de sa fille [Julia], regrettant d’être le père de Julia plutôt que celui de Phébé, il grâcia toutes ces femmes. Cette Phébé était l’affranchie et la complice de Julia, elle avait échappé à sa condamnation en se donnant la mort, s’attirant l’éloge d’[Octave] Auguste", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10). On ignore comment Caius et Lucius, fils de Julia, ont réagi à la déchéance de leur mère, on devine qu’ils en ont subi moqueries et insultes. Tibère reçoit la nouvelle à Rhodes, il apprend aussi que son mariage avec Julia a été annulé par Octave Auguste, signe de la profondeur de la rancœur du père contre sa fille. Il écrit à Octave Auguste une lettre réclamant faussement la clémence pour son ex-épouse Julia, en réalité il est très heureux de l’effondrement public de celle-ci qui lui permet d’espérer jouer à nouveau un rôle dans l’Empire ("[Tibère] apprit que sa femme Julia avait été condamnée pour ses désordres et ses adultères, et qu’[Octave] Auguste avait d’autorité prononcé son divorce. Bien que satisfait de cette nouvelle, il écrivit lettres sur lettres pour apaiser le père envers sa fille, et lui demander de ne pas lui retirer ses biens même si elle en était indigne", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 11). Un autre événement à l’est va favoriser le retour de Tibère dans les affaires romaines. Dans notre alinéa précédent, nous avons vu que le vieux roi parthe Phraatès IV s’est amouraché d’une jeune esclave italienne nommée "Thea Musa" envoyée par Octave Auguste vers -21. Cette Thea Musa lui a donné un fils, "Phraatacès" ou littéralement "Petit Phraatès", elle l’a convaincu de l’épouser et d’écarter les princes légitimes, et finalement elle l’a assassiné avec l’aide de son fils Phraatacès devenu roi sous le nom "Phraatès V". Thea Musa corègne désormais avec son fils Phraatès V/Phraatacès, dont la rumeur dit qu’il est son amant incestueux ("Phraatès IV roi des Parthes mourut par suite des embûches dressées contre lui par son fils Phraatacès pour les raisons suivantes. Phraatès IV avait des enfants légitimes, mais une jeune esclave italienne nommée ‟Thea Musa” envoyée par Jules César [Octave Auguste] avec d’autres présents le séduisit par sa grande beauté, elle devint sa maîtresse, lui donna un fils après un temps : Phraatacès, puis elle devint son épouse comblée d’honneurs. Elle menait le roi comme elle le voulait, et aspirait à donner à son fils le royaume des Parthes. Elle élabora un stratagème pour écarter les enfants légitimes de Phraatès IV. Elle le persuada d’envoyer les princes comme otages à Rome. Phraates IV étant incapable de résister aux volontés de Thea Musa, ils y furent envoyés. Phraatacès demeura seul, élevé en vue du trône. Mais il finit par ne plus supporter d’attendre que son père lui donnât le pouvoir. Alors il complota contre lui, avec sa mère dont la rumeur disait qu’il était l’amant. Ces deux raisons lui attirèrent la haine de ses sujets, pareillement horrifiés par son inceste et son parricide", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.39-43), les numismates confirment la proximité œdipienne entre la mère et le fils en montrant les monnaies parthes de cette époque, où celui-ci est figuré à l’avers, et celle-là au revers. Pendant ce temps, en Arménie, le roi Tigrane III installé en -20 par les Romains est mort à une date inconnue, il a été remplacé par son fils Tigrane IV et sa fille Erato qui se sont mariés aussi incestueusement et corègnent ("Le trône ne resta pas longtemps à Tigrane III, ni à ses enfants [Tigrane IV et Erato] qui pourtant unirent leur lit à leur puissance, selon l’usage barbare unissant le frère et la sœur", Tacite, Annales II.3), nettement moins favorables à Rome. Dans on-ne-sait-quelles circonstances - un soulèvement interne ? un conflit impliquant un intervenant externe ? -, Tigrane IV est tué. Erato restant seule sur le trône, abdique. Octave Auguste décide de confier l’Arménie à Ariobarzanès II le roi de Médie-Atropatène voisine, qui naguère a prouvé son hostilité au Parthe Phraatès IV aux côtés de Tiridate II, et d’envoyer un contingent pour l’imposer à la population en 2 ("Tigrane IV ayant été tué en bataille contre des barbares, et Erato [sœur-épouse de Tigrane IV] ayant abdiqué, les Arméniens furent confiés par les Romains au Mède Ariobarzanès II, qui avait sollicité ces derniers naguère avec Tiridate II [prétendant à la succession de Phraatès IV]. Ils entrèrent en guerre contre eux l’année suivante, sous le consulat de Publius Vinicius et Publius [Alfenus] Varus [en 2]", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10). Il nomme son petit-fils Caius (qui a à peine vingt-deux ans, né en -20) à la tête de ce contingent, espérant qu’il réussira la mission aussi aisément que son fils adoptif Tibère en -20, peut-être aussi pour le relever après le scandale des débauches de sa mère Julia. Caius est secondé par Marcus Lollius, ancien consul en -21 et ancien vaincu sur la rive gauche du Rhin en -16 contre les Germains qui lui ont dérobé l’emblème de la Vème légion (nous renvoyons ici à notre alinéa précédent). Il est secondé aussi par Publius Sulpicius Quirinius, ancien consul en -12 et ancien légat d’Octave Auguste au Levant lors du recensement de -8 (nous renvoyons ici aussi à notre alinéa précédent, Publius Sulpicius Quirinius doit peut-être sa nomination au fait qu’il connaît le Levant et qu’il pourra y guider judicieusement Caius). Notons encore que cette expédition de Caius vers l’Arménie est bien documentée car elle a été rapportée par un autre participant illustre : l’historien Velleius Paterculus, dont l’Histoire romaine a survécu ("J’étais dans le contingent comme tribun des soldats. J’ai occupé cette fonction, Marcus Vinicius [dédicataire de l’Histoire romaine de Velleius Paterculus], sous l’autorité de ton père [Publius Vinicius, consul en 2] et de Publius Silius [consul suffect en 3] en Thrace et en Macédoine, puis en Achaïe et en Asie, et dans toutes les provinces orientales, jusqu’aux rives opposées du Pont[-Euxin] [la mer Noire], j’éprouve encore du plaisir à me rappeler tant d’événements, de pays, de peuples et de cités", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 101.3). Tibère, toujours en exil à Rhodes, cherche à revenir à Rome, mais sans le montrer. Il écrit à son père adoptif Octave Auguste pour lui expliquer n’avoir plus aucun grief contre Caius et Lucius et désirer se réconcilier avec eux, en vain : Octave Auguste ne lui pardonne pas sa dérobade en -6 et lui signifie qu’il doit rester à Rhodes ("[Tibère] avoua enfin s’être éloigné pour ne pas susciter un soupçon de rivalité contre Caius et Lucius. Tranquillisé sur ce point quand leur âge assura leur installation à la seconde place, il demanda la permission de revenir afin de renouer les liens qu’il regrettait. En vain. On lui signifia même qu’il ne devait plus penser aux siens qu’il avait quittés avec tant d’empressement. Il resta donc à Rhodes malgré lui, obtenant à peine, par l’entremise de sa mère [Livie], le statut de “légat d’[Octave] Auguste”. Dès lors il vécut non seulement de façon ordinaire mais encore secrètement, se cachant dans l’intérieur de l’île, se dérobant aux hommages de ceux qu’auparavant il recevait régulièrement, commandants ou magistrats de passage à Rhodes pour le visiter", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 11-12). Quand il apprend le passage du contingent vers l’Arménie commandé par Caius, il se rend illico à Samos où celui-ci fait halte, et il sollicite un entretien. Selon Velleius Paterculus, le dialogue entre les deux hommes est courtois, Caius traite Tibère comme un aîné respectable ("Caius César fut envoyé en Syrie. Il eut d’abord une entrevue avec Tibère Nero, qu’il honora comme son supérieur", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 101.1). Mais selon Suétone, Caius se comporte de façon hautaine, influencé négativement par Marcus Lollius ("[Tibère] alla à Samos pour y rencontrer son beau-fils Caius, qui commandait en orient. Il s’aperçut que Marcus Lullius, compagnon influent du jeune prince, l’avait par ses insinuations tourné contre lui. Il fut soupçonné d’avoir donné des instructions équivoques à des centurions qu’il avait promus [lors de ses campagnes d’avant -6 ?], en leur demandant de réintégrer et de sonder les dispositions de l’armée en cas de changement prochain. Ces reproches lui ayant été confirmés par [Octave] Auguste, il demanda instamment qu’on le flaquât d’un observateur doté des pleins pouvoirs pour épier ses actes et ses paroles. Il renonça à la pratique des armes et à monter à cheval, quitta l’habit romain pour un simple manteau et sandales. Pednant deux ans il vécut de cette façon, de jour en jour plus critiqué et méprisé, au point que les habitants de Nîmes détruisirent ses portraits et ses statues et que, lors d’un banquet, quelqu’un proposa à Caius de partir sur-le-champ pour Rhodes et de lui rapporter la tête de l’“exilé” (c’est ainsi qu’on l’appelait). Ce ne fut plus la crainte mais le danger qui le poussa à réclamer son retour, conjointement aux vives suppliques de sa mère [Livie]", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 12-13). C’est un échec pour Tibère, qui retourne à Rhodes et écrit une nouvelle lettre à Octave Auguste pour se plaindre de la mauvaise influence de Marcus Lollius sur Caius, comparé à Publius Sulpicius Quirinius qui s’est montré correct ("[Publius Sulpicius] Quirinius n’avait aucun rapport avec l’ancienne famille des Sulpicii, car il était originaire de la commune de Lanuvium [dans le Latium, à une trentaine de kilomètres au sud de Rome], mais par sa bravoure au combat et par son énergie dans l’administration il avait obtenu le consulat [en -12] grâce à [Octave] Auguste, puis les honneurs d’un triomphe pour avoir pris les forteresses du peuple cilicien des Homonades. Il avait conseillé Caius César dans son expédition en Arménie, tout en témoignant de son respect pour Tibère dans sa retraite de Rhodes. Ce dernier avait rapporté au Sénat l’attachement de [Publius Sulpicius] Quirinius pour sa personne en même temps que l’injuste inimitié de Caius César, qu’il attribuait à l’influence de Marcus Lollius", Tacite, Annales III.48). Le contingent poursuit sa route vers l’est en traversant la province romaine d’Asie alors gouvernée par Caius Marcius Censorinus (ancien consul en -8), où Octave Auguste a réitéré solennellement la promesse que les juifs pourront continuer à y pratiquer librement leur religion comme par le passé ("“César [Octave] Auguste, grand prêtre, investi de la puissance tribunitienne, édicte : Attendu que le peuple juif a été reconnu animé de bons sentiments envers le peuple romain, aujourd’hui et dans le passé, notamment sous mon père l’Empereur [Jules] César et le Grand Prêtre Hyrcan II, j’ai décidé avec mon conseil, après serment et de l’avis du peuple romain, que les juifs peuvent conserver leurs usages selon la loi de leurs ancêtres comme à l’époque d’Hyrcan II le Grand Prêtre du Dieu Très-Haut, que leurs contributions sacrées seront inviolables et envoyées à Jérusalem pour être remises aux receveurs de cette cité, qu’ils ne seront pas astreints à travailler le jour du sabbat ni le jour précédent à partir de la neuvième heure. Si quelqu’un est pris en flagrant délit de vol de leurs livres saints ou de leur argent sacré, soit dans une synagogue soit dans une salle de réunion, il sera considéré sacrilège, ses biens seront confisqués au profit du trésor public des Romains. Les juifs ayant décidé par décret de m’honorer pour ma piété envers tous les hommes et d’honorer Caius Marcius Censorinus, j’ordonne l’affichage de ce décret dans le lieu qui m’a été consacré à Ancyre par le Konion d’Asie. Si quelqu’un transgresse une des clauses précédentes, il sera sévèrement châtié.” Gravé sur une stèle dans le temple de l’Empereur", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVI.162-165 ; cette déclaration garantit qu’une révolte juive n’éclatera pas en Anatolie pendant que Caius sera occupé en Arménie). Caius s’assure ensuite la neutralité parthe en s’entretenant avec Phraatès V/Phraatacès qui s’est avancé sur une île au milieu de l’Euphrate ("[Caius] eut une entrevue avec [Phraatès V/Phraatacès] le roi des Parthes, jeune homme remarquable. Chacun avec son escorte, ils se rendirent sur une île au milieu de l’Euphrate. Pendant que ces deux chefs dominants les empires et les hommes conversèrent entre eux, les deux armées immobiles face-à-face, Romains d’un côté, Parthes de l’autre côté, offrirent un spectacle mémorable et éclatant que j’eus le bonheur de contempler. […] Le roi parthe vint sur notre rive souper avec Caius, puis Caius alla souper chez le roi sur la rive opposée", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 101.1-3). Le roi parthe, dont la légitimité est contestée par ses propres sujets, qui sait par ailleurs ne pas avoir les moyens militaires d’affronter les légions romaines, accepte toutes les demandes de Caius contre la promesse que Rome ne lui nuira pas ("[Phraatès V/]Phraatacès, apprenant que Caius était en Syrie comme consul, et soupçonnant ses propres sujets d’entretenir depuis longtemps des mauvaises intentions à son égard, s’empressa de traiter, promettant qu’il renoncerait à l’Arménie et acceptant que ses frères partissent vivre au-delà de la mer", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10). Il envoie néanmoins une lettre à Octave Auguste pour dénoncer - après Tibère - le méchant comportement de Marcus Lollius dans l’entourage de Caius. Sur quels arguments fonde-t-il son accusation ? Nous l’ignorons. Selon Velleius Paterculus, témoin occulaire des faits, Marcus Lollius trouve la mort peu après dans des circonstances troubles. A-t-il été empoisonné sur ordre d’Octave Auguste, ou s’est-il suicidé avant d’être arrêté par ordre d’Octave Auguste, suite aux lettres de Tibère et de Phraatès V/Phraatacès ? Velleius Paterculus ajoute que Caius Marcius Censorinus le gouverneur de la province romaine d’Asie meurt à la même époque, et que le contraste entre ses funérailles et celles de Marcus Lollius révèle à quel point le second était détesté dans la troupe par rapport au premier ("Le bruit courut que la trahison et les projets fourbes de Marcus Lollius, choisi par [Octave] Auguste pour guider son jeune [petit-]fils [Caius], avaient été dévoilés à César [Octave Auguste] par [Phraatès V/Phraatacès] le roi des Parthes. [Marcus] Lollius mourut quelques jours après [l’entrevue entre Caius et Phraatès V/Phraatacès sur l’Euphrate]. J’ignore si sa mort fut naturelle ou volontaire. En tous cas sa disparition fut accueillie avec joie, tandis que celle de [Caius Marcius] Censorinus à la même époque dans la même région consterna la cité, car [Caius Marcius] Censorinus était aimé par tous", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 102.1). A la même époque encore, à l’autre bout de la Méditerranée, Lucius (âgé d’à peine dix huit ans, né en -17, frère cadet de Caius) meurt de maladie à Massalia tandis qu’il cheminait pour on-ne-sait-quelle raison vers l’Espagne ("Lucius s’éteignit à Massalia. Passant d’une mission à l’autre, il lisait les lettres de [son frère] Caius au Sénat chaque fois qu’il y était. Il mourut subitement de maladie", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10 ; "Environ un an avant [la mort de Caius], son frère Lucius César en route pour l’Espagne mourut à Massalia", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 102.3). Est-ce Octave Auguste qui, à cause de la mort de Lucius, et par crainte d’un revers de Caius en Arménie, reprend contact avec Tibère ? Ou est-ce la mort de Marcus Lollius, que ni Tibère ni Octave Auguste n’appréciaient, qui pousse Tibère à retenter sa chance auprès d’Octave Auguste ? Les deux hommes en tous cas se reparlent, et cela suscite beaucoup d’enthousiasme à Rome, même si Tibère continue son jeu du je-veux-revenir-à-Rome-mais-je-ne-veux-pas-le-montrer ("L’année où ton père Publius Vinicius fut consul [en 2 ; Velleius Paterculus s’adresse à Marcus Vinicius fils de Publius Vinicius, dédicataire de l’Histoire romaine], Tibère Nero à Rhodes enthousiasma vivement la patrie. César [Octave] Auguste choisit sans hésiter celui qui surpassait tous les autres, dès la mort de Lucius, tandis que Caius était encore vivant, mais [Tibère] Nero se désista énergiquement", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 103.1-3). En Arménie, l’expédition de Caius tourne court. Il est blessé lors du siège de la cité d’"Artageira/Art£geira", corruption de "Karkathiokerta/KarkaqiÒkerta" l’ancienne capitale de l’Arménie, aujourd’hui Eğil en Turquie (38°15'19"N 40°05'26"E). Il conquiert la cité malgré tout, et installe Ariobarzanès II de Médie-Atropatène sur le trône. Mais sa victoire est de très courte durée : Ariobarzanès II meurt peu après, remplacé par son fils Artavazde qui devient à la fois "Artavazde IV d’Arménie" et "Ariobarzanès III de Médie-Atropatène" (à ne pas confondre avec son homonyme Ariobarzanès III roi de Cappadoce du temps de Jules César !), qui mourra à son tour assassiné en 6 et remplacé dans l’urgence par Hérode-Tigrane V (fils d’Alexandre et de Glaphyra : "[Les Arméniens] s’étant rebellés, je les ai soumis par mon [petit-]fils Caius et donnés au roi Ariobarzanès II fils d’Artavazde Ier le roi de Médie[-Atropatène] pour qu’il les gouverne, et après lui son fils Artavazde IV [alias Ariobarzanès III de Médie-Atropatène]. Après l’assassinat de celui-ci, j’ai accordé le trône d’Arménie à [Hérode-]Tigrane V, issu d’une famille de sang royal", Octave Auguste, Res gestae divi Augusti 27 ; "Artavazde IV [alias Ariobarzanès III de Médie-Atropatène] fut imposé par [Octave] Auguste, puis renversé, à notre dam. Caius César, chargé de pacifier l’Arménie, l’avait donné au Mède Ariobarzanès II [père d’Artavazde IV/Ariobarzanès III] dont les avantages extérieurs et le grand courage plaisaient aux Arméniens, mais Ariobarzanès II était mort fortuitement. Ainsi cette race fut rejetée", Tacite, Annales II.4). Et, surtout, Caius ne se remet pas de sa blessure, ni de la nouvelle du décès de son frère Lucius à Massalia, il sombre dans la mélancolie et ne fait plus rien, attendant la mort en Syrie ("Ensuite [après son entrevue avec Phraatès V/Phraatacès sur l’Euphrate] Caius pénétra en Arménie. Au début sa marche fut heureuse, mais peu après dans un affrontement près d’Artageira où il se montra follement confiant il fut grièvement blessé par un nommé ‟Addus”. Après cette blessure son corps s’affaiblit et son esprit ne fut plus apte à servir la République", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 102.2 ; "[Les Arméniens] n’accomplirent qu’un seul acte remarquable. Un nommé ‟Addon” occupait Artageira. Il attira Caius sous les murs de la ville en prétextant vouloir lui révéler un secret sur les Parthes, et le blessa. A la suite de cette perfidie, Addon fut assiégé, il résista longtemps, puis fut capturé. Caius fut acclamé imperator comme [Octave] Auguste. Ariobarzanès II mourut peu après, son fils Artavazde IV [alias Ariobarzanès III de Médie-Atropatène] reçut l’Arménie par [Octave] Auguste et le Sénat. Caius tomba malade de sa blessure : de santé fragile et d’esprit égaré, il devint hébété", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10). Octave Auguste essaie de le réconforter, il lui demande revenir au plus vite à Rome pour se reposer après les épreuves qu’il vient d’endurer. Caius très affaibli se laisse convaincre, il prend le chemin du retour à une date inconnue en 3, mais meurt lors d’une halte en Lycie ("[Caius] résolut de vivre en simple particulier, en restant en Syrie. Profondément affligé de cette résolution, [Octave] Auguste en informa le Sénat et exhorta le jeune homme à revenir en Italie pour y faire ce qu’il voudrait. Caius, renonçant à toutes fonctions, s’embarqua pour la Lycie, et mourut à Limyra [site archélogique sur le flanc sud du mont Bey, à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Antalya en Turquie, 36°20'31"N 30°10'16"E]", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10 ; "Entouré d’hommes dont les flatteries entretenaient ses vices, car une haute destinée a toujours l’adulation comme compagne, [Caius] préféra vieillir dans le recoin caché du monde plutôt que rentrer à Rome. Finalement, après avoir longtemps tardé, il revint à regret vers l’Italie. Mais il mourut de maladie dans la cité de Limyra en Lycie", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 102.3). Pour l’anecdote, son lieutenant Publius Sulpicius Quirinius reste sur place puisque les inscriptions 9502 et 9503 des Inscriptiones latinae selectae ou "ILS" dans le petit monde des latinistes, découvertes à Antioche-de-Pisidie en plein cœur de l’Anatolie (aujourd’hui Yalvaç en Turquie, 38°18'21"N 31°11'27"E), indiquent qu’il y exerce comme "duumvir" sous le consulat de Marcus Servilius en 3. L’expédition de Caius en orient se conclut donc par un ratage complet. La stabilité en Arménie n’est pas garantie, et en Parthie voisine Phraatès V/Phraatacès et sa mère Thea Musa sont chassés par une révolution aulique peu après l’entrevue avec Caius sur l’Euphrate, ils sont tués durant leur fuite tandis que les notables arsacides, cherchant un successeur, se résignent à couronner un cruel fils ou cousin de Phraatès IV, Orodès III, qui ne règnera que quelques années avant d’être assassiné précisément à cause de sa cruauté ("Surpris par une révolte avant d’avoir consolidé son pouvoir, [Phraatès V/Phraatacès] fut chassé et tué. Les nobles parthes furent d’accord pour ne pas gouverner sans roi, or la tradition, confortée par la dégradation du royaume causée par l’esclave italienne [Thea Musa] que le précédent roi [Phraatès IV] avait épousée, exigeait que celui-ci fût un Arsacide, ils rappelèrent donc Orodès III par des ambassadeurs, qui était certes détesté du peuple pour son excessive cruauté, son humeur difficile, ses colères intraitables, mais appartenait à la famille", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.43-44). Octave Auguste n’a plus d’autre choix que reconnaître officiellement Tibère comme son héritier, et hâter son retour à Rome. C’est ainsi que Tibère, après presque une décennie d’exil à Rhodes, revient en Italie en 4, toujours en feignant d’y être contraint ("[Octave Auguste] insista [auprès de Tibère pour qu’il revienne à Rome] quand les deux jeunes gens [Lucius et Caius] eurent disparu. Il partagea avec [Tibère] Nero la puissance tribunitienne malgré les protestations que celui-ci multiplia en privé et dans le Sénat", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 103.1-3 ; "Drusus [l’Ancien] étant mort, [Octave] Auguste se retourna vers son autre beau-fils Tibère. Ce dernier devint le centre de toutes les attentions, il fut adopté, associé à l’autorité suprême et à la puissance tribunitienne, montré avec affectation à toutes les armées", Tacite, Annales I.3), sous les vivas de la foule ("Sous le consulat de [Sextus] Aelius Catus et de Caius Sentius [Saturninus Junior] [en 4], le cinq des calendes de juillet, sept cent cinquante-sept ans après la fondation de Rome [en -753], il y a vingt-sept ans [Velleius Paterculus écrit son Histoire romaine en 31], [Octave Auguste] l’adopta [Tibère]. Quels furent l’allégresse de cette journée, l’empressement de la cité, les vœux de tous ceux dont les mains se tendirent vers le ciel, d’une sécurité perpétuelle et d’un Empire romain éternel, je ne pourrais pas décrire tout cela dans un grand ouvrage, je n’en parlerai pas ici. Je me contente de dire qu’il nous fut cher à tous. Les parents y virent briller l’espoir de profiter de leurs enfants, les époux de leur mariage, les propriétaires de leurs biens, et tous, de la sécurité, du repos, de la paix, de la tranquillité, on conçut les plus beaux projets et la certitude de leur heureux accomplissement", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 103.3-5), même si Livie, mère de Tibère, est soupçonné un temps - probablement à tort - d’avoir provoqué la mort de Caius et Lucius afin de favoriser le retour en grâce de son fils ("Parce qu’à cette époque Tibère rentra de Rhodes à Rome, Livie fut accusée de la mort des deux frères [Lucius mort à Massalia en Gaule en 2, et Caius mort à Limyra en Lycie en 3]", Dion Cassius, Histoire romaine LV.10 ; "Après la mort d’Agrippa, les deux César, Lucius en allant à l’armée d’Espagne, Caius en revenant blessé d’Arménie, furent enlevés par une mort que hâtèrent le Destin ou le crime de leur marâtre Livie", Tacite, Annales I.3). La réconciliation entre les deux hommes n’est pas totale, chacun continue à se méfier de l’autre, et à avancer ses pions. Tibère met en avant son fils qu’il a eu avec Vipsania Agrippina, Drusus que nous surnommerons "le Jeune" pour ne pas le confondre avec son oncle Drusus l’Ancien (second fils de Livie et de Tiberius Claudius Nero, donc frère cadet de Tibère, mort en Germanie en -9 comme nous l’avons raconté dans notre alinéa précédent ; né en -14, Drusus le Jeune est âgé de dix-huit ans en 4), et il se garde bien d’intervenir dans les décisions politiques d’Octave Auguste ("De retour à Rome, [Tibère] introduisit son fils Drusus [le Jeune] dans le Forum. […] Il se livra entièrement au repos, se bornant aux devoirs d’un particulier, sans s’occuper de la moindre charge publique", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 15), notamment quand celui-ci, sous la pression populaire, allège la condamnation de Julia en la transférant dans une prison du continent ("Vivement pressé par le peuple de rappeler sa fille [Julia], [Octave] Auguste répondit que le feu se mêlerait à l’eau avant qu’il se décidât à la rappeler. Alors le peuple jeta quantité de feux dans le Tibre, sans rien obtenir dans l’immédiat, mais par la suite il pressa tellement l’Empereur que Julia fut transférée de son île [de Pendateria/Ventotene] sur le continent", Dion Cassius, Histoire romaine LV.13). De son côté, Octave Auguste oblige Tibère à adopter Caius Julius Caesar dit "Germanicus", âgé de dix-neuf ans en 4 (né en -15), fils de Drusus l’Ancien, et il l’envoie aussitôt à la frontière du Rhin avec le jeune Germanicus comme observateur ("Gaius et Lucius étant morts en moins de deux ans, [Tibère] fut adopté par Auguste […], après après avoir été contraint d’adopter lui-même Germanicus, fils de son [demi-]frère [Drusus l’Ancien]", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 15 ; "Mais [Octave Auguste] mit Germanicus fils de Drusus à la tête de huit légions sur le Rhin, et obligea Tibère à l’adopter, quoique celui-ci eût déjà un fils [Drusus le Jeune] sorti de l’adolescence", Tacite, Annales I.3 ; "[Octave Auguste] adopta Tibère et l’envoya contre les Celtes [les Germains ; souvenons-nous que les Romains depuis Jules César distinguent deux familles de Celtes, les "Gaulois/Galli" romanisés sur la rive gauche du Rhin et leurs "Cousins/Germanii" non-romanisés sur la rive gauche du Rhin, alors que les Grecs ne font pas cette distinction, la langue grecque qu’utilise Dion Cassius emploie le mot "Celtes/Kelto…" pour désigner indifféremment tous les peuples au nord-ouest du Danube et des Alpes], après lui avoir conféré pour dix ans la puissance tribunitienne. Toutefois, craignant qu’il se laissât emporter par son orgueil et fomentât un soulèvement, il l’obligea à adopter son neveu Germanicus, bien qu’ayant déjà un fils [Drusus le Jeune]", Dion Cassius, Histoire romaine LV.13) et le consul Caius Sentius Saturninus Junior, fils de l’homonyme consul en -19 et gouverneur de Syrie en -8, comme second. Des troubles y ont éclaté en effet les années précédentes, difficilement contenus ("Rome ne retint pas longtemps celui qui devait venger la patrie et défendre l’Empire : Tibère fut envoyé immédiatement en Germanie [en 4]. Trois ans auparavant, un immense foyer de guerre s’était allumé contre ton illustre aïeul Marcus Vinicius [ancien consul suffect en -19 en remplacement de Caius Sentius Saturninus, grand-père du dédicataire homonyme de l’Histoire romaine de Velleius Paterculus]. Sur certains points, celui-ci avait conduit habilement les opérations, sur d’autres il s’était heureusement maintenu, il en avait reçu les ornements du triomphe avec une glorieuse inscription rappelant ses exploits", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 104.2). L’historien Velleius Paterculus est à nouveau le témoin des faits, servant aux côtés de Tibère ("Ex-tribun militaire, je servis dans l’armée de Tibère César. Immédiatement après son adoption [de Tibère par Octave Auguste en 4], je fus envoyé avec lui en Germanie comme préfet de cavalerie, succédant à mon père. Durant neuf années consécutives, soit comme préfet, soit comme légat, je fus le témoin de ses divins exploits et je l’aidai dans la mesure de mes faibles moyens", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 104.3). L’inscription 9463 des Inscriptiones latinae selectae, ou "ILS" dans le petit monde des latinistes, est une lettre de remerciement en langue grecque écrite depuis "Bononia en Gaule/Bonwn…aj tÁj ™n Gall…a" par Tibère aux habitants de la lointaine cité d’Aizanoi en Anatolie (aujourd’hui Çavdarhisar en Turquie, 39°12'04"N 29°36'35"E), pour les remercier des hommages que ceux-ci lui ont envoyés à l’occasion d’on-ne-sait-quel événement, les épigraphistes pensent que l’événement en question est le retour en grâce de Tibère à Rome en 4, et que cette lettre a été écrite au début de la campagne de Tibère en Germanie qui a suivi, cela signifierait que Tibère s’est d’abord rendu à Bononia sur la côte de la Manche, face à l’île de Bretagne, qui a conservé son nom jusqu’à aujourd’hui sous la forme "Boulogne[-sur-mer]" en France (50°43'29"N 1°36'41"E), il aurait ensuite longé la côte maritime depuis Bononia/Boulogne-sur-mer jusqu’au delta du Rhin pour sécuriser ses arrières avant de s’enfoncer en territoire ennemi. Il remonte ensuite la vallée du Rhin en rive droite, en soumettant toutes les tribus germaniques qu’il croise, jusqu’aux Chérusques installés sur la rive gauche de la rivière Lippe. Ensuite Tibère marche sur les traces de son frère Drusus l’Ancien en -11, il remonte la Lippe jusqu’à sa source, et descend (via l’Aa et la Nethe) jusqu’au fleuve Veser/Weser ("Tibère entra immédiatement en Germanie, soumit les Cananefates [dans le delta du Rhin, plus précisément entre la bouche Lek et la bouche Vlie], les Attuares [en amont d’Oppidum Batavorum/Nimègue, entre le Rhin et la Meuse], les Bructères [dans les alentours de l’actuelle Münster en Allemagne, entre l’Ems et la Lippe], contraignit les Chérusques [sur la rive gauche de la Lippe] à rentrer dans le rang (ce peuple ne serait pas devenu si célèbre sans notre désastre [allusion au désatre de Publius Quinctilius Varus en 9]), passa le Veser et pénétra dans l’intérieur du pays. César [Tibère] se réserva toutes les actions les plus pénibles et les plus dangereux, laissant les moins risquées à [Caius] Sentius Saturninus [Junior] qui avait déjà commandé en Germanie comme lieutenant de son père. […] La campagne d’été [en 4] prolongée jusqu’en décembre nous apporta une immense victoire", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 105.1-3). Il fonde un nouveau camp militaire près de la source de la Lippe, aujourd’hui le site archéologique d’Anreppen en Allemagne (51°44'14"N 8°35'32"E). Les archéologues ont retrouvé un camp militaire romain temporaire dans le quartier Sennestadt de la ville de Bielefeld à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Münster en Allemagne (51°57'10"N 8°38'06"E) qui semble dater de cette campagne sur la Lippe en 4. Entre ce quartier Sennestadt et le centre-ville de Bielefeld, dans le parc Brands Busch, quelques artefacts romains épars ont été également exhumés (des clous de caliges, une monnaie romaine remontant à l’époque de la bataille d’Actium en -31), ainsi qu’une base d’une tour romaine d’observation inachevée (52°00'11"N 8°32'41"E), qui datent peut-être aussi de la campagne de 4. On note que le camp de la Lippe/Anreppen se situe à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de la source du fleuve Amisius/Ems (51°51'22"N 8°41'53"E), qui elle-même est à une quinzaine de kilomètres au sud du camp temporaire de Sennestadt-Bielefeld. Surtout, un autre camp étendu sur trente-sept hectares est créé sur le plateau dominant l’actuelle ville de Markbreit en Allemagne, au confluent de la Main et de son affluent la rivière Breitbach en rive gauche (49°40'07"N 10°09'10"E), qui sera complètement déserté et oublié par la mémoire collective après la défaite de Publius Quinctilius Varus en 9 et le retrait romain définitif de Germanie, avant d’être redécouvert et fouillé par les archéologues à partir de 1985. Cette proto-cité dont le nom est inconnu, située en plein milieu de la Bavière, à mi-chemin entre Mogontiacum/Mayence à l’ouest et la source de la Main Blanche/Bischofsgrün à l’est - porte de la Bohême où les Marcomans de Marobod sont installés -, devient la capitale de la province romaine de Germanie en gestation, dont Caius Sentius Saturninus Junior (consul en 4) est désigné gouverneur ("archonte de Germanie/German…aj ¥rcontoj" en grec, selon Dion Cassius, Histoire romaine LV.28). Tibère passe l’hiver 4/5 à Rome, puis il revient au camp de la Lippe/Anreppen au printemps 5 ("Alors que l’hiver [4/5] rendait les Alpes presque impraticables, l’amour de sa famille attira César [Tibère] à Rome. Au début du printemps [5], le souci de défendre l’Empire le ramena en Germanie, au cœur de ce pays, près de la source de la Lippe où avait son départ il avait établi ses quartiers d’hiver", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 105.3). Un mariage consanguin est célébré en 5 entre Germanicus resté à Rome et Agrippine l’Aînée, âgée de dix-neuf ans (née en -14), fille d’Agrippa et de Julia (Agrippine l’Aînée est la sœur de Caius et Lucius morts récemment). Parmi les enfants qui naîtront de cette union, mentionnons Caius Julius Caesar qui sera surnommé "Caligula" plus tard, né en 12 en Italie, et Agrippine la Jeune, née en 15 en Germanie ("Germanicus avait épousé Agrippine [l’Aînée], fille d’Agrippa et de Julia, et il en eut neuf enfants. Deux d’entre eux moururent en bas âge, et un troisième au sortir de l’enfance. […] Les autres survécurent à leur père, soit trois filles : Agrippine [la Jeune], Drusilla et [Julia] Livilla, nées en trois ans consécutifs, et trois garçons : Nero, Drusus et Caius [Julius] Caesar [Caligula]", Suétone, Vies des douze Césars, Caligula 7). Pendant ce temps, en Germanie, Tibère lance une nouvelle campagne dont le déroulé est difficile à restituer, tant Velleius Paterculus, seul témoin dont l’œuvre a survécu mais qui s’enthousiasme exagérément sur les qualités de son chef Tibère, manque d’objectivité en se perd en généralités. Velleius Paterculus dit d’abord que l’armée romaine vainc les Chauques, vivant entre l’embouchure du fleuve Amisius/Ems et l’embouchure du fleuve Veser/Weser, puis elle vainc les Lombards, vivant entre l’embouchure du fleuve Veser/Weser et l’embouchure du fleuve Albis/Elbe ("Nos troupes parcoururent la Germanie entière. Nous vainquîmes des peuples aux noms presque inconnus. Le peuple des Chauques fut soumis, toute leur armée, masse immense de jeunes hommes aux corps gigantesques, ploya en dépit des avantages naturels de sa position, encerclée par nos soldats dont les armes étincelaient elle vint se prosterner avec ses chefs devant le tribunal de Tibère. Nous domptâmes les Langobards [les Lombards], le plus sauvage des peuples germaniques", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 106.1-2). On déduit que Tibère s’est aventuré vers l’aval de l’Amisius/Ems et vers l’aval du Veser/Weser pour acculer les Chauques sur leurs côtes maritimes (où Drusus l’Ancien a failli perdre la vie en -12, piégé par la marée). Un site archéologique sur la rive gauche du Veser/Weser dans le quartier Barkhausen de la ville de Porta Westfalica en Allemagne, découvert à l’occasion de travaux de terrassement en 2008 (52°15'25"N 8°54'44"E ; ce site a été totalement anéanti par la construction d’habitations après les fouilles de sauvetage en 2008), a révélé une couche d’occupation germanique ancienne surmontée d’un camp militaire romain renfermant divers artefacts, dont huit monnaies datant de la fin du Ier siècle av. J.-C. et deux monnaies honorant les frères Caius et Lucius, qui laissent penser que Tibère s’y est installé temporairement lors de sa campagne contre les Chauques en 5. Velleius Paterculus dit ensuite qu’après la victoire sur les Chauques et les Lombards, l’armée romaine s’engage sur la rive droite du Veser/Weser, et qu’avec une flotte romaine en provenance de la mer du Nord elle remonte l’Albis/Elbe jusqu’à la région des Suèves, partagés entre la tribu aînée des Semnons installés sur la rive droite et la tribu cadette des Hermundures qui sont des Suèves installés sur la rive gauche abandonnée par les Marcomans de Marobod en -7 (nous renvoyons sur ce sujet à notre alinéa précédent). Le texte flou de Velleius Paterculus ne permet pas de savoir si Tibère a opéré par voie de terre en marchant seul vers l’est jusqu’à la moyenne vallée de l’Albis/Elbe avant d’y être rejoint par la flotte, ou s’il a opéré en marchant vers le nord pour rejoindre la flotte avant de remonter avec elle jusqu’à la moyenne vallée de l’Albis/Elbe ("Enfin, exploit inespéré et inaccompli jusqu’alors, l’armée romaine fut conduite sous ses enseignes à quatre cents milles du Rhin jusqu’au fleuve Albis [l’Elbe], dont le cours sert de frontière entre les Semnones et les Hermundures. Grâce aux soins de notre général, grâce à son heureuse fortune habituelle, et aussi à l’habile choix du moment, la flotte après avoir suivi les côtes sinueuses de l’Océan [la Manche depuis Bononia/Boulogne-sur-mer ?] quitta une mer inconnue et jusque-là inexplorée [la mer du Nord], remonta l’Albis [l’Elbe] et, victorieuse d’un grand nombre de peuples, chargée d’un immense butin de toute sorte, rejoignit César [Tibère] et son armée", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 106.2-3). Le site archéologique de Wilkenburg à quelques kilomètres au sud de Hanovre en Allemagne (52°18'29"N 9°45'12"E), en bordure de la rivière Leine, affluent de la rivière Aller, elle-même affluent en rive droite du fleuve Veser/Weser, recèle un grand camp militaire romain temporaire avec divers artefacts dont des clous de caliges et des monnaies du Ier siècle av. J.-C. et une monnaie honorant les frères Caius et Lucius, il date peut-être de l’expédition de Tibère en 5. Le site archéologique de Hedemünden, quartier est de la ville de Hannoversch Münden en Allemagne (51°23'51"N 9°44'03"E), sur la rive est du confluent entre les rivières Werra et Fulda engendrant le Veser/Weser, a une couche d’occupation germanique ancienne surmontée d’un camp militaire romain renfermant de nombreux artefacts dont des monnaies datant de la fin du Ier siècle av. J.-C., il date peut-être aussi de l’expédition de Tibère en 5, pour surveiller les Chérusques et les Cattes à l’ouest et les Hermundures à l’est. Par ailleurs, les fouilles archéologiques dans le hameau de Bentumersiel au sud de la commune de Jemgun en Allemagne (53°14'39"N 7°23'30"E), sur la rive gauche de l’embouchure de l’Amisius/Ems, correspondant peut-être au port fluvial d’"Amisia" mentionné par Tacite, Annales II.8, ont révélé des petites habitations saisonnières comportant beaucoup d’artefacts divers d’origine germanique prouvant que ce site était un lieu d’échanges entre les Frisons à l’est et les Chauques à l’ouest. Le peu d’artefacts romains exhumés sur place empêche l’hypothèse d’un camp militaire romain, même de courte durée, mais la flotte naviguant vers l’embouchure de l’Albis/Elbe en 5 a pu y relâcher pour s’approvisionner auprès des Frisons, alliés de Rome depuis l’expédition de Drusus l’Ancien en -12. On est tenté de mettre en relation la flotte romaine longeant la côte germanique de la mer du Nord en 5 avec le séjour de Tibère à Bononia/Boulogne-sur-mer l’année précédente : on suppose que Tibère en 4 y a lancé la construction et l’équipement des navires constituant cette flotte en projection de l’invasion de la Germanie en 5. Vellius Paterculus raconte ensuite la venue d’un vieux Germain - un Suève semnon ? - depuis la rive droite de l’Albis/Elbe, désirant simplement saluer Tibère qu’il considère comme un homme exceptionnel. On ignore si cet épisode est inventé par l’auteur, ou s’il correspond à une scène réelle enflée par le souvenir positif que l’auteur a conservé de son chef Tibère ("Notre camp occupait la rive en-deçà du fleuve que je viens d’évoquer [l’Albis/l’Elbe]. Sur l’autre rive étincelaient les armes des guerriers ennemis, qui se repliaient en hâte au moindre mouvement de nos navires. Un des barbares, vieillard de haute stature, et d’un rang élevé si on jugeait à son costume, monta sur une barque creusée dans un tronc d’arbre selon l’usage local. Gouvernant seul cette embarcation, il s’avança jusqu’au milieu du fleuve et demanda qu’on lui permît de débarquer sans danger sur la rive qu’occupaient nos soldats et de voir César [Tibère]. On l’y autorisa. Il amena sa barque près de la rive, puis, après avoir longtemps contemplé César [Tibère] en silence : “Nos jeunes sont fous, dit-ils, elle honore ta divine sorte quand tu es absent, et quand tu es présent elle préfère t’affronter plutôt que se mettre sous ta protection. Mais moi, par ta bonté et ta permission, César [Tibère], je vois aujourd’hui les dieux dont j’ai entendu parler, et jamais dans ma vie je n’ai souhaité ni vécu jour plus heureux”. Après avoir obtenu de toucher la main de César [Tibère], il revint à sa barque et, en se retournant longuement pour continuer à le voir, regagna la rive qu’occupaient les siens", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 107.1-2). L’armée retrouve le camp de la Lippe/Anreppen avant l’hiver 5/6, puis Tibère seul regagne Rome ("César [Tibère] fut vainqueur de tous les peuples et de tous les pays qu’il avait attaqués. Son armée n’avait subi aucune perte ni aucun dommage. Une seule fois les ennemis l’avaient assailli par ruse, ils avaient subi un grave désastre. Il ramena ses légions dans leurs quartiers d’hiver [5/6] et, avec la même hâte que l’année précédente, il partit pour Rome", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 107.2-3). L’année suivante, en 6, Tibère programme une campagne contre le cœur du continent européen, en Bohème, où Marobod a grandement accru la puissance de sa tribu marcomane, et où il attire à lui les tribus germaniques voisines, menaçant directement l’Italie ("Marobod était bien né : son corps était vigoureux, son courage était indomptable, et son intelligence contredisait sa nature barbare. Le pouvoir qu’il acquit parmi les siens n’était pas précaire, dû au désordre et au hasard, dépendant de la volonté de ses sujets. Aspirant à un commandement stable et une puissance royale, il avait décidé d’éloigner son peuple des Romains et de se retirer en un pays où, après avoir fui des armes trop redoutables, il pourrait imposer les siennes. Il occupa donc la région dont je viens de parler, soumit par la force tous les peuples voisins ou les plaça sous sa domination par des traités. Naguère son empire ressemblait à un corps sans défense, mais par des exercices continuels il donna à son armée une organisation à la romaine, et il transforma son royaume en un Etat puissant que même notre Empire pouvait craindre. Sa conduite envers les Romains était la suivante. Il ne nous combattait pas, mais il nous signifiait qu’en cas d’attaque il aurait la force et la volonté de résister. Ses demandes aux Césars [Octave Auguste et Tibère] via ses ambassadeurs étaient tantôt celles d’un suppliant tantôt celles d’un égal. Tout peuple, tout homme qui abandonnait notre cause, trouvait chez lui un refuge sûr. Sous ses apparences maladroites il agissait en rival. Il avait porté son armée à soixante-dix mille fantassins et quatre mille cavaliers, et par des guerres ininterrompues contre ses voisins il l’entraînait pour des tâches plus grandes. Il était d’autant plus dangereux qu’ayant à sa droite et face à lui la Germanie, à sa gauche la Pannonie, et entre les deux le pays des Noriques, il entretenait la menace sur chacun et était redouté par tous. Même l’Italie n’était pas à l’abri d’une incursion, car depuis les hautes Alpes marquant la frontière italienne jusqu’aux portes de son empire on comptait à peine deux cent mille pas", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 108-109.4). Il planifie une opération en tenailles : tandis que Caius Sentius Saturninus Junior le gouverneur de Germanie envahira l’ouest de la Bohême avec toutes les forces romaines stationnées en Bavière, lui-même envahira le sud de la Bohême à partir de Carnuntum/Petronell avec toutes les forces romaines des côtes adriatiques orientales rassemblées en Pannonie ("Tel est l’homme [Marobod] et tel est le pays [la Bohême] que Tibère César décida d’attaquer l’année suivante [en 6] par différents points à la fois. [Caius] Sentius Saturninus [Junior] reçut l’ordre de passer par le pays des Cattes, de raser la forêt Hercynienne voisine puis de conduire ses légions jusqu’en Bohême (ainsi s’appelait le pays où habitait Marobod). Tibère partant lui-même de la cité de Carnuntum, la plus proche du pays des Noriques, entreprit de mener contre les Marcomans l’armée stationnée en Illyrie", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 109.5). Les troupes se mettent en marche. Quand soudain on apprend que, sur les arrières, en Pannonie et en Dalmatie, correspondant à la grande plaine entre les actuelles Hongrie et Italie et au territoire que les Grecs désignaient approximativement par "Illyrie", correspondant à l’ex-Yougoslavie avant son morcellement fatal entre 1992 et 2006, les populations se sont soulevées contre la domination romaine ("Les Dalmates jusque-là étaient restés tranquilles malgré les exactions dont ils étaient accablés. Mais lorsque Tibère marcha une seconde fois contre les Celtes [les Germains marcomans de Marobod en Bohême] avec [Marcus] Valerius [Messala] Messalinus le gouverneur de Dalmatie et de Pannonie et le gros de l’armée, et qu’ils furent eux-mêmes convoqués pour former un contingent, ils virent à quel point ils étaient jeunes, forts et vigoureux, et n’hésitèrent plus : excité par un nommé ‟Baton” du peuple des Dysidiates, un petit groupe se révolta et battit les Romains venus à leur rencontre, ce succès entraîna les autres dans la défection. Ensuite le peuple des Breuces en Pannonie, sous la direction d’un autre ‟Baton”, marcha contre la garnison romaine stationnant à Sirmium [aujourd’hui Sremska Mitrovica en Serbie, 44°58'01"N 19°36'35"E]. Ils échouèrent car [Aulus] Caecina Severus, gouverneur de Mésie voisine, informé de ce soulèvement, se hâta d’aller à leur rencontre et les vainquit en bataille sur les bords de la Drave. Mais ils gardèrent espoir dans une revanche car beaucoup de Romains étaient tombés dans cette bataille. Ils cherchèrent des alliés pour les aider, s’adjoignant tous ceux qu’ils trouvèrent. Pendant ce temps, Baton le Dalmate fut blessé par un jet de pierre lors d’une opération contre Salones [aujourd’hui Solin en Croatie, 43°32'21"N 16°28'58"E]. Ne pouvant plus agir par lui-même, il se contenta d’envoyer des détachements ravager la côte jusqu’à Apollonia [site archéologique sur la commune de Pojan dans la banlieue ouest de Fier en Albanie, 40°43'17"N 19°28'19"E] où, confronté aux Romains, il fut d’abord vaincu, puis vainqueur", Dion Cassius, Histoire romaine LV.29 ; "Depuis ses quartiers d’hiver [5/6] sur le Danube, [Tibère] César avait avancé son armée et se trouvait à peine à cinq jours de marche des ennemis, les légions commandées par [Caius Sentius] Saturninus [Junior] étaient à peu près à la même distance de l’ennemi et s’apprêtaient à effectuer la jonction à l’endroit prévu, quand la Pannonie toute entière, fortifiée par les avantages d’une longue paix et parvenue au plus haut degré de sa puissance, prit les armes, entraînant avec elle la Dalmatie et tous les peuples alentours. […] Les peuples soulevés représentaient plus de huit cent mille hommes, ils avaient environ deux cent mille fantassins et neuf mille cavaliers. Cette masse immense obéissait à des chefs pleins d’ardeur et d’expérience. Une partie se dirigea vers l’Italie voisine en direction de Nauportus [site archéologique sur la commune de Vrhnika en Slovénie, 45°58'10"N 14°18'08"E] et Tergeste [aujourd’hui Trieste en Italie, 45°38'52"N 13°46'07"E], une autre partie se répandit vers la Macédoine, le reste gardait le territoire. Le commandement suprême appartenait aux deux Baton et à Pinnes. Tous les Pannoniens connaissaient la discipline des Romains et leur langue, et même beaucoup appréciaient leur littérature et leurs exercices de l’esprit. En conséquenc, par Hercule ! jamais peuple ne passa plus promptement d’un projet de guerre à la guerre elle-même, ni à exécuter ses plans. On arrêta les citoyens romains, on égorgea les marchands, on massacra de nombreux vexillaires éloignés de leur général, on occupa la Macédoine. Tout fut ravagé par le fer et par le feu, en tous lieux. La terreur que répandit cette guerre fut telle que l’âme de César [Octave Auguste], d’ordinaire si calme, qui avait connu tant de combats, fut ébranlée et épouvantée", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 110.1-6). L’attaque contre Marobod en Bohême est aussitôt stoppée. Tibère fait demi-tour et dirige toutes ses forces contre les rebelles ("Informé de ces revers et craignant une irruption en Italie, Tibère revint de la Celtique [la Germanie]", Dion Cassius, Histoire romaine LV.30 ; "La nécessité l’emporta sur la gloire. On jugea imprudent de s’enfoncer avec l’armée dans l’intérieur des terres [germaniques] en laissant l’Italie sans défense contre un ennemi si proche", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 110.3). Selon Dion Cassius, un accord est signé avec des "Germains" non-identifiés - les Germains vaincus des années précédentes ? ou les Germains marcomans de Marobod ? - afin qu’ils ne bougent pas quand les troupes romaines seront occupées sur les côtes adriatiques ("A la même époque [sous le consulat de Marcus Aemilius Lepidus et Lucius Arruntius en 6], Tibère et d’autres généraux ayant marché contre les Celtes [les Germains], avancé jusqu’au fleuve Ouisourgos ["OÙisoÚrgoj", le Veser/Weser"] puis jusqu’à l’Albios ["Alb…oj", l’Albis/l’Elbe] sans accomplir des exploits méritant d’être rapportés mais ayant néanmoins conféré le titre d’imperator à [Octave] Auguste et à Tibère, et les ornements du triomphe à Caius Sentius [Saturninus Junior] le gouverneur de Germanie, les Germains effrayés négocièrent une première fois, puis une seconde fois. On leur accorda cette nouvelle paix, en dépit de leur violation récente des traités, à cause des événements de Dalmatie et de Pannonie dont la gravité nécessitait une prompte répression", Dion Cassius, Histoire romaine LV.28). A Rome, une levée en masse est décrétée par le Sénat. Tous les espoirs se tournent vers Tibère ("On leva en masse, de toutes parts on rappela les vétérans, on obligea selon leur cens les riches, hommes et femmes, à fournir des soldats parmi leurs affranchis. On entendit César [Octave Auguste] dire en plein Sénat que, sans réaction rapide, l’ennemi pouvait arriver devant Rome en dix jours. Sénateurs et chevaliers romains furent invités à se consacrer à la guerre. Ils le promirent. Mais tous ces préparatifs eussent été vains sans personne pour les commander, la République demanda alors à [Octave] Auguste de désigner Tibère, ultime protecteur, comme chef des opérations", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 111.1-2). En résumé, en quelques années, à la faveur de la déchéance de Julia en -2, des décès de Lucius en 2 et Caius en 3, des conquêtes en Germanie en 4 et 5, et du danger illyrien qui pèse sur l’Italie en 6, Tibère est passé du statut de proscrit à Rhodes au statut de sauveur de l’Empire, il a recouvré toutes ses prérogatives d’héritier à l’ombre de son impérial beau-père Octave Auguste.


Le vieux Nicolas de Damas, ancien précepteur des enfants de Marc-Antoine et Cléopâtre VII puis éminence grise d’Hérode, est mort après son ambassade à Rome en -4 pour défendre Hérode-Archélaos. Nous en avons la certitude indirectement, par le changement spectaculaire qu’on observe dans les Antiquités juives de Flavius Josèphe. Jusqu’aux événement de l’année -4, Flavius Josèphe s’est contenté de copier-coller l’Histoire de Nicolas de Damas et d’y ajouter quelques anecdotes ici et là, le récit était construit, exhaustif, linéaire : à partir de l’année -4, la narration des Antiquités juives devient très brouillonne, très approximative, très décousue. N’ayant pas la solide formation d’historien de Nicolas de Damas, Flavius Josèphe se débrouille avec ses faibles moyens, et le résultat est très médiocre. Il mélange les dates par des prolepses et des analepses, il saute d’un sujet à l’autre sans essayer de les relier. Nous devons donc décortiquer son discours pour en retrouver la trame diégétique, en regrettant hélas qu’il demeure quasiment la seule source non-chrétienne à notre disposition pour cette période de l’Histoire. Flavius Josèphe dit que "la dixième année du règne d’Hérode-Archélaos", donc en 6, celui-ci est accusé de tyrannie par ses administrés, qui députent à Rome. Octave Auguste convoque Hérode-Archélaos ("La dixième année du règne d’[Hérode-]Archélaos, les notables judéens et samaritains ne supportant plus sa cruauté et sa tyrannie le dénoncèrent à César [Octave Auguste], surtout lorsqu’ils surent qu’il avait contrevenu aux ordres de celui-ci lui enjoignant la modération envers eux. César [Octave Auguste] fut très irrité en entendant ces accusations, il convoqua le représentant d’[Hérode-]Archélaos à Rome, qui se nommait aussi “Archélaos”, et, jugeant indique d’écrire à celui-ci, lui ordonna : “Embarque-toi immédiatement et amène-le moi sans retard”. Ce dernier partit aussitôt, arriva en Judée, où il trouva [Hérode-]Archélaos festoyant avec ses amis. Il lui révéla les dispositions de César [Octave Auguste] et pressa son départ", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.342-344). Avant de partir, un nazaréen appelé "Simon" prophétise à Hérode-Archélaos que son règne est terminé ("Avant qu’[Hérode-]Archélaos eût été sommé de se rendre à Rome, il eut le rêve suivant, qu’il raconta à ses amis. Il avait vu dix épis de blé pleins de grains, arrivés à maturité, dévorés par des bœufs. A son réveil, pensant que cela présageait des choses graves, il avait convoqué des devins spécialisés dans les rêves. Ils furent incapables de s’accorder les uns les autres. Alors l’esséen Simon ["essa‹oj" ; sur la synonymie entre "esséen" et "essénien", autres façons de désigner les nazaréens chez Pline l’Ancien et chez Flavius Josèphe, nous renvoyons à notre paragraphe précédent], après avoir réclamé des garanties sur sa propre sécurité, déclara que cette vision présageait à [Hérode-]Archélaos un changement défavorable dans ses affaires, en effet les bœufs étaient signe de souffrance puisque assujettis à un labeur pénible, la terre labourrée par leur travail signifiait que la situation ne resterait pas en l’état, les dix épis indiquaient un nombre équivalent d’années puisqu’on comptait une moisson par an, tel était le terme du pouvoir d’[Hérode-]Archélaos", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.345-347). Hérode-Archélaos arrive à Rome, il est immédiatement déchu de toute fonction officielle par Octave Auguste, qui l’envoie en résidence surveillée à Vienne en Gaule où il finira sa vie ("Quand [Hérode-Archélaos] fut arrivé, César [Octave Auguste] écouta sa défense contre certains de ses accusateurs, puis l’envoya en exil en lui assignant pour résidence la cité de Vienne en Gaule, et il confisqua ses biens", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.344 ; "[Sous le consulat de Marcus Aemilius Lepidus et Lucius Arruntius] [en 6], Hérode[-Archélaos] de Palestine accusé par ses frères fut relégué au-delà des Alpes, et une partie de son territoire fut confisquée", Dion Cassius, Histoire romaine LV.27). L’administration de la Judée est placée sous l’autorité d’un gouverneur romain dépendant du Sénat, aidé par celui de la province de Syrie voisine dépendant directement de l’Empereur, en l’occurrence Publius Sulpicius Quirinius, ex-consul en -12, ex-légat du recensement impérial au Levant en -8, ex-lieutenant de Caius lors de l’expédition en orient en 2, qui reçoit un pouvoir étendu pour effectuer un nouveau recensement local ("Le pays d’[Hérode-]Archélaos fut rattaché tributairement à la Syrie, César [Octave Auguste] envoya [Publius Sulpicius] Quirinius avec un pouvoir consulaire ["ØpatikÒj", littéralement "investi des mêmes prérogatives qu’un consul/Ûpatoj"] pour réaliser le recensement en Syrie et liquider les propriétés d’[Hérode-]Archélaos", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.355). Ce recensement de Publius Sulpicius Quirinius en Syrie et en Judée en 6 est acté archéologiquement par l’inscription 6687 dans le volume III du répertoire Corpus Inscriptionum Latinarum ou "CIL" dans le petit monde des latinistes, reprise sous la référence 2683 dans l’anthologie Inscriptiones Latinae Selectae de l’épigraphiste allemand Hermann Dessau ou "ILS" dans le petit monde des latinistes, rapportant le décompte de la population d’Apamée-sur-l’Oronte/Qalat al-Madhiq par un nommé "Quintus Aemilius Quintus", sous-officier au service de Publius Sulpicius Quirinius.

  

Hérode

Après Hérode

La Judée romaine

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