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Ponce Pilate (préfet de 26 à 36)


Valerius Gratus quitte son poste de préfet de Judée après onze ans de service, il est remplacé par Pontius Pilatus, plus connu sous son nom francisé "Ponce Pilate" ("[Valerius] Gratus rentra à Rome après avoir passé onze ans en Judée. Ponce Pilate lui succéda", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.35) : comme on sait que Ponce Pilate est déchu de son poste après dix ans de service quelques mois avant la mort de Tibère au printemps 37, on déduit a posteriori par une simple soustraction que la préfecture de Valerius Gratus a commencé en 15, peu après l’avènement de Tibère en 14. La famille de Pontius Pilatus/Ponce Pilate est d’origine samnite, son plus célèbre ancêtre est Caius Pontius qui, à la tête de l’armée samnite, a vaincu les Romains et les a contraints à passer sous les fameuses fourches caudines en -321 (Tite Live, Ab Urbe condita libri, IX, 1.1-2). Un autre ancêtre célèbre est Pontius Telesinius qui a vainement tenté de préserver l’indépendance de ses compatriotes samnites contre Sulla en -82 (pour l’anecdote, selon Velleius Paterculus [Histoire romaine, II, 27.1-6] et Plutarque [Vie de Sulla 29-30], Pontius Telesinius est tué ou se suicide au terme de son combat contre Sulla, mais selon des sources tardives externes à l’Empire romain il s’échappe hors d’Italie, vers l’Europe centrale, dans le territoire de l’actuelle Pologne, où il s’installe et fonde une dynastie dont le nom "Pontius" se déformera au cours des siècles en "Ponciusz", les descendants au XVIème siècle obtiendront une concession territoriale en Russie et russifieront leur nom à l’occasion en "Potemkine" : ces sources tardives externes, compilées par l’historien russe Anton Vladislavovich Antonov en 1996 dans ses Listes généalogiques de la fin du XVIIème siècle tirées des archives de la RGADA ou "Archives d’Etat de Russie sur les actes anciens" à Moscou en Russie, comportent notamment un acte de cession à la famille Ponciusz de plusieurs villages dans le voisinage de Smolensk en Russie par le tsar Vassili IV Chouiski en 1610, et plusieurs reconnaissances de propriétés à la famille Ponciusz/Potemkine dans la République des Deux Nations [unissant la Pologne et la Lituanie] entre 1622 et 1639, on ignore si cette filiation entre la dynastie polono-russe Ponciusz/Potemkine et l’antique famille de Pontius Telesinius est historique ou si elle a été inventée simplement pour donner une lointaine antériorité de prestige à cette dynastie). Participant de mauvais gré à la vie politique romaine comme tribun, un autre ancêtre nommé "Pontius Aquila" refuse de se lever pour rendre hommage à Jules César lors de son triomphe en -45 (selon Suétone, Vies des douze Césars, Jules César 78), il est dans la liste des meurtriers du même Jules César en -44 (selon Appien, Histoire romaine XIV.113) et il bataille contre Marc-Antoine à Mutina/Modène en -43 (selon Dion Cassius, Histoire romaine XLVI.38). L’inscription 32270 dans le volume VI du répertoire Corpus Inscriptionum Latinarum (ou "CIL" dans le petit monde des latinistes) mentionne un préteur "Lucius Pontius Nigrinus" en 20, sous-entendant que la famille des Pontii est de nouveau intégrée à la vie politique romaine après l’écart de Pontius Aquila. On soupçonne que ce Lucius Pontius Nigrinus est le père de Caius Petronius Pontius Nigrinus consul en 37. On soupçonne par ailleurs, par la présence de "Petronius" dans le nom de Caius "Petronius" Pontius Nigrinus, que celui-ci a été adopté par Publius Petronius consul suffect en 19, héritier de la famille des Petronii d’origine sabine, et père de l’illustre Titus Petronius Niger plus connu sous son nom francisé "Pétrone" consul suffect en 62 et auteur du roman Satyricon. En revanche "Pilatus" ne se rattache à rien. Est-ce un nom ? Dans ce cas on ne connaît aucun membre de cette potentielle famille "Pilatii" excepté Ponce Pilate. Est-ce un qualificatif ? Dans ce cas "Pilatus" pourrait signifier "la Lance" en latin, dérivé de "pilum" la lance ordinaire du légionnaire, d’où dérive aussi la formation en colonne serrée "pilate" évoquant une pointe de lance/pilum, ce qui traduirait le caractère belliqueux de Ponce Pilate. Dans les deux cas Ponce Pilate paraît un homme issu du bas de l’échelle, dont la famille samnite a accédé à la citoyenneté romaine depuis seulement quelques décennies, un "homme neuf/homo novus" comme Publius Sulpicius Quirinius et beaucoup d’autres du début de l’Empire romain, accédant aux premiers postes par leurs compétences sur le terrain ou par leurs relations avec la Cour impériale. Or les textes et l’épigraphie ne donnent aucun fait d’armes remarquable de la part de Ponce Pilate avant sa nomination à la préfecture de Judée (contrairement à Publius Sulpicius Quirinius qui, nous l’avons vu, a gravi les échelons militaires au fil de ses succès en Afrique, en Anatolie, au Levant). On déduit que la promotion de Ponce Pilate comme préfet de Judée est due d’abord à ses relations avec la Cour impériale. Quelle pourrait être la nature de ces relations ? Une incidence de Matthieu 27.19 révèle que Ponce Pilate est marié : sa femme anonyme intervient lors du procès de Jésus, en faveur de ce dernier. La raison de cette intervention n’est pas claire : cette femme s’est-elle convertie au ministère de l’accusé ? ou craint-elle que la mise à mort aura des conséquences négatives sur la carrière de son mari ? ou un mélange des deux ? L’Evangile de Nicodème/Actes de Pilate, datant du milieu du IVème siècle, rapporte la scène de Matthieu 27.19 et donne le nom de la femme de Pilate : "Prokla/PrÒkla" en grec, alias "Procula" en latin (Evangile de Nicodème/Actes de Pilate 4.1). On doit rapprocher ce nom féminin "Procula" de Cnaeus Acerronius "Proculus", consul en 37, du moins durant les premiers mois de l’année 37, avant d’être remplacé par le nouvel Empereur Caius Caligula à la mort de Tibère au printemps 37. Cnaeus Acerronius Proculus est peut-être l’énigmatique juriste "Proculus" ayant laissé son nom à l’école "proculienne" née au Ier siècle prônant l’établissement des règles sur l’étude casuistique des faits, opposée à l’école "sabinienne" née à la même époque d’après Masurius "Sabinus" prônant l’application stricte des règles indépendamment des faits, avatar de l’opposition entre les règles non-écrites d’Antigone et les règles écrites de Créon. Nous n’avons aucune information sur ce juriste fondateur "Proculus" de l’époque de Tibère (souvent cité par le juriste Ulpien au début du IIIème siècle, lui-même souvent cité par le Digeste de Justinien Ier), sinon qu’il s’inscrit dans la démarche du juriste Marcus Cocceius Nerva appartenant à la génération précédente, consul suffect en 21, parmi les derniers soutiens de Tibère quand celui-ci a quitté Rome en 26 pour aller s’installer en Campanie ("Une suite peu nombreuse accompagna [Tibère] [vers la Campanie en 26] : un seul sénateur, consul [suffect en 21] et éminent jurisconsulte [Marcus] Cocceius Nerva, Séjan, un autre chevalier romain du premier rang, Curtius Atticus, quelques lettrés, la plupart grecs, dont l’entretien amuserait ses loisirs", Tacite, Annales IV.58), ayant fini par se laisser mourir de faim en 33, dégoûté par la dérive perverse de Tibère et plus généralement par l’injustice insoluble du régime impérial ("Peu de temps après [la mort d’Agrippine l’Aînée en 33], [Marcus] Cocceius Nerva, ami inséparable de [Tibère], profondément versé dans les lois divines et humaines, jouissant d’une fortune prospère, exempt d’infirmités, résolut de mourir. Instruit de ce dessein, Tibère ne le quitta plus, le pressa de questions, reccourut aux prières, lui avoua enfin quel poids ce serait pour sa conscience, quelle injure pour sa renommée, que son ami le plus intime ait fui la vie sans aucune raison de vouloir la mort. [Marcus Cocceius] Nerva, sourd à ces démonstrations, cessa de se nourrir. Ses intimes expliquèrent que, voyant mieux que quiconque les maux de la République, il chercha une fin honorable par colère et par crainte, avant que sa gloire et sa tranquillité fussent attaqués", Tacite, Annales VI.26). Si l’épouse "Procula" de Ponce Pilate est bien apparentée au juriste "Proculus" proche de Tibère, on comprend que la nomination de Ponce Pilate en Judée est simplement un piston obtenu grâce à son épouse, appartenant à l’entourage très proche de Tibère. Au tournant des XVIème et XVIIème siècle, un érudit espagnol nommé "Jerónimo Román de la Higuera", qui enseigne le latin et les humanités dans différents établissements jésuites d’Espagne, occupe ses loisirs à fabriquer des faux documents historiques. Il réalise en particulier une fausse Chronique soi-disant écrite par le haut magistrat romain Nummius Aemilianus Dexter du IVème siècle, inspirée de la Chronique d’Eusèbe de Césarée et de la Chronique de saint Jérôme, dans laquelle, à l’année 34 du calendrier chrétien correspondant à l’an 785 de Rome, il mentionne l’épisode de Matthieu 27.19 et de l’Evangile de Nicodème/Actes de Pilate 4.1 en donnant le supposé nom complet de l’épouse de Ponce Pilate : "Claudia Procula". Ce livre, désigné commodément comme "Chronique de pseudo-Dexter" par les exégètes, publié en 1619 (après la mort de Jerónimo Román de la Higuera en 1611) connaît un succès phénoménal, en dépit de sa fraude dénoncée et expliquée par tous les historiens dès le XVIIème siècle. Au XIXème siècle, une Belge nommée "Mathilde Bourdon", qui écrit des fictions vertueuses sous le pseudonyme d’"Eveline Ribbecourt", surenchérit sur la Chronique de pseudo-Dexter : dans le numéro 10 d’octobre 1846 de la revue pour jeunes filles Journal des demoiselles, elle publie La mort du Juste, une nouvelle ayant la forme d’une lettre fictive écrite par Claudia Procula à une amie romaine appelée "Fulvia Hersilia". Claudia Procula y raconte être originaire de Narbo Martius/Narbonne capitale de la province romaine de Narbonnaise, avoir épousé à seize ans Ponce Pilate obscur commandant en Ibérie/Espagne voisine, "qui aurait pu être son père", autrement dit plus âgé qu’elle, auquel elle a donné un fils, elle l’a accompagné en Judée quand il y a été nommé préfet, où elle s’est sentie totalement isolée et inutile ("Je ne te parlerai pas de mes premières années, passées à Narbonne sous l’égide de mon père et la garde de ton amitié. Tu sais que ma seizième année accomplie, je fus unie à Pontius, Romain d’une famille noble et antique et qui occupait alors dans l’Ibérie un commandement important. A peine eûmes-nous quitté l’autel qu’il me fallut partir et accompagner Pontius dans son gouvernement ; je suivis, sans joie et sans répugnance, l’époux qui aurait pu être mon père… Cependant, je vous regrettai, douce maison paternelle, ciel heureux de Narbonne, beaux monuments, frais ombrages de mon pays, je vous saluai avec des yeux mouillés de pleurs… Les premières années de mon mariage se passèrent tranquillement ; je devins mère d’un fils qui m’était plus cher que la lumière du jour, et mes heures s’écoulaient entre la pratique de mes devoirs et les plaisirs permis aux femmes. Mon fils avait cinq ans lorsque Pontius fut nommé, par une faveur spéciale, proconsul de la Judée. Nous partîmes avec nos serviteurs, nous arrivâmes à Joppé et j’admirai ce pays, riche et fertile, dont mon époux venait prendre possession au nom de Rome, maîtresse des nations. A Jérusalem, je vécus entourée d’honneurs, mais dans une complète solitude, car les hébreux ombrageux et fiers détestent les étrangers “idolâtres”, comme ils nous appellent, qui profanent par leur présence une terre sacrée dont la jouissance leur a été assurée par le Dieu de leurs ancêtres", Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon, La Mort du Juste). Pour tromper son ennui elle s’est intéressée au judaïsme par l’intermédiaire d’un pharisien de Jérusalem ("Une seule famille considérable de Jérusalem m’avait témoigné quelque amitié ; c’était celle d’un chef de la synagogue, et je me plaisais à visiter sa femme Salomé, modèle de vertus et de douceur, et Sémida leur fille âgée de douze ans, aimable et belle comme les roses de Sâron dont elle ornait sa chevelure. Parfois, elles me parlaient de leur Dieu et me lisaient même quelques fragments de leurs livres sacrés… et, te le dirai-je, Fulvia ? après avoir entendu Salomé me vanter le Très-Haut, le Dieu de Jacob, ce Dieu unique, immatériel, éternel, inaccessible aux passions comme aux vices que trop souvent nous divinisons sur nos autels, miséricordieux parce qu’il est tout-puissant, renfermant à la fois force et clémence, pureté et grandeur, après avoir entendu Sémida mêler sa voix aux accords de la harpe et chanter des hymnes saints composés par un roi d’Israël, et qu’à mon tour j’essayais sur la lyre, souvent alors, dans ma solitude, auprès du berceau de mon fils, je tombais à genoux et j’invoquais, presque malgré moi, pour ceux qui m’étaient chers, ce Dieu, auquel le destin lui-même, le destin aux bras de fer, obéit comme l’esclave à son maître", Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon, La Mort du Juste). Mais tout a changé le jour où, la fille de ce pharisien étant tombée malade, un homme habillé à la manière nazaréenne est intervenu pour la guérir ("Depuis quelque temps, Sémida était souffrante, et un matin, à mon réveil, j’appris qu’elle avait succombé, sans agonie, dans les bras de sa mère. Je fus frappée de douleur à cette funeste nouvelle, et aussitôt, après avoir embrassé mon fils, je voulus aller pleurer avec la malheureuse Salomé. Arrivée dans la rue qu’elle habite, mes porteurs eurent peine à frayer un chemin à ma litière, car des joueurs de flûte, des chanteurs et une grande foule de peuple se pressaient aux abords de la maison. Je m’arrêtai sous le vestibule ; mais au même instant je vis la multitude ouvrir ses flots devant un groupe d’hommes qu’elle semblait considérer avec une attention étonnée et respectueuse. Je reconnus, marchant le premier, le père de Sémida ; mais au lieu de la douleur que je m’attendais à lire sur son visage vénérable, on n’y voyait que l’expression d’une confiance profonde, d’un espoir étrange, que je ne pouvais comprendre ; auprès de lui marchaient trois hommes pauvrement vêtus, à l’air simple et grossier, et derrière eux, enveloppé de son manteau, venait un homme, jeune encore… Je levai les yeux sur lui, mais je les baissai aussitôt, comme on les baisse devant l’éclat du jour ; il me semblait que son front était lumineux et qu’une auréole entourait sa chevelure, qui tombait sur ses épaules, comme celle des nazaréens… Je ne puis te dire ce que je ressentis à sa vue : c’était à la fois le plus puissant attrait, car une douceur inexprimable reposait sur son visage et une terreur secrète, car ses yeux avaient un éclat vivant qui me terrassait. Je le suivis, sans savoir où j’allais. Une porte s’ouvrit devant nous, et je vis Sémida couchée sur un lit entouré de lumières et de cassolettes de parfums ; elle était belle encore, belle de sérénité et de calme, mais son front était plus pâle que les lis effeuillés à ses pieds, et le doigt livide de la mort avait laissé des traces sur ses joues creusées et sur ses lèvres bleuies. Salomé, assise auprès d’elle, insensible, muette, ne parut pas même nous voir. Jaïre, le père de la jeune fille, se jeta aux pieds de l’étranger arrêté auprès du lit, et lui désignant la morte d’un geste éloquent, il s’écria : “Seigneur ! ma fille n’est plus… mais si tu veux elle vivra !”. Je frémis à ces mots et mon cœur resta suspendu aux paroles de l’étranger. Il prit la main de Sémida, abaissa sur elle ses puissants regards et dit : “Ma fille, lève-toi !”. Fulvia ! Elle obéit ! Sémida se souleva sur son chevet, soutenue par une main invisible, ses yeux fermés s’ouvrirent, l’incarnat refleurit sur ses lèvres, elle étendit les bras dans le vide et s’écria : “Ma mère !”. Ce cri ressuscita Salomé ; la mère et la fille demeurèrent enlacées, et Jaïre, prosterné et baisant les bords du manteau de celui qu’il appelait le maître, disait : “Que faut-il faire pour te servir, pour gagner la vie éternelle ?”. “Connaître et pratiquer les deux préceptes de la loi : aimer Dieu et les hommes ” Ayant ainsi parlé, il disparut d’au milieu de nous, ainsi qu’une ombre lumineuse", Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon, La Mort du Juste). Elle a appris que cet homme s’appellait "Jésus", s’est renseignée sur son ministère, l’a soutenu à distance, bref, le récit d’Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon recoupe ensuite avec celui de Matthieu 27.19. La pseudo-lettre se termine par les lamentations de Claudia Procula, revenue s’installer en Europe après le limogeage de son mari en hiver 36/37, errant "de ville en ville" jusqu’"au pays des Rhédons entre les brumes de la mer et la solitude des landes désolées" avec son mari et son fils, le second est mort prématurément, le premier déchu de toute magistrature est devenu l’objet de toutes les critiques à cause de la zizanie provoquée au sud Levant par le ministère de Jésus qu’il n’a pas su canaliser, et par la crucifixion qui l’a amplifiée ("Au bout de quelques mois, Pontius fut révoqué de ses fonctions ; nous revînmes en Europe, et errant de ville en ville il traîna par tout l’Empire le faix de son inquiétude et d’un esprit bourrelé de remords. Je le suivis (la femme de Caïn, disent les hébreux, suivit son mari banni sur la terre) : mais quelle est ma vie à ses côtés ? L’affection, la confiance conjugale n’existent plus pour nous ; il voit en moi le témoin, le souvenir vivant de son crime ; et moi, je vois l’image de la croix sanglante où, juge inique, il laissa clouer l’Innocent et le Juste, se dresser entre nous ; je n’ose lever les yeux sur lui ; le son de sa voix, cette voix qui prononça la sentence, me glace le cœur, et lorsque, avant le repas, l’esclave lui présente à laver, il me semble qu’il plonge ses mains, non dans une eau limpide, mais dans un sang fumant dont la trace ne peut s’effacer. Un jour, j’ai voulu lui parler de repentir et de confiance, mais je n’oublierai ni son regard farouche ni les paroles désespérées qui tombèrent de ses lèvres… Bientôt mon fils, mon bien-aimé, est mort dans mes bras, et je ne l’ai pas pleuré… Heureux d’être mort ! Heureux est-il d’échapper à la malédiction qui nous suit et de n’avoir pas à porter le terrible fardeau du nom paternel ! La fatalité nous suit partout, car partout les chrétiens existent : ici même, dans ce pays sauvage des Rhédons où nous avons demandé un asile aux brumes de la mer et aux solitudes des landes désolées, ici j’entends parfois le nom de mon époux redit avec horreur… Et j’ai appris que les apôtres de Jésus, avant de se séparer pour aller prêcher son évangile, avaient écrit dans l’explication de leur foi ces mots vengeurs : “Il souffrit sous Ponce Pilate” ! Anathème terrible que les siècles répéteront : “Passus est sub Pontio Pilato” ! Adieu, Fulvia ; plains-moi, et puisse le Dieu juste te donner tout le bonheur qu’autrefois nous nous souhaitions l’une à l’autre", Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon, La Mort du Juste). Très vite, le nom d’Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon a été évincé, et le Journal des demoiselles également. La nouvelle La Mort du Juste a été extraite de son contexte, a été traduite et a circulé en Europe orientale de façon anonyme (Slovénie, Bulgarie, Roumanie), avant de revenir sous un nouveau titre trompeur et accrocheur Lettre apocryphe de Claudia Procula sans mention de son auteur ni de sa source, publiée en feuilleton en 1886 dans les numéros 51, 52 et 53 de la revue ecclésiastique La semaine religieuse de Carcassonne. Reste que les inventions de Jerónimo Román de la Higuera au XVIIème siècle et d’Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon au XIXème siècle sont pertinentes, leur plume a été bien inspirée, leur intuition a été bien guidée. Car supposer que la femme de Ponce Pilate appartient à la famille des Claudii, celle de l’Empereur Tibère, permet d’expliquer l’avancement rapide dont Ponce Pilate a bénéficié : la femme de Ponce Pilate n’est pas seulement une proche de Tibère par sa parenté avec Cnaeus Acerronius Proculus de la famille des Proculii, elle est aussi et surtout apparentée à Tibère lui-même (fils de Tiberius Claudius Nero) de la famille des Claudii. Que la femme de Ponce Pilate soit originaire de la capitale de Narbonnaise, cité très riche par sa position entre la mer à l’est, l’intérieur des terres vers la Gaule Aquitania à l’ouest, et la via Domitia qui la traverse vers l’Italie d’un côté et vers l’Espagne de l’autre côté, hâvre de repos et de loisirs pour vétérans et pour aristocrates romains fortunés (Jules César y a séjourné en -45, de même qu’Octave Auguste en -27), c’est possible. Que Ponce Pilate en garnison en Espagne (à Tarraco/Tarragone, où les guides touristiques en l’an 2000 ont renommé la tour romaine du début du Ier siècle en "tour Pilate", 41°07'00"N 1°15'29"E ? ou à Altafulla à une dizaine de kilomètres à l’est de Tarraco/Tarragone, où des bâtiments romains dont les fondations remontent au Ier siècle ont été mis à jour, site archéologique dels Munts, 41°08'08"N 1°23'08"E ?) l’ait rencontrée à l’occasion d’une permission et l’ait épousée, c’est encore possible. Que Tibère ait envoyé l’ambitieux "homme neuf/homo novus" Ponce Pilate en Judée pour qu’il témoigne de ses prétendues capacités autant que pour l’éloigner de Rome avec son encombrante épouse (qui peut prétendre à jouer un rôle à la Cour impériale par les liens familiaux et amicaux qu’elle a avec certains de ses membres, peu importe le degré de ces liens), c’est encore possible. Que Claudia Procula se soit ennuyée en Judée, qu’elle se soit intéressée aux querelles entre juifs pour se divertir, qu’elle ait incliné pour le ministère de Jésus et usé de son statut pour le favoriser, qu’elle l’ait défendu lors de son procès comme disent Matthieu 27.19 et l’Evangile de Nicodème/Actes de Pilate 4.1, c’est encore possible. Qu’elle soit revenue sur le continent européen en partageant le discrédit de son mari après 36, qu’elle ait erré "de ville en ville", à Rome d’abord où Ponce Pilate a été emprisonné et où il s’est suicidé ("Ponce Pilate fut conduit à Rome, et Tibère furieux le convoqua. […] Il le jeta en prison pour qu’il y attende la mort honteuse qu’il lui réservait. Apprenant cela, [Ponce] Pilate prit son couteau et se tua", Jacques de Voragine, La légende dorée, La passion de notre Seigneur) à l’époque de Caius Caligula ("On ne doit pas oublier ce qu’on raconte sur [Ponce] Pilate, qui vivait au temps du Sauveur. On dit que sous Caius [Caligula], dont j’ai raconté le règne, de tels malheurs fondirent sur lui qu’il fut contraint de devenir son propre meurtrier et son propre bourreau, la justice divine se prononça contre lui sans délai. Ceci est relaté par les écrivains grecs qui nous ont laissé la suite des olympiades avec les événements survenus à date", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique II.7), puis à Vienne près de Lugdunum/Lyon en Gaule où Ponce Pilate a vécu sa jeunesse et où son cadavre a été emmené et enterré mais, soupçonné d’être la cause de diverses colères de la nature, déterré et enfoui au sommet d’un mont voisin (celui entre Vienne à l’ouest et Saint-Chamond à l’est, qui a pris le nom "Pilate", 45°23'24"N 4°34'23"E ; "“Son cadavre [à Ponce Pilate, après son suicide] fut attaché à une grosse pierre et lancé dans le Tibre, mais les esprits malins et sordides s’emparèrent avec joie de ce corps malin et sordide, tantôt l’immergeant tantôt le ravissant dans les airs, causant d’innombrables inondations, tempêtes, etc., qui effraya la population. Alors les Romains retirèrent du Tibre ce cadavre malfaisant et l’envoyèrent par dérision à Vienne pour y être plongé dans le Rhône, car “Vienne” rappelle “Via Gehenne” signifiant “Voie maudite”. Mais les mauvais esprits recommencèrent leurs tours, au point que les habitants de Vienne, pressés de se défaire de ce vase de malheur, l’ensevelirent sur le territoire de la ville de Lausanne [confusion avec la ville de "Lozanne" à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Lyon ? ou avec n’importe quelle autre ville en surplomb du Rhône ou d’un de ses affluents, comme l’indiquent les homonymes "Lausanne" en Suisse et "Lozanne" en France formés du même radical celtique "lausa/plateau, terrasse" et du même suffixe celtique "-onna" servant à désigner un cours d’eau]. Mais les habitants de cette ville, voulant eux aussi s’en débarrasser, le jetèrent au fond d’un puits entouré de hautes montagnes. On dit qu’aujourd’hui encore, en ce lieu, on voit bouillonner des machinations diaboliques.” Tel est le récit qu’on lit dans la susdite histoire apocryphe. Je laisse au lecteur le soin de juger du degré de confiance qu’il mérite. Et je dois ajouter que, d’après l’Histoire scholastique [œuvre non-identifiée], [Ponce] Pilate fut accusé par les juifs, devant Tibère, d’avoir massacré des innocents, d’avoir introduit des images païennes dans le Temple, d’avoir affecté à son usage personnel l’argent déposé dans les troncs : toutes ces accusations lui valurent d’être exilé à Lyon, d’où il était originaire, et où il est mort, opprobre de sa race", Jacques de Voragine, La légende dorée, La passion de notre Seigneur ; "Dans la Décollation de saint Jean-Baptiste [œuvre non-identifiée], on dit que Ponce Pilate, accusé comme honte de sa race par les juifs, fut envoyé en exil à Lyon, condamné à ne rien manger, il se tua de douleur à l’endroit d’où il était originaire. D’autres racontent qu’il fut condamné à être pendu à Lyon, et le fut effectivement à Vienne, où on montre encore dans l’église Notre-Dame le crochet de fer de sa pendaison, ensuite il fut jeté dans un puits sur une montagne près de Saint-Chamond. On dit que quand une pierre est jetée dans ce puits, une fumée s’en échappe et provoque une tempête", Etienne de Bourbon, Traité sur divers sujets de prêche/Tractatus de diversis materiis predicabilibus, Du don de crainte 7), puis à Narbonne où elle avait passé ses jeunes années, puis dans le "pays des Rhédons entre mer et landes", aujourd’hui la région du Razès au sud-ouest de Narbonne en France, qui a donné les noms de "Rennes"-le-Château et de "Rennes"-les Bains où des thermes romains ont été exhumés (42°55'19"N 2°19'02"E), c’est encore possible. Les archéologues au XXème siècle ajoutent que Claudia Procula, lassée de Rome ou de Vienne ou de Narbo Martius/Narbonne lui rappelant son bonheur perdu, ou inquiétée par Claude ou Néron hostiles aux chrétiens et à leurs sympatisants, a pu s’exiler avec ses derniers proches dans la lointaine cité de Volubilis (site archéologique à une vingtaine de kilomètres au nord de Meknès au Maroc, 34°04'26"N 5°33'17"W) en province romaine de Maurétanie tingitane créée par Claude en 42. L’inscription 471 dans le volume II des Inscriptions antiques du Maroc (ou "IAM" dans le petit monde des latinistes), reprise sous la référence 21877 dans le volume VIII du Corpus Inscriptionum Latinarum (ou "CIL" dans le petit monde des latinistes), retrouvée à Volubilis indique qu’un "Quintus Claudius Saturninus", fils d’une "Marcia Marcellina" récemment décédée, a été reconnu "héritier/ex testamento" d’une "Claudia Procula" à condition d’ériger un monument honorifique à la mémoire de sa mère défunte ("Marciae Marcellinae Claudiae Proculae matri Q[uintus] Cl[audius] Saturninus heres Cl[audiae] Proculae ex testamento eius posuit"). On remarque que l’héritier Quintus "Claudius" Saturninus et la légataire "Claudia" Procula portent le nom de la famille des "Claudii", ce qui suggère une adoption de celui-ci par celle-là, ou un lien de parenté biologique dont nous ignorons la nature. L’inscription 365 dans le volume II des mêmes Inscriptions antiques du Maroc, retrouvée sur un socle de statue (l’emplacement des pieds est encore visible) ayant été réutilisé pour l’encadrement d’une porte de Volubilis, indique que la statue en question, représentant Saturne, a été érigée sous l’impulsion de la "respectable femme/femina honestissimae Claudia Procula" dans le cadre d’une légation à on-ne-sait-qui ("S[aturno] d[eo] s[acrum] statuam argente[a]m Cl[audiae] Proculae f[emina]e honestissi[mae] [texte manque] ex te[stamento] [texte manque]"). On est tenté de mettre en relation ces deux inscriptions, la seconde inscription confirmant l’existence d’une statue de Saturne en hommage à Marcia Marcellina érigée par Quintus Claudius Saturninus pour pouvoir, selon les conditions de la première inscription, hériter de la légataire Claudia Procula, notable de la cité de Volubilis. Ce Quintus Claudius Saturninus est marié à une "Flavia Germanilla" qui lui a donné au moins un fils appelé "Marcus Claudius" (selon l’inscription 464 dans le volume II des mêmes Inscriptions antiques du Maroc), cette dernière est la fille d’un "Titus Flavius Germanus" (selon l’inscription 505 dans le volume II des mêmes Inscriptions antiques du Maroc), autre notable propriétaire d’une imposante maison au nord-est de la cité de Volubilis, dont les pierres fondatrices datent de la fin du IIème siècle. De ce matériel archéologique, on déduit que les familles très unies des Claudii et des Saturninii se sont implantées à Volubilis à une époque inconnue, dont Claudia Procula et Quintus Claudius Saturninus de la fin du IIème siècle sont les descendants. Cette implantation pourrait remonter au Ier siècle, à l’époque de leurs homonymes Claudia Procula (veuve de Ponce Pilate) égarée dans le christianisme, et Caius Sentius Saturninus Junior (consul en 4, puis premier gouverneur de l’éphémère province romaine de Germanie avant son remplacement par Publius Quinctilius Varus) et son frère Cnaius Sentius Saturninus (gouverneur de Syrie en 19) dont les épouses "Paulina" et "Fulvia" se sont égarées dans le culte à Isis et dans le judaïsme (selon notre hypothèse exposée précédemment s’appuyant sur des passages de Flavius Josèphe, Tacite et Suétone) : Claudia Procula, Paulina et Fulvia, discréditées à Rome, se sont peut-être exilées en Maurétanie tingitane en reportant leur désir de transcendance sur Saturne, dieu du ciel (alias Ouranos chez les Grecs) métamorphosé en dieu sauveur (on note que Mathilde Bourdon/Eveline Ribbecourt a été bien inspirée en appelant "Fulvia Hersilia" la destinatrice de la pseudo-lettre de Claudia Procula dans sa nouvelle La mort du Juste : cette "Fulvia" Hersilia fictive raccorde avec la "Fulvia" réelle s’adonnant un temps au judaïsme évoquée par Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.81-84 précités). Les sources non-chrétiennes sur la préfecture de Ponce Pilate sont rares, et non-chronologiques. On n’en compte que trois. Le premier témoin que nous pouvons citer est Tacite (Annales 15.44), qui mentionne simplement le nom de Ponce Pilate a posteriori, quand il parle de la persécution des chrétiens par Néron, sans donner de détails, et en se trompant sur son titre ("procurateur/procurator" au lieu de "préfet/praefectus", comme nous l’avons expliqué au début du présent alinéa). Le deuxième témoin est Philon d’Alexandrie (Légation à Caius 299-305), qui raconte incidemment un épisode non daté de la préfecture de Ponce Pilate, sur l’introduction de bannières romaines dans Jérusalem. Le troisième témoin est Flavius Josèphe, qui évoque le même épisode des bannières, ainsi qu’un autre sur un détournement d’eau à Jérusalem, et encore un autre sur une répression en Samarie qui date nécessairement de 36 puisqu’elle est la cause du limogeage de Ponce Pilate la même année 36 (nous verrons cet épisode de répression en Samarie à la fin du présent alinéa). La séquence relative aux bannières date probablement du début de la préfecture, quand Ponce Pilate nouvellement installé comme préfet de Judée a voulu s’imposer sans subtilité à la population. Peut-être à l’occasion de la fête d’Hanoukka en hiver 26/27, afin de contrôler l’afflux de pèlerins au Temple, il s’est déplacé à Jérusalem avec ses légionnaires portant leurs bannières militaires, sacrilège aux yeux des juifs qui ne veulent pas souiller leur ville sainte avec des images païennes. Les juifs ont demandé l’arbitrage de Tibère (dans la version de Philon d’Alexandrie, contemporain des faits) ou ont offert publiquement leur gorge à trancher (dans la version de Flavius Josèphe, qui écrit à la fin du Ier siècle) plutôt qu’accepter un compromis. Ponce Pilate, craignant d’être puni par Tibère, a finalement renvoyé ses bannières à Césarée ("[Ponce] Pilate, hyparque de Judée, consacra des boucliers d’or dans le palais d’Hérode à Jérusalem, moins pour honorer Tibère que pour déplaire au peuple. Ils ne portaient aucune image, ni rien qui fût expressément interdit, seulement une inscription avec les noms de celui qui les avait dédiés et de celui auquel ils étaient consacrés. La nouvelle se répandit, le peuple se rassembla et députa au procurateur quatre fils du roi [Hérode] qui, par leur dignité et leur rang, n’étaient pas inférieurs aux autres rois. On leur adjoignit d’autres membres de la famille royale et divers notables pour le prier de renoncer à cette innovation et d’enlever les boucliers, de ne pas violer les usages de nos ancêtres jusqu’alors respectés par les rois et les empereurs. Pilate opposa à ces prières un refus raide, car il avait un caractère dur et opiniâtre. Alors on s’écria : “Ne nous pousse pas à la révolte et à la guerre, ne trouble pas la paix. Tu n’honores pas l’Empereur en violant des lois depuis longtemps établies, ne cherche pas un prétexte pour persécuter la nation. Tibère ne veut rien changer à nos usages. Si tu le prétends, montre-nous un édit de sa part, ou une lettre ou autre, dans ce cas nous ne nous adresserons pas à toi, nous enverrons des députés supplier ton seigneur”. Cette dernière parole accrut son irritation plus que tout le reste. Il craignit que, si on envoyait des députés, on révélerait les autres méfaits de son gouvernement, ses vexations, ses rapines, ses injustices, ses outrages, les citoyens qu’il avait exécutés sans jugement, enfin son insupportable cruauté. Blessé au vif, [Ponce] Pilate ne sut pas quoi faire. Il connaissait la fermeté de Tibère en de telles circonstances, il n’osa pas retirer les objets consacrés, et en même temps il ne voulait pas être agréable à ses sujets. Les députés comprirent qu’il voulait revenir sur sa décision mais sans passer à l’acte. Ils écrivirent à Tibère une lettre pleine d’humbles prières. Ayant appris la réponse de [Ponce] Pilate et ses menaces, l’Empereur pourtant peu colérique s’irrita violemment, comme les faits le démontrèrent tacitement. Sans vouloir remettre l’affaire au lendemain, il lui écrivit sur-le-champ pour blâmer énergiquement son audace et lui ordonner de vite retirer les boucliers. De la métropole on les transporta à Césarée, ainsi nommé d’après ton arrière-grand-père [Octave] Auguste [Philon s’adresse à Caius Caligula], et on les lui consacra dans son temple. Ainsi on respecta le monarque autant que les mœurs antiques du pays", Philon, Légation à Caius 299-305 ; "[Ponce] Pilate, qui commandait en Judée, amena son armée de Césarée dans ses quartiers d’hiver à Jérusalem. Pour abolir les lois juives, il voulut introduire en ville des enseignes à l’effigie de l’Empereur, alors que notre Torah interdit les images. Ses prédécesseurs entraient dans la capitale avec des enseignes dépourvues d’ornement, [Ponce] Pilate fut le premier à introduire à l’insu du peuple (car il entra la nuit) des images dans Jérusalem et à les exposer. Quand le peuple le sut, il alla en masse à Césarée et pendant plusieurs supplia [Ponce] Pilate de changer ces images de place. Comme il refusait en disant que ce serait insulter l’Empereur, et comme on ne renonçait pas à le supplier, le sixième jour il arma secrètement ses soldats et monta sur son tribunal installé dans le stade afin que ceux-ci aux aguets ne fussent pas repérés. Les juifs le supplièrent à nouveau. Il donna aux soldats le signal de les entourer, les menaçant d’une mort immédiate s’ils ne cessaient pas de le troubler et ne se retiraient pas dans leurs foyers. Mais eux, se jetant face contre terre et découvrant leur gorge, déclarèrent qu’ils mourraient avec joie plutôt que de contrevenir à la sage Torah. [Ponce] Pilate, admirant leur fermeté dans la défense de leurs lois, rapporta aussitôt les images de Jérusalem à Césarée", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.55-59 ; "[Ponce] Pilate, désigné épitrope de Judée par Tibère, introduisit dans Jérusalem, de nuit et enveloppées, des enseignes portant l’image de l’Empereur. Cela provoqua des troubles graves chez les juifs au lever du jour. Ceux qui se trouvaient dans les parages furent stupéfaits par ce spectacle. Ils déclarèrent la Torah bafouée, qui interdisait l’introduction de la moindre image dans la ville. L’indignation des citadins attira en masse les gens de la campagne. Tous se dirigèrent en hâte vers Césarée, et supplièrent [Ponce] Pilate d’enlever les enseignes de Jérusalem et de respecter les lois de leurs pères. [Ponce] Pilate refusa. Alors il se jetèrent face contre terre autour de sa demeure, ils restèrent cinq jours et cinq nuits pleins sans bouger. Le jour suivant, [Ponce] Pilate prit place sur son tribunal dans le grand stade et, ayant convoqué la foule en lui signifiant son intention d’apporter sa réponse, il donna à ses soldats en armes le signal convenu pour qu’ils cernassent les juifs. Entourés par trois rands de troupes, les juifs restèrent bouche bée face à cette situation inattendue. [Ponce] Pilate leur dit qu’il les massacrerait s’ils n’acceptaient pas les images de l’Empereur, et il fit signe aux soldats de dégainer. Mais les juifs, comme sur un mot d’ordre, se jetèrent au sol ensemble et tendirent leur nuque en criant qu’ils préféraient mourir plutôt que transgresser la Torah. [Ponce] Pilate fut surpris par leur respect absolu du divin, il ordonna de retirer immédiatement les enseignes de Jérusalem", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.169-174). La séquence relative au détournement d’eau à Jérusalem témoigne d’une plus grande subtilité, ce qui incite à la dater après celle sur les bannières. Ayant compris que la provocation et la force brute ne mèrent à rien, Ponce Pilate recourt à la ruse. Pour augmenter l’approvisionnement d’eau dans Jérusalem, il a détourné une source, en finançant les travaux avec une partie du trésor sacré du Temple, ce qui a provoqué la colère des Jérusalémites. Mais, ayant anticipé ce nouveau soulèvement, il a glissé des légionnaires en civil dans la foule des manifestants : au signal convenu, ces derniers répriment férocement les meneurs juifs. Ainsi s’achève la contestation. Pour éviter que la révolte se renforce et s’étende comme dans l’affaire des bannières, il l’a broyée dans l’œuf ("[Ponce] Pilate amena de l’eau à Jérusalem aux frais du trésor sacré, en captant une source à deux cents stades. Les juifs en furent très mécontents. Ils se réunirent par milliers et lui crièrent de cesser cette entreprise, certains même l’injurièrent, comme souvent dans une foule. Mais il avait glissé parmi eux un grand nombre de soldats déguisés en juifs, portant une massue sous leur vêtement : il ordonna aux contestataires de se retirer, les juifs continuèrent à maugréer, alors il lança un signal convenu à ses soldats pour les frapper, et ceux-ci frappèrent bien plus violemment que [Ponce] Pilate le leur avait demandé, châtiant en même temps les meneurs et les autres. Les juifs ne manifestèrent aucune faiblesse. Surpris sans armes par ces hommes qui les attaquèrent sans ménagement, ils moururent en grand nombre sur place ou se retirèrent couverts de blessures. Ainsi fut réprimée la sédition", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.60-62 ; "[Ponce Pilate] provoqua de nouveaux troubles en affectant l’argent provenant du trésor sacré appelé “korban” [dérivé de l’étymon consonantique "krv/approcher" en hébreu, le mot "korban" désigne une offrande à Yahvé, il est utilisé en Matthieu 27.6 pour désigner le trésor du Temple] à la construction d’un aqueduc amenant l’eau sur quatre cents stades [contradiction avec les deux cents stades mentionnés par Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.60 précité]. Le peuple en fut indigné. [Ponce] Pilate étant à Jérusalem, les juifs entourèrent son tribunal avec des clameurs hostiles. Mais en prévision des troubles il avait mêlé à la foule des soldats armés habillés en civil, armés non pas d’un glaive mais d’un bâton, qu’ils devraient utiliser sur les juifs si ceux commençaient à crier. Il donna le signal convenu depuis son tribunal. Beaucoup de juifs périrent, sous les coups reçus ou foulés aux pieds par leurs compatriotes en fuite. Le peuple, frappé de terreur par le malheur des victimes, fut réduit au silence", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.175-177).


Après avoir quitté sa mère à Nazareth, Jésus rejoint Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain. On ignore où se déroule la rencontre. Les guides touristiques de l'an 2000, s'appuyant sur une interprétation erronée d'Origène au IIIème siècle, l'ont fixée à Al-Maghtas en Jordanie (31°50'13"N 35°33'01"E), à une dizaine de kilomètres au nord de la mer Morte, où jadis Josué a pénétré en Terre Promise. L'évangile de Jean 1.28 la situe "à Béthanie/Bhtan…a au-delà du Jourdain", mais cet évangile a été fortement retravaillé par la communauté johanique d'Ephèse où l'apôtre-évangéliste Jean a terminé son existence à la fin du Ier siècle, et les copistes ont probablement commis une coquille entre "Béthanie/Bhtan…a" et la "Batanée/Batanša[" phonétiquement et graphiquement proches, hellénisation de la région appelée "Bashan" dans la Torah, l'un des quatre territoires de Philippe le Tétrarque, voisine orientale de la Golanitide/Golan à l'est du lac de Galilée : les archéologues ne connaissent aucune "Béthanie/Bhtan…a" autre que la cité à l'est de Jérusalem (où se trouve la demeure de Lazare selon la tradition chrétienne et selon Maria Valtorta, aujourd'hui Béthanie est l'un des quartiers de Jérusalem, à l'est de la vieille ville antique), et la Batanée raccorde avec Jean 1.43-44 qui raconte que Jésus quitte le lieu de rencontre avec Jean-Baptiste pour gagner la Galilée le lendemain, et croise Philippe de Bethsaïde en chemin, le lieu de rencontre avec Jean-Baptiste est donc distant d'une journée de marche de la Galilée et proche la cité de Bethsaïde bien localisée au nord-est du lac de Galilée, ce qui est incompatible avec le site d'Al-Maghtas loin au sud près de la mer Morte (même si Jean-Baptiste a pu ponctuellement baptiser à Al-Maghtas, comme on le verra dans la vision 383). La scène se passe en décembre W-4, puisqu'en décembre W-2 l'apôtre André l'évoquera en précisant qu'elle s'était déroulée "sous la même lune [de décembre]" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.4, vision du 08/11/1945). Le Jean-Baptiste que Maria Valtorta présente est un nazaréen bouillonnant et sans concession professant l'Apocalypse ("Au milieu d'eux, debout sur un rocher, se tient un homme en qui je reconnais aussitôt Jean-Baptiste (c'est pourtant la première fois que je le vois). Il s'adresse à la foule, et je garantis que sa prédication manque de douceur ! […] Comment qualifier cet orateur passionné ? Jean-Baptiste mérite le nom de foudre, d'avalanche, de tremblement de terre, tant ses paroles et ses gestes sont véhéments et sévères. Il annonce le Messie et exhorte à préparer les cœurs à sa venue en se débarrassant de ce qui les encombre et en redressant les pensées. Mais c'est un langage frénétique et rude. Le précurseur n'a pas la main légère de Jésus sur les plaies des cœurs. C'est un chirurgien qui les met à nu, fouille et taille sans pitié", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 45.2, vision du 03/02/1945), il n'a plus rien du nouveau-né babillant que nous avons vu à Hébron entre son père Zacharie et sa mère Elisabeth une génération plus tôt. Quel a été son parcours, depuis qu'il a accompli sa bar-mitsva à Jérusalem peu de temps avant Jésus ? Ni les évangélistes ni Maria Valtorta ne nous renseignent. Mais cela n'empêche pas les spécialistes des textes d'esquisser un profil pertinent. Dès que les manuscrits nazaréens/esséniens de Qumran ont commencé à être traduits après 1947, en effet, ils ont remarqué des grandes ressemblances entre lui et le contenu théorique de ces manuscrits, que nous avons exposé dans notre paragraphe précédent. La mission de Jean-Baptiste se fonde sur une citation d'Isaïe II ("Un homme crie dans le désert : “Préparez la voie du Seigneur, aplanissez son chemin” [Isaïe II 40.3]", Marc 1.3, Matthieu 3.3, Luc 3.4, Jean 1.23) qui est le pilier idéologique des nazaréens/esséniens de Qumran ("Respectant la Torah, des hommes se sépareront des pervers pour aller dans le désert afin d'y préparer le chemin de la Vérité, selon les écritures : “Dans le désert, préparez la voie du Seigneur, aplanissez son chemin”. Cette voie, c'est l'étude de la Torah que Yahvé a promulguée par l'intermédiaire de Moïse pour qu'on s'y conforme, ce qui a été révélé pour tous les âges", Règle de la communauté, 1QS, colonne 8 lignes 13-15). Jean-Baptiste considère que son baptême ne vaut rien sans un changement de comportement ("Changez de comportement, soyez baptisés et Yahvé pardonnera vos péchés", Marc 1.4 ; "Montrez par vos actes que vous avez changé de mentalité, ne vous contentez plus de dire en vous-mêmes : “Abraham était notre ancêtre”", Matthieu 3.8 et Luc 3.8 ; "[Jean-Baptiste] exhortait les juifs à cultiver la vertu et à user de Justice entre eux et de pitié envers Yahvé, afin de se joindre au baptême", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.117), comme les nazaréens/esséniens de Qumran pour qui la purification du corps ne vaut rien sans un changement de comportement ("Les cérémonies d'expiation ne peuvent restaurer l'innocence de quiconque [méconnaît la Justice], ni les eaux lustrales sa pureté. Il ne peut pas être sanctifié par le baptême dans les océans et les fleuves, ni lavé de sa souillure par la simple immersion rituelle. Impur il restera, aussi longtemps qu'il rejettera les lois de Yahvé et refusera de se laisser instruire dans le yahad. Car seul par l'Esprit qui imprègne la vraie société de Yahvé l'homme peut expier sa conduite, toutes ses iniquités. Seulement ainsi il peut contempler la Lumière de la vie et être réuni à sa Vérité par son Esprit pur de toute iniquité. Par une conduite droite et humble son péché peut être couvert, et s'il se plie à toutes les lois de Yahvé, sa chair peut être lavée. C'est seulement ainsi qu'il peut vraiment recevoir les eaux lustrales et être sanctifié par le flux purificateur", Règle de la communauté, 1QS, colonne 3 lignes 4-9). Le rituel de repentance pratiqué par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain témoigne de son mépris ou de son opposition au Temple de Jérusalem, qui pratique annuellement un rituel officiel de repentance lors du Yom Kippour, mépris et opposition qu'on retrouve dans la communauté nazaréenne/essénienne de Qumran. Jean-Baptiste annonce la venue imminente du Mashiah/Messie qui remplacera son baptême d'eau par un baptême d'Esprit Saint ("Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec le Saint Esprit", Marc 1.8 ; "Moi, je vous baptise avec de l'eau pour montrer que vous changez de comportement, mais celui qui vient après moi vous baptisera avec le Saint Esprit et avec du feu", Matthieu 3.11 et Luc 3.16 ; "Yahvé, qui m'a envoyé baptiser avec de l'eau, m'a dit : “Tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur un homme. C'est lui qui baptisera avec le Saint Esprit”", Jean 1.33), comme les nazaréens/esséniens de Qumran qui annoncent le remplacement imminent du baptême d'eau par le baptême d'Esprit Saint par Yahvé ("A l'heure du Jugement la Vérité sera annoncée. Alors Yahvé purifiera toutes les œuvres des hommes, et il sanctifiera une partie de l'humanité pour extirper la perversion logée dans sa chair, l'épurant par le Saint Esprit de toute œuvre impie. Comme une eau lustrale, il répandra sur chacun l'Esprit de Vérité inaccessible à toutes les abominations du mensonge et à toutes les souillures de l'esprit impur", Règle de la communauté, 1QS, colonne 4 lignes 20-22). En attendant la venue de cet Esprit Saint, Jean-Baptiste mène une vie ascétique, il jeûne (il ne se nourrit "que de sauterelles et de miel sauvage" dans Marc 1.6 et Matthieu 3.4, il ne mange "pas de pain ni ne boit du vin" dans Matthieu 11.18 et Luc 7.33), il se mortifie (il porte un vêtement en poils de chameau et une ceinture de cuir autour de la taille selon Marc 1.6 et Matthieu 3.4, imitant le prophète Elie dans le Second livre des rois 1.8), comme les ascètes nazaréens/esséniens de Qumran (souvenons-nous notamment de la longue liste des restrictions alimentaires que s'impose le membre du yahad ayant commis le moindre écart de conduite, dans la Règle de la communauté, 1QS, colonne 6 ligne 24 à colonne 7 ligne 9). Les disciples de Jean-Baptiste récitent des prières personnelles ("Un des disciples de Jésus demanda : “Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean-Baptiste l'a appris à ses disciples”", Luc 11.1), comme les nazaréens/esséniens de Qumran (le Rouleau des hymnes et les psaumes apocryphes de David [manuscrits 11Q5-6, 4Q88, 4Q448] témoignent de cette pratique). Selon Jésus cité par Matthieu 21.32, Jean-Baptiste est venu "dans la voie de la Justice" et "personne ne l'a cru", comme le Maître de justice selon le Pesher d'Habacuc ("“Ouvrez les yeux, traîtres, et regardez, et soyez frappés d'étonnement. En votre temps il accomplit une œuvre que vous refuseriez de croire si on vous la racontait” [Habacuc 1.5]. Ce passage renvoie aux traîtres ligués à l'Homme de mensonge, parce qu'ils n'ont pas cru aux paroles du Maître de justice émanant de la bouche de Yahvé. Cela renvoie également aux traîtres de la nouvelle Alliance, parce qu'ils n'ont pas cru à l'Alliance de Yahvé et ont profané son saint nom", 1QpHab, colonne 1 lignes 16-17 et colonne 2 lignes 1-4) : doit-on déduire que Jean-Baptiste, si on accepte que l'expression "Maître de justice" renvoie à un titre et non pas à une personne, a dirigé un temps la communauté des nazaréens/esséniens de Qumran, ou du moins qu'il en a revendiqué la direction ? Jean-Baptiste oppose le Temple de Jérusalem (sanctuaire de pierres) à ses adeptes (sanctuaire vivant, dont les adeptes sont les pierres) au moyen d'un calembour, dans Matthieu 3.9 et Luc 3.8 il met face-à-face les "pierres" ("banim" en hébreu) du Temple et ses disciples qu'il considère comme les seuls vrais "enfants" ("abanim" en hébreu) d'Abraham ("Yahvé, de ces pierres/banim, peut susciter des enfants/abanim à Abraham"), cette distinction entre sanctuaire de pierres et sanctuaire d'hommes se retrouve dans la communauté nazaréenne/essénienne de Qumran ("Quand de tels hommes [pratiquant la Justice] se manifesteront en Israël, alors la société du yahad sera vraiment établie, une plantation éternelle, un temple pour Israël, un Saint des Saints pour Aaron. [...] Ils seront le mur éprouvé, la ‟précieuse pierre d'angle” [Isaïe I 28.16] dont les fondations ne seront ni ébranlées ni déplacées, une forteresse, un Saint des Saints pour Aaron, tous connaissant l'Alliance de justice et présentant des offrandes au parfum agréable. Ils seront une maison de Vérité et de perfection en Israël, observant l'Alliance aux statuts éternels", Règle de la communauté, 1QS, colonne 8 lignes 4-10). A aucun moment, ni Jean-Baptiste ni les nazaréens/esséniens de Qumran ne remettent en cause la nécessité d'une autorité centrale, le "sanctuaire vivant" qu'ils opposent au Temple de Jérusalem se limite à une petite caste d'élus, guides de tous les juifs qui doivent se soumettre à eux, en cela ils diffèrent des pharisiens qui entretiennent une conception du "sanctuaire vivant" beaucoup moins restrictive, selon les pharisiens chaque juif qui respecte la Torah est un "sanctuaire vivant", chaque knesset/synagogue est un "sanctuaire vivant". Enfin, Jean-Baptiste sera condamné parce qu'il condamne vigoureusement le mariage incestueux entre Hérode-Antipas et Hérodiade en s'appuyant sur le Lévitique ("Hérode-Antipas ordonna l'arrestation et l'emprisonnement de Jean-Baptiste enchaîné. La raison était qu'Hérode-Antipas avait épousée Hérodiade, femme de son [demi-]frère Philippe [erreur : Hérodiade est la femme d'Hérode-Boethos et non pas de Philippe le Tétrarque, ou "Philippe" était un second nom d'Hérode-Boethos ?], et que Jean-Baptiste avait dit à Hérode-Antipas : “Il ne t'est pas permis de prendre la femme de ton frère !” [Lévitique 18.16 et 20.21]", Marc 6.17-18 et Matthieu 14.3-4), comme les rédacteurs nazaréens/esséniens de l'Ecrit de Damas condamnent aussi vigoureusement les relations incestueuses de leurs opposants en s'appuyant sur le même Lévitique ("[Les adversaires du yahad] souillent le Temple parce qu'ils ne distinguent pas le pur et l'impur comme le prescrit la Torah et couchent avec les femmes en menstrues. En outre, chacun d'eux épouse la fille de son frère et la fille de sa sœur alors que Moïse a dit : “Tu n'approcheras pas la sœur de ta mère, car elle est la chair de ta mère” [Lévitique 18.13]", Ecrit de Damas, guéniza A colonne 5 lignes 6-9). Pourtant, tous les arguments très solides que nous venons d'énumérer tendant à prouver que Jean-Baptiste était un nazaréen/essénien de Qumran, sont annulés par d'autres arguments également très solides tendant à prouver que Jean-Baptiste s'en distinguait. Ainsi l'historien Flavius Josèphe, seulement deux générations après Jean-Baptiste, qualifie distinctement "esséniens/esséens" tous les personnages liés à ce mouvement religieux (nous avons vu précédemment un "Judas l'essénien/esséen" qui a prophétisé la mort d'Antigone fils de Jean Hyrcan Ier vers -104, un "Manahem l'essénien/esséen" qui vers -37 a prédit à Hérode que sa royauté durerait une trentaine d'années, un "Simon l'essénien/esséen" qui a prophétisé la chute d'Hérode-Archélaos en 6, dans notre prochain paragraphe nous verrons un "Jean l'essénien/esséen" qui organisera la défense de la région de Thamna/Khirbet Tibnah contre les légions romaines en 66), or lorsqu'il parle de Jean-Baptiste dans ses Antiquités juives XVIII.118-119 il le désigne par son nom sans lui accoler le qualificatif "essénien/esséen", comme si la communauté de Jean-Baptiste était à part. Le baptême pratiqué par Jean-Baptiste sur autrui est unique et définitif, alors que les ablutions pratiquées par les nazaréens/esséniens de Qumran sont répétitives. Jean-Baptiste va volontairement vers le peuple pour le convertir ("Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche !", Marc 1.4, Matthieu 3.2, Luc 3.3) et il accueille ceux qui viennent à lui ("Les habitants de Jérusalem et de toute la Judée allaient vers lui. Ils confessaient publiquement leurs péchés et Jean-Baptiste les baptisait dans le Jourdain", Marc 1.5 et Matthieu 3.5-6), attitude totalement opposée à l'érémitisme des nazaréens/esséniens de Qumran, intéressés seulement par leur propre salut. Jean-Baptiste n'est pas hostile à la vie civile, il ne demande pas à ses baptisés d'intégrer une communauté repliée sur elle-même, autoproclamée sainte, s'occupant du matin du soir à suivre des règles si spécieuses qu'elles finissent par devenir creuses, qu'elles s'apparentent à un travail à la chaîne et cachent mal, derrière leur apparence religieuse, des motivations politiques ou des pathologies relevant des psychiatres, il demande au contraire à ses baptisés d'aller à leur tour vers les non-baptisés pour les convertir (André le frère de Simon-Pierre, Jacques et Jean les fils de Zébédée, Apollos que nous retrouverons plus tard à Ephèse, et Jésus, sont parmi ses baptisés affectés à cette tâche : "Après cela, Jésus et ses compagnons allèrent en Judée. Il y resta quelques temps avec eux, et il baptisa", Jean 3.22 ; "Les pharisiens entendirent que Jésus faisait et baptisait plus de disciples que Jean-Baptiste", Jean 4.1), cette exigence missionnaire du ministère de Jean-Baptiste est inexistante chez les nazaréens/esséniens de Qumran. Le respect de la Torah en esprit plutôt qu'à la lettre, la volonté d'aller vers des juifs considérés comme impurs pour les ramener dans le droit chemin (en Luc 3.12-13 Jean-Baptiste accueille des péagers, comme plus tard Jésus accueillera le publicain Matthieu, professions maudites), est contraire aux valeurs des nazaréens/esséniens de Qumran qui restent à l'écart du monde pour accomplir des rituels tatillons et stériles. Même si nous refusons de suivre certains historiens qui voient dans Jean-Baptiste un pharisien (car les pharisiens n'ont pas de prétention prophétique ni missionnaire, ils respectent mutuellement l'autorité de leurs knessets/synagogues, et ils laissent à chaque juif la liberté de trouver son propre chemin vers Yahvé), nous concédons que la proximité de Jean-Baptiste avec le peuple le rapproche davantage des pharisiens que des nazaréens/esséniens tels qu'ils se définissent eux-mêmes dans les manuscrits de Qumran. Nous pensons que quand la moitié d'un individu ressemble à Yin tandis que son autre moitié ressemble à Yang, c'est parce que cet individu était originellement Yin et que, pour une raison x, il a rompu avec son milieu d'origine pour devenir Yang. Nous sommes face à Jean-Baptiste comme des historiens de l'an 4000 seront face à certains hommes politiques français de l'an 2000. Nous qui sommes des contemporains, nous avons beaucoup de mal à croire possible que Michel Rocard a été le Premier ministre de François Mitterrand : comment les historiens de l'an 4000 qui étudieront cette période de l'Histoire de France, avec beaucoup moins de documents à leur disposition que nous en avons, pourront-ils deviner que ces deux hommes qui se détestaient et qui avaient deux conceptions politiques différentes, étaient issus du même parti politique ? Nous qui sommes des contemporains, nous avons beaucoup de mal à croire possible que Nicolas Sarkozy a été ministre de l'Intérieur et ministre du Budget de Jacques Chirac : comment les historiens de l'an 4000 qui étudieront cette période de l'Histoire de France, avec beaucoup moins de documents à leur disposition que nous en avons, pourront-ils deviner que ces deux hommes qui se détestaient et qui avaient deux conceptions politiques différentes, étaient issus du même parti politique ? Jean-Baptiste et la communauté nazaréenne/essénienne de Qumran ont possiblement entretenu le même type de relation. Allons plus loin. Jean-Baptiste est le fils d'un prêtre auxiliaire du Temple, Zacharie : comment ce fils de la haute aristocratie sacerdotale du Temple de Jérusalem a-t-il pu finir sa vie comme un quasi clochard sur les bords du Jourdain ? La fougue et la radicalité de ses propos sur les bords du Jourdain, rapportés par les évangélistes et par Maria Valtorta, trahissent un caractère irascible, tendu, prompt à l'emportement, sur le fil du rasoir. La rupture que nous venons de supposer entre lui et les nazaréens/esséniens de Qumran avant son retrait au Jourdain, a peut-être suivi une autre rupture entre lui et son père Zacharie avant son retrait parmi les nazaréens/esséniens de Qumran. Jean-Baptiste s'est émancipé de son milieu originel privilégié au Temple dont il ne supportait plus la rigidité, la vanité, la sénilité, et il a adopté un comportement contraire aux directives du Temple pour bien marquer son désaccord, son rejet, son dégoût. Luc 1.80 dit que Jean-Baptiste "grandit et se fortifia en esprit, et vécut dans le désert, jusqu'au jour où il se manifesta devant Israël" : cette phrase esquisse un embryon de biographie, elle confie en termes très mesurés que Jean-Baptiste en grandissant a manifesté un esprit fort, contestataire, frondeur, que parvenu à l'adolescence il a fugué, il a quitté Jérusalem et il est parti au désert, où il a fait on-ne-sait-quoi avant de devenir un personnage public en Israël. Le "on-ne-sait-quoi" au désert dont Luc 1.80 ne parle pas, est possiblement Qumran, à une trentaine de kilomètres à l'est de Jérusalem, où les nazaréens/esséniens opposés au Temple annoncent et préparent la venue du Mashiah/Messie et "adoptent les enfants des autres dont les esprits maléables intègrent facilement leurs enseignements, qu'ils traitent comme leur propre progéniture en leur inculquant leurs propres mœurs" (Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.120 précité) parce qu'ils sont "moins attachés au lien du sang/gšnoj qu'au lien d'amitié/fil£llhloi" (Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.119 précité). Jean-Baptiste a rejeté son sang et prêche un lien communautaire supérieur au lien génétique, il a été choyé par les nazaréens/esséniens de Qumran qui ont espéré tirer profit de sa noble ascendance, mais Jean-Baptiste a trompé leurs attentes en s'embrouillant finalement avec eux de la même manière qu'avec son père Zacharie. La raison de la brouille est peut-être son imitation de l'ancien prophète Elie. Comme Elie, Jean-Baptiste vit en marge, il n'est pas respecté à l'égal d'Ezékiel ou d'Isaïe II. Son baptême dans le Jourdain, avant d'être un acte de purification rituelle, est d'abord une cérémonie mémorielle singeant les débuts prophétiques d'Elie, son installation "ravitaillé par les corbeaux" à "Kerith à l'est du Jourdain" (Premier livre des rois 17.3-4 ; le site de Kerith n'est pas identifié, il ne se confond pas avec l'homonyme vallée du Carit/wadi Qelt à l'ouest du Jourdain, entre Jérusalem et Jéricho, 31°50'00"N 35°18'07"E, sauf si on pense que le rédacteur du Premier livre des rois a confondu l'est et l'ouest), et sa disparition "enlevé au ciel" près de Jéricho (Second livre des rois 2.11), suivie de la purification du Jourdain par son disciple Elisée (Second livre des rois 2.19-22). Comme Elie réprimande le roi Achab qui s'adonne aux cultes paiens des Phéniciens ("Ce n'est pas moi qui ai amené le malheur sur Israël, mais toi et ta famille [c'est Elie qui s'adresse au roi Achab], qui refusez d'obéir aux lois du Seigneur et qui adorez les dieux baals", Premier livre des rois 18.18), Jean-Baptiste réprimande Hérode-Antipas qui s'adonne aux mœurs païennes des Grecs. Le fait que des gens demandent à Jean-Baptiste s'il est le prophète Elie revenu parmi les vivants, même si Jean-Baptiste répond fermement non ("‟Es-tu Elie ?” Et il dit : ‟Je ne le suis pas”. ‟Es-tu prophète ?” Et il répondit : ‟Non”", Jean 1.21), sous-entend qu'aux yeux de ses contemporains le doute existait, que Jean-Baptiste se prenait bien pour Elie en dépit de ses dénégations. L'arrivée de Jésus dans la communauté de Jean-Baptiste rappelle l'histoire de l'arroseur arrosé, elle termine la vie de Jean-Baptiste par le péché où elle a commencé, l'outrance, la surenchère. Jésus n'est pas le fils d'un prêtre du Temple comme Jean-Baptiste, il est le fils d'un père mystérieux et d'une orpheline galiléenne, Jésus part de plus bas que Jean-Baptiste. Et il aspire à plus haut : quand Hérode-Antipas croit voir en lui Jean-Baptiste ressuscité (Marc 6.14), et quand ses disciples le comparent à Jean-Baptiste et à Elie (Marc 8.28), Jésus ne réagit pas parce qu'il considère ces comparaisons sans objet et indignes de lui, en revanche quand Simon-Pierre le qualifie "Christ" alias "Mashiah/Messie" Jésus ordonne à Simon-Pierre de se taire car il pense que Simon-Pierre a dit une vérité qui ne doit pas encore être révélée (Marc 29-30). A Jean-Baptiste qui dit : "Je suis Elie", Jésus rétorque : "Eh bien moi je suis le Mashiah". A Jean-Baptiste qui dit : "Je suis prophète", Jésus rétorque : "Eh bien moi je suis Celui que tes prophéties annoncent". A Jean-Baptiste qui martèle : "Je suis un personnage important", Jésus martèle plus fort : "Eh bien je suis un personnage plus important que toi". Et à Jean-Baptiste qui maugrée : "Je t'ai accueilli dans ma communauté quand tu n'étais qu'un vil menuisier ! Je t'ai tiré de rien !", Jésus conclut implacablement : "Non, c'est moi qui ai honoré ta communauté en la rejoignant, qui, par ma venue messianique, ai révélé le sens de ton engagement jusqu'alors incompréhensible aux yeux de beaucoup d'Israélites, dont ta propre famille sacerdotale, c'est moi qui t'ai tiré de rien". De fait, l'Eglise ne discute pas ce point : si certes la mission prophétique de Jean-Baptiste a été magnifiée a posteriori par le ministère messianique de Jésus, l'homme Jésus n'est rien avant Jean-Baptiste, absolument rien, tellement rien que les évangélistes embarrassés préfèrent passer sous silence son enfance, son adolescence et ses années d'adulte avant sa rencontre avec Jean-Baptiste. Les chrétiens pendant deux mille ans ont tenté de minimiser l'importance de Jean-Baptiste, jusqu'à le transformer - comble du révisionnisme, car la vérité historique est rigoureusement l'inverse ! - en un disciple de Jésus, ainsi Matthieu dit que Jésus s'est agenouillé par consentement et non pas par obéissance à Jean-Baptiste, il ajoute que Jean-Baptiste a rechigné à baptiser Jésus en le considérant d'emblée comme quelqu'un de plus grand que lui ("Jésus vint de Galilée au Jourdain. Il arriva auprès de Jean-Baptiste pour être baptisé par lui. Jean-Baptiste s'y opposa et lui dit : “C'est moi qui devrait être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi !”. Jésus lui répondit : “Accepte cette situation pour le moment. Car voilà comment nous devons accomplir tout ce que Dieu demande”. Alors Jean-Baptiste accepta", Matthieu 3.13-15), Jean montre Jésus baptiser comme son maître Jean-Baptiste lui a appris (Jean 3.22 et 4.1 précités) mais il corrige aussitôt qu'"en réalité Jésus lui-même ne baptisait personne, c'étaient ses compagnons qui baptisaient" (Jean 4.2). Ces bricolages ne sont pas recevables. D'abord à cause de leur incohérence : Matthieu qui affirme que Jean-Baptiste a rechigné à baptiser Jésus parce qu'il l'a considéré d'emblée comme le Mashiah/Messie, montre le même Jean-Baptiste plus tard, emprisonné par Hérode-Antipas, demandant à Jésus s'il est le Mashiah/Messie ("Jean-Baptiste dans sa prison fut informé des œuvres de Jésus. Alors il envoya quelques-uns de ses disciples demander à Jésus : “Es-tu le Messie qui doit venir, ou devons-nous attendre quelqu'un d'autre ?”", Matthieu 11.2-3). Ensuite à cause de l'audience de Jean-Baptiste. Dans l'évangile de Jean, le plus tardif, Jésus lors de son procès est la proie d'une foule désignée par le terme générique "les juifs" (Jean 19.14-15), comme si son action avait suscité l'hostilité de masses énormes, mais dans l'évangile de Marc, le plus ancien, les accusateurs de Jésus sont seulement "les chefs des prêtres" manipulant un groupe de juifs de dimension indéterminée devant Ponce Pilate (Marc 13.1), et, depuis la Galilée jusqu'à Jérusalem, Jésus n'est suivi réellement que par une douzaine de partisans - dont l'un est un traître (Judas), l'autre le renie (Simon-Pierre), et le reste se disperse dès qu'il est arrêté -, et par des grappes de pauvres et d'excentriques comme lui. Jean-Baptiste quant à lui est écouté par une foule authentique, qui dissuade longtemps ses adversaires de le poursuivre par crainte d'émeutes ("Si nous disons : “Ce sont des hommes [et non pas Dieu] qui ont envoyé Jean-Baptiste”, nous aurons à craindre la foule, car tous pensent que Jean-Baptiste est un prophète", Marc 11.32, Matthieu 21.26, Luc 20.6). Par ailleurs, contrairement à Jésus regardé avec un mépris constant par les autorités du Temple, Jean-Baptiste jouit jusqu'à sa mort et après sa mort de l'indulgence de son milieu originel : pour les autorités du Temple, Jésus reste un bâtard, le fils adoptif d'un simplet en Galilée, alors que Jean-Baptiste - nous constaterons cela dans la suite de notre étude - reste un rejeton de la haute société, un sang bleu malheureusement fourvoyé, un fils prodigue dont avant sa mort on attend le retour et auquel on pardonne d'avance son égarement, dont après sa mort on plaint les mauvaises influences et le mauvais entourage ayant provoqué sa perte. La passation de pouvoir de Jean-Baptiste à Jésus, qu'on ne trouve que dans l'évangile le plus tardif, celui de Jean ("Il faut que son influence grandisse et que la mienne diminue", Jean 3.30), cadre trop bien avec les intérêts chrétiens pour être historique, c'est un ajout chrétien destiné à légitimer l'éradication de la communauté des baptistes toujours importante après la mort du fondateur. Les évangiles plus anciens de Matthieu et Luc suggèrent plutôt qu'une sourde rivalité a existé un temps entre les deux hommes : apprenant les succès de son disciple Jésus, Jean-Baptiste lui envoie des émissaires pour connaître sa position, Jésus éconduit ces émissaires en répondant qu'il n'a plus de leçons à recevoir de Jean-Baptiste puisque dorénavant il est publiquement le Mashiah/Messie ("Puis il répondit aux envoyés de Jean-Baptiste : “Allez raconter à Jean-Baptiste ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts reviennent à la vie, la Bonne Nouvelle [l'"évangile/eÙaggšlion", littéralement "bonne/ nouvelle/¢ggel…a" en grec, allusion à Isaie II 40.9 et 52.7] est annoncée aux pauvres”", Matthieu 4.5, Luc 7.22). En conclusion, Jean-Baptiste s'est rebellé contre son père pour aller vivre avec les nazaréens/esséniens de Qumran, puis il s'est rebellé contre ses hôtes de Qumran pour aller fonder sa propre communauté au Jourdain, avant d'être dépassé et dégradé par son jeune et astucieux et ambitieux cousin qu'il a imprudemment accueilli dans son entourage (nous disons "astucieux et ambitieux" car si Jésus est réellement fils de Dieu, parfait et sans péché, il n'a pas besoin d'être baptisé pour être pardonné de ses péchés et de son imperfection…). Jésus est noyé dans le public venu écouter Jean-Baptiste ("Je vois mon Jésus s'avancer sur un sentier qui longe la frange herbeuse et ombragée longeant le Jourdain (cette voie de campagne, plus sentier que chemin, semble dessinée par les caravanes et les voyageurs qui l'ont parcourue pendant des années et même des siècles pour atteindre le passage où le fond du lit se relève et permet de passer à gué, il continue de l'autre côté du fleuve et se perd dans la verdure de l'autre rive). Jésus est seul. Il marche lentement et arrive derrière Jean[-Baptiste]. Il s'approche sans bruit, tout en écoutant la voix tonitruante du pénitent du désert, comme si Jésus était lui-même l'un de ceux qui venaient trouver Jean[-Baptistes] pour être baptisé et purifié pour la venue du Messie. Rien ne distingue Jésus des autres. Par ses vêtements, il ressemble à un homme du peuple, par ses traits et sa beauté à un seigneur, mais aucun signe divin ne le distingue de la foule", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 45.3, vision du 03/02/1945). Avec affection autant que dérision, Jean-Baptiste le sort de l'anonymat en l'appelant "Agneau de Dieu" devant tout le monde, en référence à l'épisode des Mages à Bethléem naguère qui a conféré à Jésus une petite célébrité (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 45.4, vision du 03/02/1945). Jésus est baptisé de la même façon que les autres baptistes ("Jésus enlève son manteau, son vêtement et sa tunique, ne gardant qu'une sorte de caleçon court, puis il descend dans l'eau où Jean[-Baptiste] se trouve déjà. Celui-ci le baptise en lui versant sur la tête de l'eau du fleuve, avec une sorte de tasse qui me paraît être une coquille ou la moitié d'une courge évidée et séchée, pendue à sa ceinture", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 45.5, vision du 03/02/1945). La scène sera rappelée avec partialité en décembre W-2 par André, témoin de l'événement ("C'était sous la même lune [de décembre]. Les rives du Jourdain étaient pleines d'une foule qui tremblait sous les paroles du Baptiste. J'avais remarqué un jeune homme beau et calme qui, en suivant un sentier, venait vers nous. Son vêtement était humble, son aspect plein de douceur. Il paraissait demander et donner l'amour. Son œil bleu s'est posé un moment sur moi, et j'ai éprouvé une chose que je n'ai plus jamais éprouvée : il me parut caresser mon âme, m'effleurer avec des ailes d'anges. […] Je suis resté fasciné dans la contemplation du jeune inconnu qui, à son tour, a fixé son regard bleu sur le Baptiste. Et le Baptiste s'est retourné, a couru à lui, s'est incliné. Ils ont discuté. Comme la voix de Jean[-Baptistes] était un continuel tonnerre, les mystérieuses paroles sont arrivées jusqu'à mes oreilles, j'étais tendu par le désir de savoir qui était le jeune inconnu, je sentais qu'il était différent de tout le monde. Ils se sont dit : ‟C'est moi qui devrais être baptisé par toi”, ‟Laisse faire pour le moment, accomplis la justice” […] J'avais devant moi un jeune homme du peuple à l'aspect doux et humble, pourtant j'ai senti qu'il était Celui auquel le saint d'Israël, le dernier prophète, le précurseur, n'était ‟pas digne de dénouer les sandales”. J'ai senti qu'il était Celui que nous ne connaissions pas. Et je n'ai pas eu peur. Au contraire, quand Jean[-Baptiste] après le super-extasiant tonnerre de Dieu, après l'inconcevable splendeur de la Lumière en forme de colombe de paix, a dit : ‟Voici l'Agneau de Dieu”, moi, par la voix de mon âme, dans la jubilation d'avoir deviné le roi Messie dans ce jeune homme d'aspect doux et humble, j'ai crié en esprit : ‟Je crois !”. C'est par cette foi que je suis son serviteur", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.4, vision du 08/11/1945). Maria Valtorta ne dit pas si Jacques et Jean les fils de Zébédée sont aussi présents, ou s'ils apprennent le baptême de Jésus par André.


Jésus ne demeure pas longtemps auprès de Jean-Baptiste. A peine entré dans sa communauté, il s'en écarte (dans sa vision 46, Maria Valtorta indique que la besace que Jésus a emportée quand il a quitté la maison maternelle de Nazareth à la fin de la vision 44, est désormais vide) pour vivre dans une région non identifiée encore plus désertique que le lieu du baptême. La tradition chrétienne situe cette région à l'ouest de Jéricho, sur les hauteurs où le monastère de la Tentation entretient le souvenir jusqu'à aujourd'hui (31°52'25"N 35°25'54"E), mais cette tradition est erronée. Pour notre part, nous situons plutôt cet épisode en terre arabe, en Batanée ou dans le voisinage, à distance des sources du Jourdain. Jésus erre, à se demander quoi faire de sa vie ("Je vois la solitude pierreuse déjà vue à ma gauche dans la vision du baptême de Jésus au Jourdain. Mais j'ai dû y pénétrer plus profondément car je ne vois plus le beau fleuve aux eaux lentes et azurées ni la veine verte qui le côtoie sur ses deux rives, alimentée par cette artère aquatique. Ici, rien que solitude, pierres, terre brûlée, réduite à l'état de poussière jaunâtre qu'à chaque instant le vent soulève en petits tourbillons. On dirait le souffle d'une bouche fiévreuse tant ils sont secs et brûlants, torturants aussi pour la poussière qu'ils entraînent avec eux dans le nez et la gorge. Çà et là, très rares, des petits buissons épineux dont on ne sait comment ils peuvent résister dans cette désolation. On dirait quelques rares touffes de cheveux sur le crâne d'un homme chauve. Au dessus, un ciel impitoyablement azuré, en bas le sol aride, autour des rochers et le silence. Telle est la nature que je vois. Un énorme rocher forme un embryon de grotte. Assis sur une roche traînée à l'intérieur, Jésus se tient adossé à la paroi. Il s'y repose du soleil brûlant. Celui qui m'avertit intérieurement m'indique que cette roche sur laquelle il est assis lui sert aussi d'agenouilloir et d'oreiller quand il prend quelques heures de repos, enroulé dans son manteau, à la lueur des étoiles et dans l'air froid de la nuit. Tout près, se trouve la besace que je lui ai vu prendre à son départ de Nazareth. C'est tout son avoir, et comme elle est flasque ! Je comprends qu'elle est vide du peu de nourriture qu'y avait mise Marie. Jésus est très maigre et pâle. Il est assis, les coudes appuyés sur les genoux et les avant-bras portés en avant, les mains jointes avec les doigts entrelacés. Il médite. De temps à autre il lève son regard et le promène alentour et regarde le soleil presque au zénith dans le ciel azuré", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 46.1-2, vision du 24/02/1944). C'est alors que paraît un bédouin, qui lui propose de l'accompagner ("C'est alors que je vois apparaître l'horrible gueule de Satan. Il ne se présente pas sous la forme où nous nous le représentons avec cornes, queue, etc. On dirait un bédouin enveloppé dans son habit et son manteau qui semble un domino de mascarade. Sur la tête, le turban dont les pans lui descendent jusqu'aux épaules pour les abriter, et sur les côtés du visage, de sorte que de ce dernier on ne voit qu'un triangle étroit, très brun avec des lèvres minces et tordues, des yeux très noirs et renfoncés, d'où sortent des éclairs magnétiques. Deux pupilles qui pénètrent jusqu'au fond du cœur où on ne lit rien, ou une seule parole : “Mystère”. Le contraire de l'œil de Jésus qui fascine lui aussi par ses effluves magnétiques pénétrant jusqu'au cœur mais où on lit aussi bonté et amour. L'œil de Jésus est une caresse pour l'âme. L'œil de Satan est un double poignard qui perce et brûle. Il s'approche de Jésus : ‟Tu es seul ?” Jésus le regarde sans répondre. ‟Comment es-tu arrivé ici ?? Tu t'es perdu ?” Jésus le regarde de nouveau et se tait. ‟Si j'avais de l'eau dans ma gourde, je t'en donnerais. Mais je n'en ai pas. Mon cheval est crevé et je me dirige à pied vers le gué. Là je boirai et je trouverai quelqu'un qui me donnera un pain. Je connais la route. Viens avec moi, je te conduirai.” Jésus ne lève plus les yeux. ‟Tu ne réponds pas ? Sais-tu que tu mourras si tu restes ici ? Déjà le vent se lève. La tempête se prépare. Viens”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 46.3-4, vision du 24/02/1944). Jésus joint les mains pour prier, d'une façon qui trahit son identité, le bédouin reconnaît l'"Agneau de Dieu" que Jean-Baptiste a récemment vanté en public - le bédouin a-t-il déjà vu Jésus de loin parmi les baptistes, ou des tiers lui en ont-ils parlé ? -, il lui propose d'utiliser sa petite notoriété pour manipuler les foules et en devenir le maître tandis que lui-même deviendra son conseiller ("Jésus serre les mains dans une prière muette. ‟Ah, c'est donc bien toi ? [c'est le bédouin qui s'adresse à Jésus] Depuis le temps que je te cherche ! Et maintenant, je t'observe sans arrêt. Depuis le moment où tu as été baptisé. […] Tu me fais pitié et je veux t'aider, parce que tu es bon et que tu es venu te sacrifier pour rien. Les hommes te haïront à cause de ta bonté. Ils ne comprennent qu'or et nourriture et jouissance. Sacrifice, souffrance, obéissance sont pour eux des paroles mortes, plus mortes que cette terre-ci et ses alentours. Ils sont plus arides encore que cette poussière. Seul le serpent se cacher ici en attendant de mordre, et le chacal pour te mettre en pièces. Allons, viens. Ils ne méritent pas qu'on souffre pour eux. Je les connais mieux que toi.” Satan [le bédouin] s'est assis en face de Jésus, Il le fouille de son regard terrible, et sourit de sa bouche de serpent. Jésus se tait toujours et prie mentalement. ‟Tu te défies de moi. Tu as tort. Je suis la sagesse de la terre. Je peux te servir de maître pour t'aider à triompher. Vois : l'important, c'est de triompher. Ensuite, quand on s'est imposé au monde et quand on l'a séduit, on le mène où on veut. Mais d'abord tu dois être comme ils veulent, comme eux, les séduire en leur faisant croire que tu les admires et que tu les suis en pensée. Tu es jeune et beau. Commence par la femme. C'est toujours par elle qu'on doit commencer”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 46.4-5, vision du 24/02/1944). Jésus le repousse avec force. Le bédouin n'insiste pas, il continue son chemin, déçu et furieux ("Jésus s'est mis debout. Plus amaigri après ses jours de jeûne, il semble encore plus grand. Son visage est terrible de sévérité et de puissance. Ses yeux sont deux saphirs qui jettent des flammes. Sa voix est un tonnerre qui se répercute dans la cavité du rocher et se répand sur les roches et la terre désolée, quand il dit : "Va-t-en Satan ! Il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et serviras Lui seul » !” [Exode 20.5 et Deutéronome 5.9] Satan [le bédouin] avec un cri déchirant de damné et de haine inexprimable saute debout, terrible à voir dans sa fureur, dans sa personnalité toute fumante. Et il disparaît avec un nouveau hurlement de malédiction", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 46.9, vision du 24/02/1944). C'est ce bédouin qui, dans les évangiles, deviendra Satan tentateur (Marc 1.13, Matthieu 4.1-11, Luc 4.1-13).


En mars W-3, donc quatre mois après le baptême, Jésus revient vers le lieu où Jean-Baptiste prêche habituellement, quand soudain il voit Jacques et Jean les fils de Zébédée marcher vivement vers lui en sens contraire avec une nouvelle dramatique : Jean-Baptiste vient d'être arrêté par Hérode-Antipas, et emprisonné dans la forteresse de Machéronte. Ayant perdu leur guide spirituel, les deux frères sont perdus. Jésus y voit une opportunité de donner enfin un sens à sa vie, comme lieutenant de Jean-Baptiste, ou même comme son successeur légitime puisque Jean-Baptiste est son cousin et qu'il l'a mis sur un piédestal quatre mois tôt en rappelant publiquement l'épisode des Mages ("‟Qui es-tu ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Jean fils de Zébédée] ‟Je suis Jean le fils de Zébédée, et voilà mon frère Jacques. Nous sommes de Galilée, nous sommes pêcheurs et nous sommes aussi disciples de Jean[-Baptiste]. Il nous disait des paroles de vie et nous l'écoutions, car nous voulons suivre Dieu, et par la pénitence mériter son pardon en préparant les chemins du cœur à la venue du Messie. C'est toi. Jean l'a dit, car il a vu le signe de la colombe se poser sur toi, et nous a dit : « Voici l'Agneau de Dieu ».” […] ‟Où est Jean[-Baptiste] ?” ‟Hérode[-Antipas] l'a arrêté. Il est enprisonné à Machéronte. Ses plus fidèles parmi nous ont bien essayé de le délivrer, mais c'était impossible. Nous revenons de là”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 46.9, vision du 24/02/1944). Zébédée, âgé de cinquante-cinq ans au début du ministère (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 64.1, vision du 09/11/1944), est le fils de l'homme qui a conduit Marie la Vierge depuis Jérusalem jusqu'à Hébron à l'époque où elle était enceinte, que nous avons raconté dans notre premier alinéa. Zébédée a repris la pêcherie de son père en bordure du lac de Galilée, dans laquelle il emploie ses fils Jacques l'aîné et Jean le cadet. Il a hérité aussi des réseaux commerciaux de son père, notamment il approvisionne en poissons les notables du Temple, où il bénéficie d'un libre accès ("Je connais Hanne [ben Seth] et Caïphe [c'est Jean qui s'adresse à Jésus]. Ma famille est en affaires avec eux. Quand j'étais en Judée à cause de Jean-Baptiste [on ignore pourquoi Jean fils de Zébédée était en Judée "à cause de Jean-Baptiste"], j'allais au Temple, ils étaient gentils avec moi, fils de Zébédée. Mon père leur réserve toujours le meilleur poisson. C'est la coutume, tu sais ? Quand on veut les avoir pour amis, garder leur amitié, il faut agir ainsi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 70.4, vision du 04/01/1945). Son épouse, mère de Jacques et Jean, se nomme "Marie-Salomé" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 122.4, vision du 03/03/1945). Jean, futur apôtre et futur évangéliste, est forcément très jeune puisqu'il sera encore vivant sous Dioclétien à la fin du Ier siècle, on suppose qu'il a entre quinze et vingt ans à la fin de la préfecture de Valerius Gratus et au début de la préfecture de Ponce Pilate. On retrouve Jacques et Jean quelques jours plus tard au bord du lac de Galilée. Dès qu'André et Simon-Pierre reviennent de leur pêche, ils leur racontent les moments qu'ils viennent de passer avec Jésus, qui les a fortement impressionnés. André exprime sa jalousie de ne pas les avoir accompagnés. Mais Simon-Pierre refroidit vite l'enthousiasme des trois baptistes en les traitant de naïfs ("Une aurore d'une sérénité parfaite sur la mer de Galilée. Ciel et eau ont des reflets roses similaires à ceux dont la douceur éclaire les murs des jardinets d'un petit village lacustre d'où s'élèvent et se détachent en se penchant sur les ruelles des chevelures ébouriffées et vaporeuses d'arbres à fruit. […] Jean [fils de Zébédée] débouche d'une ruelle et se hâte vers le lac. Jacques [fils de Zébédée] le suit mais d'un pas beaucoup plus calme. Jean [fils de Zébédée] regarde les barques déjà accostées mais ne trouve pas celle qu'il cherche. Il l'aperçoit alors qu'elle est encore à quelques centaines de mètres de la rive, occupée aux manœuvres d'accostage. Il lance très fort, avec les mains en porte-voix, un : ‟Ohé !” prolongé qui doit être l'appel habituel. Puis, quand il voit qu'on l'a entendu il agite les bras pour signifier : ‟Venez ! Venez !”. Les hommes de la barque, imaginant je-ne-sais-quoi, foncent à coups de rames, et la barque avance plus rapidement qu'avec la voile, qu'ils amènent peut-être pour aller plus vite. Quand ils sont à une dizaine de mètres du rivage, Jean [fils de Zébédée] n'attend plus. Il enlève son manteau et son long vêtement et les jette sur la grève. Il quitte ses sandales, il lève son vêtement de dessous en le ramenant d'une main jusqu'à l'aine, et il descend dans l'eau à la rencontre de ceux qui arrivent. ‟Pourquoi n'êtes-vous pas venus, tous les deux ?” demande André. [Simon-]Pierre, boudeur, ne dit rien. ‟Et toi, pourquoi n'es-tu pas venu avec moi et Jacques ?", répond Jean [fils de Zébédée] à André. ‟Je suis allé pêcher. Je n'ai pas de temps à perdre. Tu as disparu avec cet homme.” ‟Je t'avais fait signe de venir. C'est bien lui ! Si tu entendais ses paroles ! Nous sommes restés avec lui toute la journée et jusque tard dans la nuit. Maintenant, nous sommes venus vous dire : « Venez ! »”. ‟C'est bien lui ? Tu en es certain ? Nous l'avons à peine vu, quand le Baptiste l'a montré.” ‟C'est lui ! Il ne l'a pas nié !” ‟N'importe qui peut dire ce qui l'arrange pour s'imposer aux gens crédules. Ce n'est pas la première fois…”, bougonne [Simon-]Pierre mécontent. ‟Oh, Simon[-Pierre], ne parle pas comme ça ! Il est le Messie ! Il sait tout ! Il t'entend !” Jean [fils de Zébédée] est affligé, consterné par les paroles de Simon-Pierre. ‟Allons ! Le Messie ! Et c'est justement à toi qu'il se montre, et à Jacques [fils de Zébédée] et à André ! Trois pauvres ignorants ! Il viendra bien autrement, le Messie ! Et il m'entend ! Mais viens, pauvre gosse ! Les premiers soleils printaniers t'ont tapé sur la tête ! Viens travailler, ça vaudra mieux ! Laisse-là tous ces boniments !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 48.1-3, vision du 12/10/1944). Simon-Pierre et André sont frères, fils d'un nommé "Jonas" décédé on-ne-sait-quand. Ils habitent à Bethsaïde, cité en surplomb de l'endroit où le Jourdain se jette dans le lac de Galilée (32°54'37"N 35°37'50"E), qui a beaucoup changé depuis deux mille ans : les alluvions du Jourdain se sont déposées en cet endroit au fil des siècles pour donner des champs cultivables traversés par la route 87 en l'an 2000, tandis qu'au Ier siècle la colline de Bethsaïde avait encore les pieds dans l'eau, on pouvait longer la côte depuis cette colline jusqu'à Capharnaüm alors qu'aujourd'hui la côte est à trois kilomètres de Bethsaïde. Simon-Pierre est un pêcheur très compétent, qui parle avec passion de son métier (par exemple à Jésus fin printemps ou début été W-3 : "On doit simplement surveiller la descente du filet. Elle doit s'opérer doucement et sans nœuds, doucement parce que nous serons sur le lieu de pêche et un mouvement trop brusque éloignerait les poissons, sans nœuds pour ne pas fermer le filet qui doit s'ouvrir comme une bourse, ou, si tu préfères, une voile gonflée par le vent. Quand la descente est terminée, on avance lentement, à la rame ou à la voile selon les cas, en un demi-cercle sur le lac. Quand la vibration de la cheville de sécurité nous indique que la pêche est bonne, on se dirige vers la terre. Et là, presque à la rive, mais pas trop tôt pour ne pas risquer que la proie nous échappe, pas trop tard pour ne pas abîmer les poissons et le filet sur les cailloux, on hisse le filet. C'est alors qu'on doit avoir l'œil, car les barques doivent tellement se rapprocher qu'on puisse prendre l'extrémité du filet que passe l'autre barque mais sans nous heurter pour ne pas écraser le filet plein de poissons. Fais attention, rabbin, c'est notre gagne-pain. Garde toujours un œil sur le filet pour qu'il ne s'ouvre pas avec les secousses des poissons. Les poissons défendent leur liberté avec de forts coups de queue et s'ils sont nombreux. Tu comprends… ce sont des petites bêtes, mais par dix, cent, mille, ils deviennent forts comme le Léviathan", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 58.3-4, vision du 07/10/1944 ; on se demande quel livre Maria Valtorta a consulté pour être aussi minutieuse dans sa description, sinon comment elle a reçu une connaissance aussi détaillée des techniques de pêche sur le lac de Galilée au Ier siècle…), il est aussi expert en météorologie, indispensable pour une bonne pêche et pour éviter les risques en barque (par exemple dans cette conversation avec Thomas au printemps W-2 : "‟Il y aura peut-être de la tempête aujourd'hui, rabbin. Tu vois ces bandes couleur de plomb qui arrivent de derrière l'Hermon ? Et tu vois comme le lac se plisse ? Et tu sens les souffles du nord qui alternent avec les chaudes bouffées du sirocco ? Des tourbillons, signe évident de tempête.” ‟Dans combien de temps, Simon[-Pierre] ?” ‟Avant la fin de prime. Regarde comme les pêcheurs se hâtent de revenir. Ils sentent le lac qui menace. Sous peu lui aussi aura la couleur du plomb, puis de la poix, ensuite viendra la furie.” ‟Mais il semble si calme !”, dit Thomas[/Didyme] incrédule. ‟Toi tu connais l'or [allusion au métier d'orfèvre pratiqué par Thomas/Didyme], moi je connais l'eau. Ce sera comme je dis. Ce n'est même pas une tempête imprévue. Ses signes sont évidents. L'eau est calme en surface, à peine ce crêpe qui semble une plaisanterie. Mais si tu étais en barque ! Tu sentirais comme des milliers de chiquenaudes qui heurtent la carène et secouent étrangement la barque. L'eau bout déjà en-dessous. Attends que le ciel donne le signal, et tu verras ensuite !... Laisse le vent du nord se mêler au sirocco, et puis… Ohé, les femmes ! Rentrez ce que vous avez étendu, et mettez vos bêtes à l'abri ! Il pleuvra bientôt des pierres et de l'eau à pleins seaux !” En effet le ciel devient de plus en plus verdâtre avec des traînées couleur d'ardoise par l'arrivée continuelle de bandes de nuages qui semblent être vomies par le grand Hermon. Elles repoussent l'aurore de la direction d'où elle venait, comme si l'heure revenait vers la nuit au lieu d'avancer vers le midi. Seule une éclaircie continue de fuir en oblique de derrière le barrage des nuages couleur de poix et envoie un irréel coup de pinceau jaune-vert sur la cime d'une colline au sud-ouest de Capharnaüm. Le lac a déjà perdu sa couleur azur pour prendre une couleur bleue foncée, et les premières écumes entre les vagues petites, brisées, semblent d'une blancheur irréelle sur le fond obscur de l'eau", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 238.1, vision du 30/07/1945 ; on se demande pareillement quel livre Maria Valtorta a consulté pour être aussi minutieuse dans sa description, sinon comment elle a reçu une connaissance aussi détaillée des singularités du climat galiléen au Ier siècle…). Il est impulsif et franc, il ne s'encombre pas de détours pour exprimer simplement ses pensées et sa volonté du moment ("Ce que je pense je le dis, ce que j'ai sur le cœur je l'ai sur les lèvres", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 97.4, vision du 04/02/1945), il a les qualités d'un chef : l'autorité naturelle, la force, la viligance, le courage, la constance, et il sait reconnaître ses erreurs. Son surnom "Pierre/Pštroj" en grec alias "Céphas" en araméen lui est donné par Jésus selon Jean 1.42, qui veut faire de lui "le socle, la pierre" de fondation de sa nouvelle communauté de disciples selon Matthieu 16.18, mais il est plus probable que ce surnom date d'avant la rencontre de Jésus, et découle du solide caractère de Simon fils de Jonas, que tous voient comme un roc incassable, un dur, "Pierre" est à rapprocher du surnom anglais "Rocky" qui a le même sens. Sa grande faiblesse, qui parfois lui cause des complexes, est son manque d'instruction. Il n'est pas aussi cultivé que les autres apôtres - il ne connaît que sa barque et les poissons ! -, il n'est pas à l'aise quand il doit construire un discours, agencer des arguments, trouver les mots justes. Il s'en plaint à Jésus fin W-3, qui lui répond que c'est précisément pour cette raison qu'il l'a recruté, parce qu'il trace la route sans se distraire de raisonnements superflus ("‟Parfois des gens me questionnent, et je ne sais pas quoi répondre. Les autres savent. Je veux dire : tes frères [Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus], et Simon [le zélote], et [Nathanaël] Barthélemy, et Judas fils de Simon. Thomas[/Didyme] aussi sait parler, à la manière d'un marchand qui vend ses produits au marché, mais il sait parler. Matthieu, eh ! lui aussi va bien, il déploie son ancien savoir-faire pour plumer les gens à son comptoir de gabelle, pour les amener à conclure : « Tu as raison ». Mais moi… Pauvre Simon[-Pierre] fils de Jonas ! Les poissons m'ont enseigné quoi ? Et le lac ? Deux choses. Les poissons m'ont appris le silence et la constance, la leur à échapper au filet, la mienne à les y mettre. Et le lac m'a appris l'effort et la vigilance. Et la barque ? A trimer sans épargner mes muscles, à rester debout même si l'eau est agitée et si on risque de tomber. L'œil à la polaire, les mains fermes à la barre, force, courage, constance, attention, voilà ce que ma pauvre vie m'a enseigné…” Jésus lui met une main sur l'épaule et le secoue en le regardant affectueusement, plein d'admiration pour sa simplicité, il dit : ‟Et ça te paraît peu, Simon-Pierre ? Tu as tout le nécessaire pour être ma « pierre ». Rien à ajouter, rien à enlever. Tu seras le pilote éternel, Simon[-Pierre]. Et à celui qui viendra après toi, tu diras : « L'œil à la polaire : Jésus. La main ferme à la barre, force, courage, constance, attention, trimer sans relâche, être vigilant, et savoir rester debout même sur les eaux agitées... »”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 132.7, vision du 17/03/1945). Jésus est plus précis après la Pâque W-1 : il avoue qu'il ferme les yeux sur la balourdise de Simon-Pierre parce que celui-ci ne le contredit jamais… ce qui confirme au passage que Jésus est bien un fils unique gâté qui, n'ayant jamais été confronté au dialogue et contraint aux compromis dans sa jeunesse, comme nous l'avons dit plus haut, n'accepte pas le débat et les contretemps maintenant qu'il est adulte ("‟En fréquentant des hommes bons, j'apprendrai à devenir un homme.” [c'est Pierre qui s'adresse à Bérénice/Véronique] ‟Tu l'es déjà.” ‟Non, femme. Je suis un peu moins qu'un animal. Et je ne sais vraiment pas comment le rabbin [Jésus] me supporte.” ‟Je te supporte parce que tu sais ce que tu es, et parce qu'à cause de cela on peut te travailler comme une pâte. Si tu étais obstiné, têtu, orgueilleux surtout, je te chasserais comme un démon”, dit Jésus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 282.4, vision du 12/02/1946). Simon-Pierre est marié depuis des années à une "Porphyré", fille d'un couple de marchands dont nous ignorons les noms, possédant une propriété à Capharnaüm. Il est toujours très amoureux d'elle, dans une conversation ordinaire au printemps W-2 il raconte leur première rencontre avec beaucoup d'émotion et de fierté ("Je l'ai remarquée quand elle était encore très jeune. Je descendais à Capharnaüm avec le poisson et je la voyais travailler silencieusement aux filets, ou à la fontaine, ou dans le jardin de la maison. Ce n'était pas le papillon volage qui va ici et là, ni la poulette étourdie qui se retourne à chaque cocorico du coq. Elle ne levait jamais la tête, même quand elle entendait des voix d'hommes. Je suis tombé amoureux de sa bonté, et de ses magnifiques tresses, son seul bien car elle était l'esclave de sa famille, sa condition m'a apitoyé. Je lui ai adressé mes premières salutations (elle avait alors seize ans) : elle a à peine répondu. Elle a descendu son voile davantage et est restée plus souvent dans la maison. Eh ! Du temps m'a été nécessaire pour savoir si elle ne me voyait pas comme un ogre et pour envoyer le paranymphe [auprès de la fiancée : ami du marié qui joue l'entremetteur] ! Je ne m'en repens pas. J'aurais pu faire le tour de la terre, je n'aurais jamais trouvé une autre comme elle", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 214.2, vision du 10/07/1945). Porphyré a au moins deux frères (dans la vision 60.6, la mère de Porphyré mentionne les "beaux-frères" de Simon-Pierre, le pluriel implique que Porphyré n'a pas qu'un seul frère), dont l'un est qualifié d'"imbécile" par Simon-Pierre en été W-2 dans un contexte particulier : après l'exécution de Jean-Baptiste, Jésus craignant pour sa propre vie va se réfugier dans les marais de Tarichée, or le beau-frère de Simon-Pierre ne réussit pas à garder sa langue et révèle maladroitement avoir prêté sa barque pour aider Jésus à s'enfuir ("Mon imbécile de beau-frère ! tonne [Simon-]Pierre. Je lui ai demandé de ne pas parler ! Je lui ai dit que nous allions à Bethsaïde, et que s'il parlait je lui arracherais la barbe ! Et je le ferai ! Sûr que je le ferai !", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 272.1, vision du 06/09/1945). Simon-Pierre entretient une relation d'exécrable cordialité avec sa belle-mère : en automne W-3, André loue la patiente bonté de Porphyré à supporter l'impétuosité de son mari, Simon-Pierre enchaîne plaisamment en se louant lui-même à supporter la hargne de la mère de Porphyré ("‟Les femmes sont plus fourbes et malignes que des renards, elles comprennent certaines choses qu'on voudrait qu'elles ne comprennent pas”, dit [Simon-]Pierre sentencieusement. ‟Plains-toi ! Tu as une femme [Porphyré] qui te croirait même si tu lui disais que le Liban est en beurre ! Ce que tu dis est loi pour elle : elle écoute, croit et se tait !”, dit André à son frère. ‟Oui, mais sa mère compte autant pour elle et pour cent autres femmes, ce serpent !” Tout le monde rit", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 529.3, vision du 12/11/1946). La pêcherie de Simon-Pierre, où celui-ci emploie son frère André, se trouve dans la propriété des parents de Porphyré à Capharnaüm, Maria Valtorta la décrit dans sa vision 52, elle voit "un sentier empierré qui borde le lac [de Galilée]", et, attenant à ce sentier, "la maison de Pierre, mais en fait celle de sa belle-mère" - Maria Valtorta n'évoque jamais le beau-père de Simon-Pierre, probablement décédé avant le ministère -, Simon-Pierre confirme dans la vision 60 que le bâtiment où il gare son bateau et entrepose son matériel est "la maison de ma femme, je veux dire sa maison natale". Le site de Capharnaüm (32°52'50"N 35°34'31"E) a été acheté à l'Empire ottoman en 1898 par des franciscains, qui y ont réalisé des fouilles régulières au cours du XXème siècle. Le nom "Capharnaüm" ou littéralement "hameau/kafer de Nahum" suggère que la cité s'est développée autour d'un domaine initial appartenant à un "Nahum" non-identifié, au plus tôt au début de l'ère impériale romaine car aucun vestige antérieur n'y a été retrouvé. Entre 1968 et 1974, les franciscains ont exhumé les restes d'une basilique du Vème siècle, bâtie sur les ruines d'une petite maison de deux pièces remontant au Ier siècle, ils ont conclu que cette maison, du moins aux yeux des bâtisseurs de la basilique du Vème siècle, était l'ancienne pêcherie de Simon-Pierre. La cité de Capharnaüm a été abandonnée suite aux bouleversements locaux au début du VIIème siècle (guerre entre Empire byzantin et Empire Sassanide, puis installation de l'islam), elle est restée en l'état, peu à peu réappropriée par la nature, jusqu'à l'arrivée des franciscains en 1898. Il n'y a rien d'autre à ajouter sur l'Histoire de ce site, excepté sa dégénérescence en 1990 par la construction d'une nouvelle basilique qui a suscité un scandale toujours vivace, geste architectural obscène de maîtres d'œuvre égocentriques, sorte de soucoupe volante suspendue par des piliers de béton au dessus de l'ancienne basilique du Vème et de la petite maison du Ier. En 1986, le dégagement de la côte par un abaissement du niveau de l'eau du lac a mis à jour une ancienne barque en bois bien préservé dans sa gangue sablonneuse, longue de huit mètres cinquante, large de deux mètres cinquante, haute d'un peu plus d'un mètre. Les planches constituant sa coque ont été régulièrement réparées ou renouvelées, permettant à ses propriétaires de l'utiliser durant plusieurs décennies. Disposant d'un mat, elle pouvait naviguer à la voile comme à la rame. En plus des quatre manœuvriers estimés pour la diriger, elle pouvait accueillir une dizaine de personnes, pêcheurs occupés à leurs tâches halieutiques ou passagers se déplaçant d'un endroit du lac à un autre. Cet artefact remarquable, conservé aujourd'hui dans le petit musée municipal de Ginosar en Israël, est strictement contemporain de Jésus - qui a peut-être voyagé dessus - et de Simon-Pierre, ce qui explique pourquoi on le désigne commodément comme "la barque de Simon-Pierre", une reconstitution grandeur nature a été réalisée en 2023 et est exposée depuis cette date à l'entrée des musées du Vatican. La pêcherie de Simon-Pierre est voisine de celle de Zébédée ("Je vois les rives du lac de Génésareth, les barques des pécheurs tirées sur la rive. Dos aux barques, [Simon-]Pierre et André s'affairent sur les filets que les commis leur apportent tout dégoûtants, ils les débarrassent des débris restés accrochés qu'ils rejettent dans le lac. A une dizaine de mètres Jean et Jacques [les fils de Zébédée] penchés sur leur barque s'occupent à tout mettre en ordre, aidés par un garçon et par un homme de cinquante-cinquante-cinq ans que je pense être Zébédée car le garçon l'appelle “patron” et il a la même apparence que Jacques", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 64.1, vision du 09/11/1944). Dans la vision 49, Jésus passe à la synagogue de Capharnaüm, acte révélateur de son intérêt pour le pharisianisme pourtant opposé à son milieu nazaréen originel. Il est guidé par André, qui lui présente son frère Simon-Pierre (l'antique synagogue de Capharnaüm, que les touristes peuvent voir aujourd'hui car elle a été dégagée par les archéologues franciscains, est en plein cœur de la cité, proche de la côte, donc proche de la pêcherie de Simon-Pierre). Méfiant au début, Simon-Pierre se laisse amadouer par Jésus. Dans la vision 50, Simon-Pierre désormais convaincu est très fier d'accueillir Jésus dans sa maison à Bethsaïde, de le présenter à sa femme Porphyré, ainsi qu'à deux voisins proches : le vieux Nathanaël "fils de Tolmai" ou "bar Tolmai" en araméen ou "Barthélémy" en français, équivalent de "Ptolémée" en grec, marié à une "Anne", et Philippe présenté comme "propriétaire terrien" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 422.7, vision du 24/04/1946), ancien camarade d'école de Simon-Pierre - autrement dit Philippe et Simon-Pierre sont de la même génération -, marié à une "Marie" amie d'Anne l'épouse de Nathanaël Barthélémy, père de deux filles qui consacreront leur vie à la propagation de l'évangile (la première fille, appelée "Marianne" dans la vision 566.13, exprimera son vœu en W-2 dans la vision 241.2-3, la seconde fille anonyme fera de même à Pâque W-1 dans la vision 370.12 ; Philippe se lamentera de ne pas avoir de descendance à cause du vœu de chasteté de ses deux filles, on déduit de ces lamentations que Philippe n'a pas d'autres enfants).


Dans la vision 51, Jude Thaddée arrive à Bethsaïde pour informer que Suzanne sa belle-sœur par alliance se marie à Cana/Kafr Cana en banlieue nord-est de Sepphoris/Tsipori (32°44'49"N 35°20'17"E). Maria Valtorta ne donne pas l'identité du marié, ni le lien de parenté entre Jude Thaddée et Suzanne, la meilleure hypothèse est que Suzanne épouse le frère (anonyme) de Salomé la femme de Simon, frère de Jude Thaddée. Jésus a prévu d'aller à Jérusalem pour la Pâque d'avril W-3 avec Jacques et Jean les fils de Zébédée, André et Simon-Pierre, et Philippe et Nathanaël Barthélémy, mais, invité avec insistance par Jude Thaddée, accepte de faire un détour par Cana pour les noces avant de partir vers Jérusalem. Jésus et Jude Thaddée partent vers Cana, accompagnés du jeune Jean fils de Zébédée. Les noces de Cana entre Suzanne et son mari anonyme sont racontées dans la vision 52. Jésus y retrouve sa mère. La cérémonie se passe sans accroc, jusqu'au moment où un serviteur signale que la dernière amphore de vin est partie, et que la réserve est vide. Jésus regarde sa mère avec un énigmatique sourire de connivence, puis il se retourne vers les serviteurs embarrassés pour leur dire : "Allez au puits et remplissez les cruches" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 51.8, vision du 17/10/1945). Les serviteurs vont au puits, plongent les cruches au fond, et quand celles-ci remontent ils constatent qu'elles sont pleines de vin. C'est le fameux épisode du miracle de l'eau changée en vin repris par d'innombrables peintres depuis vingt siècles. Mais tel que Maria Valtorta le raconte, il n'a plus rien d'un miracle. On ne sait pas ce qui s'est passé dans le puits pour que l'eau devienne du vin, mais on remarque que, primo, les magiciens qui changent un liquide incolore en un liquide rouge, ou bleu ou vert ou jaune, pullulent sur les plateaux télévisés, c'est un tour de passe-passe du même niveau que le nœud dans la corde sur lequel on souffle pour qu'il disparaisse, et, secundo, à l'époque de Jésus le vin ordinaire est très loin d'un Saint-Emilion ou d'un Gewurztraminer, c'est un breuvage qui ressemble davantage à un vulgaire jus de raisin, or c'est facile de faire tomber deux ou trois verres de jus de raisin dans un puits. Plus généralement, nous constaterons cela au cours de notre lecture de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé, les épisodes que la tradition chrétienne désigne comme "miracles", n'ont chez Maria Valtorta aucun caractère miraculeux. Comme sur le sujet de l'Annonciation, on a l'impression que Maria Valtorta voit des choses, mais elle refuse de nous les communiquer, ou elle les nie à elle-même, parce que ces choses ne vont pas dans le sens de sa foi chrétienne. Sur le sujet des soi-disant miracles, elle écrit par exemple : "Untel est malade, il voit Jésus qui lui dit deux mots en prenant son bras, et Untel guérit", sans jamais indiquer la nature de la maladie. Or le mot "maladie" recouvre des symptômes très divers, que Maria Valtorta oublie souvent de lister. Et encore ! Une longue liste de symptômes ne signifie pas toujours une maladie grave. Un rhume peut provoquer des fortes fièvres, des tremblements, des extinctions de voix, des fatigues, ses effets sont parfois spectaculaires et multiples, mais ce n'est qu'un rhume : avec une immunité naturelle ordinaire, on en guérit en quelques jours sans médicament et sans régime, et sans intervention divine. Et pour les symptômes annonçant un mal plus dangereux que le rhume, nous ne devons pas écarter deux faits que, à cause de la totale corruption du monde de la santé en l'an 2000, gangrené par les industries pharmaceutiques et la rapacité des banquiers, la majorité des Occidentaux ont oubliés. D'abord, le pouvoir de la psychè sur le soma. A cancer égal, tel patient qui passe tout son temps chez les cancérologues et se bourre de chimie, vivra moins longtemps que tel autre patient qui passe tout son temps à caresser son chat ou à promener son chien en songeant à ses prochaines vacances. Dans certains cas la conscience domine tellement la matière, la conviction et la volonté ont une telle influence sur la chair, qu'elles modèlent la chair, elles y impriment les signes de la foi qui les anime, ainsi au XXème siècle on connaît des mystiques qui ont généré sans aide extérieure les stigmates de Jésus crucifié, ou des gens persuadés d'avoir été enlevés et auscultés par des extraterrestres qui ont généré spontanément les cicatrices de leurs prétendues auscultations extraterrestres. Ensuite, le pouvoir de la persuasion. Jusqu'à une époque très récente, avant qu'ils ruinent leur âme en se laissant séduire par les représentants de commerce des grands laboratoires, et avant qu'ils torpillent définitivement leur profession par leur soumission à l'abjection totalitaire covid, les médecins usaient généreusement de ce pouvoir. Quand l'un d'eux venait dans la salle d'attente, il arborait un sourire amical, il disait : "Ah, madame Chombier !", alors madame Chombier se levait, inquiète sur sa santé, réellement malade, mais le médecin sans cesser de sourire lui serrait la main en guise de bienvenue, il tendait le bras pour lui montrer un siège à l'intérieur de son cabinet : "Asseyez-vous, je vous en prie, et racontez-moi tout ! Qu'est-ce qui vous amène ?", il s'asseyait à son petit bureau à un mètre d'elle, il nouait ses doigts et l'écoutait parler sans l'interrompre, puis, quand elle terminait ses lamentations, il disait : "Je vois… Pas grave… Je vous signe un traitement pour trois jours, deux comprimés de glutobrol le matin et un comprimé de zibotran le soir, et à la fin de cette semaine vous serez guérie", sans lui avouer que le glutobrol était un simple concentré de sel marin et que le zibotran était un simple concentré de citron, appelés familièrement "placébos", et en trois jours madame Chombier guérissait, non pas par l'effet du glotobrol ni du zibotran, mais par la contagieuse bienveillance du médecin, par son sourire, par sa poignée de main, par ses gestes attentionnés, par son temps à l'écouter. En quelques décennies de délabrement moral, non seulement le monde médical a oublié ces procédés qui garantissait une grande part des guérisons, mais encore il retarde les guérisons, il les empêche, il censure toute contradiction, voire il provoque des maladies nouvelles. Après l'abjection totalitaire covid, le médecin qui se présente dans la salle d'attente ne sourit plus, il crie : "Au suivant !", alors madame Chombier se lève, elle n'est pas vraiment malade mais elle commence à s'inquiéter face à la froideur de l'appel, comme si elle était coupable, le médecin lui montre de l'index la bouteille de gel hydroalcoolique pour qu'elle en recouvre ses mains qu'il refuse de toucher, comme si elle était contaminante, il s'assied à son grand bureau à trois mètres d'elle sans la regarder, prend une feuille et un stylo et lui ordonne : "Je vous écoute", mais en réalité il ne l'écoute pas, il note les symptômes que madame Chombier énumère, il la questionne de façon insidieuse quand le nombre de symptômes n'est pas suffisant : "Et vous n'avez pas des douleurs à tel endroit ? Nous devrons effectuer des analyses. Etes-vous informée sur les risques cardiaques ?", ensuite il consulte son Vidal pour dresser en face de chaque symptôme une liste de mixtures préconisées par les laboratoires qui les fabriquent, résultat madame Chombier sort du cabinet plus malade qu'au moment d'y entrer, s'interrogeant avec angoisse sur les douleurs que le médecin lui a suggérées et le risque cardiaque qu'il lui a prédit, et commençant déjà à développer sa dépendance à ce médecin qu'elle consultera comme un remède, sans voir qu'elle y perdra ses économies et son espérance de vie. Dans le premier cas hier le médecin suscitait la guérison par son empathie, dans le second cas aujourd'hui le médecin suscite la maladie par son dédain, dans les deux cas il y a manipulation, et dans les deux cas celle-ci influe sur le soma d'autrui sans intervention directe, par le simple pouvoir de la psychè de la patiente manipulée positivement ou négativement par le médecin. C'est un phénomène qu'on observe dans une expérience pratiquée par les psychologues. On demande à un cobaye : "Tends le bras" en le regardant droit dans les yeux, puis on lui dit : "Lâche le bras" en appuyant sur le bras et en baissant les yeux au sol. On redemande au cobaye : "Tends le bras" en le regardant droit dans les yeux, puis on lui redit : "Lâche le bras" en rappuyant sur le bras et en rabaissant les yeux au sol. Enfin on redemande au cobaye : "Tends le bras" en le regardant droit dans les yeux, puis on lui dit : "Ton bras est bloqué" en continuant à le regarder fixement dans les yeux : même en appuyant fortement sur le bras du cobaye, celui-ci reste bloqué. Jésus selon par Maria Valtorta est bien explicable par ce phénomène manipulatoire et par la puissance de la psychè. Fils unique et coupé des autres enfants durant ses jeunes années, sans personne pour le contredire, et formaté au nazaréisme par sa mère qui lui a répété qu'il est un être exceptionnel, Jésus a fini par croire qu'il est vraiment un être exceptionnel, qu'il est vraiment le Mashiah/Messie annoncé par le nazaréisme, et qu'il est vraiment doté de pouvoirs exceptionnels. Comme le médecin de naguère influait sur la conviction de madame Chombier d'être en bonne santé, Marie la Vierge a influé sur la conviction de son fils d'être au-dessus des contingences. Et comme madame Chombier a amélioré réellement sa santé par la manipulation de son médecin, Jésus s'est réellement élevé au-dessus des contingences par la manipulation de sa mère, il a développé un pouvoir de conviction relayant celui de sa mère. A l'instar du psychologue bloquant le bras du cobaye en lui disant droit dans les yeux : "Ton bras est bloqué", à l'instar du médecin de naguère soignant avec un sourire, une poignée de main, une écoute attentive, et une prescription rassurante de glotobrol et de zibotran, Jésus bloque le mal en disant droit dans les yeux à l'éclopé qui vient le consulter : "Ton mal est parti", et il guérit avec un sourire, une main sur l'épaule, une écoute patiente, et une prescription rassurante de trois Pater et deux Ave. Sur dix récits de soi-disant "miracles" selon Maria Valtorta, neuf sont anéantis par ces deux explications : trois ou quatre ne sont que des tours de magie, six ou cinq ne relèvent que de l'effet placébo. Reste le dixième récit, celui qui n'a pas d'explication selon la pensée matérialiste générale de l'an 2000… mais qui s'explique aussi très bien si on se penche sur les barreurs de feu et les magnétiseurs. Ces professions, invisibilisées ou ridiculisées par les notables de la science et de la finance parce qu'elles contredisent beaucoup de leurs dogmes lucratifs, suscitent depuis quelques décennies un intérêt croissant justement en réaction aux agissements néfastes de ces notables scientifiques et financiers. Deux épisodes de la série documentaire Enquêtes extraordinaires du journaliste Stéphane Allix leur sont consacrés. On y voit un nommé "Eric" qui raconte avoir été gravement brûlé au visage lors d'une explosion électrique : transporté aux urgences de l'hôpital de Thonon-les-Bains en France, les infirmières s'avèrent incapables de soigner sa douleur au point que l'une d'elles lui propose de recourir à un barreur de feu, Eric refuse catégoriquement car il est réfractaire au paranormal, mais l'une de ses amies donne secrètement son accord à l'infirmière, qui contacte par téléphone un barreur de feu nommé "René Blanc" situé à l'autre bout du département, celui-ci opère on-ne-sait-comment à distance, par téléphone, sans contact physique avec Eric, et même à l'insu d'Eric, et le lendemain les personnels des urgences constatent que les brûlures se sont résorbées extraordinairement vite et sont en voie de guérison, la douleur a disparu, Eric a dormi correctement. L'enquêteur Stéphane Allix découvre au service des urgences de l'hôpital d'Annemasse (à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Thonon-les-Bains) que celui-ci dispose d'un annuaire secret de barreurs de feu locaux, l'infirmier de garde révèle que beaucoup d'hôpitaux de la région disposent d'un annuaire similaire auquel ils recourent quand la médecine officielle est impuissante à soigner dans des délais courts, la chef du service explique que les médicaments contre la douleur nécessitent quinze ou vingt minutes pour agir alors qu'un barreur de feu atténue la même douleur en trente secondes, le phénomène est particulièrement spectaculaire chez les enfants (qui sont incapables de feindre la guérison tant qu'ils ne sont pas guéris, de s'empêcher de crier tant que leurs plaies restent douloureuses). On y voit une nommée "Noëlle" qui raconte avoir eu des complications à la suite d'une méningite, au point de devenir paraplégique, le personnel médical l'a préparée à l'idée qu'elle finirait sa vie dans un fauteuil roulant, mais sa famille l'a poussée à consulter un magnétiseur nommé "Jean-Luc Bartoli", elle explique être entrée sur son fauteuil roulant dans le cabinet de ce magnétiseur et, après une seule séance, en être ressortie sur ses deux jambes et avoir remarché normalement par la suite. Le rapport médical signé par le médecin Dominique Baron du service de rééducation de l'hôpital de Trestel en France dit sèchement mais honnêtement que la paraplégie de Noëlle a connu une "évolution favorable, quasi miraculeuse". On y voit une nommé "Flory", étudiante en sixième année de médecine (donc n'ayant aucun intérêt à valoriser les méthodes paranormales contre la médecine officielle), raconter avoir été brûlée au deuxième et troisième degré lors d'un accident domestique dans sa cuisine, elle montre des photos de ses brûlures ne laissant aucun doute sur leur gravité et le niveau de souffrance qu'elle a subi, les urgences se sont avérées impuissantes à combattre la douleur autrement que par des grandes doses de morphine et des anesthésies, sa mère a alors appelé un barreur de feu, qui est venu appliquer ses mains sur les brûlures, celles-ci se sont résorbées en un quart d'heure, et, selon le témoignage du chirurgien plastique Pierre Lacroix de Lyon en France, la cicatrisation a été totale en quelques semaines, les photos suivantes montrées par Flory montrent seulement les auréoles des anciennes brûlures. On y voit même un commissaire de police nommé "Robert Martin", en poste au commissariat de Paris en France, dire qu'il exerce comme magnétiseur sur ses collègues et sur les proches de ses collègues, qui témoignent de son efficacité, or celui-ci n'a rien à gagner à prétendre être magnétiseur, il prend même le risque de perdre sa crédibilité de commissaire, pourtant sa hiérarchie confirme son don et même l'autorise à s'exprimer publiquement sur le sujet. Cette capacité à réduire la douleur et même dans certains cas à anéantir le mal, que la science pure ne parvient pas à comprendre, ignorée par les médias subventionnés, est pourtant bien réelle, et elle n'est pas exceptionnelle : en l'an 2000, on peut constater, via internet en tapant dans la barre de recherche "barreur de feu" ou "magnétiseur" suivi du nom de n'importe quelle ville, que des barreurs de feu et des magnétiseurs officient partout, à domicile ou dans un cabinet sous des numéros d'enregistrement au registre du commerce parfaitement légaux et officiels, avec des résultats puisque leur survie économique en dépend et qu'ils sont sévèrement contrôlés par les instances médicales officielles qui n'attendent qu'un faux pas pour les condamnner comme charlatans. Il y a deux mille ans, Jésus a probablement été un barreur de feu, un magnétiseur, ce qu'on appelle familièrement un "rebouteux". En tous cas ses propos sur la maladie, selon Maria Valtorta, sont les mêmes que ceux des rebouteux de l'an 2000 : la maladie est un désordre dans l'organisme, le barreur de feu ou le magnétiseur se contente de chercher où se niche ce désordre et de l'expulser de l'organisme, ou du moins d'en atténuer ses conséquences quand il ne peut pas l'expulser ("Les maladies sont un désordre dans l'ordre. Dieu a créé l'homme sain et parfait. Le désordre, amené par Satan dans l'ordre donné par Dieu, a amené avec lui les infirmités de la chair", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 122.8, vision du 03/03/1945 ; "Toute maladie est un tourment, un désordre, qui peut cacher Satan, et Satan peut se cacher dans une maladie, s'en servir, la créer pour tourmenter et pousser au blasphème contre Dieu", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 350.2, vision du 04/12/1945). La différence entre Jésus et les modernes rebouteux qu'on voit dans la série documentaire de Stéphane Allix est que ceux-ci contrairement à celui-là restent humbles et œuvrent en silence, ils ne se prennent pas pour des fils de Dieu en arguant de leur don… Avant de quitter Cana, notons encore que la séquence de l'eau changée en pseudo vin est précédée par un échange entre la mère et le fils. Marie la Vierge dit à Jésus : "Les invités n'ont plus de vin", qui lui répond par une formule du Tanakh : "Quoi entre toi et moi désormais ?" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 51.8, vision du 17/10/1944 ; Jean fils de Zébédée, qui a suivi Jésus et Jude Thaddée aux noces, entend cet échange par ses propres oreilles, qu'il rapportera dans son évangile en Jean 2.4). La phrase de Marie la Vierge signifie : "Va, ô mon fils, accomplis ton premier miracle, car tel est ton destin, ne t'occupe plus de moi désormais", c'est le propos d'une nazaréenne convaincue que son fils est le Mashiah/Messie, qu'elle pousse à entamer sa mission de Mashiah/Messie. Et la phrase idiomatique de Jésus, issue de Juges 11.12, du Second livre de Samuel 16.10, du Premier livre des rois 17.18, indiquant que Dieu est dorénavant entre l'interlocuteur "toi" et l'interlocuteur "moi", est le propos d'un fils qui coupe le cordon avec sa mère, d'un individu qui choisit de ne plus rester un anonyme et de devenir publiquement le Mashiah/Messie de Dieu qu'au fond il est convaincu d'être depuis son plus jeune âge ("Marie s'aperçoit que les serviteurs parlent à voix basse avec le majordome, et que celui-ci est gêné. ‟Fils, dit-elle doucement pour attirer l'attention de Jésus, ils n'ont plus de vin.” ‟Femme, quoi entre moi et toi désormais ?” Jésus en disant cette phrase sourit encore plus doucement, et Marie sourit aussi, partageant joyeusement un secret que tous les autres ignorent. Jésus m'explique le sens de sa phrase : ‟Le « désormais » que beaucoup de traducteurs passent sous silence est la clef de la phrase et explique son vrai sens. J'ai été le fils soumis à ma mère jusqu'au moment où la volonté de mon Père m'a indiqué que l'heure était venue de devenir rabbin. A partir de ce moment où ma mission a commencé, j'ai cessé d'être le fils soumis à sa mère pour devenir le Serviteur de Dieu. Les liens qui m'unissaient à celle qui m'a engendré ont été rompus. […] J'étais d'abord tien, uniquement tien, tu me commandais, je t'obéissais, je t'étais soumis, maintenant, j'appartiens à ma mission. […] Ce « désormais » oublié par plusieurs voulait dire : « Tu m'as été tout, ô mère, tant que j'étais Jésus fils de Marie de Nazareth, et tu me restes tout en mon esprit mais, depuis que je suis le Messie attendu, j'appartiens à mon Père”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 52.6-7, vision du 16/01/1944). Le "miracle" de l'eau changée en vin aux noces de Cana en avril W-3 est le point de départ du ministère, il marque la rupture de Jésus avec sa vie de menuisier ordinaire à Nazareth, il marque aussi la rupture de Jésus avec son maître-cousin Jean-Baptiste : tandis que Jean-Baptiste attendait passivement que les pécheurs viennent à lui au Jourdain pour les baptiser en attendant la venue de l'envoyé de Dieu, Jésus ira activement vers les pécheurs pour les guérir de leurs maux, les noces de Cana sont aussi la toute première étape de la mission évangélique initiée par Jésus qui sera poursuivie par les chrétiens après sa mort.


La Pâque d'avril W-3 attire à Jérusalem une foule de pèlerins qui se mêlent à la population locale, dans laquelle on voit passer furtivement Joseph d'Arimathie, un des membres respectés du Sanhédrin (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.2, vision du 24/10/1944). Les abords du Temple sont envahis par des marchands proposant toutes sortes d'animaux destinés à être sacrifiés pour la Pâque ("Je vois Jésus entrer dans l'enceinte du Temple avec [Simon-]Pierre, André, Jean et Jacques [les fils de Zébédée], Philippe et [Nathanaël] Barthélemy. Une très grande foule à l'intérieur et à l'extérieur. Des pèlerins qui arrivent par bandes de tous les coins de la ville. Du haut de la colline sur laquelle le Temple est construit, on voit les rues de la ville, étroites et sinueuses, qui fourmillent de passants. On dirait un ruban mouvant de mille couleurs déroulé entre le blanc cru des maisons. La cité a vraiment l'aspect d'un jouet bizarre formé de rubans multicolores entre deux alignements de maisons blanches, et tous convergent vers le point où resplendissent les dômes de la Maison du Seigneur. A l'intérieur, c'est une vraie foire. Plus aucun recueillement dans le lieu saint. On court, on appelle, on achète des agneaux, on crie et on maudit à cause du prix exagéré, on pousse les pauvres bêtes bêlantes dans des parcs (ce sont des enclos rudimentaires délimités par des cordes et des pieux, aux entrées desquelles se tient le marchand, ou éventuellement le propriétaire qui attend des acheteurs). Coups de bâtons, bêlements, jurons, appels, insultes contre les serviteurs peu pressés de rassembler et d'enclore les animaux, ou contre les acheteurs qui lésinent sur le prix ou qui s'éloignent, insultes plus fortes contre les gens prévoyants qui ont amené l'agneau de chez eux. Autour des comptoirs de change, autre vacarme. Je ne sais pas si c'est toujours ainsi ou seulement à l'occasion de la Pâque. Je me rends compte que le Temple fonctionnait comme la Bourse ou le marché noir. La valeur des monnaies n'était pas fixée. Un cours légal était certainement déterminé, mais les changeurs en imposaient un autre, en s'appropriant un pourcentage arbitraire pour le change", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.1, vision du 24/10/1944). Un couple de Galiléens âgés, n'ayant pas assez d'argent pour payer un agneau, est repoussé méprisamment par l'un de ces marchands ("Je vois revenir deux petits vieux, lui et elle, qui poussent un frêle agnelet que les sacrificateurs ont dû trouver défaillant. Pleurs, supplications, impolitesses, grossièretés se croisent sans que le vendeur s'en émeuve. ‟Pour ce que vous voulez payer, Galiléens, ce que je vous ai donné est déjà trop beau ! Partez ! Ou ajoutez cinq autres deniers pour en avoir un plus beau !” ‟Au nom de Dieu, nous sommes pauvres et vieux, veux-tu nous empêcher de célébrer la Pâque, la dernière peut-être ? Est-ce que ce que tu nous as pris ne suffit pas pour une petite bête ?” ‟Faites place, crasseux que vous êtes !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.2, vision du 24/10/1944). Jésus entend la conversation. Il est venu à Jérusalem comme il avait convenu dans la vision 51 avec Jacques et Jean les fils de Zébédée, Simon-Pierre et André, Philippe et Nathanaël Barthélémy, Jude Thaddée quant à lui n'a pas pu venir car après les noces de Cana il a été retenu de force en Galilée par son père Alphée et par ses deux frères aînés Joseph et Simon qui jugent négativement le départ de Jésus du foyer maternel (nous apprendrons cela dans la vision 56 de la bouche de Jude Thaddée, après qu'il aura rompu avec son père et ses frères pour retrouver Jésus). Il demande des éclaircissements au vieux couple de compatriotes galiléens, qui les lui apporte ("[Jésus] a aussi effectué son achat. [Simon-]Pierre, qui a probablement négocié à sa place, tire derrière lui un agneau convenable. [Simon-]Pierre voudrait aller tout de suite vers le lieu du sacrifice. Mais Jésus tourne à droite vers les deux petits vieux effarés, en larmes, indécis, que la foule bouscule et que le vendeur insulte. Jésus, si grand que la tête des deux vieux lui arrive à hauteur du cœur, pose une main sur l'épaule de la femme et demande : ‟Pourquoi pleures-tu, femme ?”. La petite vieille se retourne et voit cet homme grand et jeune, solennel dans son bel habit blanc et son manteau couleur de neige tout neuf et propre. Elle doit le prendre pour un rabbin à cause de son habit et de son aspect et, stupéfaite car les rabbins [pharisiens] et les prêtres [saducéens] ne font aucun cas des gens et ne protègent pas les pauvres contre la rapacité des marchands, elle dit les raisons de leur chagrin”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.3, vision du 24/10/1944). Jésus se retourne vers le marchand et le somme de donner un agneau au vieux couple à un prix décent, le marchand lui répond avec hauteur en raillant son accent galiléen, d'autres marchands se regroupent pour le soutenir, des rabbins se rangent aussi à ses côtés pour demander à Jésus qui l'a autorisé à prêcher dans le sanctuaire. La tension monte ("Jésus s'adresse à l'homme aux agneaux : ‟Change cet agneau à ces fidèles. Il est indigne de l'autel, et toi tu es indigne de profiter de deux pauvres vieux parce qu'ils sont faibles et sans défense”. ‟Et toi, qui es-tu ?” ‟Un juste.” ‟Ton accent et celui de tes compagnons indique que tu es Galiléen. Peut-il donc y avoir un juste en Galilée ?” ‟Fais ce que je te dis et sois juste, toi.” ‟Ecoutez ça ! Ecoutez le Galiléen défenseur de ses pairs ! Il veut nous donner la leçon, à nous qui sommes du Temple !” L'homme rit et raille en imitant l'accent galiléen, qui est plus chantant et plus doux que celui de Judée, du moins à il me semble. Des gens font cercle, d'autres marchands et changeurs prennent la défense de leur complice contre Jésus. Au nombre des assistants se trouvent deux ou trois rabbins ironiques. L'un d'eux demande : ‟Es-tu rabbin ?”, sur un ton qui fatiguerait la patience de Job. ‟Tu l'as dit.” ‟Qu'enseignes-tu ?” ‟Voici ce que j'enseigne : la Maison de Dieu doit redevenir une maison de prière [Isaïe III 56.7] et non pas une place d'usuriers et de marchands. Voilà mon enseignement”. Jésus est terrible. On dirait l'archange posté au seuil du paradis perdu. Il ne tient pas d'épée flamboyante, mais ses yeux rayonnent et foudroient les moqueurs et les sacrilèges", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.3-4, vision du 24/10/1944). Et soudain tout part en vrille. Jésus renverse l'étal du marchand avec toutes les pièces qui y étaient bien rangées, qui roulent par terre, il attrape des cordes servant à attacher les bêtes et s'en sert comme fouet pour frapper les marchands, qu'il poursuit dans les rues adjacentes ("Marchant d'un pas rapide et imposant au milieu des comptoirs, [Jésus] éparpille les monnaies méticuleusement rangées selon leur valeur, renverse tables petites et grandes, de sorte que tout tombe au sol avec fracas dans un grand bruit de métaux qui rebondissent et de bois bousculés, avec cris de colère, d'effarement ou d'approbations. Puis il arrache des mains des gardiens de bestiaux les cordages attachant bœufs, brebis et agneaux et s'en sert comme un martinet très dur dont les nœuds coulants assemblent les lanières, il le lève, le fait tournoyer et l'abaisse sans pitié. Je dis bien : sans pitié. Cette grêle imprévue s'abat sur les têtes et les dos. Les fidèles s'esquivent, admirant la scène. Les coupables, poursuivis jusqu'en-dehors de l'enceinte, se sauvent à toutes jambes, laissant par terre l'argent et derrière eux les bêtes de toutes tailles, dans une grande confusion de pattes, de cornes et d'ailes. Les unes courent, les autres s'échappent en volant. Mugissements, bêlements, roucoulements de colombes et de tourterelles unis aux rires et aux cris des fidèles derrière les usuriers en fuite, couvrent jusqu'au lamentable chœur des animaux qu'on égorge certainement dans une autre cour", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.4, vision du 24/10/1944). Des fonctionnaires du Temple accourent, d'autres rabbins aussi, attirés par le tumulte, pour savoir ce qui se passe. Jésus revient de sa chasse en tenant encore les cordes qu'il a utilisées pour frapper les marchands. Il ne se démonte pas, au contraire il accuse les fonctionnaires et les rabbins de complicité dans la déchéance du Temple, devenu un casino païen ("Des prêtres accourent, accompagnés de rabbins et de pharisiens. Jésus est encore au milieu de la cour, revenant de sa poursuite. Il a encore en main le martinet. ‟Qui es-tu ? Comment te permets-tu d'agir ainsi, de troubler les cérémonies prescrites ? De quelle école proviens-tu ? Nous ne te connaissons pas. Nous ne savons pas qui tu es.” ‟Je suis Celui qui peut. Je peux tout. Détruisez ce Temple existant, et je le relèverai pour rendre gloire à Dieu. Je ne trouble pas, moi, la sainteté de la Maison de Dieu ni les cérémonies. C'est vous qui la troublez en permettant que les usuriers et les marchands s'installent dans sa demeure. Mon école, c'est l'école de Dieu, la même école qui fut celle de tout Israël, par la bouche de l'Eternel parlant à Moïse. Vous ne me connaissez pas ? Vous me connaîtrez ! Vous ne savez pas d'où je viens ? Vous le saurez !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.5, vision du 24/10/1944). Il s'adresse ensuite à la foule intriguée par l'agitation, et se lance dans un discours déclamatoire, bras levé (comme lors de sa bar-mitsva de ses douze ans), où il annonce l'Apocalypse et le Jugement Dernier qui exterminera les marchands du Temple et tous leurs complices, et rendra justice à tous les pauvres et nécessiteux (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 53.7-8, vision du 24/10/1944). On s'interroge sur la motivation de Jésus lors de cet épisode des marchands du Temple, raconté en Marc 11.15-19, Matthieu 21.12-13, Luc 19.45-48 et Jean 2.13-16, seul moment du ministère où Jésus s'implique de façon physique et violente, seul acte à constituer un authentique trouble à l'ordre public. Est-ce la conséquence malencontreuse d'une spiritualité trop longtemps contenue, ou la traduction délibérée d'une ambition politique ? Les exégètes ont remarqué que les propos de Jésus ont souvent un double sens. Les chrétiens les lisent exclusivement dans un sens spirituel, mais, quand on s'efforce d'oublier le bourrage de crâne catéchétique inculqué pendant des siècles, on leur découvre un sens militant très terre-à-terre en contradiction avec le sens spirituel chrétien. Ainsi "Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers" ("Beaucoup qui sont maintenant les premiers seront les derniers et beaucoup qui sont maintenant les derniers seront les premiers", Matthieu 19.30 ; "Heureux, vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous !", Luc 6.20 ; "Malheur à vous qui êtes riches, car vous avez déjà eu votre bonheur !", Luc 6.24), pour n'importe chrétien de l'an 2000, signifie : "Ceux qui ont vécu dans le luxe ici-bas durant leur vie terrestre connaîtront le malheur au-delà en Enfer, ceux qui ont vécu dans le malheur ici-bas dans leur vie terrestre connaîtront le bonheur au-delà au Paradis", mais le sens premier est plus syndical et prosaïque : "Ceux qui détiennent le pouvoir aujourd'hui seront renversés demain par les basses classes qui se soulèveront, et ceux qui vivent aujourd'hui dans la misère connaîtront la richesse demain quand ils auront accompli leur putsch révolutionnaire et pris le pouvoir". Ainsi "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" (Marc 12.17, Matthieu 22.21, Luc 20.25), pour n'importe quel chrétien de l'an 2000, signifie : "Ne confondez pas le temporel et le spirituel, obéissez à César en public sans oublier de prier Dieu en privé", mais le sens premier est nettement moins conciliant : "Les légions romains n'ont rien à faire à Jérusalem, donc boutons-les hors de Jérusalem, hors de la Judée, hors du Levant, comme plus tard Jeanne d'Arc boutera les Anglais hors d'Orléans et hors de France, renvoyons à César ces légions qui lui appartiennent, et quand nous aurons chassé l'occupant romain hors du territoire nous consacrerons à nouveau Jérusalem à Dieu, nous restituerons à Dieu le Temple qui lui appartient, et nous instaurerons la théocratie annoncée par les prophètes". Ainsi "Aimez-vous les uns les autres" (Jean 13.34), pour n'importe quel chrétien de l'an 2000, signifie : "Allons vers les autres sans les juger, acceptons notre prochain tel qu'il est, soyons ouverts à sa différence", mais Jésus, du moins au début de son ministère, ne s'adresse qu'aux "brebis perdues du peuple d'Israël", c'est-à-dire aux seuls Judéens dont il déplore les divisions qui profitent aux païens (même les Samaritains sont exclus : "Evitez les régions où habitent les non-juifs et n'entrez dans aucune cité de Samarie. Allez plutôt vers les brebis perdues du peuple d'Israël", Matthieu 10.5-6 ; "J'ai été envoyé seulement aux brebis perdues du peuple d'Israël", Matthieu 15.24), son propos n'est donc pas un appel à l'amour et à la paix mais un appel à l'entre-soi et à la guerre : "O Judéens, cessez vos disputes entre saducéens, pharisiens et nazaréens, soyez solidaires les uns les autres dans l'obéissance à Yahvé et dans le combat commun contre les étrangers Grecs ou Romains ou autres". Les chrétiens voient l'épisode des marchands du Temple comme le haut accomplissement de Zacharie 14.21 prophétisant que le jour du Jugement Dernier "il n'y aura plus aucun Cananéen dans la maison du Seigneur tout-puissant", mais le récit de Maria Valtorta montre plutôt une basse altercation entre un vil marchand de bêtes et un prêcheur autoproclamé à l'ego surdimensionné qui veut convaincre tout le monde - dont lui-même, qui a peut-être agi avec la prophétie de Zacharie 14.21 en tête - que la fin de l'Histoire est venue et qu'il en est l'acteur principal.


Le soir suivant ce fait divers, Jésus et son petit groupe se retirent sur le mont des Oliviers de l'autre côté de la vallée du Cédron, juste en face du Temple (31°46'45"N 35°14'23"E), peut-être en référence à Zacharie 14.4 prophétisant qu'à l'heure du Jugement Dernier "le Seigneur posera ses pieds sur le mont des Oliviers à l'orient de Jérusalem". Comme son nom l'indique, cette colline est couverte d'oliviers qui, à l'époque du ministère, sont la propriété de Lazare dont nous parlerons plus loin. Un pressoir pour extraire l'huile des olives y a été construit, qui lui a donné son surnom : "Gethsemani/GeqshmanÁ" en grec, traduction lexicalisée de "pressoir/gat à huile/smanè" en hébreu. La garde du domaine de Gethsemani sur le mont des Oliviers a été confiée par le propriétaire Lazare à un nommé "Jonas", qui y habite avec sa femme "Marie" et avec son fils dont nous apprenons incidemment le nom dans la vision 196.9 : "Marc", futur évangéliste (dans cette vision 196.9, Marie femme de Jonas lors de la Pâque W-2 donne à l'orphelin Jabé/Margziam âgé d'une dizaine d'année un "petit manteau de Marc", c'est-à-dire un vieux manteau que son fils Marc a porté quand il était enfant mais dans lequel il ne rentre plus depuis qu'il est un jeune homme, elle précise que "[son fils] Marc rechignait à le porter parce que la couleur ne lui plaisait pas"). "Marc" est en fait un surnom, diminutif de "Marcus" en latin, le premier nom de Marc est "Jean" selon Actes des apôtres 12.12 et 25. Maria Valtorta pense que Jonas et Jean fils de Zébédée se connaissent (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 54.1, vision du 26/10/1944), peut-être parce que Zébédée le père de Jean fournit en poissons Lazare l'employeur de Jonas : Jonas accepte-t-il la présence des Galiléens par amitié pour Jean le fils du fournisseur de son maître Lazare ? L'incident au Temple a attiré la curiosité de trois Judéens, qui se présentent à l'entrée du domaine de Gethsemani pour voir Jésus. Le premier de ces trois visiteurs est Simon surnommé "le zélote" que nous avons déjà croisé, âgé de plus de cinquante ans, originaire de Jérusalem, plus précisément de Béthanie dans la banlieue est de Jérusalem - il est un voisin de Lazare -, atteint d'un mal de peau qui lui donne un aspect repoussant et l'isole d'autrui comme un lépreux. Jésus dit à Simon le zélote : "Sois guéri, je le veux", et celui-ci guérit, et on crie au miracle (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 54.2, vision du 26/10/1944) : en réalité il n'y a aucun miracle, Jésus ne guérit rien, Simon le zélote gardera sa maladie de peau et son aspect repoussant après cette rencontre (par exemple quelques mois plus tard en été W-3 : "[Simon le zélote] est vraiment un homme laid. Aux traits disgracieux, au teint olivâtre foncé, se joint la trace bleuâtre et profonde des cicatrices laissées par son mal. Mais il a un regard si bon que sa laideur disparaît", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 83.4, vision du 20/01/1945), simplement Jésus l'accepte tel qu'il est avec ses taches et ses croûtes épidermiques qui ne sont ni fatales ni contagieuses, alors que depuis des années tout le monde le chassait comme un lépreux. Le deuxième visiteur est un nommé "Judas" d'une vingtaine d'années, originaire de la cité de Keriot à une quinzaine de kilomètres au sud d'Hébron, aujourd'hui le site archéologique de Tel Creot en Cisjordanie (31°20'51"N 35°07'28"E), d'où son surnom "Iscariote/Iskarièthj", hellénisation d'"homme/is de Keriot" en hébreu. On ne connaît pas le milieu où il a grandi. Il avoue lui-même avoir été un adolescent difficile que son père appelé "Simon" protégeait excessivement ("[Mon père] m'aimait beaucoup. J'étais son orgueil. Quand je revenais de l'école, et plus tard quand je revenais de Jérusalem à Keriot, il voulait que je lui dise tout. Il s'intéressait à tout ce que je faisais, avec joie si c'était bien, il me consolait si c'était moins bon. Et quand je me trompais (tout le monde se trompe) et subissait un blâme, il m'expliquait le bien-fondé du reproche qu'on m'avait adressé et mon tort, mais si doucement… comme un grand frère. Pour finir, il disait toujours : ‟Je te dis cela parce que je veux que mon Judas soit un juste. Je veux être béni à travers mon fils”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 71.2, vision du 06/01/1945), contrairement à sa mère appelée "Marie" qui le traitait de vaurien ("Le rêve de mon père était de faire de moi un grand du monde, il m'a séparé bien vite et trop profondément de ma mère", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 139.3, vision du 14/04/1945). Depuis que son père est mort, sa mère Marie exprime des doutes inquiets sur son désir de gloire et d'ascension sociale à n'importe quel prix ("J'étais plein de contrastes : envies, jalousies, folie des grandeurs, amour du plaisir, tout en moi se heurtait aux bonnes inspirations", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 71.2, vision du 06/01/1945). Dans le but de devenir un personnage public de premier plan, Judas a créé et entretient des relations étroites avec des hauts notables. Ainsi à l'été W-3, quand les apôtres sont molestés par les habitants de Bethléem, il dissuade les policiers locaux de prendre parti pour ces derniers en rappelant qu'il a des soutiens puissants qui pourraient leur nuire, notamment Eléazar l'ancien Grand Prêtre sous Valerius Gratus, l'un des fils d'Hanne ben Seth "et grand ami du proconsul [Ponce Pilate]" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 74.9, vision du 09/01/1945). Spectateur du tumulte que Jésus a provoqué au Temple, ou informé par des tiers, Judas se dit que Jésus pourrait l'aider dans ses ambitions, comme un père de substitution. Mais Jésus le repousse (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 54.3, vision du 26/10/1944). Le troisième visiteur est un nommé "Thomas/Qwm©j", qui est la lexicalisation hellénisée de "toma/jumeau" en araméen, alias "didyme/d…dumoj" en grec, d'où sa désignation tantôt par "Thomas" tantôt par "Didyme", on apprend incidemment qu'il doit ce nom à une sœur jumelle (anonyme) dans les visions 334.5 et 520.5. Celle-ci mettra au monde un fils appelé "Joseph" à la fin de l'hiver W-2/W-1 (dans la même vision 334.5). Thomas/Didyme a "environ trente-huit ans" en été W-3 (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 100.1, vision du 07/02/1945), il est originaire de la cité de Rama-en-Benjamin dans la banlieue nord de Jérusalem, aujourd'hui Al-Ram en Cisjordanie (31°51'16"N 35°13'53"E). Quand sa famille accueille Jésus avant la Pâque W-1, on découvre que Thomas/Didyme a grandi dans une maison confortable ("La maison de la sœur de Thomas[/Didyme] se trouve à un carrefour à l'est de la ville [de Rama-en-Benjamin/Al-Ram]. C'est une maison caractéristique de juifs aisés, avec façade quasi sans fenêtres, portail de fer équipé d'un judas, toit servant de terrasse, et murailles hautes et sombres du jardin en arrière de la maison que les feuillages des arbres à fruits dépassent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 363.2, vision du 17/12/1945). Il a au moins deux frères - puisque le mot "frères" est au pluriel -, son vieux père "qui vit toujours" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 114.2, vision du 21/02/1945) est orfèvre et compte Joseph d'Arimathie parmi ses clients (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 600.5, vision du 21/02/1945 ; la cité d'Arimathie où habite Joseph est à quelques kilomètres à l'ouest de Rama-en-Benjamin/Al-Ram). Thomas/Didyme exerce la même profession artistique que son père. Il est en quête d'un maître, et croit voir en Jésus ce maître qu'il cherche. En se présentant devant le domaine de Gethsemani, Thomas/Didyme a été suspecté de vouloir y voler des olives ou de l'huile par Marc le fils du gardien Jonas, qui l'a escorté jusqu'à la baraque où Jésus s'est installé avec ses compagnons ("‟Je tournais autour de l'oliveraie, quand un jeune homme [Marc] m'a demandé ce que je faisais. Il m'a pris pour un individu mal intentionné… Il était près d'une borne, là où commence la propriétéC:Carat” Le maître de maison [Jonas] sourit. ‟C'est mon fils”, explique-t-il, et il ajoute : ‟Il monte la garde au pressoir. Dans des caves sous le pressoir, nous avons presque toute la récolte de l'année. Elle a été excellente. Elle a produit beaucoup d'huile. En période d'affluence, des malandrins se mêlent à la foule et cambriolent les endroits qui ne sont pas gardés. Il y a huit ans, à la parascève, ils nous ont tout volé. Depuis lors, chacun à notre tour nous prenons la garde de nuit. […]”. ‟Eh bien, il m'a dit : « Que veux-tu ? » sur un tel ton que, pour éviter les coups de bâton sur mes épaules, j'ai vite développé : « Je cherche le rabbin qui réside ici ». Il m'a répondu : « Si tu dis la vérité, viens à la maison », et il m'a accompagné jusqu'ici. C'est lui qui a frappé à la porte, et il est parti quand il a entendu mes premières paroles”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 55.1, vision du 27/10/1944). Jésus rassure Marc en acceptant rapidement Thomas/Didyme auprès de lui (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 54.8, vision du 26/10/1944). Simon-Pierre s'interroge sur la différence de traitement que Jésus a réservée aux trois visiteurs, il demande aussi pourquoi Jude Thaddée n'est pas présent en sous-entendant que sa foi n'est pas pure, Jésus lui répond par le célèbre calembour sur son surnom "Pierre", lui signifiant qu'il est un rustre qui, telle une pierre, a besoin d'être dégrossi avant de servir de socle à un édifice solide ("‟Pourquoi ton cousin [Jude Thaddée], qui sait où tu te trouves, n'est pas présent ?” ‟Mon [Simon-]Pierre ! Tu seras une de mes pierres, la première. Mais toutes les pierres ne se prêtent pas facilement à l'emploi. Tu as vu les marbres du palais du prétoire ? Arrachés péniblement aux flancs de la montagne, ils sont aujourd'hui intégrés au prétoire. Et regarde les cailloux qui brillent-là aux rayons de la lune au fond des eaux du Cédron. Ils sont venus d'eux-mêmes dans le lit du torrent, et si on les veut ils se laissent prendre tout de suite. Mon cousin est comme les premières pierres que j'évoque. Le flanc de la montagne, la famille me le dispute”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 54.6, vision du 26/10/1944). Simon-Pierre grommelle en rapportant que Jésus a accompli un miracle à Cana pour des tiers alors qu'il n'a accompli aucun miracle pour ses compagnons proches qui l'ont suivi jusqu'à Jérusalem, et supplément il couvre maintenant un lépreux et un artiste ! Jésus rétorque par une pirouette : "C'est justement parce j'ai confiance en vous, mes apôtres, que je n'éprouve pas le besoin de vous convaincre par des miracles ni de vous couvrir comme un chaperon" ("[Simon-]Pierre bougonne. Jésus l'entend. ‟[Simon-]Pierre, qu'as-tu ? Tu te tais ou tu murmures, tu sembles mécontent. Pourquoi ?” ‟Je le suis. Nous sommes les premiers et tu ne nous offres aucun miracle. Nous sommes les premiers et tu laisses asseoir un étranger près de toi. Nous sommes les premiers et tu lui confies des charges, mais pas à nous. Nous sommes les premiers et… voilà exactement : tu nous traites comme les derniers. Pourquoi les attends-tu sur le chemin du fleuve ? Sûrement pour leur donner une mission. Pourquoi à eux et pas à nous ?” Jésus le regarde. Il n'est pas fâché. Il lui sourit même, comme on sourit à un enfant. Il se lève, va lentement vers [Simon-]Pierre, lui met la main sur l'épaule et lui dit : ‟[Simon-]Pierre, [Simon-]Pierre ! Tu es un grand vieux bambin. […] Qui a besoin d'être éprouvé ? Celui qui n'est pas sûr. Eh bien ! Je vous sais si sûrs de moi que je n'ai pas besoin de vous donner des preuves de ma puissance. Ici à Jérusalem, où le vice, l'irréligion, la politique, tant de choses du monde obscurcissent les esprits au point qu'ils ne peuvent voir la Lumière qui passe, les preuves sont nécessaires. Mais là-bas sur notre beau lac [de Galilée] si pur, sous un ciel pur aussi, parmi des gens honnêtes et désireux de bien, les preuves sont superflues. Vous les aurez, les miracles. A pleins fleuves, je verserai sur vous les grâces. Mais vois comme je vous estime : je vous ai pris sans exiger de garanties et sans ressentir le besoin de vous en donner, parce que je sais qui vous êtes. Chers, tellement chers pour moi, et tellement fidèles”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 55.4, vision du 27/10/1944). Puis il conclut en prophétisant la résurrection des morts, dans une vision morbide et exaltée qui risque de se retourner contre lui si elle ne se réalise pas rapidement ("Un jour les tombeaux scellés vomiront les morts aux yeux vides, aux machoires décharnées, aux squelettes éprouvés, qui apparaîtront pour rire de leur libération longtemps attendue aux limbes. Ils apparaitront joyeux de cette libération, et aussi frémissant en sachant à quoi ils la doivent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 55.3, vision du 27/10/1944).


Après la Pâque d'avril W-3, Jésus est de retour à Nazareth avec ses nouveaux apôtres, qu'il présente à sa mère : Simon-Pierre, André, Jacques fils de Zébédée (son frère Jean fils de Zébédée a déjà fait connaissance de Marie la Vierge lors des noces de Cana), Nathanaël Barthélémy, Philippe. La nouvelle de l'esclandre de Jésus contre les marchands du Temple de Jérusalem est parvenue jusqu'à Nazareth, Marie la Vierge l'approuve sans réserve, elle en est même très fière, confortée dans sa foi nazaréenne apocalyptique et la conviction que son fils est le Mashiah/Messie attendu ("‟Jésus, mon fils !” La voix de Marie [la Vierge] tremble, comme prête à pleurer. ‟Pourquoi cette émotion, maman ?” ‟O mon fils ! On m'a dit… Des Galiléens de Nazareth étaient présents au Temple, ce jour-là, ils sont revenus et m'ont raconté… O fils !” ‟Mais tu vois, maman, je vais bien. Je n'ai enduré aucun mal, et la gloire de Dieu est venue dans sa Maison.” ‟Oui, je le sais, fils de mon cœur. Cela a été comme la cloche qui éveille les gens qui dorment. Et j'en suis heureuse pour la gloire de Dieu, heureuse que ce peuple qui est le mien s'éveille à Dieu. Je ne te reproche rien. Je ne t'empêcherai pas. Je te comprends. Je suis heureuse… mais je t'ai donné la vie, mon fils”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 57.2, vision du 31/10/1944). A la fin du printemps W-3, Jésus se rend à Capharnaüm. Dans la vision 58, il y pêche sur le lac avec les apôtres dirigés par Simon-Pierre, et guérit un aveugle. Dans la vision 59, il prêche avec l'accord de Jaïre le chef de la synagogue de Capharnaüm, et réalise d'autres miracles, sur la nature desquels Maria Valtorta reste très floue. Dans la vision 60, il guérit la maladie de la belle-mère de Simon-Pierre, à nouveau Maria Valtorta ne précise pas la nature de cette maladie, elle dit seulement que la patiente a de la fièvre. A cette occasion la malade adresse à son gendre Simon-Pierre le même reproche qu'Alphée adresse à son fils Jude Thaddée : "Pendant que tu te promènes, ta famille est contrainte de se débrouiller pour survivre, alors que tu devrais être présent pour l'aider !" ("‟Tes beaux-frères travaillent trop [c'est la mère de Porphyré qui s'adresse à son gendre Simon-Pierre, tandis que Jésus écoute silencieusement]. Parce qu'ils sont seuls depuis que tu es allé à Bethsaïde. Si au moins ça servait à enrichir ma fille… Je constate que tu es souvent absent et que tu ne pêches pas.” ‟J'ai suivi le rabbin [Jésus]. Je suis allé avec lui à Jérusalem [en avril W-3, pour la Pâque], et je reste avec lui les sabbats. Je ne perds pas mon temps à la fête !” ‟Mais tu ne gagnes rien ! Puisque tu veux servir le prophète, tu ferais mieux de revenir vivre ici. Heureusement que ma pauvre fille a des parents pour la nourrir, pendant que tu joues au saint…” ‟Tu n'as pas honte de parler ainsi devant celui qui t'a guérie ?” ‟Ce n'est pas lui que je critique ! Lui fait son métier ! Je te critique toi, qui fainéantise, car tu ne seras jamais prophète ni prêtre ! Tu es un ignorant et un pécheur, un bon à rien !” ‟Heureusement qu'il est là, sinon…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 60.6, vision du 03/11/1944). Un jeune garçon appelé "Jacques" s'approche pour offrir un pécule à Jésus de la part d'un anonyme ("‟Jésus de Nazareth est ici ?”, demande un petit enfant qui se présente à la porte. ‟Il est ici, entre.” L'enfant s'avance et je reconnais l'un de ceux que j'ai vus dans les premières visions de Capharnaüm. […] ‟Mon petit ami, avance”, lui dit Jésus. Le garçon, un peu intimidé par tant de gens qui le regardent, se rassure et court vers Jésus, qui l'embrasse, le prend sur ses genoux et lui donne une bouchée de son poisson sur un morceau de pain. ‟Voilà, Jésus, c'est pour toi. Aujourd'hui encore, la personne m'a dit : « C'est le sabbat. Porte ça au rabbin de Nazareth et dis à ton ami de prier pour moi ». Il sait que tu es mon ami”. L'enfant rit, tout heureux, et mange son pain et son poisson. ‟Bravo, petit Jacques ! Tu diras à cette personne que mes prières montent vers le Père pour lui.” ‟C'est pour les pauvres ?” demande [Simon-]Pierre. ‟Oui.” ‟C'est toujours l'offrande habituelle ? Regardons.” Jésus lui passe la bourse. [Simon-]Pierre la vide et compte. ‟Toujours la même somme importante ! Qui est donc cette personne ? Dis, petit, tu la connais ?” ‟Je ne dois pas le dire, et je ne le dirai pas.” ‟Quelle forte tête ! Allons, sois gentil, je te donnerai des fruits.” ‟Je ne le dirai pas, que tu m'insultes ou que tu me caresses !” ‟Mais voyez quelle langue !” ‟Jacques a raison, [Simon-]Pierre, il tient la parole donnée. Laisse-le tranquille”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 60.7, vision du 03/11/1944). Dans la vision 61, Jésus prêche encore à Capharnaüm, devant la propriété de la belle-mère incluant la pêcherie de Simon-Pierre. A la fin de son discours, il donne à ses auditeurs l'intégralité du pécule que lui a donné le petit Jacques. Attitude typique d'un gauchiste : n'exerçant plus aucune tâche manuelle, Jésus donne à Laurel l'argent qu'il n'a pas gagné, produit par le travail d'Hardy, en se présentant comme un homme désinteressé et généreux, indispensable à Laurel et à Hardy aliénés par leurs tâches quotidiennes, un haut savant éclairant autrui dont le jugement est troublé et assombri par le bas travail, et se justifiant aux yeux de ses contradicteurs par le fait que tout le monde ne peut pas être un haut savant, qu'apporter sa Lumière à autrui est un fardeau que lui seul peut supporter, et que solliciter une part du travail d'autrui pour vivre sans exercer la moindre tâche manuelle est justifié en retour de cette Lumière qu'il lui apporte. Les visions de Maria Valtorta, qui veulent pourtant asseoir une image positive de Jésus, aboutissent au résultat inverse : derrière les interminables prêches de Jésus et les commentaires mystiques de Maria Valtorta, ces visions comportent un grand nombre de "petits faits vrais" (pour reprendre l'expression de Stendhal) désastreux pour l'image de Jésus, révélateurs d'un Galiléen né dans des conditions particulières (un père absent, dans un Levant en cours d'appropriation par Rome), élevé dans un milieu particulier (une mère omniprésente, habitée par la certitude de la fin du monde prochaine et la conviction que son fils est un être exceptionnel), dont le complexe de bâtardise mué en complexe de supériorité est alimenté par l'aspiration d'un petit groupe de gens ordinaires et de marginaux (les apôtres) à s'extraire de leur ordinaire et de leur marginalité (les apôtres appartiennent à la classe moyenne inférieure, ils ne trouvent aucun gite dès qu'ils sortent de leur niche galiléenne et nomadisent ["Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'Homme n'a rien où reposer sa tête", Matthieu 8.28], ils sont chassés et moqués ["Quand on vous pourchassera dans telle cité, fuyez dans telle autre, et si on vous pourchasse dans celle-là fuyez dans une troisième", Matthieu 10.23], et ils maudissent ceux qui les chassent et qui les moquent ["Malheur à vous les riches, vous avez déjà obtenu votre salaire ! Malheur à vous qui êtes repus car vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant car vous serez dans le deuil et pleurerez !", Luc 6.24]). On note, dans la même vision 61, le début de la relation très équivoque, très tactile, entre Jésus et le jeune Jean fils de Zébédée, le second clairement amoureux du premier, et le premier jouant de l'amour que le second lui voue ("Jésus a Jean dans ses bras et sa tête contre la sienne", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 61.7, vision du 04/11/1944). Dans la vision 63, Jésus va à Chorazein à cinq kilomètres au nord de Capharnaüm, site archéologique près du moderne village de Chorazim en Israël (32°54'41"N 35°33'51"E), où il guérit un lépreux : s'agit-il du même type de (fausse) lèpre que celle de Simon le zélote ? Dans la vision 64, il guérit un paralytique à Capharnaüm. Nouvelle nouvelle scène équivoque avec le jeune Jean fils de Zébédée ("Jean va passe le bras autour de la taille [à Jésus] et pose sa tête sur la poitrine. Jésus l'embrasse sur les cheveux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 64.2, vision du 09/11/1944). Dans la vision 66, il reçoit la visite de Judas, qui a cheminé depuis sa lointaine cité de Keriot pour annoncer qu'il a bien réfléchi, il veut devenir apôtre, car il croit que Jésus veut chasser les Romains et renverser le Sanhédrin. Jésus le repousse encore en arguant vouloir travailler "pour les richesses éternelles, non pas pour les richesses humaines" ("Je décevrai beaucoup de gens. Tu es un de ceux-là, Judas. Face à toi, tu as un doux, un pacifique, un pauvre qui veut rester pauvre. Je ne suis pas venu pour m'imposer et batailler. Je ne dispute aucun royaume, aucun pouvoir aux forts et aux puissants. Ce n'est qu'à Satan que je viens disputer les âmes. Et je viens briser les chaînes de Satan avec le feu de mon amour, je viens pour enseigner la miséricorde, la justice, l'humilité, la continence. Je te dis, et je le dis à tous : “N'ayez pas soif des richesses humaines, mais travaillez pour les éternelles”. Désillusionne-toi, Judas. Tu crois que je viens triompher de Rome et des castes dominantes, mais les Hérodes comme les Césars peuvent dormir tranquilles pendant que je parle aux foules. Je ne suis pas venu arracher le sceptre à qui que ce soit. Mon sceptre, éternel, est déjà tout prêt. Et personne, sauf moi qui suis amour, ne veut le défendre", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 66.2, vision du 28/12/1944)… mais il oublie que ce travail passe par un combat contre ceux qui vantent les richesses humaines, comme les marchands du Temple qu'il a lui-même renversés quelques semaines plus tôt. Il prétend ne pas menacer les Hérodiens et l'Empereur quand il parle aux foules, mais il oublie que ces foules en le suivant cessent d'obéir aux Hérodiens et à l'Empereur, qui feront tout pour recouvrer leur pouvoir sur elles, ou les massacreront s'ils ne réussissent pas parce qu'ils ne voudront pas que ces foules contaminent d'autres foules, en d'autres termes Jésus menace bien les Hérodiens et l'Empereur indirectement et non pas directement.


Jésus arrive seul à l'une des portes d'entrée de Jérusalem à l'été W-3. Au passage, dans la vision 67, il arrête une querelle entre deux hommes qui pénètrent dans la ville : l'âne de l'un a mangé les choux stockés dans les sacs portés par l'âne de l'autre. Judas, auquel il avait donné rendez-vous, le rejoint. Les deux hommes se rendent dans un bâtiment pharisien non identifié, désigné par Maria Valtorta comme "beth midrash" ou "maison du midrash" en hébreu, lieu d'étude de la Torah et de compilation des jurisprudences, où Jésus compte passer un examen qui lui donnera le titre de rabbin. Dans la vision 68, Judas exprime son étonnement de voir Jésus effectuer une telle démarche pour obtenir une reconnaissance légale de la part de ceux qu'il a invectivés quelques semaines plus tôt lors de la Pâque d'avril W-3 : pourquoi vouloir devenir rabbin pharisien aujourd'hui, alors qu'il a dénoncé la mauvaise foi des rabbins pharisiens ayant soutenu les marchands du Temple hier ? Jésus, pour ne pas répondre à la question pertinente de Judas, dit sèchement : "Je ne t'ai pas obligé à me suivre, si tu veux me suivre tu dois accepter que je suis ton chef, et tu m'obéis parce qu'un chef a toujours raison, donc ferme ta bouche" ("‟Je ne suis pas venu pour scandaliser ni pour enseigner à violer la Torah et les usages. Au contraire, je suis venu pour enseigner le respect, l'humilité et l'obéissance et pour supprimer les scandales. Aussi je veux demander de pouvoir parler au nom de Dieu, en étant reconnu par le magistrat responsable que je suis digne de le faire.” ‟L'autre fois, tu ne l'as pas fait.” [allusion à la chasse aux marchands du Temple lors de la Pâque en avril W-3] ‟L'autre fois j'étais brûlé par le zèle de la Maison de Dieu profanée par trop de choses. J'étais le Fils du Père, l'Héritier qui, au nom du Père et par amour de ma Maison, agissait avec sa majesté à laquelle sont inférieurs les magistrats et les prêtres. Maintenant, je suis rabbin d'Israël et j'enseigne. Estimes-tu que l'élève soit au-dessus du maître, Judas ?” ‟Non, Jésus.” ‟Toi, qui es-tu ? et qui suis-je ?” ‟Tu es le maître, je suis l'élève.” ‟Si tu reconnais cela, pourquoi veux-tu donner une leçon au maître ? Va et obéis. Moi j'obéis à mon Père. Toi obéis à ton maître. Obéir sans discuter est la condition première pour être fils de Dieu, car le Père ne donne que des ordres saints. Et la condition première de l'élève est d'obéir au maître car celui-ci sait et donner des ordres justes.” ‟C'est vrai. Pardon. J'obéis.” ‟Je pardonne. Va. Et aies encore conscience d'une chose, Judas, garde-la toujours pour l'avenir…” ‟Obéir ? Oui.” ‟Non, rappelle-toi toujours que j'ai été respectueux et humble envers le Temple, je veux dire : envers la classe dominante. Va.” Judas a le regard pensif, interrogateur, mais il n'ose plus poser de question", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 68.1, vision du 01/01/1945). Il se présente à un rabbin dont Maria Valtorta ne donne pas le nom. Celui-ci reste perplexe quand Jésus lui dit qu'il comprend la Torah sans jamais avoir été formé par quiconque - sinon par le Saint Esprit -, puis il s'échappe en invoquant le premier prétexte - "On m'appelle…" - dès que, ayant perçu l'accent galiléen de Jésus, celui-ci confesse venir de Nazareth en Galilée ("‟La paix soit avec toi [c'est Jésus qui s'adresse au rabbin]. Je demande la permission d'enseigner comme rabbin d'Israël.” ‟Tu es rabbin ?” ‟Je le suis.” ‟Qui a été ton maître ?” ‟L'Esprit de Dieu, qui me parle avec sagesse et qui éclaire toute parole des textes sacrés.” ‟Tu es plus qu'Hillel, toi qui prétends connaître toute doctrine sans maître ? Comment peut-on se former sans personne ?” ‟De la même façon que s'est formé David, pastoureau inconnu devenu roi puissant et sage par la volonté du Seigneur.” ‟Ton nom ?” ‟Jésus fils de Joseph de Nazareth, lui-même fils de Jacob issu de la race de David, et de Marie fille de Joachim issu de la race de David et d'Anne fille d'Aaron, Marie la Vierge dont le mariage a été célébré au Temple parce qu'elle était orpheline, par le Grand Prêtre selon la Torah d'Israël.” ‟Peux-tu le prouver ?” ‟Des Lévites doivent se souvenir des faits, contemporains de Zacharie mon parent, de la famille d'Abia, mon parent : interroge-les, si tu doutes de ma sincérité.” ‟Je te fais crois. Mais comment me prouver que tu es capable d'enseigner ?” ‟Ecoute-moi, et tu jugeras par toi-même.” ‟Tu es libre de le faire, mais… Tu es nazaréen ?” ‟Je suis né à Bethléem en Judée, à l'époque du recensement ordonné par César [Octave Auguste]. Proscrits par des ordres injustes, les descendants de David se trouvent partout, mais leur origine est en Judée.” ‟Tu sais, les pharisiens… les Judéens… à l'égard de la Galilée…” ‟Je sais. Mais rassure-toi : c'est bien à Bethléem que j'ai vu le jour, à Bethléem Ephrata d'où vient ma race. Si maintenant je vis en Galilée ce n'est que pour s'accomplisse ce qui a été annoncé.” Le magistrat s'éloigne de quelques mètres, accourant où on l'appelle", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 68.2, vision du 01/01/1945). Jésus vient de rater l'examen, mais, puisque le rabbin examinateur n'a pas formalisé son échec, il estime que cela équivaut à l'obtention du diplôme, en conséquence il se présentera partout comme rabbin, et il demandera dorénavant à tous ceux qui l'aborderont de rappeler son titre de rabbin. Quand il sort du beth midrash, il revient sur la question de Judas : il explique vouloir "rassembler les brebis perdues d'Israël", unir tous les juifs autour de sa personne et non pas seulement les nazaréens, donc il tend la main aux pharisiens en devenant l'un des leurs, un rabbin qui révélera la Vérité de la Torah contre les tentations des non-juifs ("Rassembler tout Israël sous la parole du Christ. Je suis le pasteur dont les prophètes ont parlé, et je viens réunir les brebis de tout le pays, guérir les malades et ramener les égarées au bon pâturage. Pour moi, aucune différence entre Judée et Galilée, Décapole et Idumée. Un seul ensemble : l'Amour qui embrasse d'un seul regard et fusionne dans un embrassement unique pour sauver", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 68.3, vision du 01/01/1945). Il entame un prêche en pleine rue, les passants s'arrêtent les uns après les autres pour l'écouter (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 68.4-5, vision du 01/01/1945), il guérit un aveugle (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 68.6, vision du 01/01/1945). Les exégètes chrétiens raccordent pour trouver à Jésus beaucoup de traits pharisiens : comme les juifs pharisiens à Antioche, Kos, Cyrène ou Rome, Jésus à Sepphoris a vécu longtemps au contact des Grecs, qui lui ont appris la technique rhétorique de la parabole, mais sans se mêler à eux comme les pharisiens qui "érigent des murailles autour de la Torah" (Lettre d'Aristée 139 précitée, et Mishna, Nézikin, Avot 1.1 précité), il partage avec les pharisiens la foi dans l'au-delà, il emploie des images (la poutre dans l'œil en Matthieu 7.5 et Luc 6.42, le chameau dans le chas d'une aiguille en Marc 10.25, Matthieu 19.24, Luc 18.25) qu'on retrouvera dans le Talmud de Babylone (Nézikin, Bava Batra 15b et Zeraim, Berakhot 55b), mais il mélange ces traits pharisiens aux principes nazaréens que sa mère lui a inculqués depuis son plus jeune âge (la fin imminente de l'Histoire, la nécessité urgente de purification), en somme il utilise le pharisianisme pour mieux remplir sa mission nazaréenne apocalyptique. Dans la vision 69, Judas demande à Jésus s'il peut le suivre au domaine de Gethsemani sur le mont des Oliviers où il a prévu de passer la nuit. Mais Jésus refuse en prétextant vouloir être seul. Ils passent par la vallée de Hinnom/Géhenne au sud de la ville, lieu maudit où étaient commis - sur le site non localisé de Tophet - les sanglants sacrifices des prémices jadis, dépôt d'ordures parsemé de grottes où croupissent les lépreux aujourd'hui, au-delà duquel se trouve un quartier résidentiel avec la maison du Grand Prêtre Caïphe, peut-être dans l'ancien jardin royal d'Hérode près de la fontaine En-Rogel au sud-est de la ville (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 69.6, vision du 03/01/1945). Puis les deux hommes se séparent. Jésus atteint Gethsemani, où il retrouve le gardien Jonas, sa femme Marie, son fils Marc, et aussi le jeune Jean fils de Zébédée venu de Galilée en compagnie de Simon le zélote. Ce dernier est resté à Béthanie discuter avec son voisin Lazare. Le dîner se déroule à cinq, le reste de la soirée se déroule à deux, entre Jésus et Jean fils de Zébédée, dans l'obscurité d'une prière très intime ("Ils marchent tous les deux. Jésus a un bras sur les épaules de Jean [fils de Zébédée] qui, étant plus petit, le regarde par dessous, bienheureux de cette intimité", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 70.1, vision du 04/01/1945). Quand les deux reviennent vers Jonas à la nuit tombée, ce dernier se demande où ils vont dormir car sa baraque est trop exiguë pour les accueillir, Jésus le rassure : "Jean dormira avec moi sur ma natte, à la belle étoile", Jean fils de Zébédée a un grand sourire ("‟Va Jonas, et éteins la lampe. Le clair de lune est si beau que nous y verrons sans lumière.” ‟Mais ton disciple, où dormira-t-il ?” ‟Avec moi. Sur ma natte. Il y a encore de la place pour lui, n'est-ce pas Jean [fils de Zébédée] ?” Jean [fils de Zébédée] est ravi à l'idée de dormir à côté de Jésus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 70.2, vision du 04/01/1945). Une fois de plus, Maria Valtorta entrevoit quelque chose qui dérange sa foi, elle en écrit trop ou pas assez : elle montre Jésus étendant son manteau sur le jeune Jean fils de Zébédée qui peine à rester éveillé sous le ciel étoilé (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 70.7, vision du 04/01/1945), et elle ne nous dit rien sur ce qui se passe entre eux durant la nuit.


Quelques jours plus tard, dans la vision 73, Jésus et Jean fils de Zébédée retrouvent Judas et Simon le zélote pour un pèlerinage à Bethléem. Les quatre hommes passent devant le tombeau de Rachel (femme de Jacob, mère de Joseph selon Genèse 30.23-24, morte en accouchant de Benjamin selon Genèse 35.17-18, elle a été enterrée sur le lieu de sa mort à Bethléem appelée alors "Ephrata" selon Genèse 35.19.20) marquant l'entrée de Bethléem au nord (31°43'07"N 35°12'07"E), que Maria Valtorta décrit cubique, or cette description est correcte puisque le tombeau de Rachel est devenu rectangulaire à la suite de travaux d'extension en 1841, avant cette date il était effectivement cubique, on se demande une nouvelle fois quel érudit ou quel livre historique Maria Valtorta a consulté pour connaître cette particularité au moment où elle écrit en 1945 ("Une route de plaine, pierreuse, poussiéreuse, desséchée par le soleil d'été. On avance à travers des oliviers plantureux tout couvert de petites olives à peine formées. Le sol, là où on n'a pas marché, a encore une couche des minuscules fleurs d'oliviers tombées après la fécondation. Jésus avance avec les trois, en file indienne au bord de la route, où l'ombre des oliviers a gardé l'herbe encore verte, moins poussiéreuse. Un tournant à angle droit. Au-delà, on monte légèrement vers une cuvette en forme de grand fer à cheval, sur laquelle sont disséminées des maisonnettes assez nombreuses pour former un village. Précisément au tournant, une construction cubique surmontée d'une petite coupole basse, complètement fermée, semblant abandonnée. ‟Voici le tombeau de Rachel”, dit Simon [le zélote]. ‟Alors, nous sommes presque arrivés. Nous entrons tout de suite dans la ville ?” ‟Non, Judas. Je vous montre d'abord un endroit. Puis nous entrerons dans la ville”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.1, vision du 08/01/1945). Un anonyme accueille Jésus et les trois apôtres, sans cacher sa méfiance à l'encontre des Galiléens en général ("‟Je n'avais jamais approché des Galiléens. On m'avait dit qu'ils sont grossiers et querelleurs. Mais vous avez été agréables et bons. […] Vous venez de loin ?” [c'est l'hôte anonyme de Bethléem qui s'adresse à Jésus] ‟De Jérusalem. Ceux-ci [Jésus désigne Simon le zélote et Judas] sont Judéens. Moi et cet autre [Jésus désigne Jean fils de Zébédée], nous sommes de Galilée. Mais crois-moi, homme, on croise des bons et des méchants partout.” ‟C'est vrai. Pour ma première rencontre avec des Galiléens, je suis bien tombé”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.4, vision du 08/01/1945). La femme de cet hôte anonyme raconte qu'elle-même et son mari ont cru à la naissance du Mashiah/Messie à la fin du règne d'Hérode, annoncée par des bergers locaux ivres, mais elle a perdu son enthousiasme à cause du massacre perpétré par Hérode dans Bethléem suite à cette annonce, elle dit que depuis cet événement sanglant elle refuse de suivre tous les aventuriers qui se proclament Mashiah/Messie, parce qu'ils n'apportent que des malheurs, comme naguère le Galiléen Judas fils d'Ezéchias ou un autre appelé "Theudas" ("‟Tu as entendu parler du massacre d'Hérode. Plus de mille enfants en ville, un autre millier dans les campagnes. Des garçons majoritairement, que les tueurs furieux durant la nuit ont arrachés des berceaux, des lits de leurs mères, des maisons assiégées, et quelques filles qu'ils ont transpercées comme les archers visent des gazelles en train de boire. Et pourquoi cela ? Parce qu'un groupe de bergers ayant bu exagérément pour lutter contre le froid nocturne, pris de délire, ont raconté avoir vu des anges, entendu des chants, reçu un message, ils sont venus à Bethléem en criant : “Venez ! Adorez ! Le Messie est né !”. Ah oui, un Messie dans une grotte ! En vérité nous avons tous été ivres, moi-même encore jeune, ma femme aussi, tous, nous avons voulu voir dans cette femme pauvre de Galilée la Vierge qui enfante annoncée par les prophètes. Elle était avec un Galiléen grossier, certainement son mari : si elle était son épouse, comment pouvait-elle être la “Vierge” ? Bref, nous avons cru. Cadeaux, adorations, maisons ouvertes pour les accueillir. Oh, on a bien fait les choses ! […]” ‟Tout cela à cause des bergers ?” ‟Non, à cause aussi de trois sorciers venus du royaume de Satan. Peut-être des complices. Et nous, imbéciles, nous les avons honorés ! […]” ‟Tout, par la faute des bergers et des Mages ?” ‟Non Galiléen, par notre faute encore. Nous avons été crédules. On attendait le Messie depuis si longtemps ! Des siècles d'attente. Beaucoup de déceptions, ces derniers temps, avec les faux Messies. L'un [Judas fils d'Ezéchias] était Galiléen comme toi, un autre s'appelait « Theudas ». Menteurs ! Des Messies, eux ? Ce n'étaient que des aventuriers à la recherche de la fortune !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.5, vision du 08/01/1945 ; nous ne savons rien sur ce mystérieux "Theudas" sinon que, selon Actes des apôtres 5.36, il était un prédicateur à la tête de quatre cents disciples, écrasé avant le soulèvement raté du Galiléen Judas fils d'Ezéchias lors du recensement en 6 ; Flavius Josèphe, Antiquités juives XX.97-99, évoque aussi un "Theudas" quand il parle de la préfecture de Cuspius Fadus successeur de Ponce Pilate, donc après 36, les historiens sont partagés entre ceux qui pensent que ce Theudas d'après 36 est un homonyme distinct de celui d'avant 6, et ceux qui pensent que Flavius Josèphe a commis une énième erreur chronologique en plaçant sous Caspius Fadus les actes de ce Theudas datant en réalité de l'époque d'Hérode-Archélaos, pour notre part nous inclinons nettement vers la seconde hypothèse en regard des nombreuses approximations de Flavius Josèphe que nous avons déjà signalées depuis que celui-ci a perdu son guide Nicolas de Damas vers -4). Jésus se lance alors dans un nouveau prêche où il ressort les arguments déjà utilisés lors de sa bar-mitsva au Temple le présentant comme le vrai Mashiah/Messie, mâtinés de citations d'Isaïe I et d'allusions à la Lumière et aux Ténèbres extraites du bréviaire nazaréen standard ("N'est-il pas écrit : ‟Une étoile naîtra de Jacob, un sceptre s'élèvera d'Israël” [Nombres 24.17] ? Et Jacob n'est-il pas le grand patriarche, et ne s'est-il pas arrêté dans cette terre de Bethléem, qui lui était chère comme la prunelle de l'œil parce que c'est là qu'est morte sa bien-aimée Rachel ? N'est-il pas sorti de la bouche d'un prophète : ‟Un rameau sortira de la souche de Jessé, un nsr poussera de ses racines” [Isaïe I 11.1] ? Jessé père de David est né ici. La “souche” sciée par l'usurpation des tyrans d'où sort le “rameau”, n'est-ce pas la Vierge qui enfante le Fils ? Ce Fils n'est pas né d'un homme car alors sa mère ne serait plus Vierge, il est né de la volonté de Dieu, en cela il est “Emmanuel”, Fils de Dieu donc Dieu lui-même, “Dieu-avec-nous” au milieu du peuple de Dieu, comme son nom l'indique [Isaïe I 7.14] ? La prophétie ne l'a-t-elle pas annoncé par ‟une grande lumière” [Isaïe I 9.1] aux peuples des Ténèbres, c'est-à-dire aux païens ? L'étoile vue par les Mages n'est-elle pas celle de Jacob, la “grande lumière” des prophéties de Balaam et d'Isaïe ? Et le massacre commis par Hérode n'a-t-il pas été également prophétisé ? “Une plainte s'est élevée, c'est Rachel qui pleure ses enfants” [Jérémie 31.15] : la dépouille de Rachel, dans son tombeau d'Ephrata [autre nom de Bethléem en Judée] a gémi et pleuré jusqu'à l'époque où, par le Sauveur, la récompense est venue au peuple saint. Les larmes se sont changées en sourire céleste [Jérémie 31.16-17], comme l'arc-en-ciel que forment les dernières eaux de l'orage, qui dit : ‟Voilà : le temps serein vous est accordé” [Isaïe III 61.2]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.6, vision du 08/01/1945). La réaction de l'hôte est prévisible : il éjecte vivement Jésus, Judas veut lui casser la figure mais Jésus le retient sur le mode : "Calme-toi, on part", Jean fils de Zébédée pleure dans son coin, le groupe se retire, la femme leur demande de pardonner la brutalité de son mari (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.7-9, vision du 08/01/1945). Les quatre hommes cheminent jusqu'à la grotte étayée servant d'étable où Jésus est né. Quand l'un des trois apôtres demande à Jésus comment il peut se souvenir de cet endroit puisqu'il n'était qu'un nouveau-né, celui-ci révèle incidemment y être revenu on-ne-sait-quand en évitant prudemment le centre-ville ("‟Venez avec Moi. Je connais un endroit.” ‟Mais si tu n'as jamais revenu ici depuis que tu as fui, comment le connais-tu ?", demande Judas encore irrité. ‟Je le connais. Il n'est pas beau. Je suis revenu une autre fois. Il n'est pas dans Bethléem mais un peu en dehors. Allons dans cette direction”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.8, vision du 08/01/1945), probablement avec sa mère qui a déformé et enjolivé les conditions de l'accouchement pour l'accorder avec ses convictions nazaréennes (c'est parce que lui-même et sa mère ont évité le centre-ville lors de ce retour en catimini, qu'il ignore que leur ancienne hôte Anne voisine de l'aubergiste Ezéchias a péri dans le massacre, et que Marie la Vierge ignorera aussi la mort d'Anne jusqu'au moment où Jésus revenu à Nazareth la lui apprendra quelques semaines plus tard : "‟Et Anne ?” ‟Elle a péri dans le massacre d'Hérode.” ‟Oh, pauvre ! Elle t'aimait tant !” Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 89.7, vision du 27/01/1945). Dans la grotte-étable, Jésus entame une tirade délirante, transformant le lieu en palais, et sa mère en Vierge universelle ("Ici, la nuit du 25 de l'Encénie [Hanoukka], est né de la Vierge, Jésus le Christ, l'Emmanuel, le Logos de Dieu incarné pour l'amour de l'homme : moi, qui vous parle. Comme aujourd'hui, le monde est resté sourd aux voix du Ciel qui s'adressaient au cœur, il a repoussé la mère. Et ici… Non, Judas, ne détourne pas les yeux d'un air dégoûté de ces chouettes qui volent, de ces lézards verts, de ces toiles d'araignées, ne relève pas avec dégoût ton beau vêtement brodé afin de ne pas le souiller au sol couvert d'excréments d'animaux : ces chouettes sont les petites filles de celles qui furent les premiers jouets s'agitant devant les yeux du bébé, pour lequel les anges chantèrent le Gloria que les bergers entendirent, ivres de rien autre qu'une extatique joie, de la vraie joie. Ces lézards avec leur émeraude furent les premières couleurs qui frappèrent ma pupille, les premières après la blancheur du vêtement et du visage maternel. Ces toiles d'araignées furent le baldaquin de mon berceau royal. Ce sol, oh ! Foule-le sans dédain, il est couvert d'excréments mais il est sanctifié par son pied à Elle, la Grande Sainte, la Pure, l'Inviolée, la Mère de Dieu, Celle qui enfanta parce qu'Elle devait enfanter, parce que Dieu et non pas un homme le lui dit et la rendit enceinte, Elle la Sans-tache l'a foulé aux pieds, tu peux y mettre tes pas. Et que Dieu veuille que par la plante de tes pieds te monte au cœur la pureté qui émana d'Elle", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 73.10, vision du 08/01/1945). Puis, dans la vision 74, les quatre hommes se risquent dans le centre-ville, sur l'agora. C'est jour de marché. Ils entrent incognito dans l'auberge d'Ezéchias devenu vieux, qui ne reconnaît pas le fils de Joseph et Marie qu'il a refusé d'héberger une génération plus tôt, et leur rapporte en détails le massacre perpétré jadis par Hérode. Puis ils sortent de l'auberge. Et Jésus ne se retient pas de prêcher à nouveau. Il s'attire vite l'hostilité des survivants de la tuerie d'Hérode, qui lui demandent : "Si tu es vraiment le Messie, rends-nous tous nos proches tués à cause de toi !". Certains prennent des pierres pour le lapider. Mais Jésus persiste, malgré Judas qui le supplie de se taire. On note l'extrême embarras de Maria Valtorta à raconter cette scène, essayant de montrer telle mère comme une hystérique ou tel père comme une brûte alors que leur colère est bien compréhensible, et essayant parallèlement de montrer Jésus comme un esprit supérieur sur son bas auditoire alors qu'il s'obstine à parler sans qu'on ne lui demande rien, et exige une foi inconditionnelle de ses auditeurs sans leur adresser un mot de compassion pour les épreuves qu'ils ont endurées jadis à cause de lui. C'est une scène et une narration qui ne grandissent pas la figure de Jésus, pourtant elle est écrite par une narratrice qui se revendique chrétienne ("La foule, dont le murmure grandit depuis que Jésus a nommé le Sauveur et sa mère, marque maintenant plus clairement son agitation. ‟Tais-toi, rabbin, dit Judas, et partons.” Mais Jésus ne l'écoute pas, il continue : ‟… au Messie que la grâce du Père Dieu a sauvé des tyrans afin de le conserver au peuple, de le sauver et…” Une voix féminine stridente crie : ‟Cinq ! Cinq que j'ai enfantés, et plus personne dans ma maison ! Misérable que je suis !”, elle hurle comme une hystérique. C'est le début de la bagarre. Une autre se roule dans la poussière, déchire ses vêtements, montre son sein mutilé et crie ! ‟Là, sur cette mamelle ils ont égorgé mon premier né ! L'épée a tranché la tête en même temps que mon sein ! Oh, mon Elisée !” ‟Et moi ? Voici ma maison : trois tombeaux en un seul que veille le père ! Le mari et les enfants ensemble ! Voilà le Sauveur ? Qu'il me rende donc mes enfants et mon époux, qu'il me sauve du désespoir, qu'il me sauve de Belzéboul !” Ils crient tous : ‟Nos fils, nos maris, nos pères, rends-les-nous si tu es le Sauveur !”. Jésus remue les bras, impose le silence : ‟Frères de ma terre, je veux rendre la vie à vos enfants, oui, mais je vous le dis : soyez bons, résignés, pardonnez, réjouissez-vous dans l'espérance, jubilez dans la certitude, vous ne tarderez pas à retrouver vos enfants, anges dans le Ciel, car le Messie va ouvrir les portes du Ciel, et si vous êtes justes la mort sera pour vous la Vie qui arrive et l'Amour qui revient…”. ‟Ah, tu es le Messie ? Au nom de Dieu, dis-le !” Jésus abaisse les bras de son geste si doux, si affectueux qu'il semble vouloir embrasser, et il dit : ‟Je le suis.” ‟Va-t-en, va-t-en, c'est par ta faute alors !” Une pierre vole au milieu des sifflets et des huées", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 74.8, vision du 09/01/1945). Jésus est finalement évacué par Simon le zélote et Jean fils de Zébédée, tandis que Judas protège leurs arrières ("Judas a une belle attitude. Ah, s'il avait été toujours ainsi ! Il se met devant le rabbin, debout sur le mur du balcon, le manteau déployé et il reçoit sans peur les coups de pierres, il en saigne même. Il crie à Jean [fils de Zébédée] et à Simon [le zélote] : ‟Emmenez Jésus derrière ces arbres ! Je vous rejoins ! Allez, au nom du Ciel !”. Et à la foule : ‟Chiens enragés ! Je suis du Temple et je vous dénoncerai au Temple et à Rome !”. La foule prend peur un instant, mais elle reprend vite la bataille à coups de pierres, heureusement mal dirigées. Et Judas imperturbable reçoit la grêle, répondant par des injures aux malédictions de la foule. Il attrape même au vol un caillou et l'envoie sur la tête d'un petit vieux qui crie comme une pie plumée vivante. Et comme ils essaient d'assaillir son piédestal, il descend du muret, attrape vivement une branche sèche par terre, qu'il tourne sur les les échines, les têtes, les mains, sans pitié", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 74.9, vision du 09/01/1945). Sorti de la ville, à l'abri, Jésus non seulement ne se remet pas en cause, mais encore traite les gens de Bethléem de "pauvres fous" inconscients d'avoir lapidé un être supérieur. C'est une autre scène désastreuse pour l'image de Jésus, pourtant écrite par une narratrice qui se revendique chrétienne : on ne comprend pas l'intérêt d'inventer une telle scène, qui fait de Jésus un prétentieux ignorant les souffrances qu'il provoque chez autrui ("‟Tu es bien blessé ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Judas] ‟Ce n'est rien, rabbin, et c'est pour toi… J'ai riposté aussi. Je dois être tout souillé de sang.” ‟Oui, sur la joue. Ici, un filet d'eau.” Jean [fils de Zébéde] trempe un linge et lave la joue de Judas. ‟Cela m'ennuie, Judas, mais vois : même en leur disant que nous étions juifs, selon ton sens pratique…” ‟Ce sont des bêtes. Je crois que tu t'en es convaincu, rabbin, et que tu n'insisteras pas.” ‟Oh, non ! Pas par peur, mais parce que c'est inutile pour l'instant. Quand on ne veut pas de nous on ne maudit pas, on se retire en priant pour les pauvres fous qui meurent de faim et ne voient pas le pain”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 74.9, vision du 09/01/1945). On décide de continuer à marcher vers le sud.


En banlieue sud de Bethléem, Jésus retrouve Elie l'un des bergers de sa naissance, qui croit toujours que le bébé de jadis était le Mashiah/Messie, même s'il a lui-même beaucoup souffert de cette croyance : sa femme et ses enfants ont été tués, Anne son ancienne patronne (qui a recueilli le petit Jésus après sa naissance avec ses parents, dont la maison est voisine de l'auberge d'Ezéchias) aussi, et il est désormais au service d'un patron méchant ("Hérode voulait sa mort [à Jésus]. Je n'étais pas là quand il s'est enfui avec son père et sa mère. Quand j'ai appris le massacre, je suis revenu : moi aussi j'avais des enfants (il sanglote), Seigneur, et une femme (il sanglote encore)… Je les ai vus massacrés (il sanglote)… Mais je te jure par le Dieu d'Abraham que j'ai davantage tremblé pour lui que pour ma propre chair. Quand j'ai su sa fuite, j'ai voulu m'informer, j'ai seulement retrouvé les miens égorgés, et comme un lépreux impur on m'a jeté des pierres, on m'a pris pour un assassin. Je me suis réfugié dans les bois, j'y ai vécu comme un loup. Jusqu'à temps de trouver un patron. Oh, aucun rapport avec Anne ! Il est dur et cruel. Quand une brebis se blesse, quand un loup emporte un agneau, j'ai le choix entre être bâtonné jusqu'au sang ou perdre mes petites économies ou travailler dans les bois pour les autres, faire n'importe quoi pour rembourser le triple de la valeur perdue", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 75.2, vision du 11/01/1945). Elie donne des nouvelles des autres bergers présents le soir de la naissance, dont certains sont devenus des disciples de Jean-Baptiste. On apprend ainsi que Jean-Baptiste est toujours enfermé dans la forteresse de Machéronte où, grâce à la protection de Manahen le frère de lait d'Hérode-Antipas, le berger Siméon est devenu palefrenier, les bergers Jean et Tobie/Matthias (futur apôtre, remplaçant de Judas après la crucifixion) sont devenus cuisiniers, tandis que le berger Jonathas est devenu intendant de Chouza l'administrateur d'Hérode-Antipas ("‟Le vieux Samuel est mort de vieillesse, depuis vingt ans [c'est le berger Elie qui s'adresse à Jésus]. Joseph a été tué en combattant sur la porte de son enclos, en donnant le temps à son épouse, mère depuis quelques heures, de s'enfuir avec ce garçon-ci [on apprend plus loin que ce fils s'appelle Joseph comme son père] que j'ai recueilli par amitié, et aussi pour avoir à nouveau des enfants autour de moi. J'ai pris aussi Lévi avec moi, il était persécuté. Benjamin est berger au Liban, avec Daniel. Siméon, Jean, et Tobie maintenant surnommé « Matthias » en souvenir de son père tué lui aussi, sont disciples de Jean[-Baptiste]. Jonas sert un pharisien dans la plaine d'Esdrelon. Isaac a les reins malades, il vit seul à Jutta dans une misère absolue, nous l'aidons comme nous pouvons, mais nous sommes tous affaiblis et ce sont des gouttes d'eau dans un incendie. Jonathas est domestique chez [Chouza] un grand de la Cour d'Hérode.” ‟Comment avez-vous pu, spécialement Jonathas, Jonas, Daniel et Benjamin, trouver ces emplois ?” ‟Par ton parent Zacharie. Ta mère m'avait envoyé à lui. Quand, confrontés à la fureur des juifs, nous sommes devenus fugitifs et maudits, je les lui ai adressés. Il était bon. Il nous a protégés et nourris, il nous a cherché des patrons, comme il a pu. Le troupeau d'Anne est passé à l'Hérodien, je m'en suis occupé, et je suis resté avec lui [c'est-à-dire un Hérodien a profité du massacre pour accaparer le bien d'Anne, et Elie qui était au service d'Anne est passé au service de cet Hérodien]. Devenu adulte, [Jean] le Baptiste a commencé à prêcher, Siméon, Jean et Tobie[/Matthias] l'ont rejoint.” ‟Mais maintenant [Jean] le Baptiste est prisonnier.” ‟Oui. Et eux circulent autour de Machéronte avec un petit troupeau, donné par un riche [Manahen] disciple de ton parent Jean[-Baptiste], pour écarter les soupçons”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 75.4, vision du 11/01/1945).


Dans la vision 76, après avoir contourné la ville d'Hébron avec d'autres bergers de la Nativité, on arrive à Yutta dans la banlieue sud d'Hébron (aujourd'hui Yatta en Cisjordanie, 31°26'38"N 35°05'24"E), où se trouve le domaine du défunt Zacharie, père de Jean-Baptiste cousin de Jésus. On espère y trouver un hâvre de repos, mais on croise un habitant informant qu'après l'arrestation de Jean-Baptiste le domaine a été accaparé par un Hérodien nommé "Shammaï fils d'Elchi", qui l'a transformé en lupanar ("[Jésus et ses compagnons] arrivent à la maison. Les gens regardent ce groupe d'hommes différents d'aspects, d'âges, de vêtements, au milieu de la blancheur du troupeau. ‟Oh, c'est changé ! Ici il y avait une grille, dit Elie [un des bergers de la Nativité]. Maintenant il y a un portail de fer qui coupe la vue, et un mur de clôture plus haut qu'un homme, ainsi on ne voit. On trouvera peut-être une ouverture par-derrière. Allons voir.” Ils contournent le vaste quadrilatère, le rectangle plutôt, mais l'enceinte s'élève partout à la même hauteur. ‟Le mur est construit depuis peu, dit Jean [l'un autre berger de la Nativité, à ne pas confondre avec Jean fils de Zébédée] en l'observant. Il n'a aucune faille, et de la chaux et des pierres restent encore au sol.” ‟Je ne vois plus le tombeau. Il était du côté du bosquet. Maintenant le bosquet est en dehors du mur, on dirait un terrain communal où on coupe du petit bois” Elie est perplexe. Un vieux bûcheron de petite taille mais robuste qui les observe cesse de scier un tronc abattu et vient vers eux. ‟Qui cherchez-vous ?” ‟Nous voulions entrer dans la maison pour prier au tombeau de Zacharie.” ‟Il n'y a plus de tombeau. Vous n'êtes pas au courant ? […] Depuis que Jean[-Baptiste] le fils de Zacharie est en prison, la maison n'est plus à lui. C'est un malheur, parce qu'il distribuait tous les revenus de sa propriété aux pauvres d'Hébron. Un matin un individu de la Cour d'Hérode[-Antipas] est venu [Sciammaï fils d'Elchi], il a jeté Joël [l'intendant de Zacharie chargé des distributions aux pauvres] dehors, a mis des scellés, puis est revenu avec des maçons pour construire le mur. Le tombeau était là, au coin. Il n'en a pas voulu. Un matin nous l'avons trouvé déjà à moitié démoli. Les pauvres ossements étaient mélangés, nous les avons ramassés comme nous avons pu, ils sont désormais dans un cercueil. Et dans la maison du prêtre Zacharie ce dégoûtant personnage loge ses maîtresses. Actuellement c'est une mime de Rome. C'est pour ça qu'il a élevé un mur, pour ne pas qu'on le voit”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 77.4-5, vision du 13/06/1945). On arrive devant le portail du domaine. Une des prostituées, une Gréco-romaine nommée "Aglaé", se présente. On apprendra sa vie plus tard, quand elle se confiera à Marie la Vierge à Nazareth en février W-2, elle confiera alors être âgée de vingt-six ans. Aglaé est la fille d'un intendant d'un ancien procurateur de Sicile, elle a grandi dans le luxe à Syracuse. Fascinée par les mimes, elle a voulu devenir comédienne ou danseuse. A quatorze ans, elle s'est produite pour la première fois en Hébé, nue, lors des fêtes de Déméter/Cérès. Elle confesse avoir éprouvé du plaisir à se montrer nue, et ressenti le goût du sexe. Un homme l'a remarquée ("Je suis de Syracuse. J'ai vingt-six ans. Fille d'un intendant de ce vous appelez un “seigneur” de Rome, chez nous on dit “procurateur”. J'étais fille unique. Je vivais heureuse. Nous habitions près de la plage dans une très belle villa dont mon père était l'intendant. De temps à autre le propriétaire de la villa venait, ou sa femme, et ses enfants. Ils nous traitaient bien et ils étaient gentils avec moi. Les filles jouaient avec moi. Ma maman était heureuse, elle était fière de moi. J'étais belle, intelligente, tout me réussissait. Mais j'aimais davantage les frivolités que les bonnes choses. A Syracuse, il y a un théâtre, grand, beau, qui sert aux jeux et aux comédies. Dans les pièces qu'on y joue, on emploie beaucoup les mimes, par leurs danses muettes elles soulignent ce qu'exprime le chœur. Tu ne sais pas, mais avec les mains et les mouvements du corps on peut exprimer les passions humaines. Les adolescents et les adolescentes sont formés au métier de mime dans une palestre contiguë au théâtre. Ils doivent être beaux comme des dieux et agiles comme des papillons. J'aimais beaucoup aller sur une éminence dominant cet endroit et regarder les danses des mimes. Et je les reproduisais sur les prés fleuris, sur le sable blond de ma terre, dans le jardin de la villa. Je paraissais une statue artistique ou un vent qui survole, tant je savais me fixer dans des poses statuaires ou voler sans presque toucher le sol. Mes riches amies m'admiraient, et ma maman en était fière. […] Un jour, en mai, Syracuse était en fleurs. La fête était terminée depuis peu, j'étais restée enthousiaste d'une danse exécutée au théâtre. Mes maîtres m'y avaient conduite avec leurs filles. J'avais quatorze ans. Dans cette danse, les mimes devaient représenter les nymphes du printemps accourant pour adorer Cérès. Elles dansaient couronnées de roses, vêtues de roses… seulement de roses, c'est-à-dire un voile très fin, un filet d'araignée sur lequel étaient accrochées des roses éparses… Elles semblaient des Hébés ailées [Hébé est fille de Zeus et d'Héra, elle personnifie la jeunesse, la vitalité et la vigueur] tant elles couraient avec légèreté. Leurs corps splendides se voyaient à travers les écharpes de voile fleuri formant des ailes derrière elles. J'ai étudié cette danse, et un jour… J'étais belle, pour mon malheur, et j'étais folle. Ce jour-là je me suis vêtue du voile, les filles de mon maître m'ont aidée, elles aimaient me voir danser. Je me suis habillée dans un coin de la plage blonde, en face de la mer azurée. Le lieu était désert, seulement des fleurs sauvages, blanches et jaunes au parfum pénétrant d'amandier, de vanille [les botanistes ont longtemps cru que la vanille a été importée du continent américain après la Renaissance, jusqu'en 2016 où les archéologues ont retrouvé des traces de vanille dans des jarres de la tombe 50 remontant au début de l'ère mycénienne sur le site de Megiddo : comment Maria Valtorta, quand elle écrit ce passage en 1945, peut-elle connaître la présence de vanille en Méditerranée antique plusieurs décennies avant les archéologues ?], de chair à peine pure. Les agrumes exhalaient des bouffées de parfum pénétrant, les roses de Syracuse répandaient leurs odeurs, et aussi la mer, et aussi le sable. Le soleil renforçait toutes ces odeurs. Un vague sentiment de panique m'a envahie. Je me sentais nymphe, et j'adorais… quoi ? la Terre féconde ? le Soleil qui la fécondait ? Je ne sais pas. Païenne parmi les païens, je crois que j'ai adoré le Sens, mon roi despotique, que je ne pensais pas avoir en moi mais qui était puissant, plus qu'un dieu. Je me suis couronnée de roses prises dans le jardin, et j'ai dansé, ivre de lumière, de parfums, du plaisir d'être jeune, agile et belle. Je dansais, et on m'a vu. J'ai remarqué qu'on me regardait, mais je n'ai pas eu honte de paraître nue devant les deux yeux avides d'un homme. Au contraire. Je me suis complue à surfaire mes vols. Le plaisir d'être admirée m'a donné des vraies ailes… Et ensuite, ma ruine. Trois jours plus tard, j'étais seule car les maîtres étaient partis vers leur demeure patricienne à Rome. Je ne suis pas resté à la maison. Les deux yeux admirateurs m'avaient dévoilé autre chose que la danse. Ils m'avaient appris le Sens et le sexe", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 168.3-4, vision du 20/05/1945), et l'a entraînée à Rome, où elle devenue prostituée. Elle est descendue dans la fange, sa mère en est morte de chagrin, son père l'a reniée ("J'avais une mère, je l'ai abandonnée. On m'a dit qu'elle est morte de chagrin. J'avais un père, il m'a maudite. Il a dit aux gens de la ville [Rome] : ‟Je n'ai plus de fille”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 168.2, vision du 20/05/1945). Elle a vendu son corps pendant dix ans, pour finir au service de Shammaï fils d'Elchi ("Tous les jours je suis revenu au même endroit [sur la plage de Syracuse] dans l'espoir de revoir cet homme jeune, brun, beau. Après un temps je l'ai revu. Il m'a parlé. Il m'a dit : ‟Viens avec moi à Rome. Je t'introduirai à la Cour impériale, tu seras la perle de Rome”. J'ai répondu : ‟Oui, je serai ton épouse fidèle. Viens chez mon père”. Il a ri, moqueur, et m'a donné un baiser : ‟Non pas épouse, mais déesse. Et moi, ton prêtre. Je te dévoilerai les secrets de la vie et du plaisir”. J'étais folle, j'étais jeune. Pourtant je n'ignorai pas la vie, j'étais maligne, je n'étais pas encore dépravée : j'ai été dégoûtée par sa proposition. Je me suis échappée de ses bras, j'ai couru à la maison… mais je n'ai rien rapporté à ma mère, et je n'ai pas résisté au désir de le revoir. Ses baisers m'avaient rendue encore plus folle. Alors je suis revenue. A peine arrivée sur la place, il m'a embrassée avec frénésie, une pluie de baisers, de paroles amoureuses, de questions : ‟Est-ce que tout n'est pas dans cet amour ? N'est-ce pas plus doux que le lien du mariage ? Que veux-tu de plus ? Peux-tu vivre sans cela ?”. Oh, ma mère ! Je me suis enfuie le soir même avec le dégoûtant patricien. J'ai été un chiffon piétiné par son animalité. Non pas déesse : fange. Non pas perle : fumier. Il ne m'a pas révélé la vie, mais l'ordure de la vie, l'infamie, le dégoût, la douleur, la honte, l'infinie misère de ne plus m'appartenir. Après cela, la chute totale. Six mois d'orgie, et il s'est fatigué de moi, il est passé à de nouveaux amours. Je me suis retrouvé à la rue. J'ai recouru à mes talents de danseuse. J'ai appris que ma mère était morte de chagrin. Je n'avais plus de maison, plus de père. Un maître de danse m'a accueillie dans son gymnase. Il m'a perfectionnée… ou plutôt exploitée : il m'a lancée comme une fleur au courant de tous les arts sensuels au milieu du patriciat corrompu de Rome. La fleur déjà souillée est tombée dans un égout. Dix années de descente dans l'abîme. Toujours plus bas. Puis on m'a amenée ici pour charmer les loisirs d'Hérode, et j'ai été prise par un nouveau maître", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 168.3-4, vision du 20/05/1945). Elle incite le groupe à entrer. Judas la repousse violemment, mais Jésus accepte son invitation pour se recueillir sur le cercueil de Zacharie laissé à l'abandon dans un coin du domaine (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 77.6-7, vision du 13/06/1945). Aglaé dialogue un moment avec Jésus, qui l'intrigue par son détachement (feint… ou réel car Jésus est plus attiré par les jeunes garçons, tel Jean fils de Zébédée, que par les femmes ?). Ensuite Jésus essaie de gagner la synagogue dans Hébron, mais il en est dissuadé par un vieil homme qui lui barre la route en prétextant que lui et ses trois apôtres sont impurs car ils viennent d'approcher une prostituée. Jésus et les trois compagnons renoncent à pénétrer plus avant dans la ville, et quittent sagement Hébron (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 77.8, vision du 13/06/1945), craignant d'être encore caillassés comme à Bethléem.


On avance quelques kilomètres au sud pour atteindre Keriot/Tel Creot. Judas est très fier de présenter Jésus à sa mère, mais celui-ci le prend à part pour lui dire qu'il ne le veut plus comme apôtre, car Judas se trompe en l'imaginant comme un ambitieux aspirant au pouvoir politique. Judas se trompe-t-il vraiment ? Pas sûr. Nous l'avons dit précédemment : au début de son ministère, Jésus semble ambitionner un rôle politique à la tête des "brebis perdues d'Israël". Nous pensons plutôt que la déférence affichée de Judas risque d'attirer prématurément les regards des autorités juives et romaines, qui le jugeront en effet comme un ambitieux menaçant leur pouvoir. Judas supplie Jésus de ne pas le rejeter, et de ne pas quitter Keriot/Tel Creot sans y entrer, parce qu'il a prévenu toute la cité de sa venue avec le Fils de Dieu et ne veut pas que le Fils de Dieu le dédaigne publiquement et le ridiculise ("Ne m'écrase pas sous le poids d'un démenti qui ferait de moi un objet de ridicule [c'est Judas qui s'adresse à Jésus]. Tous les habitants de Keriot savent que j'arrive avec le descendant de David, le roi d'Israël, et s'est préparé à te recevoir dans cette cité qui est la mienne. J'ai cru bien faire… Te montrer inspirant crainte et obéissance, contrairement à Jean [fils de Zébédée], Simon [le zélote] et les autres qui t'aiment mais te traitent d'égal à égal. Même ma mère serait humiliée d'avoir un fils menteur et insensé", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 78.4, vision du 14/01/1945). Jésus a pitié. Nous aurons l'occasion de revenir à maintes occasions sur la relation bizarre que Jésus entretient avec Judas, qui s'apparente à l'attirance-répulsion de l'homosexuel aîné envers un méchant garçon cadet à remettre dans le droit chemin. Jésus suit donc Judas dans le centre-ville, où les habitants l'accueillent avec confettis et guirlandes, le chef de la synagogue prononce un discours de bienvenue, puis se met en retrait pour permettre à Jésus de prêcher. Dans la vision 79, on se dirige vers la mer Morte. On rencontre des bergers auxquels la prostituée Aglaé a donné un petit lingot d'or à transmettre au groupe apostolique. Dans la vision 80, les quatre hommes arrivent sur les rives occidentales de la mer Morte, qu'ils suivent vers le nord jusqu'à un lieu désertique à l'embouchure du Jourdain que Jésus prétend avoir fréquenté durant les quelques semaines séparant son baptême et l'arrestation de Jean-Baptiste en hiver W-4/W-3. C'est surprenant parce que la mer Morte est très éloignée de la Batanée où on suppose qu'il a passé ces quelques semaines : est-il donc réellement descendu jusqu'à l'embouchure du Jourdain durant l'hiver W-4/W-3 ? ou utilise-t-il le terme "désert" au sens large, pour désigner indifféremment le désert près de l'embouchure du Jourdain (où vivent aussi les nazaréens/esséniens de Qumran), le désert de la lointaine Batanée, et tous les autres déserts du monde où se nichent les Satans tentateurs ? Jésus explique sa métaphysique : selon lui, l'âme ici-bas est enveloppée dans des chairs, qui sont des tentatrices addictes au plaisir et se corrompent vite au contact du plaisir, au final Dieu seul est capable de voir l'âme demeurée intacte sous les chairs corrompues par le plaisir, de pardonner les égarements dans le plaisir, et de conduire l'âme du défunt - une âme toujours vivante mais débarrassée des chairs corrompues - au Paradis ("Le moi est entouré de chair, or la chair recherche la chair comme les parcelles de fer se dirigent vers l'aimant, parce que le chant du séducteur est plus doux que les roulades du rossignol énamouré au clair de lune dans le parfum de la roseraie, il est facile de se soumettre à ses lois puissantes, de lui dire : ‟Je te considère comme mon ami, entre donc”. Mais avez-vous jamais vu un allié qui reste toujours honnête, qui ne demande pas un pourcentage sur l'aide qu'il apporte ? Ainsi font-elles. Elles entrent, et elles deviennent des maîtresses tyranniques. Elles vous attachent, ô hommes, aux bancs des galériens, elles vous y enchaînent, elles ne vous laissent plus dégager le cou de leur joug, et leur fouet vous laisse des traces sanglantes si vous cherchez à leur échapper. Oh, être frappé jusqu'à devenir une masse de chair broyée, inutilisable au point que leur pied cruel la repousse, ou mourir sous les coups ! Si vous savez vous infliger ce martyre, alors la Miséricorde passera, seul des deux maîtres à avoir encore pitié de la répugnante misère sur laquelle l'autre maître, Satan, décoche ses flèches vengeresses. La Miséricorde se penchera, vous accueillera, vous soignera, vous guérira en disant : ‟Viens, ne crains rien, ne te regarde pas. Tes plaies ne sont plus que des cicatrices, mais tellement innombrables qu'elles t'horrifieraient tant elles te défigurent. Moi je ne les regarde pas, je ne considère que ta volonté. Grâce à ta volonté, tu es marqué d'un signe, et je te dis : « Je t'aime, viens avec moi »”, et elle vous portera dans son Royaume", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 80.4, vision du 17/01/1945). Il raconte sa période d'errance dans ce lieu inhabité, entre grande misère et tentations diverses, tournant toutes autour de sa souffrance d'avoir abandonné sa mère afin d'aller vers Dieu ("J'ai une chair, moi aussi, amis. Une vraie chair. Et elle est sujette aux mêmes faiblesses qu'éprouvent toutes les chairs. Et avec la chair, j'ai un cœur. De l'homme, j'ai pris la première et la deuxième des trois parties : j'ai pris la matière avec ses exigences, et la sensibilité avec ses passions. Si par ma volonté j'ai réduit dès avant leur naissance toutes les passions qui ne sont pas bonnes, j'ai laissé croître, puissantes comme des cèdres centenaires, les saintes passions de l'amour filial, de l'amour de la patrie, des amitiés, du travail, de tout ce qui est excellent et saint. Et ici j'ai senti la nostalgie de ma maman lointaine, le besoin de ses soins sur ma fragilité d'homme. Ici j'ai senti se renouveler la souffrance de m'être séparé de la seule qui m'aime parfaitement. Ici j'ai senti la souffrance qui m'est réservée, et la douleur de sa douleur. Pauvre maman qui n'aura plus de larmes tant elle devra en répandre pour son Fils et à cause des hommes ! Ici j'ai senti la lassitude du héros et de l'ascète qui, en une heure de prémonition, se rend compte de l'inutilité de son effort", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 80.9, vision du 17/01/1945). Il conclut sa logorrhée en demandant à ses trois compagnons de passer sous silence la façon dont ils été chassés de Bethléem et d'Hébron, car cela attristerait sa mère ("Ne dites pas à ma mère que Bethléem et Hébron m'ont repoussé comme un chien. Pitié pour elle ! Toi Simon [le zélote], tu es âgé et bon, tu es réfléchi, tu ne parleras pas, je le sais. Toi Judas, tu es juif et tu ne parleras pas par fierté patriotique. Mais toi, Jean [fils de Zébédée], Galiléen et jeune, ne tombe pas dans le péché d'orgueil, de critique, de cruauté. Tais-toi. Plus tard tu diras aux autres ce que je te pris de taire aujourd'hui. Même aux autres [apôtres]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 80.11, vision du 17/01/1945).


On rencontre des bergers en lien avec ceux de Bethléem, qui donnent des nouvelles de Jean-Baptiste en prison à Machéronte, au nord-est de la mer Morte ("‟Avez-vous des nouvelles du Baptiste ?” Les hommes, jusqu'alors muets par la timidité, se rassurent. Ils retrouvent la voix : ‟Il est encore en prison, et notre cœur tremble pour lui car il est dans les mains d'un homme cruel [Hérode-Antipas], dominé par une créature infernale [Hérodiade] et entouré d'une Cour corrompue”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 81.2, vision du 18/01/1945). Ils expliquent être des fournisseurs de la forteresse et savoir comment y entrer et comment en sortir, et n'avoir besoin que d'argent pour acheter les geôliers et libérer Jean-Baptiste. Jésus veut recourir au petit lingot d'or qu'Aglaé a offert au groupe apostolique. Judas maugrée car ce lingot est impur, le don d'une prostituée. Jésus répond peu importe, la fin justifie les moyens ("‟Hérode[-Antipas] n'ose pas le tuer [Jean-Baptiste] par crainte du peuple et, dans cette Cour avide et corrompue, on pourrait facilement le libérer si nous avions beaucoup d'argent. Mais malgré les fonds importants donnés par des amis, il nous manque beaucoup encore. Nous craignons d'agir trop tard, quand il aura été tué.” ‟A combien estimez-vous sa caution ?” ‟Pas de caution, seigneur. Hérodiade le hait trop. Et elle a trop d'influence sur Hérode[-Antipas] pour qu'on puisse acheter sa libération. Mais Machéronte renferme tous ceux qui ambitionnent le trône, qui veulent jouir et dominer, depuis les ministres jusqu'aux serviteurs. On peut intervenir, à condition d'avoir de l'argent. Nous avons trouvé un homme qui pourrait faciliter l'évasion du Baptiste, à condition d'être très grassement payé. Peut-être même qu'Hérode[-Antipas] la souhaite aussi, parce qu'il a peur du peuple et de sa femme : ainsi il satisferait le peuple, et sa femme ne l'accuserait pas de l'avoir mécontentée.” ‟Et combien demande cet homme ?” ‟Vingt talents d'argent. Nous n'en avons que douze et demi.” ‟Judas, tu as dit que ces joyaux sont très beaux.” ‟Beaux et de grande valeur.” ‟Combien valent-ils ? Je crois que tu es un spécialiste dans ce domaine.” ‟Oui, je le connais bien. Pourquoi veux-tu savoir leur prix, rabbin ? Tu veux les vendre ? Pourquoi ?” ‟Peut-être. Dis-moi leur valeur.” ‟Vendus dans de bonnes conditions, au moins six talents.” ‟Tu en es sûr ?” ‟Oui, rabbin. A lui seul le gros et lourd collier vaut au moins trois talents. Je l'ai bien examiné. Et aussi les bracelets. Je me demande comment les poignets fins d'Aglaé pouvaient en supporter le poids.” ‟C'était des menottes pour elle, Judas.” ‟C'est vrai, rabbin. Mais beaucoup aimeraient avoir ces menottes-là !” ‟Tu crois ? Qui ?” ‟Mais… beaucoup !” ‟Oui, beaucoup qui n'ont d'homme que le nom. Connaîtrais-tu un acheteur éventuel ?” ‟Donc tu veux les vendre ? Pour le Baptiste ? Mais regarde : c'est de l'or maudit !” ‟Oh, incohérence humaine ! Tu viens de déclarer avec un désir évident que beaucoup voudraient avoir cet or, et ensuite tu le qualifie de « maudit » ? Judas, Judas ! Oui c'est un or maudit, mais elle [Aglaé] a dit : « Il sera sanctifié s'il sert au pauvre et au saint ». C'est pour cela qu'elle l'a donné, pour que le bénéficiaire prie pour sa pauvre âme qui, telle une chrysalide, pousse dans son cœur. Qui est plus saint et plus pauvre que le Baptiste ? Par sa mission il est l'égal d'Elie, mais par la sainteté il est plus grand qu'Elie. Il est plus pauvre que moi, qui ai une mère et une maison, dont la pureté et la sainteté m'entourent. Lui n'a plus de maison, ni même le tombeau de sa mère, tout a été violé, profané par la perversité humaine”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 81.4-5, vision du 18/01/1945). Judas cède. Il consent à revendre le lingot à un affairiste grec nommé "Diomède" qu'il connait à Jéricho ("‟Qui serait l'acheteur ?” ‟Il y en a un à Jéricho et beaucoup à Jérusalem. Mais celui de Jéricho, ah ! C'est un rusé levantin, batteur d'or, usurier, brocanteur, entremetteur, un voleur sûrement, homicide peut-être, certainement traqué par Rome. Il s'appelle « Isaac » pour les juifs, mais son vrai non est « Diomède ». Je le connais bien.” ‟On voit ça !”, interrompt Simon le zélote qui parle peu mais observe tout, puis il demande : ‟Et comment le connais-tu si bien ?” ‟Tu sais… Pour satisfaire des amis influents, je suis allé le voir, j'ai conclu des affaires… Nous, du Temple, tu sais…” ‟Oui, vous faites tous les métiers”, conclut Simon [le zélote] avec une froide ironie. Judas rougit et se tait. ‟Peut-il acheter ?”, demande Jésus. ‟Je crois. L'argent ne lui manque jamais. Evidemment il faut savoir vendre, car c'est un Grec, il est astucieux, il voit quand son interlocuteur est une personne droite ou une colombe sortant du nid, qu'il plume à souhait. S'il est confronté à un vautour comme lui…” ‟Vas-y toi, Judas, tu es le meilleur candidat : tu as la ruse du renard et la rapacité du vautour. Oh, pardonne, rabbin, j'ai parlé avant t !” ‟Je suis de ton avis et je dis donc à Judas d'y aller. Jean [fils de Zébédée], va avec lui. Nous nous retrouverons au coucher du soleil. Le lieu du rendez-vous sera près du marché. Fais pour le mieux”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 81.6, vision du 18/01/1945). C'est une nouvelle scène donnant une image désavantageuse de Jésus, qui s'implique dans un vulgaire coup de main pour libérer un prisonnier politique en recourant à l'aide intéressée de courtisans rénégats, une scène qu'on peine à croire inventée par une chrétienne. Dans la vision 82, Jésus, Jean fils de Zébédée et Simon le zélote retrouvent Judas qui les a précédés à Jéricho. Judas exprime sa satisfaction d'avoir bien monnayé le lingot avec l'affairiste Diomède, au point d'obtenir en bonus une chambre d'hôtel dans Jéricho où ils pourront se reposer confortablement après leur long périple. La vision s'arrête là, mais on apprend plus tard que l'argent obtenu de la vente du lingot à Diomède par Judas a bien été transmis à Siméon, Jean et Tobie/Matthias, ex-bergers de la Nativité devenus fonctionnaires à Machéronte, qui l'ont employé pour corrompre les geôliers, et que Jean-Baptiste s'est évadé. Jonathas, autre ex-berger de la Nativité devenu intendant de Chouza l'administrateur d'Hérode-Antipas, rapportera cette évasion à Simon-Pierre à la fin de l'été W-3 ("Comment Jean[-Baptiste] a-t-il recouvré la liberté ? Par une querelle entre deux officiers de Cour et une vengeance. L'un d'eux pour se débarrasser de l'autre, qu'[Hérode-]Antipas avait favorisé en lui confiant la garde de Jean[-Baptiste], a ouvert la prison pendant la nuit, après avoir reçu de l'argent [on devine que cet argent, donné par Siméon, Jean et Tobie/Matthias, les trois ex-bergers de Nativité devenus fonctionnaires à Machéronte, incluait la somme obtenue par Judas à Jéricho sur la vente du pécule d'Aglaé]. Je crois qu'il a étourdi son rival avec du vin épicé. Le matin suivant, le malheureux a été décapité à la place de Jean-Baptiste évadé", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 103.1, vision du 10/02/1945). Le même Jonathas dira que la Cour d'Hérode-Antipas à Tibériade est agitée à cause de l'évasion de Jean-Baptiste (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 99.2, vision du 06/02/1945).


Dans la vision 84, Simon le zélote conduit Jésus vers Béthanie, pour le présenter à son voisin Lazare. Ce Lazare, qui vit à Béthanie avec sa sœur Marthe, a environ trente ans puisque son régisseur Maximin est "un peu plus âgé que lui, vers trente-cinq ans" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 117.2, vision du 25/02/1945). Il est le fils de Théophile l'ancien gouverneur d'Antioche en Syrie, mort "il y a trois ans" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 84.3, vision du 21/01/1945). Lazare a hérité du domaine de son père à Antigonia près d'Antioche, administré par un autre régisseur appelé "Philippe" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 285.3, vision du 24/09/1945). Sa mère Euchérie est morte "il y a sept ans" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 84.3, vision du 21/01/1945), de chagrin causé par la débauche de Marie-Madeleine, autre sœur de Lazare. Un soir de fin W-3, venu en secret mettre en garde Jésus qu'il juge favorablement, le sanhédriste Nicodème donne incidemment des détails sur la vie de Lazare et de Marie-Madeleine : il dit que, son père Théophile ayant entretenu des très bonnes relations avec les Romains, Lazare est très protégé par Rome et est immensément riche, mais que seules cette protection romaine et cette fortune le protègent de la malédiction de beaucoup de membres du Sanhédrin, qui le détestent à cause du comportement débridé de sa sœur Marie-Madeleine, depuis que celle-ci a divorcé et a sombré dans la débauche avec les païens de Tibériade. Selon Nicodème, la dépravation de Marie-Madeleine est due à son éducation grecque. Cela raccorde avec l'impuissance du judaïsme face à la séduction grecque durant toute l'ère hellénistique jusqu'au début de l'ère impériale romaine, que nous avons longuement soulignée dans nos paragraphes précédents, le judaïsme ne devant sa survie qu'au soutien de Rome qui a vaincu les Grecs ("Lazare est puissamment riche. La majeure partie de la ville [de Béthanie] lui appartient, ainsi que beaucoup de terres en Palestine. A sa fortune et à celle d'Euchérie [épouse de Lazare, elle est issue de famille de David] […], son père a ajouté la récompense que les Romains accordent à leurs serviteurs fidèles : un important héritage pour leur progéniture et, surtout, une une forte amitié, bien que voilée, avec Rome. Sans cela, qui aurait sauvé sa maison de l'infamie causée par la conduite honteuse de Marie[-Madeleine], son divorce reconnu uniquement parce que c'est elle, sa vie licencieuse dans sa propriété [à Magdala] devenue le plus luxueux lupanar de Tibériade, lieu de rendez-vous de Rome et Athènes pour tant de membres du peuple élu ? Si le Syrien Théophile avait été un prosélyte plus convaincu, il n'aurait pas donné à ses enfants [Lazare, Marthe et Marie-Madeleine] une éducation hellénisante, qui tue la vertu et sème la volupté. Digérée et éliminée sans conséquences fâcheuses par Lazare et par Marthe, elle a contaminé Marie[-Madeleine], elle s'est développée dans sa nature passionnée, et a fait d'elle la fange de sa famille et de la Palestine. Vraiment, sans la puissante protection de Rome, ils auraient attiré sur eux un anathème pire que sur des lépreux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 116.6, vision du 24/02/1945). Lazare lui-même déclare avoir été élevé à la grecque, avoir beaucoup lu les auteurs grecs et avoir été tenté, avant de revenir finalement à la "flamme tranquille" du judaïsme contre les "étincelles" des philosophes grecs ("Je lis beaucoup. Je n'ai que ce réconfort. J'aime savoir. Je crois que s'instruire mérite davantage que mal agir, mieux vaut lire que faire… d'autres choses. Je ne lis pas seulement nos livres, j'aime apprendre des autres. Rome et Athènes m'attirent. Mais aujourd'hui je sais la corruption d'Israël au contact des Assyriens, de l'Egypte, de nos gouvernants hellénisants. Une personne ne pourrait pas se nuire à elle-même autant que Juda s'est nui à lui-même et à nous ses fils. […] Je mesure notre vérité à la fausseté païenne. Je médite les gloires d'Israël, ses justes, les patriarches, les prophètes, et je les confronte aux louches figures des histoires étrangères. Je compare notre philosophie (si on appeler ainsi la Sagesse qui s'exprime dans nos textes sacrés) à la pauvre philosophie grecque et romaine, qui a des étincelles certes, mais pas la flamme tranquille qui brûle et resplendit dans les livres de nos sages", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 84.6, vision du 21/01/1945).


Dans la vision 85, devant l'une des portes de Jérusalem, Jésus et Simon le zélote attendent la venue de Jean fils de Zébédée et de Judas qu'ils ont laissés à Jéricho. Pour passer le temps, Jésus parle de sa mère, de façon outrancièrement flatteuse ("Là-bas [en Galilée] se trouve une Fleur qui vit solitaire, exhalant pureté et amour pour son Dieu et pour son Fils : ma mère. Tu la rencontreras, Simon [le zélote], et tu me diras si tu connais une créature comme elle sur la terre, pleine de grâce humaine, belle. Et ce qui émane de son intérieur surpasse sa beauté. Si une brûte la dévêtait, la balafrait et la renvoyait errante, elle apparaîtrait encore comme une reine et en robe royale, car sa sainteté la revêtirait d'un manteau de splendeur. Le monde peut me maltraiter totalement, je pardonnerai tout au monde, parce que pour venir à lui et le racheter je l'ai eue, elle l'humble et grande reine du monde que le monde ignore, c'est par elle qu'il a eu le Bien et l'aura davantage au cours des siècles. Nous voici au Temple. Respectons le culte juif. Mais en vérité je dis que la vraie Maison de Dieu, l'Arche Sainte, c'est son cœur à elle, dont le voile est sa chair très pure, merveillement brodé de ses vertus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 85.2, vision du 22/01/1945). Ils découvrent soudain que Judas est déjà arrivé, il est dans le Temple, en train de vanter Jésus à Joseph d'Arimathie, Nicodème et d'autres membres du Sanhédrin qu'il connait, mais ces derniers lui conseillent amicalement de ne pas s'emballer car jamais le Sanhédrin ne suivra son Jésus. Une exclamation blasée de Gamaliel rapportée par Nicodème résume bien la saturation des autorités du Temple, même de ceux qui ne sont pas hostiles a priori comme Gamaliel, face aux illuminés et à leurs admirateurs proclamant la révolution ou la fin du monde depuis la déposition d'Hérode-Archélaos et la transformation de la Judée en province romaine : "Encore un prophète…" ("‟En vérité, je ne te reconnais plus. Je croyais que c'était une plaisanterie, mais je vois que tu agis sérieusement”, s'exclame Joseph [d'Arimathie]. ‟Sérieusement, oui. Moi-même je ne me reconnais plus. Je suis encore une bête immonde en comparaison de lui, mais déjà je suis bien changé.” ‟Tu n'appartiendras plus au Temple ?”, demande un des auditeurs qui me sont inconnus. ‟Oh non, j'appartiens au Christ ! Quiconque l'approche, à moins d'être un aspic, ne peut que l'aimer et ne désire plus que lui.” ‟Il ne viendra plus ici ?”, demande Nicodème. ‟Certainement il reviendra. Mais pas maintenant.” ‟Je voudrais l'entendre.” ‟Il a déjà parlé en cet endroit, Nicodème.” ‟Je sais, j'étais avec Gamaliel, je l'ai vu. Mais je ne me suis pas arrêté.” ‟Qu'a dit Nicodème, Gamaliel ?” ‟Il a dit : « Encore un prophète… », et c'est tout”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 85.4, vision du 22/01/1945). Dans la vision 86, on retrouve Jean fils de Zébédée. En attendant que Judas cesse sa propagande aux membres du Sanhédrin et rejoigne Jésus et les deux autres apôtres, une discussion sur les relations entre juifs et Romains et sur l'âme s'engage de façon impromptue et courtoise entre Jésus et un légionnaire nommé "Alexandre" de faction à la porte des Poissons, appartenant à la cohorte Italique cantonnée au sud Levant, rattachée à la Xème légion dite "Fretensis". Puis les quatre hommes repartent vers la Galilée.


Dans la vision 89, retour à Nazareth. Jésus retrouve sa mère, à laquelle il raconte son périple estival en Judée… sans rien dire de ses caillassages à Bethléem et de son piteux passage à Hébron. Les apôtres sont dix désormais : Simon-Pierre et André, Jacques et Jean les fils de Zébédée, Jude Thaddée fils d'Alphée, Philippe et Nathanaël Barthélémy de Bethsaïde, Simon le zélote, Thomas/Didyme, et Judas. Jésus estime qu'ils sont mûrs pour aller prêcher seuls, il leur donne des consignes sur leur mission évangélique dans les visions 91-93.


Dans la vision 94, c'est sabbat. Jésus est dans les parages de Chorazein/Chorazim. Il y guérit une ancienne prostituée qui a avorté sept fois après des grossesses non-désirées - autrement dit elle a avorté à de multiples reprises, le nombre sept signifie une grande quantité dans le monde sémitique, comme le nombre trente-six en français (par exemple dans les expressions "voir trente-six chandelles", "tous les trente-six du mois", "proposer trente-six solutions", "faire trente-six choses à la fois") -, devenue "lépreuse". On s'intéresse encore sur la nature de la "lèpre" en question : s'agit-il de la même fausse "lèpre" que celle de Simon le zélote, ou s'agit-il d'une maladie vénérienne contracté par l'un des nombreux amants ? On s'interroge aussi sur la volonté de Jésus d'agir précisément un jour de sabbat alors qu'il pourrait attendre vingt-quatre heures afin de ne pas contrarier la Torah interdisant toute action le jour du sabbat. On s'interroge enfin sur le choix de Jésus de guérir cette femme-ci qui a eu une vie facile hier, plutôt que d'autres Galiléens-là qui n'ont jamais eu une vie facile et souffrent aujourd'hui. Les habitants de Capharnaüm se posent les mêmes questions, et les arguments que Jésus leur oppose sont très médiocres : soi-disant on doit avoir pitié des déchets sociaux, soi-disant on ne pouvait pas attendre un jour de plus pour soigner cette femme. En résumé, Jésus a-t-il commis une maladresse, ou a-t-il voulu provoquer délibérément ? Dans les deux cas, cette séquence surprenante sous la plume d'une chrétienne s'ajoute à celles que nous avons précédemment signalées, qui détruit l'image glorieuse de Jésus pour en faire un vulgaire gauchiste consacrant son temps et son énergie à des parasites plutôt qu'à des gens simples qui œuvrent péniblement pour autrui : transposé en l'an 2000 sur le continent européen, le Jésus de Maria Valtorta consacrerait son temps et son énergie à vanter les migrants profitant de la couverture santé gratuite, plutôt qu'à défendre les agriculteurs autochtones accablés de contrôles et de taxes, pressés par l'Etat de nourrir la population sans jouir du moindre avantage social pour eux-mêmes. Le Jésus qui guérit la prostituée de Chorazein/Chorazim est au mieux un inconscient inintelligent, au pire un arrogant malhonnête ("Parmi vous, habitants de Bethsaïde, des anciens n'ont pas oublié la Belle de Chorazein, pour des raisons diverses. Des hommes ont péché avec elle, des femmes ont pleuré à cause d'elle. […] Après les pleurs, elles ont jubilé en apprenant qu'elle était atteinte de la pourriture passée de ses entrailles impures à la surface de son corps magnifique. C'était le symbole de la lèpre plus grave qui avait rongé son âme adultère, homicide, prostituée : adultère soixante-dix fois sept fois avec tout ce qui s'appelait “homme” et avait de l'argent, homicide sept fois sept fois de ses enfantements bâtards, prostituée par vice et non par besoin. Oh, je vous comprends, femmes trahies ! Je comprends votre jubilation quand on vous a dit : “Les chairs de la Belle sont plus puantes et plus pourries que celles d'une charogne gisant dans le fossé d'un chemin, proie des corbeaux et des vers”. Mais je vous dis : sachez pardonner. Dieu a exécuté vos vengeances, et Dieu a pardonné à nouveau. Pardonnez vous aussi. Je lui ai pardonné en votre nom, parce que je sais que vous êtes bonnes, femmes de Bethsaïde, qui me saluez avec le cri : “Béni l'Agneau de Dieu ! Béni Celui qui vient au nom du Seigneur !”. Si je suis Agneau, tel que vous me connaissez, vous devez devenir des douces brebis, même celles auxquelles une douleur désormais lointaine d'épouse trahie a donné un instinct de fauve défendant son foyer. Je ne pourrais pas rester parmi vous si vous étiez des tigresses, des hyènes, moi qui suis Agneau. Celui qui vient au nom très saint de Dieu rassembler les justes et les pécheurs pour les amener au Ciel, est allé vers la repentie et lui a dit : “Sois purifiée, va, et expie”. J'ai fait cela le jour du sabbat. On m'en accuse officiellement. On m'accuse aussi d'avoir approché une prostituée. Une ancienne prostituée qui n'est plus qu'une âme pleurant son péché. Et bien ! Je vous dis : je l'ai fait et le ferai encore. Amenez-moi le Livre : scrutez-le, étudiez-le dans toute sa profondeur. Trouvez si possible un passage interdisant au médecin de soigner un malade, à un Lévite de s'occuper de l'autel, à un prêtre d'écouter un fidèle, simplement parce que c'est le sabbat. Si vous le trouvez et me le montrez, je dirai en me battant la poitrine : “Seigneur, j'ai péché en ta présence et en présence des hommes, je ne suis pas digne de ton pardon mais si tu veux a pitié de ton serviteur je te bénirai jusqu'à mon dernier soupir”. Car cette âme était malade, et les malades ont besoin du médecin. C'était un autel profané qui avait besoin d'un Lévite pour être purifié. C'était un fidèle qui pleurait dans le vrai Temple du vrai Dieu et avait besoin du prêtre pour l'y introduire. En vérité je vous dis que je suis médecin, Lévite, prêtre. En vérité je vous dis que, si je n'accomplis pas mon devoir en laissant périr même une seule des âmes qu'aiguillonne le désir du salut, le Père Dieu m'en demandera compte et me punira pour la perte de cette âme. Voilà mon péché, selon les notables de Capharnaüm. J'aurais pu attendre le lendemain du sabbat pour la guérir. Oui. Mais pourquoi attendre vingt-quatre heures pour remettre dans la paix de Dieu un cœur contrit ? Dans se cœur était une vraie humilité, une vraie sincérité, une douleur parfaite. J'ai lu en lui. Le corps était encore lépreux, mais le cœur était déjà guéri par le baume des années de larmes, de repentir, d'expiation. Pour être approché de Dieu sans rendre impure la sainteté entourant Dieu, ce cœur avait besoin de ma consécration renouvelée. Je l'ai faite. Elle est sortie du lac pure dans sa chair, et encore plus pure dans son cœur", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 96.3, vision du 03/02/1945). Cela ne l'empêche pas d'attirer à lui deux nouveaux apôtres. Jacques fils d'Alphée et frère aîné de Jude Thaddée, est sommé de choisir par son père : soit Jésus, soit la famille (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 95.1, vision du 02/02/1945). Jacques fils d'Alphée choisit Jésus et quitte le foyer familial. Sa mère Marie fille de Cléophas, désolée de la brouille entre son fils Jacques et son mari Alphée, se déplace depuis Nazareth jusqu'à Capharnaüm pour informer que le second se meurt depuis le départ du premier, et que les deux autres frères aînés Joseph et Simon sont devenus très hostiles à Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 95.5, vision du 02/02/1945). Jésus recrute ensuite le percepteur du portorium de Capharnaüm appelé "Matthieu" (c'est ainsi que Matthieu lui-même se désigne dans son évangile en Matthieu 9.9). Cela jette un froid dans la communauté des apôtres, qui ne comprennent pas pourquoi Jésus leur impose la présence de ce publicain Matthieu, employé subalterne des Romains détestés par la majorité des Galiléens, surtout après l'épisode de la prostituée de Chorazein/Chorazim qui a suscité la réprobation des populations de Capharnaüm et de Bethsaïde pourtant originellement favorables au ministère. Eli, Simon et Joachim, trois notables pharisiens, dénoncent en public ces deux actes de Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 97.7, vision du 04/02/1945).


Jésus veut retourner à Nazareth pour visiter son oncle Alphée mourant. Au lieu de prendre la voie de terre en longeant le lac de Galilée, il choisit de prendre un raccourci en traversant le lac de Galilée depuis Capharnaüm jusqu'à Tibériade, où il espère revoir Jonathas l'ex-berger de la Nativité devenu intendant de Chouza l'administrateur d'Hérode-Antipas, puis de cheminer depuis Tibériade jusqu'à Nazareth. Lui et ses douze apôtres montent donc sur deux barques à Capharnaüm, celle de Simon-Pierre et celle de Jacques et Jean les fils de Zébédée ("Ils sont sept par barque sur le lac de Galilée. Jésus est dans la barque de [Simon-]Pierre, la première, avec [Simon-]Pierre, André, Simon [le zélote], Joseph [fils d'un des bergers de la Nativité] et les deux cousins [Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée]. Dans l'autre barque se trouvent [Jacques et Jean] les deux fils de Zébédée avec les autres : [Judas] l'Iscariote, Philippe, Thomas[/Didyme], Nathanaël [Barthélémy] et Matthieu. Les barques avancent rapidement à la voile, poussées par un vent frais de borée qui forme sur l'eau une multitude de rides légères, à peine marquées par des lignes d'écume dessinant une sorte de tulle sur l'azur turquoise du beau lac tranquille. Elles progressent en laissant derrière elles deux sillages qui se rejoignent, fondant leurs joyeuses écumes en une seule trace riante à la surface de l'eau. Celle de [Simon-]Pierre précède l'autre d'à peine deux mètres. De barque à barque, proches l'une de l'autre, on échange des conversations et des réflexions. J'en déduis que les Galiléens montrent et expliquent aux Judéens les détails du lac, leurs commerces, leurs personnalités, les distances entre les points de départ et d'arrivée, soit Capharnaüm et Tibériade. […] Jésus est assis à la proue. Il jouit visiblement de la beauté qui l'entoure, du silence, de tout cet azur pur du ciel et des eaux, encadré de vertes rives où sont disséminés des villages blancs sur le fond de verdure. Il s'abstrait des conversations des disciples, car il est tout à l'avant, presque allongé sur un tas de voiles, le visage souvent incliné sur le miroir de saphir qu'est le lac, comme s'il en étudiait le fond et s'intéressait à tout ce qui vit dans ses eaux très limpides", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 98.1, vision du 05/02/1945). Plus on approche de Tibériade, plus on croise des petites péniches de plaisance montées par les riches Romains de Tibériade avec leurs auxiliaires grecs et leurs domestiques juifs. Ces péniches décrites par Maria Valtorta nous évoquent celles qu'on voit en l'an 2000 sur les anciens marécages à l'ouest de Berlin en Allemagne, devenus des lacs aménagés reliés entre eux par la rivière Havel où les Berlinois passent leurs weekends : ce sont des radeaux sur lesquels se dresse une sorte de cabane servant de poste de pilotage autant que de pièce à vivre, avec une terrasse à l'avant ou à l'arrière. L'une de ces péniches avance nonchalament, perpendiculairement aux deux barques de Jésus et des apôtres. Sur cette péniche se trouve un riche Romain entouré d'un poète grec et de Marie-Madeleine, qui doit son surnom francisé "Madeleine" au lieudit "Magdala" en banlieue nord de Tibériade (aujourd'hui Migdal en Israël, 32°49'30"N 35°30'56"E), un des nombreux domaines dont elle, sa sœur Marthe et son frère Lazare ont hérité de leur père Théophile, qu'elle a transformé en bordel ("Un groupe de petites barques servant à la promenade sur le lac, sortes de chaloupes ornées de riches baldaquins pourpre et d'agréables coussins, coupe la route aux barques des pêcheurs. Bruits, éclats de rire, parfums passent avec elles. Elles sont pleines de belles femmes et de joyeux Romains et Palestiniens, ou plutôt Grecs que Palestiniens d'après les propos d'un jeune homme maigre, élancé, brun comme une olive presque mûre, pomponné, portant un court vêtement rouge bordé en bas par une lourde grecque et serré à la taille par une ceinture qui est un chef d'œuvre d'orfèvrerie. Celui-ci dit : “L'Hellade est belle, mais même ma patrie Olympe n'a pas cet azur et ces fleurs, et on ne s'étonne pas que les déesses l'aient abandonnée pour venir ici. Sur des déesses grecques devenues juives, effeuillons les fleurs, les roses et nos hommages”, et il jette des pétales de roses splendides sur les femmes de sa barque et de la barque voisine. Un Romain répond : “Effeuille, effeuille, Grec ! Mais Vénus est avec moi ! Moi je n'effeuille pas : je cueille les roses sur cette belle bouche, la plus douce !”, et il se penche pour embrasser, sur sa bouche souriante, Marie de Magdala à moitié allongée sur les coussins, sa tête blonde sur le sein du Romain", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 98.2, vision du 05/02/1945). Les embarcations se heurtent presque, Simon-Pierre invective le Romain : "Et la priorité à droite, connard !", pendant que Jésus joue encore l'indifférence ("Les petites barques se dirigent droit vers les lourdes barques [des apôtres]. A cause de la maladresse des rameurs ou du vent, elles se heurtent presque. “Faites attention si vous tenez à la vie !”, crie [Simon-]Pierre furieux pendant qu'il vire par un coup de barre pour éviter le choc. Insultes des hommes et cris d'épouvante des femmes circulent d'une barque à l'autre. Les Romains insultent les Galiléens : “Ecartez-vous, chiens d'Hébreux !”. [Simon-]Pierre et les autres Galiléens répondent aux insultes, [Simon-]Pierre notamment, rouge comme la crête d'un coq, debout sur le bord de sa barque qui tangue fortement, les mains aux hanches, répond coup pour coup, n'épargnant ni Romains ni Grecs ni juifs ni juives, au contraire il leur adresse une collection d'appellations honorifiques que je ne transcris pas. La prise de bec dure tant que l'enchevêtrement des quilles et des rames n'est pas débrouillé. Puis chacun reprend sa route. Jésus n'a pas changé de position. Il est resté assis, absent, sans regards ni paroles pour les barques et leurs occupants. Appuyé sur le coude, il a continué de regarder la rive lointaine comme si rien ne s'était passé", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 98.2-3, vision du 05/02/1945). La péniche s'éloigne. Pendant que Marie-Madeleine fixe Jésus, intriguée parce qu'il semble le seul homme des deux barques à ne pas l'avoir regardée (c'est le principe du "suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis" ; dans cette séquence, on se demande si l'attitude distante de Jésus ne s'explique pas encore par son indifférence pour les femmes en général…), les apôtres (à l'exception de Jean fils de Zébédée, amoureux de Jésus, et aussi indifférent que lui à l'égard des femmes…) discutent longuement de la beauté de Marie-Madeleine et des désirs plus ou moins avouables qu'elle leur suscite. Au cours de leur conversation, on apprend que Marie-Madeleine se prostitue depuis une dizaine d'années, mais qu'elle a acquis le statut de pute de luxe depuis quatre ans, suite à un scandale dont Maria Valtorta ne donne pas la teneur. Depuis cette date, Lazare a tellement honte de sa sœur Marie-Madeleine qu'il fuit la foule, il ne voyage plus, il n'a plus remis les pieds dans sa propriété du centre-ville de Jérusalem et il se terre à Béthanie ("Les petites barques s'éloignent. Je vois que [Marie] la Madeleine s'est dressée debout et suit la direction que lui indique une compagne de vice, braquant ses yeux splendides sur le visage tranquille et lointain de Jésus. Comme il est loin du monde, ce visage ! “Dis, Simon [le zélote], interpelle [Judas] l'Iscariote, toi qui est Judéen comme moi, cette belle blonde qui s'est levée sur le sein du Romain, n'est-ce pas la sœur de Lazare de Béthanie ?” “Je ne sais rien, répond sèchement Simon le Cananéen [le zélote], je suis revenu parmi les vivants depuis peu de temps, et cette femme est jeune…” “Ne prétends pas que tu ne connais pas Lazare de Béthanie ! Tu es son ami, et tu as été chez lui avec le rabbin [Jésus] !” “Et après ?” “Puisque telle est la vérité, tu connais forcément la pécheresse qui est la sœur de Lazare. Même les tombeaux la connaissent ! Depuis une décennie elle est célèbre. A peine pubère elle s'est montrée légère. Mais depuis quatre ans ! Tu ne peux pas ignorer le scandale, même si tu étais dans la vallée des morts : tout Jérusalem en a parlé. Lazare s'est alors retiré à Béthanie. Avec raison. Plus personne ne pouvait mettre les pieds dans sa luxueuse maison de Sion qu'elle fréquentait encore, du moins plus personne vertueuse. A la campagne, tout le monde est au courant. Désormais elle vit partout sauf à la maison. Aujourd'hui elle crêche sûrement à Magdala avec un nouvel amant. Tu ne réponds pas ? Tu peux me démentir ?” “Je ne démens pas, je me tais.” “Donc c'est elle. Tu l'as reconnue.” “Je l'ai vue toute jeune. Elle était pure, alors. Quand je la revois maintenant… Mais je la reconnais. Bien qu'impudique, sa physionomie rappelle celle de sa mère [Euchérie], une sainte.” “Pourquoi as-tu presque nié qu'elle était la sœur de ton ami ?” “On cherche toujours à cacher nos plaies et celles de ceux que nous aimons, surtout quand on a du savoir-vivre.” Judas a un rire forcé. “Tu parles bien, Simon [le zélote], et tu as du savoir-vivre”, observe [Simon-]Pierre. “Toi aussi tu l'as reconnue. Tu te rends certainement à Magdala pour vendre ton poisson, tu as dû la croiser souvent…” “Garçon [cette interpellation "garçon" de Simon-Pierre à Simon le zélote montre l'ascendant naturel du premier sur le second, car Simon le zélote est plus âgé que Simon-Pierre et ne mérite pas ce qualificatif…], sache que quand est fatigué par un travail honnête, les femmes n'attirent plus, on aime seulement le lit de son épouse.” “Eh mais ce qui est beau plaît à tout le monde. Du moins on peut toujours regarder.” “Pourquoi ? Pour se dire : « Ce menu n'est pas pour ma table » ? Non. Le lac et le métier m'ont appris plusieurs choses, voilà la première : le poisson d'eau douce et de fond n'est pas fait pour l'eau salée et les remous de surface.” “Ça signifie quoi ?” “Ça signifie que chacun doit rester à sa place pour ne pas mourir de mauvaise mort.” “Elle te fait mourir, [Marie] la Madeleine ?” “Non, j'ai la peau dure. C'est sur toi qu'elle produit un effet, peut-être ?” “Je ne l'ai pas observée.” “Oh, le menteur ! Je parie que tu as bien regretté de ne pas être sur la première barque pour en être plus proche. Tu m'aurais même supporté pour être plus près d'elle. Si c'est vrai, c'est grâce à elle que tu daignes me parler après tant de jours de silence…” “Elle ne m'aurait pas vu : elle ne regardait que le rabbin [Jésus].” “Ah, ah, ah ! Et tu dis que tu ne l'as pas observée ! Comment sais-tu où elle regardait, si tu ne l'observais pas ?” Tout le monde rit, sauf Judas, Jésus et [Simon] le zélote à la remarque de [Simon-]Pierre", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 98.4-5, vision du 05/02/1945). On débarque à Tibériade. On se dirige vers la maison de Chouza, dans l'espoir de saluer Jonathas son intendant ("La barque de [Simon-]Pierre a accosté non pas dans le port de Tibériade mais dans un faubourg. Jésus en est descendu et marche sur une route le long du lac. ‟Tu n'es jamais entré dans Tibériade, rabbin ?”, demande [Simon-]Pierre. ‟Jamais.” ‟Eh ! [Hérode-]Antipas a bien fait les choses en grand pour flatter Tibère. C'est un vendu…” “Elle paraît une ville de repos plus qu'une ville de commerce.” ‟Les commerces sont de l'autre côté. Beaucoup de commerces. Elle est riche.” ‟Et ces maisons-là ? Palestiniennes ?” ‟Oui et non. Beaucoup appartiennent aux Romains, mais beaucoup… sont à des juifs qui les ont emplies des mêmes statues et des mêmes bagatelles.” [Simon-]Pierre soupire et murmure : ‟S'ils ne nous avaient enlevé que l'indépendance… Mais ils nous enlevé aussi la foi. Nous sommes devenus plus païens qu'eux.” ‟Ce n'est pas leur faute, [Simon-]Pierre. Eux ont leurs habitudes et ils ne nous forcent pas à les prendre. C'est nous qui voulons la corruption : par intérêt, par effet de mode, par esprit servile…” ‟Tu dis bien, mais le premier à le vouloir, c'est le tétrarque [Hérode-Antipas].” ‟Rabbin, nous sommes arrivés, dit le berger Joseph, voici la maison de [Chouza] l'administrateur d'Hérode[-Antipas].” Ils stoppent à un carrefour où la route sur laquelle ils cheminaient devient secondaire, séparée du lac par des villas. La maison qu'il indique est la première, entourée d'un jardin fleuri. Les parfums et les parterres de jasmins et de roses s'étendent jusqu'au lac. ‟C'est ici que vit Jonathas ?” ‟C'est ici, en effet. Il sert l'administrateur. Et il est bien tombé : Chouza n'est pas mauvais, il sait reconnaître les mérites de son serviteur, il est l'un des rares de la Cour à être honnête. Je l'appelle ?” ‟Va.”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 99.1-2, vision du 06/02/1945). Mais la maison est vide. On ne trouve que quelques serviteurs, et Esther, nourrice de Jeanne l'épouse de Chouza, qui explique que Jeanne a contracté une maladie (non-identifiée) après l'accouchement d'un enfant mort-né et est partie se reposer dans le haut Liban accompagnée de Jonathas ("Depuis son accouchement malheureux, [Jeanne] meurt [c'est la nourrice Esther qui s'adresse à Jésus]. […] Une fièvre la consume, comme une lampe qui brûle en plein vent. Le vent est toujours plus fort, et elle est toujours plus faible. Oh je voulais aller avec elle, mais Jonathas a voulu des servantes jeunes, car elle est sans force, c'est un corps inerte qu'il faut déplacer, et moi je ne suis plus apte", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 99.4, vision du 06/02/1945), et que Chouza reste en permanence au palais d'Hérode-Antipas pour gérer les troubles politiques créés par l'évasion de Jean-Baptiste ("Jonathas n'est pas ici [c'est le jeune berger Joseph qui s'adresse à Jésus, après avoir questionné l'un des serviteurs], il est allé dans le haut Liban pour offrir un air frais et pur à Jeanne épouse de Chouza, très malade. Le serviteur dit que c'est lui qui est parti parce que Chouza doit rester à la Cour suite au scandale de l'évasion de Jean le Baptiste. L'état de la malade s'aggravait et le médecin disait que rester ici provoquerait sa mort", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 99.2, vision du 06/02/1945 ; cela sera confirmé par Jonathas lui-même quand les apôtres le rencontreront peu après dans le haut Liban : "‟Et ton patron [Chouza] reste [au service d'Hérode-Antipas, dont l'évasion de Jean-Baptiste a renforcé la cruauté ; c'est Simon-Pierre qui s'adresse à Jonathas fin été W-3, lors d'un séjour au Liban que nous raconterons plus loin] ? Pourtant il semble bon.” ‟Oui, mais il est contraint : son père et son grand-père appartenaient à la Cour d'Hérode le Grand, le fils doit forcément leur succéder même s'il n'approuve pas. Il se contente de maintenir son épouse [Jeanne] loin de cette Cour vicieuse.” ‟Il ne peut pas dire : « Ça me dégoûte ! » et partir ?” ‟Il pourrait. Mais il n'en est pas encore capable, si bon soit-il. Cela signifierait certainement la mort. Et qui est prêt à mourir par fidélité spirituelle portée au plus haut degré ? Un saint comme Jean-Baptiste. Mais nous, pauvrets !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 103.1, vision du 10/02/1945). On continue donc à marcher vers Nazareth. Les habitants regardent les apôtres au mieux avec mépris, au pire avec ironie à cause de leur apparence misérable ("Ils sont à Nazareth. Des femmes voient Jésus et le saluent, des hommes et des enfants aussi. Mais ici, finies les acclamations au Messie observées ailleurs : ici, ce sont des familiers qui saluent sans effusion. Chez beaucoup je remarque une curiosité ironique face au groupe hétérogène autour de Jésus. Ce n'est pas une Cour de dignitaires royaux ni un cortège pompeux de prêtres. Transpirés, couverts de poussière, vêtus très modestement sauf Judas l'Iscariote, Matthieu, Simon [le zélote] et [Nathanaël] Barthélemy (je les ai désigne par ordre décroissant d'élégance), ils semblent plutôt un groupe d'hommes du peuple en voyage qui se rendent à un marché, plutôt qu'à la suite d'un roi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 100.2, vision du 07/02/1945). Alphée fils de Sara, l'ancien petit garçon que nous avons croisé dans notre premier alinéa, devenu adulte et père de plusieurs enfants, vient à Jésus pour le prévenir que Marie fille de Cléophas (peut-être sœur de Sara, autrement dit Alphée fils de Sara serait le neveu de Marie fille de Cléophas) est au chevet de son mari grabataire Alphée fils de Jacob, que la majorité des habitants de Nazareth le considèrent comme un dément, et que Joseph et Simon les deux fils aînés d'Alphée fils de Jacob le haïssent ("‟Je voulais te dire [c'est Alphée fils de Sara fille de Cléophas qui s'adresse à Jésus]… Je suis pour toi un vrai ami, et je suis plus âgé, et je suis du pays, je pense que je dois te parler… Je ne veux pas te conseiller, tu sais mieux que moi, je voudrais seulement t'avertir… Oh, je ne fais pas l'espion ! Et je ne veux pas présenter les parents sous un mauvais jour. Mais je crois en toi, Messie, et j'ai de la peine qu'eux refusent d'y croire, ils prétendent que tu es un malade, que tu ruines la famille. Tu connais l'estime de la ville pour Alphée [père de Jacques et Jude Thaddée, à ne pas confondre avec l'homonyme Alphée qui parle !], la ville l'écoute, et aujourd'hui il est malade et il fait pitié. Et la pitié pousse parfois à des injustices. […]” ‟A cette heure, les cousins [Jacques et Jude Thaddée] sont chez leur père." "Chez leur père ? Comme je les plains ! Le vieillard est vraiment hors de lui et, sûrement à cause de l'âge et de la maladie, il se conduit comme un fou”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 100.3, vision du 07/02/1945). Jésus arrive devant Alphée fils de Jacob, qui exprime son dégoût contre lui et contre sa mère Marie la Vierge qu'il voit comme une vile fille-mère et une dominatrice ayant ensorcelé son mari Joseph (frère d'Alphée fils de Jacob) et son fils Jésus ("‟Je ne t'offense pas, Alphée [c'est Jésus qui s'adresse à son oncle Alphée]. Nullement. Je t'honore.” ‟Tu m'honores ? Je suis la risée de Nazareth !” ‟Pourquoi parles-tu ainsi, Alphée ? En quoi je fais de toi la risée de Nazareth ?” ‟Par mes fils [Jacques et Jude Thaddée] ! Pour qui sont-ils rebelles ? Pour toi ! Pourquoi les moque-t-on ? A cause de toi !” ‟Dis-moi : si Nazareth te louait pour tes fils, souffrirais-tu autant ?” ‟Evidemment non ! Mais Nazareth ne me loue pas ! Elle me louerait si tu étais un conquérant, mais ils m'ont abandonné pour un demi-fou qui parcourt le monde en s'attirant haines et railleries, pauvre au milieu des pauvres ! Ah, comment ne pas rire ! Ah, ma pauvre maison ! Pauvre maison de David, comment finis-tu ! Et moi qui dois vivre encore pour voir ce malheur : te voir, dernier rejeton de la glorieuse souche [la famille de David], te voir sombrer dans la folie par servilité [sous-entendu : "à ta mère Marie la Vierge"] ! Ah, nous sommes maudits depuis le jour où [Joseph] mon faible frère s'est laissé unir à [Marie] cette femme insipide et autoritaire qui a eu tout pouvoir sur lui. J'avais prévenu : « Joseph n'est pas fait pour le mariage, il sera malheureux ». Et il l'a été. Il savait ce qu'elle était, et il s'est marié malgré tout. Maudite loi de l'orpheline héritière [allusion à Nombres 36.8-9 précités], maudit destin, maudit mariage !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 100.5, vision du 07/02/1945). Alphée fils de Jacob finit par éjecter Jésus de la pièce en lui criant : "Je meurs : es-tu capable de me guérir ? Non ! Alors casse-toi petit escroc prétentieux, laisse-moi mourir tranquille, et va rejoindre Jacques et Jude Thaddée que je ne reconnais plus comme mes fils !" ("‟Tu dis que tu es le Messie ! Tu accomplis des prodiges, paraît-il ! Alors pour me payer des fils que tu m'as pris, guéris-moi donc ! Guéris-moi et je te pardonnerai !” ‟Toi pardonne à tes fils, comprends leur âme et je te soulagerai. Si tu as de la rancune, je ne peux rien faire.” ‟Pardonner ?” Le vieillard sursaute, cela augmente ses douleurs et le rend furieux. ‟Pardonner ? Jamais ! Va-t'en ! Va-t'en si tu dois me dire cela ! Je veux mourir sans qu'on me trouble davantage !” Jésus a un geste de résignation. ‟Adieu, Alphée. Je m'en vais… Dois-je vraiment partir ? Mon oncle, dois-je vraiment partir ?” ‟Si tu ne me contentes pas, oui, pars ! Et dis à ces deux serpents que leur vieux père meurt avec rancune !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 100.5, vision du 07/02/1945). La séquence se termine dans la maison de Marie la Vierge par Jacques et Jude Thaddée pleurant d'avoir été maudits par leur père mourant, et chacun des apôtres se positionnant par rapport à eux (les uns les réconfortent, les autres gardent le silence), seul Judas reste à l'écart, jugeant la scène comme un mélodrame de pécores galiléens indigne du Judéen aisé qu'il est, cela exaspère le bouillant Simon-Pierre qui se retient de lui casser la figure. Peu après, Jésus demande à sa mère son avis sur les hommes qu'il a recrutés, confirmant sa subordonation à celle-ci dénoncée par Alphée fils de Jacob. Marie la Vierge valide tous les apôtres, sauf Judas qu'elle ne sent pas ("[Marie la Vierge] est heureuse de l'avoir [Jésus] à ses côtés, cœur à cœur avec lui, dans le silence de la nuit qui tombe. Ce doit être l'été [W-3] car le figuier a ses premiers fruits mûris qui pendent vers la maison. Jésus cueille les plus beaux en s'élevant sur la pointe des pieds, pour les donner à sa mère. Il les épluche avec soin et les offre, en retournant la peau qui forme une couronne, boutons blancs rayés de rouge dans une corolle de pétales blancs à l'intérieur et violacés à l'extérieur. Il les présente sur la paume de la main et sourit en voyant sa mère qui les goûte. Puis brusquement il lui demande : ‟Maman, tu as vu les disciples. Qu'en penses-tu ?”. Marie, qui allait porter à sa bouche la troisième figue, lève la tête, arrête son geste, tressaille, regarde Jésus. ‟Qu'en penses-tu, maintenant que je te les ai montrés ?”, redemande-t-il. ‟Je crois qu'ils t'aiment et que tu pourras obtenir beaucoup d'eux. Jean [fils de Zébédée], aime-le comme tu sais aimer, c'est un ange, je suis tranquille de penser qu'il est avec toi. [Simon-]Pierre aussi est bon, plus dur parce que plus âgé, mais franc et convaincu. De même son frère [André]. Ils t'aiment autant qu'ils peuvent aujourd'hui, ils t'aimeront davantage demain. Même les cousins [Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée], maintenant qu'ils ont choisi, te seront fidèles. Mais l'homme de Keriot [Judas]… Celui-là ne me plaît pas, fils. Son œil n'est pas limpide, et son cœur encore moins. Il me fait peur.” ‟Avec toi, il est totalement respectueux.” ‟Beaucoup trop respectueux. Et avec toi également, il est trop respectueux. Pour lui, tu n'es pas rabbin, tu es le futur roi, dont il espère tirer avantages et prestige. Il n'est rien ou pas grand-chose à Keriot, il espère obtenir un rôle important auprès de toi… Oh, Jésus ! Je ne veux pas offenser la charité, mais je pense, même si je ne veux pas y penser, que si tu le décevais il n'hésiterait pas à prendre ta place ou à chercher à la prendre. Il est ambitieux, avide, vicieux. Il est né pour être le courtisan d'un roi de la terre plutôt que ton apôtre, mon fils. Il me fait peur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 101.1-2, vision du 13/02/1944). Et Jésus commet une nouvelle maladresse. Judas lui demande de retourner à Keriot/Tel Creot en Judée car c'est bientôt la saison des moissons - nous sommes donc à la fin de l'été W-3 - et "sa mère aura besoin d'aide", Jésus lui répond oui spontanément "car on doit toujours obéir à sa mère" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 102.1, vision du 08/02/1945). C'est une réponse qui semble naturelle à Jésus, soumis à sa mère Marie la Vierge depuis toujours… mais qui cause un sentiment de culpabilité à Jacques fils d'Alphée qui vient d'être maudit par son père et qui ne peut plus voir sa mère (Marie fille de Cléophas) depuis que son père l'a maudit. Jésus bafouille : "Ce n'est pas ce que je voulais dire… Enfin oui, mais non… Tu comprends, maintenant que tu n'as plus de famille, ta famille c'est moi, je suis ton nouveau père, donc quand en m'obéissant tu obéis à ta mère puisque ma mère est devenu la tienne…" ("‟Tu as dit [c'est Jacques fils d'Alphée qui s'adresse à Jésus] : « On doit toujours obéir à sa mère »… Et nous, alors ?” ‟Ne doute pas. Quand on n'est qu'homme, fils de chair, on doit effectivement agir ainsi. Mais tu as choisi une autre nature, une autre paternité plus élevée, et tu dois la suivre selon ce qu'elle commande et désire”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 102.2, vision du 08/02/1945).


Soudain Jonathas surgit, en sueur. Après des brèves embrassades de retrouvailles, il explique que l'état de santé de sa maîtresse Jeanne, qu'il a accompagné dans le haut Liban, ne s'est pas amélioré : elle a commencé à cracher du sang à Panion/Baniyas rebaptisée récemment "Césarée[-de-Philippe]", où elle a appris par un rêve prémonitoire - ou plus certainement par un messager - le passage de Jésus dans sa maison de Tibériade, perdu pour perdu elle a décidé de revenir en Galilée pour demander à Jésus de la guérir, mais son état s'est encore aggravé en route, elle se trouve actuellement sur son char entre Tibériade et Sepphoris, qui roule au ralenti pour ne pas la brusquer, Jonathas a galopé en avant pour supplier Jésus de la rejoindre et d'intervenir au plus vite ("Quel voyage [c'est Jonathas qui s'adresse à Jésus] ! De Tibériade à Bethsaïde, rien à dire. Mais après avoir quitté la barque, nous avons pris un char et, malgré mes aménagements, ç'a été une torture. On a avancé doucement de nuit, mais elle [Jeanne] souffrait. A Césarée-de-Philippe, elle a manqué mourir en crachant le sang. Nous y sommes restés. Le troisième matin, il y a sept jours, elle m'a appelé. Elle paraissait déjà morte tant elle était pâle et épuisée. Quand je me suis signalé, elle a rouvert ses doux yeux de gazelle mourante et elle m'a souri. Avec sa main glacée elle m'a demandé de me pencher, et elle m'a dit dans un filet de voix : “Jonathas, ramène-moi à la maison. Tout de suite”. Elle a tellement forcé pour me donner cet ordre, toujours aussi douce qu'un enfant agréable, que ses joues se sont colorées et qu'un éclair a brillé dans ses yeux. Elle a continué : “J'ai rêvé de ma maison de Tibériade. A l'intérieur, un homme dont le visage était comme une étoile, grand, blond, avec des yeux célestes, m'a dit d'une voix calme rappelant le son d'une harpe : « Je suis la vie. Reviens, je t'attends pour te la donner ». Je veux y aller”. Je lui ai répondu : “Mais maîtresse, tu ne peux pas, tu es malade. Nous repartirons dès que tu seras rétablie”. J'ai pris son propos comme un délire de grabataire. Mais elle a pleuré et, pour la première fois depuis six ans que je suis à son service, elle s'est mise en colère : elle s'est assise et, sans pouvoir remuer davantage, elle m'a dit : “Serviteur, je veux ! Je suis ta maîtresse ! Obéis !”, et elle s'est renversée, toute en sang. J'ai cru qu'elle vivait ses derniers instants. Alors j'ai pensé : “Mourir pour mourir, je vais accomplir sa dernière volonté, je ne veux pas me reprocher de l'avoir mécontentée sur sa fin après l'avoir toujours satisfaite”. Quel voyage ! Elle s'est reposée entre la troisième heure et la sixième heure. J'ai épuisé les chevaux pour avancer plus vite. Nous sommes arrivés à Tibériade à la neuvième heure, ce matin. Et Esther m'a parlé. J'ai compris que c'est toi qui l'a appelée. Car l'heure et le jour où tu as promis un miracle à Esther coïncide avec l'heure et le jour où tu es apparu à l'esprit de ma maîtresse. Elle a voulu repartir tout de suite, à la neuvième heure. Elle m'a envoyé pour la devancer. Oh viens, mon Sauveur !", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 102.4, vision du 08/02/1945). Jésus suit donc Jonathas sur la route entre Tibériade et Sepphoris, en louant les services d'âniers de Nazareth pour aller plus vite. Il voit le char arrêté sur le bas-côté près de Cana, avec Jeanne à l'intérieur, qu'il guérit (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 102.7, vision du 08/02/1945). Comme dans les précédentes séquences, on ignore la nature du mal de Jeanne, et le moyen employé par Jésus pour la guérir. Jeanne heureuse remercie Jésus en l'invitant avec ses apôtres dans sa proprété de Tibériade (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 102.8, vision du 08/02/1945). Mais Jésus ne prend pas la route de l'est vers Tibériade - où on suppose que Jeanne est repartie avec son char -, il ne reprend pas davantage la route du sud vers Sepphoris et Nazareth, il part avec ses apôtres et avec Jonathas vers le nord dans la haute vallée du Jourdain, à la frontière entre les ethnarchies d'Hérode-Antipas (à gauche) et de Philippe le Tétrarque (à droite), pour y retrouver d'autres bergers de la Nativité qui y servent des propriétaires locaux. Simon-Pierre demande à Jonathas pourquoi il les guide par cette route du nord plus longue que celle qui passe par Tibériade, Jonathas répond que cette route du nord est certes plus longue mais moins surveillée, par conséquent lui-même ne risquera pas d'être arrêté par Philippe le Tétrarque qui déteste Hérode-Antipas et cherche à l'atteindre en nuisant à tous ceux qui le servent ("Jésus marche à côté de Jonathas en bordure d'une chaussée verte et ombragée. Derrière, les apôtres qui parlent entre eux. Mais [Simon-]Pierre se détache, avance et, franc comme toujours, demande à Jonathas : ‟La route vers Césarée-de-Philippe n'est pas plus courte que celle-ci ? Quand arriverons-nous ? Toi et ta maîtresse [Jeanne] avez pris l'autre ?” ‟J'ai pris des risques, avec une malade. Mais n'oublie pas que je sers [Chouza] l'administrateur d'[Hérode-]Antipas, et que Philippe après le honteux inceste [allusion à l'union entre Hérode-Antipas et Hérodiade] ne voit pas d'un bon œil les serviteurs d'Hérode[-Antipas]. Je ne crains pas pour moi, tu sais, mais pour vous, pour le maître [Jésus] surtout, je ne veux pas vous donner des ennuis et vous créer des ennemis”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 103.1, vision du 10/02/1945). Simon-Pierre est surpris du jugement négatif que Jonathas porte sur Philippe le Tétrarque, qu'il croyait moins cruel que son demi-frère Hérode-Antipas, Jonathas lui répond que les deux sont égaux en cruauté ("‟Tu crois que Philippe [le Tétrarque] se vengerait sur un serviteur du tort que lui a causé son frère [Hérode-Antipas] ?” ‟Oui, [Simon-]Pierre. L'un vaut l'autre. Ils sont dominés par tous les plus bas instincts sans distinction. Ils semblent des animaux et non pas des hommes, je t'assure.” ‟Pourtant nous… je veux dire : lui [Jésus], apparenté à Jean[-Baptiste], devrait lui être cher. En parlant au nom de Dieu, Jean[-Baptiste] a parlé aussi en son nom et pour son intérêt.” ‟Il ne vous demanderait même pas d'où vous venez ni qui vous êtes. Si on vous voyait avec moi, si on me reconnaissait ou si j'étais dénoncé par un ennemi de la maison d'[Hérode-]Antipas comme serviteur de son administrateur [Chouza], on vous emprisonnerait immédiatement. Si vous saviez quelle fange cachent les vêtements pourpres ! Vengeances, injustices, dénonciations, luxure et vols sont la nourriture de leur âme. Enfin « âme »… J'emploie ce mot par commodité mais je pense qu'ils n'ont même plus d'âme”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 103.1, vision du 10/02/1945). Jésus annonce qu'il passera par la Phénicie (aujourd'hui le Liban) pour le retour à Nazareth, Jonathas lui rappelle que la Phénicie est une terre païenne, Jésus rétorque à la manière nazaréenne en disant qu'il y sera la Lumière marchant parmi les Ténèbres ("‟Je loue ta prudence, Jonathas, mais au retour je compte passer par le territoire de la Phénicie”, dit Jésus. ‟Elle est enveloppée dans les Ténèbres de l'erreur.” ‟J'irai sur les frontières pour leur rappeler l'existence de la Lumière”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 103.1, vision du 10/02/1945). Arrivé dans la région du mont Méron (on voit la mer Méditerranée au loin, donc on n'est pas dans la haute vallée du Jourdain qui n'est pas du côté de la mer), on retrouve des bergers de la Nativité devenus des bûcherons plus ou moins maltraités par leurs maîtres, Jonathas dit que les bois coupés sont transportés difficilement à travers les vallées par ses anciens collègues bergers ("Je vois des massifs boisés qui se dressent en un enchevêtrement de crêtes et d'escarpements, de vallées et de plateaux le long desquels courent, pour retomber ensuite dans les vallées, des torrents qui semblent des rubans d'argent légèrement verts azurés. Des oiseaux de toutes sortes remplissent de leurs chants et de leurs vols les bois de conifères. A cette heure matinale, on respire un parfum de résine. En se tournant vers la vallée à l'ouest, on aperçoit la mer au loin, immense, paisible, solennelle, et toute la côte depuis le nord jusqu'au sud avec ses cités, ses ports et les embouchures des maigres cours d'eau traçant à peine une virgule brillante sur la terre aride d'été [W-3] et une flaque jaunâtre sur le bleu de la mer. […] ‟C'est d'ici que viennent les cèdres du Temple ?” demande Jean [fils de Zébédée]. ‟Ce sont ces forêts qui donnent les bois les plus beaux. Le maître de Daniel et de Benjamin [deux anciens bergers de la Nativité] en possède un très grand nombre, en plus de ses riches troupeaux. On les scie sur place et on les porte à la vallée par ces canaux ou à la main. C'est un travail difficile quand les troncs doivent être employés tout entier, comme pour le Temple. Mais le patron paie bien et il a beaucoup de gens à son service. Et puis, il est assez bon. Il n'est pas comme le féroce Doras. Pauvre Jonas [autre ancien berger de la Nativité, au service du méchant propriétaire Doras] !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 103.4, vision du 10/02/1945). Après avoir traversé la Phénicie depuis le mont Méron jusqu'à la côte, on parvint à une cité portuaire fréquenté par des Romains (on voit des trirèmes amarrées, et beaucoup de légionnaires sur les quais) dans un "large golfe" que Maria Valtorta compare au "golfe de Naples avec le Vésuve" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 104.1, vision du 11/02/1945) : c'est la cité portuaire de Ptolémaïs/Acre. Un des bergers de la Nativité se présente à Jésus avec trois lettres en provenance de Nazareth. La première lettre est fermée par un nœud : c'est une missive de Marie la Vierge, qui informe de la mort de son beau-frère Alphée fils de Jacob, et de l'hostilité générale des habitants de Nazareth qui voient Jésus comme la cause principale du décès, en supplément les âniers que Jésus a loués pour aller secourir Jeanne ont raconté leur aventure, ce qui a renforcé l'animosité des gens de Nazareth : "Jésus s'est mis au service de Jeanne l'épouse d'un fonctionnaire d'Hérode-Antipas, autrement dit il sert Hérode-Antipas !", Marie la Vierge conseille à son fils de ne pas revenir tout de suite à Nazareth pour laisser aux passions le temps de s'éteindre ("Jésus, je t'en prie [c'est Marie qui s'adresse à son fils Jésus], et Marie [fille de Cléophas, veuve d'Alphée] t'en prie aussi, ne reviens pas à Nazareth avant la fin du deuil [suite au décès d'Alphée]. L'amour des gens de Nazareth pour Alphée les rend injustes envers toi, et ta mère en pleure. Notre bon ami Alphée [fils de Sara de Cléophas, donc neveu de Marie fille de Cléophas] me console et calme le pays. Le récit d'Aser et d'Ismaël [âniers ayant conduit Jésus auprès de Jeanne malade] a généré des rumeurs sur [Jeanne] la femme de Chouza. Nazareth est maintenant une mer agitée par des vents contraires", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 104.6, vision du 11/02/1945). La deuxième lettre est fermée par un sceau intact. Jésus brise le sceau et lit. C'est Lazare qui informe avoir embauché l'un des bergers de la Nativité pour le soustraire à son maître véreux, il informe aussi avoir reçu la visite de Judas qu'il voyait pour la première fois, Judas voulait savoir s'il avait des nouvelles à transmettre à Jésus (on apprendra dans la vision 112.6 que Judas a rapporté à Lazare et à Marthe la séance de prostitution de Marie-Madeleine sur le lac de Galilée près de Tibériade). La troisième lettre a un sceau brisé, c'est le contrat du maître véreux contenant les conditions du rachat du berger par Lazare (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 104.7, vision du 11/02/1945). Jésus décide de passer outre le conseil de sa mère et de revenir à Nazareth. Il rentre dans la ville un soir, les habitants se détournent de lui ostensiblement ("Le soir descend au milieu d'un rouge crépuscule qui, comme un feu qui s'éteint, devient toujours plus sombre, jusqu'à prendre une couleur rubis violet. Une teinte splendide, rare, colore le couchant et s'estompe lentement jusqu'à s'évanouir dans le cobalt sombre du ciel, là où l'orient s'avance de plus en plus avec ses étoiles et le croissant de la lune à son deuxième quartier. Les agriculteurs se hâtent de regagner leurs demeures. Les foyers allumés répandent dans l'air des volutes de fumée au-dessus des basses maisons de Nazareth. Jésus arrive en ville. Il ne veut pas qu'on aille prévenir sa mère, contrairement aux autres. “Rien ne se passera. Pourquoi l'inquiéter d'avance ?”, dit-il. Le voilà au milieu de la place. Un salut, un chuchotement par-derrière, un grossier haussement d'épaules, une porte qui claque quand le groupe apostolique traverse. La mimique de [Simon-]Pierre est un poème, mais les autres sont inquiets. Les fils d'Alphée semblent deux condamnés : ils progressent tête basse aux côtés de Jésus, en observant tout à intervalles réguliers, ils échangent des regards effrayés, plein d'appréhension pour Jésus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 105.1, vision du 12/02/1945). Il pénètre dans la maison du défunt Alphée fils de Jacob, veillé par ses fils aînés Joseph et Simon, sa veuve Marie fille de Cléophas, Alphée fils de Sara, et Marie la Vierge. Tous sont sidérés par la provocation de Jésus. Joseph laisse éclater son mécontentement, Simon semble démuni et se montre plus ouvert ("Jésus est à l'entrée de la cuisine. Près du feu, Marie veuve d'Alphée prépare le repas en pleurant. Dans un coin, Simon et Joseph avec d'autres hommes assis en cercle. Parmi les hommes, Alphée fils de Sara. Ils sont muets comme des statues. Est-ce une habitude ? Je ne sais pas. “Paix à cette maison, et paix à l'esprit qui l'a quittée.” La veuve pousse un cri. Instinctivement elle veut repousser Jésus : elle se place entre lui et les autres. Simon et Joseph se lèvent, sombres et interdits. Jésus ignore leur attitude hostile, il se dirige vers les deux hommes (Simon a cinquante ans, peut-être plus si on juge sa mine), il leur tend les mains de façon affectueuse. Les deux sont sidérés, et n'osent pas commettre une vilenie. Alphée fils de Sara tremble et souffre visiblement. Les autres hommes ont une attitude fermée, attendant ce qui va se passer. “Simon, chef de famille désormais [incohérence : Joseph est l'aîné, Simon est son cadet, le chef de famille est donc Joseph et non pas Simon : est-ce une façon pour Jésus de mettre à l'écart son cousin Joseph qui lui est très hostile ?], pourquoi ne m'accueilles-tu pas ? Je viens pleurer avec toi. Combien j'aurais voulu être avec vous, à l'heure du deuil ! Ce n'est pas ma faute si j'étais loin. Tu es juste, Simon, et tu dois le dire.” L'autre reste debout, toujours réservé. “Et toi, Joseph, au nom qui m'est si cher [allusion à Joseph fils de Jacob, le père adoptif de Jésus], pourquoi refuses-tu que je t'embrasse ? Vous m'interdisez de pleurer avec vous ? La mort est un lien qui resserre les vraies affections. Et nous nous aimions. Pourquoi maintenant devrait-on nous diviser ?” “C'est à cause de toi que notre père est mort torturé”, répond durement Joseph. Et Simon : “Tu aurais dû rester. Tu savais qu'il était mourant. Pourquoi n'es-tu pas resté ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 105.3, vision du 12/02/1945). Jésus surenchérit : il s'impose à la synagogue de Nazareth et fustige l'auditoire de ne pas le reconnaître comme le Mashiah/Messie, en se comparant à Elie et Elisée chassés par les mécréants ("Parce que je suis de Nazareth, vous voudriez une faveur privilégiée. Par égoïsme et non pas par foi réelle. En vérité je déclare qu'aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie. D'autres pays m'ont accueilli et m'accueilleront avec une plus grande foi, même des pays dont le nom est pour vous un scandale. Là-bas je trouverai une moisson de disciples, tandis que sur cette terre je ne peux rien faire, parce qu'elle m'est fermée et hostile. Je vous rappelle Elie et Elisée. Le premier a trouvé la foi chez une Phénicienne [Premier livre des rois 17.7-24], le second chez un Syrien [Second livre des rois 5.1-27]. Et en faveur de celle-là et de celui-ci, ils ont accompli un miracle, tandis que les gens qui mouraient de faim en Israël n'ont pas eu de pain et les lépreux n'ont pas été purifiés, parce que leur cœur n'avait pas de bonne volonté, perle fine que les prophètes avaient découverte ailleurs. Vous subirez le même sort, vous qui êtes hostiles et incrédules à l'égard de la Parole de Dieu", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 106.3, vision du 13/02/1945). Les gens de Nazareth sont à bout, ils le menacent. Jésus est contraint de fuir la ville, protégé par Jacques et Jude Taddée les fils du défunt Alphée fils de Jacob, et aussi par leur frère Simon qui paraît décidément plus conciliant. Il se réfugie sur une hauteur près de la cité, tandis que les autres apôtres se sont éparpillés dans les alentours ("La foule s'agite et menace avec imprécations. Elle tente d'attraper Jésus, mais les apôtres cousins Jude [Thaddée], Jacques et Simon [désignation incorrecte de Maria Valtorta : Simon fils d'Alphée n'est pas apôtre, il est seulement le frère des apôtres Jude Thaddée et Jacques] le défendent. Alors les habitants de Nazareth furieux chassent Jésus hors de la ville, ils le poursuivent en l'agressant pas seulement verbalement, jusqu'au sommet d'une colline. Soudain Jésus se retourne et les immobilise de son regard magnétique, il passe indemne au milieu d'eux et disparaît en montant par un sentier. Je vois un très petit groupe de maison, un hameau dirions-nous aujourd'hui. Plus élevé que Nazareth, qu'on aperçoit en contrebas à quelques kilomètres. Très misérable. Jésus parle avec Marie [la Vierge], assis sur un muret, près d'une cabane. Peut-être est-ce un refuge, ou une maison amie selon les lois hospitalières orientales. Jésus s'y est réfugié après avoir été chassé de Nazareth. Il attend les apôtres qui se sont certainement éparpillés dans le voisinage. Jésus est près de sa mère. Les trois apôtres cousins [nouvelle désignation incorrecte de Maria Valtorta : Simon fils d'Alphée n'est pas apôtre] se trouvent dans la cuisine et parlent avec une femme âgée que [Jude] Thaddée appelle “mère”, la femme en question est donc Marie fills de Cléophas", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 106.4-5, vision du 13/02/1945). Dans la vision 107, il répond à l'invitation de Jeanne en se rendant à sa propriété de Tibériade, accompagné de sa mère Marie la Vierge et de sa tante Marie fille de Cléophas, où ils sont bien accueillis.


Jésus passe l'automne W-3 à prêcher en différents endroits de Galilée, dans les visions 108 à 110. Il croise un officier romain nommé "Publius Quintilianus", appartenant à la cohorte Italique rattachée à la Xème légion Fretensis (la même cohorte que le soldat Alexendre de faction à la porte des Poissons dans la vision 86), qui accepte de porter sur son char l'un des bergers de la Nativité agonisant (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 109.13-14, vision du 15/02/1945), en dialoguant respectueusement sur l'âme pendant qu'ils cheminent ensemble. Dans un prêche, Jésus trahit clairement ses visées politiques sous son apparence neutre : il dit à ses auditeurs que ceux qui ne volent pas, ne tuent pas, ne convoitent pas, etc., humiliés aujourd'hui, seront au pouvoir demain, tandis qu'Hérode-Antipas aujourd'hui au pouvoir - sous-entendu : Hérode-Antipas qui vole, tue, convoite, etc. - sera détrôné demain : "Vous qui êtes les derniers serez les premiers, et lui qui est le premier sera le dernier" ("Ceux qui auront honoré le Seigneur avec vérité et justice, et témoigné leur respect envers leurs géniteurs et parents, ceux qui n'auront rien volé (c'est-à-dire qui auront donné et affirmé ce qui est juste, même pour le travail des serviteurs), ceux qui n'auront pas tué quiconque ni la réputation de quiconque et n'auront pas eu le désir de tuer, même quand la cruauté pousse au dénigrement ou à la révolte, ceux qui n'auront pas tenu de faux serments, causé du tort à leur prochain, offensé la vérité, ceux qui n'auront pas commis d'adultère ni de péché de chair quel qu'il soit, ceux qui, doux et résignés, auront toujours accepté leur sort sans envier les autres, ceux-là auront le Royaume des Cieux, le mendiant même peut devenir là-haut un roi bienheureux, tandis que le tétrarque [Hérode-Antipas] sera réduit à moins que rien, à un sort pire que le néant : il sera une proie pour Mammon pour avoir agi contre la loi éternelle du Décalogue", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 109.5, vision du 15/02/1945).


A la fin de l'automne W-3, on revient à Jérusalem pour la fête de Soukkot. Jésus apprend que son cousin évadé Jean-Baptiste se cache quelque part en Samarie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 111.1, vision du 18/02/1945). Il passe par Jéricho, où il retrouve Judas magouillant on-ne-sait-quoi avec un publicain nommé "Zachée". Les deux hommes discutent sur une femme venue vendre un de ses bracelets (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 112.1, vision du 19/02/1945). Maria Valtorta voit cette femme de loin mais ne l'identifie pas, on apprendra plus tard qu'il s'agit d'Aglaé, la prostituée romaine au service de Shammaï fils d'Elchi dans l'ex-domaine de Zacharie à Hébron. Puis Jésus se rend à la maison de Lazare à Béthanie. Ce dernier et sa sœur Marthe sont abattus d'avoir appris via Judas que Jésus et les autres apôtres ont croisé leur sœur Marie-Madeleine en pleine séance de prostitution sur le lac de Galilée près de Tibériade (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 112.6, vision du 19/02/1945). Quelques jours plus tard, après la fête de Soukkot que Maria Valtorta ne relate pas, Jésus est de nouveau chez Lazare à Béthanie ("Je vois ce qui suit. Jésus est de nouveau chez Lazare. D'après ce que j'entends, je comprends que les tabernacles [la fête de Soukkot d'automne W-3] sont passés, et que Jésus est revenu à Béthanie sur l'insistance de son ami qui voudrait ne jamais s'en séparer. Je comprends que Jésus est chez Lazare avec seulement Simon [le zélote] et Jean, les autres sont disséminés dans la région", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 113.2, vision du 20/02/1945). Lazare lui dit qu'un des membres du Sanhédrin, Joseph d'Arimathie, s'intéresse au ministère, au grand dam des pharisiens venus de Galilée pour le dénigrer, et l'invite chez lui à Arimathie pour faire sa connaissance ("[Joseph d'Arimathie] n'ose pas le dire [c'est Lazare qui s'adresse à Jésus] parce qu'il craint le Sanhédrin dont il est membre et qui te hait déjà, mais il espère que tu es celui annoncé par les prophètes. Il m'a demandé de t'inviter afin qu'il puisse te rencontrer et te juger par lui-même, car ce que tes ennemis racontent sur toi ne lui paraît pas juste. Des pharisiens sont venus pour t'accuser de péché, mais Joseph a rétorqué : ‟Qui accomplit des miracles a Dieu avec lui, qui a Dieu avec lui ne peut pas pécher, au contraire il est nécessairement aimé de Dieu”. Il désire que tu ailles à Arimathie, dans sa maison. Voilà ce qu'il m'a chargé de te dire", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 113.3, vision du 20/02/1945). Il dit aussi que Nicodème, autre membre du Sanhédrin, est intéressé, mais juge sévèrement la présence de Judas dans le groupe apostolique ("‟Nicodème aussi est bon [c'est Lazare qui s'adresse à Jésus]. Mais il m'a dit… Puis-je te dire une critique sur l'un de tes disciples ?” ‟Dis. S'il est juste, son jugement sera juste. […]” ‟Il m'a dit : « Je ne critique pas la présence d'ignorants ni de publicains parmi les disciples du Messie, mais je trouve regretable que l'un d'eux ne sache pas s'il est pour lui ou contre lui, comme un caméléon prenant la couleur et l'aspect de ce qui l'entoure ».” ‟L'Iscariote [Judas]. Je sais. Mais croyez-moi tous. La jeunesse est un vin qui fermente puis s'éclaircit, pendant la fermentation il se gonfle et écume et déborde de tous côtés par exubérance de vie. Le vent du printemps secoue les arbres dans tous les sens, il semble ébouriffer follement les frondaisons, mais nous devons le remercier pour la fécondation des fleurs. Judas est vin et vent. Il n'est pas mauvais”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 113.4, vision du 20/02/1945). Jésus répond à l'invitation, il se rend à Arimathie (aujourd'hui Ramathaim-Zophim à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Jérusalem, alias "Nabi Samuel" en arabe car dans cette cité est né jadis le prophète Samuel, 31°49'59"N 35°10'48"E) pour y rencontrer Joseph d'Arimathie, il est accompagné de Lazare et des apôtres Simon le zélote et Thomas/Didyme (le premier est le voisin de Lazare à Béthanie, le second habite à Rama-en-Benjamin/Al-Ram à quelques kilomètres à l'est d'Arimathie ; on remarque que ces deux apôtres sont Judéens, tous les autres apôtres d'origine galiléenne n'ont pas été conviés). Joseph d'Arimathie de son côté a invité Nicodème et Gamaliel, ainsi que d'autres membres influents du Sanhédrin : Félix qui est un partisan du Judéen Jean-Baptiste et voit d'un mauvais œil son remplacement par le Galiléen Jésus, Simon ben Camit qui a été Grand Prêtre avant Caïphe, sans opinion, et Cornélius qui deviendra farouchement hostile à Jésus. Félix attaque d'emblée en comparant l'authenticité brute et solitaire de Jean-Baptiste aux accommodements de Jésus avec les prostituées (allusion à l'épisode de la prostituée de Chorazein/Chorazim) et son attitude de gourou au milieu de ses apôtres ("Le miracle n'est pas une preuve de sainteté, car la vie du prophète Jean[-Baptiste] en est dépourvue [c'est Félix qui s'adresse à Jésus, devant tous les convives]. Et personne, en Israël, ne mène une vie pareille à la sienne. Pour lui, pas de banquets, pas d'amitiés, pas d'intérêts personnels. Pour lui, souffrance et emprisonnement par respect pour la Torah. Pour lui, la solitude. Car s'il a bien des disciples il ne vit pas en communauté. Il trouve des fautes même chez les plus honnêtes et tonne contre tout le monde. Tandis que le rabbin de Nazareth ici présent, qui a accompli des miracles, aime les plaisirs de la vie : il ne dédaigne pas les amitiés et, c'est un ancien du Sanhédrin qui te le dit, abuse du nom de Dieu pour pardonner trop facilement et offrir l'amour à des pécheurs notoires et anathémisés. Tu ne devrais pas faire cela, Jésus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 114.6, vision du 21/02/1945). Gamaliel rappelle la séquence de la bar-mitsva, où il était présent au côté de son grand-père Hillel. Il dit avoir été impressionné alors par l'enfant Jésus qui avait réponse à tout (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 114.8, vision du 21/02/1945), mais qu'il attend toujours la preuve que le Jésus adulte est bien le Mashiah/Messie qu'il prétendait être à l'époque de sa bar-mitsva. Jésus répond : "Attends encore, je te promets que tu ne seras pas déçu". Gamaliel consent à attendre encore, et il s'éclipse avec ses collègues du Sanhédrin ("‟Grande est ta sainteté. Mais l'enfant auquel j'ai cru a dit : « Je donnerai un signe. Les pierres frémiront quand mon heure sera venue », et j'attends toujours ce signe pour croire pleinement. Peux-tu me le donner, toi qui prétends être l'Attendu ?” Les deux hommes maintenant debout, grands, solennels, l'un dans son ample vêtement de lin blanc, l'autre dans son simple habit de laine rouge foncé, celui-ci âgé, celui-là jeune, se regardent fixement de leurs yeux dominateurs et profonds. Puis Jésus abaisse le bras droit qui était plié sur sa poitrine et, comme s'il jurait, s'écrie : ‟Tu veux ce signe, et tu l'auras. Je répète mon ancien propos : « Les pierres du Temple du Seigneur frémiront à mes dernières paroles ». Attends ce signe, savant d'Israël, homme juste, et crois si tu veux obtenir pardon et salut. Bienheureux dès maintenant si tu pouvais déjà croire. Mais tu ne le peux pas. Des siècles d'erreurs sur une juste promesse et des amas d'orgueil te barrent comme un mur le chemin de la Vérité et de la Foi.” ‟Tu parles bien… J'attendrai donc ce signe… Adieu. Que le Seigneur soi avec toi”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 114.9, vision du 21/02/1945). On revient au Temple à Jérusalem. Un tumulte a lieu du côté de la forteresse Antonia : le soldat Alexandre - le même qui gardait la porte des Poissons en été W-3 dans la vision 86 -, vient de heurter accidentellement un enfant avec son cheval, il a appris que Jésus est présent dans le sanctuaire, il pénètre donc dans le sanctuaire interdit aux non-juifs pour chercher Jésus afin qu'il guérisse l'enfant, ce que Jésus fait (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 115.2, vision du 22/02/1945). On s'interroge une fois de plus sur la nature de ce prétendu miracle : en fait l'enfant percuté par le cheval est tombé, il a eu un bobo au crâne, le sang a coulé, Jésus s'est contenté de maintenir une compresse le temps que le sang coagule, et c'est tout. Les fonctionnaires du Temple accourent pour ordonner au Romain Alexandre de quitter le sanctuaire interdit aux non-juifs, et à Jésus d'arrêter d'y prêcher comme un hiérarque saducéen ou comme un rabbin pharisien alors qu'il n'a aucun de ces deux titres ("Brusquement arrivent comme un cyclone des officiers du Temple et des prêtres. ‟Le Grand Prêtre [Caïphe] t'ordonne par notre intermédiaire de sortir du Temple, toi et le païen profanateur. Tout de suite. Vous avez troublé l'offrande de l'encens. Celui-ci a pénétré dans un lieu réservé à Israël. Ce n'est pas la première fois qu'à cause de toi le Temple est chahuté. Le Grand Prêtre et les anciens de service te somment de ne plus mettre les pieds ici, à l'intérieur. Va et reste avec tes païens.” ‟Nous ne sommes pas des chiens, nous non plus ! C'est lui qui le dit : « Un seul Dieu a créé les juifs et les Romains » ! Si c'est sa Maison et si je suis sa créature, je peux y puis entrer moi aussi !", répond Alexandre, blessé par le mépris avec lequel les prêtres ont dit ‟païens”. ‟Tais-toi, Alexandre, je vais parler”, interrompt Jésus […]. Il s'adresse au groupe venu le chasser : ‟Personne ne peut interdire à un fidèle, à un vrai Israélite dont personne ne peut prouver qu'il est en état de péché, de prier près du Saint.” ‟Mais d'expliquer la Torah dans le Temple, oui ! Tu t'en es arrogé le droit illégalement et sans le demander ! Qui es-tu ? Qui te connaît ? Comment usurpes-tu un titre et une place qui ne t'appartiennent pas ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 115.3, vision du 22/02/1945). Jésus rétorque en réclamant l'identité de ceux qui leur ont demandé de le réduire au silence, ils répondent en donnant les noms de quatre notables, dont Félix qui était à la réunion chez Joseph d'Arimathie quelques jours auparavant. Jésus quitte le sanctuaire en lançant des imprécations contre eux ("‟Dites-moi, dit Jésus sévère mais calme, qui sont les anciens de service ?” ‟Doras et Félix de Judée, Joachim de Capharnaüm, et Joseph d'Iturée.” ‟Bien, je pars. Rapportez au trois accusateurs (car l'Ituréen n'est pas légitime) que le Temple n'est pas tout Israël et qu'Israël n'est pas le monde entier, et que la bave des reptiles même venimeuse ne submergera pas la Voix de Dieu, et son venin ne paralysera pas mes allées-et-venues parmi les hommes, tant que l'heure ne sera pas venue. Et dites-leur encore que les hommes jugeront les bourreaux et exalteront la Victime comme leur unique Amour. Vous, allez. Et nous, allons.” Jésus se revêt de son pesant manteau foncé et sort au milieu des siens", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 115.4, vision du 22/02/1945). On dîne au domaine de Gethsemani. Plusieurs apôtres disent qu'à Bethphagé, lieudit entre le domaine de Gethsemani à l'ouest et Béthanie à l'est (31°46'39"N 35°15'03"E), ils ont vu Publius Quintilianus - l'officier rencontré quelques semaines plus tôt en Galilée dans la vision 109 - escortant une aristocrate romaine, on apprendra plus tard que cette aristocrate est Claudia Procula l'épouse de Ponce Pilate (Maria Valtorta suit ainsi la thèse du faussaire Jerónimo Román de la Higuera et de la romancière Eveline Ribbecourt/Mathilde Bourdon évoqués précédemment). Pour l'anecdote, via une allusion à Ganymède l'éromène des dieux (la culture grecque est passée dans le monde juif !), Judas moque l'homosexualité de Jean fils de Zébédée qui a regardé davantage Jésus que Claudia Procula ("[Les apôtres] [lors du dîner à Gethsemani] parlent de la guérison d'un lépreux survenue près des tombeaux sur la route de Bethphagé. ‟Il y avait aussi un centurion romain [Publius Quintilianus] qui regardait, dit [Nathanaël] Barthélemy. […] Et une dame romaine [Claudia Procula] dans sa litière. C'était bien une femme : ses rideaux étaient baissés mais elle regardait au dehors par intermittence.” ‟Je l'ai remarquée également !”, dit Thomas[/Didyme]. Jean [fils de Zébédée] intervient : ‟Oui, elle était au début du tournant. Elle a ordonné de s'arrêter quand le lépreux a crié : « Fils de David, aie pitié de moi ! ». Un rideau a bougé et je l'ai vue t'observer avec une loupe précieuse, ensuite elle a eu un rire ironique. Mais quand elle a constaté que tu l'as guéri sur un seul mot, elle m'a appelé pour m'interroger : « C'est donc lui qu'on désigne comme le vrai Messie ? ». J'ai répondu oui. Elle m'a demandé : « Tu es avec lui ? », puis : « Est-il vraiment bon ? »”. ‟Alors tu l'as vue. Comment était-elle ?”, demandent [Simon-]Pierre et Judas. ‟Bah… Comme une femme…” ‟Bonne description !”, rit [Simon-]Pierre. Judas poursuit : ‟Elle était belle, jeune, riche ?”. ‟Oui, il me semble qu'elle était jeune, et belle aussi. Mais je regardais toujours vers Jésus plutôt que de son côté. Je voulais voir si le rabbin se remettait en route.” ‟Imbécile !”, murmure Judas entre ses dents. [la traduction exacte, qui prouve indirectement l'hétérosexualité de Judas, serait plutôt : "Pédé !"…] ‟De quoi ? intervient Jacques fils de Zébédée pour le défendre. Mon frère n'est pas un Ganymède en quête d'aventures ! Il a répondu par politesse, mais il n'a pas manqué à sa première qualité !” ‟Laquelle ?”, demande Judas. ‟Celle d'un disciple qui garde pour son maître son unique amour !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 116.1, vision du 24/02/1945). Durant la nuit, Jésus reçoit la visite de Nicodème, qui lui propose d'augmenter son audience et son pouvoir en profitant de la protection de Lazare et de quelques membres du Sanhédrin intéressés par son ministère, dont lui-même, mais Jésus le repousse par un discours nazaréen rappelant la Lumière contre les Ténèbres, et sa prétention d'être le Mashiah/Messie sauveur annoncé par Isaïe I ("‟Quel est mon nom, Nicodème ?” ‟Jésus.” ‟Non. Sauveur ["Natsar" en hébreu, allusion à Isaïe I 11.1 que nous avons commenté dans notre paragraphe précédent]. Je suis le Salut. Celui qui ne me croit pas, refuse son salut, il est déjà jugé par la justice éternelle. Et voici ce jugement : « La Lumière a été envoyée à toi et au monde [Isaïe II 49.6] pour vous sauver, mais toi et le monde avez préféré les Ténèbres à la Lumière, parce que vous préférez les œuvres mauvaises auxquelles vous êtes habitués aux bonnes œuvres auxquelles il faut s'attacher pour devenir saint ». Vous avez haï la Lumière parce que les malfaiteurs aiment les Ténèbres pour commettre leurs crimes, vous avez fui la Lumière afin qu'elle ne révèle pas vos plaies cachées. Je ne te vise pas spécialement, Nicodème. Mais c'est la vérité. Et la punition sera en proportion de la condamnation, individuelle et collective”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 116.10, vision du 24/02/1945). Le jour levé, Jésus va à la maison de Lazare à Béthanie voisine. Il lui déclare sa volonté de quitter Jérusalem qui le dégoûte, et de prendre la succession de Jean-Baptiste sur les rives du Jourdain. Lazare lui propose de s'installer dans l'une des ses propriétés dite "Belle-eau" près d'Archélais/Al-Auja. Jésus accepte la proposition ("‟Lazare, j'ai décidé de m'éloigner de Jérusalem. […] Je vais du côté d'Ephraïm, entre cette cité et le Jourdain. Là j'évangéliserai et je baptiserai comme [Jean] le Baptiste.” ‟Près de cette cité je possède une petite maison, un abri pour les outils des travailleurs. De temps à autre ils y dorment, à la fenaison et aux vendanges. Elle est misérable. Un simple toit sur quatre murs. Mais elle m'appartient et tout le monde le sait : ce sera un épouvantail pour les chacals… Accepte, seigneur. J'enverrai des serviteurs la mettre en état.” ‟Inutile. Si tes paysans y dorment, elle ira bien aussi pour nous”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 117.3, vision du 25/02/1945). Il imitera Jean-Baptiste, mais avec un toit sur la tête, prêté gracieusement par le fils d'un ancien haut auxiliaire des Romains…


Le groupe apostolique s'installe à Belle-eau. Maria Valtorta décrit longuement la propriété confiée par Lazare : un bâtiment principal avec une pièce à vivre, deux autres pièces servant de chambres, anciens ateliers ou magasins, et une quatrième pièce vide, ancienne étable avec des anneaux au mur pour accrocher les animaux, un hangar perpendiculaire à ce bâtiment principal, ouvert sur trois côtés, un abreuvoir et un puits entre le bâtiment et le hangar (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 118.1, vision du 26/02/1945). Les apôtres s'organisent pour une implantation durable, à l'instar de n'importe quels membres d'une secte qui utopisent, à la fois enthousiastes et inquiets sur l'avenir, notamment Judas qui trouve que la création de ce foyer sur les bords du Jourdain ne cadre pas avec ses rêves de révolution et de putsch à Jérusalem. En guise de prêche d'inauguration, Jésus développe sa métaphysique : il dit que l'âme survit après avoir habité un corps, mais elle meurt quand elle se comporte mal ("L'homme se trompe sur ce que recouvre les mots “vie” et “mort”. Il appelle “vie” le temps où, enfanté par sa mère, il commence la respiration, l'alimentation, le mouvement, la pensée, l'action, et il appelle “mort” le moment où il cesse de respirer, de manger, de bouger, de penser, d'agir, et devient une dépouille froide et insensible pour retourner dans un sein, celui du tombeau. Mais ce n'est pas exact. Je veux vous enseigner la “vie”, vous indiquer les œuvres qui conviennent à la vie. La vie n'est pas l'existence, l'existence n'est pas la vie. La vigne qui s'attache à cette colonne existe, mais elle n'a pas la vie dont je parle. Cette brebis qui bêle attachée à l'arbre là-bas existe aussi, mais elle n'a pas la vie dont je parle. La vie dont je parle ne commence pas avec l'existence et ne prend pas fin en même temps que la chair. La vie dont je parle ne commence pas dans un sein maternel. Elle commence quand, dans la Pensée de Dieu, naît une âme créée par lui pour habiter une chair. Elle prend fin quand le péché la tue. […] La vie commence avant la naissance. Ensuite la vie n'a pas de fin, car l'âme ne meurt pas, elle ne s'anéantit pas. La vie succombe à son destin qui est céleste, mais elle survit à son châtiment si elle l'a mérité, ou elle meurt avec ce destin quand elle est morte à la Grâce bienheureuse. Atteinte par la gangrène du destin, elle se prolonge le long des siècles dans la damnation et le tourment, ou au contraire dans la perfection éternelle et bienheureuse comme son Créateur quand elle s'est conservée telle qu'elle a été créée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 118.6, vision du 26/02/1945). L'agitation et le bouche-à-oreille attirent les curieux. Un homme se présente, atteint de gangrène aux jambes (une fausse "gangrène" équivalente à la fausse "lèpre" de Simon le zélote ?), Jésus le conduit vers le Jourdain, dit une formule, tel un banal rebouteux, et l'homme ressort du fleuve sans béquilles (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 119.7, vision du 27/02/1945). Les apôtres craignent que trop de gens viennent à Belle-eau supplier Jésus de les guérir, il leur répond que dorénavant ils baptiseront et guériront avec lui pour l'aider (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 119.9, vision du 27/02/1945). Les apôtres voient juste : les quelques curieux venus initialement sont suivis par "une centaine de personnes" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 120.6, vision du 28/02/1945), puis par une foule d'"au moins trois cents personnes" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 122.6, vision du 03/03/1945). Belle-eau devient un hospice pour malades de corps et malades d'esprit. Le fonctionnement est bien sectaire : tout est commun, aucune intimité. Les femmes sont les plus faciles à convaincre, par la manipulation des sentiments. Maria Valtorta rapporte une femme "guérie" par simple apposition de la main de Jésus sur sa poitrine, si impressionnée qu'elle veut rompre avec son fiancé et se donner à Jésus ("J'ai vu mon fiancé, je lui ai dit : “Ecoute, Samuel. Sans le miracle, je serais morte en quelques mois et tu m'aurais perdue pour toujours. Maintenant je souhaite offrir un sacrifice avec toi pour dire à Dieu que je le loue et le remercie”. Samuel a répondu aussitôt, car il m'aime : “Allons au Temple ensemble immoler la victime”. Mais ce n'est pas ce que je veux. Je suis pauvre et fille du peuple, mon Seigneur. Je suis ignorante et j'ai peu de moyens. Par ta main posée sur ma poitrine malade, une chose est venue non seulement dans mes poumons rongés mais encore à l'intérieur de mon cœur : dans les poumons la santé, dans le cœur la sagesse. Et le sacrifice d'un agneau n'est pas le sacrifice voulu par mon esprit qui t'aime. Je pense plutôt à un don spirituel, comme ce qui vient de Dieu, c'est-à-dire le sacrifice de suspendre mes noces pour l'amour de toi, mon Sauveur", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 156.3-4, vision du 06/05/1945). Ces femmes sont ensuite utilisées comme rabateuses pour attirer d'autres femmes ("Les misères infinies du monde peuvent être soignées par une femme beaucoup mieux que par un homme, puis être amenées à l'homme pour la guérison complète. Beaucoup de cœurs, spécialement des cœurs féminins, s'ouvriront à vous, femmes disciples. Vous devez les accueillir, comme des chers enfants dévoyés revenant à la maison paternelle et n'osant pas affronter leur père. Vous serez celles qui réconfortent le coupable et amadouent le juge. Beaucoup qui cherchent Dieu viendront à vous. Vous les accueillerez comme des pèlerins fatigués en leur disant : “C'est ici la maison du Seigneur. Il vient tout de suite” et en les entourant de votre amour pendant qu'ils attendent. Si ce n'est pas moi, ce sera un de mes prêtres qui viendra", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 157.5, vision du 07/05/1945). Parmi elles, on trouve la mère d'un "Philippe fils de Jacob" d'Arbèla/Irbid : ce Philippe, l'un des futurs sept premiers diacres, est un vaurien, Jésus dit à la mère qu'elle doit simplement aimer son fils pour le guérir, il lui promet de passer la visiter à Arbèla/Irbid dès qu'il en aura l'occasion ("‟J'ai un fils qui a le cœur malade. S'il t'avait entendu parler des parents ! C'est mon tourment. Il s'est fourvoyé avec des mauvais camarades et il est exactement comme tu dis : voleur, dans la maison pour l'instant, mais il aime la bagarre, il veut dominer… Il ruine sa jeunesse dans la luxure et les ripailles. Mon mari veut le chasser. Moi, je suis sa mère, et je souffre à en mourir. Tu vois combien je suis angoissée ? Mon cœur se brise, par tant de douleur. Depuis hier je veux te parler, car j'espère en toi, mon Dieu. Mais je n'ose rien dire. C'est si douloureux pour une mère de dire : « J'ai un fils cruel ! »” La femme pleure, courbée et dolente devant Jésus. ‟Ne pleure plus. Il guérira de son mal.” ‟S'il pouvait t'entendre, oui. Mais il ne veut pas t'écouter. Il ne guérira jamais !” ‟As-tu foi en lui ? Le veux-tu pour lui ?” ‟Tu me le demandes ! Je viens de haute Pérée pour te prier en sa faveur…” ‟Alors, va. Quand tu arriveras à ta maison, ton fils viendra à ta rencontre, repenti.” ‟Mais comment ?” ‟Comment ? Tu penses que Dieu ne peut faire ce que je lui demande ? Ton fils est là-bas, je suis ici, mais Dieu est partout. Je dis à Dieu : « Père, pitié pour cette mère », et Dieu intervient dans le cœur de ton fils. Va, femme. Un jour je passerai dans ton pays et toi, fière de ton garçon, tu viendras à ma rencontre avec lui”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 122.13, vision du 03/03/1945). Cinq membres du Sanhédrin viennent dénoncer la présence de la prostituée romaine Aglaé parmi la foule, ils sont vite dégagés par les apôtres (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 123.7, vision du 04/03/1945). Pourtant ils ont raison : Judas confirme avoir remarqué Aglaé près de Belle-eau, vivant comme une miséreuse dans une cabane de fortune à proximité ("‟Je sais où [Aglaé] habite. Je l'ai suivie un soir… pour prendre de l'eau, et j'ai compris qu'elle va au puits dans le noir. Un matin, j'ai trouvé par terre une épingle à cheveux en argent sur le bord du puits, c'est elle qui l'a perdue. Elle vit dans une petite cabane de bois dans le bois. Peut-être un réduit servant aux paysans. A moitié pourri. Elle l'a couvert de branches en guise de toit. C'est peut-être pour ça qu'elle a pris le fagot. Une tanière, juste bonne pour un gros chien ou un tout petit âne. Je ne sais comment elle peut y rester. C'était un soir avec un clair de lune, et j'ai bien vu. La cabane est à moitié enfouie dans des ronces, mais vide à l'intérieur, et sans porte. Tout cela m'a amené à revoir mon jugement : ce n'est pas une femme de mauvaise vie.” ‟Tu n'avais pas à la suivre. Sois sincère : n'as-tu rien fait de plus ?” ‟Non, rabbin. Je voulais la voir depuis Jéricho, où j'ai remarqué sa démarche si légère quand elle se déplace ou quand elle s'affaire, elle est souple, et belle, on le devine malgré ses vêtements. Mais je ne l'ai pas observée quand elle s'est couchée à terre. Elle a peut-être quitté son voile, mais je l'ai respectée…” Jésus le regarde fixement, puis il conclut : ‟… et tu en as souffert. Mais tu as dit la vérité. Et moi je suis content de toi. La prochaine fois, être bon te coûtera moins, l'important est d'avoir fait le premier pas. Bravo, Judas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 124.3, vision du 05/03/1945). On s'inquiète pour elle à cause d'un violent orage qui grossit les eaux du Jourdain, on craint que sa cabane misérable soit emportée et qu'elle se retrouve sans abri, mais Jésus commande aux apôtres de la laisser décider seule si elle veut être secourue ou non (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 124.5, vision du 05/03/1945). On apprendra plus tard que cet orage a impacté toute la région au nord-ouest de la mer Morte, il a provoqué notamment l'effondrement de la maison des parents du jeune Jabé/Margziam, futur fils adoptif de Simon-Pierre et futur martyr sous le surnom "Martial", du côté d'Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba ("On nous a montré [c'est Jésus qui s'adresse à Judas] les dégâts causés aux pauvres maisons de ce pays par l'eau, la terre et les arbres. L'eau, la terre, les arbres sont choses utiles et bénies, n'est-ce pas ? Pourtant elles sont devenues maudites. Pourquoi ? Parce que le cours du torrent n'était pas correctement réglé, à cause des négligences des hommes il a creusé plusieurs lits selon son caprice. C'était beau, avant l'orage. C'était un travail de joaillerie, cette eau claire se déversant sur la colline en petites rivières, parures de diamant ou colliers d'émeraude selon ses reflets de lumière ou ses ombres de bosquets, et les hommes s'en réjouissaient parce que ces veines d'eau bruissantes irriguaient leurs champs. Comme ils étaient beaux, les arbres agités au gré du vent, çà et là en groupes imprévus, laissant des clairières pleines de soleil ! Comme elle était belle, la terre légère et fertile déposée par les alluvions lointaines parmi les nombreuses ondulations de la colline ! Mais un orage a suffi, le mois dernier [ce discours date de début janvier W-2, l'orage date de début décembre W-3, avant Hanoukka], pour que les capricieuses dérivations du torrent s'unissent et débordent en désordre en suivant un autre cours, entraînant les arbres dispersés et charriant vers le bas les monceaux de terre arrachés au terrain. Si on avait entretenu le lit, si les arbres avaient été groupés en bosquets réguliers, si la terre avait été maintenue par des terrasses bien disposées, ces trois bons éléments : eau, terre et arbres, ne seraient pas devenus ruine et mort pour ce pays", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 139.2, vision du 17/04/1945). Le vieux chef de la synagogue d'Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, nommé "Cléophas" (à ne pas confondre avec son homonyme Cléophas mère de Marie la tante de Jésus !), vient d'ailleurs à Belle-eau écouter Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 126.1, vision du 10/03/1945), peut-être dans l'espoir d'un réconfort après l'orage qui a dévasté sa région. On reçoit aussi Manahen, frère de lait d'Hérode-Antipas (lui et Hérode-Antipas ont été élevés par la même nourrice) qui, par Jean-Baptiste qu'il a vu en prison avant son évasion, et par Chouza l'administrateur d'Hérode-Antipas, a entendu le nom de Jésus et désiré s'informer sur lui (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 121.3, vision du 01/03/1945). Des gens ayant rencontré Jean-Baptiste en Samarie prétendent que celui-ci accepte son effacement au profit de Jésus. D'autres affirment que beaucoup de chefs pharisiens sont agacés par le succès médiatique du ministère à Belle-eau ("‟J'étais auprès de Jean[-Baptiste], il m'a dit : « Va vers Celui qui parle et baptise près d'Ephraïm et de Jéricho. Lui a le pouvoir de lier et de délier, tandis que moi je dis seulement : ″Repends-toi pour rendre à ton âme l'agilité qui lui indiquera le chemin du salut″ »”. C'est un des miraculés qui parle. Juste avant il marchait avec des béquilles, maintenant il n'en a plus besoin pour se déplacer. ‟Le Baptiste ne souffre pas que la foule le quitte ?”, demande quelqu'un. Celui qui a parlé précédement répond : ‟Souffrir ? Il dit à tous : « Allez. Moi je suis l'astre qui descend, lui est l'astre qui monte et se fixe dans son éternelle splendeur. Pour ne pas rester dans les Ténèbres, allez vers lui avant que mon lumignon s'éteigne ».” ‟Ce n'est pas ce que déclarent les pharisiens ! Eux sont pleins de rancœur parce que tu attires les foules, sais-tu ?” ‟Je sais”, répond brièvement Jésus. Une discussion s'engage sur les raisons et les actes des pharisiens. Mais Jésus coupe court par un : ‟Ne critiquez pas” qui n'admet pas de réplique", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 122.9, vision du 03/03/1945). L'un de ces chefs pharisiens nommé "Doras", membre du Sanhédrin, très hostile à Jésus, malade et en quête d'un médecin, se présente à Belle-eau pour exiger l'aide de Jésus. Mais il meurt subitement, sa mort apparaît au yeux de tous comme la punition de son mauvais comportement contre Jésus, et ce dernier ne dément pas (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 126.10, vision du 10/03/1945). Un peu plus tard, on reçoit Siméon, Jean et Tobie/Matthias, les trois ex-bergers de la Nativité devenus fonctionnaires à Machéronte, qui s'inquiètent de la traque lancée par Hérode-Antipas contre Jean-Baptiste en fuite ("‟Pourquoi venez-vous me voir ? Un malheur pour [Jean] le Baptiste ?” ‟Non, rabbin. Nous sommes venus avec sa permission. Il te salue et te dit de recommander à Dieu le lion poursuivi par les archers. Il n'a pas d'illusions sur son sort, mais pour l'heure il est libre. Et il est heureux car il sait que tu as beaucoup de fidèles, même ceux qui l'ont suivi d'abord. Rabbin, nous brûlons aussi de l'être, mais… nous ne voulons pas l'abandonner tant qu'il est poursuivi. Comprends-nous…”, dit Siméon. ‟Bien sûr je vous bénis pour ce que vous faites. Le Baptiste mérite tout respect et tout amour”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 127.1, vision du 11/03/1945), ils expliquent que le pharisien Doras est allé demander à Jean-Baptiste de le guérir, mais Jean-Baptiste l'a chassé, alors Doras s'est résigné à aller vers Jésus et doit arriver prochainement, Jésus leur apprend que Doras est déjà venu et est mort subitement ("‟Il y a quelques jours, le pharisien Doras est venu pour se purifier. Mais [Jean] le Baptiste lui a refusé le baptême en disant : « L'eau ne pénètre pas avec une pareille croûte de péchés. Un seul peut te pardonner : le Messie ». L'autre a répondu : « J'irai le trouver. Je veux guérir, et je pense que ce mal vient de son maléfice ». Alors [Jean] le Baptiste l'a chassé comme il aurait chassé Satan. En partant, l'autre a croisé Jean [berger de la Nativité] venu voir son parent Jonas [autre berger de la Nativité], et lui a dit : « J'y vais. Tout le monde y va. […] S'il me guérit et retire l'anathème de mes terres, creusées comme par des machines de guerre par des armées de taupes, de vers et de courtilières qui vident les graines et rongent les racines des arbres fruitiers et des vignes, qu'on n'arrive pas à éliminer, je deviendrai son ami, sinon malheur à lui ! ». Nous lui avons répondu : « Tu y vas avec de tels sentiments ? ». Et lui : « Qui a foi en ce satanisé ? Il accueille les prostituées, il peut bien s'allier à moi ». Nous avons voulu te prévenir, pour que tu saches à quoi t'attendre avec Doras.” ‟Tout est déjà fait.” ‟Déjà fait ? Ah, c'est vrai que lui a des chars et des chevaux, nous n'avons que nos jambes. Quand est-il venu ?” ‟Hier.” ‟Et qu'est-il arrivé ?” ‟Si vous avez l'intention de vous occuper de Doras, allez à sa maison de Jérusalem, participer au deuil. On le prépare pour le tombeau.” ‟Mort !” ‟Mort. Ici. Mais ne parlons plus de lui”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 127.2, vision du 11/03/1945). Un Romain vient demander la guérison de son frère dont l'esprit divague, Jésus consent. C'est une évolution dans le ministère, non plus destiné aux seules "brebis perdues d'Israël" mais ouvert désormais à "toutes les nations" sous le Ciel ("Qu'est-ce que l'âme ? Et d'où vient-elle ? L'âme est l'essence spirituelle de l'homme. C'est elle qui, à l'âge mûr, investit, accompagne, anime toute la vie de la chair et continue à vivre lorsque la chair n'est plus, car elle est immortelle comme Dieu qui l'a créée. Puisqu'un seul Dieu existe, les âmes des païens ne se distinguent pas des âmes des non-païens, elles n'ont pas été fabriquées par d'autres dieux. Une seule force engendre les âmes : celle du Créateur, de notre Dieu unique, puissant, saint, bon, n'ayant pas d'autre passion que l'Amour. […] Que croyez-vous ? Que je suis venu seulement pour Israël ? Je suis celui qui rassemblera toutes les nations sous le Ciel", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 129.5, vision du 13/03/1945). Pour l'anecdote, dans son dialogue avec ce Romain, Jésus cite deux vers ("Ta bonté brille par tes dons à tous les vivants, apportant le nécessaire à chaque homme. Et ta sagesse est manifestée par tes dons comme la puissance est manifesté par l'accomplissement de ta volonté") d'un poète non-identifié que Maria Valtorta écrit "Galeno" en italien (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 129.2, vision du 13/03/1945) : évidemment sans rapport avec le célèbre médecin "Galien" actif à la fin du IIème siècle, "Galeno" est peut-être une corruption homophonique de Caius Cornelius "Gallus/Gallo" en latin, premier gouverneur romain d'Egypte après le suicide de Marc-Antoine en -30, et poète auteur d'élégies et d'épyllions dont rien n'a survécu mais encore bien connues au début du Ier siècle puisque Virgile dans l'églogue 10 de ses Bucoliques cite l'une de ces élégies consacrée aux amours entre Caius Cornelius Gallus et une nommée "Lycoris", cela témoigne encore de l'influence païenne à laquelle Jésus a été soumis dans sa jeunesse à Sepphoris, et plus généralement dans le Levant du début de l'ère impériale toujours imprégné d'hellénisme et régi par Rome. Jean fils de Zébédée, Simon le zélote et Judas reviennent de Jérusalem où ils ont effectué un cours séjour. Ils apportent une lettre de Marie la Vierge transmise par Jonathas. Judas explique que Chouza a missionné son intendant Jonathas pour qu'il prépare sa résidence secondaire à Jérusalem afin d'y installer sa femme Jeanne, car il ne veut plus que Jeanne fréquente la débauchée Hérodiade ("En chemin près de Béthanie nous avons croisé Jonathas, qui allait chez Lazare avec la lettre et beaucoup d'autres choses. Jonathas se rendait à Jérusalem car Chouza veut remettre en ordre sa propriété. Hérode[-Antipas] arrive peut-être de Tibériade et Chouza ne veut pas que sa femme [Jeanne] approche Hérodiade", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 133.3, vision du 18/03/1945). Dans sa lettre, Marie la Vierge dit qu'elle restera à Nazareth pour la fête d'Hanoukka fin décembre W-3 avec sa belle-sœur et voisine désormais veuve Marie fille de Cléophas, en regrettant que, pour la première fois depuis sa naissance, Jésus ne sera pas à ses côtés ("Jeanne voulait que j'aille chez elle [à Jérusalem] afin de ne pas rester seule pendant la fête des Lumières [Hanoukka], mais je préfère rester ici [à Nazareth] avec Marie [fille de Cléophas] pour allumer les lumières. Pour moi et pour toi. Mais même si j'étais la plus grande reine de la terre et si je pouvais allumer des milliers et des dizaines de milliers de lumières, je serais dans la nuit parce que tu n'es pas ici. Quand j'étais dans la grotte obscure [lors de la naissance de Jésus à Bethléem], j'étais dans la parfaite Lumière parce que je t'avais sur mon cœur, pour moi et pour le monde. Pour la première fois je me dis : ‟'Mon enfant aujourd'hui a une année de plus” et je ne l'ai pas avec moi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 133.4, vision du 18/03/1945). Elle est fière de lui, et en même temps inquiète : Joseph fils d'Alphée, lors d'un voyage d'affaires à Jérusalem, a été convoqué par le Sanhédrin, qui l'a sondé sur ses liens avec Jésus ("Joseph fils d'Alphée veut que tu saches que, lors d'un récent voyage d'affaires qu'il a effectué à Jérusalem, il a été arrêté et menacé à cause de toi. C'étaient des hommes du Grand Conseil. Je pense qu'il leur avait été signalé par un notable d'ici. Car qui peut savoir que Joseph est chef de famille et ton frère [en réalité cousin] ?", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 133.4, vision du 18/03/1945). Judas prolonge l'inquiétude de Marie la Vierge en disant que Joseph d'Arimathie et Lazare lui ont rapporté que la mort de Doras a suscité beaucoup de questions dans le Sanhédrin, qui projette de profiter de la fête d'Hanoukka pour venir arrêter Jésus à Belle-eau, en conséquence Joseph d'Arimathie et Lazare conseillent à Jésus et aux apôtres de fuir Belle-eau ("Joseph [d'Arimathie] et Lazare te supplient de partir dès maintenant, pendant la fête. Ne reste pas ici, rabbin. Pour ton bien. Les amis de Judas ont dit aussi : “Décision a été prise [par les sanhédristes hostiles au ministère] de venir le surprendre [Jésus] pour l'accuser, précisément durant les jours de fête car le peuple est dispersé, donc qu'il se retire pour tromper ces vipères. La mort de Doras a excité leur venin et leur peur. Car ils sont bien animés par la peur, en plus de la haine. La peur les amène à voir des choses qui n'existent pas, et la haine, à dire des mensonges”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 133.5, vision du 18/03/1945). Jésus accepte de se réfugier temporairement à Béthanie auprès de Lazare où il sera en sécurité. Il passe par Doco (peut-être Khirbat al-Mafjar au nord-est de Jéricho, où se trouve le palais du calife Hicham datant du VIIIème siècle, aménagé sur les restes d'un hameau antique, 31°52'55"N 35°27'35"E), on ignore s'il traverse Jéricho ou s'il contourne la cité pour ne pas risquer d'être intercepté en chemin (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 133.7, vision du 18/03/1945). Arrivé à Béthanie, il refuse l'hospitalité que lui offre Lazare, afin de ne pas l'impliquer outre mesure, il choisit de s'installer dans la propriété de l'apôtre Simon le zélote contiguë à celle de Lazare ("‟N'as-tu pas trouvé la paix dans ma maison ?” [c'est Lazare qui s'adresse à Jésus] ‟Une grande paix, après Nazareth c'est l'endroit qui m'est le plus cher. Mais réponds-moi : pourquoi m'as-tu demandé de quitter Belle-eau ? A cause du piège qu'on y prépare, n'est-ce pas ? Je profite des terres de Lazare, et je permettrais que Lazare soit insulté dans sa propre maison ? Tu crois qu'ils te respecteraient ? Pour me fouler aux pieds, ils passeraient même sur l'Arche Sainte… Laisse-moi pour l'instant. On verra ensuite. Du reste, rien ne m'empêche de prendre les repas chez toi, et rien n'empêche que tu me visites. L'important est qu'on dise : « Il réside dans la maison d'un de ses disciples »”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 135.2, vision du 21/03/1945). Il prêche aux habitants de Béthanie venus le voir, Lazare remarque que sa sœur Marie-Madeleine se cache parmi les auditeurs (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 135.7, vision du 21/03/1945). Après la fête d'Hanoukka, on revient à Belle-eau, fin décembre W-3 ou début janvier W-2. On constate qu'Aglaé a disparu. André se renseigne auprès du régisseur du domaine, resté sur place pendant que Jésus et les apôtres étaient à Jérusalem : celui-ci raconte que des pharisiens sont arrivés à Belle-eau juste après leur départ, dans l'intention d'arrêter Jésus selon leur projet, et, n'ayant trouvé personne, se sont vengés en maltraitant tous ceux qu'ils ont découverts dans les environs, dont Aglaé, qu'ils ont voulu lapider mais qui a réussi à s'enfuir sous la protection du régisseur, ils se sont acharnés également sur le jeune Timon chef de la synagogue d'Archélais/Al-Auja (l'un des futurs sept premiers diacres) pour l'obliger à maudir Jésus, mais Timon a résisté et attend désormais son anathème du Temple en punition ("Trois jours après notre départ, des pharisiens sont venus pour te chercher [c'est André qui s'adresse à Jésus]. Ils ne nous ont pas trouvés, naturellement. Ils ont traversé la région, exploré les maisons de la campagne en prétextant être pressés de te voir, mais personne ne les a cru. Ils se sont installés à l'auberge en expulsant tous ceux qui s'y trouvaient, arguant qu'ils ne voulaient pas de contacts avec des étrangers inconnus pouvant les profaner. Tous les jours, ils sont revenus à la maison [de Lazare à Belle-eau, où s'est installé le groupe apostolique]. Après quelques jours, ils ont trouvé la pauvrette [Aglaé], toujours présente dans l'espoir de te voir et obtenir ta paix. Ils l'ont chassée, l'ont poursuivie jusqu'à son refuge dans l'étable du régisseur. Ils ne l'ont pas attaquée tout de suite, parce que lui est sorti avec ses fils armés de matraques. Mais le soir, quand elle est sortie, ils sont revenus avec d'autres. Elle est allée à la fontaine, ils lui ont jeté des pierres en l'appelant “prostituée” et en la montrant du doigt pour que le pays la méprise. Elle s'est enfuie, ils l'ont rejointe, maltraitée, lui ont arraché son voile et son manteau pour que tout le monde la voie. Ils l'ont frappée, s'imposant par leur autorité au chef de la synagogue pour qu'il la maudisse et ordonne sa lapidation, et qu'il te maudisse toi également qui l'a attirée dans le pays. Mais il ne leur a pas obéi, et maintenant il attend l'anathème du Sanhédrin. Le régisseur l'a arrachée aux mains de ces canailles et l'a secourue. Elle est partie pendant la nuit, laissant un bracelet avec un mot sur un morceau de parchemin : “Merci. Prie pour moi”. Le régisseur dit qu'elle est jeune et très belle, bien que très pâle et amaigrie. Il l'a cherchée dans la campagne car elle était sérieusement blessée. Il ne l'a pas retrouvée. Et il ne sait pas comment elle a pu aller loin. Peut-être est-elle morte quelque part", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 137.3, vision du 15/04/1945). Puis Judas arrive en courant, avec des traces de lutte, il annonce que les pharisiens sont toujours dans les parages et guettent le retour de Jésus et des apôtres à Belle-eau, Judas a surpris l'un d'eux, le rabbin Zadok (de la tribu de Benjamin selon une incidence du Talmud de Babylone, Moëd, Taanit 12a, ancien élève de Gamaliel ; son fils Eleazar rapporte des anecdotes sur les visites de son père Zadok à Gamaliel dans sa jeunesse ["Rabbin Eleazar ben Zadok a dit : “A plusieurs reprises j'ai accompagné mon père le rabbin Zadok chez le rabbin Gamaliel et j'ai constaté que la pièce où se trouvaient les lits de fête n'était pas balayée. On procédait de la façon suivante : la pièce était balayée la veille de la fête, on étendait des draps dessus pour la protéger, et le lendemain on retirait les draps avant la venue des invités, ainsi la pièce était propre”", Talmud de Babylone, Moëd, Beitsa 22b ; "Rabbin Eleazar ben Zadok a dit : “A plusieurs reprises, j'ai accompagné mon père chez le rabbin Gamaliel et j'ai constaté qu'on ne déposaient pas d'encens sur des charbons ardents pendant les fêtes, on utilisait des ardaskaots [récipient perforé dans lequel on met des charbons] en fer qu'on remplissaient de fumée parfumée la veille de la fête, on bouchait les trous pour empêcher le parfum de s'échapper, qu'on rouvrait le lendemain avant la venue des invités, libérant ainsi le parfum dans toute la maison qui s'embaumait”", Talmud de Babylone, Moëd, Beitsa 22b]), qui l'a agressé (ou qui s'est défendu après avoir été agressé par Judas ?). Judas supplie Jésus d'abandonner Belle-eau pour échapper à ses poursuivants, et aussi parce que plus personne ne viendra à Belle-eau désormais assiégée par les pharisiens ("‟Les pharisiens sont dans le pays, et tous les jours ils viennent à la maison [de Lazare à Belle-eau, où s'est installé le groupe apostolique]. Ils t'attendent pour te maltraiter. Ils chassent ceux qui veulent te voir, ils les effrayent avec des anathèmes horribles. Que veux-tu faire ? Ici tu seras persécuté et ton travail sera neutralisé. L'un d'eux m'a vu et m'a attaqué. Un vilain vieux au gros nez qui me connaît [Zadok] parce qu'il est l'un des scribes du Temple. Il m'a griffé et insulté de sa voix de faucon. Regarde (il désigne son poignet et une joue où on voit clairement la trace des ongles). Je l'ai laissé faire. Mais quand il a bavé sur toi, je l'ai pris au collet…” ‟Judas !”, crie Jésus. ‟Non, rabbin, je ne l'ai pas étranglé. Je l'ai seulement empêché de blasphémer contre toi, puis je l'ai laissé partir. Maintenant il est là-bas, peureux du danger qu'il a frôlé. Eloignons-nous d'ici, je t'en prie. De toute façon personne ne peut plus venir pour toi”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 137.4, vision du 15/04/1945). Les autres apôtres approuvent Judas, mais Jésus refuse de partir sous prétexte que sa mission est de tout tenter pour remettre les pharisiens dans le droit chemin ("Je suis plus dégoûté de votre façon de penser que de la conduite des juifs. Eux sont des disgraciés dans les Ténèbres. Or, vous qui êtes avec la Lumière, vous êtes durs, vindicatifs, murmurateurs, violents, comme eux vous approuvez la brutalité. Je vous dis que vous me prouvez être toujours ce que vous étiez quand vous m'avez vu pour la première fois. J'en souffre. Sachez que Jésus le Christ ne fuit pas les pharisiens. Retirez-vous. Je les affronterai. Je ne suis pas un lâche. Si je n'arrive pas à les persuader en parlant avec eux, je me retirerai. On ne pourra pas dire que j'aurai tout tenté pour les attirer à moi. Eux aussi sont des fils d'Abraham. Je remplirai mon devoir jusqu'au bout. Leur condamnation doit venir uniquement de leur mauvaise volonté, non pas de ma négligence là eur égard", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 137.4, vision du 15/04/1945). On se réinstalle donc à Belle-eau, les apôtres ronchonnent. Les pharisiens apparaissent vite, ils maudissent Jésus mais n'osent pas le saisir physiquement. Finalement on se sépare sur un statu quo : Jésus quittera Beau-eau pour retourner en Galilée, tandis qu'eux retourneront à Jérusalem en suspendant leur désir de procès ("‟Au nom de la sainte Torah, nous t'ordonnons de quitter ce lieu, à toi qui troubles les consciences, qui violes la Torah, qui corromps les tranquilles cités de Judée. Ne crains-tu pas la punition du Ciel, à singer le juste qui baptise au Jourdain [Jean-Baptiste, fils d'un fonctionnaire du Temple, est considéré comme un des leurs par les autorités du Temple, même s'il s'est rebellé contre le Temple ; il est aussi un outil politique contre Hérode-Antipas, dont l'autorité en Galilée concurrence celle du Sanhédrin en Judée], à protéger les prostituées ? Sors de la terre sainte de Judée [nouvelle trace du mépris des Judéens envers les Galiléens] ! Que ton souffle n'arrive plus dans l'enceinte de la cité sacrée !” ‟Je ne fais rien de mal. J'enseigne comme rabbin, je soigne comme guérisseur, je chasse les démons comme exorciste. Ces professions existent aussi en Judée. Elles sont voulues par Dieu, et vous les respectez et les vénérez. Je ne demande pas la vénération. Je vous demande seulement de me laisser soulager ceux qui ont une infirmité dans leur chair, dans leur tête ou dans leur esprit. Pourquoi voulez-vous me l'interdire ?” ‟Tu es un possédé ! Va-t'en !” ‟L'agression n'est pas une réponse. Je vous demande pourquoi vous le permettez aux autres.” ‟Parce que tu es un possédé ! Tu chasses les démons mais tu accomplis des miracles avec leur aide !” [comparer avec Matthieu 12.24] ‟Et vos exorcistes, avec qui agissent-ils ?” [comparer avec Matthieu 12.27] ‟Avec leur vie sainte ! Tu es un pécheur, et pour augmenter ta puissance tu te sers des prostituées, car l'union avec elles accroît le pouvoir de la force démoniaque ! Notre sainteté a purifié la région de ta complice [Aglaé], nous ne permettons pas que tu restes ici pour attirer d'autres femmes !” […] ‟Ecoutez, pharisiens et scribes. Pour votre bien, par pitié pour votre âme je vous prie de ne pas combattre le Logos de Dieu. Venez à Moi.Je ne vous hais pas. Je comprends votre mentalité et je la plains. Je veux vous amener à une mentalité nouvelle, sainte, capable de vous sanctifier et de vous donner au Ciel. Croyez-vous que je sois venu pour vous combattre ? Oh non, je suis venu pour vous sauver. Voilà pourquoi je suis venu. Je vous prends sur mon cœur. Je vous demande amour et compréhension. Justement parce que vous êtes les plus sages en Israël, vous devez comprendre la Vérité plus que les autres. Soyez âme et non pas corps. Voulez-vous que je vous en supplie à genoux ? L'enjeu, votre âme, est tel que je suis prêt à me mettre sous vos pieds pour la gagner au Ciel, sûr que le Père ne regardera pas mon humiliation comme une erreur. Parlez ! Dites-moi une parole, j'attends !” ‟Malédiction ! Voici ce que nous disons !” ‟Très bien. C'est dit. Partez simplement. Moi aussi je pars.” Jésus se retourne et revient à sa place initiale, il incline la tête sur la table et il pleure. [Nathanaël] Barthélemy ferme la porte pour qu'aucun des cruels qui l'ont insulté et s'éloignent en proférant menaces et blasphèmes contre le Christ, voie ses larmes", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 137.5-6, vision du 15/04/1945). Avant de partir, Jésus félicite le jeune Timon pour sa résistance (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 138.3-4, vision du 16/04/1945). Ainsi s'achève l'utopie communautaire de Jésus à Belle-eau, début W-2.


En passant dans une vallée non-identifiée vers Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, on découvre les désastres causés par les glissements de terrain lors de l'orage précédemment mentionné (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 139.2, vision du 17/04/1945). On arrive à Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, où on est accueilli par Cléophas le chef de la synagogue locale qui a lancé l'invitation quelques semaines plus tôt. Cléophas est alors confronté à un problème théologique. Un habitant appelé "Joseph" est soupçonné d'avoir commis involontairement un inceste, Cléophas demande s'il doit pardonner l'acte de ce Joseph. Jésus lui répond en comparant la situation à celle d'Hérode-Antipas qui a commis volontairement un inceste avec Hérodiade : si on pardonne à Hérode-Antipas, alors on doit pardonner aussi à ce Joseph. C'est une réponse ambiguë trahissant encore une ambition politique puisque, si on la lit à l'envers, elle signifie : "Si tu veux condamner le citoyen Joseph, commence d'abord par condamner et punir le dynaste Hérode-Antipas" ("Je dis donc qu'on doit pardonner à cet homme son péché apparent. Je dis : puisqu'on ne condamne pas l'inceste royal [entre Hérode-Antipas et Hérodiade] qui dure, vu et connu de tous, on doit avoir pitié de ce cas douloureux, dont l'origine remonte à l'autorisation accordée par Moïse de répudier l'épouse afin d'éviter des maux plus nombreux ou plus graves. Je condamne cette permission car l'homme, bien ou mal marié, doit vivre avec son épouse et ne pas la répudier, et favoriser ainsi l'adultère et les pratiques semblables. Mais je répète qu'on doit être sévère de façon égale avec tous, surtout à l'égard de soi-même et des grands. Or, excepté [Jean] le Baptiste, personne n'a élevé la voix contre le péché du roi. Ceux qui condamnent sont-ils exempts de fautes identiques ou pires, ou leur nom et leur puissance servent-ils à les voiler, comme leur somptueux manteau dérobe la vue de leur corps que le vice rend souvent malade ?", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 140.4, vision du 18/04/1945). On arrive à la frontière de la Samarie. Pendant qu'ils marchent, les apôtres entre eux regrettent que les disciples de Jean-Baptiste ne se rangent pas spontanément derrière Jésus. Simon-Pierre dit qu'il les forcerait s'il était à la place de Jésus, Simon le zélote lui rappelle que Jésus ne veut forcer personne, et qu'étant chef il doit commander tandis que les apôtres lieutenants doivent obéir. Jésus, qui a entendu la conversation, la clôt en approuvant Simon le zélote, et en disant que la tâche d'un chef, contraint à toujours trouver les meilleures décisions, est plus difficile que celle de ses lieutenants, qui n'ont juste qu'à suivre sans responsabilité ("‟Pourquoi tant de jalousie entre deux groupes [le groupe de Jean-Baptiste et le groupe de Jésus] ?”, demande Philippe. ‟Jalousie ? rétorque Jude [Thaddée] fils d'Alphée. Non, ce n'est que de l'orgueil !” ‟Non. C'est un prétexte pour tenter de justifier leur conduite injuste envers le rabbin [Jésus] : sous le zèle apparent à l'égard du Baptiste, ils se maintiennent à distance sans trop dégoûter la foule”, dit Simon[-Pierre]. ‟Je les démasquerais !” ‟Nous, [Simon-]Pierre, nous ferions tant de choses que lui ne fait pas !” ‟Pourquoi ne les fait-il pas ?” ‟Parce qu'il sait que ce n'est pas bien de les faire. Nous devons le suivre, nous n'avons par à le guider. Et nous devons en être heureux. C'est un grand soulagement d'avoir seulement à obéir…” ‟Tu as bien parlé, Simon[-Pierre], dit Jésus qui devant eux semblait absorbé dans ses pensées. Obéir est plus facile que commander. Cela ne paraît pas, mais c'est ainsi. C'est facile d'obéir quand l'esprit est bon. Et c'est difficile de commander quand on a l'esprit droit. L'esprit tordu donne des ordres fous et plus que fous, il commande facilement, mais c'est difficile de lui obéir. Le responsable d'un lieu ou d'une assemblée doit avoir toujours présents à son esprit charité et justice, prudence et humilité, tempérance et patience, fermeté mais sans entêtement. Oh c'est difficile…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 142.1, vision du 21/04/1945). On gagne le lieudit Puits-de-Jacob près de Sichar (ainsi nommé en référence à Genèse 33.19 et Josué 24.32 ; le puits en question est aujourd'hui enchâssé dans l'église orthodoxe d'Askar en Cisjordanie, 32°12'34"N 35°17'06"E), où on croise une Samaritaine pécheresse appelée "Photine". Au cours de la conversation, celle-ci révèle incidemment que Jean-Baptiste est caché à proximité, à Ainon (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 143.4, vision du 22/04/1945). La tradition chrétienne depuis Eusèbe de Césarée situe Ainon dans une zone marécageuse près de Salem/Tel Shalem en Cisjordanie (32°23'57"N 35°31'33"E) : on voit que Maria Valtorta va contre cette tradition puisqu'elle situe Ainon plus au sud, à Ayn al Qudayrah en Cisjordanie (32°15'40"N 35°19'04"E) près de l'antique cité de Tirtsa/Tel Fara en bordure du wadi homonyme (32°17'14"N 35°20'16"E). Au début, Photine est agressive car elle croit que Jésus est, comme beaucoup de juifs de Judée et de Galilée, hostile aux Samaritains, mais Jésus lui parle amicalement, elle s'adoucit, et quand Jésus lui déclare être le Mashiah/Messie elle s'enfuit effrayée par le ton agressif qu'elle a employé contre lui. Informés par leur compatriote Photine, les habitants de Sichar viennent au-devant du groupe apostolique (vision 143). Jésus entre dans la cité, prêche sur l'agora. Les apôtres sont présents, mais gênés d'être entourés de Samaritains (visions 145-146). On quitte Sichar. Au moment de partir, Photine vient saluer Jésus et lui demander conseil. Les apôtres murmurent leur désaccord sur ce prêche aux Samaritains, qui sera utilisé comme un grief supplémentaire contre Jésus par le Sanhédrin (vision 147 ; cet épisode à Sichar avec la Samaritaine Photine sera raconté plus tard par Jean fils de Zébédée, témoin des faits, dans son évangile en Jean 4.5-42). On passe à Ainon/Ayn al Qudayrah, où on retrouve Jean-Baptiste, bien conscient de son arrestation imminente car il est traqué par les barbouzes d'Hérode-Antipas. Jean-Baptiste demande à Jésus de veiller sur ses disciples, dont Siméon, Jean et Tobie/Matthias fonctionnaires à Machéronte (vision 148). On atteint enfin Nazareth. Jésus relate à sa mère tous ses actes depuis la fête de Soukkot de l'automne W-3 (le séjour à Jérusalem, la vie communautaire à Belle-eau, le piège des pharisiens lors de la fête d'Hanoukka, le retour avorté à Belle-eau, le périple jusqu'à Nazareth). La relation avec Simon fils d'Alphée est plus détendue, celui-ci joue désormais un rôle d'auxiliaire de vie auprès de sa tante et voisine Marie la Vierge. Effrayée par le récit des mésaventures de son fils, Marie la Vierge décide qu'elle l'accompagnera partout où il ira pour le défendre. Sa décision est contagieuse. Marie fille de Cléophas suivra également Jésus pour s'assurer que ses fils Jacques et Jude Thaddée ne courent aucun danger (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 150.2, vision du 30/04/1945). En route vers Capharnaüm, Jésus passe par Cana pour rendre visite à Suzanne et à son mari, Suzanne est malade, il la guérit (Maria Valtorta est encore très floue sur la nature de la maladie et sur le processus de guérison), en retour Suzanne l'accompagne comme Marie la Vierge et Marie fille de Cléophas (vision 151). A Capharnaüm, Marie-Salomé, épouse de Zébédée et mère de Jacques et de Jean et d'au moins deux filles (puisque le mot "filles" est au pluriel), veut à son tour suivre Jésus, celui-ci lui rappelle qu'elle est mariée et qu'elle a des petits-enfants nés de ces filles, mais peu importe elle veut partir quand même ("‟Mais tu as Zébédée dont tu dois t'occuper. Tu ne l'aimes plus ?” ‟Oh si, je l'aime ! Mais je t'aime davantage, toi. Pas en tant qu'homme : j'ai soixante ans, et en quarante ans de mariage je n'ai jamais vu d'autre homme que le mien, je ne deviens pas folle maintenant que je suis vieille, et la vieillesse ne tue pas l'amour que j'ai pour mon Zébédée. Mais toi… Je ne sais pas comment dire. Je suis une pauvre femme, je m'exprime comme je peux. Voici. Zébédée je l'aime avec tout ce que j'étais jusqu'alors. Toi je t'aime avec tout ce que tu as su amener en moi par tes paroles et par celles que m'ont transmises Jacques et Jean. C'est complètement différent, mais tellement beau.” ‟Ce ne sera jamais aussi beau que l'amour d'un excellent époux.” ‟Oh non, c'est bien plus ! Ne le prends pas mal, Zébédée : je t'aime encore avec tout moi-même, mais lui je l'aime avec quelque chose qui est encore ta pauvre épouse Marie[-Salomé] sans l'être, une Marie[-Salomé] devenue davantage… Je ne sais pas le dire !” Jésus sourit à la femme qui ne veut pas blesser son mari mais qui ne peut taire son nouveau grand. Même Zébédée sourit gravement en s'approchant de son épouse qui, toujours à genoux, se tourne alternativement vers lui et vers Jésus. ‟Mais sais-tu, Marie[-Salomé], que tu devras quitter ta maison ? Tu y es tellement attachée ! Tes colombes, tes fleurs, la vigne qui donne le doux raisin dont tu es si fière, et tes ruches célébrées dans la région, et le métier sur lequel tu as tissé tant de lin et tant de laine pour tes bien-aimés. Et les fils de tes filles ? [Zébédée et Marie-Salomé ont au moins deux filles, puisque le mot est au pluriel] Comment pourras-tu pour vivre sans tes petits-enfants ?” ‟Mon Seigneur, que représentent pour moi les murs, les colombes, les fleurs, la vigne, les ruches, le métier, toutes choses bonnes et chères mais si mesquines par rapport à toi, à l'amour pour toi ? Mes petits-enfants… Oui, ce sera pénible de plus les endormir sur mon sein et de ne plus les entendre m'appeler. Mais toi tu es bien plus que tout ce que tu me listess !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 152.2, vision du 02/05/1945). Les autres apôtres surenchérissent sur ces femmes qui s'immiscent parmi eux. Simon-Pierre demande si son épouse Porphyré doit se joindre à elles, Nathanaël Barthélémy demande la même chose pour sa femme Anna, Philippe demande la même chose pour sa femme Marie et pour ses deux filles, Judas demande la même chose pour sa mère. Jésus répond que trop de femmes serait un handicap, car un homme peut dormir n'importe où tandis qu'une femme a souvent besoin d'un abri, de plus une femme est moins endurante à la marche qu'un homme, donc on accueillera seulement quelques femmes et non pas toutes, le minimun requis pour se prémunir des calomnies des pharisiens (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 153.3, vision du 03/05/1945). On note que dans cette scène Maria Valtorta voit Jésus rire (rare fois où Jésus s'humanise, selon la définition d'Aristote, Parties des animaux III.10/673b, qui dit que "rire est le propre de l'homme"), quand André souligne le bon caractère de Porphyré à supporter la méchanceté de sa mère et les râleries de son mari Simon-Pierre ("‟Sur une personne timide tu produis l'effet d'une grosse bûche lancée entre les jambes. Ma belle-sœur [Porphyrée] est très bonne, la preuve : elle supporte avec patience la méchanceté de sa mère et ton autorité.” Tout le monde rit de la conclusion si franche d'André et du visage étonné de [Simon-]Pierre qui s'entend proclamer autoritaire. Même Jésus rit franchement", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 152.2-3, vision du 02/05/1945).


Quelque temps après, on est à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Nazareth, sur la côte à Césarée, dans le quartier romain près du port, à l'opposé des quartiers non-romains à l'est où sont relégués les juifs. Simon-Pierre demande ce que Jésus est venu chercher dans cette cité et ce quartier païen ("Jésus est au milieu d'une grande place assez belle, que prolonge une route très large jusqu'au bord de la mer. Une galère a quitté le port depuis peu et gagne le large poussée par le vent et propulsée par les rames. Une autre manœuvre pour entrer, on cargue ses voiles et les rames se meuvent d'un seul côté pour tourner le navire dans la position adéquate. On ne voit pas le port depuis la place, mais il est proche. Sur les côtés de la place sont alignées des vastes demeures aux murs extérieurs caractérisés par l'absence presque totale d'ouvertures. Pas de boutiques. ‟Où allons-nous, maintenant ? Tu as voulu venir ici plutôt qu'au quartier oriental, ici ce sont des lieux de païens. Qui veux-tu qui t'écoute ?” demande [Simon-]Pierre à Jésus sur un ton de reproche. ‟Nous allons là-bas, dans cet angle, près de la mer, et là je parlerai.” […] Ils y vont. Dans ce recoin, on voit le port où entre lentement la galère vu précédemment, qu'on amarre. Quelques marins flânent le long des quais. Quelques marchands de fruits se risquent à aller vers le bâtiment romain pour vendre leurs produits", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 154.1, vision du 04/05/1945). Au lieu de répondre, Jésus l'emmène vers le port, où on retrouve l'officier Publius Quintilianus ("‟Toi ici ? Tu me reconnais ?” ‟Que Dieu vienne à toi, Publius Quintilianus. Tu vois, je suis venu [allusion à la rencontre de l'automne W-3].” ‟Ici dans le quartier romain ? Je ne pensais pas te revoir. J'ai plaisir à t'entendre.” ‟Moi aussi. Beaucoup de rameurs, sur cette galère ?” ‟Beaucoup. Surtout des prisonniers de guerre. Ils t'intéressent ?” ‟Je voudrais me rapprocher du bateau.” ‟Viens. Faites place !”, ordonne-t-il aux quelques personnes présentes, qui s'écartent rapidement en marmonnant des injures. ‟Laisse donc. Je suis habitué à être serré parmi les gens.” ‟Jusqu'ici, c'est possible. Pas plus loin. Galère militaire”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 154.3, vision du 04/05/1945). Celui-ci doit s'absenter quelques minutes pour dégager le chemin à une litière aristocratique portée par des esclaves, Jésus en profite pour prêcher le Dieu unique aux légionnaires d'une galère proche et aux esclaves rameurs qui l'écoutent depuis les cales sans le voir (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 154.3-5, vision du 04/05/1945). Publius Quintilianus revient avec la litière, en laissant Jésus parler. La femme portée dans la litière, Claudia Procula, ordonne qu'on lui amène Jésus. S'ensuit un bref échange. Puis la litière monte dans la galère, toujours escortée de Publius Quintilianus ("‟Avant de monter sur la galère, [Publius Quintilianus] dit à l'oreille de Jésus : ‟Là, à l'intérieur [de la litière], se trouve Claudia Procula. Elle voudrait t'entendre encore, mais en attendant elle veut te demander quelque chose. Va.” Jésus se dirige vers la litière. ‟Ave, rabbin.” Le rideau s'écarte à peine, laissant voir une belle femme d'environ trente ans. ‟Que le désir de la sagesse vienne en toi.” ‟Tu as dit que l'âme se souvient des Cieux. Elle est donc éternelle, cette chose que vous dites exister en nous ?” ‟Elle est éternelle. C'est pour cela qu'elle se souvient de Dieu, qui l'a créée.” ‟Qu'est-ce que l'âme ?” ‟La vraie noblesse humaine. Tu es fière d'appartenir à la famille des Claudii. Les humains ont une chose de plus, ils appartiennent à la famille de Dieu. Tu as en toi le sang des Claudii, une famille puissante qui a eu une origine et aura une fin. Les humains par leur âme ont en eux le sang de Dieu. L'âme est le sang spirituel du Créateur des humains, de Dieu éternel, puissant, saint. Les humains sont donc éternels, puissants, saints par l'âme en eux qui est vivante tant qu'elle est unie à Dieu.” ‟Je suis païenne. Je n'ai donc pas d'âme…” ‟Tu en as une, mais elle est tombée en léthargie. Eveille-la à la Vérité et à la Vie.” ‟Adieu, rabbin.” ‟Que la Justice te conquière. Adieu”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 154.7, vision du 04/05/1945). La scène suivante se déroule dans un autre quartier avec des entrepôts, c'est le quartier marchand que les archéologues ont identifié au nord-ouest de la ville (32°30'12"N 34°53'28"E ; "Jésus est encore à Césarée maritime. Il n'est plus sur la place d'hier [allusion à la vision 154] mais à l'intérieur, dans un endroit d'où on voit le port et les navires. Beaucoup d'entrepôts et de boutiques. Par terre, des nattes couvertes de produits variés. Je conclus que je suis près des marchés situés près du port et des magasins pour la commodité des navigateurs et de ceux qui viennent acheter les marchandises apportées par bateaux. L'endroit bourdonne des allées et venues de la foule. Jésus attend avec Simon [le zélote] et ses cousins que les autres aient pris les vivres dont ils ont besoin. Des enfants regardent avec curiosité Jésus qui les caresse doucement en parlant avec ses apôtres", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 155.1, vision du 05/05/1945). Jésus y guérit une fillette romaine nommée "Faustina", amenée par sa mère Valeria (on apprend leurs noms plus tard : Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 158.4, vision du 08/05/1945). Exceptionnellement Maria Valtorta décrit la nature de la maladie et le processus de guérison, or c'est une maladie bien réelle, et la guérison n'a rien d'un miracle, elle n'est même pas l'œuvre d'un rebouteux, mais un acte médical pratiqué par les médecins de l'époque, que Maria Valtorta elle-même a peut-être pratiqué du temps où elle était infirmière en 1917-1918. La fillette Faustina est atteinte de diphtérie, caractérisée par le développement d'une fausse membrane au fond de la gorge provoquant un étouffement progressif et la mort à terme. On soigne ce mal en retirant la fausse membrane au moyen d'outils médicaux adaptés qu'on retrouve aujourd'hui dans beaucoup de musées archéologiques (le musée Carnavalet à Paris en France a une vitrine consacrée à ces scalpels, pinces, ciseaux, trépans utilisés par les médecins antiques, souvent grecs, le musée Grégorien étrusque du Vatican aussi, le Musée royal d'Arts et d'Histoire de Bruxelles en Belgique aussi) ou, en l'absence de ces outils, avec un doigt, comme Jésus avec Faustina. La scène est bien crédible, cette pratique étant attestée au Ier siècle par les artefacts découverts par les archéologues, et Jésus l'ayant peut-être apprise au contact de médecins grecs croisés à Sepphoris du temps où il exerçait dans cette cité comme menuisier avec son père ("Une jeune femme sort, distingué mais visiblement tourmentée. Elle a dans les bras une petite fille de quelques mois qui s'abandonne, livide comme quelqu'un qui se noie. Je pense qu'elle a une diphtérie fatale et qu'elle est sur le point de mourir. La femme se réfugie sur la poitrine de Jésus, comme un naufragé sur un écueil. Ses pleurs sont tels qu'elle ne peut parler. Jésus prend la petite qui a des petits mouvements convulsifs dans ses menottes cireuses aux ongles déjà violets. Il la lève. Sa petite tête pend sans force, en arrière. La mère, sans aucun orgueil de Romaine devant un juif, s'est glissée aux pieds de Jésus, dans la poussière, et elle sanglote le visage levé, les cheveux à moitié défaits, les bras tendus qui s'accrochent au vêtement et au manteau de Jésus. Derrière et autour, des Romains de la maison et des juifs de la ville qui regardent. Jésus mouille son index droit avec de la salive et le met dans la petite bouche haletante, l'enfonce profondément. La fillette se débat et devient encore plus noire. La mère crie : “Non ! Non !” et semble se tordre sous un couteau qui la transperce. Les gens retiennent leur souffle. Mais le doigt de Jésus sort avec un amas de membranes purulentes. La fillette ne se débat plus et, après avoir versé quelques larmes, se calme avec un sourire innocent, agitant ses menottes et remuant les lèvres comme un oiseau qui pépie en battant des ailes, en attendant la becquée. ‟Prends-la, femme. Donne-lui le lait. Elle est guérie.”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 155.5, vision du 04/05/1945). Trois pharisiens s'avancent, ils accusent Jésus de se corrompre au contact des Romains, Jésus leur rétorque qu'eux aussi sont à Césarée pour affaires avec des Romains et n'ont donc pas de leçons à lui donner. Ils insistent, Jésus s'emporte contre eux ("Un petit groupe de juifs éprouvent le besoin d'intervenir. ‟Comment t'es-tu permis d'aborder des étrangers ? Ils sont corrompus, impurs et quiconque les approche devient comme eux.” Jésus les regarde - ils sont trois - fixement, sévèrement, puis il parle : ‟N'es-tu pas Aggée d'Azot venu ici au mois de tisri [dans le calendrier hébraïque, soit septembre/octobre dans le calendrier chrétien] dernier pour conclure des affaires avec un marchand résidant près des fondations de la vieille source ? Et toi, n'es-tu pas Joseph de Rama, venu ici consulter le médecin romain et, comme moi, tu sais pourquoi ? Et alors ? Vous ne vous croyez pas impurs ?” ‟Un médecin n'est jamais un étranger. Il soigne le corps, et le corps est le même pour tous.” ‟L'âme aussi, plus que le corps. Du reste, qu'est-ce que j'ai soigné ? Le corps innocent d'une enfant, et de la même manière j'espère guérir les âmes des étrangers, qui ne sont pas innocentes. Comme médecin et comme Messie, je puis donc aborder n'importe qui.” ‟Non. Tu ne peux pas.” ‟Non, Aggée ? Et toi pourquoi fais-tu des affaires avec un marchand romain ?” ‟Il ne m'est voisin que par la marchandise et l'argent.” ‟Et parce que tu ne touches pas sa chair mais seulement ce que sa main a touché, tu crois que tu ne te contamines pas ? Oh, aveugles et cruels ! […] Par votre façon rusée, mensongère, incohérente d'agir, vous excluez et condamnez le Bien et vous n'acceptez que ce qui favorise vos intérêts. Assez de mépris et de dégoût ! C'est pour éviter un dommage personnel que vous décidez si telle chose est impure ou rend impur et si telle autre chose ne l'est pas. Comment pouvez-vous, bouches de mensonge, professer que ceci est sanctifié pour avoir touché une chair sainte ou une chose sainte et sanctifie à son tour tout ce qu'il touche, tandis que cela qui a touché une chose impure rend impur ce qu'il touche ? Vous ne comprenez pas que vous vous démentez, ministres irrespectueux de la Torah de Vérité qui en tirez parti en la tordant comme une corde à seule fin d'en sortir quelque chose qui serve vos intérêts. Pharisiens hypocrites, vous prétextez la religion pour déverser votre rancœur humaine, profanateurs de ce qui appartient à Dieu, ennemis de l'envoyé de Dieu que vous insultez ! En vérité, je vous dis que chacun de vos actes, chacune de vos conclusions, chacune de vos démarches est mue par un mécanisme astucieux auquel servent de roues, de ressorts, de poids et de tirants, vos égoïsmes, vos passions, vos manques de sincérité, vos haines, votre soif de domination, vos envies. C'est honteux ! Avides, tremblant de peur, haineux, vous vivez dans l'angoisse orgueilleuse qu'un autre vous soit supérieur, même s'il n'est pas de votre caste. Et vous méritez d'être comme celui qui vous inspire la peur et la colère. Vous qui, comme dit Aggée, faites de vingt boisseaux un tas de dix et vingt barils d'un lot de dix en empochant la différence [allusion à Aggée 2.16], alors que vous devriez montrer l'exemple aux autres hommes pour l'amour de Dieu, non pas enlever mais ajouter au tas de boisseaux et au lot de barils de votre propre bien pour ceux qui ont faim. Vous méritez que le vent brûle, que la rouille et la grêle stérilisent toutes les œuvres de vos mains !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 155.6-7, vision du 04/05/1945). Les pharisiens ont raison de s'interroger. La présence de Jésus à Césarée, et son interraction volontaire avec Publius Quintilianus, avec les légionnaires sur la galère, avec les esclaves rameurs, avec l'aristocrate Claudia Procula, avec Valeria et sa fille Faustina, témoignent que l'évolution du ministère est profonde, que le ministère n'est plus destiné exclusivement aux "brebis perdues d'Israël" mais à tous les peuples, même aux non-juifs, aux païens, aux Romains.


Cela est confirmé dans un prêche que Jésus, après son escapade à Césarée, adresse aux habitants de Nazareth : son ministère s'adresse désormais à la "terre entière/œcuménie/o„koumšnh" et non plus seulement au peuple de la Terre Promise, son nouveau Temple sera la "Cité universelle/Cosmopolis/KosmÒpolij" et non plus seulement Jérusalem. C'est une manière très grecque d'annoncer et de définir l'Apocalypse, une hellénisation du nazaréisme inculqué par sa mère, qui s'explique par son échec à attirer un large auditoire depuis le début de son ministère au printemps W-3 : puisque les juifs du Sanhédrin le combattent, puisque les populations juives de Galilée et de Judée le boudent, il se tourne vers les non-juifs, vers les Grecs, vers les riches de Rome, vers les femmes, vers les pauvres et les maudits de nulle-part. Dans la nouvelle "Assemblée/Ekklesia/Ekklhs…a" qu'il veut créer, il n'y aura ni juifs ni païens, ni riches ni pauvres, ni maîtres ni esclaves, ni hommes ni femmes, mais seulement "tous ceux qui m'aiment" ("Dans mon nouveau Temple, grand comme la terre entière, destiné à durer autant qu'elle [vision nazaréenne proto-musulmane : dans la conception de Jésus l'Histoire n'existe plus, les événements ne sont plus conçus comme une suite d'évolutions positives ou négatives portant des causes et des conséquences, mais par rapport à un avant/après Christ, un avant/après révélation divine, où les Ténèbres s'effacent à la Lumière], il y aura des grands et des petits, tous utiles, tous aimés de Moi, et il y aura aussi les femmes, qu'Israël a toujours méprisées en les confinant dans le Temple aux cantiques des vierges ou à l'instruction des vierges et rien de plus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 157.2, vision du 07/05/1945). Maria Valtorta note que, pour être compris par les non-juifs, Jésus ne peut pas s'exprimer en hébreu, il est contraint d'employer la langue franque du moment, le grec, il ne se présente pas à ses auditeurs comme "Mashiah" en hébreu mais comme "Christ/CristÒj" en grec, et il désigne ses douze compagnons non pas comme "mashiahiens" mais comme "chrétiens/cristiano…" ou littéralement "ceux qui suivent le Christ/CristÒj" ("Pour éviter d'innombrables qualificatifs du genre : ‟disciples de Jésus selon l'enseignement de [Simon-]Pierre ou André” ou ‟de Simon [le zélote] ou Philippe” ou ‟de Jude [Thaddée] ou [Nathanaël] Barthélémy” ou ‟de Thomas[/Didyme] ou Matthieu”, on emploiera un qualificatif unique qui les englobera tous : ‟chrétiens”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 157.2, vision du 07/05/1945 ; nous répétons ici ce que nous avons déclaré plus haut : le mot "chrétien" a été employé bien avant son apparition sous la forme latine "christiani" à Antioche selon Actes des apôtres 11.26, il a été employé par Jésus lui-même pour s'adresser à un public non-hébréophone, et même il a été employé avant Jésus par d'autres prédicateurs prétendant au titre de Mashiah/Messie pour tenter de s'imposer aux Grecs et aux Romains). Ensuite Jésus rend visite à Jeanne revenue à Tibériade. Profitant de l'intimité d'une promenade en barque sur le lac de Galilée, Jeanne demande à Jésus de prévenir Jean-Baptiste de ne pas quitter son refuge de Samarie, car les chasseurs d'Hérode-Antipas sont à l'affût ("Tu es parent du Baptiste, n'est-ce pas ? Alors dis-lui de se méfier. Qu'il ne sorte pas des frontières de la Samarie. Qu'il y reste caché encore un temps. Le serpent s'approche de l'agneau, et l'agneau doit se tenir sur ses gardes. Pour tout, rabbin. Et ne dis pas que c'est moi qui t'ai renseigné, ce serait la ruine de Chouza", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 158.3, vision du 08/05/1945). Elle dit aussi que récemment un banquet a eu lieu, auquel participaient Claudia Procula, Pomponia Graecina et Marie-Madeleine. Pomponia Graecina est bien connue des historiens, sa mère est Asinia l'une des filles de Caius Asinius Gallus et de Vipsania Agrippa (fille du général Agrippa), son père est Caius Pomponius Graecinus dont la vie est inconnue, on sait seulement qu'il a été consul suffect en 16 (en remplacement de Lucius Scribonius Libo) et qu'il est un ami d'Ovide puisque celui-ci lui a adressé trois des quarante-six lettres de ses Pontiques composées entre 12 et 16 lors de son exil à Tomis/Constanța en Roumanie. Elle a épousé Aulus Plautius, futur conquérant de l'île de Bretagne en 43 et probable frère du consul Quintus Plautius en 36, d'où son surnom "Plautina" que nous utiliseront commodément par la suite pour la désigner. Marie-Madeleine s'est lâchée face aux convives pour discréditer Jésus ("[Pomponia Graecina Plautina] est une amie proche de Claudia [Procula], je crois qu'elle sont apparentées. Elle désirerait parler avec toi, ou au moins t'entendre parler. Et elle n'est pas la seule. Depuis que tu as guéri [Faustina] la petite de Valeria, la nouvelle s'est propagée, elles le désirent encore plus vivement. Au banquet l'autre soir, on a beaucoup parlé, pour et contre toi. Des Hérodiens et des saducéens étaient là, même s'ils ont nié quand on les a interrogés. Des femmes étaient là aussi, riches et peu honnêtes… Cela me déplaît de le dire, parce que je sais que tu es un ami de son frère [Lazare] : Marie de Magdala était présente avec son nouvel amant et une autre femme, grecque je crois, et de mœurs aussi libres qu'elle. Chez les païens, les femmes sont à table avec les hommes et sont très… très… Quel ennui ! Par gentillesse, mon amie m'avait choisi comme compagnon mon propre époux, ce qui m'a beaucoup soulagée. Mais les autres, oh !... On a parlé de toi car le miracle sur Faustina a fait du bruit. Les Romains admirent en toi le grand médecin ou le Mage, mais -pardonne-moi, seigneur - les Hérodiens et les saducéens ont jeté du venin sur ton nom, et Marie[-Madeleine], oh ! Marie[-Madeleine] ! Quelle horreur… Elle a commencé par la dérision, et puis… Non, ça, je ne peux pas te le dire", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 158.4, vision du 08/05/1945). Ensuite on passe à Gerghesa, aujourd'hui le site archéologique de Kursi en Israël, sur la rive orientale du lac de Galilée (32°49'33"N 35°39'02"E), sur le territoire de Philippe de Tétrarque. Jésus prêche aux habitants. Un groupe de disciples de Jean-Baptiste est présent. Il leur dit avoir prévenu - on ne sait pas comment - Jean-Baptiste que les sbires d'Hérode-Antipas sont à ses trousses et le captureront tôt ou tard. Il est conscient que certains disciples de Jean-Baptiste n'ont pas envie de le suivre, mais il espère qu'ils apprendront à l'aimer quand Jean-Baptiste sera mort ("‟Crois-tu que [Jean] le Baptiste sera repris ?” ‟Sûrement. Je lui ai déjà envoyé une mise en garde. Allez. Jouissez de votre Jean[-Baptiste] tant que vous le pouvez et réjouissez-le. Après, vous m'aimerez. Et cela vous sera pénible car personne après avoir goûté le vin vieux ne désire tout de suite le vin nouveau. On dit : “Le vin vieux est meilleur”. Et en effet, j'aurai une saveur spéciale qui vous paraîtra âpre. Mais vous vous habituerez à la longue à cette saveur vitale”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 158.4, vision du 08/05/1945). Leurs griefs sont recevables, que Jésus balaie abruptement. Primo, à force de parler aux païens, Jésus oublie de plus en plus de parler aux "brebis perdues d'Israël" : Jésus confirme qu'il ne vise plus seulement les juifs mais tous les hommes ("‟Pouvons-nous t'interroger, Seigneur ? Nous sommes des disciples de Jean[-Baptiste], et puisque lui parle toujours de toi, et aussi parce que la renommée de tes prodiges est venue jusqu'à nous, nous avons voulu te connaître. En t'écoutant, une question nous vient à l'esprit. […] Tu as dit, en parlant des idolâtries habituelles chez les fidèles, que des gens parmi nous commercent contre la Torah, et d'autres sont en-dehors de la Torah. Pourtant tu es leur ami. Nous savons que tu ne dédaignes pas les Romains. Alors ?” ‟Je ne le nie pas. Mais pouvez-vous déclarer que j'agis ainsi pour en tirer un gain ? Pouvez-vous prétendre que je les flatte pour avoir même leur protection ?” ‟Non, rabbin, nous en sommes sûrs. Mais le monde n'est pas composé seulement de nous, qui ne tenons compte que des maux que nous voyons et non pas des maux qu'on colporte. Donne-nous les raisons qui légitiment la fréquentation des gentils, pour nous guider et te défendre si on te calomnie en notre présence.” ‟C'est mal de les fréquenter dans un but matériel, ce n'est pas mal de les fréquenter pour les amener au Seigneur notre Dieu. C'est ce que je fais. Si vous étiez des gentils, je m'attarderais à vous expliquer comment tout homme vient d'un Dieu unique. Mais vous êtes juifs et disciples de Jean[-Baptiste]. Vous êtes donc la fleur des juifs et je n'ai pas besoin de vous expliquer cela. Vous pouvez comprendre et croire que mon devoir, étant le Logos de Dieu, de porter sa parole à tous les hommes, qui sont les fils d'un Père universel.” ‟Mais ils ne sont pas liés à lui, puisqu'ils sont païens…” ‟Par la Grâce, non ils ne le sont pas. Par leur foi erronée, non ils ne le sont pas. C'est vrai. Mais tant que je n'aurai pas racheté l'homme, même le juif a perdu la Grâce. Il en est privé parce que la tâche originelle obstrue le rayon ineffable de la Grâce, l'empêchant de descendre dans les cœurs. Et par la création, tout homme reste fils de Dieu. Les juifs et les Romains viennent pareillement d'Adam, chef de l'humanité, fils du Père qui lui a donné sa ressemblance spirituelle”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 159.4, vision du 09/05/1945). Secundo, tandis que Jean-Baptiste était sobre dans sa solitude sur les bords du Jourdain, Jésus et ses apôtres s'empiffrent dans les riches demeures de leurs hôtes privilégiés (tel Lazare) : Jésus leur répond que c'est une nouvelle technique pour recruter, la convivialité sympa plutôt que le cours magistral ("‟Pourquoi les disciples de Jean jeûnent, contrairement aux tiens ? Nous ne disons pas que tu ne dois pas manger. Même le prophète Daniel fut saint aux yeux de Dieu alors qu'il était un grand à Cour de Babylone, et toi tu es plus que lui. Mais eux…” ‟Bien souvent, ce qu'on n'obtient pas par le rigorisme, on l'obtient par la cordialité. Certains ne viendront jamais au rabbin, c'est le rabbin qui doit aller à eux. D'autres désirent aller vers le rabbin, mais ont honte de s'y rendre parmi la foule. Le rabbin doit aussi aller vers eux. Et puisqu'ils me disent : « Sois mon hôte pour que je puisse te connaître », je le deviens, non pas pour jouir de l'opulence de leur table ni des conversations qui me sont si pénibles, mais encore et toujours dans l'intérêt de Dieu. Et pour moi. Car quand une des âmes que j'aborde de cette façon se convertit, c'est une fête nuptiale pour mon âme, à laquelle participent tous les anges du Ciel, bénie par le Dieu éternel, et aussi pour mes disciples, les amis de l'Ami-époux jubilent avec l'Ami-époux. Et vous voudriez voir mes amis dans la douleur pendant que je jubile parmi eux ? Un jour ils ne m'auront plus. Alors ils jeûneront. A temps nouveaux, nouvelles méthodes. Jusqu'à hier auprès du Baptiste, c'était la cendre de la pénitence. Aujourd'hui avec moi c'est la douce manne de la Rédemption, de la Miséricorde, de l'Amour. Les méthodes anciennes ne peuvent pas se greffer sur mon action, comme mes méthodes n'auraient pu être appliquées naguère, car la Miséricorde n'était pas encore sur la terre, aujourd'hui elle y est : le Messie, et non plus le prophète, est sur la terre, tout lui a été remis par Dieu”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 159.5-6, vision du 09/05/1945). Ensuite on chemine du côté de Giscala, aujourd'hui Jish en Israël (33°01'33"N 35°26'42"E). On croise Gamaliel qui va se recueillir sur la tombe de son grand-père Hillel à Méron (32°58'50"N 35°26'21"E). Jésus lui reproche poliment de s'acoquiner avec les saducéens du Temple, il recourt à une parabole qui constitue une nouvelle énigme de L'évangile tel qu'il m'a été révélé : il se compare à la nature entre le lac de Galilée et le lac Méron (qui sera asséché entre 1950 et 1958, réduit au petit lac Hula en l'an 2000, 33°06'16"N 35°36'33"E) enlaidie par les "ruines cyclopéennes de l'antique Hazor", signifiant que son ministère est obstrué par les ruines/vieux notables du Temple. La description du paysage est très détaillée dans le récit de Maria Valtorta, or à l'époque où elle écrit, en 1945, le site archéologique d'Hazor (33°01'03"N 35°34'05"E) est encore invisible, il a été sondé sommairement par l'archéologue anglais John Garstang dans les années 1920 mais ne sera fouillé systématiquement qu'après 1945 (en l'an 2000 il est le plus vaste et riche site archéologique d'Israël, sur quatre-vingt hectares), ses "ruines cyclopéennes" sont encore enfouies dans la terre en 1945, et sa localisation n'est connue que par un très petit nombre d'érudits : comment donc en 1945 Maria Valtorta peut-elle le connaître, quel érudit aurait-elle pu fréquenter lui en ayant révélé l'existence ? ("‟Je suis passé récemment par une avancée de la chaîne [du Méron] pour admirer la beauté des deux lacs de Génésareth [autre nom du lac de Galilée] et de Méron d'en haut, comme les voient les aigles et les anges du Seigneur, et pour clamer : « Merci, Créateur, de la beauté que tu nous donnes ». Toute la montagne n'était que fleurs, bourgeonnements, feuillages nouveaux dans les prés, les vergers, les champs et les forêts, les lauriers embaumaient auprès des oliviers qui préparaient déjà la neige de milliers de fleurs, même les robustes rouvres semblaient plus attrayants en se revêtant de couronnes de clématites et de chèvrefeuilles. Mais au milieu, en revanche, plus aucune floraison, plus aucune fertilité. Le travail humain n'a abouti à rien, et a détruit celui de la nature. Tous les efforts du vent ou de l'homme ont échoué dans cet endroit. Les ruines cyclopéennes de l'antique Hazor encombrent tout. Parmi leurs pierres et leurs rochers, seules poussent les orties et les ronces, seuls nichent les serpents…” ‟Je te comprends. Nous sommes nous aussi des ruines… Je comprends la parabole, Jésus. Mais je ne peux pas agir autrement. Les pierres sont enterrées trop profondément.” ‟Quelqu'un en qui tu crois t'a dit : « Les pierres frémiront à mes dernières paroles » [propos tenu par Jésus lors de sa bar-mitsva à douze ans à Jérusalem, dans la vision 41.9]. Pourquoi donc attendre les dernières paroles du Messie ? N'éprouveras-tu pas des regrets de ne pas avoir voulu me suivre plus tôt ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 159.5-6, vision du 09/05/1945). De retour à Capharnaüm, Jésus est abordé par un pharisien hostile nommé "Eli" dont le petit-fils est malade. A contre-cœur, Eli demande à Jésus de le guérir, ce que Jésus fait. C'est une nouvelle scène de "miracle" qui n'a rien de miraculeux. En fait, le petit-fils a été mordu par un serpent, et Jésus se contente de sucer le venin avant qu'il se répande dans tout le corps de l'enfant, un venin dont on n'est même pas sûr qu'il est mortel ("Près de la grande place de Capharnaüm se trouve une belle maison devant laquelle la foule s'agite. Jésus s'y rend. Il est presque arrivé lorsque, par la porte ouverte, sort le vieillard [le pharisien Eli] suivi d'une femme échevelée [la mère de l'enfant mordu par le serpent, fille ou brue d'Eli] serrant dans ses bras un enfant à l'agonie, le venin paralyse déjà ses organes et la mort est proche, sa petite main blessée pend avec la marque de la morsure à la base du pouce. Eli ne cesse de crier ! ‟Jésus ! Jésus !”. Serré, écrasé par la foule qui embarrasse ses mouvements, Jésus prend la petite main, la porte à sa bouche, suce la blessure, puis souffle sur le jeune visage cireux aux yeux vitreux à demi clos. Puis il se redresse en disant : ‟Voilà, l'enfant s'éveille. Ne l'effrayez pas par tous vos visages bouleversés. Il aura déjà bien assez peur au souvenir du serpent”. L'enfant, dont le visage reprend couleur, ouvre la bouche et bâille longuement, se frotte les yeux, les ouvre, et paraît ébahi de se trouver au milieu de tant de monde", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 161.4, vision du 11/05/1945). Le prétendu "miracle" est tellement piteux que même les apôtres en ont honte, ils disent qu'ils auraient préféré voir Jésus accomplir une guérison plus spectaculaire afin de convertir Eli, mais Jésus leur répond que les miracles ne convainquent que les convaincus donc mieux vaut en limiter l'usage ("‟Pourquoi ne pas avoir accompli un miracle éclatant, rabbin ? Tu aurais dû ordonner au venin de quitter l'enfant, tu aurais dû te montrer Dieu. Au lieu de cela tu as sucé le venin comme l'aurait fait le premier venu.” Judas n'est pas content. Il aurait voulu quelque chose de sensationnel. D'autres sont du même avis : ‟Tu devais écraser cet ennemi [le pharisien Eli, grand-père de l'enfant mordu par le serpent] de toute ta puissance. Tu l'as bien entendu, hein ? Son venin est aussitôt réapparu…” ‟[…] Si j'avais agi comme vous l'auriez souhaité, il aurait dit que Belzéboul m'aidait. Dans son âme en ruines, il peut encore admettre mon pouvoir de médecin, pas davantage. Le miracle amène à la foi ceux qui sont déjà sur cette route, mais chez ceux qui n'ont pas d'humilité (la foi prouve toujours l'existence de l'humilité dans une âme) le miracle les pousse au blasphème. Par conséquent, mieux vaut éviter ce risque en recourant à des procédés apparemment humains. C'est la misère des incrédules, leur misère inguérissable. Rien ne peut l'anéantir, car aucun miracle ne porte à croire ni à être bons”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 161.5, vision du 11/05/1945). En remerciement, le pharisien Eli invite Jésus chez lui, avec plusieurs amis pharisiens. La discussion s'engage, Eli et ses amis se lamentent sur l'occupation romaine qui taxe les riches, Jésus leur expose sa distinction entre ce qui relève de Rome et ce qui relève de Dieu, et il les accuse d'être des faux opposants qui s'accommodent très bien de l'occupant romain tant que celui-ci leur permet de prospérer, jusque sur le dos de leurs coreligionnaires pharisiens en utilisant les synagogues comme des cabinets d'affaires ("Le repas commence. Au début, on discute de choses et d'autres. Puis cela devient plus intéressant. Comme les blessures font souffrir et les chaînes pèsent lourd, revoilà l'éternel discours sur l'esclavage dans lequel Rome tient la Palestine. Je ne sais pas si ce sujet a été choisi intentionnellement ou non. En tous cas les cinq pharisiens se plaignent de nouvelles vexations romaines comme d'un sacrilège, et ils veulent intéresser Jésus à la discussion. ‟Ils veulent examiner scrupuleusement nos recettes. Ils ont compris que nous nous réunissons dans les synagogues pour parler de cela et d'eux, alors ils nous menacent d'y entrer, sans aucun respect. Je crains qu'un jour ils finissent par pénétrer dans les maisons des prêtres !”, s'écrie Joachim. ‟Et toi, qu'en dis-tu ? N'en es-tu pas dégoûté ?”, demande Eli. Interpellé, Jésus répond directement : ‟Comme juif oui, comme homme non”. ‟Pourquoi cette distinction ? Je ne comprends pas. Es-tu deux en un ?” ‟Non. Mais je différencie d'un côté la chair et le sang (l'animal, en somme), de l'autre côté l'âme. Mon âme de juif respectueux de la Torah souffre de ces profanations. Mais ma chair et mon sang ne ressent rien, car l'aiguillon qui vous blesse ne m'atteint pas.” ‟Lequel ?” ‟L'intérêt. Vous dites que vous vous réunissez dans les synagogues pour parler affaires sans craindre les oreilles indiscrètes. Vous redoutez de ne plus pouvoir le faire, autrement dit vous redoutez de ne plus pouvoir dissimuler au fisc le moindre sou, donc d'être soumis à des taxes en juste rapport avec vos biens. Moi, je n'ai rien. Je vis de la bonté de mon prochain et de mon amour pour lui. Je ne possède ni or, ni champs, ni vignobles, et je n'ai pas d'autre maison que celle de ma mère, si petite et si pauvre que le fisc la néglige. Je ne suis donc pas poussé par la crainte qu'on découvre de fausses déclarations, d'être taxé et puni. Tout ce que j'ai, c'est le Logos que Dieu m'a donné et que j'annonce. Or c'est une chose tellement élevée que personne ne peut la taxer", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 163.3, vision du 14/05/1945). C'est encore un propos ambigü trahissant une ambition politique : Jésus aimerait que juifs riches et juifs pauvres s'unissent contre Rome, au lieu de se nuire mutuellement au bénéfice de Rome, Jésus n'est pas contre l'inégalité des classes mais pour la reconnaissance d'Israël comme égal de Rome ("Pourquoi Rome a-t-elle pu et peut-elle encore exercer une telle pression sur nous [les juifs en général ; c'est Jésus qui s'adresse à l'un des pharisiens] ? Parce que nous avons péché et que nous sommes divisés par des rancœurs : le riche hait le pauvre, le pauvre hait le riche. Parce qu'il n'y a pas de justice : l'ennemi en profite pour nous assujettir", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 163.4, vision du 14/05/1945).


Nous sommes "à la dernière lune de shebat" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 165.9, vision du 16/05/1945), fin février W-2. Jésus et ses apôtres débarquent à Kinneret, ex-"Kennarout" du temps de Thoutmosis III à l'ère mycénienne, confiée à Nephtali à l'ère des Ages obcurs selon Josué 19.35, hellénisée en "Gennesaret/Γεννησαρέτ", francisée en "Génésareth" (le nom sert parfois à désigner le lac de Galilée à proximité), site archéologique de Tel-Kinneret dans la banlieue nord du kibboutz homonyme "Ginosar" en Israël, à une dizaine de kilomètres au nord de Tibériade (32°52'11"N 35°32'22"E ; "Les barques abordent le rivage. Ce n'est pas Tibériade mais un petit hameau, à peine un groupe de maisons, pauvres, presque abandonnées. Jésus et ses disciples descendent, et leurs barques rebroussent chemin, conduites par les employés et par Zébédée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 165.3-4, vision du 16/05/1945). Jésus a amené là ses douze compagnons afin qu'ils méditent et prient dans les grottes du mont Arbel en vis-à-vis (32°49'25"N 35°29'47"E), en prévision d'une nouvelle étape du ministère. Chacun s'installe dans une grotte séparée. C'est encore l'occasion pour Maria Valtorta d'entrevoir des choses qui heurtent sa foi chrétienne et sur lesquelles elle ne veut pas s'étendre, elle en dit trop ou pas assez : le lendemain de cette nuit de méditation et de prière solitaire, Jean fils de Zébédée se jette au cou de Jésus et le remercie pour l'amour qu'il lui a procuré dans sa grotte durant la nuit écoulée, avant de lui demander de taire cet amour aux autres apôtres ("Sa grotte étant la plus élevée, [Jésus] descend et, passant d'une grotte à l'autre, il appelle par leur nom les douze dormeurs. Simon [le zélote], [Nathanaël] Barthélemy, Philippe, Jacques [fils de Zébédée], André répondent aussitôt. Matthieu, [Simon-]Pierre et Thomas[/Didyme] sont plus lents. Et alors que Jude [Thaddée fils d'Alphée] vient à la rencontre de Jésus dès qu'il le voit sur le seuil, déjà prêt et bien éveillé, l'autre cousin [Jacques fils d'Alphée et frère aîné de Jude Thaddée], Judas et Jean [fils de Zébédée] dorment à poings fermés, Jésus doit les secouer sur leur lit de feuillage pour les réveiller. Jean [fils de Zébédée], appelé le dernier, dort si profondément qu'il ne reconnaît pas celui qui l'appelle. Dans les brumes de son sommeil à demi interrompu, il marmonne : ‟Oui, maman, j'arrive tout de suite…”, puis il se retourne. Jésus sourit, s'assied sur la couche de feuilles ramassées dans les bois, et se penche pour déposer un baiser sur la joue de son Jean [fils de Zébédée], qui ouvre les yeux et reste un instant ébahi de voir Jésus. Il s'assied d'un seul coup et dit : ‟Tu as besoin de moi ? Me voici !”. ‟Non, je t'ai réveillé comme tous les autres. Mais tu m'as pris pour ta mère, alors je t'ai donné un baiser, comme une mère.” Jean [fils de Zébédée] ne porte que ses sous-vêtements car il a utilisé son habit et son manteau comme couvertures. Il saisit Jésus par le cou, se réfugie contre lui, la tête entre l'épaule et la joue et s'exclame : ‟Oh, pour moi tu es bien plus qu'elle ! Je l'ai quittée pour toi, mais toi je ne te quitterais pas pour elle ! Elle m'a enfanté sur la terre, mais toi tu m'enfantes au Ciel. […] Ah, je ne saurais redire tout ce que j'ai compris dans cette grotte sombre, noire, qui est devenue pour moi pleine de Lumière, dans cette froide caverne où j'ai été brûlé d'un feu invisible, mais qui est descendu au plus profond de mon être et l'a enflammé d'un doux martyre, dans cet antre silencieux qui m'a chanté des vérités célestes. Tous mes désirs, toutes mes larmes, toutes mes demandes, je les ai déversés sur ton sein divin, à toi le Logos de Dieu. De tout ce que j'ai pu entendre de ta part, jamais aucune parole n'a été aussi vaste que celle que tu m'as dite ici, toi le Fils de Dieu, qui es Dieu comme le Père et Dieu comme l'Esprit Saint, toi qui es le pivot de la Trinité… Ah, je blasphème peut-être, mais c'est ce que je pense : si tu n'existais pas, toi l'Amour venu du Père qui retourne au Père, il manquerait l'Amour divin, Dieu ne serait plus trois, l'attribut divin le plus essentiel manquerait, son amour ! Ah, j'ai tant ici ! Comme l'eau qui bouillonne contre une écluse et ne peut sortir… J'ai l'impression de mourir tant est violent et sublime le tumulte qui m'est descendu dans le cœur à partir du moment où je t'ai compris, mais je ne veux surtout pas en être libéré. Tue-moi de cet amour, mon doux Dieu !”. Jean [fils de Zébédée] sourit et pleure, haletant, enflammé d'amour, il s'abandonne sur la poitrine de Jésus comme si cette flamme l'épuisait. Jésus, brûlant d'amour à son tour, le caresse. Jean [fils de Zébédée] se ressaisit sous un flot d'humilité, et supplie : ‟Ne répète pas aux autres ce que je t'ai dit. Eux aussi ont certainement su vivre de Dieu comme moi ces jours-ci. Pose sur mon secret la pierre du silence”. ‟Sois tranquille, Jean, personne ne saura rien de tes noces avec l'Amour. Habille-toi et viens. Nous devons partir”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 165.3-4, vision du 16/05/1945). On resdescend le mont Arbel. Une femme amène son enfant brûlé, que Jésus guérit. Cette scène renforce l'hypothèse que Jésus est bien un barreur de feu, un rebouteux ordinaire comme ceux modernes de la série documentaire de Stéphane Allix évoquée plus haut ("Un enfant [a été] arraché à une meule de foin en flammes, atrocement brûlé, on l'a amené sur une civière tel un amas de chair à vif qui geint plaintivement sous le drap dont on l'a recouvert tant son aspect est atroce. Il allait mourir. Jésus le guérit en soufflant sur lui et efface totalement les brûlures. L'enfant nu se lève et court allègrement vers sa mère qui, en pleurant de joie, caresse son corps complètement guéri, sans la moindre trace de cicatrice", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 166.1, vision du 18/05/1945). Jésus dit à ses apôtres qu'il doit se rendre à la propriété de Jeanne à Tibériade proche pour on-ne-sait-quelle raison, il leur demande de l'attendre sur la route entre le mont Arbel et Tibériade ("Je vais pour quelques heures à Tibériade. Parlez de moi en m'attendant au pied de la montagne sur la route de Tibériade à la mer. Quand je reviendrai, j'y monterai pour prêcher", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 165.10, vision du 16/05/1945), et d'y rassembler tous ceux qui viendront pendant son absence, et de ne pas hésiter à prêcher à sa place. Il arrive à la propriété de Jeanne à Tibériade. La Romaine Valeria avec sa fille Faustina dont il a soigné la diphtérie à Césarée est présente. Pomponia Graecina Plautina aussi, avec une "Lydia" non identifiée. Pomponia Graecina Plautina explique que les Romains ont perdu la foi dans leurs dieux ancestraux et ne sont pas convaincus par les nouveaux dieux issus des provinces qu'ils ont conquises (cela raccorde avec l'affaire des deux Saturninus racontée plus haut, datant de quelques années avant le début du ministère [selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.67-84 précité], la condamnation des religions égyptienne et juive [selon Tacite, Annales II.85 précité, et selon Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 36 précité] que Rome avait pourtant introduites complaisamment chez elle). Jésus lui répond que le problème des Romains est qu'ils sont devenus athées depuis l'instauration de l'Empire (qui a transformé l'Empereur en Dieu vivant, en remplacement de tous les dieux), contrairement aux Romains du temps de la République naguère et aux Grecs jadis qui avaient des transcendances. Ce discours prouve que Jésus a une culture historique sur les Grecs et les Romains d'hier et d'aujourd'hui… qu'il a acquise en les fréquentant à Sepphoris dans sa jeunesse ? ("[Pomponia Graecina] Plautina dit : ‟Notre amie [Jeanne épouse de Chouza], bonne et sage, une des rares qui ne nous dédaignent pas [les femmes juives, comme les hommes juifs, ne se mêlent généralement pas aux Romains, qu'elles considèrent impurs] et ne se gâte pas à nou fréquenter, t'a dit que nous désirons te voir et t'entendre pour te juger d'après ce que tu es. Car Rome ne croit pas aux fables… Pourquoi souris-tu, rabbin ?”. ‟Je te dirai après. Continue.” ‟… car Rome ne croit pas aux fables, et veut juger avec science et conscience avant de condamner ou d'exalter. Ton peuple t'ensence et te calomnie de manière égale. Tes actes appellent la louange, mais selon beaucoup de juifs tu vaux à peine plus qu'un criminel. Tes propos sont solennels et sages comme ceux d'un philosophe. Rome a beaucoup d'intérêt pour les doctrines des philosophes. Or je dois reconnaître que les philosophes actuels ne sont pas satisfaisantes, surtout parce qu'eux-même ne vivent pas de la façon qu'ils enseignent.” ‟Ils ne le peuvent pas.” ‟Parce qu'ils sont païens, sans doute ?” ‟Non. Parce qu'ils sont athées.” ‟Athées ? Ils ont leurs dieux.” ‟Ils ne les ont plus, femme. Les anciens grands philosophes aussi étaient païens, mais rappelle-toi quelle haute vie ils suivaient. Ils étaient certes dans l'erreur parce qu'ils ne vivaient qu'en hommes, mais ils ont approché les plus grands mystères, la vie et la mort, ils ont affronté les plus grands dilemmes, honnêteté ou malhonnêteté, vertu ou vice, héroïsme ou lâcheté. Quand ils voyaient le Mal menacer leur patrie et à leurs concitoyens, avec leur volonté de géants ils rejetaient loin d'eux les tentacules des mauvais polypes et, libres et saints, ils œuvraient au Bien à tout prix. Ce Bien n'était pas autre chose que Dieu”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 167.6, vision du 19/05/1945). Il distingue d'un côté la mythologie et les rituels, qui ne sont qu'une compilation de fantasmes et de superstitions sur des comportements très humains, et de l'autre côté ce que les philosophes en tirent de notions abstraites, concepts, Idées, lois non-écrites, qui sont des synonymes de Dieu. C'est encore une manière de penser très grecque ("‟Comment n'éprouvez-vous de dégoût pour le ciel que vous appelez « Olympe », où fermentent les plus mauvaises tendances humaines ? Regardez-le. Qu'y voyez-vous ? Luxure, crimes, haine, guerres, vols, ripailles, pièges, vengeances. Pour célébrer vos dieux, que faites-vous ? Des orgies. Quel culte leur rendez-vous ? Où est la vraie chasteté de celles qui sont consacrées à Vesta ? Sur quel code divin s'appuient vos prêtres pour juger ? Quelles paroles peuvent lire vos augures dans le vol des oiseaux ou dans le fracas du tonnerre ? Quelles réponses peuvent trouver vos haruspices dans les entrailles sanglantes des animaux sacrifiés ? Tu déclares : « Rome ne croit pas aux fables ». Alors pourquoi croit-elle que douze pauvres hommes attirent la bienveillance de Cérès en conduisant autour des champs un porc, une brebis et un taureau et en les immolant ensuite [allusion aux Cerealia, fête en l'honneur de Cérès introduite dans Rome à l'ère classique] ? Comment sélectionnez-vous les vengeances de vos innombrables dieux qui se détestent entre eux ? Dieu est bien différent. Il est Eternel, Un et Esprit.” ‟Mais tu dis que tu es Dieu, or tu es chair.” ‟Dans la patrie des dieux [la Grèce] un autel est dédié à aucun d'entre eux, les sages l'ont voué “au dieu inconnu” [allusion à l'autel installé sur la colline de l'Aréopage à Athènes, qui sera mentionné par Saül/Paul en Actes des apôtres 17.22-23] parce que, vrais philosophes, ils ont pressenti que quelque chose existe en dehors de ces histoires inventées à l'usage des éternels enfants que sont les hommes dont l'esprit s'enveloppe des bandeaux de l'erreur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 167.7, vision du 19/05/1945). Il dit que Platon était son premier disciple car il aimait l'âme - dans Phédon -, c'est-à-dire Dieu. Doit-on déduire que Jésus a lu des œuvres de Platon dans sa jeunesse à Sepphoris ? ("‟Mais, où est cette chose incorporelle et sublime [l'âme] ? Dans le cœur ? Dans le cerveau ?” [c'est Valeria qui s'adresse à Jésus] ‟Elle est dans tout l'être humain. Elle vous contient et elle est contenue en vous. Quand elle vous quitte, vous devenez des cadavres. Quand elle est tuée par un crime que vous commettez contre vous-mêmes, vous êtes damnés, séparés pour toujours de Dieu.” ‟Tu admets donc que [Platon] le philosophe qui nous a déclarés « immortels » avait raison, bien que païen ?”, demande [Pomponia Graecina] Plautina. ‟Je ne l'admets pas, je fais davantage : je dis qu'il était croyant. L'immortalité de l'âme, partie supérieure de l'humain, est le mystère le plus certain et le plus consolant de la croyance. Elle garantit notre origine, notre but, ce que nous sommes, et nous enlève l'amertume de toute séparation”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 167.12, vision du 19/05/1945). Pomponia Graecina Plautina s'interroge sur la nature de Jésus, dieu ou homme. Jésus lui demande d'avoir confiance et de rejeter ses faux dieux ("[Pomponia Graecina] Plautina réfléchit profondément. Jésus l'observe en silence. Enfin elle demande : ‟Et toi, tu as une âme ?”. Jésus répond : ‟Certainement”. ‟Mais es-tu Dieu ou non ?” ‟Je suis Dieu, je te l'ai dit. Mais actuellement j'ai pris une nature d'homme. Dans quel but ? Pour résoudre les difficultés qui dépassent votre raison […]. J'ai enfermé la Sagesse dans un corps, la Sainteté dans un corps. La Sagesse, je la répands comme la semence sur la terre, comme le pollen aux vents. La Sainteté, telle une amphore qu'on brise renfermant un contenu précieux, coulera sur le monde à l'heure de la Grâce et sanctifiera les hommes. Alors, le Dieu « inconnu » sera connu [nouvelle allusion à l'autel "au dieu inconnu" de l'Aéropage à Athènes]C:Carat” ‟Tu es déjà connu, ceux qui mettent en doute ta puissance et ta sagesse sont mauvais ou menteurs.” ‟Je suis connu, mais ce n'est qu'une aube. Le midi s'emplira de ma connaissance.” […] “Mais que diront nos dieux si nous les abandonnons ? Ne se vengeront-ils pas sur nous ?”, demande Lydia [une des femmes présentes] craintive. ‟Femme, as-tu jamais vu le brouillard du matin ? Les prés disparaissent sous une vapeur qui les cache. Vient le soleil et le brouillard s'évapore. Les prés resplendissent plus beaux. Vos dieux, c'est cela : le brouillard d'une pauvre pensée humaine qui ignore Dieu mais qui a naturellement besoin de croire en permanence, et a créé en conséquence la fable de l'Olympe. Au lever sur soleil, du vrai Dieu, vos dieux se dissiperont dans vos cœurs sans pouvoir vous nuire car ils n'existent pas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 167.13-14, vision du 19/05/1945). Pendant ce temps, dans la vallée entre le mont Arbel et Tibériade, les apôtres rassemblent la foule désireuse de voir et entendre Jésus. Dans cette foule on remarque deux élèves de Gamaliel, Hermas et Etienne âgé d'"environ vingt-cinq ans", l'un des futurs sept premiers diacres (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 166.5, vision du 18/05/1945). Etienne questionne les apôtres sur Jésus, Jean fils de Zébédée lui répond avec une exaltation hystérique que Maria Valtorta rapporte (il "parle et pleure en souriant", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 166.9, vision du 18/05/1945), très malaisante pour le lecteur. Jésus revient de Tibériade, il retrouve ses apôtres dans la vallée, décrite de façon très détaillée par Maria Valtorta ("Jésus va seul à grands pas sur une route principale. Il se dirige vers une éminence. […] Cette éminence se dresse près de la route qui, partant du lac, se dirige vers l'ouest. Elle descend en pente douce sur un long espace, formant un plateau d'où on voit le lac [de Galilée] avec la cité de Tibériade au sud et les autres cités moins belles [Magdala/Migdal et Génésareth/Tel-Kinneret] au nord. Puis s'élève rapidement jusqu'à un pic, puis s'abaisse, puis remonte jusqu'à un second pic semblable au premier, formant une sorte de selle. Jésus entreprend la montée vers le plateau par un beau chemin muletier. Il gagne un hameau dont les habitants cultivent ce plateau surélevé, où le blé commence à former des épis. Il traverse l'endroit, les champs et les prés parsemés de fleurs ou bruissants de moissons. Le jour est serein et met en valeur toute la beauté de la nature environnante. Au-delà d'éminence solitaire vers laquelle se dirige Jésus, on voit au nord la cime imposante de l'Hermon, perle gigantesque reposant sur une base d'émeraude tant la neige est blanche au sommet et tant sont verts les bosquets en-dessous. Au-delà, entre le lac et l'Hermon, on voit la plaine verdoyante autour du lac Méron, et d'autres montagnes au nord-ouest inclinant vers le lac de Tibériade ou vers le lointain, et d'autres plaines. Au sud, au-delà de la route principale, les collines qui, je crois, cachent Nazareth. Plus on monte, plus l'horizon s'élargit. Je ne vois pas à l'ouest car une montagne cache la vue", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 169.1, vision du 22/05/1945). Cette vallée se caractérise par une double colline en son centre, d'où son nom : "Cornes de Hattin" (32°47'48"N 35°28'18"E). Dans ce lieu où on trouvait un hameau appelé "Kafar Shabtay/Village du sabbat", francisé en "Kafarsset" (32°47'41.2"N 35°27'15.0"E), le 4 juillet 1187, Saladin a écrasé les croisés de Guy de Lusignan. Les scientifiques accompagnant Napoléon Bonaparte en 1799 vers Acre ont exploré la région, la Carte topographique de l'Egypte et de plusieurs parties des pays limitrophes levée pendant l'expédition de l'armée française de 1818 du colonel géographe français Pierre Jacotin mentionne le hameau de Kafarsset sous une forme abrégée "K. el Sett", avec un commentaire "montagne des béatitudes" : Maria Valtorta a-t-elle eu accès à cette carte, ce qui expliquerait pourquoi elle place l'épisode des Sermons sur la montagne dans ce lieu alors qu'à l'époque où elle écrit en 1945 la majorité des exégètes bibliques pensent que les Sermons sur la montagne ont eu lieu sur la colline de Génésareth/Tel-Kinneret ? Quand le géographe français Victor Guérin visite la région dans le troisième quart du XIXème siècle, il n'y trouve que des ruines et une population éparse ("A huit heures cinq minutes, je me remets en marche vers le sud-ouet, et après une montée assez raide je parviens sur un plateau où je chemine vers l'ouest. A ma droite serpente le wadi Dameh aux bords rocheux et escarpés. A huit heures trente-cinq minutes, j'arrive à Kefr Sabt [autre graphie pour "Kafar Shabtay/Kafarsset"]. Auprès d'une source renfermée dans un petit bassin circulaire, de nombreuses maisons renversées couvrent le sol de débris confus, quelques-unes encore debout sont seules habitées. Ça et là sont disséminées des citernes creusées dans le roc. Sur le point culminant de la colline qu'occupait la bourgade antique à laquelle a succédé le hameau moderne, on observe les restes d'une puissante construction bâtie avec des pierres de taille, et qui paraît avoir une destination militaire : elle formait un quadrilatère long d'une quarantaine de pas. A côté d'une mosquée, on remarque deux chapiteaux mutilés imitant le style corinthien, ainsi que plusieurs tronçons de colonnes provenant vraisemblablement d'une ancienne église complètement détruite", Victor Guérin, Description géographie, historique et archéologique de la Palestine III.18). Un peu plus de mille habitants, exclusivement arabes et musulmans, vivent à Kafar Shabtay, arabisée et apocopée en "Hattin", en 1945, l'année où Maria Valtorta écrit l'épisode qui nous occupe. Ces habitants seront tous tués ou expulsés lors d'une attaque de l'armée israélienne en juillet 1948. On se demande comment Maria Valtorta en 1945 peut connaître ce site si précisément, surtout quand elle signale par la bouche d'Etienne l'existence d'un aqueduc à proximité ("Ses paroles [à Jésus] nous signifient que nous sommes comme l'aqueduc que nous apercevons d'ici : en-dessous passe le chemin des animaux et des hommes, au-dessus sur les arches une autre voie s'élance dans le soleil et l'azur près des plus hautes branches, qui bruissent sous le vent et chantent avec les oiseaux, elle est simple, propre, lumineuse autant que la route d'en bas est rocailleuse, sale, sombre, c'est une voie qui sert à l'eau limpide et gazouillante, eau bénite de Dieu que caresse ce qui vient de Dieu, rayons du soleil et des étoiles, frondaisons nouvelles, fleurs, ailes des hirondelles. Nous voulons monter vers cette voie plus élevée qui est la sienne, mais que nous ne connaissons pas, parce que nous sommes écrasés, ici, en bas, par tout le poids de la vieille construction", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 166.5, vision du 18/05/1945), inconnu par les archéologues en 1945, qui n'en découvriront des tronçons qu'à partir de 1989, tirant l'eau de la rivière Yavneel pour alimenter la cité de Tibériade. Les apôtres se congratulent mutuellement d'avoir bien assumé l'absence momentanée de Jésus pour parler à la foule, tels des commerciaux qui se félicitent entre eux d'avoir vendu leur camelote à des clients gogos en l'absence de leur manager ("‟Vous est-il arrivé malheur ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Simon-Pierre] ‟Oh non, au contraire ! Oh, rabbin, sais-tu que Jean [fils de Zébédée] a parlé ? C'était toi qui semblait parler en lui, il nous a abasourdis ! Ce garçon qui, il y a un an, était seulement capable de jeter le filet, oh !” [Simon-]Pierre est encore sous le coup de l'admiration, il secoue Jean [fils de Zébédée] tout riant qui se tait. ‟Regardez-le avec sa bouche rieuse : comme cet enfant a-t-il pu dire ces paroles-là ? On aurait dit Salomon !” ‟Simon[-Pierre] aussi a bien parlé, mon seigneur. Il est vraiment le chef”, dit Jean [fils de Zébédée]. ‟Je n'en sais rien ! Il m'a mis au pied du mur ! Ils disent que j'ai bien parlé, c'est possible mais je n'en sais rien ! A cause de ma stupeur en entendant Jean [fils de Zébédée] et de la peur de parler au milieu de tant de gens et de ne pas être à ta hauteur, j'étais bouleversé…” ‟Ne pas être à ma hauteur ? Mais c'est toi qui a parlé à ma place, tu es bien à la bonne hauteur, Simon[-Pierre]”, rétorque Jésus pour le taquiner. ‟Oh moi, peu importe ! Je ne voulais pas qu'ils se moquent de toi pour avoir pris pour apôtre un imbécile.” Jésus étincelle de joie pour l'humilité et l'amour de [Simon-]Pierre. Il demande simplement : ‟Et les autres ?” ‟[Simon] le Zélote aussi a bien parlé, mais lui sait parler. Tandis que celui-ci [Jean fils de Zébédée] c'est une vraie surprise, depuis que nous avons été en oraison [allusion à la retraite récente sur le mont Arbel] ce garçon semble avoir toujours l'âme au Ciel.” ‟C'est vrai ! C'est vrai !” Tous confirment les paroles de [Simon-]Pierre. Et on continue. ‟Tu sais quoi ? Parmi les nouveaux disciples, deux sont importants [allusion aux deux élèves de Gamaliel : Hermas et Etienne], selon Judas et Simon [le zélote]. Judas s'affaire beaucoup. Hé, c'est vrai qu'il connaît bien ces gens-là de la haute société, il sait comment les prendre, et il aime ça et il sait faire. Les gens ordinaires préfèrent entendre Simon [le zélote], tes frères [Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus], et surtout ce garçon [Jean fils de Zébédée]. Hier un homme m'a dit : « Il parle bien, ce jeune (il désignait Judas), mais je te préfère à lui ». Oh, pauvre ! Me préférer, moi qui ne sais dire que quatre mots !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 169.2, vision du 22/05/1945). Jésus révèle enfin pourquoi il les a amenés en cet endroit. Il se définit comme le nouveau Temple qui doit remplacer l'ancien Temple de Jérusalem, or comme n'importe quel temple il doit se dresser sur une hauteur afin d'être visible de loin par ses fidèles, il a donc décidé de parler à la foule depuis les Cornes de Hattin au milieu de cette large vallée en amont de Tibériade, qui lui semble le lieu idéal (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 169.4-9, vision du 22/05/1945). C'est l'épisode que la tradition chrétienne désigne comme "Sermons sur la montagne", qui s'étaleront sur cinq jours (visions 170 à 174), dont Matthieu témoin des faits fera le socle de son évangile (chapitres 5 à 7 de Matthieu). Etienne et Hermas sont toujours présents. On remarque aussi un centurion romain anonyme venu surveiller le premier jour ("Dans un coin, près d'un sentier, pour écouter sans provoquer l'hostilité de la foule, se trouve un Romain, je le remarque parce qu'il porte un vêtement court et un manteau différent. Etienne et Hermas sont encore là", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 171.1, vision du 25/05/1945), qui ne revient pas le jour suivant ("Sauf le Romain, la foule est la même [le deuxième jour], plus nombreuse car elle s'étend jusqu'au début des sentiers qui vont vers la vallée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 172.1, vision du 26/05/1945). Les Sermons consistent en une accusation systématique de tous ceux qui s'opposent au ministère. Jésus dénonce ses concurrents au titre de Mashiah/Messie qu'il appelle "faux prophètes" ("Gardez-vous des faux prophètes et de ceux qui enseignent l'erreur. Ils viennent à vous comme des agneaux mais ce sont des loups rapaces [Matthieu 7.15]. Ils viennent à vous sous des dehors de sainteté mais ils se moquent de Dieu. Ils disent aimer la vérité mais se nourrissent de mensonges. Etudiez-les avant de les suivre. L'homme a la langue pour parler, les yeux pour voir et les mains pour prendre, mais autre chose témoigne plus efficacement du réel : ses actes. Or que vaut la prière si l'homme qui joint ses deux mains maintenant commet vol et adultère plus tard ? Que valent les deux yeux qui chavirent de tous côtés pour affecter l'inspiration si, après l'heure de la comédie, ils se plaisent à regarder avidement la femme ou l'ennemi dans un désir de luxure ou d'homicide ? Que vaut la langue qui sait siffler la chanson mensongère de la louange et séduire par ses paroles mielleuses, quand par-derrière elle vous calomnie et parjure pour vous présenter comme des gens méprisables, que vaut la langue qui s'attarde dans des oraisons hypocrites avant de ruiner la réputation d'autrui ou séduire sa bonne foi ?", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 171.3, vision du 25/05/1945). Il dénonce l'hypocrisie des juifs ordinaires qui affectent compassion et altruisme en public mais se comportent froidement et égoïstement en privé ("Dans la parole et dans la prière, ne soyez pas comme les hypocrites. Pour prier, ils se lèvent dans les synagogues ou aux coins des places afin que tous les voient et les louent comme hommes pieux et justes, mais dès qu'ils sont en famille ils offensent Dieu et leur prochain. Ne voyez-vous pas, en réfléchissant, que c'est parjure [Matthieu 6.5] ? Pourquoi vouloir soutenir le faux pour conquérir une estime que vous ne méritez pas ? La prière hypocrite dit : ‟En vérité je suis un saint, je le jure aux yeux de ceux qui me voient prier et qui ne peuvent pas dire que ne je prie pas”. C'est un voile dont on couvre une méchanceté réelle. La prière dans cette intention est un blasphème. Laissez à Dieu le soin de vous proclamer saints. Faites que toute votre vie crie pour vous : ‟Voici un serviteur de Dieu”, mais vous, par charité pour vous-mêmes, gardez le silence", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 172.2, vision du 26/05/1945), il condamne l'excès de prière, marmonage creux selon lui, par opposition à tout acte accompli avec sincérité ("Débarrassez-vous de l'habitude de mesurer votre temps de prière. Certaines personnes dépensent tant d'heures en un monologue que répètent seulement leurs lèvres ! C'est un soliloque car même leur ange gardien ne les écoute pas. C'est une rumeur vaine à laquelle ils essaient de remédier en se plongeant dans une ardente oraison pour le sot dont il a la garde. Ces personnes n'emploieraient pas leurs heures d'une autre manière même si Dieu leur apparaissait pour leur dire : ‟Le salut du monde exige que tu abandonnes ce bavardage sans âme pour aller simplement puiser de l'eau à un puits et arroser le sol par amour pour moi et pour tes semblables”. Ces personnes croient leur monologue plus important que l'accueil courtois d'un visiteur ou le secours charitable au nécessiteux. Leur âme est tombée dans l'idolâtrie de la prière. Mais la prière est un acte d'amour. On peut aimer aussi bien en préparant le pain qu'en priant, en assistant un infirme qu'en méditant, en vaquant aux tâches familiales qu'en accomplissant un pèlerinage au Temple, en sacrifiant aux justes désirs de communier dans le Seigneur qu'en sacrifiant un agneau. Il suffit d'imprégner d'amour toute l'individu et tous les actes", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 172.6, vision du 26/05/1945). Il dénonce l'hypocrisie des saducéens qui affichent leur générosité envers les indigents à l'échelle dix en se réservant des richesses pour eux-mêmes à l'échelle cent ("Quand vous faites l'aumône [Matthieu 6.2-4], ne sonnez pas de la trompette pour attirer l'attention des passants et être honorés, comme les hypocrites qui cherchent les applaudissements et n'agissent que là où ils sont vus par le plus grand nombre. […] Quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ce qu'accomplit votre main droite", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 173.3, vision du 27/05/1945). Il dénonce l'hypocrisie des pharisiens pour la même raison ("Ne faites pas comme les scribes et les pharisiens qui sont sévères avec tout le monde, mais jamais avec eux-mêmes. Ils appellent impur ce qui est extérieur et peut ne souiller que l'extérieur, et ils accueillent l'impureté au plus profond d'eux, dans leur cœur", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 174.13, visions du 29/05/1945 et du 12/08/1944). Et il conclut à la manière nazaréenne, par un hymne à la pureté, et par la traditionnelle opposition entre la Lumière et les Ténèbres ("L'œil est la lumière du corps, la pensée est la lumière du cœur [Matthieu 6.22]. Mais si ton œil n'est pas pur, tout en toi deviendra trouble et les nuées de la séduction créeront en toi des imaginations impures, car par suite de la soumission des organes à la pensée, une pensée corrompue corrompt les sens. Tout est pur dans celui qui a une pensée pure et lui donne une finalité pure, et la Lumière de Dieu descend en maîtresse là où les sens ne font pas obstacle. Mais si par mauvaise volonté tu as habitué ton œil à des visions troubles, tout en toi deviendra Ténèbres. Inutilement tu regarderas même les choses les plus saintes. Dans la nuit tu n'auras que les Ténèbres et tu n'œuvreras qu'aux ténèbres", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 174.9, visions du 29/05/1945 et du 12/08/1944). Le cinquième jour est marqué par un incident. Marie-Madeleine arrive de Magdala/Migdal voisine, de façon délibérément provocatrice, portée par quatre hommes dont l'un est un Romain, son amant du moment ("“Faites place, plébéiens ! crie une coléreuse voix d'homme, faites place à la beauté qui passe !” Quatre jolis-cœurs pomponnés s'avancent. L'un est certainement un Romain car il porte la toge. Sur leurs mains croisées pour former un siège, ils portent en triomphe Marie de Magdala, encore grande pécheresse. Elle rit de sa bouche très belle. Elle rejette en arrière ses cheveux d'or, ses tresses retenues par des épingles précieuses, et par une lame d'or parsemée de perles qui enserre le sommet du front comme un diadème, d'où descendent des boucles légères voilant ses yeux splendides rendus encore plus grands et plus séduisants par un savant maquillage. Le diadème disparaît derrière les oreilles, sous la masse des tresses qui tombent sur le cou très blanc et très largement découvert. Les épaules sont nues jusqu'aux omoplates, et la poitrine beaucoup plus encore. Son vêtement est retenu aux épaules par deux chaînettes d'or. Les manches sont inexistantes. Le tout est recouvert (si on peut dire !) par un voile qui servant seulement à protéger la peau du bronzage. Le vêtement étant très léger, la femme semble se dénuder chaque fois qu'elle se penche par cajolerie sur l'un ou l'autre de ses adorateurs. J'ai ''impression que le Romain est le préféré, car c'est à lui qu'elle adresse de préférence sourires et clins d'œil, et il reçoit plus souvent la tête sur son épaule. ‟Voilà, la déesse est satisfaite, dit le Romain, Rome a donné une monture à la nouvelle Vénus, là se trouve l'Apollon que tu as voulu voir [Jésus], charme-le donc mais laisse-nous des bribes de tes charmes”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 174.12, visions du 29/05/1945 et du 12/08/1944). Elle rit bruyamment quand Jésus parle, espérant peut-être le séduire comme tous les autres hommes qu'elle a séduits jusque-là ("Jésus la regarde fixement. Elle soutient effrontément son regard en riant et en se tortionnant légèrement à cause des chatouilles que le Romain lui procure avec un brin de muguet cueilli dans l'herbe sur ses épaules et sur son sein découverts. Marie, avec une irritation étudiée et fausse, relève son voile en disant : “Respecte ma candeur !”, cela provoque l'hilarité bruyante de ses quatre porteurs", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 174.12, visions du 29/05/1945 et du 12/08/1944). Jésus dévie alors son sermon en dénonçant les juifs qui s'adonnent à la débauche, par des piques qui la visent tacitement. Elle cesse de rire et, furieuse, retourne vers Madgala/Migdal à pied ("‟Malheur à vous, riches et jouisseurs ! Car c'est parmi vous que fermente la plus grande impureté à laquelle l'oisiveté et l'argent servent de lit et d'oreiller ! Maintenant vous êtes repus. La nourriture des concupiscences vous arrive jusqu'à la gorge et vous étrangle. Mais vous aurez faim, une faim redoutable que rien ne rassasiera ni n'adoucira pendant l'éternité. Maintenant vous êtes riches. Que de bien vous pourriez faire avec votre richesse ! Mais vous en faites un mal pour vous et pour les autres. Vous connaîtrez une pauvreté atroce un jour, lequel n'aura pas de fin. Maintenant vous riez. Vous vous prenez pour des triomphateurs. Mais vos larmes rempliront les étangs de la Géhenne et ne cesseront pas. Où se niche l'adultère ? Où se niche la corruption des jeunes filles ? Qui a deux ou trois lits de débauche en plus de son lit d'époux, sur lesquels il répand son argent et la vigueur d'un corps que Dieu lui a donné sain afin de travailler pour sa famille et non de s'épuiser en débauches dégoûtantes qui le mettent au-dessous d'une bête immonde ? Vous avez appris : « Ne commets pas l'adultère » [Exode 20.14]. Mais moi je vous dis que celui qui regarde une femme avec un désir impur, que celle qui est allée vers un homme avec un désir impur, a déjà commis l'adultère dans son cœur [Matthieu 5.27-28]. Aucune raison ne justifie la fornication, ni l'abandon et la répudiation d'un mari, ni la pitié envers une femme répudiée. Vous n'avez qu'une seule âme. Quand elle est engagée avec une autre par un pacte de fidélité, qu'elle ne mente pas, autrement ce beau corps avec lequel vous péchez ira avec vous, âmes impures, dans des flammes qui ne s'éteindront pas. Mutilez-le plutôt, mais ne le tuez pas pour toujours par la damnation. Redevenez humains, vous les riches, sentines vermineuses du vice, et n'inspirez plus le dégoût au Ciel.” Au début Marie[-Madeleine] a écouté avec un visage qui était un poème de séduction et d'ironie, éclatant d'un rire ironique de temps à autre. Mais sur la fin du discours elle est devenue rouge de colère. Elle a compris que, sans la regarder, c'est à elle que Jésus parle. Sa colère s'enflamme toujours plus. Elle se révolte. Finalement elle ne résiste plus. Elle s'enveloppe dédaigneusement dans son voile et, suivie par les regards de la foule qui la méprise et par la voix de Jésus qui la poursuit, elle se sauve à toutes jambes sur la pente en laissant des morceaux de vêtements aux chardons et aux églantiers des bords du sentier", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 174.13-14, visions du 29/05/1945 et du 12/08/1944).


Pendant ce temps, à Nazareth, Marie la Vierge reçoit la visite d'Aglaé, qui lui raconte toute son histoire depuis sa jeunesse en Sicile jusqu'à sa déchéance à Hébron, sa rencontre avec Jésus, son errance à Belle-eau. Aglaé confesse qu'elle ne supporte plus d'être belle et convoitée par les hommes, et en même temps d'aimer autant le sexe ("Dis-moi ce que je dois faire. Quels moyens dois-je utiliser pour ne plus être Aglaé ? Que dois-je mutiler en moi ? Que dois-je m'arracher pour n'être plus péché et séduction, pour n'avoir plus rien à craindre de moi-même et des hommes ? Dois-je m'arracher les yeux ? Dois-je me brûler les lèvres ? Dois-je me couper la langue ? Mes yeux, mes lèvres, ma langue m'ont servi à faire le mal. Je ne veux plus le mal, je suis disposée à me punir et à les punir en les sacrifiant. Veux-tu que je m'arrache ces reins avides qui m'ont poussée à des amours dépravées, ces entrailles insatiables dont je crains toujours le réveil ? Dis-moi comment oublier que je suis femme, et comment faire oublier que je suis femme", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 168.8, vision du 20/05/1945). Marie la Vierge lui promet de soumettre son cas à Jésus, qu'elle doit retrouver bientôt à Béthanie d'où ils partiront vers Jérusalem pour la Pâque W-2. En attendant, elle lui propose de s'installer chez Suzanne à Cana ("La nuit est tombée, ma fille. Tu es fatiguée et brisée. Viens, repose-toi. Demain tu partiras. Je t'enverrai dans une famille de gens honnêtes [chez Suzanne à Cana], ici [dans la maison de Nazareth] trop de gens viennent désormais. Et je te donnerai un vêtement comme le mien, on te prendra pour une Israélite. Je revois mon fils en Judée car la Pâque [W-2] approche, à la nouvelle lune d'avril nous serons à Béthanie. Je parlerai de toi. Présente-toi à la maison de Simon le zélote, tu m'y trouveras et je te conduirai à lui", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 168.9, vision du 20/05/1945). On apprendra plus tard, par la bouche de Suzanne peu après la Pâque W-2, qu'Aglaé s'est bien installée à Cana, où elle se comporte convenablement ("[Aglaé] était très bonne, rabbin [c'est Suzanne qui s'adresse à Jésus], elle n'était vraiment pas une charge. Elle voulait me seconder dans toutes les lessives, dans le nettoyage de la maison pour la Pâque comme une servante, et je t'assure qu'elle a travaillé comme une esclave pour m'aider à terminer les vêtements de la Pâque. Prudente, elle se retirait dès que quelqu'un arrivait, elle ne restait même pas avec mon mari. Elle parlait peu en présence de la famille, elle mangeait peu. Elle se levait avant le jour pour se laver, avant le réveil des hommes, et je trouvais toujours le feu allumé et la maison balayée. Et quand nous étions seules, elle m'interrogeait sur toi et me demandait de lui apprendre les psaumes de notre religion", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 143.3, vision du 04/08/1945).


Retour à Capharnaüm. Le centurion romain anonyme remarqué dans la foule le premier jour des Sermons sur la montagne, réapparaît et s'avance vers Jésus. Il dit qu'un de ses soldats est atteint de la fièvre des marais, autrement appelée "malaria" ("mauvais air/aria cattiva" en latin, devenu "mala aria" en italien, passé en français avec le même sens) ou "paludisme" (étymologiquement la "maladie des marais/palus" en latin), due en réalité ni au mauvais air des marais ni aux marais eux-mêmes mais au parasite Plasmodium transmis à l'homme par les moustiques vivant dans ces marais. Les médecins païens ne savent pas comment le guérir, les juifs refusent de le soigner parce qu'il est Romain, il se présente donc à Jésus comme solution de dernier recours. Paradoxalement, les meilleurs soutiens de ce centurion sont les pharisiens de Capharnaüm qui, même s'ils le condamnent en public, s'adressent en privé à Jésus pour le supplier de guérir le soldat car le centurion en question les a aidés à construire la synagogue locale et a toujours contenu l'irritation de ses troupes à chaque sabbat, les pharisiens craignent que, si Jésus ne guérit pas le soldat, cela mécontentera le centurion et l'amènera à revoir sa position contre eux ("Aux salutations ordinaires s'ajoute le salut de celui que je pense être le centurion local. Il lance un : ‟Ave, rabbin”, auquel Jésus répond par : ‟Dieu vienne à toi”. Pendant que la foule s'approche, curieuse de voir l'issue de la rencontre, le Romain continue : ‟Je t'attends depuis plusieurs jours. Tu ne me reconnais pas parmi ceux qui étaient sur la montagne ? Je portait des vêtements civils. Tu ne me demandes pas pourquoi je suis venu ?”. ‟Je ne te le demande pas. Que veux-tu de moi?” ‟Nous avons ordre de surveiller ceux qui organisent des rassemblements. Trop de fois Rome a regretté d'avoir autorisé des réunions apparemment honnêtes. Mais en te voyant et en t'écoutant, j'ai pensé à toi pour… J'ai un serviteur malade, seigneur. Il gît dans ma maison, sur son lit, paralysé par une maladie osseuse, et il souffre terriblement. Nos médecins ne le guérissent pas. J'ai sollicité les vôtres, car c'est une maladie produite par l'air corrompu de la région, ils savent la soigner avec des herbes de la rive où stagnent les eaux chaudes avant d'être absorbées par le sable de la mer : ils ont refusé de venir. J'en ai grande douleur parce que c'est un serviteur fidèle.” ‟Je viendrai et te le guérirai.” ‟Non, seigneur. Je ne te demande pas tant. Je suis un païen, une ordure pour vous. Si les médecins juifs craignent de se contaminer en mettant les pieds dans ma maison, à plus forte raison ce serait contamination pour toi qui es divin. Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Mais si d'ici tu dis une seule parole, mon serviteur guérira [Matthieu 8.5-11], car tu commandes à tout ce qui existe. Je suis un homme soumis à plusieurs autorités, la première est celle de César [Tibère], je dois faire, penser, agir comme il m'ordonne, en retour je dois donner des ordres aux soldats sous mon commandement, quand je dis à l'un : « Va », à l'autre : « Viens », et à mon serviteur : « Fais ceci », le premier va où je l'envoie, le second vient parce que je l'appelle, le troisième fait ce que je demande. Toi qui es Celui qui est, tu seras obéi immédiatement par la maladie et elle s'en ira.” ‟Un homme n'est pas une maladie…”, objecte Jésus. ‟Toi non plus tu n'es pas un homme, tu es l'Homme. Tu peux donc commander aux éléments et aux fièvres, tout est soumis à ton pouvoir.” Des notables de Capharnaüm prennent Jésus à part pour lui dire : ‟C'est un Romain, mais satisfais-le car il est un homme de bien qui nous respecte et nous rend service. Pense que lui a permis la construction de la synagogue [Luc 7.5] et il tient en respect ses soldats pour qu'ils ne se moquent pas de nous pendant le sabbat. Accorde-lui donc cette grâce par amour pour la cité, pour qu'il ne soit pas déçu et fâché et que son affection pour nous ne vire pas à la haine”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 177.1-3, vision du 02/06/1945). Jésus s'exécute. Il dit à la fièvre : "Pars !", et la fièvre part (cette scène nous laisse dubitatifs…). Puis il constate que décidément les non-juifs sont plus réceptifs à son ministère que les juifs, en s'appuyant sur Isaïe I et Isaïe III il prophétise que sa postérité sera constituée d'une majorité de non-juifs, autrement dit il se détourne désormais des "brebis perdues d'Israël", il acte que ses tentatives vers les juifs ont complètement raté ("‟Eh, qu'il en soit ainsi ! [c'est Jésus qui s'adresse au centurion]. Va avec foi. En cet instant la fièvre le quitte et la vie revient dans ses membres. Agis de façon que ton âme aussi vienne la Vie. Va.” Le centurion salue militairement, s'incline et s'en va. Jésus le regarde partir, puis il se retourne vers ceux qui l'entourent et leur dit : ‟En vérité, je vous dis que je n'ai pas trouvé autant de foi en Israël. Oh, c'est vrai ! « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Sur ceux qui vivent dans les Ténèbres la Lumière s'est levée » [Isaïe I 9.1], et encore : « Après avoir levé sa bannière sur les nations, le Messie les réunira » [Isaïe I 11.12]. Oh, mon Royaume ! Vers toi on affluera en nombre infini ! Plus nombreux que tous les chameaux et tous les dromadaires de Madian et d'Epha, et que les porteurs d'or et d'encens de Saba [Isaïe III 60.6], plus nombreux que tous les troupeaux de Qédar et que les béliers de Nabayot seront ceux qui viendront à toi [Isaïe III 60.7], et mon cœur se dilatera de joie en voyant venir à moi les peuples de la mer et la puissance des nations, les insulaires m'attendent pour m'adorer [Isaïe III 60.9] et les fils des étrangers construiront les murs de mon Ekklesia dont les portes seront toujours ouvertes pour accueillir les rois et la puissance des nations et pour les sanctifier en moi [Isaïe III 60.10]. Ce qu'Isaïe a vu s'accomplira. Je vous annonce que beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et siégeront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les Ténèbres extérieures où ne sont que pleurs et grincements de dents.” ‟Tu prophétises que les gentils seront égaux aux fils d'Abraham ?” ‟Non pas égaux : supérieurs. Ne le regrettez pas, car c'est votre faute. Ce n'est pas moi mais les prophètes qui le disent, et déjà les signes le confirment”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 177.3-4, vision du 02/06/1945).


Comme prévu, Jésus attend sa mère à Bethsaïde (vision 179-180), dans la maison de Simon-Pierre et Prophyré, d'où ils doivent partir ensemble vers Jérusalem pour la Pâque W-2. Simon-Pierre parle au nom de tous les apôtres qui, bien conscients de leurs limites en rhétorique, ont des doutes sur leur capacité à assurer le ministère quand Jésus ne sera plus là ("‟Quand tu parles [c'est Simon-Pierre qui s'adresse à Jésus] sur une place, sur une montagne, au milieu d'une foule, je ne sais pourquoi, je comprends tout mais je ne me rappelle rien. Je l'ai dit aussi aux compagnons, et ils m'ont donné raison. Ceux qui t'écoutent te comprennent et se souviennent de ce que tu dis. Combien de fois nous avons entendu quelqu'un avouer : “J'ai cessé d'agir de telle manière parce qu'il l'a ordonné”, ou encore : “Je suis venu parce qu'une fois pour l'entendre, et mon esprit a été frappé par telle chose”. Nous au contraire… hum ! C'est comme un fleuve qui passe sans s'arrêter. La rive ne l'a plus, cette eau qui est passée. Une autre arrive, et encore une autre, et ainsi de suite. Elles passent, passent, passent… Et je pense avec terreur que, selon toi, un moment viendra où tu ne seras plus là pour jouer le rôle du fleuve, et alors qu'aurai-je à donner à ceux qui ont soif, puisque je ne garde pas une seule goutte de ce que tu me donnes ?” Les autres appuient la plainte de [Simon-]Pierre, se lamentant de ne jamais rien retrouver de ce qu'ils entendent quand ils voudraient le retrouver pour répondre aux nombreuses personnes qui les interrogent. Jésus sourit et répond : ‟Ce n'est pas mon impression. Les gens sont très contents de vous aussi…” ‟Oh oui, pour ce nous faisons ! Te tailler un chemin, jouer des coudes, porter les malades, recueillir les oboles et dire : « Le rabbin est ici »”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 179.3, vision du 04/06/1945). Mais la discussion est brusquement interrompue par l'arrivée précipitée de Jean fils de Zébédée, qui apporte la nouvelle de la capture de Jean-Baptiste par la police d'Hérode-Antipas. C'est l'occasion d'une nouvelle scène très physique entre Jésus et Jean fils de Zébédée, où celui-ci se jette au cou de celui-là, redoutant que l'arrestation du maître Jean-Baptiste présage l'arrestation du disciple Jésus ("‟[Jean-Baptiste] a été pris au chant du coq !” [c'est Jean fils de Zébédée qui s'adresse aux apôtres] ‟Où ? Comment ? Par qui ? Dans sa grotte ?” Tout le monde questionne, tous veulent savoir. ‟Il a été trahi, on s'est servi de ton nom pour le trahir !” ‟Quelle horreur ! Qui est-ce ?”, crient-ils tous. Jean [fils de Zébédée] en frissonnant dit tout bas l'horreur que même l'air ne devrait pas entendre : ‟Par l'un de ses disciples !”. L'émoi est à son comble. Les uns maudissent, d'autres pleurent, d'autres abasourdis restent immobiles comme des statues. Jean [fils de Zébédée] s'accroche au cou de Jésus et crie : ‟J'ai peur pour toi ! pour toi ! pour toi ! Les saints ont leurs traîtres qui se vendent pour de l'or, par peur des grands, par l'appât d'une récompense, par soumission à Satan, pour mille raisons ! Oh Jésus, Jésus, Jésus ! Quelle douleur ! Mon premier maître, mon Jean[-Baptiste] qui m'a donné à toi [on se souvient que Jean fils de Zébédée a été d'abord disciple de Jean-Baptiste avant d'être disciple de Jésus] !” ‟Du calme. Rien ne m'arrivera dans l'immédiat”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 180.7, vision du 07/06/1945). La capture est due à un traître, qui a été voir Jean-Baptiste à son refuge d'Ainon/Ayn al Qudayrah pour prétendre que Jésus était mourant après avoir été chassé de Belle-eau et souhaitait lui confier ses dernières volontés, Jean-Baptiste ne s'est pas méfié, il a quitté son refuge de Samarie et a été arrêté peu après à la frontière de Galilée ("Cela s'est passé dans la gorge que nous [c'est Jean fils de Zébédée qui s'adresse aux apôtres] avons empruntée en revenant en Galilée, entre les monts Ebal et Garizim [allusion au voyage de retour vers Nazareth en passant par la Samarie, après avoir été chassé de Belle-eau début W-2], Le traître lui a dit : ‟Le Messie est mourant après avoir été assailli par des ennemis. Il veut te voir pour te confier un secret”. Il est parti avec le traître et quelques autres. A l'ombre d'un vallon stationnaient des soldats d'Hérode[-Antipas], qui l'ont pris. Les autres se sont enfuis, apportant la nouvelle aux disciples restés à Ainon. […] Le plus horrible est que le traitre est originaire de notre région, et que le complot a été fomenté par des pharisiens de Capharnaüm : ils l'ont envoyé en disant que tu avais été leur hôte et que, de là, tu étais parti pour la Judée. Il ne serait pas sorti de son refuge pour un autre que toi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 180.7, vision du 07/06/1945). Le lendemain, Simon-Pierre se rend à Capharnaüm, il découvre que les habitants sont bouleversés par l'arrestation de Jean-Baptiste et, sourtout, que le pharisien Eli (celui qui a invité Jésus de mauvaise grâce dans la vision 163, peu avant les Sermons sur la montagne) a quitté la cité, il le soupçonne être le traître ("[Simon-]Pierre revient le lendemain matin. Il est plus calme qu'au départ car il a été bien accueilli dans la cité de Capharnaüm débarrassée d'Eli et de Joachim. ‟Ce sont eux, les auteurs du complot. J'ai demandé à des amis à quelle date ils sont partis, et j'ai compris qu'ils ont disparu après s'être rendus chez le Baptiste comme pénitents. Je crois qu'on ne les reverra pas de sitôt, maintenant que j'ai dit qu'ils étaient présents lors de l'arrestation… La capture du Baptiste a généré un grand émoi. Je m'appliquerai à le répandre même chez les moustiques”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 182.1, vision du 09/06/1945). Simon-Pierre croise aussi un autre pharisien plus modéré appelé "Simon" qui l'informe que la rive occidentale du Jourdain est surveillée par Hérode-Antipas, qu'en conséquence Jésus pour se rendre à Jérusalem doit passer par la rive orientale s'il ne veut pas subir le même sort que son maître Jean-Baptiste ("J'ai rencontré aussi le pharisien Simon. Il m'a paru bien disposé. Il m'a dit, en appuyant sur les mots : "Conseille au rabbin [Jésus] de ne pas suivre le Jourdain par la vallée occidentale, l'autre rive est plus sûre”. Et pour conclure : “Je ne t'ai pas vu. Je ne t'ai pas parlé. Rappelle-le-toi et agis en conséquence pour mon bien, le tien et celui de tous. Dis au rabbin que je suis son ami”. Il regardait en l'air comme s'il parlait au vent. Même quand ils agissent bien, ils sont faux, ou plus exactement distants, afin de ne pas encourir tes reproches", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 182.1, vision du 09/06/1945). Jésus ne suivra pas ce conseil. Il renonce néanmoins à attendre sa mère et part avec les apôtres par une voie séparée vers Jérusalem, afin d'éviter le risque qu'elle soit capturée en chemin avec lui.


La première étape est Magdala/Migdal. Jésus arrive lors d'un fait divers. Un juif marié et père de famille a été surpris en plein adultère avec Marie-Madeleine par le Romain qui portait celle-ci lors des Sermons sur la montagne, le Romain jaloux a poignardé le juif au cœur avant de s'enfuir, le juif est à terre, il perd son sang, sa mère a accouru, elle lance des malédéctions sur lui qui a fauté et sur Marie-Madeleine qui l'a poussé à la faute et qui reste prostrée à demi-nue dans un coin de la pièce. Jésus demande aux apôtres de sortir le juif, et à la mère de pardonner l'égarement momentané de son fils, puis il guérit le blessé. Encore une fois on aimerait savoir quelle est la profondeur de la blessure - la lame est-elle entrée dans les tissus, ou n'a-t-elle causé qu'une éraflure sur la peau ? -, car de cela dépend le caractère miraculeux ou non-miraculeux de cette guérison. Marie-Madeleine s'enfuit à son tour en profitant de l'attention générale portée au blessé (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 183.2-5, vision du 12/08/1944). En quittant Magdala/Migdal, on croise un garçon turbulent qui explique ne pas être doué à l'école, ou plus exactement être doué pour faire des bêtises, son discours provoque le rire des apôtres et, une nouvelle (rare) fois, le rire de Jésus ("‟Sais-tu lire ?” demande [Jude] Thaddée. ‟Oui. Mais doucement, parce que le maître me met à la porte presque tous les jours […]. Le maître est vieux et laid, il raconte toujours les mêmes choses qui endorment. S'il était comme lui (il montre Jésus) je serai attentif. Est-ce que tu frappes, toi, celui qui dort ou qui joue ?” ‟Je ne frappe personne, mais je dis à mes élèves : « Soyez attentifs, pour votre bien et par amour pour moi »”, répond Jésus. ‟Voilà ! Par amour, oui. Non par peur.” ‟Si tu deviens bon, ton maître t'aimera.” ‟Tu n'aimes que celui qui est bon ? Juste avant tu as dit que tu es patient avec ceux qui ne sont pas bons…” La logique enfantine est implacable. ‟Je suis bon avec tous. Mais j'aime beaucoup, beaucoup celui qui devient bon, et avec lui je suis très, très bon.” L'enfant réfléchit, puis il lève la tête et demande à Matthieu : ‟Toi, comment as-tu fait pour devenir bon ?”. ‟Je l'ai aimé.” L'enfant réfléchit encore, puis il regarde les douze et dit à Jésus : ‟Sont-ils tous bons, eux ?” ‟Certainement ils le sont.” ‟En es-tu sûr ? Parfois je suis sage, mais c'est souvent quand je m'apprête à faire une grosse bêtise.” Tout le monde rit bruyamment. Le garçon dit aussi de sa franchise. Même Jésus rit, et le serre sur son cœur et lui donne un baiser", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 184.6-7, vision du 10/06/1945). La deuxième étape est Hippos, de l'autre côté du lac de Galilée (32°46'43"N 35°39'36"E), pour éviter de traverser la cité de Tibériade (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 186.1, vision du 11/06/1945). C'est une nouvelle grande énigme de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé. La cité d'Hippos est une création des Grecs de l'ère hellénistique, précisément elle est une cité-frontière fondée par les Grecs séleucides au nord face aux Grecs lagides rivaux au sud, à l'époque où ces derniers contrôlaient le sud Levant. Quand Antiochos III a conquis le sud Levant à la fin du IIIème siècle av. J.-C., Hippos devenue obsolète s'est assoupie. Elle s'est relevée avec l'arrivée des Romains au Ier siècle av. J.-C., retrouvant sa première fonction de cité-frontière, non plus entre nord et sud mais entre l'Empire romain à l'ouest et l'Empire parthe à l'est. Son importance dure jusqu'à l'arrivée de l'islam au haut Moyen Age qui, en s'implantant sur tout le Moyen Orient, rend inutile la fonction poste-frontalière d'Hippos. La cité est peu à peu abandonnée, et la nature reprend ses droits. A chaque forte pluie, à chaque inondation, les ruines des antiques bâtiments s'évanouissent sous les glissements de terrain, que recouvrent la végétation. La cité disparait complètement de la mémoire collective, son emplacement même est oublié. A la fin du XIXème siècle, l'Allemagne noue des relations diplomatiques avec l'Empire ottoman et projette la création de deux voies ferrées reliant Istanbul à Bagdad d'un côté, à La Mecque de l'autre côté. La seconde voie vers La Mecque doit passer par le Levant. Des ingénieurs sont missionnés pour arpenter le terrain, définir les lieux que le train empruntera, où des ponts devront être construits, où des tunnels devront être creusés. L'ingénieur et archéologue étatsunien d'origine allemande Gottlieb Schumacher est l'un d'eux. Quand il se rend sur la rive orientale du lac de Galilée, il remarque une colline surmontée de structures éparses et bouleversées affleurant du sol sous la végétation. La superficie du site le convainc qu'il s'agit d'une antique cité, mais il ne parvient pas à l'identifier. Il croit avoir retrouvé l'antique Gamala détruite par Vespasien en 67 (selon Flavius Josèphe, Guerre des juifs IV.78-83). La défaite de l'Allemagne et de l'Empire ottoman au terme de la première Guerre Mondiale signifie l'arrêt du projet ferroviaire vers La Mecque. Voilà où en sont les connaissances des archéologues sur le sujet en 1945, au moment où Maria Valtorta écrit : personne n'a encore identifié le site d'Hippos, au contraire on confond ce site avec l'antique Gamala. Or non seulement Maria Valtorta identifie clairement Hippos, mais encore elle décrit le lieu avec beaucoup de détails alors que peu d'Européens l'ont fréquenté à l'époque. Lors d'un autre passage de Jésus à Hippos en été W-1 sur lequel nous reviendrons plus tard, elle explique qu'en contrebas d'Hippos se trouve une petite crique, qui est en fait l'estuaire d'une rivière asséchée dans lequel se déverse l'eau du lac de Galilée, ce petit port naturel sert d'amarrage aux pêcheurs locaux, qui viennent y vendre leurs poissons aux côtés des maraîchers qui y vendent leurs légumes poussés dans l'étroite bande de terre entre le lac et les collines voisines de celle d'Hippos au sud ("Hippos n'est pas sur la rive du lac, comme je l'ai cru dans un premier temps en voyant des maisons bordant le sud-est du lac […]. Ces maisons sont l'avant-poste d'Hippos, qui est dans l'intérieur des terres, tels Ostie par rapport à Rome ou le Lido par rapport à Venise, elles sont le débouché de la cité sur le lac, utilisé comme site d'importations et d'exportations, comme raccourci pour gagner la région opposée du lac de Galilée, comme lieu de promenade pour les oisifs de la ville, et comme source d'approvisionnement en poissons via les nombreux pêcheurs qui s'y trouvent. [Jésus et ses apôtres] débarquent dans la tranquillité du soir, près d'un petit port naturel formé par l'embouchure d'une rivière asséchée [la rivière Ein Gev] que vient remplir l'eau céruléenne du lac. On trouve là [sur le site de l'actuelle kibboutz Ein Gev en Israël, 32°47'14"N 35°38'14"E] des maisons et des baraques de pêcheurs exploitant les eaux poissonneuses, et de maraîchers cultivant une bande de terre grasse et humide irriguée par les eaux proches [celles du lac, et celles de la rivière Ein Gev quand elle n'est pas asséchée], s'étalant largement du côté du rivage vers le sud, à l'opposé des hautes falaises à pic au nord d'où se sont jetés les porcs dans l'épisode du miracle des Géraséniens [allusion à la vision 186.5]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 448.8, vision du 24/06/1946), et en effet la colline d'Hippos est longée au nord par le wadi Ein Gev dont l'embouchure aujourd'hui comblée est occupée par le kibboutz homonyme (32°47'16"N 35°38'16"E), et au sud on voit des champs s'étalant entre les collines voisines de celle d'Hippos et le lac (32°46'36"N 35°38'34"E). Dans son cahier, Maria Valtorta dessine une carte sommaire où elle écrit le nom "Hippos" à l'endroit précis où la cité se trouve, elle indique aussi l'existence d'un hameau "Gamala" distinct de l'antique cité de Gamala détruite par Vespasien que les archéologues retrouveront finalement après 1971 au nord-est du lac de Galilée (32°54'21"N 35°44'46"E), ce hameau Gamala correspond à l'actuel kibboutz Kfar Haruv à deux kilomètres au sud d'Hippos (32°45'48"N 35°39'43"E ; l'existence de deux localités portant le même nom dans un périmètre réduit ne doit pas nous surprendre, un autre village "Gamala" ou "Jamla" en arabe existe à une quinzaine de kilomètres à l'est d'Hippos, sur la ligne frontalière côté Syrie, 32°48'18"N 35°51'03"E ; Gottlieb Schumacher indique que le hameau Gamala/Kfar Haruv compte environ deux cents habitants en 1888 dans son rapport Le Golan/The Jaulan, pages 170-172, et que village Gamala/Jamla compte cent soixante habitants en 1889 dans son rapport A travers le Jourdain/Across the Jordan, pages 74-76). Les premières fouilles sur le site d'Hippos commencent en 1951, réalisées par des chercheurs israéliens. Elles sont vite interrompues par les tensions politiques puis par la guerre des Six Jours en 1956. La colline d'Hippos redevient le poste-frontière qu'elle était jadis, occupée par l'armée israélienne face à la Syrie au nord-est et à la Jordanie au sud-est. Ce n'est qu'après les accords d'Oslo en 1993 que, les relations entre Israéliens et Arabes se normalisant temporairement, les archéologues peuvent revenir et reprendre leurs explorations. Des campagnes sont menées chaque année à partir de 1999 par des équipes israélienne, polonaise et étatsunienne, qui permettent enfin de relier le site de façon certaine à l'antique Hippos. Comment donc en 1945 Maria Valtorta peut-elle nommer et décrire ce site qui ne sera réellement authentifié et déterré qu'après 1999 ? Le hameau Gamala/Kfar Haruv est une terre païenne (les porcs s'y promènent en liberté !) où Jésus croise deux Arabes fous de Gérasa/Jerach, qu'il guérit de leur folie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 186.5, vision du 11/06/1945 ; cet épisode est raconté aussi dans Marc 5.1-20, Matthieu 8.28-34, Luc 8.26-39). La troisième étape est Tarichée (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 186.8, vision du 11/06/1945), correspondant à la zone marécageuse où le Jourdain, après avoir enflé pour donner le lac de Galilée, retrouvre son lit et continue à s'écouler vers le sud. Cet endroit a beaucoup changé depuis l'époque de Jésus, les alluvions chargées par le Jourdain s'y sont accumulées au fil des siècles pour créer un sol cultivable, et même habitable où en 1909 a été fondé le plus ancien des kibboutz, Degania (32°42'31"N 35°34'25"E). A l'occasion d'un autre séjour de Jésus à l'été W-1, Maria Valtorta décrit longuement ce lieu, les rives et cités alentours, avec une énigmatique précision qui raccorde avec la topographie réelle et avec l'archéologie ("La petite péninsule de Tarichée s'avance dans le lac [de Galilée] en formant une anse profonde au sud-ouest, de sorte qu'elle est moins une péninsule qu'un isthme presque totalement entouré d'eau, uni à la terre par étroit couloir. Du moins au temps de Jésus, à l'époque où je la vois. Je ne sais pas comment par la suite, au cours de vingt siècles, les sables et les graviers charriés par le fleuve [Jourdain], qui pénètre dans l'anse au sud-ouest, ont modifié la topographie de l'endroit, en comblant la petite baie et en élargissant la langue terrestre de l'isthme. La baie est tranquille, azurine, avec des bandes couleur de jade, où se reflètent les feuillages verts des arbres qui s'avancent de la côte vers le lac. Des barques nombreuses se balancent légèrement sur les eaux presque calmes. Je remarque une digue bizarre : avec ses arches reposant sur les graviers du rivage, elle forme une sorte de promenade vers l'ouest. J'ignore si on l'a aménagée pour orner ou pour un but utilitaire. Elle est recouverte d'une épaisse couche de terre où sont plantés des petits arbres très rapprochés formant une galerie verte au-dessus du chemin. Beaucoup de gens passent sous cette galerie bruissante à laquelle la brise, les eaux et les frondaisons apportent l'agrément appréciable de la fraîcheur. On voit nettement la bouche du Jourdain. L'engouffrement des eaux du lac dans le lit du fleuve forme des tourbillons près des piles d'un pont que je qualifie romain à cause de ses piles robustes en taille-mer (je ne sais pas si c'est terme exact, elles ont cette forme : <=>). En s'y brisant le courant éclairé par le soleil crée un jeu de lumières nacrées, les flots se déversent dans la gorge encaissée du fleuve, après s'être étendues à leur aise dans le lac. A l'autre bout du pont, sur l'autre rive, une petite cité toute blanche [non-identifiée] aux maisons éparses dans la campagne verte et fertile. Plus haut vers le nord, sur la côte orientale du lac, le bourg [Ein Gev] précédant Hippos et les bois au-dessus de la côte escarpée, au-delà desquels se trouve Gamala bien visible au sommet de sa colline", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 463.1, vision du 27/07/1946). La quatrième étape est En-Dor, à mi-chemin entre le lac de Galilée et la Samarie (32°39'25"N 35°25'00"E). On rencontre un vieux Grec chypriote borgne, Félix de Kition, philosophe. Il a été condamné au bagne dans une mine d'Anatolie trente-cinq ans plus tôt, après avoir tué sa femme (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 312.5, vision du 24/10/1945) et son amant, un Romain marchand de vin, surpris en plein adultère, altercation au cours de laquelle il a perdu un œil. Félix s'est échappé d'Anatolie avec la complicité de la fille d'un des gardiens du bagne ("‟Quand j'étais jeune [c'est Félix qui s'adresse à Jésus] à Kition, à cause d'une femme, je me suis bagarré contre un Romain que j'ai poignardé. Il est mort, j'ai perdu un œil et tout ce que je possédais : j'ai été condamné au bagne perpétuel. Comme je savais soigner, j'ai guéri la fille d'un gardien. Cela m'a valu son amitié et un peu de liberté. J'en ai profité pour m'enfuir. J'ai mal agi car mon évasion a probablement coûté la vie à cet homme. Mais la liberté semble belle quand on est prisonnier…” ‟Et elle n'est pas belle après ?” ‟Non. Mieux vaut la prison. J'y vivais seul, sans contact avec les hommes qui ne respectent pas ma solitude et tournent autour de moi pour me nuire…” ‟Tu as étudié les philosophes ?” ‟J'enseignai à Kition. J'étais prosélyte.” ‟Et aujourd'hui ?” ‟Aujourd'hui je ne suis rien. Je vis dans la réel et dans la haine. On m'a haï et on me hait”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.3, vision du 13/06/1945), il s'est réfugié à En-Dor où personne jusqu'à présent n'est venu le chercher ("Quand je me suis libéré après vingt ans de bagne dans les mines d'Anatolie, après mon évasion un soir de tempête, je me suis retrouvé au sommet d'une montagne abrupte, inondée de soleil à l'aube et couverte de bosquets odorants", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.8, vision du 13/06/1945), il survit en vendant des poulets et des potions de guérison, il continue à lire beaucoup ("‟Tu es juif ?” [c'est Félix qui s'adresse à Jésus] ‟Oui.” ‟Moi aussi, enfin presque, même si je ne le parais pas. J'ai vécu très lontemps dans d'autres pays, et j'ai contracté des habitudes qui ne plaisent pas à ces imbéciles. Je vaux mieux que les autres, mais ils disent que je suis un démon parce que je lis beaucoup. J'élève des poulets que je vends aux Romains, et je sais soigner avec les plantes”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.3, vision du 13/06/1945). On apprendra plus tard que la mère de Félix s'était convertie au judaïsme, elle l'a présenté au Temple selon le rite déjà signalé pour Marie la Vierge, Jean-Baptiste et Jésus (présentation du nouveau-né à Yahvé et purification de la mère), elle est morte avant qu'il n'atteigne ses deux ans ("Nous étions des prosélytes. Je suis venu né presque à Pâque, dans les premiers jours d'adar [dans le calendrier hébraïque, soit février/mars dans le calendrier chrétien]. Ma mère originaire de Judée s'est mise en route dès qu'elle a pu, pour présenter à temps son garçon au Seigneur. Sûrement trop vite car elle est tombée malade, et elle ne s'en est pas remise. J'avais moins de deux ans quand je suis resté sans mère. Le premier malheur de ma vie. J'étais son premier-né, et je suis resté son fils unique à cause de sa maladie. Elle est décédée fière d'avoir obéi à la Torah. Mon père disait : ‟Elle est morte heureuse de t'avoir offert au Temple”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 197.2, vision du 22/06/1945). Félix a fait sa bar-mitsva, et a fréquenté régulièrement le Temple en catimini jusqu'à sa condamnation ("‟'Es-tu retourné au Temple ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Félix] ‟Oh oui ! A douze ans. Et j'y suis retourné autant que j'ai pu, mais après… J'ai cessé. Je t'ai dit quel culte j'ai adopté, le seul : la haine”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 197.2, vision du 22/06/1945). Il a tout fait pour devenir un bon juif, parce qu'il veut honorer sa mère, et peut-être aussi parce que, comme les Romains ne croient plus vraiment dans leurs dieux, il ne croit plus vraiment dans ses lectures philosophiques et est en quête d'une nouvelle transcendance. Mais pour les juifs génétiques il reste un prosélyte, un païen. Quand Jésus lui propose de l'accompagner, Félix éclate de rire, ne parvenant pas à croire qu'un juif le prend au sérieux ("‟Le souvenir et la haine [c'est Jésus qui s'adresse à Félix], retire-les. Vide-toi. Je te donnerai autre chose à la place.” ‟Quelle chose ?” ‟L'amour.” ‟Ah, ah, ah ! Tu me fais rire ! Voilà trente-cinq ans que je ne riais plus, homme, depuis que j'ai eu la preuve que ma femme me trompait avec un marchand de vin romain ! L'amour ! Pour moi ! C'est comme si je jetais des pierres précieuses à mes poulets, ils en mourraient d'indigestion ! Je suis dans la même situation : je ne pourrais pas le digérer, ton amour, il me pèserait sur le cœur !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.3-4, vision du 13/06/1945). Après discussion, il comprend que Jésus ne plaisante pas, lui propose réellement de le suivre vers Jérusalem. Il accepte. Pour tirer un trait sur son passé malheureux et marquer symboliquement son entrée dans sa nouvelle vie, Jésus le rebaptise "Jean" ("‟Emmène-moi avec toi [c'est Félix qui s'adresse à Jésus]. Je m'appelle « Félix », quelle ironie ["Heureux" en latin, qui donnera "félicité" en français] ! Trouve-moi un nouveau nom. Que le passé soit réellement mort. Je te suivrai comme un chien vagabond ayant fini par trouver un maître. Je serai ton esclave, si tu veux. Mais ne me laisse pas seul.” ‟Oui, ami.” ‟Quel nom me donnes-tu ?” ‟Un nom qui m'est cher : « Jean ». Car tu es la grâce que fait le Seigneur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.7, vision du 13/06/1945). Il quitte son refuge en emportant ses livres, ce qui intrigue Simon-Pierre ("[Félix/Jean d'En-Dor], qui chemine près de Jésus et qui fatigue sous le poids de son sac, attire la curiosité de [Simon-]Pierre. ‟Qu'est-ce tu as là-dedans de si lourd ?”, demande-t-il. ‟Mes vêtements et mes livres. […]. Je ne peux pas m'en séparer. Et c'est lourd.” ‟Eh, la science ça pèse, c'est sûr ! Et ça t'intéresse ?” ‟Ils m'ont empêché de devenir fou.” ‟Alors tu dois vraiment les aimer. Ce sont des livres sur quoi ?” ‟Philosophie, Histoire, poésie grecque et romaine…” ‟C'est beau. Enfin je suppose… Mais penses-tu pouvoir les traîner ?” ‟J'arriverai peut-être à m'en séparer. Mais tout en même temps ce n'est pas possible. N'est-ce pas, Messie ?” ‟Appelle-moi « rabbin ». Non, ce n'est pas possible. Mais je te donnerai un endroit où tu pourras abriter tes amis les livres. Ils pourront t'être utiles pour discuter sur Dieu avec les païens [Jésus pense-t-il déjà missionner Félix/Jean d'En-Dor à l'étranger pour y convertir des Grecs et des Romains, ayant constaté que son discours passe mieux chez les païens que chez les juifs ?]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.10, vision du 13/06/1945) avec lequel il sympatise ("‟Toi, tu es cultivé ?” [c'est Félix/Jean d'En-Dor qui s'adresse à Simon-Pierre] ‟Moi ? Oh, très cultivé ! Je sais distinguer une alose d'une carpe. Ma culture ne va pas plus loin. Je suis pêcheur, ami !” [Simon-]Pierre rit, humble et franc. ‟Tu es honnête. C'est une science qu'on apprend par soi-même. Très difficile à acquérir. Tu me plais.” ‟Toi aussi tu me plais, parce que tu es honnête même quand tu t'accuses. Je pardonne tout, j'aide tout le monde, mais je suis l'ennemi impitoyable de ceux qui sont faux, ils me dégoûtent.” ‟Tu as raison. L'homme faux est un criminel.” ‟"Un criminel, tu l'as dit… As-tu assez confiance pour me confier ton sac ? Je te promets que je ne m'enfuirai pas avec tes livres. C'est seulement parce que tu sembles fatigué…” ‟Vingt ans dans les mines, ça brise… Mais pourquoi veux-tu te fatiguer, toi ?” ‟Parce que le rabbin nous a appris à nous aimer comme des frères. Donne-moi ça et prends mes nippes. Elles ne sont pas lourdes : elles ne renferment ni histoires ni poésies…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 188.10, vision du 13/06/1945). Sa rencontre avec Jésus et le groupe apostolique interrogera longtemps Félix/Jean d'En-Dor, qui y verra la récompense heureuse de toutes ses années de souffrance ("Je croyais mourir à Chypre, pédagogue honnête et respecté, et je suis devenu un meurtrier et un forçat. A l'époque où je levais le couteau pour me venger, où je traînais mes chaînes en haïssant l'univers, si un individu m'avait dit que je deviendrais un disciple du Saint, j'aurais douté de la raison de cet individu. Et pourtant… […] Diogène cherchait l'homme et ne l'a pas trouvé. J'ai été plus heureux que lui. J'ai trouvé un serpent dans ce que je croyais une femme, et un coucou dans ce que je croyais un ami, je suis devenu fou par cette découverte, j'ai erré pendant des années, mais finalement j'ai trouvé l'Homme, le Saint", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 195.1, vision du 20/06/1945). La cinquième étape est Naïm, à mi-chemin entre En-Dor et la Samarie (32°37'50"N 35°20'59"E). Jésus y ressuscite un jeune homme récemment décédé appelé "Daniel" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 189.3, vision du 14/06/1945 ; cet épisode est raconté aussi dans Luc 7.11-17). On ne sait pas quoi penser de ce miracle, que Maria Valtorta expédie en quelques lignes, qui sera contesté plus tard par les pharisiens comme un faux miracle, estimant que le jeune Daniel n'était pas mort en réalité et aurait été enseveli prématurément si Jésus n'était pas intervenu pour faire office de croque-mort (le croque-mort, comme son nom l'indique, est l'homme chargé de croquer à pleines dents l'auriculaire ou le gros orteil d'une personne déclarée morte, pour s'assurer qu'elle ne réagit pas à la morsure et qu'elle est donc vraiment morte : pour accomplir son prétendu miracle, Jésus s'est peut-être contenté de pincer l'auriculaire du jeune homme, et ce dernier s'est brusquement réveillé à la douleur…). La sixième étape est Jezreel ou "Esdrelon/Esdrhlwn" en grec (32°33'26"N 35°19'40"E), au milieu de la plaine du même nom, juste avant la Samarie. On fait connaissance d'un garçon âgé d'"une dizaine d'années" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 191.3, vision du 16/06/1945) appelé "Jabé" dont les parents sont morts dans un éboulement lors du gros orage qui a ravagé la région entre Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba et Belle-eau fin W-3 mentionné précédemment, Jabé a été recueilli par son grand-père paysan sur le domaine de Doras fils de Doras mort subitement à Belle-eau ("‟Comment t'appelles-tu ?” [c'est Jésus qui s'adresse à l'enfant Jabé] ‟Jabé fils de Jean de Judée”, répond sans hésiter le garçon. ‟Nous sommes Judéens en effet, confirme le vieil homme. Je travaillais sur les terres de Doras en Judée, ma fille a épousé un homme de cette province. Je travaillais dans les bois près d'Arimathie, et cet hiver [fin W-3]…” ‟J'ai vu la catastrophe [lors de son passage à Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, dans la vision 139.2 précitée].” ‟L'enfant a survécu parce que cette nuit-là il était au loin chez un parent”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 191.3, vision du 16/06/1945). L'enfant n'ayant pas d'avenir auprès de son grand-père, qui indique que le domaine s'est très appauvri à cause des taupes et des sauterelles (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 190.2, vision du 15/06/1945), celui-ci demande à Jésus de garder le silence car le propriétaire Doras fils de Doras ne supporterait pas d'apprendre qu'un enfant clandestin est entretenu sur son domaine. Jésus propose d'emmener Jabé avec lui vers Jérusalem ("‟Cet enfant que tu vois [c'est le grand-père de Jabé qui s'adresse à Jésus], c'est mon petit-fils. Il est avec moi depuis l'éboulement de cet hiver [fin W-3]. Doras [fils de Doras] ne sait pas qu'il m'a rejoint, je l'oblige à rester dans le bois comme une bête sauvage et je ne le vois qu'au sabbat. S'il le découvre, il le chassera ou l'obligera à travailler comme une vulgaire bête de somme, mon tendre petit enfant. Je projette de l'envoyer à Jérusalem pour Pâque [W-2], via Michée, afin qu'il devient un fils de la Torah… Il est le fils de ma fille…” ‟Pourquoi ne me le confies-tu pas ? Ne pleure pas. J'ai tant d'amis qui sont honnêtes, saints, et sans enfants : ils l'élèveront saintement selon ma Voie”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 191.3, vision du 16/06/1945). On apprend incidemment que le voisin de Doras fils de Doras, Yohanan ben Zakkaï (que Maria Valtorta appelle "Giocana" en italien, futur fondateur de l'académie de Iamnia/Yavné qui instaurera la prépondérance du judaïsme rabbinique après la prise de Jérusalem par les Romains en 70, où la Torah remplacera le Temple détruit), craint une migration des taupes et des sauterelles sur son propre domaine (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 190.1, vision du 15/06/1945), en même temps il se réjouit de la ruine de Doras fils de Doras, espérant racheter ses terres à bas prix quand plus rien n'y poussera, il a même détourné une rivière pour les assécher et en abaisser encore la valeur (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 191.1, vision du 16/06/1945). On apprendra plus tard aussi incidemment que Lazare a essayé de racheter les terres à Doras fils de Doras, mais celui-ci a préféré les vendre à Yohanan ben Zakkaï parce qu'il hait Lazare ("J'ai proposé des sommes folles à Doras [fils de Doras] pour racheter ses champs et offrir la paix [à ses paysans]. Mais il ne me les a pas cédés. Parce qu'il me hait, comme son père", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 375.5, vision du 03/02/1946). Une rivalité s'installe entre Jésus et Simon-Pierre. Le premier veut garder Jabé pour lui-même (nouveau signe de l'attirance de Jésus pour les jeunes garçons), tandis que Simon-Pierre, n'ayant pas d'enfant, souhaiterait l'adopter ("‟Mais… à qui veux-tu le donner ? demande [Simon-]Pierre en tirant Jésus par la manche. A Lazare, encore ?” ‟Non, Simon[-Pierre]. D'autres n'ont pas d'enfants…” ‟Comme moi…” Le visage de [Simon-]Pierre paraît maigrir de désir. ‟Simon[-Pierre], je t'ai déjà dit que tu dois être un père pour tous les enfants qui hériteront de moi, tu ne dois pas être enchaîné à un fils qui t'appartiendrait. N'en sois pas blessé. Tu es trop nécessaire au rabbin pour que celui-ci rompt avec toi à cause d'une affection. Je suis exigeant, Simon[-Pierre], plus que l'époux le plus jaloux. Je t'aime d'un amour de prédilection et je te veux entier de moi et pour moi.” ‟Bien, seigneur, bien… Fais comme tu veux…” Le pauvre [Simon-]Pierre est héroïque dans cette adhésion à la volonté de Jésus. ‟Il sera l'enfant de mon Ekklesia naissante, d'accord ? Il sera à tous et à personne. Il sera notre enfant. Il nous suivra ou nous rejoindra chaque fois que cela sera possible. Ses tuteurs seront les bergers [de la Nativité], qui aiment dans tous les enfants leur enfant Jésus”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 191.4, vision du 16/06/1945). On entre en Samarie. En chemin vers En-Ganim (aujourd'hui Jenin en Cisjordanie, 32°27'42"N 35°17'51"E), Simon-Pierre manifeste un grand attachement paternel pour Jabé, il le prend sur ses épaules pour lui éviter de marcher avec ses souliers troués (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 192.2, vision du 17/06/1945), il lui demande de l'appeler "papa" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 192.4, vision du 17/06/1945). Arrivé à En-Ganim/Jenin, la septième étape, on entre au contact de la foule qui marche vers Jérusalem pour la Pâque W-2. On retrouve Publius Quintilianus qui escorte Claudia Procula et conduit la garnison chargée du maintien de l'ordre durant la fête. Publius Quintilianus rapporte que la nouvelle arrestation de Jean-Baptiste a fortement mécontenté la population juive contre Hérode-Antipas (que Publius Quintilianus méprise), d'où un risque révolutionnaire. Il conseille à Jésus de prêcher près du prétoire car Claudia Procula s'intéresse à son ministère, or elle a un grand pouvoir de persuasion sur son mari Ponce Pilate ("‟Ave, rabbin ! Toi, ici ?”, crie Publius Quintilianus en descendant de cheval et en s'approchant de Jésus, souriant franchement et tenant son cheval par la bride. Ses soldats ralentissent pour marquer l'arrêt de leur chef. ‟Je vais à Jérusalem pour la Pâque.” ‟Moi aussi. On renforce la garnison pour la fête, et aussi parce que Ponce Pilate vient en ville à l'occasion. Nous escortons Claudia [Procula]. Les chemins sont si peu sûrs ! Les aigles mettent en fuite les chacals”, dit le soldat en riant et en regardant Jésus. Il continue plus doucement : ‟Double garnison cette année pour protéger le dégoûtant [Hérode-]Antipas. Il a généré beaucoup de mécontentement en arrêtant le prophète [Jean-Baptiste], chez les juifs, et par conséquent chez nous. Nous allons jouer un bienveillant petit air de flûtes aux oreilles du Grand Prêtre [Caïphe] et de ses compères…”. Il termine à voix basse : ‟Vas-y rassuré : ils ont tous rentré leurs griffes. Ah, ah ! Ils ont peur de nous ! Nous n'avons qu'à tousser pour éclaircir la voix, ils prennent cela pour un rugissement ! Parleras-tu à Jérusalem ? Viens près du prétoire. Claudia [Procula] parle de toi comme d'un grand philosophe, et c'est bon pour toi parce que Claudia [Procula] est le vrai proconsul…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 192.5, vision du 17/06/1945). Soudain Publius Quintilius remarque la présence de Félix/Jean d'En-Dor, qu'il connaît, il s'étonne un temps de le voir avec Jésus mais il ne l'arrête pas - Félix/Jean d'En-Dor est pourtant un bagnard en fuite, recherché par la police romaine ! -, puis il reprend sa marche en invitant Jésus à le suivre ("[Publius Quintilianus] aperçoit l'homme d'En-Dor [Félix/Jean]. Il le fixe et dit : ‟Toi, ici ?” ‟Oui, moi. J'ai cessé de vendre des œufs aux Romains, mais les poulets sont encore là-bas. Maintenant je suis avec le rabbin…” ‟Ce sera plus confortable pour toi. Adieu ! Ave, rabbin. Je t'attends à ce bouquet d'arbres”, et il éperonne son cheval. ‟Tu le connais ? Et il te connaît ?”, demandent plusieurs à [Félix/]Jean d'En-Dor. ‟Oui, comme fournisseur de poulets. Au début, il ne me connaissait pas. Mais une fois j'ai été appelé au poste de commandement à Naïm pour fixer mes redevances, et il était là. Par la suite, quand j'allais acheter des livres ou des outils à Césarée, il me saluait toujours. Il me surnomme « Cyclope » ou « Diogène » [surnom grec méprisant donné par un Romain condescendant…]. Il n'est pas méchant. Bien que je déteste les Romains [Félix/Jean d'En-Dor n'a toujours pas pardonné au Romain qui a couché avec sa femme…], je ne l'ai pas offensé parce qu'il me rendait service”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 192.6, vision du 17/06/1945). Simon-Pierre achète des nouvelles sandales à Jabé, les autres apôtres constatent son instinct paternel, cela exaspère Jésus jaloux qui les envoie paître sèchement ("Ils entrent en ville [à En-Ganim/Jenin]. [Simon-]Pierre achète des sandales au petit ami qui l'accompagne [Jabé]. ‟Cet homme a envie d'un fils, constate [Simon] le Zélote, il a raison.” ‟Je vous en donnerai des milliers. Maintenant allons chercher un abri pour continuer la route demain à l'aube”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 192.7, vision du 17/06/1945). On gagne Sichem (aujourd'hui le site archéologique de Tel Balata dans Naplouse en Cisjordanie, 32°12'48"N 35°16'56"E), huitième étape. La foule devient très dense. On voit au loin la caravane de Ponce Pilate, emportant entre autres Pomponia Graecina Plautina et Valeria et Lydia non-identifiée déjà croisée à Tibériade ("Jésus et les siens sont rejoints par la caravane brillante du consul [en réalité proconsul/préfet] qui se transfère pour la fête à Jérusalem. Esclaves à pied et esclaves sur des chars pour surveiller le transport des objets. Mon Dieu, quelle logistique en ce temps-là ! Ces chars transportent un peu de tout, jusqu'à des litières et des carrosses de voyage. Ce sont des grands véhicules à quatre roues, couverts, dans lesquels les dames sont à l'abri. Et encore d'autres chars et d'autres esclaves. Une tenture se lève par une main féminine ornée de joyaux : on voit le profil sévère de [Pomponia Graecina] Plautina qui salue avec un sourire sans parler, Valeria fait de même avec sa petite [Faustina] toute gazouillante sur les genoux. Un autre char plus somptueux passe sans qu'aucune capote ne bouge. Après son passage, à l'arrière, entre les rideaux, Lydia penche sa figure rose pour saluer en s'inclinant. La caravane s'éloigne", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 193.4, vision du 18/06/1945). On passe à Béthel (aujourd'hui le site archéologique de Beitin dans la banlieue nord-est de Ramallah en Cisjordanie, 31°56'58"N 35°13'55"E), neuvième étape (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 194.2, vision du 19/06/1945). Sur la route entre Atarot (31°50'45"N 35°13'01"E) et sa voisine Rama-en-Benjamin/Al-Ram, dans la banlieue nord de Jérusalem, un incident a lieu. Il pleut. Judas ne veut pas paraître mouillé devant ses amis de Jérusalem, Félix/Jean d'En-Dor lui dit que ça n'a aucune importance, le ton monte, Jésus intervient pour corriger Judas, Félix/Jean d'En-Dor se met en retrait pour laisser parler Jésus, Simon-Pierre s'immisce alors dans la conversation pour soutenir Jésus contre Judas, Jésus le renvoie sans ménagement : "Pierre, mêle-roi de tes affaires, tu m'as déjà pris le petit Jabé, ne viens pas en supplément t'occuper de ma relation avec Judas", autrement dit Jésus amer reconnaît que Jabé lui a échappé et considère déjà Simon-Pierre comme son père adoptif ("[Simon-]Pierre accourt : ‟Qu'est-ce qui se passe ? Qui manque de respect ? Le nouveau disciple [Félix/Jean d'En-Dor] ?”. Il voit que [Félix/]Jean d'En-Dor s'est discrètement effacé dès que Jésus a commencé à corriger l'apôtre [Judas], et parle avec Jacques fils d'Alphée et Simon le zélote. ‟Pas du tout [c'est Jésus qui répond à Simon-Pierre], il est respectueux comme une fillette.” ‟Ah, bien ! Sinon, hein… son œil aurait été en danger ! Alors c'est Judas ?” ‟Ecoute, Simon[-Pierre], ne pourrais-tu pas t'occuper de ton petit [Jabé] ? Tu me l'as pris, maintenant tu interviens dans une conversation amicale entre Nathanaël [Barthélémy] et moi, tu ne trouves pas que tu te mêles à trop de choses ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 195.3, vision du 20/06/1945). Judas quitte le groupe. Enfin on s'installe à Gethsemani, où on retrouve le gardien Jonas, sa femme Marie et leur fils Marc (vision 196).


La tension est palapable dans Jérusalem entre juifs et Romains ("Les juifs sont plus intransigeants que jamais, à cause de la fête imminente, et à cause de leur rancœur suite à la capture du Baptiste, dont selon eux [Ponce] Pilate et ses satellites sont complices. Je comprends tout cela par les épithètes et les prises de bec qui s'échangent continuellement à la porte [des Poissons, entrée nord de la ville de Jérusalem, par où passent Jésus et ses compagnons] entre soldats et citadins, et par les insultes pittoresques et peu diplomatiques éclatant à chaque instant comme le feu d'une continuelle girandole", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 201.1, vision du 26/06/1945). Jésus se rend à Béthanie dans la maison de Simon le zélote, où sa mère Marie la Vierge, venue de Nazareth, s'est installée. Le fils et la mère témoignent à nouveau de leur relation fusionnelle, excessive, pathologique ("Ils se sourient comme deux amoureux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 198.1, vision du 23/06/1945). Marie la Vierge est accompagnée de sa belle-sœur Marie fille de Cléophas et de Marie-Salomé épouse de Zébédée. Pour marquer son entrée dans la communauté de Jésus, le jeune Jabé est rebaptisé "Margziam" ("‟Comment t'appelles-tu ?”, demande Marie [la Vierge] en le caressant. ‟Jabé. Mais maintenant j'attends un nom.” ‟Tu attends ?” ‟Oui, Jabé veut un nom signifiant que je l'ai sauvé. Cherche, mère. Un nom d'amour et de salut.” Marie [la Vierge] réfléchit, puis elle dit : ‟« Margziam ». Tu es la petite goutte dans la mer de ceux qui sont sauvés par Jésus. Ce nom te plaît ? Outre le Salut, il rappelle aussi mon souvenir.” ‟Il est très beau”, dit l'enfant tout content", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 198.8, vision du 23/06/1945). Ce nouveau nom "Margziam" d'origine inconnue, "conforme à l'ancienne langue" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 199.2, vision du 24/06/1945 ; on ne connaît pas "l'ancienne langue" en question, est-ce le chaldéen ?), est choisi au terme de calembours en langues moyennes-orientales dont Maria Valtorta ignore la teneur. On s'interroge sur le sort de Jean-Baptiste ("Les conversations se poursuivent entre les différents groupes. Récits, commentaires, soupirs sur la dureté des hommes. Isaac [l'un des bergers de la Nativité] raconte ce qu'il a pu apprendre sur le Baptiste. Certains le disent à Machéronte, d'autres à Tibériade. Ses disciples ne sont pas encore de retour. ‟Ils ne l'ont pas suivi ?” ‟Si, mais près de Doco [peut-être Khirbat al-Mafjar au nord-est de Jéricho ?] ceux qui l'ont arrêté ont traversé le fleuve [Jourdain] et on ne sait pas s'ils ont remonté vers le lac [de Galilée] ou s'ils sont descendus vers Machéronte. Jean, [Tobie/]Matthias et Siméon se sont séparés pour avoir des renseignements et ne l'abandonneront sûrement pas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 198.9, vision du 23/06/1945). Le lendemain, après plusieurs visites aux lépreux cantonnés au sud de Jérusalem, Jésus revient vers sa mère, qui le gronde : Simon-Pierre lui a raconté leur parcours depuis la plaine de Jezreel/Esdrelon, et elle ne comprend pas pourquoi Jésus s'oppose à ce point à l'adoption de Jabé/Margziam par Simon-Pierre. Dans un long passage très révélateur du caractère dominant de Marie la Vierge sous son faux aspect de petite femme fragile, très révélateur aussi de la totale soumission de Jésus aux volontés de sa mère, Jésus affecte le badinage pour essayer de dissimuler son aigreur jalouse, sur le ton de la plaisanterie il accuse Simon-Pierre d'avoir corrompu Marie la Vierge à son intérêt… mais en réalité il ne plaisante pas, il accuse réellement Simon-Pierre de lui préférer Jabé/Magziam ("[Simon-]Pierre est très bon. Pour lui je ferais n'importe quoi, parce qu'il le mérite.” ‟S'il t'entendait, il dirait avec son bon sourire franc : « Ah, seigneur, ce n'est pas vrai ! ». Et il aurait raison.” ‟Pourquoi, mère ?” Jésus sourit déjà car il a compris. ‟Parce que tu l'indisposes en lui refusant un fils. Il m'a dit toutes ses espérances, tous ses désirs… et tous tes refus.” ‟Il ne t'a pas dit la raison qui les justifie ?” ‟Si. Et il a ajouté : « C'est vrai, mais je suis un pauvre homme. Jésus s'obstine à voir en moi un grand homme, mais je sais que je suis très mesquin, et pour cela il pourrait me donner un enfant. Je me suis marié dans ce but. Je vais mourir sans en avoir ». [Simon-]Pierre m'a montré l'enfant [Jabé/Margziam] pour lequel il a acheté un beau vêtement, qui l'a embrassé en disant : « Papa chéri », puis il m'a dit : « Tu vois, quand ce petit être qu'il y a dix jours je ne connaissais pas encore me parle ainsi, je me sens devenir plus moelleux que le beurre et plus doux que le miel. Et je pleure, car chaque jour qui passe éloigne de moi cet enfant »” Marie [la Vierge] se tait, observe Jésus, étudie sa physionomie, attend une parole. Mais Jésus a mis son coude sur son genou, sa tête appuyée sur sa main et il regarde l'étendue verte du verger. Marie [la Vierge] lui prend la main et la caresse, et dit : ‟Simon[-Pierre] a ce grand désir. Quand je suis allé avec lui, il n'a pas cessé de m'en parler, et avec des raisons si justes que je n'ai rien trouvé pour le contredire. Ce sont les mêmes raisons que nous pensons nous toutes, femmes et mères. L'enfant n'est pas robuste. S'il avait été comme toi, oh ! il pourrait sans problème embrasser la vie de disciple. Mais comme il est chétif ! Très intelligent, très bon, mais rien de plus. Un tourtereau délicat ne peut pas prendre son envol aussi rapidement que ceux qui sont plus forts. Les bergers sont bons, mais ce sont toujours des hommes. Les enfants ont besoin des femmes. Pourquoi ne le laisses-tu pas à Simon[-Pierre] ? Je comprendrais que tu lui refuses un enfant né de lui : un petit est comme une ancre, et Simon[-Pierre] destiné à un grand rôle ne peut pas être retenu par une ancre. Mais puisque tu le destines à être le père de tous les enfants que tu lui laisseras, comment pourra-t-il l'être sans avoir été à l'école d'un petit ? Un père doit être doux, or Simon[-Pierre] certes bon n'est pas doux, il est impulsif, intransigeant, seul un enfant pourra lui enseigner l'art subtil de la compassion pour les faibles. Pense au sort de Simon[-Pierre]. Il est ton successeur. Oh, je dois t'adresser une parole atroce. Elle me coûte, mais je ne peux pas la retenir ! Ecoute-moi. Jamais je ne te conseillerais une chose mauvaise. Margziam pourra devenir un parfait disciple, mais c'est encore un enfant. Tu partiras avant qu'il ne soit adulte [Marie la Vierge pressent que son fils Jésus ne vivra pas vieux…]. Alors à qui le donner pour compléter sa formation, sinon à Simon[-Pierre] ? Tu sais quelles tribulations le pauvre Simon[-Pierre] a subies à cause de toi de la part de sa belle-mère que tu n'as pas réussi à changer, pourtant il n'a pas repris la plus petite parcelle de son passé, de sa liberté depuis un an. Et sa pauvre épouse [Porphyré] ? Elle désire aimer et être aimée. Or sa mère ? Bah ! Son mari [Simon-Pierre] ? Un chéri autoritaire, qu'elle affectionne sans trop exiger en retour. Pauvre femme ! Laisse-lui l'enfant. Ecoute, fils. Dans l'immédiat, nous l'emmenons avec nous. Je vous accompagne en Judée. Tu me conduiras chez [Elise de Beth-Zur] une de mes camarades du Temple, presque une parente puisqu'elle descend de David. Elle réside à Beth-Zur, je souhaite la revoir en vie. Ensuite, au retour en Galilée, nous le donnerons à Porphyré. Quand nous serons dans les environs de Bethsaïde, [Simon-]Pierre le prendra. Nous reviendrons ici, et l'enfant restera avec elle. Ah, tu souris ! Donc tu vas faire plaisir à ta maman. Merci, mon Jésus.” ‟Oui, que cela soit comme tu veux.” Jésus se lève et appelle à haute voix : ‟Simon[-Pierre] fils de Jonas, viens ici !”. [Simon-]Pierre sursaute et monte en vitesse l'escalier : ‟Que veux-tu, rabbin ?” ‟Viens ici, usurpateur et corrupteur !” ‟Moi ? Pourquoi ? Qu'ai-je fait, seigneur ?” ‟Tu as corrompu ma mère ! C'est pour cela que tu voulais être seul ! Comment puis-je te punir ?” Mais Jésus sourit et [Simon-]Pierre se rassure : ‟Ah, tu m'as vraiment effrayé ! Maintenant tu ris… Que veux-tu de moi, rabbin ? Ma vie ? Je n'ai plus qu'elle puisque tu m'as tout pris, mais si tu la veux je te la donne.” ‟Je ne veux pas t'enlever, mais te donner. Cependant n'abuse pas de ta victoire et ne donne pas le secret à d'autres, fourbe qui triomphe du rabbin par l'arme de la parole maternelle. Tu auras l'enfant. Mais…” Jésus est coupé par [Simon-]Pierre qui, jusqu'ici à genoux, se redresse brusquement et baise Jésus avec impétuosité. ‟Remercie-la, elle, pas moi. Et rappelle-toi que cela doit t'aider et ne pas devenir un obstacle”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 199.9, vision du 24/06/1945). Ensuite arrivent Suzanne et sa famille de Cana, accompagnée d'Aglaé qui, depuis Cana jusqu'à Jérusalem, a eu plusieurs occasions de constater à quel point sa beauté attire toujours les hommes, et à quel point elle-même est toujours attirée par le sexe. Aglaé ne sait plus quoi faire pour ne pas succomber à la tentation de recoucher avec tous les hommes qui lui plaisent ("L'homme se corrompt simplement en me regardant. Je ne peux plus vivre dans la crainte continuelle d'être découverte et entourée. Durant ce voyage, je tremblais devant chaque regard d'homme. Je ne veux plus pécher ni inciter au péché. Indique-moi le chemin à suivre. Quel qu'il soit, je le suivrai", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 200.4, vision du 25/06/1945). Jésus lui conseille d'aller au désert pour y laisser pourrir sa chair ("‟Va dans un lieu désert.” [c'est Jésus qui s'adresse à Aglaé] ‟Où, seigneur ?” ‟Où tu veux. Où te conduira ton esprit.” ‟En sera-t-il capable, mon esprit à peine formé ?” ‟Oui, parce que Dieu te conduit.” ‟Et qui me parlera désormais de Dieu ?” ‟Ton âme ressuscitée, pour le moment…” ‟Je ne te verrai plus jamais ?” ‟Plus jamais sur la terre. Mais bientôt je t'aurai totalement rachetée, alors je viendrai à ton esprit pour te préparer à monter vers Dieu. […] Ta chair mourra d'heure en heure, par ta volonté. Voilà presqu'un an qu'elle a commencé à mourir. Quand elle sera totalement morte, je t'appellerai”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 200.4, vision du 25/06/1945). On ne sait pas ce qu'Aglaé devient après cette scène. Lors d'un séjour à Cana peu après la Pâque W-2, Jésus dira mystérieusement qu'Aglaé "a trouvé la paix" ("‟Et maintenant, [Aglaé] a-t-elle fini de souffrir [c'est Suzanne qui s'adresse à Jésus] ? Car elle souffrait beaucoup. Elle avait peur de tout, elle soupirait et pleurait beaucoup. Est-elle heureuse maintenant ?” ‟Oui, surnaturellement heureuse. Délivrée de ses peurs. En paix. Je te remercie encore du bien que tu lui as procuré”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 243.3, vision du 04/08/1945). Dans une conversation au printemps W-1, quand quelqu'un demandera : "Où est-elle [Aglaé] maintenant ?", il répondra aussi mystérieusement : "Dieu seul le sait" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 398.1, vision du 07/03/1946). Aglaé s'est-elle suicidée ? Le jeune Jabé/Margziam pénètre dans le Temple pour sa bar-mitsva. Il est guidé par Joseph d'Arimathie, et accompagné par Simon-Pierre enfin reconnu comme son père adoptif. Les examinateurs ne cachent pas leur mépris pour le Galiléen Simon-Pierre, et expriment leurs doutes sur l'âge réel du garçon, probablement légitimes parce que l'Etat civil des serviteurs et esclaves reste très fluctuant même dans l'Empire romain très administré, et parce que l'enfant lui-même a davantage l'apparence d'un garçon que d'un adolescent (Marie Valtorta lui donne seulement "une dizaine d'années" dans sa vision 191.3 précitée, soit deux ou trois ans de moins que l'âge requis pour la bar-mitsva). Simon-Pierre boud de colère, Joseph d'Arimathie lui demande de se taire et répond à sa place pour éviter l'esclandre ("‟Qui peut prouver que l'enfant a douze ans et qu'il a été racheté au Temple ?” [c'est l'un des examinateurs qui s'adresse à Joseph d'Arimathie] ‟On peut le prouver par les écritures. Recherche ennuyeuse, mais on peut la mener”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 201.4, vision du 26/06/1945). Jabé/Margziam réussit l'examen de lecture, et répond convenablement aux questions qu'on lui pose sur la Torah. Après un ultime pic contre les Galiléens en général, les examinateurs le reconnaissent adulte. La suite du rituel est racontée par Maria Valtorta, comme un complément à la bar-mitsva de Jésus une génération plus tôt ("‟C'est bon, pour un Galiléen tu en sais presque trop. Homme, jure que ton fils [Jabé/Margziam] est majeur.” Avec la meilleure grâce dont il est encore capable après tant d'impolitesses, [Simon-]Pierre prononce son petit discours paternel : ‟Vous avez constaté que mon fils arrivé à l'âge prescrit est capable de se diriger, il connaît la Torah, les préceptes, les coutumes, les traditions, les cérémonies, les bénédictions, les prières. Par conséquent sa majorité peut être demandée par moi et par lui. Normallement elle aurait dû être demandée par moi mais l'usage n'a pas été respecté, et ce n'est pas par moi « le Galiléen » : l'enfant a été interrogé avant le père. Bref ! Vous l'avez reconnu apte, je ne suis donc plus responsable de ses actes désormais, ni devant Dieu ni devant les hommes”. ‟Passez à la synagogue.” Le petit cortège passe à la synagogue entre les visages hargneux des rabbins que [Simon-]Pierre a remis en place. Devant les pupitres et les lampes, [Jabé/]Margziam subit la coupe des cheveux, on les raccourcit depuis les épaules jusqu'aux oreilles. Puis [Simon-]Pierre ouvre un petit paquet et en tire une belle ceinture de laine rouge avec des broderies jaune or. Il la serre à la taille de l'enfant. Pendant que les prêtres lui attachent au front et au bras des bandelettes de cuir, [Simon-]Pierre s'affaire à fixer les franges sacrées au manteau que [Jabé/]Margziam lui a passé", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 201.5, vision du 26/06/1945). Parmi les examinateurs, on remarque un jeune novice nommé "Zacharie" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 201.4, vision du 26/06/1945), qui jouera un rôle plus tard. La veille de Pâque, Judas réapparaît paradant au milieu de scribes. Thomas/Didyme lui reproche d'avoir fait semblant de ne pas le voir, Judas lui répond en aparté qu'il a perdu confiance dans les intentions politiques de Jésus ("‟L'an dernier, [Jésus] s'est montré, il a parlé [allusion à l'altercation contre les marchands du Temple de la Pâque W-3 ; c'est Judas qui s'adresse à Thomas/Didyme]. Je me souviens précisément de ce jour. Il m'a attiré par sa violence royale. Aujourd'hui il me semble avoir perdu sa vigueur. Tu ne penses pas ?” ‟Non. Il me semble plutôt qu'il a perdu confiance.” ‟En sa mission, oui, tu dis bien.” ‟Non, tu comprends mal : il a perdu confiance dans les hommes. Et tu es un de ceux qui y contribuent. Honte à toi !” Thomas[/Didyme] ne sourit plus, il est sombre, et son : ‟Honte à toi !” est cinglant comme un coup de fouet. ‟Mesure tes propos !”, menace [Judas] l'Iscariote. “Toi, contrôle ta conduite. Ici nous sommes deux Judéens, sans témoins, c'est pour cela que je parle. Et je te redis : honte à toi ! Maintenant tais-toi. Je joue pas au tragédien ou au pleurnicheur, sinon je parle devant tous”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 202.2, vision du 27/06/1945). Jésus tance sévèrement Judas, qu'il chasse du groupe apostolique le temps de la Pâque. Puis il demande à Thomas/Didyme et aux autres apôtres ayant assisté à la scène de garder le silence sur cette altercation afin de ne pas inquiéter sa mère ni les autres femmes ni leurs amis (dont Lazare) ni le jeune Jabé/Magziam (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 202.3-4, vision du 27/06/1945). Judas étant exclu, c'est seulement avec les onze autres apôtres que Jésus regagne le mont des Oliviers pour leur apprendre une nouvelle prière, le Notre Père, dont il explique longuement chaque partie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 203.6-12, vision du 28/06/1945). L'accusation de Judas, au-delà de sa forme polémique, est bien fondée : le ministère de Jésus n'est plus politique comme à ses débuts, il ne vise plus l'alliance des "brebis perdues d'Israël" contre les non-juifs considérés comme des sous-hommes bientôt exterminés par l'Apocalypse divin, il vise désormais l'harmonie universelle, si besoin avec l'aide des Romains contre les juifs qui confondent la foi avec les biens matériels. Jésus est sollicité justement par des Romains qui aimeraient l'entendre, qui lui ont donné rendez-vous chez Lazare. Marie la Vierge est inquiète, elle craint un piège, mais Jésus la rassure en lui rappelant que Jean-Baptiste a été arrêté par Hérode-Antipas et non pas par les Romains qui méprisent Hérode-Antipas ("‟Chez eux [les Romains], c'est facile d'accepter l'idée d'une incarnation d'un dieu dans une chair mortelle [allusion à l'Empereur de Rome, être humain divinisé], plus que chez nous.” ‟Alors ils sont arrivés à la foi en toi.” ‟Pas encore, maman. Je dois d'abord détruire la leur. Pour le moment ils me voient comme un sage, un « philosophe » comme ils disent. Mais leur désir de connaître les doctrines philosophiques et leur tendance à croire possible l'incarnation d'un dieu m'aident beaucoup pour les amener à la vraie foi. Je t'assure que leur pensée est plus simple que celle de beaucoup de gens en Israël.” ‟Mais sont-ils sincères ? On raconte que [Jean] le Baptiste…” ‟Non. Si cette affaire avait dépendu d'eux, Jean[-Baptiste] serait toujours libre et en sécurité. Tant que tu ne te rebelles pas, ils te laissent tranquille. Et même plus, je te répète : être prophète - eux disent : « être philosophe » parce que selon eux tout ce qui touche à la haute sagesse métaphysique est toujours philosophie - t'attire leur respect. N'aie crainte, maman. Ce ne sont pas eux qui me causeront du mal” ‟Mais si les pharisiens apprennent…Que diront-ils de Lazare ? Tu es qui tu es, tu dois apporter le Logos au monde. Mais Lazare ? Ils l'ont déjà tant offensé.” ‟Il est intouchable. Ils le savent protégé par Rome”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.2, vision du 29/06/1945). Jésus se rend donc chez Lazare à Béthanie. Il y revoit Publius Quintilianus, Pomponia Graecina Plautina, Valeria, Lydia non-identifié croisée à Tibériade puis près de Sichem/Tel Balata, et une autre femme anonyme "âgée" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.3, vision du 29/06/1945), on comprendra par la suite que cette femme âgée est Albula Domitilla, ami proche de Claudia Procula qui la voit comme "une autre moi-même" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 371.3, vision du 27/01/1946) et l'emploie comme secrétaire. Albula Domitilla est l'épouse de Flavius Liberalis, simple greffier du questeur de la légion X Fretensis cantonnée au Levant (selon Suétone, Vies des douze Césars, Vespasien 3), le couple est surtout connu par sa fille Flavia Domitilla l'Aînée (ainsi surnommée pour la distinguer de sa fille homonyme Flavia Domitilla la Cadette) qui épousera le plébéien Vespasien futur Empereur. La jeune Flavia Domitilla l'Aînée est aussi présente chez Lazare à Béthanie, elle prend des notes sous la surveillance de sa mère ("‟Avez-vous autre chose à me demander ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Pomponia Graecina Plautina] ‟Non, rabbin. Flavia [Domitillia] a écrit ce que tu as dit. Claudia [Procula] veut en prendre connaissance. Tu as bien tout noté ?” ‟Exactement”, dit la femme en passant les tablettes enduites de cire. ‟Cela restera, nous les relierons”, dit [Pomponia Graecina] Plautina", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.9, vision du 29/06/1945). Publius Quintilianus informe que le soldat Alexandre a été muté à Antioche suite au scandale provoqué au Temple en automne W-3 (dans la vision 115 précitée), et que lui-même attend une promotion qui doit le conduire loin de Jérusalem ("‟Je n'ai pas vu un de mes amis à la porte des Poissons [c'est Jésus qui s'adresse à Publius Quintilianus], un soldat appelé « Alexandre ».” ‟Alexandre ? Je ne sais pas si c'est lui, mais récemment pour calmer les juifs on a dû éloigner un soldat accusé d'avoir parlé avec toi. Aujourd'hui il est à Antioche, peut-être il reviendra. Ouf ! Combien ces gens sont ennuyeux ! Ils veulent commander alors qu'ils sont sujets. On doit manœuvrer pour ne pas engendrer des débordements. Ils nous rendent vraiement la vie difficile… Mais toi tu es bon et sage. Tu vas nous parler ? Peut-être bientôt je quitterai la Palestine, j'aimerais emporter un souvenir de toi”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.3, vision du 29/06/1945). Jésus compare son ministère aux temples païens qu'il a vus à Sepphoris et ailleurs au sud Levant : les dieux païens ne sont présents que dans leurs temples sous forme de statues, tandis que Dieu est partout, et lui-même est Dieu ("[Pomponia Graecina] Plautina se lève de nouveau : ‟J'ai beaucoup réfléchi. Je voudrais tout apprendre, pour pouvoir juger. Si tu me permets de t'interroger, je voudrais que tu nous expliques par quels moyens construire une foi intime, en toi par exemple. Tu dis que nos croyances sont vaines. Alors nous n'avons rien. Comment avoir ?” ‟Je prendrai pour exemple un bien que vous possédez : vos temples. Certes ils sont imparfaits car ils sont dédiés au néant, néanmoins ils sont réellement beaux et respectables. Comment les avez-vous rendus saints ? Observez. Où sont-ils construits ? Quel site a-t-on choisi ? Comment ont-ils été édifiés ? Le lieu est généralement spacieux, dégagé, en hauteur. Dans le cas contraire on l'a élevé en démolissant les alentours sur un périmètre prédéfini, ou en aménageant un stéréobate sous les trois marches réhaussant le temple. Souvent contenus dans une enceinte sacrée formée de colonnades et de portiques avec des arbres, des fontaines, des autels, des statues, des stèles consacrés aux dieux, ils sont précédés d'un propylée, au-delà se trouve l'endroit où on prie les dieux, et en face celui des sacrifices précédant la prière. Les plus grands temples ont un péristyle formant une guirlande de marbres précieux, un vestibule intérieur, une chambre consacrée au dieu. Les marbres, les statues, les frontons, les acrotères, les tympans, tout est poli, précieux, orné, conférant au temple une noblesse visible même par les yeux les plus vulgaires. N'est-ce pas ainsi ?” ‟C'est ainsi, rabbin. Tu les as bien étudiés”, confirme en le louant [Pomponia Graecina] Plautina. ‟Pourtant il n'a jamais quitté la Palestine !”, s'exclame [Plublius] Quintilianus. ‟Je ne me suis jamais rendu à Rome ni à Athènes mais je n'ignore rien de l'architecture de la Grèce et de Rome. Car j'étais présent dans le génie de l'homme qui a décoré le Parthénon, je suis partout où est la vie. Là où un sage pense, un sculpteur sculpte, un poète compose, une mère chante sur un berceau, un homme se fatigue sur les sillons, un médecin lutte contre les maladies, un vivant respire, un animal bouge, un arbre pousse, je suis présent avec Celui de qui je viens. Dans le grondement d'un séisme ou le fracas de la foudre, dans la lumière des étoiles et le mouvement des marées, dans le vol de l'aigle ou dans le sifflement du moustique, je suis présent avec le Créateur Très-Haut.” ‟De sorte que tu sais tout ? Les œuvres et les pensées humaines ?”, demande encore [Publius] Quintilianus. ‟Je sais.” Les Romains se regardent stupéfaits", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.4, vision du 29/06/1945). Il incite ses auditeurs à croire dans le Dieu unique, et non plus dans leurs faux dieux, notamment le premier d'entre eux : l'Empereur ("Valeria demande timidement : ‟Développe ta pensée, rabbin, pour que nous sachions quoi faire”. ‟La foi se construit comme les temples dont vous êtes si fiers. On définit un emplacement, on dégage les alentours, on surélève le lieu.” ‟Où placer le temple du vrai Dieu ?”, demande [Pomponia Graecina] Plautina. ‟La foi n'est pas un dieu, [Pomponia Graecina] Plautina, c'est une vertu. La vraie foi contient non pas des dieux mais un unique Dieu.” ‟Il est seul là-haut, dans son Olympe ? Que fait-il, s'il est seul ?” ‟Il se suffit à lui-même et s'occupe de tout ce qui vit. Je répète : Dieu est présent même dans le sifflement du moustique. Il ne s'ennuie pas, je t'assure ! Il n'est pas un homme misérable à la tête d'un large empire où il se sent haï et où il vit dans la crainte. Il est Amour, il vit en aimant. Sa vie est un Amour continu. Il se suffit à lui-même parce qu'il est infini et très puissant. Il est Perfection. Mais si nombreuses sont les choses créées qui vivent de sa volonté perpétuelle qu'il n'a pas le temps de s'ennuyer. L'ennui est le fruit de l'oisiveté et du vice. Au Ciel du vrai Dieu, ni oisiveté ni vice. Et bientôt, en plus des anges qui le servent maintenant, il aura un peuple de justes qui jubileront en lui. Et ce peuple s'accroîtra toujours de ceux qui croiront au vrai Dieu à l'avenir.” ‟Les anges, ce sont les démons ["da…mwn" en grec, tout esprit positif ou négatif influençant les comportements humains] ?”, demande Lydia. ‟Non, ce sont des êtres spirituels comme Dieu qui les a créés.” ‟En quoi consistent-ils ?” ‟Tels que vous les imaginez ils ne sont que fiction, ils n'existent pas. Ils correspondent à un besoin humain instinctif de chercher la vérité, un aiguillon présent dans toute âme vivante, même chez les païens. Dans le corps païen qu'elle habite, l'âme souffre car elle est frustrée, elle est nostalgique et elle a faim du vrai Dieu dont elle garde le souvenir. Vous avez conscience que l'individu n'est pas seulement chair, que son corps périssable est lié à une chose immortelle. C'est en ce sens que les cités et les nations suivent les « démons » que vous invoquez, que vous appliquez à tout, à l'individu, à la famille, aux groupes, aux peuples, à Rome, à l'Empereur. Mais ce ne sont que des dieux mineurs. Entrez dans la vraie foi. Vous aurez la connaissance et l'amitié de votre ange auquel vous devrez vénération sans adoration. Seul Dieu doit être adoré”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.5, vision du 29/06/1945). Il explique que les païens sont des croyants qui s'ignorent (ils croient que Dieu n'existe pas, ce qui constitue bien une croyance puisqu'ils ne peuvent pas prouver que Dieu n'existe pas), la phrase : "Rien n'existe sauf la matière" est un non-sens car la matière ne peut pas se penser elle-même, l'âme (source de la pensée et de la foi) est immortelle contrairement au corps, en somme l'individu n'est pas un corps fabriqué par deux autres corps (le père et la mère) qui en se développant crée la conscience, il est une âme toujours consciente et toujours connectée à l'éternel qui vient habiter un morceau de matière, un corps, pour subir des épreuves ici-bas qu'il doit surmonter ("‟Ne naissons-nous pas de l'union d'une femme et d'un homme ? [c'est Publius Quintilianus qui s'adresse à Jésus] Même nos dieux sont engendrés de cette façon”. ‟Vos dieux n'existent pas. Ce sont les fruits de votre imagination qui a besoin de croire, un besoin plus impérieux que celui de respirer. Même celui qui affirme ne pas croire est un croyant : il croit nécessairement en quelque chose. Dire : « Je ne crois pas en Dieu » est un acte de foi en soi-même, de foi orgueilleuse, en tous cas un signe de croyance. C'est comme la pensée. Dire : « Je ne veux pas penser » vaut bien « Je ne crois pas en Dieu », c'est absurde : vous pensez à ne pas penser, comme vous croyez ne pas croire, vous affirmez que Celui qui est, n'est pas. A propos des êtres humains, pour être exact tu dois dire : « Comme tous les animaux nous naissons de l'union d'une femelle et d'un mâle, mais l'âme qui différencie l'animal humain de l'animal brut vient de Dieu ». L'âme est ajoutée à tout être humain engendré, plus exactement elle est façonnée par Dieu et greffée dans la chair qui autrement ne serait qu'animale”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 204.6, vision du 29/06/1945). Au moment de quitter Jérusalem, Judas revient penaud vers Marie la Vierge afin qu'elle intercède auprès de Jésus pour obtenir son pardon. Puis Judas demande aussi pardon aux apôtres pour sa mauvaise conduite. Comme Jésus vient de leur raconter la parabole du fils prodigue, ils établissent aussitôt le parallèle avec Judas et le réintègrent dans leur groupe. Félix/Jean d'En-Dor quant à lui, vieux bagnard évadé, ne pouvant pas suivre le groupe apostolique ni demeurer en public dans Jérusalem, est envoyé en catimini à Yutta/Yatta, où il sera caché par des bergers de la Nativité (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 205.2, vision du 30/06/1945).


On quitte Jérusalem par le sud. On passe par Bethléem, où Marie la Vierge raconte son accouchement (vision 207). On longe les Piscines de Salomon au sud-ouest de Bethléem (31°41'20"N 35°10'05"E ; "Les trois grandes Piscines creusés dans la roche montagneuse, vraiment grandioses, brillent de leurs surfaces limpides et de la chute d'eau qui, du premier bassin, tombe dans le second plus grand, et de celui-ci dans le troisième semblable à un petit lac, d'où elle part par des conduites vers des cités éloignées", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 208.5, vision du 10/06/1945). On atteint Beth-Zur, aujourd'hui le site archéologique de Khirbet et-Tubeiqa au nord d'Hébron en Cisjordanie (31°35'21"N 35°05'39"E), on croise Elie l'un des bergers de la Nativité (le même que dans la vision 75), à qui Marie la Vierge demande le trajet de la maison d'Elise, ancienne camarade de l'orphelinat du Temple, Elie révèle qu'Elise est devenu veuve et a perdu ses deux fils, elle a sombré dans la mélancolie ("‟Connaissez-vous une nommée « Elise », épouse d'Abraham fils de Samuel ?” [c'est Marie la Vierge qui s'adresse au berger Elie] ‟Oui, elle vit dans sa maison de Beth-Zur. Mais Abraham est mort. Et l'an passé ses fils aussi sont morts. Un malaise soudain pour le premier, on ignore la cause du décès Le second a décliné lentement, rien n'a pu arrêter le mal. Nous lui donnions du lait de jeune chèvre selon les conseils des médecins. Il en a bu des quantités, en provenance de tous les bergers car la pauvre mère en demandait à tous ceux qui avait une jeune chèvre dans leurs troupeaux. Sans résultat. Quand nous sommes revenus en plaine, il ne se nourrissait plus. A notre retour au mois d'adar [dans le calendrier hébraïque, soit février/mars dans le calendrier chrétien], il était mort depuis deux lunes.” ‟Ma pauvre amie ! Elle m'aimait bien au Temple. Nous avions des ancêtres communs. Elle était bonne. Elle a quitté le Temple pour épouser Abraham auquel elle était promise depuis son enfance, deux ans avant moi. Je me souviens de sa venue au Temple pour l'offrande de son premier-né au Seigneur. Elle m'a appelée. Je n'étais pas la seule invitée, mais c'est avec moi qu'elle est restée le plus longtemps… Et maintenant la voilà seule. Oh, je dois me hâter d'aller la consoler. […] Elise était beaucoup plus âgée que moi. Elle attendait au Temple le retour de son époux, parti en Egypte pour une affaire d'héritage. Elle y est restée jusqu'à un âge inhabituel. Elle a environ dix ans de plus que moi. Les maîtresses avaient l'habitude de confier les élèves les plus jeunes aux plus anciennes, pour les guider. Elle a été ma camarade-maîtresse”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 208.7-8, vision du 10/06/1945). Marie Valtorta dit que Jésus guérit Elise de sa mélancolie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 208.10-11, vision du 10/06/1945) en oubliant de nous préciser comment, par ailleurs Jésus ne ressuscite pas les deux fils morts… En chemin vers Hébron, Judas exprime à Thomas/Didyme sa déception de voir Jésus s'affairer avec des marginaux (le Grec Félix/Jean d'En-Dor, le jeune Jabé/Margziam, Elise de Beth-Zur) plutôt qu'avec ses apôtres, et de constater qu'il n'a rien accompli durant la Pâque W-2 contrairement à la Pâque W-3 précédente où il avait renversé les marchands du Temple (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 209.1-4, vision du 10/06/1945). A Hébron, la population est mieux disposée à l'égard de Jésus que lors de son précédent passage en W-3. Jeanne l'épouse de Chouza est originaire de la région, sa propriété familiale se trouve à Bether, une colline dans la banlieue est d'Hébron (31°31'46"N 35°07'04"E), elle a rapporté partout comment Jésus l'a guérie. Doras fils de Doras possède aussi un domaine dans la région, ses employés ont rapporté comment le père Doras, maître impitoyable, est mort brusquement à Belle-eau, et à quel point Jésus a été bienveillant à l'égard des autres employés du domaine près de Jezreel/Esdrelon (notamment avec le jeune Jabé/Margziam). Enfin l'Hérodien Shammaï fils d'Elchi qui s'est installé dans l'ancienne maison de Zacharie et Elisabeth, parents de Jean-Baptiste, n'a pas supporté la fuite de sa maîtresse Aglaé, il s'est vengé en terrorisant la population locale ("La nouvelle de la prédication et des miracles de Jésus est arrivée jusqu'ici. Et les habitants ont commencé à réfléchir sur beaucoup de choses. Sais-tu, rabbin, que Doras [fils de Doras] possède un domaine dans les parages ? L'épouse de Chouza [Jeanne] aussi possède personnellement des terres et une villa sur la montagne, qu'elle a reçues en dot. Elle et les paysans de Doras [fils de Doras], dont quelques-uns d'Esdrelon sont originaires d'ici, ont préparé le terrain. Doras [fils de Doras] leur a ordonné le silence. Mais eux !... Ils parlent, même sous la menace du supplice. La mort du vieux pharisien [Doras] a provoqué la stupeur. De même que la guérison de Jeanne, revenue ici avant Pâque. Ah, et l'amant d'Aglaé [Shammaï fils d'Elchi] t'a servi également : elle s'est échappée peu après notre passage, par vengeance il a maltraité plusieurs innocents, alors les habitants ont fini par repenser à toi comme à un vengeur des opprimés, et ils te désirent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 211.1, vision du 07/07/1945), avant de partir on-ne-sait-où en emportant tous les meubles ("‟Nous verrons aussi la maison du Baptiste [c'est Jésus qui s'adresse à Judas]. A qui est-elle, maintenant ?” ‟A qui la veut, je crois. Shammaï [fils d'Elchi] est parti et n'est plus revenu. Il a enlevé ses serviteurs et ses meubles. Pour se venger de ses injustices, les habitants ont abattu le mur de clôture et la maison est à tout le monde. Le jardin, du moins. Ils s'y réunissent pour vénérer leur Baptiste. On dit que Shammaï [fils d'Elchi] a été assassiné. J'ignore la cause, une affaire de femmes apparemment.” ‟Une intrigue de la Cour corrompue, certainement !”, murmure Nathanaël [Barthélémy] dans sa barbe", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 211.2, vision du 07/07/1945). Le chef de la synagogue qui a éjecté Jésus et ses apôtres l'année précédente, les accueille avec des regrets honteux dans la voix (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 211.3, vision du 07/07/1945). Tel un bourgeois de Charleville vantant la mémoire d'Arthur Rimbaud, il vante Jean-Baptiste l'enfant du pays, il remercie Jésus d'avoir contribué à son évasion, il dit aussi que Jean-Baptiste en personne a parlé positivement de Jésus aux gens d'Hébron ("On nous a dit que tu as participé à l'évasion du Baptiste [c'est le chef de la synagogue qui s'adresse à Jésus]. Tu ne le haïssais donc pas, tu n'as pas cherché à supplanter notre Jean[-Baptiste]. Lui-même n'a pas nié que c'est grâce à toi qu'il a revu la vallée du saint Jourdain. Nous sommes allés à lui, nous lui avons parlé de toi, et il nous a dit : “Vous ne savez pas qui vous avez repoussé. Je devrais vous maudire, mais je vous pardonne parce qu'il m'a enseigné à pardonner et à être doux. Mais si vous ne voulez pas être anathème au Seigneur et à moi son serviteur, aimez le Messie. Et ne doutez pas. Voilà à quoi vous le reconnaîtrez : esprit de paix, amour parfait, sagesse supérieure, doctrine céleste, douceur absolue, pouvoir sur les choses, humilité totale, chasteté angélique. Vous ne pourrez pas vous tromper. Quand, auprès d'un homme se prétendant le Messie, vous respirerez la paix, vous boirez l'amour émanant de lui, vous passerez de vos Ténèbres à la Lumière, vous verrez les pécheurs se racheter et les chairs guérir, alors vous pourrez vous dire : « Celui-ci est vraiment l'Agneau de Dieu »”. Tes œuvres sont celles dont parle notre Jean[-Baptiste]. Pardonne-nous, aime-nous, donne-nous ce que le monde attend de toi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 211.3, vision du 07/07/1945). Jésus accomplit des miracles - que Maria Valtorta ne développe pas - qui achèvent de tourner les habitants d'Hébron en sa faveur (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 211.4, vision du 07/07/1945). On gagne Yutta/Yatta (où bizarrement on ne voit pas Félix/Jean d'En-Dor caché dans les parages, vision 212) puis Keriot/Tel Creot (vision 213) où la population est aussi favorable, à la grande fierté de Judas qui oublie soudain ses récriminations à l'encontre de Jésus.


Le trajet se poursuit sans Marie la Vierge ni les autres femmes ni Jabé/Margziam, demeurés dans la propriété de Jeanne à Bether où on les retrouvera plus tard. Près de Gerimot, aujourd'hui le site archéologique de Tel-Yarmouth dans la banlieue sud de Bet Shemesh en Israël, à mi-chemin entre Hébron au sud-est et Jérusalem au nord-est (31°42'30"N 34°58'30"E), André et Philippe expriment à nouveau leurs doutes sur leur capacité à parler en public et à convaincre un auditoire. En guise d'épreuve, Jésus les missionne dans les environs. André et Philippe débarquent dans une auberge, ils racontent aux visiteurs comment Jésus a ressuscité le jeune Daniel à Naïm, l'aubergiste les traite d'imposteurs et les met à l'épreuve : sa fille est devenue lunatique on-ne-sait-comment, peut-être suite à un chagrin d'amour, il leur demande de la guérir ("J'ai une fille [c'est l'aubergiste qui s'adresse à Philippe]. Jusqu'à l'été dernier elle était bien. Puis elle est devenue lunatique. Elle reste muette comme une bête dans un coin, sans bouger, sa mère doit peiner pour l'habiller et la nourrir. Les médecins disent que le soleil lui a brûlé la cervelle, d'autres qu'elle a eu un chagrin d'amour. Le peuple dit qu'elle est possédée. Mais comment, puisque cette petite n'est jamais sortie d'ici ? Quel démon a-t-elle croisé ? Qu'en dit ton rabbin ? Qu'un démon peut posséder même un innocent ?", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 215.5, vision du 11/07/1945). André et Philippe ne savent pas quoi faire. Ils reviennent vers Jésus et tentent d'atténuer l'échec de leur mission en disant que, certes ils n'ont pas convaincu l'aubergiste, mais du moins ils ont ébranlé ses convictions puisqu'il réclame une preuve. Jésus se rend à l'auberge et "guérit" la fille de son caractère lunatique (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 215.7, vision du 11/07/1945 ; c'est encore un miracle qui n'a rien de miraculeux, Jésus a simplement œuvré comme n'importe quel bon médecin, il a pris le temps d'écouter la patiente et il trouvé les mots justes pour soigner son chagrin d'amour). On passe par la plaine entre Gerimot/Tel-Yarmouth et Ascalon à travers l'un des domaines du grand rabbin Jonathan ben Uzziel. Celui-ci apparaît dans une scène de partage d'héritage rapportée par le Talmud de Jérusalem, Nashim, Nedarim 19b et par le Talmud de Babylone, Nézikin, Bava Batra 133b. Il a été "le plus grand élève d'Hillel" tandis que Yohanan ben Zakkaï était "le plus jeune élève d'Hillel" selon le Talmud de Babylone, Moed, Sukka 28a. Il est l'auteur d'une traduction remarqué des livres des prophètes en araméen selon le Talmud de Babylone, Moed, Meguila 3a. Jonathan ben Uzziel accuse Jésus d'avoir cueilli des blés pour se nourrir un jour de sabbat et le chasse de ses terres (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 217.2-4, vision du 13/07/1945 ; derrière le prétexte religieux, on doit comprendre que Jonathan ben Uzziel reproche à Jésus d'avoir moissonné une partie de son blé sans demander la permission, ce qui constitue un grief bien légitime…). On arrive en Philistie, à la cité côtière d'Ascalon (31°39'59"N 34°32'52"E). Jésus discute avec un vieux Philistin propriétaire de deux esclaves noires. Cette séquence confirme que le ministère n'est plus tourné vers les seules "brebis perdues d'Israël" mais vers tous les peuples du monde, inclus Philistins et Africains ("‟Alors, tu es roi ? [c'est le vieux Philistin qui s'adresse à Jésus] Mais tes armes ? Hérode était cruel à tous points de vue. Il a reconstruit Ascalon uniquement pour sa propre gloire. En aujourd'hui !… Tu connais mieux que moi les hontes d'Israël. Que proposes-tu ?” ‟Je n'ai d'autre arme que celle qui me vient de Dieu.” ‟L'épée de David ?” ‟L'épée du Logos.” ‟Oh, pauvre rêveur ! Elle perdra sa pointe et son tranchant sur le bronze des cœurs !” ‟Je ne vise pas un royaume terrestre. Pour vous tous, je veux le Royaume des Cieux.” ‟Nous tous ? Même moi, un Philistin ? Même mes esclaves ?” ‟Tous. Toi et elles et jusqu'au plus sauvage au centre des forêts africaines”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 218.5, vision du 14/07/1945). Le dialogue fait flop. Jésus visite ensuite une vendeuse de tapis dans le centre-ville. Re-flop (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 218.5, vision du 14/07/1945). Puis il guérit une clocharde malade dans une cabane au fond d'une impasse, mère de quatre enfants. A nouveau Maria Valtorta ne s'attarde pas sur la nature de la maladie ni sur les modalités de la prétendue guérison miraculeuse (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 218.10, vision du 14/07/1945). Pendant ce temps, les apôtres essaient séparément de répandre l'évangile. Matthieu se ridiculise en voulant réconcilier deux hommes qui s'affrontent devant un juge sur l'agora à propos d'un litige de cadastre ("Certains ricanaient : “Voilà un autre fou ! Sûrement en provenance de la tanière d'Israël ! Les juifs sont vraiment du chiendent qui envahit tout ! Toujours leur éternel baratin ! Avec leur Dieu pour compère, tu les entends ? Il est sur le fil de leur épée et sur l'acide de leur langue ! Et voilà qu'ils nous parlent maintenant de leur Messie, un nouveau fou qui nous tourmentera comme ceux des siècles précédents ! La peste sur lui et sur sa race !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 219.2, vision du 15/07/1945), Judas maudit les deux hommes, la foule répond en caillassant les deux apôtres, qui doivent s'enfuir (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 219.2, vision du 15/07/1945). Jean fils de Zébédée et Thomas/Didyme ont davantage de succès : ils sont allés pêcher en mer avec des marins, parmi lesquels un nommé "Hermasté" qu'on retrouvera plus tard (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 219.4-5, vision du 15/07/1945 ; on note qu'"Hermasté/Erm£sqeoj" est un nom grec, littéralement "qui soutient/˜rm£zw le dieu/qeÒj"). Jacques fils d'Alphée avec son frère Jude Thaddée et avec Simon le zélote ont réussi également à entamer la conversation avec des calfats (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 219.6, vision du 15/07/1945). Tandis que les apôtres cheminent au nord vers Azotos/Ashdod (31°46'49"N 34°37'19"E), Jésus les quitte temporairement pour se détourner vers Migdal-Gad, aujourd'hui quartier nord-est de la moderne ville d'Ascalon en Israël (31°39'59"N 34°35'23"E), où une cérémonie est organisée dans l'espoir de sauver la fille d'un notable local dont l'accouchement se passe mal, des prêtres invoquent une statuette et déposent les péchés des habitants sur un bouc émissaire. Jésus s'impose avec fracas, se déclarant Dieu ("Je connais tout et je peux tout. Je suis Dieu", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 220.4, vision du 16/07/1945), ordonnant qu'on brûle la statuette, provoquant l'ire des prêtres. Finalement la fille accouche d'un garçon, l'un et l'autre sont saufs. Jésus quitte Migdal-Gad en emportant le bouc, qui gambade joyeusement parce qu'il comprend instinctivement avoir échappé à son immolation. Il retrouve les apôtres devant Azotos/Ashdod… d'où ils viennent d'être chassés. On décide de ne pas tenter une rentrée en force dans cette cité, et de continuer à marcher au nord vers Iamnia/Yavné (31°51'57"N 34°44'47"E). Durant la marche, Jésus exprime clairement sa nouvelle ambition mondiale, et sa conviction que le sud Levant du judaïsme originel ne signifie plus rien à l'ère des grands Empires romain et parthe ("Vous avez des préventions contre le reste du monde [c'est Jésus qui s'adresse aux apôtres] et vous croyez qu'il est plus facile d'évangéliser dans des provinces de fidèles que dans des pays d'idolâtres et de gentils, mais c'est le contraire. Pensez à ce qu'offre Israël en notables et en habitants, et pensez que nous avons été accueillis ici [en Philistie] aussi bien qu'en Judée, en Galilée et en Décapole alors que le nom d'Israël est haï et celui de Dieu, dans son vrai sens, est inconnu. Vos doutes tomberont. Vous verrez que j'ai raison de dire qu'il est plus facile de convaincre des gens qui ignorent le vrai Dieu, que le prétendu peuple élu composé d'idolâtres subtils, coupables d'orgueil à se croire parfaits et à demeurer ce qu'ils sont. Que de pierres précieuses, que de perles mon œil voit où vous ne voyez que la terre et la mer ! La terre des masses qui ne sont pas Israël. La mer humaine ne comptant aucun Israélite. La mer qui ne demande qu'à accueillir les chercheurs de perles et la terre qui demande qu'on la fouille pour livrer ses pierres précieuses", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 221.3, vision du 17/07/1945). On arrive à Iamnia/Yavné. Sans donner d'explications, Jésus emmène Jean fils de Zébédée avec lui vers Ekron, aujourd'hui le site archéologique de Tel-Miqneh à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Iamnia/Yavné en Israël (31°46'44"N 34°51'00"E ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 221.9, vision du 17/07/1945). Les autres apôtres poireautent devant Iamnia/Yavné pendant cinq jours, jusqu'au moment où Jésus et Jean fils de Zébédée réapparaissent sans davantage de motif. Jésus déclare énigmatiquement : "J'ai emmené Jean [fils de Zébédée] avec moi parce qu'il est le plus apte pour ce que je voulais faire, j'ai été aidé par lui et lui en a été perfectionné" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 222.5, vision du 18/07/1945), et il enchaîne aussitôt : "Et maintenant direction Modine en Judée !". On ne saura rien de plus. Encore une fois, Maria Valtorta entrevoit quelque chose qui heurte sa foi chrétienne, elle dit trop ou pas assez. Près de Modine/Modiin (31°54'09"N 35°01'15"E), on croise un cortège nuptial transportant beaucoup de richesses. Des individus au faciès louche sont présents dans le cortège, on devine que ce sont des brigands sans lien avec les mariés, qui attendent le moment adéquat pour razzier bijoux et étoffes. Jésus va au-devant d'eux, accompagné de Simon-Pierre et Simon le zélote, il leur parle avant qu'ils ne commettent leur méfait. Les brigands sont ébranlés, ils se retirent finalement sans rien voler (vision 223). Parmi eux se trouve un nommé "Dismas" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 524.6, vision du 03/11/1946). Certains apôtres s'interrogent sur tout ce qu'ils ont vécu récemment, leur échec général en Philistie, les apartés mystérieux de Jésus, et maintenant la confrontation avec des brigands à Modine/Modiin, ils remettent le ministère en question, ils pensent que Jésus ne sait pas où il va et se donne des airs lointains pour persuader du contraire, ils font la moue quand Jésus leur dit : "L'échec est inhérent à la mission, je vais volontairement dans des lieux hostiles pour convertir", Judas et Philippe vont même jusqu'à déclarer que, si les brigands de Modine/Modiin se sont retirés, ce n'est pas parce qu'ils ont été perturbés par le baratin de Jésus mais parce qu'ils ont vu douze hommes en bonne santé face à eux - les douze apôtres - et n'ont simplement pas voulu provoquer une bagarre, ils ont préféré attendre que ces douze hommes passent leur chemin pour revenir demain quand plus personne ne contrecarrera leur projet de larcin ("‟As-tu tout anticipé [la suite des événements jusqu'à Modine/Modiin] ?”, demande [Jude] Thaddée à Jésus. ‟Je vous ai déjà dit que je sonde les cœurs. Tant que mon Père ne décide pas de changer le cours des choses, je les prévois.” ‟Alors pourquoi commets-tu des erreurs, comme celle d'aller vers des pharisiens hostiles ou dans des cités récalcitrantes ?”, demande Judas l'Iscariote. Jésus le regarde fixement, puis il dit calement et lentement : ‟Ce ne sont pas des erreurs. Ce sont les nécessités de ma mission. Les malades ont besoin du médecin et les ignorants du maître. Ceux-ci et ceux-là peuvent repousser le médecin ou le maître, mais si le médecin et le maître sont bons ils iront nécessairement vers eux à la première occasion. J'accomplis mon devoir. Vous voudriez que je me présente à ceux qui ne résistent pas. Je pourrais le faire, mais je ne contrains personne. Je persuade. La coercition s'emploie dans des cas très exceptionnels, seulement elle peut éclairer les esprits sur l'existence de Dieu et sur sa force suprême, ou quand on doit sauver une foule”. ‟Comme hier soir, hein [à Modine/Modiin face aux brigands] ?”, demande [Simon-]Pierre. ‟Hier soir les brigands ont eu peur en nous voyant bien éveillés pour les recevoir”, dit méprisamment [Judas] l'Iscariote. ‟Non, ils ont été persuadés par nos paroles”, dit Thomas[/Didyme]. ‟Bien sûr ! Ce sont des âmes tendres qui se laissent plier par quelques mots, surtout ceux de Jésus ! Je peux en témoigner, moi qui ai été assailli un jour avec toute ma famille et d'autres habitants de Bethsaïde dans le défilé de l'Adomin !”, rétorque Philippe", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 224.2, vision du 20/07/1945). Deux clans se forment, d'un côté les apôtres qui cogitent, de l'autre côté ceux qui croient toujours. Jésus clôt la querelle en disant que le Logos peut tout ("En vérité je vous dis que non seulement moi mais encore quiconque sera fondu en Dieu par une sainteté, une pureté, une foi sans faille pourra accomplir cela et davantage. Le regard d'un enfant, si son esprit est uni à celui de Dieu, peut écrouler les temples des idoles sans les secouer comme Samson, imposer la douceur aux fauves et aux hommes-fauves, repousser la mort, vaincre les maladies de l'esprit, et aussi guérir les maladies, enlever leur venin aux serpents, opérer toutes sortes de miracles. Parce que Dieu opère en lui", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 224.3, vision du 20/07/1945). Et quand Jacques fils de Zébédée revient sur l'épisode d'Ekron/Tel-Miqneh, Jésus reste énigmatique : "J'ai appris des nouveaux mystères à ton frère Jean, c'est tout" ("Il [Jean fils de Zébédée] a tourné une page du livre de Vie, et il a lu et connu de nouveaux mystères. Rien de plus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 224.4, vision du 20/07/1945), lui signifiant qu'il ne doit plus poser de questions sur le sujet. En revenant vers Bether, on se débarrasse du bouc sauvé à Migdal-Gad, en l'échangeant on-ne-sait-où à on-ne-sait-qui contre une brebis et deux agneaux. Retour à Bether. On y retrouve Marie la Vierge, Marie fille de Cléophas, Elise de Beth-Zur guérie de sa mélancolie, le jeune Jabé/Margziam tout heureux de recevoir en cadeaux la brebis et les deux agneaux, dans la propriété natale de Jeanne longuement décrite par Maria Valtorta, immense roseraie à flanc de colline dont les sucs sont vendus comme parfums aux Romains, source de la fortune des parents de Jeanne (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 224.5, vision du 20/07/1945). Et on remonte tous ensemble vers le nord. De passage à Béthanie pour saluer Lazare avant de regagner la Galilée (vision 226), on apprend que Marthe est partie à Magdala/Migdal appelée par sa sœur Marie-Madeleine. Lazare a reçu une lettre de Marthe informant que Marie-Madeleine reste traumatisée par le coup de couteau que son ancien amant romain a infligé à son nouvel amant juif, elle a été marquée par les accusations de Jésus contre elle lors des Sermons sur la montagne, plus généralement elle est obsédée par la personnalité de Jésus qu'elle n'arrive pas à cerner contrairement à tous les hommes qu'elle a fréquentés jusque-là (elle n'a pas compris que Jésus n'est pas intéressé par les femmes, estimant qu'une seule compte : sa mère Marie la Vierge…), bref elle déprime, Marthe la console en lui racontant le parcours d'Aglaé, ancienne prostituée comme elle, qui a récemment changé de comportement (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 225.2, vision du 21/07/1945). Maria Valtorta dit que la fatigue l'a empêchée de détailler par écrit sa vision 227 au moment où elle lui est venue, elle indique seulement que tous reviennent en Galilée sans encombre, sauf Elise qui quitte son ancienne camarade Marie la Vierge pour repartir vers sa maison à Beth-Zur/Khirbet et-Tubeiqa, et Jeanne qui reste à sa roseraie de Bether car son mari Chouza lui a interdit de revenir à Tibériade en ébullition suite à l'arrestation de Jean-Baptiste. Après quelques jours à Nazareth, puis à Cana, puis à Tibériade, puis une traversée du lac de Galilée (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 228.4, vision du 24/07/1945), Simon-Pierre arrive chez lui à Bethsaïde avec son fils adoptif Jabé/Margziam, il le présente à sa femme Porphyré, qui immédiatement le reconnaît aussi comme son fils.


Jésus a accompagné Simon-Pierre et Jabé/Margziam à Bethsaïde. Pendant que les habitants se divisent sur la venue de ce jeune garçon, il reçoit la visite de Thomas de Capharnaüm, personnage galiléen bien dictinct de son homonyme l'apôtre judéen Thomas/Didyme de Rama-en-Benjamin/Al-Ram, chez qui Jésus crêche chaque fois qu'il séjourne à Capharnaüm, dont nous ne connaissons ni la parenté ni la profession ni les motivations. Thomas de Capharnaüm lui demande de venir chez lui au plus vite car Marthe l'y attend avec sa servante Marcelle (vision 229). Jésus va donc à Capharnaüm, il y revoit Marthe avec Marcelle, qui lui apprennent que Marie-Madeleine a supplié sa sœur de l'enfermer car elle veut terminer sa vie débauchée mais elle craint - comme Aglaé - de succomber à nouveau aux hommes et à son désir de sexe ("[Marie-Madeleine] m'a dit la première nuit [c'est Marthe qui s'adresse à Jésus], c'est pour cela que j'ai tant espéré : “Retiens-moi, attache-moi, ne me laisse plus sortir, que je ne vois personne d'autre que toi et la nourrice [Marcelle]. Car je suis malade et je veux guérir. Ceux qui viennent chez moi ou qui veulent que l'aille chez eux sont comme des marais qui donnent la fièvre : ils me rendent de plus en plus malade. Mais ils sont si beaux en apparence, ils sont si pleins de fleurs et de chansons, avec des fruits d'aspect agréable, que je ne sais pas résister. Je suis une misérable. Ta sœur est faible, Marthe. Et certains profitent de ma faiblesse pour m'amener à des choses infâmes auxquelles une chose en moi ne consent pas, une chose qui me reste de maman [Euchérie], de ma pauvre maman…”, et elle pleurait, elle pleurait", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 231.3, vision du 27/07/1945). Marie-Madeleine se frappe ("Parfois sa chair la travaille, alors elle se lamente ou se frappe. Je l'ai surprise à se cogner férocement les seins, la poitrine, à se griffer le visage, à se heurter la tête contre un mur. Et quand je lui ai demandée : ‟Pourquoi fais-tu ça ?”, elle s'est tournée vers moi, bouleversée, épouvantable, en me répondant : “Pour me rompre les entrailles et le crâne ! Les choses nuisibles et maudites doivent être détruites : je me détruis !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 231.4, vision du 27/07/1945), elle se drogue ("D'autres fois elle commande aux serviteurs des vins et des drogues, et elle boit et mange tous ces produits en arguant : ‟C'est pour ne plus penser”. Depuis qu'elle sait que tu es revenu au lac [de Galilée], elle me dit chaque fois que je viens vers toi : ‟Un jour moi aussi je viendrai” en riant d'un rire qui semble une insulte contre elle-même, et elle conclut : ‟Ainsi l'œil de Dieu tombera aussi sur le fumier”. Mais je ne veux pas qu'elle vienne. J'attends que, lassée par la colère, le vin, les larmes, par tout, elle s'endorme épuisée. Je me suis mise en chemin de façon à retourner vers elle de nuit, avant qu'elle se réveille. Voilà ma vie actuellement. Je n'espère plus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 231.4, vision du 27/07/1945), pour compenser l'abstinence. Jésus rassure Marthe en expliquant que Marie-Madeleine est en voie de guérison puisqu'elle se remet en question. Il lui donne sa ceinture pour qu'elle l'offre à Marie-Madeleine, qui lui servira de grigri contre les méchants démons qui pourraient la retenter (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 231.7, vision du 27/07/1945). Le soir, Jésus prêche aux habitants de Capharnaüm, Marie-Madeleine se glisse incognito parmi les auditeurs (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 233.5, vision du 12/08/1944). Le lendemain matin, Marthe s'inquiète car elle n'a pas de nouvelles de sa sœur, Jésus lui dit de ne pas s'inquiéter car la conversion de Marie-Madeleine est en cours (vision 234). Dans la vision 236 a lieu la scène rapportée par Luc 7.36-50 : le pharisien modéré Simon (le même que dans la vision 182) a invité Jésus dans sa maison pour partager son repas, Marie-Madeleine surgit de façon inattendue et, sans dire un mot, s'agenouille pour laver les pieds de Jésus. Marthe s'angoisse toujours des apparitions et disparitions de sa sœur, Jésus la rassure encore en lui racontant ce qui vient de se passer dans la maison du pharisien Simon, et en lui disant que Marie-Madeleine a pris la direction de Nazareth, pour se présenter à Marie la Vierge, Marthe redoute qu'elle se perde en chemin (dans les deux sens de "se perdre" : au sens littéral elle peut s'égarer avant d'atteindre Nazareth, au sens figuré elle peut retomber dans le péché de chair), Jésus gronde Marthe sur son manque de confiance et de foi (vision 237). Le lendemain matin, c'est l'orage. Pressentant que sa mère va venir avec Marie-Madeleine depuis Nazareth jusqu'à Capharnaüm, Jésus s'avance avec Simon-Pierre et Jacques fils d'Alphée. La rencontre a lieu en banlieue ouest de Capharnaüm, sous une pluie battante. Jésus demande à Marie-Madeleine si elle a peur de l'orage, elle répond : "Non, seigneur". C'est leur tout premier échange verbal ("La poussière monte en nuage de la route brûlée, par un vent qui se renforce, qui brise le lac [de Galilée] en formant des crêtes qui se fracassent sur le rivage. Le lac, visible par intermittence, devient un gigantesque chaudron où l'eau bout furieusement. Des vagues d'un mètre le parcourent dans tous les sens, se heurtent, s'élèvent en se confondant, se séparent en courant dans des directions opposées à la recherche d'une autre vague pour s'y heurter. C'est une bataille d'écumes, de crêtes, de bosses pansues, de bruits éclatants, de mugissements, de gifles qui atteignent les maisons proches de la rive. Dans les endroits où les maisons cachent la vue, le lac rappelle sa présence par un fracas plus fort que le sifflement du vent qui plie les arbres en leur arrachant feuilles et fruits, et le grondement des coups de tonnerre qui se prolongent, menaçants, précédés d'éclairs de plus en plus fréquents et puissants. ‟Les femmes doivent être effrayées !”, dit [Simon-]Pierre essoufflé. ‟Ma mère, non. L'autre [Marie-Madeleine], je ne sais pas [ignorance étonnante pour un prétendu Dieu omniscient…]. En tous cas si nous ne nous pressons pas elles seront trempées.” Ils ont dépassé Capharnaüm de quelques centaines de mètres quand, dans des nuages de poussière, au milieu du premier grondement d'une violente averse en oblique, telle une cataracte qui pulvérise, aveugle, coupe la respiration, ils voient deux femmes courant sous un arbre touffu en guise d'abri. ‟Les voilà ! Courons !” Mais bien que son amour pour Marie [la Vierge] lui donne des ailes en dépit de ses jambes courtes qui n'ont rien de celles d'un coureur, il [Simon-Pierre] arrive après que Jésus et Jacques [fils d'Alphée] ont déjà recueilli les femmes sous un lourd morceau de toile. ‟Ici on ne peut pas rester, on risque d'être foudroyés, et d'ici peu la route sera un torrent. Allons au moins jusqu'à la première maison, rabbin”, dit [Simon-]Pierre toujours essoufflé. Ils marchent avec les femmes au milieu, tenant la toile étendue sur leurs têtes et leurs dos. Le premier mot que Jésus dit à Marie-Madeleine, qui a encore le vêtement du soir du banquet dans la maison de Simon [le pharisien] mais avec, sur les épaules, un manteau de Marie la très Sainte [la Vierge], est : ‟Tu as peur, Marie[-Madeleine] ?”. Elle, la tête inclinée sous la toile, sa chevelure défaite par la course, rougit, elle baisse encore davantage la tête et murmure : ‟Non, seigneur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 238.3-4, vision du 30/07/1945). Galvanisé par sa nouvelle recrue censée annoncer la conversion à la fois des "brebis perdues d'Israël" (puisque Marie-Madeleine est juive) et des païens (puisque Marie-Madeleine a forniqué avec les Romains), Jésus s'exalte dans un nouveau prêche apocalyptique nazaréen, annonçant la fin de l'Histoire et le Jugement Dernier via une parabole sur les poissons et les perles ("Un jour viendra, le dernier jour de la terre, le premier de la Jérusalem complète et éternelle, où les anges tels les pêcheurs de la parabole sépareront les justes des injustes afin qu'au commandement inexorable du Juge les bons aillent au Ciel et les méchants au feu éternel. Alors sera connue la Vérité sur les pêcheurs et ceux qu'ils auront pêchés, les hypocrisies tomberont et le peuple de Dieu apparaîtra tel qu'il est avec ses chefs et ceux qu'ils auront sauvés. Alors nous verrons que beaucoup extérieurement insignifiants ou malmenés sont les splendeurs du Ciel, et que les pêcheurs tranquilles et patients ont fait davantage et resplendiront de pierres précieuses pour tous ceux qu'ils auront sauvés", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 239.7, vision du 31/07/1945). Il parade avec Marie-Madeleine qu'il promène comme un trophée à Bethsaïde où elle fait connaissance de Porphyré et de Jabé/Margziam (vision 240), à Magdala/Migdal où les habitants sont surpris de ne plus la voir jouer la pute de luxe (vision 241), à Tibériade où ses anciens amants romains croient qu'elle s'adonne à une nouvelle perversité, mimant la piété comme une sainte aujourd'hui pour jouir de la transgression comme une diablesse demain ("Le passage du groupe provoque une curiosité intense, et même extraordinaire quand untel reconnaît Jésus pour l'avoir vu à Césarée ou quand tel autre reconnaît Marie-Madeleine. Pourtant elle marche enveloppée dans son manteau, un voile blanc lui tombe très bas sur le front et sur les joues, de sorte qu'ainsi masqué et tête baissée on voit difficilement son visage. ‟C'est le nazaréen qui a guéri la petite de Valeria [allusion à l'épisode de Césarée dans la vision 155.5 précitée] !”, dit un Romain. ‟J'aimerais voir un miracle”, lui répond un autre Romain. ‟Moi je voudrais l'entendre, on dit qu'il est un grand philosophe. Peut-on le convaincre de parler ?”, demande un Grec. ‟Ne t'en occupe pas, Theodat, il ne prêche que du vent. Il aurait convenu au tragédien pour une satire…”, réplique un autre Grec. ‟Bien dit, Aristobule, il semble descendu des nuées pour savourer la terre ferme : vois son escorte de femmes jeunes et belles !”, plaisante un Romain. ‟Celle-là, c'est Marie de Magdala !", crie un Grec, qui appelle aussitôt : “Lucius ! Cornelius ! Titus ! Regardez, c'est Marie[-Madeleine] !” ‟Ça ne peut pas être elle ! Marie[-Madeleine] dans cette tenue ! Tu es ivre ?” ‟C'est elle, je te dis ! Je ne me trompe pas, même si elle est déguisée !” Romains et Grecs se rapprochent du groupe apostolique qui traverse la place entre portiques et fontaines. Des femmes se joignent aux curieux, et c'est précisément l'une d'elles qui va presque sous sous le voile de Marie[-Madeleine] pour mieux la voir et qui reste stupéfaite en constatant que c'est bien elle. ‟Que fais-tu ainsi attifée ?”, rit-elle avec mépris. Marie[-Madeleine] stoppe, se redresse, lève la main et découvre son visage en rejetant son voile en arrière. C'est Marie de Magdala, dame souveraine sur tout ce qui est bas, déjà maîtresse de ses impressions, qui apparaît. ‟C'est moi, oui, dit-elle de sa voix splendide, avec des éclairs dans ses très beaux yeux, c'est moi et j'enlève mon voile pour que vous ne pensiez pas que j'ai honte d'être avec ces saints !” ‟Oh, oh ! Marie[-Madeleine] avec des saints ! Laisse-les, ne t'humilie pas toi-même !”, dit la femme. ‟Humiliée, je l'ai été jusqu'à présent. Maintenant je ne le suis plus.” ‟Tu es folle ? Ou c'est un caprice ?”, dit un Romain sur un ton condescendant en lui jetant un coup d'œil. “Viens avec moi. Je suis plus beau et plus gai que cette pleureuse moustachue qui mortifie la vie et la transforme en enterrement. La vie est belle ! Un triomphe ! Une orgie de joie ! Viens, je saurai les surpasser tous pour te rendre heureuse”, dit un jeune homme brun au visage pointu et avenant, qui s'apprête à la toucher. ‟Arrière ! Ne me touche pas ! Tu as bien dit : la vie que vous menez est une orgie honteuse ! Et j'en ai la nausée !” ‟C'était pourtant ta vie, récemment encore…”, répond le Grec. ‟Maintenant elle joue la vierge !”, raille un Hérodien. ‟Tu ruines les saints ! Ton nazaréen perdra son auréole avec toi ! Viens avec nous !”, insiste un Romain. ‟Vous, venez avec moi à sa suite ! Cessez d'être des animaux et devenez des vrais hommes !” Un chœur d'éclats de rire et de railleries lui répond", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 242.2-3, vision du 03/08/1945). Mais à Nazareth, ça ne passe pas. La population est convaincue que Jésus a tourné le dos au judaïsme et à ses compatriotes, il préfère composer avec des gens louches comme le péagier Matthieu ou la prostituée Marie-Madeleine et leurs amis romains. Jésus répond d'abord par des pirouettes ("Nazareth est en émoi par l'arrivée de Jésus et de Marie de Magdala qui le suit. Certains se précipitent à la maison de Marie [fille de Cléophas] veuve d'Alphée, d'autres vers celle de Jésus [en réalité celle de Jésus la Vierge] et trouvant cette dernière fermée refluent vers Jésus se dirige vers la ville. Celle-ci est fermée au rabbin. Moitié ironiques moitié incrédules, avec quelques méchants dont les sentiments se révèlent par des phrases blessantes, les habitants suivent par curiosité mais sans amour leur grand fils qu'ils ne comprennent pas. Dans les questions qu'ils lui posent, on ne détecte pareillement que du doute et de la raillerie. Lui feint l'indifférence, il répond avec douceur à ceux qui lui parlent. ‟Tu donnes à tout le monde sauf à ta patrie, tu as coupé les liens avec ta famille !” ‟Je suis ici pour donner ce que vous demandez.” ‟Mais tu préfères ne pas être ici ! Sommes-nous plus pécheurs que les autres ?” ‟Je veux convertir tous les pécheurs, même les plus grands, et vous n'êtes pas pires que les autres.” ‟Ni meilleurs que les autres, selon toi ! Un bon fils dit toujours que sa mère est meilleure que les autres, même si elle ne l'est pas. Tu considère Nazareth comme une marâtre ?” ‟Je ne dis rien. Le silence est une règle de charité envers les autres et envers soi-même, lorsqu'on ne peut pas dire que quelqu'un est bon et qu'on ne veut pas mentir. Mais la louange à votre égard viendrait vite si vous adhériez à ma doctrine.” ‟Tu veux qu'on t'admire ?” ‟Non. Seulement que vous m'écoutiez et me croyiez pour le bien de vos âmes”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 245.2, vision du 06/08/1945) puis, n'ayant pas été entendu, recourt à la menace indirecte via un long commentaire sur la fable de Jotham en Juges 9.7-15, signifiant à ses auditeurs qu'ils ont le droit de lui être hostiles mais qu'ils seraient malavisés de le dénoncer car la postérité les maudirait (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 246.10, vision du 07/08/1945). Jude Thaddée de son côté tance vivement son frère aîné Simon, qui baisse la tête, puis son autre frère aîné Joseph venu en soutien de Simon, ces deux derniers étant mal considérés par la population à cause de leurs deux frères cadets Jacques et Jude Thaddée qui fréquentent l'antipatriote Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 246.11-12, vision du 07/08/1945).


On marche vers la côte, depuis Nazareth. On traverse Meraba, aujourd'hui le site archéologique de Nahalal au nord de la cité homonyme en Israël (32°42'14"N 35°12'43"E) dans la vision 247, puis Bethléem-en-Galilée (32°44'08"N 35°11'32"E) dans la vision 248, où Jésus intervient dans un fait divers : deux hommes convoitent une mère veuve appelée "Myrta", ils ont machiné l'exécution de son fils Abel pour lui ôter tout prétexte à sa soumission, Jésus punit ces deux hommes en leur donnant la lèpre, cet Abel sera surnommé plus tard "Ananias", c'est lui qui recueillera Saül/Paul après sa conversion de Damas. Et on atteint Sycaminon. C'est encore une grande énigme de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé. L'antique cité portuaire de Sycaminon, aujourd'hui le site archéologique de Tel Shikmona à l'ouest du mont Carmel (32°49'29"N 34°57'18"E), est repérée par les explorateurs européens à la fin du XIXème siècle, mais non fouillée. C'est seulement à partir de 1960 que des campagnes régulières révéleront son passé. Sycaminon/Tel Shikmona a été fondée à l'ère mycénienne. Elle a été saccagée comme beaucoup de sites côtiers lors des bouleversements du début de l'ère des Ages obscurs. Elle a été réoccupée ponctuellement au cours des siècles suivants, handicapée par le fait qu'elle n'offre aucune crique naturelle pour les navires et qu'elle subit de plein fouet tous les caprices de la mer. A l'époque du géographe Strabon, au début de l'ère impériale romaine, "Sycaminon/Sukam…nwn" est décrite comme "insignifiante" avec deux autres petites cités proches : "Boukolon/BoukÒlwn" ("[la cité] des Pâtres") et "Krokodeilon/Krokode…lwn" ("[la cité] des Crocodiles", Strabon, Géographie, XVI, 2.27). Elle n'est plus habitée que par des gens très pauvres ou très riches à la fin de l'Antiquité et au haut Moyen Age, comme le prouvent les mosaïques élaborées de ces époques que les touristes peuvent voir aujourd'hui sur place. Les archéologues n'ont exhumé aucun artefact arabe, ni aucune trace de destruction tardive, ce qui prouve que le site était abandonné quand l'islam s'est installé dans la région au VIIème siècle. Au IIIème siècle, dans son répertoire Onomasticon recensant tous les lieux bibliques du Moyen Orient, à l'article "Iapheth/I£feq", Eusèbe de Césarée écrit : "Attribuée par le sort à Zébulon [Josué 17.7], appelée aussi ‟Joppé” ["Ièpph"]. Le bourg côtier ["kèmh p£raloj"] de Sycaminon entre Ptolémaïs et Césarée près du Carmel est surnommé ‟Epha” ["Hf£"]", il distingue ainsi le nom de la cité "Iapheth" ou "Joppé" (aujourd'hui Jaffa, quartier sud de Tel-Aviv en Israël) d'un nom homonyme "Epha/Hf£" de signification inconnue attribué à Sycaminon avant le IIIème siècle. Ce nom "Epha/Hf£", qu'on retrouve plusieurs dizaines de fois dans le Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone - ce qui sous-entend un lien étroit entre la cité d'Epha et le pharisianisme -, dérivera au cours des siècles pour donner le nom moderne de la ville d'"Haïfa". Telles sont les connaissances en 1945, quand Maria Valtorta écrit : on sait que Sycaminon/Tel Shikmona se trouve à l'ouest du mont Carmel, on sait que le site est en cours d'abandon à l'époque de Jésus, or selon la littérature talmudique et selon Eusèbe de Césarée une population importante vit dans un lieu à proximité baptisé "Epha/Hf£". En 1945 le sud Levant est un protectorat de l'Angleterre, qui a inauguré en 1939 l'oléoduc Mossoul-Haïfa. Pour créer les infrastructures portuaires au terminus de cet oléoduc à Haïfa, on a dû applanir la côte, notamment Tel Abu Hawan, une butte au sud de la baie (32°47'59"N 35°01'16"E). Des fouilles de sauvetage ont été réalisées avant le début des travaux de terrassement entre 1929 et 1933 par l'archéologue anglais Robert Hamilton, qui ont révélé une occupation aussi ancienne qu'à Sycaminon/Tel Shikmona, mais le temps a manqué pour explorer plus en profondeur, et la deuxième Guerre Mondiale a empêché toute nouvelle campagne. Maria Valtorta décrit de façon détaillée l'arrivée de Jésus et du groupe apostolique à Sycaminon au début de l'été W-2. Elle dit qu'ils viennent de Galilée, donc de l'est du mont Carmel, sur un chemin en surplomb d'un fleuve qui se jette dans une baie, à l'embouchure de ce fleuve se trouve une cité, Jésus tend le bras vers elle et se retourne vers ses apôtres et les femmes qui l'accompagnent, et il annonce : "Voilà Sycaminon" ("On atteint le sommet, ou plutôt une saillie du sommet qui s'avance comme si elle voulait courir vers l'azur riant de la mer sans limites. Un bois épais de chênes verts produit une lumière d'émeraude claire, marquée d'agréables déchirures de soleil sur cette crête montagneuse agréable, aérée, ouverte sur la côte proche, face à la chaîne majestueuse du Carmel. En bas, au pied de la montagne dont l'avancée penche comme si elle voulait voler, après des petits champs à mi-pente, une étroite vallée avec un torrent profond, certainement puissant en période de crue mais actuellement réduit à une écume d'argent au milieu de son lit. Ce torrent court vers la mer en rasant la base du Carmel. Un chemin surélevé suit la rive droite du tourant, reliant une cité au milieu de la baie à celles de l'intérieur de la Samarie (si je m'oriente bien). ‟Cette cité est Sycaminon, dit Jésus. Nous y serons ce soir, à la tombée de la nuit. Reposons-nous maintenant car la descente est difficile, bien que fraîche et courte”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 249.5, vision du 06/08/1945). La description est bien conforme à la topographie, le mont Carmel est longé à l'est par le fleuve Kishon qui se jette dans la baie d'Haïfa, mais la localisation de Sycaminon indiquée par Jésus, à l'est du mont Carmel, ne correspond pas au site archéologique de Sycaminon/Tel Shikmona à l'ouest du mont Carmel, invisible depuis le chemin que descendent Jésus et ses apôtres. Ce que montre Jésus, ce n'est pas Sycaminon/Tel Shikmona, c'est Tel Abu Hawan, que seuls connaissent en 1945 Robert Hamilton et un très petit nombre d'archéologues dans le monde. En 1948 l'Angleterre se retirera du sud Levant, au profit de l'Etat d'Israël naissant qui s'empressera d'accaparer le terminal pétrolier d'Haïfa. Des agrandissements portuaires seront entrepris, des nouvelles campagnes de fouilles seront lancées sur Tel Abu Hawan à partir des années 1960, qui achèveront de reconstituer le puzzle. Au début du Ier siècle, Sycaminon/Tel Shikmona à l'ouest du mont Carmel est en voie d'abandon, une nouvelle cité mieux protégée des caprices de la mer se développe à l'intérieur de la baie (par des pharisiens, comme le suggèrent les dizaines de renvois à ce site dans la littérature talmudique ?), à l'est du mont Carmel, sur la butte de Tel Abu Hawan, tantôt désignée par l'ancien nom "Sycaminon" tantôt désignée par un nouveau nom "Epha", le second finira par s'imposer sur le premier sous la forme "Haïfa". Comment Maria Valtorta en 1945 peut-elle décrire aussi justement la baie d'Haïfa dont la chronologie ne sera découverte que progressivement après 1960 ? A-t-elle brodé sur le rapport intermédiaire publié par Robert Hamilton en 1934 dans le numéro 3 de la revue Quarterly of the department of antiquities in Palestine (ou "QDAP" dans le petit monde des archéologues), pages 74-80, ou sur le rapport final publié en 1935 dans le numéro 4 de la même revue, pages 1-69 ? Si oui, comment a-t-elle eu accès à cette revue ? L'a-t-elle lue en anglais ? Si non, qui lui a servi d'interprète ? Sur la plage à la pointe du mont Carmel, entre l'ancienne Sycaminon/Tel Shikmona et la nouvelle Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa, où les pêcheurs pauvres vivent dans des cabanes, on revoit plusieurs personnages auxquels on avait fixé rendez-vous : Timon le chef de la synagogue d'Archélais/Al-Auja, Etienne l'élève de Gamaliel (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 250.1, vision du 11/08/1945), Félix/Jean d'En-Dor venu de Yutta/Yatta avec un berger de la Nativité (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 250.3, vision du 11/08/1945). Jésus et quelques apôtres embarquent avec des pêcheurs locaux pour aller vers la Phénicie en suivant la côte. Après Sidon, on arrive à Tyr. Maria Valtorta voit un isthme, qui n'existe plus en 1945 au moment où elle écrit, la terre s'étant accumulé de part et d'autre de cet isthme au fil du temps pour former une pointe évasée vers la mer. Elle vante les talents bâtisseurs des Tyriens, et suppose leur prospérité économique d'après les navires amarrés de chaque côté de l'isthme ("Jésus arrive devant une cité maritime [Tyr] aux premières heures du matin. Quatre barques suivent la sienne. Cette cité s'avance étrangement sur la mer, construite à partir d'un isthme étroit, ou plus exactement l'isthme unit la partie qui émerge sur la mer à celle qui s'étend sur le rivage. Vue de la mer, elle semble un énorme champignon dont la tête est sur les flots et les racines s'enfoncent sur la côte, l'isthme est son pied. De part et d'autre de l'isthme, deux ports. Le premier au nord est moins fermé, couvert de petites embarcations. Dans le second au sud, mieux abrité, des gros navires vont-et-viennent. […] Ils contournent l'île. Je comprends que l'isthme est artificiel, c'est une sorte de digue cyclopéenne unissant l'île au continent. On construisait sans difficultés, jadis ! Je déduis de cette construction et du nombre de navires dans les ports combien la cité est riche et commerçante. Derrière la cité, après une zone plate, des petites collines d'aspect agréable. Très loin, on remarque le grand Hermon et la chaîne du Liban", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 251.1, vision du 12/08/1945). Ce faisant, elle prouve qu'elle ignore l'Histoire, car l'isthme en question a été bâti non pas par les Tyriens mais par Alexandre le Grand lors de sa conquête de la cité en -332, et il a causé leur ruine : à cette époque la cité de Tyr était une île, Alexandre a construit une jetée pour l'atteindre, cette jetée devenue après -332 un isthme de plus en plus large a mis fin à l'isolement de la cité dorénavant reliée au continent, et à la richesse qu'elle tirait de son isolement maritime. On apprend a posteriori que Jésus voulait rencontrer les marins philistins avec lesquels Jean fils de Zébédée et Thomas/Didyme ont discuté à Ascalon quelques semaines plus tôt (dans la vision 219.4-5 précitée), qui avaient promis de venir à lui. La promesse n'a pas été tenue. A Sidon, personne. A Tyr, personne encore, sauf Hermasté ("Nombreux étaient les compagnons d'Hermasté [c'est Jésus qui parle]. Dans le feu de l'enthousiasme, tous avaient promis de venir. Lui seul est venu. Mes disciples sont nombreux, et ils le seront de plus en plus, mais seulement le tiers de la moitié resteront jusqu'à la fin. Persévérer, voilà le grand mot, pour toutes les choses bonnes", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 251.6, vision du 12/08/1945 ; "A Sidon, celui que nous cherchions n'était pas là [c'est Jésus qui s'adresse à sa mère Marie, au retour de Tyr]. Nous sommes allés jusqu'à Tyr, et nous l'y avons trouvé. Avance, Hermasté", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 252.4, vision du 13/08/1945). Les apôtres accompagnant Jésus vers Tyr supportent mal les moqueries des notables de la cité ("‟Je souffre quand je le vois [Jésus] si simple au milieu des autres, lui qui est roi alors qu'eux sont pires que des esclaves enrubannés et brillants. Et ils le regardent comme un pauvre indigne d'eux !”, dit [Simon-]Pierre. ‟Tu as vu, hein, les rires des seigneurs de Tyr quand nous avons quitté les pêcheurs ?”, lui répond son frère [André]. Jacques fils de Zébédée déclare : ‟Je leur ai dit : « Honte à vous, chiens que vous êtes ! Un fil de son vêtement blanc vaut plus que toutes vos fanfreluches !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 252.4, vision du 13/08/1945). A nouveau Maria Valtorta ne s'attarde pas sur cette séquence, qui ne cadre pas avec le ministère glorieux que le catéchisme enseigne depuis deux mille ans : ce cabotage aller-retour entre Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa et Tyr s'achève sur un résultat lamentable, un seul converti, non-juif, Philistin (Hermasté d'Ascalon), et le mépris général des gens de Tyr, de Sidon, et des compagnons pêcheurs du converti philistin qui n'ont pas daigné faire le voyage depuis la Philistie jusqu'à Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa. Des anonymes se sont rassemblés sur la plage, malades désirant une guérison ou simples curieux désirant voir à quoi ressemble le personnage Jésus dont ils ont entendu parler. Maria Valtorta dit qu'ils forment une "foule", mais on s'interroge sur ce que recouvre ce terme "foule" : s'agit-il de centaines de personnes, ou, comme les marins d'Ascalon, d'un petit groupe de personnes bigarrées ? Pendant que les autres apôtres étaient en mer, Judas a collecté les dons de pourpre apportés par les malades et les curieux venus voir Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 252.5, vision du 13/08/1945). On quitte Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa tôt le matin pour marcher vers le sud en longeant la côte, on passe par Dor (aujourd'hui le site archéologique de Tel Dor en Israël, 32°37'02"N 34°55'03"E ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 253.7, vision du 14/08/1945). On continue à descendre vers le sud le soir en empruntant la vallée du fleuve Taninim. C'est encore une grande énigme de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé. Simon-Pierre apprécie cet endroit marécageux dont l'eau invite à la baignade, Marie-Madeleine explique que se baigner serait une mauvaise idée car les plantes aquatiques cachent des petits crocodiles introduits là par les pharaons jadis, à l'époque où l'Egypte dominait le sud Levant. Marie-Madeleine ajoute que le territoire était sacré naguère, il est maintenant un espace de loisirs où les Romains fortunés de Césarée, ses anciens amants quand elle se prostituait, s'amusent à chasser ces petits crocodiles ("Marie-Madeleine, qui était devant avec les autres, revient en arrière et dit : ‟Rabbin, je connais bien cet endroit. Tu vois là-bas, où la mer bleue est traversée par une ligne jaune ? Là se jette un cours d'eau toujours alimenté, même en été, qu'on doit franchir…” ‟Nous en avons franchis tant d'autres ! Ce n'est pas le Nil ! Celui-ci aussi, nous le traverserons !”, dit [Simon-]Pierre. ‟Ce n'est pas le Nil, mais dans ses eaux et sur ses rives on peut croiser des animaux méchants. On ne doit pas s'engager sans précautions, ni déchaussés pour éviter des blessures.” ‟Quels animaux ? Des Léviathans ?” ‟Tu devines juste, Simon[-Pierre]. Plus précisément, des crocodiles. Petits certes, mais capables de t'empêcher de marcher pendant un bon moment.” ‟Qu'est-ce qu'ils font là ?” ‟Amenés pour le culte, je crois. A l'époque où les Phéniciens dominaient le pays. Et ils y sont restés, en devenant de plus en plus petits mais pas moins agressifs, ils ont quitté les temples pour la vase du fleuve. Ils ressemblent à des gros lézards, mais avec des dents ! Les Romains viennent ici pour les chasser, pour se divertir… J'y suis venue, avec eux. Tout sert à tuer le temps… Leur peau est très belle et sert à divers usages. Permettez donc que je vous guide, par mon expérience des lieux.” ‟Bon. J'aimerais les voir…”, dit [Simon-]Pierre. ‟Nous en verrons peut-être quelques-uns, même si la plupart ont été exterminés dans les chasses”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 254.1, vision du 15/08/1945, vision du 15/08/1945). Le nom du fleuve "Taninim" dérive des "tnn" en hébreu, trigramme employé pour désigner les "grands monstres qui grouillent et se faufilent dans l'eau" créés par Dieu en Genèse 1.21, et les serpents générés par Aaron et les sorciers égyptiens en secouant un bâton en Exode 7.9, 10 et 12. En l'occurrence, "taninim/tnn" renvoie aux petits crocodiles d'une cinquantaine de centimètres qui s'y sont perpétués jusqu'au XXème siècle, le dernier spécimen a été capturé en 1912 et empaillé par le naturaliste allemand Ernst Johann Schmitz, il est aujourd'hui visible dans une vitrine du musée d'Histoire naturelle de Tel-Aviv en Israël parmi d'autres spécimens d'espèces éteintes du sud Levant. Un village s'est développée à l'embouchure du fleuve, correspondant au bourg de "Krokodeilon/Krokode…lwn" alias "[la cité] des Crocodiles" mentionnée par Strabon (Géographie, XVI, 2.27 précité) et par Pline l'Ancien ("Revenons à la côte phénicienne. Une cité ‟des Crocodiles” y a existé, on n'y trouve plus qu'un fleuve homonyme. Les cités de Dorum [latinisation de Dor/Tel-Dor] et Sycaminum [latinisation de Sycaminon/Tel Shikmona] n'ont laissé que leur souvenir", Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 18.1), aujourd'hui le site archéologique de Tel Taninim en Israël (32°32'20"N 34°54'05"E). Les Romains ont construit un pont à proximité, que le groupe apostolique traverse pour avancer vers Césarée, effrayant un des crocodiles qui s'enfuit ("Le groupe quitte la rive et se dirige vers l'intérieur, jusqu'à temps de trouver un chemin équidistant des collines et de la mer. On arrive bientôt à un pont très arqué jeté sur un petit fleuve dont le lit est large mais où un mince filet d'eau s'écoule en son milieu, des joncs et des roseaux sont à demi-desséchés par la chaleur de l'été [W-2], formant en d'autres saisons des îles minuscules au milieu du fleuve. Sur les rives, des buissons et des arbres touffus. Les voyageurs fouillent tout du regard, mais ne voient aucun animal. Plusieurs en sont déçus. Mais au moment où ils franchissent le très haut arc unique du pont, ainsi conçu pour ne pas être emporté par le fort courant en temps de crue (une robuste construction sans doute romaine), Marthe pousse un cri aigu et s'enfuit à l'arrière, terrorisée : une bête ressemblant à un gros lézard mais avec une tête de crocodile ordinaire paraît dormir en travers du chemin. ‟N'aie pas peur, crie Marie-Madeleine. Quand ils sont exposés, ils ne sont pas dangereux. Le danger, c'est quand ils sont cachés et quand tu marches dessus sans les voir.” Mais Marthe reste prudemment en arrière. Suzanne aussi est inquiète. Marie [fille de Cléophas] veuve d'Alphée est plus courageuse, tout en restant prudemment près de ses fils [Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée] elle avance en regardant où elle marche. Les apôtres quant à eux ne sont pas effrayés, ils passent en commentant l'aspect hideux de la bête qui tourne lentement la tête pour s'imposer, puis qui simule un mouvement en direction des hommes qui la dérangent. Marthe crie à nouveau et court à l'arrière, imitée par Suzanne et Marie fille de Cléophas [veuve d'Alphée]. Marie-Madeleine ramasse alors un caillou et le jete sur la bête. Celle-ci, frappée au flanc, dévale la grève et s'enfonce dans l'eau. ‟Avance, froussarde. Il est parti”, lance-t-elle à sa sœur. Les femmes se rapprochent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 254.2, vision du 15/08/1945). Les Romains ont également aménagé des thermes en amont, aujourd'hui le site archéologique d'Horvat Alec en haut de la colline au nord-est (32°33'02"N 34°57'06"E), et le parc Shuni en bas de la colline à l'est sur la rive droite du fleuve Taninim (32°32'04"N 34°56'55"E), et des aqueducs vers Césarée qu'ils n'ont pas achevés après avoir compris que la déclivité était trop faible pour que l'eau s'écoule convenablement, ces chantiers romains interrompus constituent aujourd'hui une mine de renseignements pour les archéologues et une distraction pour les touristes, au nord-ouest du kibboutz Binyamina sur la rive gauche du fleuve Taninim juste en face du parc Shuni (32°31'40"N 34°56'18"E), et surtout dans la basse vallée du Taninim devenue une réserve naturelle (32°32'52"N 34°54'54"E). Des fouilles ponctuelles ont commencé à Krokodeilon/Tel Taninim à la fin des années 1970, elles sont devenues systématiques à la fin des années 1990, soit longtemps après la mort de Maria Valtorta en 1961. Elles ont révélé des artefacts phéniciens remontant à l'ère classique, puis perses, puis grecs à l'ère hellénistique, le site a été abandonné à la fin de l'ère hellénistique, confirmant Strabon et Pline l'Ancien qui déclarent qu'en leur temps - juste avant et juste après l'époque de Jésus - la basse vallée du Taninim est vide d'âmes. Le site est réoccupé temporairement par les croisés au Moyen Age. Les vestiges de l'antique pont romain donnent leur nom à un nouveau village fondé juste à côté par les Ottomans au XIXème siècle : "Jisr az-Zarqa", littéralement le "Pont Bleu" en arabe. En 1898 on utilise ses piliers pour construire un nouveau pont afin d'accueillir l'Empereur allemand Guillaume II en visite officielle depuis Haïfa jusqu'à Jérusalem. Ce nouveau pont est négligé à son tour, et tombe en ruines au cours des décennies suivantes. Un nouveau pont similaire à celui de 1898 est reconstruit en 2020. Comment Maria Valtorta en 1945 a-t-elle eu connaissance de Krokodeilon/Tel Taninim qui ne sera fouillé qu'après 1970 ? Qui lui a parlé du dernier spécimen de crocodile conservé par le naturaliste Ernst Johann Schmitz ? Où a-t-elle lu les passages de Strabon et de Pline l'Ancien sur le sujet ? Où s'est-elle renseignée sur le pont romain enjambant le fleuve Taninim ? On voit soudain les roseaux bouger. On croit que c'est encore un petit crocodile. Mais non, c'est une femme. Elle se nomme "Syntyché/SuntÚch". Elle raconte son parcours. D'origine grecque, issue d'un milieu cultivé, elle a été capturée avec sa famille dans on-ne-sait-quelles circonstances et vendue comme esclave. N'étant pas très belle mais sachant lire et écrire, elle a échappé à la servitude sexuelle et a été employée comme secrétaire par ses différents maîtres. Mais elle ne s'entend absolument pas avec son maître actuel nommé "Valerius", alors elle s'est enfuie cinq jours plus tôt, depuis elle vit à la belle étoile en se nourrissant des fruits sauvages qu'elle trouve, en se cachant dans les marais du Taninim où elle espère que son maître ne viendra pas la chercher. Elle dit être intriguée par le discours de Jésus qu'on lui a rapporté, qu'elle compare aux philosophes grecs ("Je suis lettrée, seigneur. Butin de guerre dès mon plus jeune âge, mais pas plébéienne. C'est mon troisième maître, et c'est un faune dégoûtant. Heureusement il me reste les paroles de nos philosophes. Je sais que nous ne sommes pas que chair. Une chose immortelle est enfermée en nous, qui n'a pas un nom précis chez nous. Mais depuis peu je connais son nom. Un homme est passé à Césarée. Il a accompli des prodiges et parlait mieux que Socrate et Platon. On en a beaucoup discuté dans les thermes, dans les tricliniums, dans les péristyles dorés, on a souillé son auguste nom dans les salles d'immondes orgies. Mon maître, à moi qui pressentais cette chose immortelle qui n'appartient qu'à Dieu et ne s'achète pas comme une marchandise sur un marché d'esclaves, m'a demandé de relire les œuvres des philosophes pour les confronter, pour découvrir si cette chose ignorée que 1'homme venu à Césarée a appelée “âme” y était mentionnée. Il m'a demandé de lui lire cela, à moi qu'il voulait asservir à ses instincts ! C'est ainsi que j'ai appris que cette chose immortelle est l'âme. Et pendant que Valerius et ses pairs écoutaient ma voix et, entre une éructation et un bâillement, essayaient de comprendre, de comparer, de discuter, j'ai rassemblé ces discours philosophiques pour les confronter aux propos de l'inconnu, je me les suis mis ici [Syntyché désigne son cerveau de l'index] en concevant une dignité toujours plus forte pour repousser ses pulsions. Il m'a violemment battue il y a quelques soirs, parce que je l'ai repoussé avec mes dents. Je me suis enfuie le jour suivant. Voilà cinq jours que je vis dans ces buissons, cueillant la nuit des mûres et des figues d'Inde", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 254.5, vision du 15/08/1945). On suppose que Syntyché a entendu parler de Jésus par Valeria, dont la fille Faustina a été soignée de la diphtérie par Jésus lors de son passage à Césarée début W-2, puisqu'on apprend plus tard que le mari de Valeria est un compagnon de débauche de ce "Valerius" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 531.11, vision du 15/11/1946). C'est encore un mystère de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé. Car dans la première moitié du Ier siècle un "Valerius" a bien laissé son nom dans les annales : Decimus Valerius Asiaticus, l'un des comploteurs ayant fomenté le meurtre de l'Empereur Caius Caligula en 41, après l'avoir porté au pouvoir contre Tibère. Racontant les circonstances de ce meurtre, Tacite (Annales XI.1) donne quelques éléments biographiques sur ce personnage. Decimus Valerius Asiaticus est originaire de Vienne en Gaule, il est "soutenu par une parenté nombreuse et puissante" et peut "soulever sans peine des peuples [en Gaule] dont il est le compatriote". Une pierre tombale dédiée aux "scaenici Asiaticiani/gens de scène d'Asiaticus" retrouvée au nord de Vienne au XVIIIème siècle et conservée aujourd'hui sous la référence 572 au musée archéologique de Vienne en France (le texte de cette pierre tombale est consigné sous la référence 1929 dans le volume XII du Corpus Inscriptionum Latinarum ou "CIL" dans le petit monde des latinistes) confirme le propos de Tacite. Entretenir une troupe théâtrale coûte cher, donc si Decimus Valerius Asiaticus a une troupe théâtrale cela signifie qu'il dispose des moyens financiers conséquents. Par ailleurs un comédien dans l'Antiquité est comme un acteur en l'an 2000, c'est avant tout la voix de son maître, un bonimenteur qui diffuse la propagande de son employeur, qui oriente le public dans le sens des intérêts de son employeur, cela signifie que Decimus Valerius Asiaticus via ses comédiens peut dresser des foules contre quiconque tente de lui nuire ou gêne ses ambitions. On sait qu'il a un fils homonyme, selon le document 4240 dans le volume XIV du Corpus Inscriptonum Latinarum. Le papyrus 894 de la British Library de Londres en Angleterre, daté du printemps 39, atteste que Decimus Valerius Asiaticus possède un domaine à Euhemeria en Egypte, aujourd'hui le site archéologique de Qasr el Banat dans la région du Fayoum (29°22'26"N 30°32'34"E), où on suppose qu'il s'est rendu au moins une fois. Le surnom "Asiaticus" témoigne par ailleurs que Decimus Valerius a accompli on-ne-sait-quelle action positive ou négative mémorable dans la province romaine d'Asie en Anatolie, correspondant aujourd'hui à la moitié ouest de la Turquie, qui lui a valu ce surnom (comme jadis Scipion a été surnommé "Africanus" pour ses succès face à Hannibal en Afrique, ou le père de Marc-Antoine a été surnommé "Creticus" pour ses échecs à contenir la piraterie en Crète). Autrement dit Decimus Valerius Asiaticus est allé au sud en Egypte pour visiter son domaine, il a fait on-ne-sait-quoi au nord en Anatolie où il a été affublé du qualificatif "Asiaticus", l'hypothèse qu'il a servi temporairement dans la légion au sud Levant, entre Egypte et Anatolie, avant de revenir en Italie pour servir Caius Caligula et finalement le trahir, est parfaitement plausible. Et l'hypothèse qu'il a servi sous les ordres de Ponce Pilate, comme Maria Valtorta le prétend dans ses visions ultérieures, est aussi plausible puisque, selon la tradition chrétienne, la fin de vie de Ponce Pilate est liée à la cité de Vienne en Gaule, d'où est originaire Decimus Valerius Asiaticus : les deux hommes ont-ils un lien de parenté ? ont-ils des intérêts communs à Rome ? ont-ils une ambition concurrente sur le sud Levant ? l'un a-t-il soutenu l'autre contre Tibère ? Dans la banlieue de Césarée, Marie-Madeleine retrouve sa nourrice Noémie, à qui on confie la protection de Syntyché (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 254.7, vision du 15/08/1945). Dans le même quartier, on croise la Romaine Lydia déjà signalée à plusieurs reprises, qui est étonnée de la conversion de Marie-Madeleine, ancienne convive d'orgies ("‟Rabbin, toi ici, à cette heure ?”, demande Lydia assise sur une sorte de fauteuil porté par des esclaves au bord du chemin. Elle se lève. ‟Je viens de Dor et je me suis attardé. Je suis en quête d'un logement.” ‟Je te dirais bien : « Voici ma maison » (elle lui montre un beau bâtiment derrière elle), mais je ne sais pas si…” ‟Non. Je te remercie, mais je n'accepte pas. Je voyage avec une compagnie nombreuse, deux sont partis en avant avertir des connaissances qui m'offriront l'hospitalité.” Le regard de Lydia se pose sur les femmes que Jésus lui a montrées avec les disciples. Tout de suite elle reconnaît Marie-Madeleine. ‟Marie[-Madeleine] ? Toi ? Alors c'est vrai ?” Marie de Magdala a le regard torturé d'une gazelle aux abois. Elle affronte non seulement le regard de Lydia mais encore celui de plusieurs autres personnes. Finalement elle se tourne vers Jésus et reprend courage. ‟C'est vrai.” ‟Alors nous t'avons perdue !” ‟Non, vous m'avez trouvée. Du moins j'espère vous retrouver un jour avec des meilleurs amis sur le chemin que j'ai trouvé. Dis-le, je t'en prie, à tous ceux qui me connaissent. Adieu, Lydia. Oublie tout le mal que tu m'as vu faire, je t'en demande pardon…” ‟Mais Marie[-Madeleine], pourquoi te dégrades-tu ? Nous avons mené la même vie de riches et de désœuvrés, tu n'as pas…” ‟C'était une mauvaise vie. J'en suis sortie. Pour toujours.” ‟Je te salue, Lydia”, abrège le seigneur, et il se dirige vers son cousin Jude [Thaddée] qui revient vers lui avec Thomas[/Didyme]. Lydia retient encore un instant Marie-Madeleine : ‟Dis-moi la vérité, maintenant que nous sommes entre nous. Es-tu vraiment convertie ?” ‟Pas convertie : heureuse d'être une disciple. Je n'ai qu'un regret : ne pas avoir connu plus tôt la Lumière et, au lieu de m'en être nourrie, avoir mangé la fange. Adieu, Lydia.” La réponse résonne avec netteté dans le silence qui s'est installé entre les deux femmes", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 254.8-9, vision du 15/08/1945). La vision de Maria Valtorta se termine par l'entrée du groupe dans une auberge. On ne sait pas pourquoi Jésus a voulu se rendre à Césarée, ni ce qu'il y fait. Dans la vision suivante, on quitte Césarée. Simon-Pierre et Jacques fils de Zébédée grognent parce que leur déplacement dans cette cité n'a servi à rien ("[Simon-]Pierre dit, en conclusion d'un monologue intérieur : ‟Pour ce que ç'a servi ! Ça valait bien la peine, de marcher si longtemps !” ‟Ah oui, pourquoi sommes-nous allés à Césarée ensuite ? Il n'y a pas dit un mot ! Je pensais qu'il préparait un miracle stupéfiant pour persuader les Romains. Au contraire…”, enchérit Jacques fils de Zébédée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 255.2, vision du 17/08/1945). Simon le zélote essaie de temporiser en disant que Marie-Madeleine y a été raillé par ses anciens compagnons de débauche, il est aussitôt coupé par Judas qui rétorque ironiquement que Jésus est tellement miséricordieux avec l'ancienne pécheresse Marie-Madeleine que ça donne envie de devenir pécheur pour obtenir de lui les mêmes égards ("‟Celle qui a souffert de la situation, c'est Marie[-Madeleine] fille de Théophile”, observe paisiblement [Simon] le Zélote. ‟Marie[-Madeleine] ! Marie[-Madeleine] ! Elle est devenue le centre de l'univers, Marie[-Madeleine] ! Elle est seul à souffrir désormais, la seule héroïne, la seule qui se forme ! C'est à regretter de ne pas être voleur ou meurtrier, pour obtenir autant d'égards !”, s'irrite [Judas] l'Iscariote", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 255.2, vision du 17/08/1945). La discussion entre Simon le zélote et Judas s'envenime ("‟La vérité, dit Jean [fils de Zébédée] sur un ton sérieux, est que nous ne savons pas ce que nous voulons : quand il [Jésus] agit d'une façon nous bougonnons, quand il agit de façon contraire nous bougonnons aussi. Nous sommes pleins de défauts.” ‟Voilà l'autre sage qui parle ! C'est certain qu'on ne construit plus rien depuis un moment !” ‟Rien, Judas ? Et cette Grecque [Syntyché] ? et Hermasté ? et Abel ? et Marie[-Madeleine] ? Mais…” ‟Ce n'est pas avec ces nuls qu'il fondera le royaume !”, réplique [Judas] l'Iscariote, toujours obsédé par un triomphe terrestre. ‟Judas, je te prie de ne pas juger les œuvres de mon frère [cousin en réalité]. Ta prétention d'enfant qui veut diriger le maître est ridicule. C'est toi le nul qui veut tout dominer”, dit [Jude] Thaddée qui entretient une invincible antipathie pour son homonyme. ‟Je te remercie de me qualifier d'« enfant », après avoir vécu si longtemps au Temple je craignais d'avoir atteint ma majorité…”, répond sarcastiquement [Judas] l'Iscariote. ‟Comme elles sont désagréables, ces disputes !”, soupire André. ‟Ah vraiment, oui ! enchaîne Matthieu. On devrait fusionner, or plus on vit ensemble plus on se sépare ! A Sycaminon il a dit que nous devons unir le troupeau, mais comment faire si nous ne sommes même pas unis entre pasteurs !” ‟Alors on doit se taire ? On ne doit jamais dire ce qu'on pense ? Nous ne sommes pas des esclaves, je crois !” ‟En effet, Judas, dit calmement [Simon] le zélote, nous ne sommes pas des esclaves, mais nous sommes indignes de le suivre parce que nous ne le comprenons pas.” ‟Moi, je le comprends très bien !” ‟Non. Tu ne le comprends pas. Comme tous ceux qui le critiquent. Comprendre, c'est obéir sans discuter, sinon tu n'es pas persuadé de la sainteté de Celui qui guide”, conclut [Simon] le zélote. […] ‟Certains de ses actes sont nuisibles. Certainement par excès de sainteté, je te l'accorde. Le monde n'est pas saint, et il se crée des ennuis. Par exemple ce Philistin [Hermasté] et cette Grecque [Syntyché], en quoi nous sont-ils utiles ?” ‟Si je nuis, je me retire. Je suis venu simplement pour l'honorer et être juste”, dit Hermasté blessé", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 255.2-4, vision du 17/08/1945). Simon-Pierre intervient et, par son autorité naturelle, réduit Judas au silence ("[Simon-]Pierre perd patience : ‟Je lui ai promis, quand il m'a donné [Jabé/]Margziam, de devenir le père de tous ses disciples, et ça me déplaît de manquer à ma promesse. Mais tu m'y obliges. Hermasté est ici, et il y reste. Sais-tu ce que je dois te dire ? C'est toi qui troubles la volonté des autres et les rends indécis. Tu es une cause de séparation et de désordre. Voilà ce que tu es. Et sois-en honteux.” ‟Qui es-tu, toi ? Le protecteur des…” ‟Parfaitement ! Tu dis vrai ! Je suis le protecteur de la femme voilée [Marie-Madeleine], le protecteur de [Félix/]Jean d'En-Dor, le protecteur d'Hermasté, le protecteur de cette esclave [Syntyché], le protecteur de tous ceux que Jésus a trouvés qui ne sont pas des paons magnifiques du Temple, fabriqués avec le mortier ancien et les toiles d'araignées du Temple, avec les mèches malodorantes des lustres du Temple, des gens comme toi en somme. Pour rendre la parabole plus claire, le Temple vaut beaucoup, mais (si je ne suis pas devenu un imbécile) le rabbin vaut davantage que le Temple, et c'est à lui que tu manques”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 255.4, vision du 17/08/1945). On repasse par la maison de la nourrice Noémie, où on récupère Syntyché (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 255.7, vision du 17/08/1945). Avant de s'engager dans la large plaine de Jezreel/Esdrelon, Jésus emmène à l'écart son cousin Jacques fils d'Alphée (vision 257). Quand ils sont isolés, sur un flanc du mont Carmel, Jésus déclare vouloir missionner ses apôtres dans toutes les directions après sa mort, sauf lui, Jacques fils d'Alphée, qui devra rester sur place dans le sud Levant pour y devenir "un autre moi-même" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 258.3, vision du 20/08/1945), il répète que le ministère s'adresse dorénavant à tous les peuples du monde, et non plus aux seuls juifs qui se prétendent supérieurs en refusant de l'écouter ("J'ai dit : ‟Vous aimerez votre prochain” [c'est Jésus qui s'adresse à Jacques fils d'Alphée]. Le “prochain” n'est pas seulement le parent ou le compatriote, c'est aussi l'hyperboréen dont vous ne connaissez pas l'aspect, celui qui en ce moment regarde l'aube dans un pays qui vous est pareillement inconnu, qui parcourt les neiges des grandes chaînes de l'Asie ou qui boit à un fleuve au milieu des forêts africaines. Si un adorateur du Soleil vient à toi, ou quelqu'un qui déifie le crocodile vorace, ou quelqu'un qui se croit un sage réincarné ayant vu la Vérité mais n'en atteint pas la perfection et de l'offre pas comme Salut à ses fidèles, ou bien un habitant dégoûté de Rome ou d'Athènes désireux de connaître Dieu, tu ne peux pas et ne doit pas leur dire : ‟Partez, car je profanerai Dieu en vous amenant à lui”. N'oublie jamais qu'eux ne savent pas, alors qu'Israël sait. Pourtant beaucoup en Israël sont plus idolâtres et cruels que le plus barbare des barbares, car ils sacrifient des victimes humaines non pas à une idole mais à eux-mêmes, avides de sang depuis qu'en eux s'est allumée une soif inextinguible qui ne s'éteindra qu'à la fin des siècles", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 258.5, vision du 20/08/1945), il prédit que la tâche de Jacques fils d'Alphée sera difficile entre d'un côté les juifs qui le considéreront comme un traître et de l'autre côté les chrétiens - c'est une nouvelle occurrence du mot grec "chrétiens", littéralement "ceux qui se revendiquent du Christ/CristÒj" - d'origine non-juive qui lui reprocheront d'être trop tendre et complaisant avec les juifs ("Tu seras entouré de fanatiques, parmi les chrétiens et parmi les juifs. Les premiers voudront de toi des actes de violence ou la permission de les accomplir contre le vieil Israël, qui agitera contre eux la queue vénéneuse de ses intransigeances et de ses restrictions. Les seconds marcheront contre toi et contre les premiers comme dans une guerre sainte pour défendre l'ancienne foi, ses symboles, ses cérémonies. Et tu seras au milieu de cette mer en tempête", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 258.4, vision du 20/08/1945). Les deux hommes redescendent vers la plaine de Jezreel/Esdrelon, où ils rejoignent le groupe. Pour l'anecdote, on apprend que Doras fils de Doras a finalement cédé son domaine à son voisin Yohanan ben Zakkaï (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 263.3, vision du 26/08/1945 ; on se souvient que Yohanan ben Zakkaï a détourné une rivière pour assécher ce domaine et en abaisser la valeur, dans la vision 191.1 précitée). Au carrefour qui mène à gauche à Ptolémaïs/Acre et à droite à Nazareth, on se sépare : Félix/Jean d'En-Dor et Hermasté repartent ensemble vers la mer du côté de Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 262.8, vision du 24/08/1945), Jésus renvoie sa mère Marie la Vierge et sa tante Marie fille de Cléophas vers Nazareth (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 262.1, vision du 24/08/1945), tandis que lui-même et ses apôtres prennent la direction de Capharnaüm via Tibériade, avec pour tâche l'évangélisation de la région jusqu'au mois de tishri/octobre-novembre W-2, puis ils reprendront la route (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 262.2, vision du 24/08/1945). Seul Judas insiste pour rester un temps à Nazareth auprès de Marie la Vierge, qui l'accepte (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 262.7, vision du 24/08/1945).


A Nazareth, Judas s'affaire dans le jardin de Marie la Vierge. Il est interpelé par le chef de la synagogue et d'autres sceptiques, qui le poussent à s'explimer ouvertement. Judas hésite, il défend Jésus en public dans un premier temps, notamment contre Joseph et Simon les fils aînés d'Alphée, mais il se laisse influencer et confesse en privé que Jésus fréquente des gens infréquentables à tout juif ("‟[Jésus] se cause du tort, oui.” [c'est Judas qui s'adresse à Joseph et à Simon en aparté, après avoir quitté le chef de la synagogue de Nazareth] ‟Parle, parle !”, insiste Joseph, alors que Simon perplexe garde le silence. ‟Je vous parlerais bien, mais je veux être sûr que vous ne prononcerez pas mon nom devant Jésus. Jurez-le.” ‟Sur le saint voile, nous le jurons. Parle.” ‟Et ce que je vous dis, ne le répétez pas même à votre mère [Marie fille de Cléophas et veuve d'Alphée], et encore moins à vos frères [Jacques et Jude Thaddée les fils cadets d'Alphée].” ‟Sois assuré de notre discrétion.” ‟Et vous tairez-vous avec Marie [la Vierge, qui héberge momentanément Judas] ? Pour ne pas lui donner de douleur. Comme moi je me tais. C'est un devoir de veiller aussi à la paix de cette pauvre mère.” ‟Nous nous tairons avec tout le monde. Nous te le jurons.” ‟Alors, écoutez. Jésus ne se limite plus à fréquenter les païens, les publicains et les prostituées, à offenser les pharisiens et les autres grands, il fait désormais des choses vraiment absurdes. Pensez qu'il est allé au pays des Philistins, et qu'il nous y emmenés avec un bouc tout noir. Il a introduit un Philistin [Hermastée] parmi les disciples. Et auparavant l'enfant [Jabé/Margziam] qu'il a recueilli, savez-vous ce qu'on raconte sur lui ? Il y a quelques jours, ç'a été au tour d'une esclave grecque [Syntyché] échappée de son maître romain. Et ses discours qui blessent la sagesse ! En résumé, il semble fou et il se nuit. Chez les Philistins il s'est même fourvoyé dans une cérémonie de sorciers, contre lesquels il est entré en compétition. Il en a triomphé, mais… Déjà les scribes et les pharisiens le haïssent : si ces choses viennent à leurs oreilles, qu'arrivera-t-il ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 264.9-10, vision du 27/08/1945). Il rejoint ensuite les autres apôtres à Capharnaüm. Jésus répartit solennellement les tâches entre eux "pour préparer l'instauration de son royaume". Les apôtres comprennent mal. Ils pensent que Jésus prépare un coup d'Etat, en réalité Jésus leur annonce son suicide à mots couverts ("‟Prêtez-moi attention [c'est Jésus qui s'adresse aux douze apôtres]. L'heure est venue pour vous d'évangéliser. Je suis à peu près au milieu de ma vie publique pour préparer les cœurs à mon Royaume. Mes disciples doivent aussi participer à la préparation de ce Royaume. Tout roi agit ainsi quand il a décidé de conquérir. D'abord il enquête, il sonde les individus pour juger de leur réaction et les gagner à son idée. Puis il planifie son entreprise en envoyant des éclaireurs sûrs, de plus en plus nombreux, dans les pays visés, jusqu'à temps de les connaître dans toutes leurs particularités géographiques et morales. Après cela, le roi achève son œuvre en se proclamant roi des pays en question et en se couronnant. Et il coule du sang pour y arriver, car les victoires coûtent toujours du sang…” ‟Nous sommes prêts à combattre pour toi et à verser notre sang”, promettent unanimement les apôtres. ‟Je ne verserai d'autre sang que celui du Saint [Jésus désigne non pas le Saint des Saints dans le Temple, mais lui-même] et des saints.” ‟Tu veux commencer la conquête par le Temple, en t'introduisant à l'heure des sacrifices ?” ‟Ne divaguons pas, amis. Vous connaîtrez l'avenir en son temps. L'important est que vous ne soyez pas effrayés. Je ne bouleverserai pas les cérémonies par une irruption violente, pourtant elles seront bouleversées, et un soir la terreur empêchera les prières rituelles. La terreur des pécheurs. Ce soir-là, je serai en paix. En esprit et en corps. Une paix totale, bienheureuse…” Jésus regarde un par un ses douze, comme s'il regardait à douze reprises une même page et y lisait à douze reprises la parole qui y est inscrite : incompréhension", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 265.2, vision du 28/08/1945). Dans son discours, il remet en cause la famille traditionnelle. Il dit qu'un fils n'a pas toujours raison, qu'un père n'a pas toujours raison, qu'on ne doit pas hésiter à rompre avec le fils ou avec le père si le père ou le fils se fourvoie. Aussi il distingue nettement l'enfant et l'adulte, celui-ci appartient à ses parents alors que celui-là n'appartient qu'à lui-même et est responsable de ses actes, un père n'est pas plus responsable de son fils majeur qu'un fils n'est responsable de son père. Jésus se pose en incarnation de l'Autre, et explique que tout jugement porté sur un individu doit s'appuyer sur le comportement de cet individu envers l'Autre : quand un individu adopte un mauvais comportement contre l'Autre, il est toujours coupable. Cette règle, socle de la communauté chrétienne naissante, déchirera des familles, car quand le père méprisera ou nuira à autrui le fils devra s'en désolidariser, quand le fils méprisera ou nuira à autrui le père devra s'en désolidariser. Le lien à l'Autre primera sur le lien familial, le cœur primera sur le sang ("Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. Le glaive tranchant pour couper les lianes qui retiennent dans la boue et pour ouvrir les chemins aux vols du surnaturel. Je suis venu séparer le fils du père, la fille de la mère, la bru de la belle-mère. Car je suis celui qui règne et qui a tous les droits sur ses sujets. Personne n'est plus grand que moi sur le droit des affactions, car c'est en moi que tous les amours se centralisent et se subliment : je suis Père, Mère, Epoux, Frère, Ami, je vous aime comme tel, et comme tel je dois être aimé. Quand je dis : “Je veux” à une créature, aucun lien ne peut résister entre elle et moi. C'est moi qui l'ai engendrée avec le Père, j'ai le droit de la posséder car c'est par moi qu'elle peut être sauvée. […] Qui aimera son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. Celui qui ne prend pas sa croix quotidienne, de complexité, de résignation, de renoncement, d'obéissance, d'héroïsme, de douleurs, de maladies, de luttes, de tout ce que manifeste la volonté de Dieu ou une épreuve qui vient de l'Homme, et ne me suit pas avec elle, n'est pas digne de Moi. Celui qui estime davantage la vie terrestre que la vie spirituelle perdra la vraie Vie. Celui qui abandonne la vie terrestre par amour pour moi retrouvera la Vie éternelle et bienheureuse", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 265.12, vision du 28/08/1945). Les apôtres se dispersent autour de Capharnaüm pour évangéliser. Une veuve de Chorazein/Chorazim se présente à Jésus pour lui demander conseil : son mari menuisier buvait trop et ne faisait rien, il est mort sans avoir honoré la commande d'une roue de char et d'un coffre, elle reste avec cinq enfants, et la population de Chorazein/Chorazim murmure contre elle parce qu'elle n'affecte aucune tristesse sur la mort de son mari ivrogne. Jésus lui répond qu'il terminera la roue de char et le coffre afin qu'elle rembourse ses dettes. Autrement dit il se souvient qu'il était menuisier naguère, il ressort sa scie et son rabot… mais il ne ressuscite pas le mari mort ("‟Je suis accourue pour te chercher ici [c'est la veuve de Chorazein/Chorazim qui s'adresse à Jésus]. Tous les parents du mort m'accusent d'être inconvenante et dure de cœur, désormais elle me maudit, alors que je t'ai cherché parce que je sais que tu ressuscites et que je voulais te trouver pour ressusciter mon mari. J'ai échoué. Il est au ttombeau depuis deux semaines, et je reste avec cinq enfants. Les parents me haïssent et ne m'aident pas. Je possède quelques oliviers et quelques vignes qui me donneraient du pain pour l'hiver [W-2/W-1] si je pouvais les conserver jusqu'à la récolte. Mais je n'ai plus d'argent, car l'homme était en mauvaise santé depuis un moment, il travaillait peu et, pour se soutenir, mangeait et buvait beaucoup. Il prétendait que le vin le soulageait. Au contraire, il a causé sa mort et précipité la ruine initiée par son improductivité. Il terminait un char et un coffre, et il avait entamé deux lits, des étagères et des tables. Mais il n'a rien terminé. Et mon garçon n'a même pas huit ans. Et je vais tout perdre : je dois vendre l'outillage, les bois. Je ne peux même pas tirer un pécule du char et du coffre en l'état, même leur façonnage est bien avancée, je devrai les céder comme petit-bois de chauffage. Et ce ne sera pas suffisant car en supplément de mes cinq enfants j'ai ma mère âgée et malade, nous sommes sept personnes. Je vendrai les vignes et les oliviers. Tu connais le monde : il étrangle ceux qui sont dans le besoin. Dis-moi, que dois-je faire ? Je voulais garder l'établi et les outils pour le fils qui est déjà un bon petit menuisier, et la terre pour vivre et doter mes filles…” […] ‟Où habites-tu ?” ‟A Chorazein, près du chemin qui mène à la Fontaine Chaude. Une maison basse entre deux figuiers.” ‟Très bien. Je viendrai finir le char et le coffre, et tu les vendras à ceux qui les ont commandés. Attends-moi demain à l'aube.” ‟Toi ! Travailler pour moi !” L'étonnement suffoque la femme. ‟Je reprendrai mon métier pour te donner la paix. En même temps je donnerai une leçon de charité aux gens sans cœur de Chorazein”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 266.2, vision du 29/08/1945). Manahen, frère de lait et fonctionnaire d'Hérode-Antipas (on se souvient que Manahen est venu à Belle-eau fin W-3, selon la vision 121 précitée), se présente aussi. Il informe qu'Hérodiade fantasme la mort de Jean-Baptiste en prison, mais qu'Hérode-Antipas refuse d'exécuter ce fantasme par peur de déclencher une révolte populaire ("Avant la Pâque [W-2], [Jean] le Baptiste a été repris par trahison. Je craignais qu'Hérodiade profite de l'absence d'Hérode[-Antipas], venu à Jérusalem pour la Pâque [W-2], pour tuer le saint. Elle n'a pas voulu aller à Sion [Jérusalem] pour la fête [de Pâque W-2], disant qu'elle était malade. Malade, oui, de haine et de luxure ! Je suis resté à Machéronte pour surveiller et retenir la femme perfide qui serait capable de tuer de sa main. Mais elle se contient. Elle craint de perdre la faveur d'Hérode qui, par peur ou conviction, défend Jean[-Baptiste] et se contente de le garder en prison. Alors Hérodiade a fui la chaleur accablante de Machéronte pour aller dans un domaine qui lui appartient. Je suis venu avec mes amis disciples de Jean[-Baptiste]. Il les a envoyés pour t'interroger et je me suis joint à eux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 266.3, vision du 29/08/1945). Jésus lui dit que le sort de Jean-Baptiste est maintenant secondaire puisque la mission baptiste est remplacée par le ministère chrétien, les prophéties de Jean-Baptiste dernier avatar d'Elie sont supplantées par le Logos de Jésus fils de Dieu ("Après [Jean] le Baptiste, le Royaume des Cieux appartient à ceux qui savent le conquérir par la force opposée au Mal, les déterminés le conquièrent, désormais chacun sait quoi faire et tout lui est donné pour cette conquête. Le temps où ne parlaient que la Torah et les prophètes n'est plus. Après Jean[-Baptiste] c'est le Logos de Dieu qui parle, et qui révèle tout sur cette conquête. Si vous croyez en moi, vous devez voir en Jean[-Baptiste] Elie qui devait revenir", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 266.12, vision du 29/08/1945). A Chorazein/Chorazim, dans l'atelier de menuiserie de la veuve, Jésus achève la roue de char et le coffre commandés. Il fabrique un autre coffre pour payer l'hébergement temporaire de Manahen chez la veuve (vision 267). Il revient à Capharnaüm, où il guérit un possédé en public. En fait le "possédé" est simplement un muet, auquel Jésus réussit à tirer quelques bruits de gorge. Quatre pharisiens parmi la foule crient à la supercherie ("Les notables de Capharnaüm sont là, parmi lesquels les quatre pharisiens [Eli, Joachim, Simon et Urie], et Jaïre [chef de la synagogue de Capharnaüm], et le centurion romain dans un coin qui veille au maintien de l'ordre, avec des citoyens d'autres cités. ‟Au nom de Dieu, quitte les pupilles et la langue de cet homme, je le veux ! Sors de cette créature ! Tu n'es plus autorisé à la tenir, va-t-en !”, crie Jésus en tendant les mains. Le miracle commence par un hurlement de rage du démon, et se termine par la joie bruyante de celui qui en a été délivré : ‟Fils de David ! Fils de David ! Saint et roi !” ‟Comment sait-il qui l'a guéri ?”, demande un scribe. ‟Tout cela n'est que comédie, ces gens sont payés pour la jouer”, dit un pharisien en haussant les épaules. ‟Par qui, si ma question n'est pas superflue ?”, interroge Jaïre. ‟Par toi, entre autres.” ‟Dans quel but ?” ‟Rendre célèbre Capharnaüm.” ‟Ne rabaisse pas ton intelligence en proférant des sottises, ne souille pas ta langue par des mensonges. Tu sais que ce n'est pas vrai, et tu en comprends les conséquences. Ce qui vient d'arriver ici, est arrivé dans beaucoup d'endroits en Israël. Alors partout on paie ? En vérité je ne savais pas que le bas peuple en Israël était si riche. Car vous, la haute élite, vous ne payez certainement pas, c'est le bas peuple qui paie, c'est lui seul qui aime le rabbin [Jésus].” ‟Tu l'aimes, or tu es chef de la synagogue. Ici il a Manahen. Et à Béthanie il a Lazare fils de Théophile. Vous n'êtes pas du bas peuple.” ‟Nous sommes honnêtes et nous n'escroquons ni rien ni personne, encore moins la foi. Nous ne nous le permettons pas car nous craignons Dieu et nous avons compris que la justice plaît à Dieu.” Les pharisiens tournent le dos à Jaïre", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 269.4-5, vision du 02/09/1945). Jésus leur répond à la manière d'Antigone dans la pièce homonyme de Sophocle (qu'il a vue dans sa jeunesse à Sepphoris ?). Il rappelle la différence entre les lois écrites et les lois non-écrites, d'un côté les jurisprudences pharisiennes qui formeront bientôt le Talmud de Babylone et le Talmud de Jérusalem, de l'autre côté l'Esprit Saint, c'est-à-dire le réel, le bon sens, le deux-et-deux-font-quatre. Dieu, alias l'Esprit Saint, pardonne tout, sauf le refus volontaire des lois non-écrites, qui équivaut à un refus du réel, à un désir pervers de mentir à autrui ou à soi-même ("Tout sera pardonné aux hommes, tout péché et tout blasphème, parce que Dieu sait que l'homme n'est pas seulement esprit mais chair, or la chair est tentée, soumise à des faiblesses imprévues. Mais les actes contre l'Esprit ne seront pas pardonnés. Qui aura parlé contre le Fils de l'Homme sera pardonné parce que la pesanteur de la chair qui enveloppe ma personne et enveloppe celui qui parle contre moi peut induire en erreur. Mais qui aura parlé contre l'Esprit Saint ne sera pas pardonné, ni dans cette vie ni dans la vie future, parce que la Vérité est nette, sainte, indéniable, exprimée d'une manière qui ne conduit pas à l'erreur, ainsi ceux qui commenttent l'erreur agissent toujours volontairement", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 269.8, vision du 02/09/1945). Or, parmi les juifs, certains comme les pharisiens sont impardonnables car ils suivent des rituels devenus creux, ils ânonnent des phrases devenues des formules qu'ils ne comprennent plus, contrairement aux pauvres et aux marginaux qui cherchent un sens à leur vie au-delà des rituels et des formules. Jésus réitère, sous une autre forme, le propos qu'il a tenu à ses apôtres : il oppose la religion à la lettre (le judaïsme, ancienne Alliance) et la religion en esprit (le christianisme, nouvelle Alliance), là les lois écrites et ici le cœur ("‟En Israël, certains mots désignent les les mêmes choses, mais pas la même réalité. Ce sont les mêmes coutumes, les mêmes vêtements, les mêmes rites, mais il leur manque l'Esprit. Vous êtes adultères parce que vous avez répudié le mariage spirituel avec la divine Torah, parce que dans une nouvelle union adultère vous avez épousé la loi de Satan. Vous n'êtes circoncis que dans un membre caduc, votre cœur n'est pas circoncis. Vous êtes mauvais parce que vous vous êtes vendus au Mal. J'ai parlé.” ‟Tu nous offenses. Pourquoi, en admettant que cela est vrai, ne délivres-tu pas Israël du mauvais démon afin de le rendre saint ?” ‟Israël en a-t-il la volonté ? Non. Les pauvres viennent pour être délivrés de ce démon parce qu'ils le sentent en eux comme un fardeau et une honte, mais vous ne le sentez pas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 269.11, vision du 02/09/1945), le respect aux lois non-écrites de l'Esprit Saint doit toujours supplanter le respect au sang et aux décrets intéressés. Les cousins Joseph et Simon fils d'Alphée accourent pour gronder Jésus, ils sont accompagnés de Marie la Vierge en pleurs à cause des tensions politiques provoquées par son fils : Jésus les repousse en disant que la foule venue l'entendre est sa seule et vraie famille, qu'il maintiendra à l'écart mère et cousins tant que ceux-ci mettront la politique au-dessus de l'Esprit Saint, et la foule l'approuve, applaudit son travail de menuisier en faveur de la veuve de Chorazein/Chorazim, constate la "guérison" du muet ("La rumeur, comme un flot arrivant du large au rivage, arrive de bouche en bouche jusqu'aux apôtres les plus proche de Jésus, soit [Simon-]Pierre, Jean [fils de Zébédée], [Simon] le Zélote et [Jacques et Jude Thaddée] les fils d'Alphée. Les autres sont sur la terrasse ou dans la cuisine, sauf Judas l'Iscariote qui est sur la route dans la foule. [Simon-]Pierre, Jean [fils de Zébédée], [Simon] le Zélote et [Jacques et Jude Thaddée] les fils d'Alphée saisissent cette rumeur et disent à Jésus : ‟Rabbin, ta mère et tes frères [Joseph et Simon fils aînés d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus] sont là dehors, sur la route, ils te cherchent car ils veulent te parler. Ordonne à la foule de s'écarter pour qu'ils puissent venir vers toi. Ils ont sûrement un motif important pour s'être déplacés ainsi.” Jésus lève la tête et voit, derrière les gens, le visage angoissé de sa mère qui lutte pour ne pas pleurer pendant que Joseph fils d'Alphée lui parle avec excitation, il observe des signes de dénégation de sa mère, répétés, énergiques, malgré l'insistance de Joseph, il remarque aussi le visage embarrassé, affligé, dégoûté de Simon (fils d'Alphée). Jésus ne sourit pas et ne donne aucun ordre. Il laisse la femme [Marie la Vierge] à sa douleur et ses cousins [Joseph et Simon les fils d'Alphée] où ils sont. Il abaisse les yeux sur la foule et, répondant aux apôtres près de lui, il s'adresse aussi à ceux qui sont loin et essaient de valoriser le sang davantage que le devoir. ‟Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?” Il tourne son regard sévère, dans son visage qui pâlit à cause de la violence qu'il s'inflige pour placer le devoir au-dessus de l'affection et du sang et désavouer le lien qui l'attache à la mère afin de servir le Père, et, en désignant d'un large geste la foule qui se presse autour de lui, à la lumière rouge des torches et à celle argentée de la lune presque pleine, il déclare : ‟Voici ma mère et voici mes frères. Ceux qui agissent selon la volonté de Dieu sont mes frères et mes sœurs, ils sont ma mère. Je n'en ai pas d'autres. Et les miens seront tels si les premiers et avec une plus grande perfection que tous les autres ils agissent selon la volonté de Dieu jusqu'au sacrifice total de toute autre volonté ou voix du sang et des affections”. La foule murmure plus fort, comme une mer soudain soulevée par le vent. Les scribes fuient en criant : ‟C'est un possédé ! Il renie jusqu'à son sang !”. Les parents avancent en disant : ‟Il est fou ! Il torture jusqu'à sa mère !”. Les apôtres disent : ‟Son propos est vraiment héroïque !”. La foule dit : ‟Comme il nous aime !”. A grand-peine, Marie [la Vierge] avec Joseph et Simon [les fils d'Alphée] fendent la foule. Marie [la Vierge] n'est que douceur, Joseph [premier fils d'Alphée] absolument furieux, Simon [deuxième fils d'Alphée] gêné. Ils arrivent près de Jésus. Joseph l'attaque d'emblée : ‟Tu es fou ! Tu offenses tout le monde ! Tu ne respectes pas même ta mère ! Mais maintenant je suis ici et je t'en empêcherai ! Est-ce vrai que tu travailles çà et là ? Si c'est vrai, pourquoi ne travailles-tu pas dans ton atelier pour nourrir ta mère ? Pourquoi mens-tu en disant que la prédication est ton seul travail, paresseux et ingrat que tu es, si ensuite tu vas travailler pour de l'argent dans une maison étrangère ? Tu sembles vraiment possédé par un démon qui t'égare ! Réponds !” Jésus se retourne et prend par la main le petit Joseph [un des cinq enfants de la veuve de Chorazein/Chorazim], l'approche près de lui puis le lève en le prenant sous les bras, et dit : ‟Mon travail a été de donner à manger à cet innocent et à sa famille et de les persuader que Dieu est bon, de prêcher à Chorazein l'humilité et la charité. Et pas seulement à Chorazein : à toi aussi, Joseph, injuste frère [en réalité cousin]. Mais je te pardonne parce que je sais que tu as été mordu par les dents de serpent. Et je pardonne aussi à toi, inconstant Simon. Je n'ai rien à pardonner à ma mère ni à me faire pardonner par elle parce qu'elle juge avec justice. Que le monde fasse ce qu'il veut, moi je fais ce que Dieu veut, et avec la bénédiction du Père et de ma mère je suis heureux plus que si le monde entier m'acclamait roi ici-bas. Viens, mère, ne pleure pas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 269.12-13, vision du 02/09/1945).


Soudain Siméon, Jean et Tobie/Matthias, les ex-bergers de la Nativité devenus fonctionnaires à Machéronte, surgissent. Ils viennent annoncer à Jésus et Manahen que Jean-Baptiste a été exécuté (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 270.3, vision du 04/09/1945). Ils déroulent l'événement. Hérode-Antipas, réticent à passer à l'acte, a été piégé par Salomé complice de sa mère Hérodiade ("‟C'était le soir de la fête. L'événement était imprévisible. Deux heures auparavant, Hérode[-Antipas] avait discuté avec Jean[-Baptiste] et l'avait congédié avec bienveillance. Et peu avant l'homicide - martyre, crime, glorification ! - il a envoyé au prisonnier un serviteur avec des fruits glacés et des vins rares, que Jean[-Baptiste] nous a distribués. Son austérité ne s'était pas émoussée. Il n'avait que nous, servant aux cuisines et aux écuries de la forteresse grâce à Manahen, c'était une faveur qui nous permettait de continuer à le voir. Jean et moi étions alors aux cuisines, pendant que Siméon aux écuries s'assurait que les serviteurs soignaient bien les montures des hôtes. La forteresse était pleine de notables, de chefs militaires, de seigneurs de Galilée. Hérodiade s'était enfermée dans ses appartements à la suite d'une violente dispute contre Hérode[-Antipas] le matin…” Manahen interrompt : ‟Elle est revenue quand, cette hyène ?” [Hérodiade a quitté Machéronte dans la vision 266.3 précitée, pour se mettre au frais] ‟Deux jours avant. On ne l'attendait pas. Elle a dit au roi qu'elle ne pouvait pas vivre loin de lui et être absente le jour de sa fête. Vipère et magicienne comme toujours, elle a retourné Hérode[-Antipas]. Ce jour-là, le matin, Hérode[-Antipas] pourtant déjà ivre de vin et de luxure a refusé d'accorder à la femme ce qu'elle demandait avec insistance. Personne n'imaginait qu'elle réclamait la vie de Jean[-Baptiste] ! Elle s'est enfermée dans ses appartements, dédaigneuse, a renvoyé les plats royaux envoyés par Hérode[-Antipas] dans de la vaisselle précieuse, elle a gardé seulement un plat précieux plein de fruits. Elle a donné à Hérode[-Antipas] une amphore de vin drogué. Ah, il était ivre, mais sa nature vicieuse suffisait bien pour le pousser au crime ! Nous avons su par les serviteurs de table qu'après la danse des mimes parmi la Cour, Salomé a surgi en dansant dans la salle du banquet, les mimes se sont écartés de la princesse pour se plaquer contre les murs. Sa danse selon les témoins a été parfaitement lubrique, bien digne des convives d'Hérode[-Antipas]… Un nouveau désir incestueux a-t-il fermenté en lui ? A la fin de cette danse, il a demandé avec enthousiasme à Salomé : « Tu as bien dansé. Tu as mérité une récompense. Je jure devant tous de te donner ce tu me demanderas. Une parole de roi est engageante, même sans serments. Demande ce que tu veux ». Feignant l'embarras, l'innocence et la modestie, Salomé s'est enveloppée de ses voiles, avec une moue pudique après tant d'impudicité elle a dit : « Permets-moi, ô seigneur, de réfléchir un moment. Je me retire puis je reviendrai, car ta faveur m'a troublée ». Elle s'est retirée pour aller trouver sa mère. Selma m'a confié qu'elle est entrée en riant : « Mère, tu as gagné, donne-moi le plat ». Avec un cri de triomphe, Hérodiade a commandé à l'esclave de donner à sa fille le plat qu'elle avait conservé : « Reviens avec la tête haïe et je t'habillerai de perles et d'or ». Selma horrifiée a obéi. Salomé est retournée en dansant à la salle, elle s'est prosternée aux pieds du roi : « Je veux la tête de Jean[-Baptiste] sur ce plat que tu as envoyé à ma mère, pour signifier que tu l'aimes et que tu m'aimes. Ensuite je danserai encore, puisque cela te plaît. Je danserai la danse de la victoire parce que je t'aurai vaincu. J'aurai vaincu la vie et je serai heureuse ». Voilà ce qu'elle a demandé, selon un ami échanson. Hérode[-Antipas] s'est troublé, coincé dans un dilemme : être fidèle à sa parole ou être juste. Il ne pouvait pas être juste, puisqu'il est naturellement injuste. Il a adressé un geste au bourreau qui était derrière le siège royal, celui-ci a pris des mains de Salomé le plat qu'elle présentait, il est sorti de la salle du banquet pour se diriger vers les pièces du bas. Nous l'avons vu traverser la cour, Jean et moi. Peu après nous avons entendu le cri de Siméon : « Assassins ! », et nous l'avons vu repasser avec la tête sur le plat : Jean[-Baptiste], ton précurseur était mort”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 270.5, vision du 04/09/1945). La mort de Jean-Baptiste, rapportée encore par d'innombrables peintres et écrivains depuis deux mille ans, est racontée par Flavius Josèphe, auteur non-chrétien, qui l'explique par la seule volonté préventive d'Hérode-Antipas d'éviter une rébellion ("[Jean-Baptiste] était un homme de bien, il exaltait les juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême, car c'était à cette condition que Dieu validait le baptême : non pas pour être pardonné de certains fautes, mais pour purifier le corps après avoir préalablement purifié l'âme par la justice. Beaucoup de gens se rassemblaient autour de lui et s'enthousiasmait à l'entendre. Hérode[-Antipas] craignit qu'un tel charme entrainât une rébellion. Il préféra s'emparer de lui avant qu'une sédition se formât sous son influence, plutôt que laisser les choses empirer et s'en repentir. A cause de ces soupçons d'Hérode[-Antipas], Jean[-Baptiste] fut envoyé captif à Machéronte, la forteresse dont j'ai parlé plus haut, et y fut tué", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.117-119 ; Luc 3.19-20 va dans le même sens que Flavius Josèphe en disant qu'Hérode-Antipas exécute Jean-Baptiste parce qu'il ne supporte plus que celui-ci lui reproche son mariage avec Hérodiade, un reproche qui passe bien auprès du peuple et le pousse à la désobéissance). Mais les évangélistes Marc et Matthieu avancent une autre raison. Selon eux, Salomé est sous forte dépendance de sa mère Hérodiade ("La jeune fille [Salomé] sortit et interrogea sa mère [Hérodiade] : “Que dois-je demander ?”. Celle-ci répondit : “La tête de Jean-Baptiste”. La jeune fille se hâta de retourner auprès du roi [Hérode-Antipas] et lui dit : “Je veux que tu me donnes tout de suite la tête de Jean-Baptiste sur un plat !”", Marc 6.24-25 ; "Sur le conseil de sa mère [Hérodiade], [Salomé] lui dit [à Hérode-Antipas] : “Donne-moi ici la tête de Jean-Baptiste sur un plat !”", Matthieu 14.8). Des exégètes à l'imagination vagabonde supposent qu'Hérodiade, amoureuse éconduite de Jean-Baptiste, a voulu se venger via sa fille. Des historiens moins imaginatifs se contentent d'interpréter l'offre d'Hérode-Antipas à Salomé comme une proposition de mariage, littéralement "la moitié du royaume" ("Je jure de te donner ce que tu demanderas, même la moitié de mon royaume", Marc 6.23), autrement dit la répudiation d'Hérodiade, on comprend dès lors que cette dernière ait voulu écarter sa fille Salomé en profitant de sa forte dépendance, en l'incitant à réclamer n'importe quoi, par exemple la tête de Jean-Baptiste enfermé à Machéronte, plutôt que consentir à ce mariage proposé par Hérode-Antipas. Ces trois explications - la volonté d'Hérode-Antipas de supprimer un meneur de foules, sa volonté aussi d'évincer Hérodiade s'immisçant de plus en plus dans les décisions politiques et de plus en plus détestée par le peuple, son désir de satisfaire Salomé pour l'installer sur le trône à la place de sa mère Hérodiade - ne sont pas contradictoires, elles sous-entendent les dilemmes dans lesquels Hérode-Antipas est englué. L'exécution par décapitation a été rapide, le corps et la tête ont été enterrés près de Machéronte, mais la tête a été subtilisée par ordre d'Hérodiade qui ne veut pas qu'elle devienne l'objet d'un pèlerinage ("‟Siméon, peux-tu me dire comment il [Jean-Baptiste] est mort ?”, demande Jésus après un moment. ‟Il était en prière. Il m'avait dit auparavant : « Bientôt les deux envoyés reviendront et ceux qui ne croient pas croiront. Cependant, si je ne vis plus à leur retour (il se savait près de la mort), rappelle-toi de leur dire ce que j'ai déjà répété : ″Jésus de Nazareth est le vrai Messie″. Il pensait toujours à toi… Le bourreau est entré. J'ai crié. Jean[-Baptiste] a levé la tête, l'a regardé, s'est levé : « Tu peux seulement m'enlever la vie, la Vérité perdurera : il ne t'est pas permis de mal agir ». Il allait me dire quelque chose quand le bourreau a tournoyé sa lourde épée en profitant que Jean[-Baptiste] était debout. La tête est tombée du buste dans un grand flot de sang qui a rougit sa peau de chèvre. Le visage maigre, blanc comme de la cire, dont les yeux sont restés ouverts, vivants, accusateurs, a roulé à mes pieds. Je me suis évanoui de douleur, en tombant en même temps que son corps. Après… Hérodiade a lacéré la tête et l'a jetée aux chiens. Nous l'avons recueillie promptement et l'avons rattachée au tronc dans un voile précieux. De nuit nous avons transporté hors de Machéronte le corps reconstitué, au lever du soleil avec d'autres disciples nous l'avons embaumé dans un bosquet d'acacias à proximité. Mais elle a repris la tête pour la lacérer à nouveau, car elle veut la détruire et ne lui pardonne rien. Ses esclaves, craignant d'être mis à mort, ont été plus féroces que des chacals pour nous l'arracher. Si tu avais été présent, Manahen…” ‟Si j'avais été présent… Mais cette tête sera sa malédiction. Elle n'a rien enlevé à la gloire du précurseur, même si le corps est incomplet. N'est-ce pas, rabbin [Jésus] ?” ‟C'est vrai. Même si les chiens l'avaient mangé sa gloire n'aurait pas changé.” ‟Et sa parole n'a pas changé, rabbin [Jésus]. Ses yeux, bien que blessés et lacérés, disent encore : « Cela n'est pas permis ! ». Mais nous l'avons perdu…”, dit [Tobie/]Matthias. ‟Maintenant nous sommes à toi, comme il a dit, et comme tu le sais déjà.” ‟Oui. Depuis des mois vous m'appartenez. Comment êtes-vous venus ?” ‟A pied, par étapes. Long et pénible chemin sous le soleil brûlant, parmi les sables brûlants, dans une douleur encore plus brûlante. Nous avons marché pendant environ vingt jours [Siméon, Jean et Tobie/Matthias ont zigzagué pour échapper à la police d'Hérode-Antippas et aux sbires d'Hérodiade, car la distance entre Machéronte et Capharnaüm ne nécessite pas vingt jours de marche, en ligne directe à vive allure on peut relier les deux points en vingt-quatre heures, souvenons-nous que Joseph le père adoptif de Jésus a relié sur son âne Cana et Jérusalem, soit environ la même distance, en un peu plus d'une nuit selon la vision 25.4]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 270.6-7, vision du 04/09/1945). La scène s'achève sur les trois ex-bergers qui, épuisés par leur course depuis Machéronte, se retirent pour dormir, et sur Jésus qui d'abord laisse Manahen choisir de le suivre ou de repartir vers Hérode-Antipas, ensuite se dirige seul vers une colline proche (pour quoi faire ? méditer sur sa propre mort prochaine ?). Durant toute la scène, on note que Jésus, qui se prétend pourtant fils de Dieu omniscient, apprend la mort de Jean-Baptiste en même temps que Manahen (vingt jours après les faits selon Tobie/Matthias), les questions qu'il pose aux trois ex-bergers ("Siméon, peux-tu me dire comment il est mort ?", "Comment êtes-vous venus ?") prouvent qu'il n'était pas au courant des événements à Machéronte et de leur fuite jusqu'à Capharnaüm, et que sa divine omniscience a momentanément failli ("Jésus reste avec Manahen. Il s'assied, pensif, visiblement attristé, la tête inclinée sur la main, le coude appuyé sur le genou pour le soutenir. Manahen est assis près de la table et ne bouge pas, il est sombre, son visage est une tempête. Longtemps après, Jésus lève la tête, le regarde et demande : ‟Et toi ? Que vas-tu faire maintenant ?” ‟Je ne le sais pas encore. Je ne retournerai pas à Machéronte, mais je vourdrai rester à la Cour. Pour savoir. Et ainsi pouvoir te protéger.” ‟Tu ferais mieux de me suivre sans atermoiement, mais je ne te force pas. Tu viendras quand le vieux Manahan sera détruit, molécule après molécule.” ‟Je voudrais aussi reprendre la tête [de Jean-Baptiste] à cette femme [Hérodiade], elle n'est pas digne de la posséder !” Jésus esquisse un pâle sourire et dit franchement : ‟Tu n'es pas encore mort aux richesses humaines… Mais tu m'es quand même cher. Je sais que je ne te perds pas, même si j'attends. Je sais attendre. […] Manahen, je vais sur la colline. Toi reste pour recevoir ceux qui viennent, pour secourir ceux qui sont déjà venus. Reste jusqu'à mon retour. Ensuite tu feras ce que tu voudras. Adieu.” Jésus quitte la pièce. Il descend doucement l'escalier, traverse le jardin par-derrière, il prend un sentier au milieu des jardins abandonnés et des vergers d'oliviers, de pommiers, de vignes et de figuiers. Il remonte la pente d'une petite colline d'où il disparaît à ma vue", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 270.8, vision du 04/09/1945). Quelques heures plus tard, en pleine nuit, alors que les apôtres sont revenus de leurs tournées évangéliques et dorment, Jésus les réveille pour leur apprendre la mort de Jean-Baptiste et son intention de se réfugier dans les marécages difficilement accessibles de Tarichée/Degania avant le lever du jour. Le prétendu fils de Dieu redoute qu'Hérode-Antipas ait lancé des sbires pour le capurer, lui l'élève du maître Jean-Baptiste qui vient d'être exécuté, il veut préserver sa peau ("Manahen reste avec Jésus. L'enfant [Jabé/Margziam] continue de dormir. ‟Rabbin, tu vas loin ?” ‟Je ne sais pas encore. Eux [les apôtres] sont fatigués et affligés. Moi aussi. Je compte aller à Tarichée, dans les campagnes, pour nous isoler et être en paix”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 271.4, vision du 05/09/1945). C'est à Tarichée/Degania qu'a lieu le célèbre miracle de la multiplication des pains, repris encore par d'innombrables peintres et dessinateurs depuis deux mille ans. Mais selon Maria Valtorta, il n'y a aucun miracle, simplement une exagération littéraire. Jésus a entraîné dix-sept personnes avec lui : les douze apôtres, le jeune Jabé/Margziam, les trois ex-bergers de la Nativité anciens disciples de Jean-Baptiste, et Manahen. Pour tout ravitaillement, le groupe n'a emporté que cinq pains et deux poissons. Jésus divise ces cinq pains et ces deux poissons en dix-huit parts, il dit : "Abracadabra !" ("Jésus élève les pains avec les poissons, les offre, prie et bénit", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 273.3, vision du 07/09/1945), et ces dix-huits parts deviennent dix-huit tas de nourriture, dix-huit festins, aux yeux de ses dix-huit compagnons excessivement enthousiastes et des habitants alentours plus ou moins influençables venus le voir (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 273.4, vision du 07/09/1945). C'est aussi à Tarichée/Degania qu'a lieu le célèbre miracle de Jésus marchant sur les eaux, repris également par les peintres et dessinateurs depuis deux mille ans. Mais selon Maria Valtorta, il n'y a toujours aucun miracle, simplement une distorsion des faits. Une tempête se lève. Simon-Pierre, qui a laissé sa barque amarrée dans une crique voisine, veut l'amener à l'abri. Malheurement trop tard, le vent s'est levé, Simon-Pierre dans sa barque est la proie des flots grondants. Il s'échoue sur un banc de sable, à distance de la cabane où est réfugié le reste du groupe. Jésus le voit en difficulté, il court vers lui à travers les marécages, les plans d'eau, les flaques ici et là frisées par le vent : vu de loin, il semble marcher sur des flots agités. Il s'arrête à plusieurs dizaines de mètres de la barque échouée pour crier à son apôtre : "Laisse ta barque, tant pis ! On la récupérera plus tard si elle n'a pas coulé ! Viens te mettre à sec !". Simon-Pierre sort de sa barque, se dirige vers Jésus, et s'enfonce dans une lise, un trou d'eau semblable à un sable mouvant (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 274.3, vision du 04/03/1944). Jésus s'enhardit à franchir les quelques mètres le séparant de lui, il l'aide à s'extraire difficilement du sable, et quand Simon-Pierre est sauvé il l'accuse de s'être enlisé par manque de foi, avant de revenir avec lui vers la cabane (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 274.4, vision du 04/03/1944). Le groupe ne reste pas longtemps à Tarichée/Degania. Pour tromper les indicateurs d'Hérode-Antipas qu'il croit à sa poursuite, Jésus multiplie les déplacements. Il retourne d'abord du côté de Chorazein/Chorazim (on ignore comment il effectue le trajet depuis Tarichée/Degania jusqu'à Chorazein/Chorazim), où il reçoit la visite d'Hermas et Etienne, les deux élèves de Gamaliel, qui, ayant appris l'exécution de Jésus, adhèrent pleinement au ministère ("‟Oublier tout ce qui est chose humaine, se rappeler tout ce qui est chose de Dieu [c'est Jésus qui s'adresse à Hermas et Etienne]. Venez, vous pouvez le faire.” ‟Nous voulons le faire”, assure Hermas. ‟Vous avez déjà vécu la vie des disciples ?” ‟Oui, depuis que nous avons appris le meurtre du Baptiste. La nouvelle est arrivée très vite à Jérusalem, apportée par des courtisans et des officiers d'Hérode[-Antipas]. Sa mort nous a tirés de notre torpeur”, répond Etienne. ‟Le sang des martyrs est toujours vie pour ceux qui sont dans la torpeur. Rappelle-le-toi, Etienne”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 275.1, vision du 08/09/1945). Ensuite il va au mont Arbel, où il prêche à nouveau pour la circoncision du cœur contre la circoncision de la chair, et annonce la fin de l'Histoire et son règne éternel ("Me choisir n'équivaut pas à se reposer dans un bosquet fleuri. Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que puis-je désirer sinon qu'il provoque un incendie ? Je m'épuise et je veux que vous vous épuisiez aussi jusqu'à la mort, jusqu'à ce que toute la terre soit un brasier de feu céleste. Je dois recevoir un autre baptême. Quelle angoisse pour moi tant qu'il ne sera pas accompli ! Vous vous demandez pourquoi ? Parce que par ce nouveau baptême je ferai de vous des porteurs du feu, des agitateurs qui iront partout dans toutes les couches de la société pour les métamorphoser en troupeau unique du Christ. Croyez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Au contraire j'apporte la discorde et la désunion. Jusqu'à ce que toute la terre soit un unique troupeau, la maison de cinq sera deux contre toirs : le père sera contre le fils, et ce dernier contre son père, et la mère contre ses filles, et celles-ci contre celle-là, et les belles-filles et les belles-mères auront un motif de plus de ne pas s'entendre car un langage nouveau naîtra sur certaines lèvres, comme à Babel un soulèvement profond ébranlera le royaume des affections humaines et surhumaines. Mais ensuite viendra l'heure où tout s'unifiera en une langue nouvelle que parleront tous ceux que le nazaréen aura sauvés, et les eaux des sentiments s'épureront, les scories tomberont au fond tandis qu'en surface les eaux limpides des lacs célestes brilleront. En vérité, mon service n'est pas un repos selon le sens que l'homme donne à ce mot. Vous devrez être des héros inlassables. Mais je vous le dis : à la fin Jésus, encore et toujours Jésus, ceindra son vêtement pour vous servir, et il s'assiéra avec vous à un banquet éternel et vous oublierez fatigue et douleur", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 276.12, vision du 10/09/1945). Finalement, il s'installe à Magdala/Migdal, dans la propriété de Lazare où sa sœur Marie-Madeleine accueillait ses amants quelques mois auparavant mais où toute trace de stupre a été effacée depuis (les statues païennes ont été retirées : "Des statues étaient installées çà et là, le long des sentiers et au centre des vasques, à présent on ne voit plus que leurs piédestaux près des lauriers et des buis rappellant leur souvenir, et les vasques où elles se reflétaient n'ont gardé qu'une eau limpide. […] Ce sont les jardins de la maison de Marie-Madeleine, revus et corrigés selon leur nouvelle fonction par la suppression de ce qui pourrait produire le dégoût et le scandale et rappeler le passé", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 277.1, vision du 16/09/1945), c'est maintenant un hâvre qu'Hérode-Antipas n'osera jamais violer ("Puisque plus personne ne nous a cherchés, allons vers le lac [de Galilée]. Nous nous reposerons à Magdala. Dans les jardins de Marie sœur de Lazare on trouvera de la place pour tous. Elle a mis sa maison à la disposition du pèlerin et de ses amis", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 276.13, vision du 10/09/1945 ; rappelons que Lazare est le fils de Théophile l'ancien gouverneur d'Antioche, auxiliaire de Rome, Lazare a hérité de son père la protection des Romains, il est tabou pour Hérode-Antipas). Nous sommes à la fin de l'été W-2, peu avant la fête de Soukkot du début de l'automne W-2 ("Le temps des Tabernacles [la fête de Soukkot] approche", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 278.6, vision du 17/09/1945).


Dans une nouvelle vision, Maria Valtorta montre Jésus avec ses apôtres à Gethsemani, préparant la fête de Soukkot de l'automne W-2, elle ne précise pas comment s'est déroulé le voyage depuis la propriété de Lazare à Magdala/Migdal en Galilée jusqu'à l'autre propriété de Lazare à Gethsemani à Jérusalem. Divers personnages sont présents : Etienne l'élève de Gamaliel, le Philistin Hermasté d'Ascalon et le Grec Félix/Jean d'En-Dor, Jaïre le chef de la synagogue de Capharnaüm, Timon le chef de la synagogue d'Archélais/Al-Auja, Alphée fils de Sara de Nazareth (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 279.1, vision du 18/09/1945). Lazare vient saluer ses invités, accompagné de son régisseur Maximin (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 279.2, vision du 18/09/1945), il se réjouit que sa sœur Marie-Madeleine n'est plus une traînée, et que son domaine de Magdala/Migdal n'est plus un lupanar. Il désire que Jésus vienne chez lui à Béthanie, car Syntyché s'y est installée, or elle le dépasse en culture grecque et il ne sait pas comment la contredire ("Cette Grecque [c'est Lazare qui s'adresse à Jésus]… Quel esprit ! Je parle beaucoup avec elle, qui est avide de s'informer sur Dieu. Mais elle est très cultivée, et je reste à court car je ne connais pas bien certaines choses. C'est de toi qu'elle a besoin", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 279.13, vision du 18/09/1945). D'autres personnages arrivent : Marie la Vierge, sa belle-sœur et voisine Marie fille de Cléophas, le jeune Jabé/Margziam, Marie-Salomé avec son mari Zébédée, Suzanne de Cana avec son mari anonyme (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 280.1, vision du 19/09/1945). Au cours des discussions, Jésus répète son calembour sur le surnom de Simon-Pierre, socle de la nouvelle Alliance ("Tu sais aimer et tu sauras toujours plus aimer. Tu es ma Pierre, Simon fils de Jonas, une bonne pierre. C'est sur elle que j'appuierai les choses qui me sont les plus chères, et je suis certain que tu les soutiendras sans hésitation", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 280.4, vision du 19/09/1945), et il utilise une nouvelle fois le mot grec "chrétiens" pour désigner ceux, juifs et non-juifs, qui le suivent ("Comment puis-je vous expliquer, à vous qui m'entourez, ce que sera la vie manière éternelle, sans mesure, de ceux qui m'aimeront et que j'aimerai jusqu'à abolir le temps ? Ils seront “citoyens d'Israël” alors qu'Israël ne sera plus qu'un souvenir de nation, parce qu'ils auront été les contemporains de Jésus vivant en Israël. Ils continueront à vivre avec moi, en moi, et connaîtront ce que le temps a effacé et ce que l'orgueil a confondu. Quel nom leur donnerai-je ? Vous apôtres, disciples, croyants serez appelés “chrétiens”. Et eux, quel nom auront-ils ? Un nom qui ne sera connu qu'au Ciel. Quelle récompense auront-ils ? Mon baiser, mon Logos, la tiédeur de ma chair. Tout moi-même. Moi eux, eux moi. La communion totale", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 280.5, vision du 19/09/1945). Le groupe pénètre dans le Temple pour fêter Soukkot. Il se grossit de Jeanne de Bether (épouse de Chouza l'administrateur d'Hérode-Antipas), d'Elise de Beth-Zur (ancienne camarade de Marie la Vierge à l'orphelinat), de Marthe sœur de Lazare et de Marie-Madeleine, de Marcelle la servante de Marthe (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.1, vision du 20/09/1945). Jésus attire la foule. On croise Gamaliel qui le regarde sans bouger, Yoḥanan ben Zakkaï venu avec ses nouveaux employés de l'ex-domaine de Doras fils de Doras qu'il a racheté à bas prix, parmi lesquels le grand-père de Jabé/Margziam heureux de revoir son petit-fils (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.2, vision du 20/09/1945), Nicodème qui sourit poliment de loin (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.4, vision du 20/09/1945). Les curieux créent un encombrement dans les rues étroites du centre-ville, cela alerte les soldats romains qui croient à une bagarre dans un premier temps, avant de constater que l'attroupement découle seulement de la présence de Jésus dont ils ont entendu parler, ils lui ouvrent la route pour qu'il circule plus vite et cesse d'encombrer la voie publique ("Les soldats romains accourent, croyant à une rixe, ils se taillent un passage. Mais quand ils voient Jésus ils sourient et se retirent tranquillement, se bornant à conseiller aux gens de ne pas gêner la circulation. Jésus obéit de suite, profitant de l'espace libre derrière les Romains qui marchent quelques pas devant lui comme pour lui ouvrir le chemin, en réalité pour revenir à leur garnison, très renforcée car [Ponce] Pilate sait que la foule est mécontente et il craint qu'elle se soulève en profitant que Jérusalem est actuellement pleine de juifs venus de partout. Il ressemble à un roi dont on dégage la route afin de pouvoir se rendre à sa propriété", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.2, vision du 20/09/1945). Après que Jésus a terminé un prêche aux gens venus le voir, sa mère Marie la Vierge lui dit que Jeanne est triste car son mari Chouza, très doux dans l'intimité, se comporte très durement face à des tiers. Jésus explique que Chouza a peur de paraître faible aux yeux de son employeur Hérode-Antipas, qui est irrité d'avoir cédé à Hérodiade en exécutant Jean-Baptiste ("‟Jeanne te paraît sereine, mais elle a pleuré [c'est Marie la Vierge qui s'adresse à son fils Jésus]” ‟Pourquoi, mère ?” ‟Chouza a une conduite inexplicable. Il la seconde presque en tout, et il la repousse un peu en tout. Quand ils sont seuls, sans personne pour les voir, il est le mari exemplaire de toujours. Mais dès que des tiers sont présents, surtout de la Cour, il devient autoritaire et méprisant envers sa douce épouse. Elle ne comprend pas pourquoi.” ‟Je te le dis : Chouza est serviteur d'Hérode[-Antipas]. Comprends-moi, mère : « serviteur ». Je n'en parle pas avec Jeanne pour ne pas la blesser, mais c'est ainsi. Quand il ne craint pas le blâme ou la moquerie du roi, il est le bon Chouza. Mais quand il les craint il n'est plus le même.” ‟Parce qu'Hérode[-Antipas] est très irrité à cause de Manahen…” ‟… parce qu'Hérode[-Antipas] est devenu fou par le remords tardif d'avoir cédé à Hérodiade”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.11, vision du 20/09/1945). On atteint une grande salle louée par Lazare dans le quartier Ophel, en contrebas du flanc sud du Temple (31°46'31"N 35°14'09"E). Marie-Madeleine y a préparé le service pour un repas en commun. Dans une conversation avec un vieux fonctionnaire du Temple ami de Lazare, accompagné du jeune novice Zacharie déjà vu lors de la bar-mitsva de Jabé/Margziam (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.14, vision du 20/09/1945), Jésus fait allusion à une récente opération violente de Ponce Pilate contre des Galiléens suivant un énième individu se prétendant Mashiah/Messie, dont le nom et les motivations ne sont pas précisées par Maria Valtorta, il fait allusion aussi à l'effondrement de la tour de Siloé (dans le quartier homonyme au sud du quartier Ophel, 31°46'17"N 35°14'08"E) qui a tué dix-huit personnes ("‟Tu as entendu parler des Galiléens tués par [Ponce] Pilate pendant qu'ils accomplissaient un sacrifice [c'est le vieux fonctionnaire du Temple qui s'adresse à Jésus] ? Leur sang s'est mélangé avec celui de la victime. Juste à côté de l'autel !” ‟Je l'ai appris.” Les Galiléens, révoltés par cette injustice, crient : ‟Oui c'était un faux Messie, mais pourquoi tuer ses partisans après l'avoir frappé ? Et pourquoi à ce moment-là ? Etaient-ils davantage dans le péché ?”. Jésus impose la paix, puis déclare : ‟Vous vous demandez s'ils étaient plus pécheurs que tant d'autres Galiléens et si c'est pour cela qu'ils ont été tués ? Non, ils ne l'étaient pas. En vérité je vous dis qu'ils ont payé et que beaucoup d'autres paieront si vous ne vous convertissez pas au Seigneur. Si vous ne vous repentez pas tous, vous périrez tous de la même façon, en Galilée et ailleurs. Dieu est indigné contre son peuple. Je vous le dis. Nes croyez pas que ceux qui sont frappés sont toujours les plus mauvais. Que chacun s'examine soi-même, qu'il se juge, lui et non pas les autres. Les dix-huit aussi, sur lesquels est tombée la tour de Siloé qui les a tués, n'étaient pas les plus coupables de Jérusalem. Je vous le dis : repentez-vous si vous ne voulez pas être écrasés comme eux, et même en votre esprit”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 281.15, vision du 20/09/1945). Ces deux événements sont évoqués brièvement par Luc 13.1-5, sans plus de précision que chez Maria Valtorta. En chemin vers Béthanie après le repas, Jésus missionne ses disciples vers divers endroits. Il promet à Timon le chef de la synagogue d'Archélais/Al-Auja et à Philippe d'Arbèla/Irbid, ex-vaurien repenti depuis la prière de sa mère à Belle-eau fin W-3 (dans la vision 122.13 précitée), de passer bientôt dans leurs cités respectives pour y renforcer la foi des autochtones (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 282.1, vision du 21/09/1945). Etienne rapporte que son maître Gamaliel lui a demandé de circoncire le Philistin Hermasté d'Ascalon, Jésus répond avoir déjà réfléchi à ce sujet et vouloir inciter Hermasté à passer à l'acte, oubliant à l'occasion la prépondérance de la circoncision du cœur sur la circoncision de la chair (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 282.2, vision du 21/09/1945 ; Hermasté se pliera à l'injonction de Gamaliel et de Jésus puisqu'on apprendra incidemment, dans la vision 284.2, qu'il boite après s'être récemment circoncis). On arrive à Béthanie. On retrouve Syntyché dans la maison de Lazare, occupée au service domestique avec Noémie (la vieille nourrice de Marie-Madeleine) et Marcelle (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 282.3, vision du 21/09/1945). Joseph d'Arimathie et Nicodème sont là également. Ils révèlent que Decimus Valerius Asiaticus a hurlé et s'est ridiculisé devant Hérode-Antipas en réclamant la restitution de son ancienne esclave Syntyché, croyant qu'elle se cachait à Tibériade dans la maison de Chouza l'administrateur d'Hérode-Antipas ("Le Romain [Decimus Valerius Asiaticus] a hurlé [c'est Joseph d'Arimathie qui s'adresse à Jésus] et s'est ridiculé parmi ses compatriotes et parmi les juifs parce que, plaintif et menaçant à la fois, il a cherché partout sa fugitive [Syntyché], allant jusqu'à importuner Hérode[-Antipas] en lui certifiant qu'elle s'était cachée dans la maison de Jeanne et qu'il devait obliger son administrateur [Chouza, époux de Jeanne] à la rendre à son maître", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 282.4, vision du 21/09/1945). Ponce Pilate, déjà bien embarrassé par la grogne des Galiléens suite au massacre des suiveurs du faux Mashiah/Messie et par la grogne des Judéens suite à l'effondrement dramatique de la tour de Siloé (évoqués dans la vision 281.15 précitée de Maria Valtorta, et dans Luc 13.1-5 précités), ne voulant pas s'ajouter en supplément la grogne de l'ethnarque Hérode-Antique à propos d'une vulgaire esclave en fuite, l'a renvoyé vers l'Italie ("[Ponce] Pilate a réexpédié [Decimus Valerius Asiaticus] vers l'Italie par le premier bateau en partance [c'est Nicodème qui s'adresse à Jésus], pour ne pas avoir d'ennuis avec Hérode[-Antipas] et avec les juifs en général. Il traverse des moments difficiles, [Ponce] Pilate, il ne veut pas s'en ajouter", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 282.7, vision du 21/09/1945). Syntyché entame un long développement sur sa foi, révélant la profondeur de sa culture grecque. Elle dit que la pensée libère, que la raison est un moyen d'échapper à son corps d'esclave, elle en déduit la distinction platonicienne entre la psyché et le soma, le soma peut se corrompre sans contaminer la psyché, elle veut préserver sa psyché pure car elle y voit la possibilité de maintenir le lien avec tous les membres de sa famille - capturés en même temps qu'elle - dont elle ignore s'ils sont morts ou toujours esclaves ("[Lire, apprendre, penser, raisonner,] c'était une nécessité, pour ne pas sentir tout le poids de ma condition. C'était refuser  d'être seule, esclave, exilée de ma patrie, que ma mère et mes frères et mon père et la si tendre et douce Ismène n'étaient pas pour toujours perdus. Même si le monde entier s'acharne à nous séparer, même si Rome nous a séparés et vendus, nous a privé de notre liberté pour nous transformer en bêtes de somme, un endroit nous réunit au-delà de la vie. Notre vie n'est pas seulement une matière qu'on enchaîne, à l'intérieur elle possède une force qu'aucune chaîne ne tient captive, sauf la volonté de vivre dans le désordre moral et la ripaille, ce que vous appelez “péché”. Ceux qui étaient mes lumières dans ma nuit d'esclave expliquent cela d'une autre façon que vous, ils disent comme vous qu'une âme clouée au corps par des passions mauvaises et corporelles n'arrive pas à ce que vous appelez le “Royaume de Dieu”, ce que nous appelons la vie bienheureuse dans l'Hadès avec les dieux, par conséquent on doit éviter de tomber dans la matérialité et s'efforcer de se libérer du corps, se donner un héritage de vertu, afin d'atteindre une immortalité heureuse parmi ceux qu'on a aimés. Rien n'empêche l'âme des morts d'assister l'âme des vivants, on peut sentir auprès de soi l'âme maternelle, retrouver son regard et sa voix quand elle parle à l'âme de sa fille, on peut dire : “Oui, mère, je viens vers toi, je ne troublerai pas ton regard, je ne mettrai pas des larmes dans ta voix, je n'endeuillerai pas l'Hadès où tu vis en paix”. C'est pour cela que je préserve la liberté de mon âme, unique possession qui me reste, que personne ne peut m'enlever et que je veux conserver pure en soumettant ma raison à la vertu. Penser et agir ainsi est ma joie. Ce n'est pas philosopher que penser d'une manière, puis agir d'une autre manière. Penser pour moi équivaut à me reconstruire une patrie dans l'exil, une patrie dans l'intime avec ses autels, sa foi, sa croyance, ses affections, une grande patrie dont l'au-delà ignoré n'est pas si mystérieux, comme le pays dont le marin au milieu de la mer voit apparaître les côtes dans le matin brumeux : c'est une ébauche, quelques points qui se dessinent de plus en plus nettement, mais oh ! cela lui suffit pour s'écrier après les fatigues dans les tempêtes : “Voilà le port ! Voilà la paix !”. La patrie des âmes est le lieu de leur origine, le lieu de la Vie", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 283.1, vision du 22/09/1945). A Césarée, elle a superposé la psyché honorée par les sages de la Grèce, au Dieu professé par Jésus ("Lectrice, grâce à ma culture, à ma belle voix, à ma prononciation, j'ai pu lire beaucoup dans les bibliothèques de mes maîtres. Mais je n'étais pas rassasiée. Je sentais autre chose, au-delà des parois historiées de la science humaine. Comme prisonnière dans une cellule en or, j'ai battu les murs, j'ai forcé les portes pour sortir. Et j'ai trouvé. Quand je suis venue en Palestine avec le dernier maître, je craignais de tomber dans les Ténèbres, au contraire je suis venue à la Lumière. Les discussions des serviteurs de Césarée [via Valeria, épouse du compagnon de débauche de Decimus Valerius Asiaticus, dont la fille Faustina a été "guérie" par Jésus à Césarée : l'affaire s'est propagée dans toutes les maisons romaines de Césarée] ont été des coups de pics qui ont effrité les murs, ouvert des fissures de plus en plus grandes par où a pénétré ton Logos. Ces discussions et ces informations, je les ai recueillies comme un enfant enfile des perles, je les ai alignées soigneusement, afin de me purifier pour recevoir la Vérité. […] Avec force et tempérance, j'ai résisté aux pressions extérieures. J'aurais pu être libre et heureuse selon le monde, il m'aurait suffi de le vouloir, mais je n'ai pas voulu troquer la sagesse contre le plaisir, car sans la sagesse les autres vertus ne servent à rien. Le philosophe l'a dit : “La justice et la tempérance n'ont aucune force si elles ne sont pas accomplies sans esprit de justice et de tempérance” [Aristote, Ethique à Nicomaque 1105b], sans sagesse elle ne sont qu'un décor peint, une fausse vertu d'esclave sans rien de solide ni de concret. Moi je veux du concret. Mon idiot de maître [Decimus Valerius Asiaticus] a parlé de toi un jour où j'étais présente. Les murs me sont devenus un voile. Je n'avais plus que ce voile à déchirer pour m'unir à la Vérité. C'est ce que j'ai fait", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 283.3, vision du 22/09/1945) qu'elle estime être l'aboutissement de la sagesse grecque ("Ç'a été comme un rayon de soleil frappant le diamant de ma pensée. Tout est devenu Lumière. J'ai compris jusqu'où étaient arrivés les maîtres grecs et comment ensuite ils s'étaient perdus, car il leur manquait une seule donnée pour résoudre le théorème de la Vie et de la Mort : le vrai Dieu, Seigneur et Créateur de tout ce qui existe", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 283.2, vision du 22/09/1945). Elle conclut de façon cinglante contre Judas qui ironise sur la sagesse des Grecs ("‟Tu as été l'esclave de maîtres cruels [c'est Judas qui s'adresse à Syntyché]. Si le dernier t'avait reprise, comment aurais-tu secondé le destin, toi si sage ?” ‟Tu t'appelles « Judas », n'est-ce pas ?” ‟Oui, et alors ?” ‟Alors rien. Je veux me souvenir de ton nom en plus de ton ironie. Prends garde : l'ironie est imprudente, même chez les vertueux… Comment aurais-je secondé le destin ? Je me serais peut-être tuée. Car dans certains cas mieux vaut mourir que vivre, même si le philosophe considère impie de se procurer ce bien par soi-même car seuls les dieux ont le droit de nous appeler à eux. C'est l'attente d'un signe divin pour le faire, qui m'a toujours retenue d'accomplir cet acte dans les chaînes de mon triste sort. Mais si j'avais été reprise par ce maître immonde, j'y aurais vu le signe suprême, et j'aurais préféré la mort à la vie. J'ai une dignité, moi aussi, homme”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 283.5, vision du 22/09/1945), et elle quitte la pièce. Lazare se retourne vers Jésus pour le prendre à témoin de l'intelligence et de la vertu de Syntyché, acquises par la lecture des mêmes auteurs grecs que lui-même à rejetés. Durant tout le monologue de Syntyché, Jésus n'a pas dit un mot : est-ce parce que, comme Lazare, il n'est pas à la hauteur du bagage intellectuel et des capacités de raisonnement de Syntyché ? Il se limite à répondre vaguement, afin d'affecter une contenance spirituelle supérieure, que les voies de Dieu sont impénétrables, et que Syntyché est la preuve qu'une non-juive peut être plus vertueuse qu'un juif, et que le mouvement qu'il lance est ouvert à tous ("La femme [Syntyché] s'incline jusqu'à terre et sort. Tous la suivent du regard. Lazare murmure : ‟Et c'est toujours ainsi ! Je n'arrive pas à comprendre comment les choses qui ont été vie en elle, ont été mort pour nous en Israël. Si je l'examinais davantage, je concluerais que l'hellénisme qui nous a corrompus, nous qui avions déjà une Sagesse, l'a sauvée. Pourquoi ?” ‟Parce que les voies du Seigneur son admirables. Il les ouvre à ceux qui le méritent. Maintenant, amis, je vous congédie parce que le soir tombe. Je suis heureux que vous ayez tous entendu la Grecque. En constatant comment Dieu se révèle aux meilleurs, concluez que l'exclusion de tout non-juif hors des troupes de Dieu est haineuse et dangereuse, prenez-la comme règle pour l'avenir. Ne bougonne pas, Judas fils de Simon. Et toi, Joseph [d'Arimathie], n'aie pas de scrupules déplacés. Vous n'êtes contaminés en rien pour avoir approché une Grecque”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 283.6, vision du 22/09/1945). Quelques jours plus tard, Jésus prend Lazare à part pour lui exposer un nouveau projet. Il veut mettre Syntyché, esclave en fuite, et Félix/Jean d'En-Dor, bagnard en fuite, en sécurité hors du sud Levant. Lazare propose de les envoyer vers Antioche, dans la propriété de son enfance à Antigonia (ancienne capitale d'Antigone le Borgne dont nous avons parlé dans notre paragraphe introductif, non localisée près de l'ancien lac Amik au nord-est d'Antioche/Hatay), administrée par un fidèle régisseur appelé "Philippe" ("Je te conseille de les envoyer [Syntyché et Félix/Jean d'En-Dor] là où j'ai des amis. A Chypre ou en Syrie. Choisis. A Chypre j'ai des personnes sûres. En Syrie j'ai encore une maison dirigée par un intendant plus fidèle qu'une brebis, Philippe, pour moi il fera tout ce que je commande. Si tu me le permets, eux qu'Israël persécute et qui te sont chers, pourront se déclarer mes hôtes dès maintenant, en sécurité dans cette maison. Oh, ce n'est pas un palais ! C'est une propriété avec des jardins à Antigonia, gérés par Philippe avec son petit-fils, qui y habitent. Les jardins que ma mère aimait. Nous les avons gardés en souvenir d'elle. Elle y avait apporté des plantes de ses jardins de Judée, des essences rares", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 285.3, vision du 24/09/1945). L'opération doit rester secrète, Jésus supplie Lazare de ne rien divulguer à ses sœurs Marthe et Marie-Madeleine. Lazare promet, il rédige aussi une lettre confidentielle à l'attention de son régisseur Philippe afin qu'il accueille les deux fugitifs.


Jésus veut éloigner Judas, qu'il soupçonne de vouloir livrer Syntyché et Félix/Jean d'En-Dor aux autorités romaines, il le laisse donc sur place avec Thomas/Didyme sur un motif bidon. Il se sépare également de Philippe et Nathanaël Barthélémy, qu'on retrouvera plus tard. Il garde tous les autres avec lui, dont les femmes, pour dissimuler Syntyché et Félix/Jean d'En-Dor parmi eux, il emmène aussi Jeanne qui, par son statut d'épouse d'un notable de la Cour d'Hérode-Antipas, facilitera si besoin les passages aux postes de contrôle (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 285.4, vision du 24/09/1945). On note que Félix/Jean d'En-Dor transporte toujours sa bibliothèque, ce qui intrigue Simon-Pierre ("[Félix/]Jean d'En-Dor avance péniblement sous le poids qui charge ses épaules. [Simon-]Pierre s'en aperçoit : ‟Donne-moi donc ce fardeau que tu as voulu reprendre. Tu en as la nostalgie ?” ‟C'est le rabbin [Jésus] qui me l'a ordonné.” ‟Ah oui ? Pourquoi donc ?” ‟Je ne sais pas. Hier soir il m'a dit : « Reprends tes livres et suis-moi avec eux »” ‟Ah… Très bien, très bien… S'il t'a demandé, il a sans doute une bonne raison… C'est peut-être en rapport avec cette femme [Syntyché] ? Elle sait beauoup de choses, hein ? Tu es aussi savant qu'elle ?” ‟Presque autant. Elle est très instruite.” ‟Mais tu ne peux pas continuer à nous suivre avec ce poids !” ‟Je ne crois pas, je ne sais pas. Je peux encore le porter…” ‟Mais non, mon ami ! Je ne veux pas que tu te ruines la santé ! Tu n'as pas l'air en forme, sais-tu ?” ‟Oui, je me sens mourir…” ‟Eh, pas de blagues ! Laisse-nous au moins arriver à Capharnaüm !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 285.8, vision du 24/09/1945). Pour éviter les polices juives et romaines, on ne passe pas par la Judée, la Samarie, la Galilée, on emprunte un long détour par la rive gauche du Jourdain, en terre arabe. Dès qu'on atteint les environs de Jéricho (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 285.8, vision du 24/09/1945), on bifurque vers l'est, on traverse le Jourdain. Maria Valtorta dit qu'ensuite le groupe marche à mont en longeant une "rivière qui va se jeter dans le Jourdain, dont les eaux abondantes descendent de je-ne-sais-quelle cîme" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 286.1, vision du 25/09/1945), cette rivière est le wadi Shueib, qui mène à la cité de Ramoth-en-Galaad, aujourd'hui Salt en Jordanie (32°02'28"N 35°43'30"E ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 286.2, vision du 25/09/1945). On fait connaissance d'un chef de caravane nommé "Alexandre Misace" ("[Jésus] se joint à une longue caravane comptant de nombreux quadrupèdes et des hommes bien armés, auxquels il a parlé pendant que ceux-ci laissaient boire leurs bêtes au bassin de la place. Majoritairement des hommes de grande taille et très bruns, d'aspect oriental. Sur un mulet très puissant se trouve le chef de la caravane [Alexandre Misace], des armes accrochées à la selle", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 286.1, vision du 25/09/1945), qui explique effectuer le trajet entre Ramoth-en-Galaad/Salt et la côte méditerranéenne deux fois par an pour affaires ("Tu vois ce pays, femme ? [c'est Alexandre Misace qui s'adresse à Marie la Vierge] C'est Ramoth. Nous nous y arrêterons. L'hôtelier me connaît parce que je suis cette route deux fois par an. Deux autres fois je prends la route de la côte pour vendre et acheter", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 286.2, vision du 25/09/1945), il dit avoir entendu parler de Jésus à Ascalon par la marchande de tapis que celui-ci a visitée au printemps W-2 (dans la vision 218.8 précitée) puis l'a vu de ses yeux à Jérusalem lors de la fête de Soukkot qui vient de s'achever, il a cheminé depuis Jérusalem via Jéricho vers Ramoth-en-Galaad/Salt en même temps que lui ("‟Pourquoi alors es-tu entré au Temple ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Alexandre Misace] ‟Par curiosité. Sur le chemin, en sortant d'une maison où j'avais négocié mes produits, j'ai vu un groupe d'hommes qui te vénéraient. Je me suis souvenu d'une conversation que j'avais entendue à Ascalon chez une femme marchande de tapis. Je leur ai demandé ton identité, soupçonnant que tu étais celui dont la femme m'avait parlé. Ils m'ont renseigné. Je suis venu derrière toi, j'ai terminé mes affaires pour ce jour-là. Je t'ai perdu de vue. Je t'ai retrouvé un temps à Jéricho. Aujourd'hui je te recroise. Voilà”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 286.4, vision du 25/09/1945), il dit aussi qu'il est d'origine juive mais a complètement adopté le mode de vie des païens grecs - son nom "Alexandre" en témoigne -, exemple représentatif de l'hellénisme qui a ruiné le judaïsme au fil des générations ("‟Tu es prosélyte ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Alexandre Misace] ‟Je devrais l'être… Mes ancêtres étaient des vrais juifs. Mais là-bas nous nous sommes acclimatés. […] L'ancêtre a épousé une non-juive. Les fils ont été moins fidèles. Les fils des fils se sont mariés avers d'autres non-juives, donnant des enfants à peine respectueux de leur nom juif originel. Moi aujourd'hui, petit-fils des petits-fils, plus rien : au contact de tout le monde, j'ai emprunté à tout le monde, jusqu'à n'appartenir plus à personne”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 286.3, vision du 25/09/1945 ; ce juif hellénisé Alexandre Misace dans le récit de Maria Valtorta s'accorde bien avec ce que nous avons expliqué dans notre paragraphe introductif : à l'ère hellénistique, la culture grecque apportée par Alexandre le Grand a tellement séduit les juifs que le judaïsme a failli disparaître, et n'a été sauvé que par l'incapacité des successeurs du conquérant à s'entendre, et par Rome qui a soutenu astucieusement les juifs contre les Grecs pour mieux dominer finalement ceux-ci et ceux-là). On remonte la rivière Jabbok, aujourd'hui la rivière Zarka affluent du Jourdain, pour atteindre la grande cité de Gérasa/Jerash (32°16'43"N 35°53'21"E). Une fois de plus, on est étonné par la référence à ce site archéologique dont l'importance en 1945, l'année où Maria Valtorta écrit, est encore méconnue. Les premières fouilles à Gérasa/Jerash, très superficielles et peu médiatisées, ont été réalisées dans les années 1920 par des équipes de la British school of Jerusalem et de l'université Yale de New Haven aux Etats-Unis, puis par l'American school of oriental research sous la supervision de l'archéologue étatsunien Carl Herman Kraeling qui a publié le résultat de ses recherches dans le premier livre sur le sujet Gérasa, une cité de Décapole en 1938 (Maria Valtorta a-t-elle eu ce livre universitaire entre les mains ? l'a-t-elle traduit de l'anglais en italien ? si non, un tiers le lui a-t-il procuré et traduit ?). Les fouilles sont interrompues par la deuxième Guerre Mondiale. Elles ne seront reprises de façon systématique qu'à partir des années 1980, sous l'autorité d'un organisme dédié attribuant les parcelles du site à des équipes internationales, le Jerash archaeological project, soit longtemps après la mort de Maria Valtorta en 1961. Le groupe de Jésus a suivi la caravane d'Alexandre Misace, qui vante la ville et révèle posséder beaucoup de domaines qu'il souhaite léguer à ses enfants afin qu'ils fructifient l'entreprise familiale, à Gérasa/Jerach même, à Jérusalem, sur la côte entre la Phénicie et la Philistie - à Tyr, à Joppé/Jaffa, à Ascalon -, jusqu'aux lointaines Sinope en Anatolie au nord (sur le Pont-Euxin/mer Noire) et Alexandrie en Egypte au sud ("Sous le soleil à pic de midi, on reprend la marche sur une meilleure route longeant la rivière [Jabbok/Zarka] en direction nord-est, dans une région merveilleusement fertile et bien cultivée, riche de troupeaux de brebis et de porcs qui s'enfuient en grognant devant la caravane. ‟Cette cité entourée de murs, seigneur, c'est Gérasa. Ell est en plein essor. Je ne crois pas me tromper en disant qu'elle rivalisera vite avec Joppé, Ascalon, Tyr et beaucoup d'autres cités par sa beauté, son commerce, sa richesse. Les Romains ont compris son importance entre la mer Rouge, l'Egypte, Damas et le Pont[-Euxin] [la mer Noire], ils aident les habitants à bâtir. Ils ont bon œil et bon flair. Pour le moment, elle a seulement beaucoup de commerces, mais plus tard, oh ! elle sera belle et riche, une petite Rome avec des temples, des bassins, des cirques, des thermes. Pour ma part je n'y ai qu'une maison d'affaires. Mais j'y ai acquis un grand terrain pour y aménager des magasins, que je revendrai cher après l'avoir acheté bon marché. J'y construirai peut-être une villa de riche, et m'y installerai dans ma vieillesse, quand Baldassar, Nabor, Félix et Sidmia dirigeront respectivement mes magasins de Sinope, Tyr, Joppé et Alexandrie à l'embouchure du Nil. Quand les trois autres garçons seront grands je leur donnerai mes magasins de Gérasa, d'Ascalon et de Jérusalem. Des femmes riches et belles viendront, ils les épouseront et me donneront beaucoup de petits-fils”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 287.4, vision du 26/09/1945). Sa caravane doit changer ses montures avant de poursuivre dans le désert syrien, elle doit troquer ses ânes contre des "chameaux". S'agit-il d'une erreur de vocabulaire, Maria Valtorta emploie-t-elle à tort le mot "chameau" (à deux bosses, utilisé en Asie centrale) à la place de "dromadaire" (à une bosse, utilisé au Moyen Orient) ? Peu importe, Alexandre Misace propose à Jésus de l'accompagner vers le nord-est, Jésus est d'accord car la caravane lui assurera couverture et protection pour son trajet vers la Galilée ("Le marchand [Alexandre Misace] revient vers Jésus : ‟Veux-tu encore rester avec moi ?” ‟Si tu ne me renvoie pas, pourquoi ne le voudrais-je pas ?” ‟Pour ce que je t'ai dit : tu es saint, je dois te dégoûter.” ‟Non. Je suis venu pour les gens comme toi. Je vous aime parce que c'est vous qui en avez le plus besoin. Tu ne me connais pas encore. Je suis l'Amour qui passe en mendiant l'amour.” ‟Alors, tu ne me hais pas ?” ‟Je t'aime.” Un éclair traverse le fond des yeux de l'homme. Il dit avec un sourire : ‟Alors nous continuons ensemble. Je dois m'arrêter trois jours à Gérasa pour affaires. Je troque les mulets pour des chameaux. J'ai des relais caravaniers pour les longs parcours, et un serviteur pour s'occuper des bêtes que je lui laisse”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 287.6, vision du 26/09/1945). Tandis que les employés d'Alexandre Misace se préparent, le jeune Jabé/Margziam est fasciné par les nouveaux animaux de transport, chameaux ou dromadaires, qu'il voit pour la première fois. Jésus aborde un caravanier pour lui demander si Jabé/Margziam peut monter sur l'un d'eux, le caravanier l'y invite. Au cours de la conversation, difficile car l'un parle arabe et l'autre parle araméen, le caravanier demande à Jésus si le jeune garçon est son fils, Jésus répond non, et ajoute ne pas être intéressé par les femmes en général ("‟Je parlais des chameaux [c'est Jabé/Margziam qui s'adresse à Jésus]. Ils sont beaux, ils me plaisent. On doit être comme dans une barque, là-haut. Et ils mangent des caroubes comme les hommes.” ‟Et tu veux aller là-haut et manger des caroubes. Viens, allons voir les chameaux.” Jésus le prend par la main et va au fond de la cour avec l'enfant tout joyeux. Il se dirige droit vers un chamelier et le salue d'un sourire. Celui-ci s'incline puis continue à observer son animal auquel il ajuste le fronton et règle la bride. ‟Homme, tu me comprends ?” ‟Oui seigneur. Depuis vingt ans je connais toi” [c'est-à-dire : "Je comprends l'araméen depuis vingt ans"] ‟Cet enfant a une grande envie : monter à chameau. Et une petite envie : manger une caroube”, dit Jésus en souriant encore plus vivement. ‟Ton fils ?” ‟Je n'ai pas de fils. Pas d'épouse.” ‟Toi beau et fort, toi pas trouvé femme ?” ‟Je n'ai pas cherché.” ‟Toi pas désirer femme ?” ‟Non, jamais.” L'homme le regarde abasourdi, puis il dit : ‟Moi, neuf enfants à Ischilo [cité non localisée]. Moi aller là-bas : un enfant. Moi aller là-bas : un enfant. Toujours.” ‟Tu aimes tes enfants ?” ‟Mon sang ! Mais travail dur. Moi ici, enfants là-bas. Loin… Mais ça être leur pain. Toi comprendre ?” ‟Je comprends. Alors tu peux entendre que l'enfant veuille monter à chameau et manger des caroubes ?” ‟Oui. Toi venir. Peur ? Non ? Bravo. Bel enfant. Moi aussi avoir un comme ça, noir [aux cheveux bruns]. Prendre ici. Serrer bien.” Il lui met les mains sur le manche bizarre devant la selle. ‟Tenir toi. Maintenant moi asseoir et chameau lever. Pas peur, hein ?” L'homme grimpe sur la selle élevée et s'installe, il ordonne de se dresser au chameau, qui obéit en tanguant fortement. [Jabé/]Margziam rit, heureux, d'autant plus que l'homme lui a mis dans la bouche une magnifique caroube. L'homme met le chameau au pas, dans la cour, puis au trot. Enfin, voyant que [Jabé/]Margziam n'a pas peur, il crie quelque chose à l'un de ses compagnons et celui-ci ouvre la grande porte à l'arrière de la cour, et le chameau disparaît avec sa charge dans la verdure de la campagne", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 289.2, vision du 28/09/1945). On sort de Gérasa/Jerach. En aparté, Jésus demande à Félix/Jean d'En-Dor de servir temporairement de précepteur à Syntyché et à Jabé/Margziam quand ils seront à Nazareth, hébergé par Marie la Vierge ("‟Maintenant que nous sommes seuls, [Félix/]Jean [d'En-Dor], écoute-moi. Pour beaucoup de raisons, tu as la largeur de jugement et de pensée qu'aucun autre ne possède parmi ceux qui me suivent. Et tu as une culture plus vaste que le commun des juifs. Je te prie donc de m'aider.” ‟Moi, t'aider ? En quoi ?” ‟Tu es un brave pédagogue. [Jabé/]Margziam apprend vite et bien avec toi. Je compte vous laisser ensemble pour quelques mois, parce que je veux pour [Jabé/]Margziam une connaissance plus vaste que celle du petit monde d'Israël. Pour toi ce sera une joie de t'occuper de lui. Pour moi aussi ce sera une joie de vous voir unis, toi pour l'instruire, lui pour apprendre, toi pour rajeunir, lui pour mûrir en s'occupant. Tu devras te charger de Syntyché également. Comme une sœur égarée. […] Aide-la à s'acclimater dans mon atmosphère. Acceptes-tu ?” ‟C'est une grâce que tu me donnes, mon seigneur ! Je ne l'approchais pas parce que cela me paraissait superflu, mais puisque tu le veux… Elle lit mes rouleaux. Ceux au contenu sacré, ceux liés à Rome et Athènes : je vois qu'elle réfléchit, elle les compulse, mais je ne suis jamais entremis pour l'aider. Si tu le veux…” ‟Oui je le veux. Je veux vous voir amis. Toi et elle, avec [Jabé/]Margziam, resterez un temps à Nazareth”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 290.5, vision du 29/09/1945). Pourquoi cette demande ? Jabé/Margziam n'a-t-il pas un père adoptif et une mère adoptive, Simon-Pierre et Porphyré, qui peuvent se charger de son éducation ? Jésus n'a-t-il toujours pas digéré que Simon-Pierre lui a subtilisé le jeune Jabé/Margziam qu'il désirait pour lui-même ? On passe au lieudit "Fontaine-des-chameliers", aujourd'hui Mafraq en Jordanie (32°20'42"N 36°12'03"E ; "Le soir tombe quand j'entends pour la première fois Syntyché rire de bon cœur, après que [Jabé/]Margziam lui a raconté je-ne-sais-quoi sur les femmes. Je vois la Grecque se pencher pour caresser l'enfant et effleurer son front par un baiser, puis l'enfant se remet à sauter comme s'il ne sentait pas la fatigue. Tous les autres sont fatigués. C'est avec joie qu'ils reçoivent l'ordre de passer la nuit à Fontaine-des-Chameliers. Le marchand [Alexandre Misace] dit : ‟Je stoppe toujours ici la nuit. Le trajet de Gérasa à Bosra est trop long pour les hommes et les bêtes”. ‟Il est humain, ce marchand”, observent les apôtres entre eux […]. Fontaine-des-Chameliers consiste en une poignée de maisons autour de nombreux puits. Une sorte d'oasis, non pas dans un désert aride mais au contraire dans l'immensité inhabitée des champs et des vergers qui se succèdent sur des milles et des milles et, en ce soir d'octobre [W-2], exhalent la même tristesse que la mer au crépuscule. Voir des maisons, entendre des voix et des pleurs de bébés, sentir l'odeur des cheminées qui fument et des premières lampes allumées, est aussi réconfortant qu'arriver à son propre foyer. Les caravaniers s'arrêtent pour abreuver leurs bêtes, pendant ce temps les apôtres et les femmes suivent Jésus qui, avec le marchand [Alexandre Misace], entre dans la très préhistorique auberge qui les abritera pour la nuit", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 290.6, vision du 29/09/1945), à mi-chemin entre Gérasa/Jerach au sud-ouest et Bosra au nord-est, qu'on atteint ensuite, qui a conservé son nom jusqu'à aujourd'hui en Syrie (32°31'05.8"N 36°28'55.6"E ; "Etendue dans la plaine, [Bosra] paraît grande et belle avec ses murs et ses tours. Le soir qui descend nuance les tons des maisons et des campagnes, en leur donnant une couleur lilas grisâtre pleine de langueur dans lequel les contours s'évanouissent, alors que les bêlements et les grognements des porcs, renfermés dans des enceintes hors de la ville, rompent le silence. Le bruit revient quand, la porte franchie, la caravane entre dans un dédale de ruelles qui déçoivent ceux qui, de l'extérieur, trouvaient la cité belle : cris, odeurs et puanteur stagnent dans les ruelles compliquées, et accompagnent les voyageurs jusqu'à la place (servant probablement au marché) où se trouve l'auberge", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 291.6, vision du 30/09/1945). On entre dans une auberge, dont le tenancier s'appelle "Fara fils de Tolomée". L'étymologie de "Fara" est inconnue, probablement arabe, en revanche "Tolomée" est une corruption de "Ptolémée" en grec (traduit en "Tolmai" en araméen, nom du père de l'apôtre Nathanaël), nouvelle trace de la profondeur de l'implantation de l'hellénisme au Moyen Orient, jusque dans cette région retirée de l'Arabie, à la frontière du désert. Une dispute éclate entre lui et Simon-Pierre sur la notion d'hospitalité : Fara explique que dans le monde arabe les aubergistes ne proposent aucun repas aux voyageurs, ils se contentent de cuire les aliments que les voyageurs apportent, et prennent un pourcentage sur la nourriture cuite, Simon-Pierre est scandalisé par cette pratique, Fara rétorque que les juifs n'ont pas de leçons de vivre-ensemble à donner puisqu'ils se nuisent entre eux, il donne en exemple quatre pharisiens arrivés récemment à Bosra pour nuire à Jésus. Ce dernier, pour qui Fara manifeste un a priori positif, s'interpose et apaise les deux hommes ("L'hospitalité à cette époque dans ce lieu [Bosra] est encore préhistorique. Chacun doit s'occuper de son ravitaillement. Les aubergistes y gagnent : ils se bornent à cuire ce que les clients apportent et en prennent une part, ou ils achètent pour le client ou lui vendent la nourriture qu'ils possèdent, en exerçant à l'occasion le métier de bouchers sur les pauvres agneaux destinés à être rôtis. Ces procédés déplaisent à [Simon-]Pierre. Une dispute éclate entre l'apôtre et l'aubergiste à tête de malandrin, celui-ci insulte l'apôtre en le traitant de ‟Galiléen”, celui-là réplique en montrant un porcelet égorgé par l'aubergiste pour des clients de passage : ‟Oui je suis Galiléen, et toi un cochon de païen ! Si j'étais le rabbin [Jésus] je ne resterais pas une heure dans ta puante auberge, voleur et (je laisse dans l'encrier un autre terme plus expressif) !”. J'en conclus qu'entre les gens de Bosra et les gens de Galilée existent les mêmes différends régionaux et religieux que partout ailleurs en Israël, ou plus exactement en Palestine. L'aubergiste crie plus fort : ‟Si tu n'étais pas avec le nazaréen [Jésus] et je ne valais pas mieux que vos pharisiens pourris qui le haïssent sans raison, je te laverais la figure avec le sang du porc, ça t'obligerait à débarrasser le plancher pour aller te laver ! Mais je le respecte, lui est vraiment digne ! Et je maintiens que vous êtes des pécheurs, avec toutes vos histoires ! Nous [les Arabes de Bosra] valons mieux que vous ! Nous ne nous tendons pas des pièges, nous ne sommes pas des rénégats ! Alors que vous, pouah ! Race de traîtres injustes et criminels, vous ne respectez pas même le peu de saints que vous avez parmi vous !” ‟Nous, des traîtres ? Nous ? Ah, que le ciel fasse…” [Simon-]Pierre est furieux. Il est près de recourir à ses poings quand son frère [André] et Jacques [fils de Zébédée ou fils d'Alphée ?] le retiennent tandis que Simon le zélote s'interpose avec Matthieu. La tension ne retombe que quand résonne la voix de Jésus, qui se montre à la porte et dit : ‟Simon[-Pierre], tais-toi. Et toi aussi, homme”. ‟Seigneur, cet aubergiste m'a insulté et menacé le premier !” ‟Nazaréen, c'est lui qui m'a offensé le premier !” Moi et lui, lui et moi, ils se renvoient mutuellement la faute. Jésus s'avance sérieux et calme. ‟Vous avez tort tous les deux. Toi plus que lui, Simon[-Pierre]. Car tu connais la doctrine de l'amour, du pardon, de la douceur, de la patience, de la fraternité. Pour ne pas être maltraité comme Galiléen, tu dois t'attirer le respecter comme un saint. Et toi, homme, si tu te sens meilleur que les autres, bénis-en Dieu et tâche de toujours l'être. Et ne souille pas ton âme avec des accusations mensongères. Mes apôtres ne trahissent pas et ne tendent aucun piège.” ‟En es-tu certain, nazaréen ? Alors pourquoi ces quatre types-là [l'aubergiste montre quatre juifs pharisiens regroupés près de son auberge] sont venus m'interroger sur ta venue, sur tes compagnons de voyage, et sur tant d'autres sujets ? [l'aubergiste sous-entend que les adversaires de Jésus ont été informés de son arrivée à Bosra par une indiscrétion volontaire d'un de ses apôtres]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 292.1-2, vision du 01/10/1945). La sérénité revenue, l'aubergiste Fara insiste sur sa sympathie à l'égard de Jésus, il dit qu'il n'a pas renseignés les quatre juifs pharisiens ("‟Qui sont ces quatre personnes et qu'ont-elles dit ?” [c'est Jésus qui s'adresse à l'aubergiste Fara] ‟Qui ils sont, je l'ignore, certainement des scribes et des pharisiens. Qui les a amenés ici, je l'ignore aussi, je ne les ai jamais vus. Mais ils sont bien informés sur toi. Ils savent d'où tu viens, où tu vas, avec qui tu es. Ils voulaient que je le leur confirme, mais je ne suis pas un scélérat, je connais mon métier. Je ne connais personne, je ne vois rien, je n'entends rien. Pour les autres, évidemment, car pour moi j'entends tout. Pourquoi devrais-je renseigner les autres, en particulier ces hypocrites ? Un ribaud, moi ? Oui, à l'occasion, je rends service à des voleurs, tu t'en doutes… Mais je ne te volerai jamais et je ne tenterai jamais de te voler la liberté, l'honneur, la vie. Tandis qu'eux te pistent pour te nuire. Que je ne m'appelle plus « Fara fils de Tolomée » si je mens ! Or qui les envoie ? Quelqu'un de Pérée ou de Décapole, ou de Trachonitide ou de Gaulanitide ou d'Auranitide ? Non. La majorité ici ne te connait pas, et la minorité qui te connait te respecte comme un juste et te voit comme un saint. Alors qui les a envoyés ? Nécessairement quelqu'un de chez toi, peut-être un de tes amis, car ils savent trop de choses…” ‟Etre renseigné sur ma caravane, c'est facile”, dit [Alexandre] Misace. ‟Je ne parle pas de toi, marchand, je parle de ceux qui sont avec Jésus. Pour ma part, je ne sais pas et je ne veux pas savoir, je ne vois pas et je ne veux pas voir. Je dis simplement : « Si tu es coupable, tu dois remédier, si tu es trahi, tu dois pourvoir ».” ‟Il n'y a ni coupable ni traître, homme. Il y a seulement Israël qui ne me comprend pas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 292.3, vision du 01/10/1945), il explique que les habitants de Bosra ont été convertis au ministère de Jésus par leur compatriore arabe hellénisé Philippe d'Arbèla/Irbid (l'ex-vaurien déjà signalé, sorti de la délinquence suite au passage de sa mère à Belle-eau fin W-3, dans la vision 122.13 précitée ; "‟Comment me connais-tu ?” [c'est Jésus qui s'adresse à l'aubergiste Fara] ‟Par un garnement qui sévissait à Bosra et à Arbèla. Il commettait ses péchés ici, il déshonorait sa famille là-bas. Et il s'est converti. Il est devenu plus honnête qu'un juste. Désormais il est l'un de tes disciples, il t'attend à Arbèla pour t'honorer avec son père et sa mère. Il raconte à tout le monde que tu as changé son cœur quand sa mère est allée te prier [à Belle-eau fin W-3]. Philippe fils de Jacob. Si cette région devient sainte, il aura le mérite de l'avoir sanctifiée. Si des gens croit en toi à Bosra, c'est grâce à lui”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 292.4, vision du 01/10/1945). Nouvel aparté de Jésus, qui informe sa mère et Syntyché qu'ils se sépareront bientôt : elles suivront Simon-Pierre, Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée, et les autres (Félix/Jean d'En-Dor, Marie fille de Cléophas, Suzanne de Cana, Marie-Salomé, Elise de Beth-Zur, Jabé/Margziam, Jeanne), tandis que lui-même ira à Arbèla/Irbid comme promis à Philippe d'Arbèla/Irbid (dans la vision 282.1 précitée), avec Jacques et Jean les fils de Zébédée, Simon le zélote, Matthieu, Hermasté et Timon le chef de la synagogue d'Archélais/Al-Auja ("‟Syntyché, je veux te parler en particulier. Monte sur la terrasse. Viens aussi, ma mère.” Sur la terrasse rustique qui couvre une aile du bâtiment, dans le tiède rayonnement du soleil, Jésus se promène lentement entre Marie [la Vierge] et la Grecque [Syntyché], et il dit : ‟Nous nous séparerons demain, temporairement. Près d'Arbèla, vous les femmes irez ensemble vers la mer de Galilée, en continuant jusqu'à Nazareth avec [Félix/]Jean d'En-Dor, qui est certes un peu handicapé mais vous serez aussi accompagnées par mes frères [Jacques et Jude/Thaddée fils d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus] et par Simon-Pierre. Je prévois que la séparation causera des contestations, mais l'obéissance est la vertu du juste. Vous passez par le territoire que Chouza [administrateur d'Hérode-Antipas] est chargé de surveiller pour Hérode[-Antipas], Jeanne [épouse de Chouza] sera donc en sécurité de son côté. Ensuite vous quitterez [Jacques et Jude/Thaddée] les fils d'Alphée et Simon-Pierre. Je t'ai demandé de monter ici, Syntyché, parce que j'ai décidé que tu séjourneras dans la maison de ma mère. Elle est déjà au courant. [Félix/]Jean d'En-Dor et [Jabé/]Margziam seront avec toi. Vivez-y de bon cœur, en vous formant toujours plus à la Sagesse. Prends soin du pauvre [Félix/]Jean [d'En-Dor]. […] Aie pitié de [Félix/]Jean [d'En-Dor], et lui te le rendra car il est un maître avisé. Et je vous rejoindrai. Bientôt”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 292.6, vision du 01/10/1945). Deux des pharisiens tentent d'entrer dans l'auberge, ils en sont violemment chassés par Fara (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 293.2, vision du 02/10/1945). Les deux autres pharisiens se glissent parmi les habitants s'attroupant autour de l'auberge pour voir Jésus et lui réclamer des miracles. Jésus opère des nouvelles guérisons sur lesquelles Maria Valtorta ne s'attarde pas, notamment sur une lépreuse nommée "Marie" épouse d'un "Joachim" qu'on recroisera plus tard (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 293.7, vision du 02/10/1945). Les gens de Bosra démasquent les deux pharisiens en question et apportent leur soutien à Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 293.8, vision du 02/10/1945). Jésus annonce à Simon-Pierre et à Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée qu'ils devront reconduire le gros du groupe vers la Galilée, pendant que lui-même avec quelques autres s'arrêteront à Arbèla/Irbid (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 293.10, vision du 02/10/1945). La caravane quitte Bosra, parcourt rapidement une trentaine de kilomètres vers l'ouest, soit "vingt milles en une petite heure" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 294.1, vision du 03/10/1945). Arrivé à "six milles d'Arbèla/Irbid" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 294.1, vision du 03/10/1945), soit environ dix kilomètres, dans le wadi Shallala à l'ouest de Ramatha/Ramtha, près du site archéologique de Khirbet Zeraqon correspondant à une cité non-identifiée dont les traces d'occupation s'étalent depuis l'ère minoenne jusqu'au Moyen Age sans qu'on puisse garantir une continuité au fil des siècles (32°35'14"N 35°56'53"E), près aussi des vestiges d'un barrage romain (32°34'55"N 35°57'13"E), Alexandre Misace abandonne le groupe de Jésus : sa caravane continue vers le nord, alors que Jésus se dirige vers la Galilée à l'ouest. Quand la caravane est loin, Jabé/Margziam révèle qu'Alexandre Misace lui a donné un paquet lors du trajet entre Bosra et le wadi Shallala. On déballe le paquet. A l'intérieur, on découvre des monnaies et des pierres précieuses, offertes généreusement par Alexandre Misace pour financer la suite du ministère (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 294.3, vision du 03/10/1945). Jésus garde les monnaies pour lui-même, et confie les pierres précieuses à Marie-Madeleine pour qu'elle les mette à l'abri à Madgala/Migdal (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 294.4, vision du 03/10/1945). Le groupe conduit par Simon-Pierre passe par la cité de Capitolais, aujourd'hui Beit Ras dans la banlieue nord d'Arbèla/Irbid en Jordanie (32°35'54"N 35°51'29"E), puis Gadara/Umm Qeis (32°39'19"N 35°40'45"E), avant de revoir le lac de Galilée. Le groupe de Jésus, de son côté, croise une vieille femme d'Arbèla/Irbid qui le guide jusqu'à la maison de l'ex-vaurien converti Philippe. Ce dernier et ses parents accueillent chaleureusement Jésus, des curieux s'approchent. On apprend par Philippe d'Arbèla/Irbid que les quatre juifs pharisiens qui traquaient Jésus à Bosra, l'ont suivi jusqu'à Arbèla/Irbid. Jacques fils de Zébédée propose de partir tout de suite pour les semer, mais Jésus refuse, calculant que tant que ces pharisiens lui nuiront à Arlèla/Irbid ils ne nuiront pas à Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché en chemin vers Nazareth ("Le portail se ferme sur l'heureuse maison [de Philippe et ses parents]. Pendant les libations suite au voyage, Jacques fils de Zébédée dit au seigneur : ‟Mieux vaudrait que tu parles [aux gens d'Arbèla rassemblés devant la maison] dès maintenant et partir à l'aube. Philippe m'a appris que les pharisiens sont en ville, ils vont te causer des ennuis”. ‟Ceux qu'ils pourraient ennuyer [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] sont loin d'ici. Et les méchancetés qu'ils voudront me faire sont sans importance”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 295.3, vision du 04/10/1945). Nouveau prêche de Jésus aux habitants d'Arbèla/Irbid (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 295.4-6, vision du 04/10/1945), et nouvelle séance de guérisons que Maria Valtorta, par ailleurs prodigue en détails, ne détaille pas (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 295.7, vision du 04/10/1945). Les quatre pharisiens se signalent en questionnant les habitants pour savoir où est Félix/Jean d'En-Dor, Jésus les aborde pour leur dire d'un air taquin que "Félix/Jean d'En-Dor est loin, il mourra prochainement, donc vous pourrez discuter ensemble bientôt au Sheol" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 295.8, vision du 04/10/1945). Jésus et ses quelques compagnons, auquels s'est joint Philippe d'Arbèla/Irbid, marchent sous la pluie vers la cité d'Aera (non identifiée) en Gaulanitide/Golan (on voit le mont Hermon au loin ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 296.3, vision du 06/10/1945), cité originelle de Timon le chef de la synagogue d'Archélais/Al-Auja, où l'attendent Simon-Pierre avec Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée, qui ont réussi à reconduire l'autre groupe jusqu'à Nazareth (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 296.5-6, vision du 06/10/1945). Les quatre autres apôtres qu'on a quittés à Jérusalem, Thomas/Didyme et Judas, Philippe et Nathanaël Barthélémy, sont là aussi (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 296.7, vision du 06/10/1945). Timon et sa famille sont très fiers d'accueillir Jésus dans leur cité, en dépit du temps pluvieux ("Voilà les notables d'Aera [c'est Pierre qui s'adresse à Jésus en arrivant à Aera]. Et la foule ! Là, la mère de Timon, avec tes frères [Jacques et Jude/Thaddée fils d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus], noyés dans la masse. Les disciples que tu avais envoyés, avant ceux qui ont accompagné Judas de Keriot. Là, le citoyen le plus riche d'Aera avec ses serviteurs, il voulait t'héberger mais la mère de Timon s'est imposée et tu séjourneras chez elle. Regarde, regarde ! Ils sont ennuyés parce que la pluie éteint les torches !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 296.7, vision du 06/10/1945 ; on se souvient que Jésus avait promis cette visite à Timon dans la vision 282.1 précitée). Nouveau prêche de Jésus aux habitants d'Aera (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 297.1-2, vision du 07/10/1945). On laisse sur place Hermasté et Timon (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 297.4, vision du 07/10/1945), on tourne le dos au mont Hermon pour longer le lac Méron/Hula du nord au sud (c'est une preuve indirecte que la cité non localisée d'Aera est bien en Gaulanitide/Golan ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 298.1, vision du 08/10/1945), et on revoit à Bethsaïde le lac de Galilée couvert des brumes de la fin d'automne W-2 ("Le lac de Tibériade [de Galilée] n'est qu'une nappe grise. Il semble du mercure embué, une bonace au flot fatigué n'arrivant pas à produire d'écume, s'arrêtant et s'immobilisant après chaque léger mouvement, en prenant sur toute son étendue une teinte uniforme sous un ciel sans splendeur. [Simon-]Pierre et André sont autour de leur barque, Jacques et Jean [les fils de Zébédée] près de la leur, ils préparent le départ sur la petite plage de Bethsaïde. Odeur d'herbes et de terroir saturé d'eau, légères brumes sur les étendues herbeuses vers Chorazein, tristesse de novembre [W-2] sur toutes choses", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 299.1, vision du 11/10/1945). On traverse le lac avec les deux barques (celle de Simon-Pierre, et celle de Jacques et Jean les fils de Zébédée ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 299.6, vision du 11/10/1945) pour gagner le domaine de Chouza à Tibériade. Ce dernier accueille en personne le groupe apostolique (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 299.7, vision du 11/10/1945), rapidement rejoint par son épouse Jeanne (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 299.8, vision du 11/10/1945). Dans la vision 300, Maria Valtorta montre Jésus et ses apôtres à Naïm, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Tibériade, et à une dizaine de kilomètres au sud-est de Nazareth, sans préciser comment s'est déroulé le trajet entre les deux cités. Rappelons que Naïm est le lieu où Jésus a ressuscité un jeune homme appelé "Daniel" au début du printemps W-2 (dans la vision 189.3 précitée, et dans Luc 7.11-17 précités). Jésus y est acclamé par les habitants. Il est aussi pressé de questions par des pharisiens (les mêmes qu'à Bosra et à Arbèla/Irbid ? ou d'autres ?) qui veulent des détails sur l'état du jeune Daniel avant l'intervention de Jésus, et sur l'intervention elle-même, pour établir s'il s'agit bien d'une résurrection miraculeuse ou d'une supercherie ("D'après les conversations, je comprends qu'avant le début de ma vision Jésus a prêché et opéré des guérisons à Naïm, mais les pharisiens s'en désintéressent : ils accablent de questions les gens de Naïm pour avoir des précisions sur la maladie contractée par Daniel [le jeune garçon en question], combien d'heures s sont écoulées entre la mort et la résurrection, si on l'a complètement embaumé, etc. Jésus s'abstrait de leur enquête, il parle avec le ressuscité en parfaite santé, qui mange avec un appétit formidable", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 300.3, vision du 12/10/1945). La démarche de ces pharisiens est saine et réellement scientifique. Ils demandent au jeune Daniel à quoi ressemble l'au-delà. Celui-ci répond par des balbutiements de plus en plus agacés, appuyé par la population qui gronde, à aucun moment il ne parle du tunnel, de la lumière blanche, du sentiment de plénitude qu'évoquent ordinairement les expérienceurs de mort imminente, au contraire il parle de rien, de vide, de néant. Les pharisiens concluent qu'il n'y a pas eu résurrection, en fait le jeune Daniel était simplement très malade, au point de tomber dans un coma temporaire, il a retrouvé conscience après un délai incertain de flottement, de sorte qu'ils sous-entendent que la population de Naïm a vécu une hallucination collective auto-suggérée en croyant qu'il était mort alors qu'il était seulement dans le coma. La foule réagit violemment. Et Jésus ne dit rien. On devine pourquoi. Les balbutiements du soi-disant resscuscité infirment la thèse que Jésus professe partout, que l'au-delà - le "royaume qui n'est pas de ce monde" - est un lieu de Lumière, de paix, d'amour, le jeune Daniel sabote cette thèse en décrivant l'au-delà comme un rien, un vide, un néant. Jésus est piégé : ou bien le jeune homme est réellement mort et dans ce cas l'au-delà est un vide, ou bien l'au-delà n'est pas un vide et dans ce cas le jeune homme n'est pas réellement mort, autrement dit il n'a pas été ressuscité par Jésus, il n'y a eu aucun miracle, simplement un tour de passe-passe de Jésus - avec son baratin habituel, et quelques gestes de magicien - qui a trompé toute la population de Naïm ("[Les pharisiens] demandent au jeune Daniel s'il se souvient ce qu'est la mort, ce qu'il a éprouvé en revenant à la vie, ce qu'il a vu dans l'intervalle entre la vie et la mort. ‟Je sais que j'étais mortellement malade et j'ai souffert l'agonie. Oh, quelle chose redoutable ! Ne m'obligez pas à y repenser ! Pourtant un jour viendra où je devrai la souffrir de nouveau ! Oh, rabbin !” […] ‟Qu'as-tu éprouvé en revenant à la vie ?” ‟Rien. Je me suis trouvé vivant et sain comme si je m'étais éveillé d'un long et lourd sommeil.” ‟Tu t'es rappelé être mort ?” ‟Je me suis rappelé avori été très malade jusqu'à l'agonie, c'est tout.” ‟Te souviens-tu de l'autre monde ?” ‟Il n'y a rien. Un trou noir. Un espace vide dans ma vie. Rien.” ‟Alors pour toi il n'y a pas de Limbes, pas d'épreuves, pas de Sheol ?” ‟Ai-je dit ça ? Bien sûr que tout cela existe : Mais moi je ne m'en souviens pas !” ‟Es-tu sûr avoir été mort ?” Tous les gens de Naïm bondissent : ‟S'il a été mort ? Que voulez-vous de plus ? Quand nous l'avons mis sur la civière, il commençait déjà à sentir mauvais ! Et avec tous les baumes et toutes les bandelettes, même un géant serait mort !”. ‟Mais toi tu ne te souviens pas avoir été ?” ‟Je vous ai dit que non.” Le jeune homme s'impatiente : ‟Et qu'est-ce que vous voulez prouver, avec vos questions insistantes ? Que tout le pays a cru que j'étais mort alors que ce n'était pas le cas, dont ma mère, ma femme restée au lit pleurant de chagrin, moi-même ligoté et embaumé ? Que sous-entendez-vous ? Que tous les habitants de Naïm sont des enfants ou des idiots qui plaisantent ? Ma mère a blanchi en quelques heures ! On a dû soigner mon épouse parce que le chagrin et la joie l'ont rendue quasi folle ! De moi aussi, vous doutez ? Pourquoi aurions-nous inventé cela ?” ‟Pourquoi, oui ? Pourquoi l'aurions-nous inventé ?”, crient les gens de Naïm", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 300.4, vision du 12/10/1945). Jésus comprend tellement à quel point il est piégé, qu'il écarte l'accusation de façon hautaine : "Je ne vous répondrai pas, je suis le Mashiah, même quand j'ai tort j'ai raison parce que je suis au-dessus de vous et vous ne pouvez pas comprendre, comme Mashiah je fais ce que je veux et je n'ai pas à me justifier devant vous qui m'êtes inférieurs" ("Jésus ne parle pas. Il joue avec la nappe comme s'il était absent. Les pharisiens ne savent plus quoi dire, la conversation semble terminée. C'est alors que Jésus reprend la parole de façon impromptue : ‟Voici les faits. Eux (il montre les pharisiens et les scribes) veulent prouver que ta résurrection n'est qu'un jeu bien combiné pour accroître ma réputation auprès des foules. Moi l'inventeur, vous les complices pour trahir Dieu et autrui. Non. Je laisse les tromperies aux indignes. Je n'ai pas besoin de sorcelleries ni de stratagèmes, de jeux ou de complicités, pour être qui je suis. Pourquoi voulez-vous refuser à Dieu le pouvoir de rendre l'âme à une chair ? S'il la donne quand la chair se forme, s'il crée une âme à chaque fois, pourquoi ne pourrait-il pas, quand son Messie l'en prie, redonner une âme à une chair afin que cela amène des foules nombreuses à la Vérité ? Refusez-vous à Dieu le pouvoir du miracle ? Pourquoi le lui nier ?” ‟Es-tu Dieu ?” ‟Je suis qui je suis [Exode 3.14]. Mes miracles et ma doctrine disent qui je suis”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 300.5, vision du 12/10/1945). Mais l'un des pharisiens commet une erreur, il oriente la discussion sur un autre sujet anodin, sans rapport avec la soi-disant résurrection du jeune Daniel : "Jésus se prétend juif mais il méprise les usages juifs, il tolère que les disciples ne se lavent pas les mains avant de manger comme le veut la tradition" ("‟Toi qui ressuscites les morts et qui te prétend davantage qu'un prophète, tu devrais la connaître [la Torah] sans nous demander de te l'apprendre ! Tu as des yeux pour constater par toi-même que tes disciples commettent beaucoup de choses qu'ils ne devraient pas et oublient de faire celles qu'ils devraient, et ça ne te perturbe pas !” ‟Donnez-moi un exemple.” ‟Tes disciples ont transgressé les anciens usages aujourd'hui même, nous les avons observés : il y a seulement une heure ils sont entrés dans la salle pour manger sans se purifier les mains au préalable !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 300.6, vision du 12/10/1945). Aussitôt Jésus attrape la perche, il s'empresse de rebondir sur ce sujet anodin qui lui permet d'écarter l'embarrassante pseudo-résurrection du jeune Daniel et de couper court au débat : "Le fait que vous vous arrêtiez sur un sujet aussi dérisoire que le lavage des mains - qui n'est pas interdit par la Torah : le livre de l'Exode 30.19-21 et 40.30-32 impose le lavage des mains seulement pour le culte - prouve que vous mélangez tout, que vous ne maîtrisez pas le Logos, vous êtes incapable de filer un raisonnement, de bâtir un discours cohérent, donc je refuse de parler plus longtemps avec vous, sur n'importe quel sujet, vous m'êtes trop inférieurs" ("Vous semblez des chacals, ou plutôt des hyènes qui suivent à la trace une puanteur en négligeant les ondes parfumées que le vent apporte des jardins pleins d'arômes. Les hyènes n'aiment pas les lys et les roses, le jasmin et le camphre, les cinnamomes et les œillets, pour elles ce sont des odeurs désagréables, mais la puanteur d'un corps en putréfaction au fond d'un ravin ou dans une ornière, enseveli sous les ronces où l'a caché un assassin, ou rejeté par la tempête sur une plage déserte, gonflé, violet, crevé, horrible, ah ! quel parfum agréable pour les hyènes ! Elles flairent le vent du soir qui condense et transporte avec lui toutes les odeurs que le soleil a évaporées après les avoir chauffées, pour sentir cette vague odeur qui les attire et, après les avoir découvertes et en avoir trouvé la direction, les voilà qui partent en courant, le museau à l'air, les dents déjà découvertes, les machoires frémissant comme un rire hystérique, vers l'endroit où se trouve la charogne. Cadavre d'homme ou de quadrupède, de couleuvre tuée par le paysan, de fouine tuée par la ménagère, d'un simple rat, oh ! voilà qui plaît, plaît, plaît ! Elles enfoncent leurs crocs dans cette puanteur repoussante, elles se régalent, se pourlèchent les lèvres. Des hommes se sanctifient de jour en jour ? Peu importe ! Mais si un seul néglige une chose qui est un commandement humain et non pas divin - un "usage", une "règle", qualifiez-la comme vous voulez, ce sera toujours une chose humaine -, alors on se déplace, on note !", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 300.7, vision du 12/10/1945). Dans la vision 301, Maria Valtorta montre Jésus et ses apôtres à En-Dor, à quelques kilomètres au nord-est de Naïm. Jésus n'a pas digéré l'humiliation dialectique qu'il a subie de la part des pharisiens à Naïm : il revient sur la bêtise du pharisien qui l'a interpellé sur le lavage des mains, mais pas sur les observations intelligentes des autres pharisiens qui l'ont piégé sur la simili-résurrection du jeune Daniel ("‟C'est charité pour les âmes honnêtes d'extirper les traditions et les préceptes qui étouffent le Décalogue, le défigurent, le rendent inerte et impossible à observer. Ceux-ci, arrogants, têtus et fermés à toute influence et à tout conseil de l'Amour, laissez-les, et avec eux ceux qui leur ressemblent en esprit et en actes. Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles. Si un aveugle en guide un autre, ils ne pourront que tomber tous les deux dans la fosse. Laissez-les se nourrir de leurs contaminations qu'ils qualifient « pureté » : elles les contamineront davantage parce qu'elles s'adaptent à leur matrice.” ‟Ce que tu dis maintenant renvoie à tes propos dans la maison de Daniel, n'est-ce pas ? L'homme n'est pas contaminé par ce qui entre en lui, mais par ce qui en sort”, demande pensif Simon le Zélote. ‟Oui”, répond brièvement Jésus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 301.4-5, vision du 13/10/1945). On revient vers le lac de Galilée. Simon-Pierre demande à Jésus de récupérer Jabé/Margziam, toujours logé chez Marie la Vierge à Nazareth, il souhaite que le jeune garçon passe avec lui et avec sa femme Prophyré à Bethsaïde la fête d'Hanoukka W-2 qui approche. Jésus refuse sèchement - alors qu'il n'a juridiquement rien à dire, puisque Simon-Pierre et Porphyré sont les parents adoptifs de Jabé/Margziam ! -, trahissant sa jalousie de constater que son apôtre Simon-Pierre pense moins à lui qu'à Jabé/Margziam, et son irritation à devoir ressasser que Simon-Pierre lui a subtilisé Jabé/Margzaim qu'il aurait préféré garder pour lui-même ("[Simon-]Pierre trottine aux côtés de Jésus qui, avec ses longs pas, le distance toujours. Après un moment, il dit : ‟Rabbin… Ce serait beau d'avoir l'enfant [Jabé/Margziam] pour la fête [d'Hanoukka]…” Jésus ne répond pas. ‟Rabbin, pourquoi ne me fais-tu pas plaisir ?” ‟Simon[-Pierre], tu veux que je te retire l'enfant ?” ‟Non, seigneur ! Pourquoi ?” [Simon-]Pierre est épouvanté par la menace et désolé. ‟Parce que je ne veux pas que tu sois retenu par aucune chose. Je te l'ai dit quand je t'ai accordé [Jabé/]Margziam. Tu t'enlises dans cette affection.” ‟Ce n'est pas un péché d'aimer, et d'aimer [Jabé/]Margziam. Toi aussi tu l'aimes…” ‟Mais cet amour ne m'empêche pas de me donner tout entier à ma mission. Tu ne te rappelles pas mes paroles sur les affections humaines ? Mes conseils, si nets qu'ils sont déjà des ordres, pour celui qui veut mettre la main à la charrue ? Te lasses-tu d'être mon disciple héroïque, Simon[-Pierre] fils de Jonas ?” La voix de [Simon-]Pierre devient rauque par les larmes : ‟Non, seigneur. Je me rappelle tout, et je ne suis pas lassé. J'ai plutôt l'impression du contraire, c'est toi qui te lasses de moi, du pauvre Simon[-Pierre] qui a tout quitté pour te suivre…” ‟… qui a tout trouvé en me suivant, tu veux dire ?” ‟Non… Enfin oui… Rabbin, je suis un simple…” ‟Je le sais. C'est précisément pour cela que je te travaille. Pour transformer un simple en un homme, en un saint, en mon Apôtre, ma Pierre. Je suis dur pour te rendre dur. Je ne veux pas que tu sois mou comme cette boue. Je veux que tu sois un bloc taillé, parfait : la Pierre de base. Ne comprends-tu pas que cela est de l'amour ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 302.1, vision du 14/10/1945). On passe à Tarichée/Degania, puis on atteint Magdala/Migdal ("‟Maintenant on va à Tarichée ?” [c'est Simon-Pierre qui s'adresse à Jésus] ‟Oui. De là, avec les barques, à Magdala. Je veux monnayer les pierres [les pierres précieuses données par Alexandre Misace près d'Arbèla/Irbid]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 302.2, vision du 14/10/1945), où on retrouve Marthe et Marie-Madeleine. Jésus demande à Thomas/Didyme et Judas de reconduire les deux femmes avec Elise de Beth-Zur à Béthanie chez Lazare, puis de retourner dans leurs foyers respectifs à Rama-en-Benjamin/Al-Ram et Keriot/Tel Creot jusqu'à la fin de l'hiver W-2/W-1 ("Les vagues se brisent sur la petite plage de Magdala quand les deux barques y abordent à la fin d'un après-midi de novembre [W-2]. Ce ne sont pas de fortes vagues, mais elles sont désagréables pour ceux qui débarquent car elles mouillent les vêtements. Néanmoins ce bain indésirable est tempéré par la perspective de se trouver bientôt dans la maison de Marie de Magdala. ‟Mettez les barques à l'abri et rejoignez-nous”, dit Jésus aux employés. Puis il se met tout de suite en chemin le long de la côte, car ils ont débarqué dans une petite crique en dehors de la ville, parmi d'autres barques de pêcheurs de Magdala. ‟Judas fils de Simon et Thomas[/Didyme], venez à moi”, appelle Jésus. Les deux accourent. ‟J'ai décidé de vous charger d'une tâche qui sera aussi une joie. Vous accompagnez [Marthe et Marie-Madeleine] les sœurs de Lazare à Béthanie, et avec elles Elise [de Beth-Zur]. Je vous estime assez pour vous confier ces disciples. En même temps, vous porterez une lettre de moi à Lazare. Ensuite vous rentrerez chez vous pour l'Encénie [autre nom de la fête d'Hanoukka]. Ne m'interromps pas, Judas. Cette année nous fêterons l'Encenie chacun dans notre maison. L'hiver est trop pluvieux pour voyager. Vous voyez aussi que les malades sont plus rares. Nous en profiterons donc pour nous reposer et plaire à nos familles. Je vous attends à Capharnaüm pour la fin de shevat [dans le calendrier hébraïque, soit janvier/février dans le calendrier chrétien]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 302.1, vision du 14/10/1945). Marie-Madeleine tire Jésus à l'écart pour lui donner l'argent qu'elle a obtenu de la vente des pierres précieuses données par le caravanier Alexandre Misace, et aussi pour lui signifier son mécontentement de repartir vers Béthanie avec Judas, qu'elle n'aime pas. Jésus lui dit que depuis la fête de Soukkot à Jérusalem il a manœuvré méthodiquement pour écarter Judas, pour l'empêcher de localiser Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché et de les dénoncer à la police romaine, il ne veut surtout pas que Judas découvre qu'ils se trouvent à Nazareth, et pour faciliter leur extradition vers Antioche il doit continuer à l'éloigner, Marie-Madeleine et sa sœur Marthe serviront de prétexte pour cela ("Ils arrivent à la maison de Marie de Magdala. Ils s'annoncent, et ils entrent tous. Les femmes accourent joyeuses à la rencontre du rabbin [Jésus] venu s'abriter à leur foyer. Après le souper, les apôtres fatigués se retirent. Jésus, assis au milieu d'une salle dans le cercle des femmes disciples, leur révèle son désir qu'elles partent au plus tôt. Contrairement aux apôtres, aucune d'elles ne proteste, elles inclinent la tête pour marquer leur assentiment puis elles sortent préparer leurs bagages. Jésus rappelle Marie-Madeleine déjà sur le seuil. ‟Eh Marie[-Madeleine], pourquoi m'as-tu demandé tout bas à mon arrivée : « Je dois te parler en secret » ?” ‟Rabbin, les pierres précieuses ont été vendues. A Tibériade. Marcelle [servante de Marthe] s'est chargée de la vente avec l'aide d'Isaac [l'un des bergers de la Nativité]. J'ai la somme dans ma chambre. J'ai voulu la dissimuler à Judas”, et elle rougit vivement. Jésus la regarde fixement mais ne dit pas un mot. Marie-Madeleine sort, elle revient avec une lourde bourse qu'elle donne à Jésus : ‟Voici. Elles ont été bien payées”. ‟Merci, Marie[-Madeleine].” ‟Merci de m'avoir demandé ce service, rabbin. As-tu autre chose à me demander ?” ‟Non, Marie[-Madeleine]. Et toi, as-tu autre chose à me dire ?” ‟Non, seigneur. Bénis-moi, mon rabbin.” ‟Je te bénis. Marie[-Madeleine], es-tu contente de retourner vers Lazare ? Je ne suis plus en Palestine, tu peux retourner tranquille à ta maison.” ‟Oui seigneur, mais…” ‟Achève, Marie[-Madeleine]. N'aie pas peur de me dire ta pensée.” ‟J'aurais préféré y retourner avec Simon le zélote, grand ami de notre famille, plutôt qu'avec Judas de Keriot.” ‟J'en ai besoin pour une mission importante.” ‟Alors avec tes frères [Jacques et Jude Thaddée fils d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus]. Ou avec Jean [fils de Zébédée] au cœur de colombe. Avec n'importe qui, sauf lui. Seigneur, ne me regarde pas sévèrement. Qui a goûté à la luxure en sent le voisinage. Je ne la redoute pas. Je sais remettre à leur place des hommes pires que Judas. J'ai seulement peur de n'être pas pardonnée, peur de moi, de Satan qui me tourne autour, du monde… Marie[-Madeleine] fille de Théophile ne craint personne, Marie[-Madeleine] disciple de Jésus a rejeté le vice qui l'avait subjuguée, mais… Seigneur, cet homme obsédé par les sens me dégoûte…” ‟Tu n'es pas seule dans le voyage, Marie[-Madeleine]. Et tant qu'il sera avec toi je suis sûr qu'il ne regardera pas en arrière. Rappelle-toi que je dois exfiltrer Syntyché et [Félix/]Jean [d'En-Dor] vers Antioche, et que cela ne doit pas être connu par un imprudent…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 302.6-7, vision du 14/10/1945). Enfin Jésus revient à Nazareth, seul, de nuit. Il retrouve sa mère occupée à travailler sur son métier à tisser. C'est l'occasion d'une nouvelle scène très intime et très malaisante entre le fils et la mère, qui délire sur le souvenir de la naissance à Bethléem ("Tu es revenu [c'est Marie la Vierge qui s'adresse à son fils Jésus] à la date anniversaire du départ vers Bethléem. Comme aujourd'hui on voyait des sacs et des coffres ouverts, pleins de vêtements. Surtout des langes pour un petit ‟près à naître” comme je disais à Joseph, ‟près à naître à Bethléem en Judée” comme je disais à moi-même. Je les avais cachés au fond parce que Joseph était inquiet. Il ne savait pas encore que la naissance du Fils de Dieu ne serait pas son affaire ni mon affaire, que je ne serais pas soumise aux misères habituelles de l'accouchement. Il avait peur d'être loin de Nazareth avec moi, dans mon état. Moi j'étais certaine que c'était là que je serais mère. Tu exultais en moi d'arriver à ton jour natal, celui de la Rédemption. Je ne pouvais pas me tromper. Les anges tourbillonnaient autour de la femme qui te portait, mon Dieu. Ce n'était plus l'ange sublime et doux qui veillait sur moi comme durant les mois précédents [Marie la Vierge pense-t-elle encore à son ange "fort-comme-un dieu/Gabriel" à l'origine de sa grossesse ?…], désormais c'étaient des chœurs d'anges qui allaient du Ciel de Dieu à mon petit Ciel, le sein où tu étais. Je les entendais chanter et échanger leurs paroles de Lumière, leur impatience de te voir, toi Dieu incarné. Je les entendais pendant leurs fugues d'amour depuis le Paradis, venir t'adorer, Amour du Père, caché dans mon sein. Et j'essayais d'apprendre leurs paroles, leurs chants, leurs ardeurs", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 303.3, vision du 15/10/1945).


On prépare l'extradition de Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché vers Antioche. Simon le zélote est chargé d'acheter des "toiles, laines, sandales, voiles et ceintures" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 306.3, vision du 18/10/1945) avec l'argent obtenu des pierres précieuses données par Alexandre Misace. Marie fille de Cléophas, dont la propriété est voisine de celle de Marie la Vierge, propose d'héberger Simon le zélote avec son chargement. Mais Jésus refuse. Il ne veut pas que ses cousins Joseph et Simon, fils de Marie fille de Cléophas qui lui sont hostiles, soient au courant de ses manigances. Il a peut-être une autre raison secrète : réserver une place à Simon le zélote et son chargement avec Félix/Jean d'En-Dor dans l'ancien atelier de menuiserie de Joseph (époux de Marie la Vierge et père adoptif de Jésus, à ne pas confondre avec Joseph fils de Marie de Cléophas !) contraint les autres hôtes à se serrer dans les endroits restants, en l'occurrence Syntyché quittera la grotte (contiguë à la maison, ancien atelier secondaire ou débarras du défunt menuisier Joseph, reconverti en chambre d'amis) où elle dort actuellement pour aller dormir avec Marie la Vierge, et Jabé/Margziam quittera l'atelier où il dormait jusqu'alors avec Félix/Jean d'En-Dor (rappelons que, selon la vision 290.5 précitée, Félix/Jean d'En-Dor fait office de précepteur pour Jabé/Margziam) pour aller s'installer avec Jésus dans la grotte libérée par Syntyché ("Marie [fille de Cléophas] veuve d'Alphée […], très pratique, demande : ‟Où [Simon le zélote] dormira-t-il ? Vous n'avez plus de place. Envoyez-le chez moi”. ‟Non Marie [fille de Cléophas], il s'installera sous mon toit. On s'organisera. Syntyché ira avec ma mère [Marie la Vierge], moi avec [Jabé/]Margziam, Simon [le zélote] prendra l'atelier", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 304.4, vision du 16/10/1945). Une fois encore, Maria Valtorta entrevoit quelque chose qui heurte sa foi chrétienne, elle en dit trop ou pas assez. Le jeune Jabé/Margziam, qui a célébré sa bar-mitsva quelques mois plus tôt, par conséquent âgé de douze ou treize ans, a été adopté par Simon-Pierre et Porphyré, il a un toit chez ses parents d'adoption à Bethsaïde, pourquoi Jésus veut-il donc absolument le garder avec lui à Nazareth ? Et que se passe-t-il durant la nuit sur la couche partagée par Jésus et Jabé/Margziam dans la grotte ? Maria Valtorta ne dit pas un mot sur le sujet, comme elle n'a pas dit un mot sur la nuit passée entre Jésus et Jean fils de Zébédée - à peine plus âgé que Jabé/Margziam - sur leur natte commune à la belle étoile à Gethsemani printemps W-3 (dans la vision 70 précitée) ou dans la grotte du mont Arbel fin hiver W-3/W-2 (dans la vision 165 précité) ou à Ekron/Tel-Miqneh pendant que les autres apôtres les attendaient devant Iamnia/Yavné printemps W-2 (dans les visions 221-222 précité). Avant le retour de Simon le zélote et le jeu de chaises musicales pour l'accueillir, une autre séquence a témoigné de l'attirance physique de Jésus pour Jabé/Margziam : le premier a toiletté le second dans le bassin devant la maison, l'a transporté presque nu dans la maison, et l'a maintenu sur ses genoux pour que Marie la Vierge le sèche plus facilement avec une serviette chaude ("Jésus salue [Félix/]Jean [d'En-Dor, sorti se toiletter dans le bassin] et Syntyché [sortie d'une grotte contiguë à la maison, ancien atelier secondaire ou débarras de Joseph, reconverti en chambre d'amis] et les exhorte à entrer dans la maison car le vent du nord est très fort. Il entre le premier, portant [Jabé/]Margziam à moitié nu qui claque des dents malgré son enthousiasme, près du foyer déjà allumé où Marie [la Vierge] se hâte de chauffer du lait et les habits de l'enfant pour qu'il ne tombe pas malade. Les deux autres ne parlent pas, mais semblent la personnification de la joie extatique. Jésus est assis avec l'enfant sur ses genoux, tandis que Marie [la Vierge] s'empresse de lui passer les vêtements qu'elle a réchauffés", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 304.1, vision du 16/10/1945). Le refus de Jésus adressé à sa tante Marie fille de Cléophas est par ailleurs motivé par les troubles familiaux secouant la maison de Marie fille de Cléophas. Simon, fils de cette dernière, s'est embrouillé avec son épouse Salomé, qui a quitté le foyer en claquant la porte avec leur fils Alphée et est retournée vivre chez ses parents du côté de Cana. La situation s'aggrave à cause de l'enfant Alphée, qui est "mourant". En fait, d'après les symptômes décrits par Maria Valtorta, on comprend que l'enfant n'est pas mourant mais simplement victime d'une indigestion ("[Alphée] a eu mal au ventre [c'est Salomé qui s'adresse à Jésus], il a crié, éprouvé des spasmes, déliré pendant tant de jours. Maintenant il ne parle plus. Il est comme quelqu'un qu'on a frappé à la tête. Il gémit, mais ne répond pas. Il ne sait même pas qu'il gémit. Il est livide. Déjà il se refroidit", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 308.3, vision du 20/10/1945). Peu importe : aux yeux de Simon et Salomé hystérisés par leur mésentente conjugale, leur fils Alphée est mourant. Salomé sollicite l'aide de Jésus pour qu'il guérisse l'enfant. Jésus se déplace jusqu'à la maison des parents de Salomé du côté de Cana pour exercer son talent de rebouteux, l'enfant guérit, Salomé est rassurée. Sur le chemin du retour vers Nazareth, il croise son cousin Simon fils d'Alphée, venu également solliciter son aide pour sauver son fils et se rabibocher avec sa femme Salomé, Jésus lui répond avoir fait l'un et l'autre, Simon fils d'Alphée le remercie vivement et lui demande pardon pour ses comportements désapprobateurs passés (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 309.5-8, vision du 21/10/1945). Simon-Pierre se présente, en provenance de Capharnaüm, avec des cadeaux pour Jabé/Margziam. Leurs retrouvailles sont chaleureuses (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 310.1, vision du 22/10/1945). Il ne pose aucune question à Jésus sur ce qui s'est passé entre lui et Jabé/Margzaim durant son absence. Il rapporte avoir été abordé par des gens mal intentionnés ou trop curieux qui s'interrogeaient sur la localisation de Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, auxquels il a raconté des bobards pour les éloigner de Nazareth et de la Galilée. En retour, Jésus lui révèle s'occuper à préparer l'extradition des deux fugitifs vers le domaine de Lazare à Antioche, et vouloir lui confier la direction de cette opération qui s'effectuera par la mer ("‟Trois empoisonneurs sont venus [c'est Simon-Pierre qui s'adresse à Jésus en aparté], je leur ai raconté plus de mensonges que de poissons dans la mer : actuellement ils cheminent vers Gethsemani, croyant y trouver [Félix/]Jean d'En-Dor, ensuite ils iront chez Lazare dans l'espoir d'y trouver Syntyché et toi. Qu'ils y aillent ! Mais après ils reviendront, et… Rabbin, ils veulent t'ennuyer à cause de ces deux malheureux…” ‟Je prépare tout depuis des mois. Quand ils reviendront, ils ne trouveront personne, en aucun lieu de la Palestine. Tu vois ces coffres ? Ils sont pour eux. Et tous les vêtements pliés près du métier ? Pour eux aussi. Tu es étonné ?” ‟Oui, rabbin. Où les envois-tu ?” ‟A Antioche.” [Simon-]Pierre siffle pesamment, puis il demande : ‟Chez qui ? Et comment iront-ils ?” ‟Dans le dernier domaine que Lazare possède, là où son père [Théophile] gouvernait au nom de Rome. Et ils iront par mer.” ‟Ah, voilà ! Car si [Félix/]Jean [d'En-Dor] avait dû s'y rendre sur se jambes…” ‟Je suis heureux de te parler sans avoir eu besoin de te convoquer par Simon [le zélote]. Ecoute. Deux ou trois jours après l'Encénie [Hanoukka], nous partirons d'ici par petits groupes afin de ne pas attirer l'attention. Dans mon groupe se trouveront toi, ton frère [André], Jacques et Jean [les fils de Zébédée] avec mes deux frères [Jacques et Jude/Thaddée fils d'Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus], ainsi que [Félix/]Jean [d'En-Dor] et Syntyché. Nous irons à Ptolémaïs. De là, tu les conduiras en barque jusqu'à Tyr. Puis vous emprunterez un navire allant à Antioche, comme des prosélytes revenant à leur maison. Ensuite tu reviendras me retrouver à Achziv. Je serai sur les hauteurs chaque jour. L'Esprit vous guidera.” ‟Tu ne viens pas avec nous ?” ‟Je serais trop remarqué. Je veux que [Félix/]Jean [d'En-Dor] garde l'esprit en paix.” ‟Mais comment je vais faire ? Je ne suis jamais sorti d'ici !” ‟Tu n'es pas un enfant… Et plus tard tu devras aller beaucoup plus loin qu'Antioche… Je me fie à toi. Tu vois à quel point je t'estime”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 310.4-5, vision du 20/10/1945). Simon-Pierre accepte la mission. Il repart pour acheter un chariot (avec le reste du pécule offert par Alexandre Misace ?), qui servira à transporter le vieux Félix/Jean d'En-Dor jusqu'à Ptolémaïs/Acre. Peu après il revient avec un chariot tiré par un âne qu'il a acheté à un aubergiste grec de Tibériade (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 313.5, vision du 29/10/1945). Les autres apôtres, sauf Judas et Thomas/Didyme envoyés reconduire Marthe et Marie-Madeleine à Béthanie, ainsi que Philippe et Nathanaël Barthélémy demeurés à Bethsaïde, arrivent, ainsi que Simon fils d'Alphée réconcilié avec sa femme Salomé et accompagné de son fils Alphée "guéri" par Jésus, pour saluer le groupe qui s'apprête à partir vers Ptolémaïs/Acre. Jésus leur dévoile enfin son projet d'exfiltration de Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché vers Antioche (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 313.7-8, vision du 29/10/1945). Il conclut son discours en martelant que les juifs refusant de le reconnaître Mashiah/Messie n'ont plus le temps de se repentir : puisque les juifs restent sourds à son ministère, il se tourne vers les non-juifs pour fonder une nouvelle religion, en se sacrifiant lui-même comme victime du judaïsme damné. Autrement dit, il annonce une nouvelle fois son suicide, déguisé en meurtre commis par Israël, afin de maudir Israël pour la postérité et justifier la création d'une nouvelle religion dont la base sera sa propre mort ("J'ai appelé [Israël] dans toutes ses classes, en abaissant mon front jusqu'à la poussière : sur la sainteté qui s'est humiliée, il a craché. Je l'ai invité à se sanctifier : il m'a répondu en se livrant au démon. J'ai accompli pleinement mon devoir : il a appelé ‟péché” mon devoir. Je me suis tu : il a appelé ‟culpabilité” mon silence. J'ai parlé : il a appelé ‟blasphème” ma parole. Ça suffit. Il ne m'a pas laissé un moment de répit. Il ne m'a pas accordé une joie. J'aurais aimé voir grandir dans la vie spirituelle ceux qui venaient de naître à la Grâce : ils leur ont dressé des embûches, ils les ont arrachés à mon cœur en leur donnant, en même temps qu'à moi, la douleur des pères et des enfants arrachés l'un à l'autre, soi-disant pour protéger Israël du Mal. Les puissants d'Israël se disent ‟sanctificateurs”, ils se vantent de l'être : ils m'empêchent ou voudraient m'empêcher de sauver et de jouir de ceux que j'ai sauvés. Depuis des mois un Lévi publicain est devenu mon ami et mon serviteur : le monde peut juger si Matthieu est scandale ou émulation, or l'accusation ne tombe pas. Et elle ne tombera pas davantage à propos de Marie[-Madeleine] sœur de Lazare, et de tant d'autres que je sauverai. Oui, ça suffit. Je pars sur ma route toujours plus âpre et baignée de pleurs. Je pars, mais aucune de mes larmes ne tombera inutilement : elles crient à mon Père, qui à son tour criera beaucoup plus puissamment. Je pars, et qui m'aime me suive, et se virilise car l'heure arrive. Je ne m'arrête pas. Rien ne m'arrête. Eux aussi ne s'arrêteront pas, mais malheur à eux ! Malheur à ceux pour qui l'Amour devient Justice ! Le Nouveau Temps sera une Justice sévère pour tous ceux qui se sont obstinés dans leur péché contre le Logos et l'action du Seigneur [nouvelle vision nazaréenne proto-musulmane supposant la fin de l'Histoire et son remplacement par un avant/après Christ, un avant/après révélation divine, où les Ténèbres s'effaceront à la Lumière] !", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 313.9, vision du 29/10/1945). Marie la Vierge conseille Syntyché sur la meilleure façon de soigner le vieux Félix/Jean d'En-Dor quand ils seront installés à Antioche, elle lui confie notamment des recettes de pommades, qui renforcent l'hypothèse qu'elle est une rebouteuse ayant transmis son don ou ses connaissances à son fils ("‟Si tu vois que la respiration [de Félix/Jean d'En-Dor] est plus difficile [c'est Marie la Vierge qui s'adresse à Simon-Pierre], utilise le vas de baume comme je t'ai dit avec le vase de baume : badigeonne la poitrine, les épaules et les reins, réchauffe-le jusqu'à pouvoir le toucher sans te brûler, et masse-le et couvre-le tout de suite avec les bandes de laine que je t'ai données. Je l'ai préparé à dessein. Et toi, Syntyché, souviens-toi de sa composition, pour le reproduire. Tu trouveras toujours des lys, du camphre, des dictames, de la résine, des œillets, des lauriers, de l'armoise et le reste, j'ai entendu dire que Lazare a là-bas, à Antigonia, des jardins d'essences.” ‟Qui sont splendides, ajoute [Simon] le zélote qui les a vus [rappelons que Simon le zélote est un voisin proche de Lazare, propriétaire du domaine où Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché s'apprêtent à se rendre]. Pour ma part je ne conseille rien, je dis seulement que cet endroit [le domaine de Lazare à Antigonia près d'Antioche] pour [Félix/]Jean [d'En-Dor] sera bénéfique à l'esprit comme à la chair, davantage qu'Antioche. Il est abrité des vents, l'air est léger, en provenance des bois de résineux situés sur les pentes d'une petite colline qui protège des vents de la mer mais qui profite aussi du sel marin bienfaisant se répandant jusque-là. Un endroit tranquille, silencieux, gai, avec des myriades de fleurs et d'oiseaux qui y vivent en paix”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 314.5, vision du 30/10/1945). Félix/Jean d'En-Dor est bien conscient d'être un poids pour tout le monde, il est tenté par le suicide, mais Syntyché lui redresse les idées par une rhétorique très grecque, invoquant la mort exemplaire de Socrate, citant Platon, lui signifiant que sa mission consiste à souffrir et mourir dans l'intérêt du ministère, par le spectacle de son agonie, en "martyr/m£rtuj" ("témoin" en grec) de l'Amour incarné par Jésus pourchassé par tous ses adversaires, et non pas égoïstement et lâchement en se tranchant les veines dans un coin au bénéfice des adversaires du ministère ("‟Je n'ai plus aucune énergie, et je ne serai plus utile à rien…” [c'est Félix/Jean d'En-Dor qui s'adresse à Syntyché][Félix/]Jean [d'En-Dor], ne dis pas ça ! L'automne dépouille les arbres, mais ils ne sont pas inertes. Au contraire, ils travaillent avec une énergie cachée à préparer le triomphe de la prochaine fructification. C'est la même chose pour toi. Aujourd'hui tu es dépouillé par le vent froid de cette douleur. Mais au fond de toi-même tu travailles pour les nouveaux missionnaires. Ta peine elle-même te poussera à l'action. […] Tu crois que tu n'as plus rien à faire ? Il te reste encore ce que tu m'as dit un jour : accomplir le sacrifice. Et comment, sinon par la souffrance ? Je suis bien prétentieuse de te citer les sages, à toi [Félix/]Jean [d'En-Dor], démagogue, mais rappelle-toi Gorgias de Léontine qui enseignait qu'on n'expie en cette vie ou dans l'autre que par la souffrance [Platon, Gorgias 527b], rappelle-toi aussi notre grand Socrate : « Désobéir à qui est meilleur que soi, dieu ou homme, est contraire au devoir et à l'honneur » [Platon, Apologie de Socrate 29b]. Si tu obéis à une injuste sentence donnée par des hommes injustes est un devoir, comment pourrais-tu désobéir à un ordre donné par l'Homme très saint et par notre Dieu ? Obéir est en soi un acte grand, donc obéir à un ordre saint est un acte très grand, que je juge comme une grande miséricorde, et que tu dois juger de la même façon. Tu répètes que ta vie arrive à son terme, et que tu n'as pas encore annulé tes dettes envers la Justice : pourquoi ne prends-tu pas ta souffrance comme un moyen d'annuler ces dettes, durant le délai qui te reste encore ? Une grande douleur pour avoir une grande paix ! Souffrir peut être une peine bénéfique. Le seul but de la vie est d'arriver à la mort après avoir conquis la Vertu”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 314.6, vision du 30/10/1945). On part sous la pluie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 314.9, vision du 30/10/1945) vers le village de Yiftahel à l'ouest de la colline de Sepphoris/Tsipori (32°45'17"N 35°13'39"E). Simon-Pierre et d'autres apôtres s'interrogent sur la difficulté de l'itinéraire choisi, long et peu carrossable, alors que la route vers Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa est plus courte et mieux adaptée au chariot. Jésus répond que cette route certes plus courte et mieux adaptée est malheureusement très surveillée, on risquerait d'attirer l'attention des Romains qui la fréquentent ("‟J'ai remis la bâche à cause du vent, explique [Simon-]Pierre. En cheminant vers Yiftahel, nous l'aurons de face, et il sera piquant. Je ne comprends pas pourquoi nous ne prenons pas la route directe pour Sycaminon, puis celle de la côte. Elle est plus longue mais moins difficile. Tu as entendu ce qu'a dit le berger que j'ai habilement retourné ? « En hiver Jotapata est isolée. Aucune route pour y aller. Avec les agneaux, impossible de s'y rendre. On ne peut pas les porter sur les épaules car dans certains passages on avance avec les mains plus qu'avec les pieds, et les agneaux ne savent pas nager. Les deux cours d'eau sont souvent en crue, et la route devient un torrent qui coule sur un fond de roches. Pour ma part j'y vais après les Tabernacles [Soukkot]. Au printemps j'y réalise des bonnes ventes justement parce que les habitants s'approvisionnent pour plusieurs mois ». Voilà ce qu'il a dit. Et nous, avec cet équipage (il donne un coup de pied à la roue du chariot) et ce bourricot… Hum…” ‟Le chemin direct de Sepphoris à Sycaminon est meilleur, mais il est très fréquenté. Rappelle-toi qu'on ne doit pas laisser de traces de [Félix/]Jean [d'En-Dor]” ‟Le rabbin a raison. Nous pourrions trouver Isaac [un des bergers de la Nativité] avec des disciples, et à Sycaminon…”, enchaîne [Simon] le zélote. ‟D'accord, d'accord ! En route !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 315.1, vision du 31/10/1945). La pluie continuelle et la terre gorgée d'eau muent l'étape en épreuve. Le chariot s'embourbe rapidement, et l'âne refuse de progresser dans la gadoue, on est contraint de l'appâter avec des carottes. Simon-Pierre détend un peu l'atmosphère en grommelant contre l'animal et en racontant aux sept autres apôtres que le vieil aubergiste grec auquel il l'a acheté l'appelait par moquerie "Antoine" parce qu'il avait un mauvais souvenir de l'ancien triumvir Marc-Antoine ("Le vent coupe le visage et gonfle les manteaux. La bâche étendue sur les cercles du chariot claque comme une voile, bien que la pluie de la nuit l'ait alourdie. ‟Pouvu qu'elle sèche vite, murmure [Simon-]Pierre en la regardant, elle risque d'affecter les poumons de ce pauvre homme [Félix/Jean d'En-Dor]… Holà, Simon fils de Jonas, je dois faire quelque chose.” Il arrête l'âne et enlève son manteau, monte sur le chariot et en enveloppe [Félix/]Jean [d'En-Dor] soigneusement. ‟Mais pourquoi ? J'ai déjà le mien.” ‟Parce que je conduis l'âne et que j'ai chaud comme si j'étais dans un four. Je suis habitué à rester découvert dans ma barque, et plus le vent souffle plus je me déshabille. Le froid m'aiguillonne et me rend plus leste. Reste bien couvert. Marie [la Vierge] m'a tellement adressé de recommandations que si tu tombe malade je ne pourrai plus jamais paraître devant elle.” Il descend du char et reprend la bride en activant la marche de l'âne. Peu après il demande à son frère [André] et Jacques [fils de Zébédée] d'aider l'âne à sortir d'un passage boueux où la roue s'est enfoncée. Ils avancent en poussant à tour de rôle le chariot, tandis que l'âne raidit ses pattes robustes dans la boue et tire, pauvre bête, éclaboussant et haletant de fatigue, et aussi de gourmandise car [Simon-]Pierre excite sa marche en lui montrant des morceaux de pain et des trognons de pommes qu'il ne lui donne ordinairement que pendant les arrêts. ‟Tu es un manipulateur, Simon[-Pierre] fils de Jonas”, plaisante Matthieu qui voit le stratagème. ‟Non. J'applique son devoir à la bête, avec douceur. Si je n'agissais pas ainsi, je devrais recourir au fouet, or je ne le veux pas. Je ne pique pas ma barque en bois quand elle est capricieuse : pourquoi devrais-je piquer celui-là qui est en chair ? Aujourd'hui, il est ma barque. Et elle est dans l'eau… Et même complètement dans l'eau ! Je le traite comme je traite ma barque. Je ne suis pas Doras [propriétaire violent avec ses esclaves, déjà évoqué], moi ! Savez-vous que je voulais l'appeler « Doras » au moment de l'acheter ? Mais j'ai appris son nom, et il m'a plu. Je le lui ai laissé.” ‟Comment s'appelle-t-il ?”, demandent-ils curieux. ‟Devinez !”. [Simon-]Pierre rit dans sa barbe. On avance les noms les plus insolites, et ceux des plus féroces pharisiens ou saducéens. Mais [Simon-]Pierre hoche toujours la tête. Ils s'avouent vaincus. ‟Il s'appelle « Antoine », ce maudit Romain ! Ce n'est pas un beau nom ? Le Grec qui m'a vendu cet âne était brouillé avec [Marc-]Antoine !” Tout le monde rit, tandis que [Félix/]Jean d'En-Dor explique : ‟Probablement un ancien collecteur d'impôts après la mort de [Jules] César. Il est vieux ?” ‟Environ soixante-dix ans [la scène a lieu à la fin de la préfecture de Valerius Gratus avant 26 ou sous la préfecture de Ponce Pilate à partir de 26, Jules César a été assassiné au printemps -44, Marc-Antoine s'est suicidé à Alexandrie en été -30]. Il a dû exercer tous les métiers. Maintenant il est aubergiste à Tibériade”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 315.2-3, vision du 31/10/1945). Enfin on arrive à Yiftahel, où une borne romaine indique trois directions : Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa à l'est, Ptolémaïs/Acre au nord-est, Jotapata au nord (dont le nom s'est conservé jusqu'à aujourd'hui sous la forme "Yodfat" en Israël, 32°49'56"N 35°16'39"E). On opte pour Jotapata/Yodfat (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 315.4, vision du 31/10/1945). L'épreuve continue : le chemin est très escarpé et ressemble à une rivière de boue. Félix/Jean d'En-Dor, qui se sent coupable de son impotence dans le chariot que les huit apôtres poussent péniblement, ne peut plus se retenir de souligner à haute voix le décalage entre la situation difficile où ils sont et la cause de cette situation difficile : "La vérité, ô Jésus, est que j'aurais pu mourir tranquillement à Nazareth et être martyr/témoin de ton ministère à Nazareth, ç'aurait évité à tes disciples te perdre leur temps à patauger dans la gadoue sur ce chemin de Jotapata. Mourir à Nazareth ou mourir à Antioche ou mourir ailleurs, quelle différence ? Eh bien ! la différence est que tu veux m'évincer de Nazareth, et plus généralement du sud Levant, parce que tu ne veux pas prendre le risque que je sois capturé à cause de Judas, le risque d'avouer qu'il y a un pourri dans ton groupe. Elle est là, la vraie raison de mon exfiltration vers Antioche. Comme tu as un bon fond, tu m'as trouvé un endroit agréable pour y finir mes jours, avec Syntyché qui me sera une plaisante compagne, tu me câlines pour ne pas confesser que tu ne veux pas toucher à Judas. Tu as certainement des raisons de ménager ce pourri, que tu projettes d'utiliser à je-ne-sais-quoi. Mais ne mens pas : en la circonstance, ta seule hantise n'est pas de me ménager, ta seule hantise est de ménager ce pourri de Judas. Tu connais les hommes, mais je les connais aussi bien que toi, et j'affirme qu'en ce moment, sur ce chemin de Jotapata, tu manipules tout le monde. Si tu avais plus d'intérêt pour moi que pour le pourri Judas, tu ordonnerais à tous tes apôtres ici présents de repartir vers Nazareth en me laissant seul ici à mourir en chantant ta gloire, mais tu ne le feras pas, parce que je suis encore trop vivant et trop proche du sud Levant : les hommes envoyés par Judas pourraient me retrouver, me capturer, t'accuser de m'avoir protégé, et tu serais alors coincé entre prétendre que tu n'as jamais eu de relations avec moi ou affirmer le contraire, autrement dit approuver la dénonciation de Judas ou rompre avec Judas. Et tu ne veux pas rompre avec Judas. Tu préfères décider à ma place de m'envoyer à Antioche et contraindre tous tes apôtres à patauger dans la gadoue, plutôt que rompre avec Judas" ("‟Je n'ai pas été aimé [c'est Félix/Jean d'En-Dor qui réfléchit à voix haute, allongé malade dans le chariot que Simon-Pierre, André, Jacques et Jean les fils de Zébédée, Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée, Simon le zélote et Matthieu s'efforcent de sortir de la boue, Syntyché et Jésus marchent à côté]. Rien ne me le prouve, mais je sais réfléchir, rassembler les faits dispersés en un seul tableau. Ce voyage n'était pas prévu, et la décision n'a pas été prise de gré.” ‟Pourquoi parles-tu ainsi, [Félix/]Jean [d'En-Dor] ?”, demande doucement Jésus, affligé. ‟Parce que c'est vrai. On n'a pas voulu de moi. C'est moi qui part au loin, et non pas d'autres, même pas les grands disciples.” ‟Et Syntyché ?”, demande Jacques fils d'Alphée qui s'attriste de la clairvoyance de l'homme d'En-Dor. ‟Syntyché vient pour me tenir compagnie, pour me cacher, par pitié. La vérité…” ‟Non, [Félix/]Jean [d'En-Dor].” ‟Si, rabbin. La vérité est que je peux dire le nom de celui qui me torture. Sais-tu où je le lis ? Je le lis en regardant ces huit braves, et en réfléchissant à l'absence des autres. Celui par lequel tu m'as trouvé est aussi celui qui voudrait me capturer par Belzébuth. C'est à cause de lui que je suis ici aujourd'hui, avec toi, rabbin qui souffres comme moi, peut-être plus que moi. C'est à cause de lui que je reviens au désespoir et à la haine. Parce qu'il est mauvais, cruel, envieux, et autres choses encore… Judas de Keriot, l'âme des Ténèbres dans la Lumière de tes serviteurs.” ‟Ne parle pas ainsi, [Félix/]Jean [d'En-Dor]. Il n'est pas le seul absent. A l'exception du zélote [Simon] qui n'a plus de famille, aucun n'était présent à l'Encenie [Hanoukka]. La route de Keriot est longue en cette saison, environ deux cent milles à parcourir, c'est naturel qu'il reste chez sa mère. Comme Thomas[/Didyme]. Comme Nathanael [Barthélémy] que j'ai dispensé car il est âgé, avec Philippe pour lui tenir compagnie.” ‟Oui, trois excusés… O bon Jésus ! Tu connais les cœurs car tu es saint, mais tu n'es pas le seul à les connaître. Les pervers aussi se connaissent entre eux. Or j'ai été un pervers, et je retrouve mes pires instincts en Judas… Cela dit, même s'il m'oblige à mourir au loin, je lui pardonne pour une seule raison : c'est par lui que je suis venu à toi. Que Dieu lui pardonne le reste. Tout le reste.” Jésus n'ose pas démentir. Il se tait. Les apôtres se regardent entre eux en même temps qu'à force de bras ils poussent le char sur le chemin glissant", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 315.5, vision du 31/10/1945). Enfin, le soir, épuisés, on arrive à Jotapata/Yodfat ("Le soir est proche quand ils arrivent à la cité où, inconnus parmi les inconnus, ils s'installent dans une auberge en hauteur au sud. Cette hauteur donne le vertige quand on regarde en bas depuis la muraille, tant elle est à pic et profonde. Au fond, le rugissement d'un torrent et rien de plus, dans l'ombre paisible qui envahit la vallée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 315.6, vision du 31/10/1945). Puis on quitte Jotapata/Yodfat par l'ouest. Le chemin est aussi difficile dans le sens de la descente, toujours sous la pluie ("Par la même route, la seule de cette région qui paraît un nid d'aigle au sommet d'un pic solitaire, ils repartent le lendemain, par un temps pluvieux et froid qui gêne la marche. Même [Félix/]Jean d'En-Dor doit descendre du char car le chemin effectué en descente est encore plus dangereux qu'en montée. L'âne est en situation périlleuse car le poids du chariot l'entraîne en avant sur la route pentue. Ses conducteurs suent non plus pour pousser mais pour retenir le chariot, qui pourrait s'emballer en provoquant des malheurs ou au moins la perte du chargement. L'horrible route continue jusqu'à son dernier tiers, dans la vallée elle biburque, et une de ses branches partant vers l'ouest est plus praticable et plane", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 316.1, vision du 01/11/1945). On suit la rivière Segev, qui se jette dans la rivière Chilazon, qui se jette dans le fleuve Bélos (aujourd'hui le fleuve Naaman), qui se jette dans la mer au sud de Ptolémaïs/Acre. Jésus fait ses adieux à Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, que les huit apôtres emmèneront vers Antioche pendant que lui-même attendra seul leur retour du côté d'Achziv (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 316.3-5, vision du 01/11/1945). Le groupe apostolique se fond dans la population de Ptolémaïs/Acre, se rend sur les quais (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 318.2, vision du 03/11/1945). La pluie a cessé mais le ciel reste lourd. Simon-Pierre a acheté une barque (en cédant le chariot désormais inutile ?) mais, le propriétaire revenant sur le prix de vente, il doit s'imposer pour conclure le contrat (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 318.3, vision du 03/11/1945). On quitte le port à la rame. La pluie recommence à tomber, et pas de vent (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 318.4, vision du 03/11/1945). Simon-Pierre pense faire halte à hauteur d'une cité non-nommée, certainement Achziv (site archélogique près du kibboutz homonyme Gesher Haziv en Israël, petite cité portuaire fondée par les phéniciens, qui sera transformée en forteresse par les croisés, 33°02'54"N 35°06'05"E), mais depuis le rivage un homme anonyme l'en dissuade en lui criant de dépasser l'"Echelle-de-Tyr/Kl…max TÚrou", pointe rocheuse dont les flancs forment des paliers assimilables de loin aux barreaux d'une échelle, aujourd'hui le cap Roch Hanikra servant de frontière entre Israel au sud et le Liban au nord, jusqu'à un endroit au-delà plus propice à un débarquement (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 318.5, vision du 03/11/1945). Simon-Pierre dépasse donc Achziv, puis l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra (33°05'34"N 35°06'15"E), difficilement car le vent se lève. On se repose un temps, sans débarquer car on ne veut pas s'attarder sous la météo incertaine, on dépasse l'endroit indiqué par l'homme du rivage (la cité d'Alexandroscène/Naqoura), et on poursuit à la fois à la rame et à la voile en profitant du vent qui retombe (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 318.6, vision du 03/11/1945). On arrive à Tyr le soir, on accoste au port sud (au sud de l'ancienne digue d'Alexandre le Grand, devenue un isthme au Ier siècle), encore épuisés (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 318.7, vision du 03/11/1945). Simon-Pierre reste seul à dormir dans la barque pour la surveiller, les sept autres apôtres dorment dans une auberge proche. Le matin suivant, Simon-Pierre suit les consignes laissées par Jésus avant de partir, il demande à un employé du port où se trouve le navire d'un Grec nommé "Nicomède Philadelphe", fils d'un "Philippe de Palaikastro" en Crète, qui a travaillé jadis pour Théophile l'ancien gouverneur d'Antioche et père de Lazare. Ce Crétois Nicomède est un capitaine réputé qui a voyagé "dans le golfe des Perles" (le golfe Arabo-persique) et vers les Colonnes d'Héraclès/détroit de Gibraltar, et aussi dans les "mers froides où on raconte que la nuit dure pendant des mois" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 319.2, vision du 04/11/1945), c'est-à-dire la mer du Nord : doit-on conclure que ce Nicomède a participé à l'intendance des expéditions de Germanicus contre Arminius sur le lac Flevo/Zuiderzee et les côtes maritimes des Frisons et des Chauques ? L'employé du port répond que le navire de Nicomède est amarré dans le port nord (au nord de l'ancienne digue d'Alexandre le Grand, devenue un isthme au Ier siècle) et se prépare à partir vers Antioche dans la journée, il propose à Simon-Pierre de garer sa barque dans un bassin servant de consigne durant son séjour à Antioche ("‟Dans les darses se trouvent des consignes avec des gardiens. Une pièce par jour jusqu'au retour. Parce que je pense que tu reviendras…” ‟Bien sûr. Nous effectuons un aller-et-retour, après avoir vu l'état des jardins de Lazare.” ‟Vous êtes ses intendants ?” ‟Davantage…” ‟Bon. Viens avec moi. Je te montre l'endroit. Il est conçu justement pour ceux qui laissent leur barque, comme vous”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 319.2, vision du 04/11/1945). L'âne Antoine, qui a effectué le trajet de Ptolémaïs/Acre dans la barque, est laissé également à la consigne de Tyr, où on le retrouvera plus tard. On note que les sept autres apôtres, depuis qu'ils ont quitté Nazareth, sont impressionés par le charisme de Simon-Pierre qui s'impose naturellement comme leur chef, sa motivation durant le difficile trajet par voie de terre entre Nazareth et Ptolémaïs/Acre, son aisance à négocier, à mener la barque entre Ptolémaïs/Acre et Tyr, à organiser le voyage depuis Tyr vers Antioche, à s'impliquer personnellement dans la logistique ("‟[Simon-Pierre] a l'art d'expliquer les choses simplement, et il fait plus que nous tous.” [c'est Simon le zélote qui pense à voix haute, devant le groupe] ‟Son honnêteté me plaît beaucoup”, dit l'homme d'En-Dor. ‟Et sa constance”, ajoute Matthieu. ‟Et son humilité. Il sait qu'il est le chef, pourtant il n'est pas bouffi d'orgueil. Il se fatigue plus qu'aucun d'entre nous, il se préoccupe davantage de nous que de lui”, dit Jacques fils d'Alphée. ‟Et il a des sentiments vertueux, il est un frère bon et simple”, conclut Syntyché. ‟Vous avez beaucoup de considération pour lui ?”, demande après un temps [Simon] le zélote aux deux disciples [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché]. ‟Oui, répond Syntyché. Et plus encore : il ne ment pas, il est vrai. Pour moi il est un frère en esprit, d'un autre lit mais du même père : le Père commun est Dieu, les lits différents sont Israël et la Grèce”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 319.5, vision du 04/11/1945). Arrivé devant le navire de Nicomède, Simon-Pierre hésite, il supplie Simon le zélote de parler à sa place pour convaincre Nicomède de les embarquer jusqu'à Antioche, mais Simon le zélote est autant impressionné que les six autres apôtres, il se met en retrait pour forcer Simon-Pierre à transmettre la lettre que Lazare a écrite à l'attention de Nicomède, qui, fidèle à la mémoire de son ancien employeur Théophile et loyal à l'égard de Lazare fils de Théophile, les accepte aussitôt sur son navire ("On passe à l'autre port par l'isthme étroit. Le Tyrien les conduit à travers les couloirs de marchandises entassées sous les vastes hangars, jusqu'au puissant navire du Crétois [Nicomède] manœuvrant déjà pour le départ. Il appelle les gens du bord pour qu'ils redescendent la passerelle. ‟Impossible, le chargement est terminé !”, crie le chef de chiourme. ‟Il a une lettre à donner !”, dit l'homme en désignant Simon[-Pierre] fils de Jonas. ‟Une lettre de qui ?” ‟Lazare, le fils de Théophile l'ancien gouverneur d'Antioche !” ‟Ah ! Je vais chercher le capitaine !” Simon[-Pierre] dit à l'autre Simon [le zélote] et à Matthieu : “A vous d'agir, maintenant. Moi je suis trop rustre pour traiter avec un tel homme”. ‟Non. Tu es le chef et tu sais faire. Nous t'appuierons si besoin. Mais tu n'auras pas besoin.” ‟Où est l'homme de la lettre ? Qu'il monte !”, dit [Nicomède] un homme brun comme un Egyptien, maigre, beau, svelte, sévère, un peu plus de quarante ans, qui se penche du haut du bord, et qui ordonne de redescendre la passerelle. Simon[-Pierre] fils de Jonas, qui a réajusté son vêtement et son manteau pendant l'attente, monte avec dignité. Derrière lui, [Simon] le Zélote et Matthieu. ‟Paix à toi, homme”, dit gravement [Simon-]Pierre. ‟Ave [on note que Nicomède salue Simon-Pierre à la manière romaine par un martial "ave", contraction de "salve" issu du verbe "salvere/sauver" en latin, d'où dérive "salut" en français et en italien comme dans le texte de Maria Valtorta, et non pas à la manière grecque par le traditionnel "chairete/ca…rete", littéralement "joie à toi" en grec, cela renseigne d'emblée sur le degré d'attirance que Nicomède ressent pour le nouveau dominant romain comparativement à ses origines grecques]. Où est ta lettre ?”, demande le Ccrétois. ‟La voici.” Le Crétois brise le sceau, la déroule et lit. ‟Soyez les bienvenus, envoyés de la famille du bon et aimable Théophile que le Crétois n'a pas oublié. Mais dépêchez-vous. Avez-vous beaucoup de bagages ?” ‟Ce que tu vois sur le quai.” ‟Vous êtes combien ?” ‟Dix.” ‟Bien. Nous ferons une place pour la femme. Vous vous arrangerez au mieux. Vite. Nous devons sortir et prendre le large avant que le vent se renforce”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 319.6, vision du 04/11/1945). On quitte le port, sous le vent qui se lève à nouveau. Le lendemain matin, la brise est devenue tempête. Au large de Bérytos/Beyrouth, un morceau du mât est arraché ("Je ne comprends pas où on est, car la mer est tout autour. Au loin, une côte très haute, avec des montagnes plus que des collines. Je pense qu'on navigue depuis plus d'un jour car je vois clairement que le soleil, apparaît et disparaît sous les nuages à l'est, donc c'est le matin. Le navire avance peu, pourtant il est très agité. La mer se déchaîne progressivement. Avec un bruit terrible un morceau du mât se détache (je ne connais pas le nom de cette pièce de mâture), et, entraîné par une avalanche d'eau et un tourbillon de vent, tombe sur le pont en arrachant une partie du bordage", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 320.2, vision du 05/11/1945). Attiré par le bruit au-dessus de lui, Simon-Pierre quitte la cale où il était avec le reste du groupe, et monte sur le pont. Nicomède lui ordonne méprisamment, comme à un marin d'eau douce, de redescendre en cale car il ne veut pas être encombré par les passagers durant les manœuvres. Un autre morceau du mât est arraché et heurte le crâne d'un marin nommé "Démété". Simon-Pierre, qui ne montre aucune peur dans le chaos général, propose de s'occuper de la blessure de Démété dans la cale, Nicomède l'y autorise afin qu'il dégage du pont ("Je vois s'entrouvrir une écoutille et sortir la tête grisonnante de [Simon-]Pierre. Il regarde, anlayse, et referme à temps pour empêcher un torrent d'eau de descendre par l'ouverture, mais après une pause des vagues il rouvre et saute dehors. Il s'agrippe à des appuis, observe la mer infernale et, pour tout commentaire, siffle et gémit. Nicomède le voit : ‟Dégage ! crie-t-il. Ferme cette écoutille ! Si le navire s'alourdit, nous coulons ! Ce sera déjà bien si nous ne devons pas jeter la cargaison à la mer ! Jamais vu une pareille tempête ! Dégage, je te dis ! Je ne veux pas de terriens dans mes jambes ! Ce n'est pas une place pour les jardiniers ici !”. Il ne continue pas : une autre lame balaie le pont en recouvrant tout ce qui s'y trouve. ‟Tu vois ?”, crie-t-il à [Simon-]Pierre qui est inondé. ‟Je vois, mais cela ne m'impressionne pas. Je ne suis pas seulement jardinier, je suis né sur l'eau. Sur un lac, certes, mais même ce lac… Avant d'être un terrien je suis pêcheur et je sais…” [Simon-]Pierre est très calme et suit le roulis à la perfection avec ses jambes écartées et musclées. Le Crétois le regarde s'approcher. ‟Tu n'as pas peur ?”, lui demande-t-il. ‟Pas du tout.” ‟Et les autres ?” ‟Trois sont pêcheurs comme moi, ou plutôt l'étaient. Les autres sont forts, sauf le malade [Félix/Jean d'En-Dor].” ‟Même la femme [Syntyché] ? Attention, tiens-toi !” Une autre avalanche prend possession du pont. [Simon-]Pierre attend qu'elle soit passée, puis il dit : ‟Cette douche aurait été bienvenue l'été dernier… Patience. Tu me demandes ce que fait la femme ? Elle prie. Et tu ferais bien de l'imiter. Où sommes-nous actuellement ? Dans le canal de Chypre ?” ‟Si seulement ! J'accosterais en attendant l'accalmie ! Nous sommes presque à hauteur de Colonia Julia, Bérytos si tu préfères [on note que le Grec crétois Nicomède désigne spontanément la cité de Bérytos/Beyrouth par son nouveau nom latin "Colonia Julia" que lui ont donné les Romains et non pas par son nom grec séculaire, ce petit fait vrai doit être mis en relation avec le salut romain "ave" utilisé de préférence au traditionnel salut grec "chairete/ca…rete" par Nicomède au moment d'embarquer, cela renseigne sur le niveau d'allégeance de Nicomède à Rome, et renforce l'hypothèse que Nicomède a pu servir les Romains en mer du Nord lors de leurs campagnes contre les Germains naguère, Nicomède semble avoir oublié ses origines grecques pour se soumettre totalement au nouveau dominant romain, jusque dans le choix de son vocabulaire], et le pire est à venir ! Ces montagnes sont celles du Liban !” ‟Tu ne peux pas entrer dans ce pays-là ?” ‟Le port n'est pas bon et les écueils sont dangereux ! Impossible ! Attention !” Un nouveau tourbillon. Un autre morceau de mât est emporté après avoir blessé un homme, que la vague projette contre un obstacle, le sauvant ainsi de la noyade. ‟Redescends ! Redescends ! Tu vois bien !” ‟Je vois. Mais cet homme ?” ‟S'il n'est pas mort, il reviendra à lui ! Je n'ai pas le temps de m'en occuper !” En effet le Crétois doit superviser tout pour la survie de tous. ‟Confie-le-moi, la femme [Syntyché] le soignera.” ‟Fais comme tu veux mais dégage !” [Simon-]Pierre se glisse jusqu'à l'homme immobile, le saisit par un pied et l'amène à lui", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 320.2-3, vision du 05/11/1945). Démété, descendu dans la cale par Simon-Pierre, est pris en charge par Syntyché, qui le soigne en appliquant sur les plaies un linge enduit de la pommade cicatrisante donnée par Marie la Vierge au moment du départ ("[Simon-Pierre] descend le blessé [dans la cale] et le suit en barrant l'écoutille. A la lumière fumeuse des lampes suspendues, tous voient que [Simon-]Pierre est couvert de sang : ‟Tu es blessé ?”, demandent-ils. ‟Non, c'est le sang de celui-là. Mais priez pour… Syntyché, regarde par ici, tu m'as dit que tu sais soigner les blessés. Tu peux examiner sa tête ?” Syntyché abandonne [Félix/]Jean d'En-Dor très malade [du mal de mer], pour venir à la table sur laquelle est étendu le malheureux, qu'elle ausculte. ‟Mauvaise blessure. J'ai vu deux fois la même sur deux esclaves, le premier battu par son maître, le second sur un rocher à Caprarola [à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Rome, 42°19'39"N 12°14'18"E]. J'ai besoin d'eau, de beaucoup d'eau pour nettoyer et arrêter le saignement.” ‟Tu veux de l'eau ? On en a trop ! Viens avec le baquet, Jacques [fils d'Alphée ou fils de Zébédée ?], nous serons plus efficaces à deux.” Ils vont et viennent, ruisselants. Syntyché lave la nuque avec des linges trempés et y applique des compresses. C'est une plaie importante. De la tempe à la nuque, l'os est découvert. Cela n'empêche pas l'homme d'ouvrir des yeux et de bafouiller en râlant, pris par la peur instinctive de la mort. ‟Du calme, tu guériras”, lui dit maternellement la Grecque [Syntyché] pour le réconforter. Elle lui parle en grec parce qu'il s'exprime en grec. L'homme la regarde avec étonnement et, bien qu'étourdi, esquisse un sourire en entendant sa langue maternelle. Il cherche la main de Syntyché, comme tout homme en souffrance redevenant un enfant et voyant sa mère dans n'importe quelle femme. ‟Je vais tester l'onguent de Marie [la Vierge]”, dit Syntyché quand la blessure se cicatrise. […] Elle va au sac de [Simon-]Pierre, en sort un récipient en bronze, l'ouvre, prend un peu d'onguent et le réchauffe à une lampe dans le couvercle. Elle l'étend sur un linge plié et l'applique sur la tête endolorie, qu'elle bande bien serrée avec des lamelles de lin. Elle roule un manteau sur le crâne de l'homme qui s'assoupit, puis elle s'assoit près de lui en priant. Les autres prient aussi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 320.3-4, vision du 05/11/1945). Nicomède redoute le naufrage. Il décide d'offrir un sacrifice à Vénus, déesse romaine équivalente à Aphrodite chez les Grecs, associée à l'île de Chypre proche où elle est née selon Hésiode (Théogonie 192-195). Simon-Pierre le raille, et demande à ses sept collègues apôtres de remonter avec lui sur le pont et de chanter le Notre Père en araméen pour offrir au paien Nicomède une image de la vraie foi et de sang froid dans l'adversité ("Soudain l'écoutille s'ouvre et un matelot se précipite à l'intérieur. ‟Que se passe-t-il ?”, demande [Simon-]Pierre. ‟On coule ! Je viens prendre l'encens et les offrandes pour un sacrifice !” ‟Laisse tomber ces sornettes !” ‟Nicomède veut sacrifier à Vénus, nous sommes dans sa mer !” [Simon-]Pierre murmure : ‟… qui est frénétique comme elle…”, puis il dit à haute voix : ‟Venez, montons sur le pont. Nous pouvons peut-être faire quelque chose. Tu peux rester seule avec le blessé et ces deux-là ?” Les ‟deux-là” sont Matthieu et [Félix/]Jean d'En-dor que le mal de mer a transformés en loques. ‟Oui, oui, allez-y”, répond Syntyché. Ils sortent sur le pont. Le Crétois [Nicomède] essaie d'allumer l'encens, et les aborde furieux pour les renvoyer dans la cale en criant : ‟Vous ne voyez pas que sans un miracle nous sommes perdus ! Première fois depuis que je navigue !”. ‟Dans un instant il dira que nous sommes la cause du mal…”, murmure Jude [Thaddée] fils d'Alphée. Et en effet l'homme se met à crier : ‟Maudits Israélites, que nous avez-vous fait ? Sales hébreux, vous portez malheur, partez d'ici ! Je sacrifie à Vénus Genetrix !” ‟Tu te trompes, laisses-nous sacrifier à notre manière…” ‟Hors d'ici, démons ! Vous êtes…” ‟Ecoutez-le ! Je te jure que si tu nous laisses faire tu verras un prodige.” ‟Non, hors d'ici !” Il allume l'encens pour le jeter dans la mer, comme il peut, avec des liquides qu'il offre et qu'il boit et des poudres que je ne connais pas. Mais les vagues éteignent l'encens et, au lieu de se calmer, la mer devient plus furieuse, en balayant tout l'attirail du rite, elle manque même d'emporter Nicomède. ‟Ta déesse te donne une belle réponse ! Maintenant, à nous. […] Chante, Jean [fils de Zébédée], comme hier, et nous te suivons. Nous verrons le résultat.” ‟Oui, nous verrons le résultat ! Si ça empire, je vous jette à la mer comme victimes propitiatoires !” ‟D'accord. Vas-y, Jean [fils de Zébédée].” Et Jean [fils de Zébédée] commence à chanter, tous les autres le suivent, même [Simon-]Pierre qui ordinairement ne chante jamais parce qu'il détonne. Le Crétois, bras croisés, sourit moitié fâché moitié ironique. Après le chant, ils prient les bras ouverts, en récitant probablement le Notre Père, peut-être en hébreu [en fait en araméen], je ne reconnais pas la langue. Puis ils recommencent à chanter, plus fort. Ils alternent ainsi, sans peur, sans s'interrompre malgré les vagues qui les giflent. Ils ne se tiennent plus aux poteaux, pourtant ils sont pleins d'assurance, comme s'ils fusionnaient avec le pont", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 320.5-6, vision du 05/11/1945). La mer s'apaise. N'importe quel esprit rationnel n'y voit que l'effet du vent qui retombe, mais les huit apôtres lisent ce phénomène comme l'effet de leur Notre Père. Nicomède quant à lui n'est plus en situation de juger : la mer qui s'apaise lui révèle soudain le ridicule de sa peur excessive de mourir, son orgueil ne supporte pas l'idée d'avoir montré son angoisse à des juifs, alors il essaie d'en savoir davatange sur ce chant araméen mystérieux qui éteint les tempêtes, et même de le leur acheter, pour signifier à lui-même et à eux qu'il leur reste supérieur puisqu'il a les moyens financiers de le leur acheter. Mais Simon-Pierre le repousse crânement et ironiquement, et le voyage se pousuit sans nouvel incident. En résumé il n'y a pas de miracle, simplement des hommes qui se racontent des histoires, échauffés par la peur et le défi, puis par la honte et l'orgueil, face à la banalité d'une mer qui gronde puis qui s'assagit ("Les vagues perdent peu à peu de leur violence. Elles sont toujours impressionnantes car le vent tarde à tomber, mais la furie cesse, les flots n'atteignent plus le pont. Le Crétois [Nicomède] montre un visage stupéfait. [Simon-]Pierre le regarde du coin de l'œil, sans cesser de prier. Jean [fils de Zébédée] sourit et chante plus fort, les autres le soutiennent en s'imposant progressivement au fracas. La mer s'apaise, elle retrouve son aspect ordinaire, la tempête redevient une brise. ‟Alors, qu'en dis-tu ?” ‟De quoi parle votre incantation ?” ‟Du vrai Dieu et de sa sainte servante. Dresse donc les voiles et ajuste-les. Ce n'est pas une île, là-bas ?” ‟Oui, c'est Chypre. La mer sera plus tranquille dans son canal... Etrange… Cette étoile que vous adorez, c'est Vénus, non ?” ‟Que nous « vénérons » plutôt, nous n'« adorons » que Dieu…. Non, ce n'est pas Vénus. C'est la juive Marie de Nazareth, la mère de Jésus le Messie d'Israël.” ‟En quelle langue ? Ce n'est pas de l'hébreu…” ‟Non, c'est la langue de notre patrie, de notre lac [l'araméen]. Mais nous ne pouvons pas te l'enseigner, païen. Ce sont des paroles adressées à Dieu que seuls les croyants connaissent… A plus tard, Nicomède. Et ne regrette pas les bimbeloteries parties au fond, elles ne te porteront plus malheur… Hé, es-tu de sel ?” ‟Non… Mais excusez-moi… Je vous ai insultés…” ‟C'est sans importance. Certainement un effet du culte de Vénus… Garçons, retournons voir les autres !” [Simon-]Pierre se dirige vers l'écoutille en riant joyeusement. Le Crétois les suit : ‟Attendez ! Et l'homme [Démété] ? Mort ?” ‟Non. Nous te le rendrons bientôt en bonne santé. Encore une plaisanterie de nos maléfices…” ‟Oh, excusez-moi !... Dites… Pourriez-vous m'apprendre, pour m'aider ? Je peux payer largement…” ‟A plus tard, Nicomède. C'est une longue affaire, et défendue : on ne donne pas des choses sacrées aux païens. Porte-toi bien, l'ami !” Suivi de tous, [Simon-]Pierre repasse sous le pont en riant, tandis que la mer se tranquillise sous le vent modéré du sud propice à la navigation. Le soleil descend, et à l'orient se dessine un premier quartier qui tend vers la pleine lune", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 320.9-10, vision du 05/11/1945). On approche de Séleucie-de-Piérie en soirée. Démété reparaît sur le pont avec les huit apôtres. Nicomède vante les dieux païens ayant guéri Démété. Les apôtres retiennent leur exaspération face à sa malhonnêteté ("La cité de Séleucie[-de-Piérie] se dessine dans un crépuscule merveilleux, masse blanche en bordure de la mer bleue tranquille et riante, fantaisie de petites vagues sous le ciel qui fond son cobalt sans nuages dans le pourpre du jour couchant. Le navire se dirige toutes voiles dehors vers la cité encore lointaine, comme incendié de feux joyeux par le soleil fêtant son arrivée prochaine. Sur le pont, parmi les matelots qui ne sont plus affairés et inquiets, se trouvent les passagers regardant approcher leur but. Près de [Félix/]Jean d'En-Dor encore plus amaigri qu'au départ, [Démété] le marin blessé est assis, la tête bandée, d'une pâleur d'ivoire à cause du sang qu'il a perdu, mais souriant. Il parle avec ses sauveurs, et avec ses compagnons qui manifestent leur joie de le revoir sur le pont. Le Crétois [Nicomède] le remarque aussi. Il quitte son poste, qu'il confie au chef de chiourme, pour venir saluer ‟son excellent Démété” réapparu après sa blessure. ‟Et merci à vous tous, ajoute-t-il aux apôtres. Je le croyais perdu, blessé la poutre alourdie par le fer. Ils t'ont vraiment redonné la vie, Démété, par deux fois : la première fois en te tirant du pont où les vagues auraient pu te prendre avec les marchandises et te jeter à la mer sans que tu puisses réagir à cause du sang que tu perdais, tu aurais péri en descendant au royaume de Neptune au milieu des Néréides et des Tritons, la seconde fois en bénéficiant de ce remarquable onguent. Montre-moi ta blessure.” L'homme dénoue le bandage et expose la cicatrice bien refermée, lisse, formant une marque rouge depuis la tempe jusqu'à la nuque, à la limite des cheveux coupés probablement par Syntyché pour les empêcher d'entrer dans la blessure. Nicomède effleure légèrement cette marque : ‟L'os est ressoudé. Tu es aimé par Vénus Marine, elle a décidé de te maintenir à la surface de la mer et sur les rivages de la Grèce. Qu'Eros te soit propice quand nous descendons à terre, et t'aide à oublier le malheur et la terreur de Thanatos qui t'étreignait déjà”. [Simon-]Pierre ne dissimule pas ses pensées quand il entend ce fatras mythologique. Appuyé à un mât, les mains derrière le dos, il reste silencieux, mais toute son attitude trahit l'épithète salée qu'il voue au païen Nicomède et à son paganisme, et signifie son mépris général pour les gentils [les païens]. Les autres sont aussi dédaigneux. Jude [Thaddée] fils d'Alphée a le visage fermé de ses mauvais jours, son frère [Jacques fils d'Alphée] se retourne pour observer les vagues, Jacques fils de Zébédée et André plaquent tout le monde pour descendre récupérer les sacs et le métier [à tisser, qui sera utilisé par Syntyché à Antigonia], Matthieu joue avec sa ceinture, [Simon] le zélote l'imite en ajustant ses sandales trop grandes comme s'il les découvrait, Jean fils de Zébédée fixe son regard sur la mer. Le mépris des huit est si manifeste, et le mutisme des deux disciples [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] assis près du blessé est si éloquent, que le Crétois s'en aperçoit et tente de se justifier : ‟C'est notre religion. Vous croyez à la vôtre, nous croyons à la nôtre”. Personne ne répond", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 321.1-2, vision du 06/11/1945). On approche du port dans un silence pesant. Nicomède se sent obligé de réamorcer le dialogue, il décrit le paysage (avec une précision qui étonne encore : comment Maria Valtorta peut-elle détailler autant la topographie alors qu'à l'époque où elle écrit, en 1945, les seules connaissances sur Séleucie-de-Piérie ne dépassent pas l'exposé très vague de l'archéologue français Victor Chapot dans son article Séleucie-de-Piérie publié dans le numéro 46 de la revue Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France en 1906, et que même en l'an 2000 les métamorphoses du site ne sont pas connues avec certitude parce que l'embouchure du fleuve Oronte s'est amplement remodelé au fil des siècles à cause des dépôts d'alluvions fluviales, et parce que les bouleversements politiques de la région au XXème siècle ont empêché toute campagne archéologique approfondie ?), et il loue maladroitement la grandeur des réalisations romaines. Syntyché le coupe brutalement en l'accusant de traîtrise contre la Grèce. Cette scène raccorde parfaitement avec tout ce que nous avons dit dans nos précédents paragraphes, les Grecs de Méditerranée orientale n'ont jamais accepté au fond la défaite de leur dernière reine Cléopâtre VII à Actium en -31, ils attendent la première occasion pour se réaffirmer face à leur vainqueur romain consenti de mauvaise grâce, cette occasion sera le christianisme. Si Maria Valtorta a inventé ce passage, son invention cible juste : le Grec Nicomède admirateur et auxiliaire des Romains représente une infime minorité des Grecs de Méditerranée orientale au Ier siècle, la Grecque Syntyché au contraire, fière de la culture grecque millénaire qu'elle porte, déjà convertie à l'évangile, représente l'avenir ("‟Vous êtes déjà venus ici ?” [c'est Nicomède qui s'adresse aux apôtres silencieux] ‟Moi, une fois, mais par voie de terre” répond [Simon] le zélote d'un ton sérieux et tranchant. ‟Ah, bien. Alors tu sais que Séleucie[-de-Piérie] est le port d'Antioche, il accueille les gros navires à l'embouchure de l'Oronte, en période d'eaux profondes les bateaux plus petits peuvent remonter jusqu'à Antioche. La grande cité que vous voyez, c'est Séleucie[-de-Piérie], les ruines au sud sont les vestiges d'une autre cité, elles sont impressionnantes mais complètement abandonnées [l'ancien port fondé par Séleucos à l'extrême fin du IVème siècle av. J.-C. a été comblé au fil des siècles par les alluvions du fleuve Oronte, contraignant les habitants à déplacer leurs habitations et leurs infrastructures pour rester en contact avec la mer, les habitations et infrastructures antérieures ont disparu peu à peu dans les dépôts fluviaux devenus des prairies très fertiles, au milieu desquelles s'est développée la ville de Samandağ en Turquie, la cité de Séleucie-de-Piérie s'est reculée progressivement pour se fixer au pied du mont Pieros/Kapısuyu, aujourd'hui Çevlik en Turquie, 36°07'34"N 35°55'04"E, à l'ouest de sa nécropole creusée dans le roc, aujourd'hui le site archéologique de Beşikli Mağara en Turquie, 36°07'14"N 35°55'43"E]. Le mont Piéros, là, a donné le nom « Séleucie-de-Piérie ». Là-bas, après la plaine, c'est le mont Casios [aujourd'hui le Kel Dağı servant de frontière actuelle entre la Turquie au nord et la Syrie au sud, 35°57'07"N 35°58'10"E], tel un géant protégeant Antioche. Au nord, c'est la chaîne de l'Aman. Oh, vous verrez les travaux des Romains à Séleucie[-de-Piérie] et à Antioche. On ne peut rien imaginer de plus grand. Le meilleur port, avec trois bassins, des canaux, des jetées, des digues. Aucun équivalent en Palestine. La Syrie est la plus puissante province de l'Empire…” Ses propos tombent dans un silence glacial. Même Syntyché, moins susceptible que les autres parce qu'elle est Grecque, serre les lèvres, son visage ressemble à celui d'une médaille ou d'un bas-relief, une déesse détachée des hommes. Le Crétois s'en aperçoit, il éprouve le besoin de se justifier : ‟Que voulez-vous ! Je gagne ma vie avec les Romains…”. La réponse de Syntyché est tranchante comme un coup de sabre : ‟Et l'or émousse l'épée de l'honneur patriote et de la liberté”, dit-elle sur un tel ton et dans un latin si pur que l'autre reste pétrifié. Puis il ose demander : ‟Mais tu es Grecque ?”. ‟Je suis Grecque. Et toi tu aimes les Romains. Je te parle dans la langue de tes maîtres, pas dans la mienne, celle de la patrie martyre.” Le Crétois est confus, et les apôtres éprouvent un muet enthousiasme pour la leçon qu'elle vient de donner au panégyriste de Rome", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 321.3, vision du 06/11/1945). Nicomède n'insiste pas. Il demande seulement aux apôtres par quel moyen ils espèrent aller de Séleucie-de-Piérie à Antioche, il leur propose d'attendre le lendemain matin sur son navire, mais les apôtres repoussent son offre car ils voient son équipage préparer un nouveau sacrifice en l'honneur de Lazare. Chacun reste campé courtoisement sur sa position. Nicomède maintient son paganisme, il ne s'efforce plus d'être aimable, il se retire en prétextant devoir commander les manœuvres d'accostage. C'est encore une scène emblématique des conflits futurs entre chrétiens et Romains paiens : les seconds accepteront les premiers, tant que les premiers n'entraveront pas les décisions pratiques et politiques des seconds ("[Nicomède] essaie de détourner la conversation en demandant par quel moyen ils iront de Séleucie[-de-Piérie] à Antioche. ‟Avec nos jambes, homme” répond [Simon-]Pierre. ‟Le soir tombe. Il fera nuit quand on débarquera.” ‟Nous trouverons où dormir.” ‟Sans doute. Mais vous pourriez dormir aussi ici jusqu'à demain.” Jude Thaddée, qui a remarqué les préparatifs d'un nouveau sacrifice aux dieux pour célébrer l'arrivée au port, dit : ‟Pas besoin. Nous te sommes reconnaissants de ta bonté, mais nous préférons descendre. N'est-ce pas, Simon [le zélote] ?” ‟Oui, nous devons prier aussi… toi avec tes dieux, nous avec notre Dieu.” ‟Faites comme vous voulez. Je voulais simplement être agréable au fils de Théophile [Lazare].” ‟Nous voulions également être agréable au fils de Dieu [Jésus] en te persuadant qu'un seul Dieu existe. Mais tu es un rocher inébranlable. Comme tu vois, nous sommes pareils. Mais qui sait ? Nous nous reverrons peut-être un jour, quand tu seras moins entêté…”, dit [Simon] le Zélote. Nicomède a un geste comme pour dire : ‟Qui sait quand ?”, trahissant son indifférence ironique devant l'invitation à reconnaître le vrai Dieu et à abandonner les faux. Puis il reprend son poste de pilote car désormais le port est tout proche", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 321.4, vision du 06/11/1945). Le navire amarré, Nicomède indique l'adresse d'une auberge aux apôtres. On se sépare froidement ("Le navire accoste sous les sifflets stridents de commandement. On descend la passerelle. Nicomède s'approche des partants. ‟Adieu, homme. Et merci”, dit [Simon-]Pierre au nom de tous. ‟Adieu, hébreux. Je vous remercie également. En suivant cette rue vous trouverez tout de suite un logement. Adieu.” Les apôtres descendent du navire, lui revient vers son autel. Et tandis que [Simon-]Pierre et les autres chargés comme des porteurs partent se reposer, le païen commence son rite inutile", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 321.6, vision du 06/11/1945). Après la nuit à l'auberge, le vieil aubergiste dit qu'il a été aidé jadis par l'ancien gouverneur Théophile père de Lazare, en retour de cette aide il veut prêter aux apôtres son chariot conduit par un cheval qui connaît le chemin jusqu'à Antioche. Simon-Pierre hésite, puis accepte ("‟Sur l'agora vous trouverez certainement un chariot, mais je peux vous prêter le mien en souvenir de Théophile. Je suis un homme tranquille grâce à lui, il m'a défendu car il était juste. Et certaines choses ne s'oublient pas”, dit le vieil aubergiste debout devant les apôtres dans le premier soleil du matin. ‟Mais nous ne pouvons pas garder ton chariot pendant des jours au loin… Et qui le conduira ? Je me débrouille avec un âne, mais avec un cheval…” ‟C'est la même chose, homme. Je ne te confie pas un poulain indompté mais un cheval de trait, prudent et doux comme un agneau. Vous irez rapidement sans effort. A none [quinze heures] vous serez à Antioche. Le cheval connaît la route et s'y rend seul. Tu me le rendras quand tu voudras. Mon seul intérêt est d'être agréable au fils de Théophile [Lazare], vous lui direz que je me sens encore redevable, que je pense à lui et que je me considère toujours son serviteur.” ‟Que faisons-nous ?”, demande [Simon-]Pierre à ses compagnons. ‟Ce que tu crois le mieux. Tu es juge et nous obéissons.” ‟Nous essayons le cheval ? Je propose ça à cause de [Félix/]Jean [d'En-Dor]. Et aussi pour aller vite. J'ai l'impression de conduire quelqu'un à la mort, et j'ai hâte que tout soit fini…” ‟Tu as raison”, disent-ils tous. ‟D'accord, homme, j'accepte.” ‟Et moi, je vous le donne avec joie. Je vais préparer le chariot”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 322.1, vision non datée). Le cheval connaît effectivement le chemin : tirant le chariot qui porte les apôtres avec Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, sans que Simon-Pierre ait besoin de secouer beaucoup les rênes, il trottine vers l'amont du fleuve Oronte ("[Les apôtres avec Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] passent le large portail [de l'auberge] après que l'aubergiste a renouvelé ses assurances sur la docilité du cheval. Ils traversent une place qu'il leur a indiquée et prennent une rue près des murs, ils sortent par une porte, en côtoyant d'abord un canal profond puis le fleuve [Oronte]. La route est belle et bien entretenue, elle est orientée vers le nord-est mais elle suit les détours du fleuve. De l'autre côté, des monts abrupts aux failles très vertes. Dans les endroits les plus ensoleillés, on voit des arbustes gonflés par toutes sortes de gemmes. ‟Que de myrtes !”, s'écrie Syntyché. ‟Et de lauriers !”, ajoute Matthieu. ‟Près d'Antioche un lieu est consacré à Apollon” [le bois sacré de Daphné, aujourd'hui le parc Defne au sud d'Harbiye en Turquie, 36°07'45"N 36°08'37"E]”, dit [Félix/]Jean d'En-Dor. ‟Les vents ont peut-être apporté des graines jusqu'ici ?” ‟Peut-être. On y trouve beaucoup de belles plantes”, dit [Simon] le zélote. ‟Toi qui es déjà venu, sais-tu si nous passerons près de Daphné ?” ‟Forcément. Vous allez voir une des plus belles vallées du monde. A part le culte obscène qui a dégénéré en orgies toujours plus dégoûtantes, c'est un très beau parc. Si la foi y pénètre il deviendra un paradis. Oh, que de bien vous pourrez répandre ici ! Je vous souhaite des cœurs fertiles comme le sol”, dit [Simon] le Zélote pour consoler les deux disciples. Mais [Félix/]Jean [d'En-Dor] baisse la tête et Syntyché soupire. Le cheval trotte en cadence. [Simon-]Pierre ne parle pas, concentré sur sa conduite, bien que l'animal avance avec assurance sans besoin d'être guidé ni stimulé. On arrive rapidement près d'un pont, où on s'arrête pour manger et pour détendre le cheval. Le soleil est au midi, la beauté d'une splendide nature se manifeste au regard", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 322.4-5, vision non datée), qu'il traverse sur un pont, longe le bois sacré de Daphné/Harbiye, et arrive devant Antioche/Hatay. On entre dans la ville ("[Les apôtres avec Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] remontent sur le chariot, franchissent le pont pour suivre la rive opposée du fleuve [Oronte], une autre route menant directement à Antioche à travers un paysage très fertile. ‟Voilà. La poétique Daphné. Avec son temple et ses bosquets [c'est Simon le zélote qui parle]. Et là, dans la plaine, Antioche avec ses tours sur les remparts. Nous entrerons par la porte près du fleuve. La maison de Lazare se situe près des murs. Les plus belles maisons ont été vendues. Reste celle-là, autrefois résidence de passage pour les serviteurs et les clients de Théophile, avec beaucoup d'écuries et de greniers. Aujourd'hui Philippe y vit. Un bon vieux, un fidèle de Lazare. Vous [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] y serez bien. Ensuite nous irons ensemble à Antigonia où est le domaine qu'habitaient Euchérie et ses enfants, alors tout petits.” ‟La ville est très fortifiée”, remarque [Simon-]Pierre, qui respire à nouveau après avoir réussi son premier essai de cocher. ‟Très fortifiée. Des murs hauts et larges, comme vous voyez, cent tours comme des géants dressés par-dessus, et des fossés infranchissables à leurs pieds. Même le mont Silpion [aujourd'hui le Neccar Dağı, 36°11'59"N 36°10'37"E] a mis ses sommets au service de la défense. Des forts dans les endroits les plus délicats… Voici la porte. Mieux vaut que tu t'arrêtes et que tu entres en tenant le cheval par la bride. Je vais te guider car je connais le chemin.” Ils passent la porte gardée par les Romains", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 322.6, vision non datée). On serpente à travers les ruelles, jusqu'à un pied-à-terre appartenant à Lazare, où vit le régisseur Philippe ("Un bref parcours, puis un bâtiment robuste et simple, une façade sans fenêtres, seulement un portail au milieu. ‟C'est ici. Stop !” dit [Simon] le zélote. ‟Oh, Simon [le zélote] ! Je t'en prie, à ton tour de parler !” [c'est Simon-Pierre qui parle] ‟Si ça te fait plaisir…” [Simon] le zélote frappe au lourd portail. Il se présente comme envoyé de Lazare. Il entre seul. Il ressort avec un vieillard grand et digne qui s'incline en ordonnant à un serviteur d'ouvrir le portail pour laisser entrer le chariot, et qui demande pardon à tous de les introduire de cette manière dans la propriété. Le chariot s'arrête dans une vaste cour à portiques, avec quatre gros platanes aux quatre angles et deux au milieu pour protéger un puits et un bassin servant à abreuver les chevaux. ‟Occupe-toi du cheval”, commande le régisseur au serviteur. Puis il s'adresse aux visiteurs : ‟Je vous en prie, venez. Que soit béni le Seigneur qui m'envoie les amis de mon maître. Ordonnez : je vous écoute”. [Simon-]Pierre rougit parce que ces paroles et ces inclinations lui sont spécialement adressées, et il ne sait comment répondre. [Simon] le zélote [Simon] vient à son secours. ‟Les disciples du Messie d'Israël, dont te parle Lazare fils de Théophile, habiteront désormais le domaine pour servir le Seigneur. Pour le moment ils n'ont besoin que de repos. Peux-tu leur montrer où s'installer ?” ‟Des pièces sont toujours prêtes pour les voyageurs, comme du temps de ma maîtresse [Euchérie]. Venez.” Suivi de tous, il traverse un couloir, puis une petite cour au fond de laquelle se trouve une maison. Il ouvre la porte, franchit un vestibule et tourne à droite. Un escalier. Ils montent. Un nouveau couloir avec des pièces des deux côtés. ‟Voici. Que la demeure vous soit agréable. Je vais commander l'eau et le linge. Que Dieu soit avec vous”, dit le vieillard, et il s'en va. On ouvre les volets des pièces avant de se les répartir. D'un côté, les murs et les tours d'Antioche. De l'autre côté, la cour tranquille ornée de rosiers grimpants, temporairement sans charme à cause de la saison. Après un si long voyage, enfin une maison, une chambre, un lit. Un séjour pour ceux-ci [les huit apôtres], le but pour ceux-là [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 322.7, vision non datée). Ce dernier dit que son petit-fils appelé "Tolmai" (version araméenne de "Ptolémée" en grec, on renvoie ici à l'apôtre Nathanaël "fils de Tolmai" homonyme) doit se rendre à Antigonia, il demande aux dix voyageurs s'ils souhaitent l'accompagner. Les apôtres expliquent au régisseur Philippe que Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché convertiront les jeunes gens d'Antioche par des moyens détournés, celui-ci par l'enseignement de la lecture et de l'écriture (concurremment aux pharisiens de la synagogue de Daphné/Harbiye, non retrouvée encore par les archéologues, mais crédible puisque Daphné/Harbiye est à la fois proche et séparée de la grande cité païenne d'Antioche/Hatay, comme la synagogue de Yafia/Nazareth est à la fois proche et séparée de la grande cité païenne de Sepphoris/Tsipori), celle-là par la fabrication et le commerce de tissus ("‟Mon petit-fils Tolmaï est venu pour le marché. Aujourd'hui à sexte [midi] il retourne à Antigonia. La journée est tiède. Voulez-vous l'accompagner, comme vous le souhaitiez ?”, leur demande le vieux Philippe en leur servant du lait fumant. ‟Nous le suivrons sans faute. Quand as-tu dit ?” ‟A sexte. Vous pourrez revenir demain, si vous désirez. Ou le soir d'avant le sabbat. Tous les serviteurs juifs ou convertis reviennent pour les offices du sabbat.” ‟Nous ferons cela. Ce n'est pas encore sûr qu'ils [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] choisiront ce lieu comme demeure.” ‟Je serai heureux même s'ils ne restent pas avec moi [dans la maison d'Antioche]. La région [d'Antigonia] est saine, et ils seront profitables aux serviteurs, dont quelques-uns ont connu le maître [Théophile]. Certains ont été rachetés à des propriétaires cruels par la maîtresse [Euchérie], ils ne sont pas tous juifs, mais ils ne sont plus complètement païens. Je parle surtout des femmes, car les hommes au moins sont circoncis. Ne les méprisez pas, même s'ils sont encore très loin de la justice d'Israël. Ne soyez pas comme les saints parfaits du Temple, qui seraient scandalisés…” ‟Oui, oui… Ils progresseront en aspirant la sagesse et la bonté des envoyés du Seigneur… Vous mesurez la tâche à accomplir ?”, demande [Simon-]Pierre aux deux disciples [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché]. ‟Nous l'accomplirons. Nous ne décevrons pas le rabbin [Jésus]”, promet Syntyché, et elle sort pour préparer ce qu'elle juge opportun. [Félix/]Jean d'En-Dor demande à Philippe : ‟Penses-tu qu'à Antigonia je pourrais aider les autres comme pédagogue ?”. ‟Sûrement. Le vieux Plautius est décédé il y a trois lunes et les enfants des gentils [non-juifs] n'ont plus d'instituteur. Les juifs quant à eux fuient l'école près de Daphné, ils ont besoin d'un enseignant comme était Théophile… sans dureté…” ‟… qui ne soit pas pharisien, tu veux dire”, termine [Simon-]Pierre expéditif. ‟Oui… Je ne veux pas critiquer, mais je pense que maudire ne sert à rien. Mieux vaut accompagner. Comme faisait la maîtresse [Euchérie], par son sourire elle amenait à la Torah davantage et mieux qu'un docteur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.1-2, vision du 07/11/1945). Quand Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché sortent de la pièce, Simon-Pierre murmure à son hôte que les deux sont recherchés par les autorités juives et romaines, ils doivent donc être présentés comme des éducateurs envoyés par Lazare et non pas comme des disciples de Jésus missionnés pour convertir les Antiochiens. Le régisseur Philippe promet. Rassuré, Simon-Pierre ajoute que lui-même et les sept autres apôtres doivent repartir au plus vite vers le sud Levant, par conséquent ils ne resteront pas longtemps à Antigonia ni à Antioche ("‟Tu dois savoir que [Félix/]Jean [d'En-Dor] est la cible des « durs » d'Israël, comme tu les désignes.” [c'est Simon-Pierre qui s'adresse à l'intendant Philippe] ‟Je vois… Persécuté politique comme…”, et il regarde [Simon] le zélote. ‟… comme moi, oui [on se souvient que, selon la vision 56.6 précitée, le père de Simon le zélote a été poursuivi et a perdu une grande partie de la fortune familiale à cause de sa proximité avec le mouvement zélote du Galiléen Judas fils d'Ezéchias, son fils Simon en a souffert également, il lui doit son surnom "le zélote" comme une marque d'infamie politique]. Mais plus encore : il les excite non seulement parce qu'il n'est pas de leur caste, mais encore parce qu'il appartient au Messie. En résumé, que ceci soit dit une fois pour toutes, lui et elle dépendent de ta fidélité… Tu comprends ?” ‟Je comprends. Je saurai m'en souvenir.” ‟Comment les présenteras-tu aux autres ?” ‟Deux pédagogues recommandés par Lazare fils de Théophile, lui pour les garçons, elle pour les filles… J'ai remarqué qu'elle a un métier et des broderies. Beaucoup de produits du même genre sont réalisés à Antioche par des femmes étrangères et y sont vendus, mais ce sont des objets vulgaires et grossiers. Hier, j'ai vu l'une de ses réalisations, qui me rappelle celles de ma bonne maîtresse [Euchérie]. Elles seront très recherchées.” ‟Que le Seigneur soit loué, une fois de plus”, dit [Simon-]Pierre. ‟Voilà qui atténue pour nous la douleur du départ.” ‟Vous voulez déjà repartir ?” ‟Nous le devons. La tempête nous a rallentis. Nous devons rejoindre le rabbin [Jésus] aux premiers jours de shevat [dans le calendrier hébraïque, soit janvier/février dans le calendrier chrétien]. Il nous attend déjà, car nous sommes en retard”, explique [Jude] Thaddée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.3, vision du 07/11/1945). Le régisseur Philippe donne des instructions à son petit-fils Tolmai pour conduire le groupe vers Antigonia. Certains apôtres se demandent comment Jésus savait que Nicomède serait à Tyr en partance vers Antioche. Simon le zélote refroidit immédiatement leur enthousiasme en leur disant que Jésus a interrogé Lazare, qui lui a appris que Nicomède, ancien employé de son père gouverneur, effectue le trajet entre Tyr et Séleucie-de-Piérie à dates régulières, le même Lazare lui a également signifié que le Grec Félix/Jean d'En-Dor et la Grecque Syntyché pourraient facilement se fondre dans la population grecque d'Antioche, inutile par conséquent d'invoquer une prescience, une qualité visionnaire, Jésus a simplement pris ses renseignements à une bonne source ("‟Depuis des jours, je me demande comment [Jésus] savait que nous trouverions le Crétois [Nicomède], comment il a prévu l'emploi de [Félix/]Jean [d'En-Dor] et de Syntyché, comment, comment… Beaucoup de choses, en somme”, dit André. ‟Je pense que le Crétois [Nicomède] se rend à Séleucie[-de-Piérie] à dates fixes, que Lazare en a informé Jésus, qui en conséquence a décidé du départ avant la Pâque…”, explique [Simon] le zélote", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.4, vision du 07/11/1945). Les apôtres s'interrogent aussi sur le chemin du retour, car ils ne veulent plus recourir au païen Nicomède ("‟Si nous partons le lendemain du sabbat, nous serons à Ptolémaïs à la fin de la lune”, dit Jacques fils de Zébédée. ‟A condition de trouver un navire…”, observe Jude Thaddée. Et son frère [Jacques fils d'Alphée] ajoute : ‟… et de ne pas subir encore une tempête…” ‟Des navires partent régulièrement vers la Palestine. Même si on en prend un allant à Joppé, nous pourrons faire escale à Ptolémaïs en payant. Tu as encore de l'argent, Simon[-Pierre] ?”, demande [Simon] le zélote à [Simon-]Pierre. ‟Oui, bien que ce voleur de Crétois [Nicomède] m'a vraiment écorché, en dépit de sa serviabilité affichée à Lazare. Je dois en conserver une partie pour la garde de la barque et d'Antoine [l'âne Antoine et la barque laissés à la consigne du port de Tyr, comme on l'a raconté plus haut]. Quant à la part réservée pour [Félix/]Jean [d'En-Dor] et Syntyché je n'y touche pas, il est sacré, même si je dois jeûner je la laisse intacte”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.4, vision du 07/11/1945). La conversation dérive sur la pommade donnée par Marie la Vierge à Syntyché, qui a servi à cicatriser la blessure de Démété, quelques apôtres suggèrent que Syntyché devrait la reproduire en grande quantité et la vendre comme médicament miracle afin d'attirer des nouveaux disciples, mais Simon-Pierre les coupe abruptement en leur disant que les miracles ne servent à rien, en rappelant plusieurs miracles accomplis par Jésus n'ayant eu aucun effet sur les spectateurs indifférents ou hostiles ("‟Cet onguent, quelle merveille, hein ? Syntyché m'a dit qu'elle veut le reproduire et s'en servir pour pénétrer dans les familles d'ici”, dit Jean [fils de Zébédée]. ‟Bonne idée ! Un malade guéri, c'est un disciple gagné, et ses proches avec lui”, déclare Matthieu. ‟Bah non !”, s'écrie Pierre. ‟Quoi ! Tu penses que les miracles n'attirent pas au Seigneur ?”, lui demande André avec deux ou trois autres. ‟Oh, mes petits, vous tombez du ciel ? Vous oubliez comment beaucoup se sont comportés avec Jésus ? S'est-il converti, Eli de Capharnaüm [dans la vision 161 précitée] ? et Doras [qui est venu cracher sa haine à Belle-Eau fin W-3 avant de mourir subitement] ? et Osée de Chorazein ? et Melchias de Bethsaïde ? et à Nazareth (excusez-moi car vous en êtes originaires) quel résultat sur cinq, six, dix miracles, quel résultat sur celui de votre neveu [allusion à la récente "guérison" du jeune Alphée fils de Simon, neveu de Jacques et Jude/Thaddée, juste avant le départ vers Antioche] ?”, demande [Simon-]Pierre. Personne ne réplique, parce que c'est l'amère vérité", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.4, vision du 07/11/1945). Le régisseur Philippe revient annoncer que le chariot pour Antigonia est prêt, son petit-fils Tolmai le conduira avec son épouse (anonyme) venue à Antioche acheter des cadeaux pour leurs enfants restés à Antigonia ("Philippe revient : ‟Mon fils [Tolmai] se prépare, il se dépêche. Il est avec sa mère qui prépare des cadeaux pour les petits-fils.” ‟Ta belle-fille est bonne ?” ‟Très bonne. Elle m'a consolé de la perte de mon Joseph [fils du régisseur Philippe et père de Tolmai], elle est comme une fille pour moi. Elle a été formée par Euchérie, dont elle était servante. Venez vous restaurer avec les autres avant de partir”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.5, vision du 07/11/1945). Le domaine de Lazare à Antigonia est vite atteint. Il consiste en une place centrale d'où rayonne des allées bordées de jardins, gérés chacun par une famille de serviteurs vivant dans une maison séparée, on y produit des résines orodiférantes et du miel (via des ruches). Félix/Jean d'En-dor et Syntyché se retrouvent ainsi à la tête d'une communauté préexistante, leur tâche consistera à en convertir tous les serviteurs qui leur sont déjà dévoués. C'est là l'embryon de la future communauté chrétienne d'Antioche ("Précédé par le chariot de Tolmai petit-fils de Philippe, [le chariot des apôtres avec Félix/Jean d'En-Dior et Syntyché] trottine vers Antigonia. La petite cité est vite atteinte, cachée entre les plaines fertiles, abritée des vents par la chaîne montagneuse qui l'entoure, assez loin pour ne pas la plonger dans la pénombre, assez proche pour la protéger et déverser sur elle les effluves de ses résineux. Ensoleillée, la traverser réjouit la vue et le cœur. La propriété de Lazare est au sud de la ville. On y entre par un long chemin actuellement dépouillé [les arbres sont nus car nous sommes en hiver W-2/W-1], bordé de maisons où vivent les préposés aux jardins. Ce sont des bâtiments bas mais solides. Sur leur seuil, des jeunes enfants et des femmes s'avancent, regardent avec curiosité, saluent en souriant. Les visages montrent toutes les races. Aussitôt franchi le portail, Tolmai claque son fouet d'une manière particulière devant chaque maison. C'est un signal. Les habitants de ces maisons ferment leurs portes et suivent les deux chariots qui roulent au pas, jusqu'à une place d'où partent d'autres chemins, comme les rayons d'une roue, à travers des champs innombrables divisés en parcelles, les unes en friches, les autres bien vertes, garnies de lauriers, d'acacias et de plantes similaires ou d'arbres entaillés d'où sortent un lait odoriférant et des résines. Dans l'air flotte un mélange d'odeurs balsamiques, essentielles, aromatiques. Partout des ruches et des bassins d'irrigation où boivent des colombes blanches. Dans certains endroits, une terre nue récemment piochée où grattent des poules pareillement blanches, surveillées par des fillettes", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.6, vision du 07/11/1945). Tolmai présente Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché à tous les serviteurs du domaine, et leur mission au service de Lazare comme enseignants, l'un pour les garçons, l'autre pour les filles. Puis il présente ses trois fils aux apôtres (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.7, vision du 07/11/1945), dont Nicolas le futur diacre, et le cadet Dositheos marié à une "Hermioné d'Alexandroscène" qui le dégoûte car non-juive ("fille d'un prosélyte et d'une Grecque"). Jean fils de Zébédée lui répond selon la nouvelle orientation universaliste du ministère, à la manière de Paul plus tard (Lettre aux Galates 3.28) : "Dans la Lumière du nouveau royaume, il n'y aura plus ni juifs ni Grecs, seulement des enfants de Dieu" ("‟Joseph consacré au Seigneur, ma fille Théochérie dont le nom rappelle les justes maîtres, amie de Dieu, bonne juive, Nicolas consacré au naziréat, et Dositheos mon troisième [fils], déjà marié depuis plusieurs années à Hermioné, soupire [Tolmai] en la présentant. Viens ici, femme.” Une très jeune brunette s'avance, un bébé dans ses bras. ‟C'est elle. Fille d'un prosélyte et d'une Grecque. Mon fils l'a rencontrée quand il commerçait à Alexandroscène en Phénicie. Elle lui a plu… Lazare ne s'est pas opposé, au contraire il a dit : « Cela vaut mieux que la débauche ». C'est vrai, mais j'aurais préféré le sang d'une juive…” La pauvre Hermioné baisse la tête comme une accusée. Dositheos frémit et souffre. Anne, mère et belle-mère, a un regard attristé. Jean [fils de Zébédée], malgré son jeune âge, sent la nécessité de relever les esprits humiliés, et dit : ‟Dans le royaume du Seigneur, on ne verra plus ni Grecs ni Israélites, Romains et Phéniciens, seulement des fils de Dieu. Quand tu connaîtras le Logos de Dieu par ceux [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché] venus ici, elle élèvera ton cœur vers la nouvelle Lumière, elle ne sera plus une étrangère mais une disciple, comme toi, comme nous tous, de notre seigneur Jésus”. Auparavant humiliée, Hermioné relève la tête et, reconnaissante, sourit à Jean [fils de Zébédée]. Même expression sur le visage de Dosithéos et d'Anne. Tolmai répond d'un ton sévère : ‟Dieu veuille que cela soit. Sauf son origine, je n'ai rien à reprocher à ma belle-fille”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.8, vision du 07/11/1945). Tolmai présente ensuite les serviteurs d'origine grecque et romaine ("‟Là, les prosélytes, naguère Romains ou fils de Romains, arrachés par la charitable Euchérie à la servitude et à la gentilité [au paganisme] : Lucius, Marcellus, Solon fils d'Elatée.” ‟Nom grec”, observe Syntyché. ‟De Thessalonique. Esclave d'un serviteur de Rome”, dit [Tolmai] avec un mépris manifeste sur ‟serviteur de Rome”. ‟Euchérie l'a pris avec son père mourant, dans un moment difficile. Le père est mort païen, mais Solon est prosélyte. Priscilla, avance avec tes enfants.” Une femme de haute taille et élancée, au visage aquilin, avance en poussant une fille et un garçon, avec deux petites accrochées à sa jupe. ‟Voici la femme de Solon, affranchie d'une Romaine aujourd'hui morte, avec Marius, Cornelia, et les jumelles Marie et Martilla. Priscilla est experte en essences. Amiclea, viens avec tes enfants… Elle est fille de prosélytes, ses deux fils Cassius et Théodoros sont aussi prosélytes. Técla, ne te cache pas… C'est la femme de Marcellus. Elle est stérile. Pareillement fille de prosélytes”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.9, vision du 07/11/1945). Félix/Jean d'En-Dor apprécie l'endroit. Il souhaite s'installer à Antigonia plutôt qu'au pied-à-terre à Antioche ("[Tolmai] les conduit à travers le vaste domaine, suivi par les jardiniers qui expliquent les cultures et les travaux pendant que les fillettes reviennent à leurs poules, qui ont profité de l'absence de leurs gardiennes pour s'écarter. Tolmai explique : ‟On les amène ici pour débarrasser la terre des chenilles avant les semailles annuelles”. [Félix/]Jean d'En-Dor sourit aux poules qui caquettent : ‟Elles me rapellent les miennes autrefois…”. Il se penche pour leur jeter des miettes de pain qu'il prend dans son sac. Il finit par être entouré de poules, et il rit parce que l'une d'elles, effrontée, vient becqueter le pain dans sa main. ‟Ils sont heureux !”, lance [Simon-]Pierre à Matthieu en lui donnant un coup de coude et en lui montrant [Félix/]Jean [d'En-Dor] qui joue avec les poules et Syntyché qui parle grec avec Solon et Hermioné. Puis ils reviennent à la maison de Tolmai, qui dit : ‟Tel est le domaine. Si vous souhaitez enseigner ici, on peut vous aménager un espace… Vous restez ?” ‟Oui… Ici c'est plus beau, Syntyché. Antioche m'accable à cause des souvenirs”, dit doucement [Félix/]Jean [d'En-Dor] à sa compagne. ‟Comme tu veux, pourvu que tu sois bien. Pour ma part, peu importe, je regarde non plus en arrière mais en avant, toujours en avant désormais… Allons, [Félix/]Jean [d'En-Dor], ici nous serons bien. Des enfants, des fleurs, des colombes et des poules pour nos pauvres corps. Et pour notre âme, la joie de servir le seigneur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 323.10, vision du 07/11/1945). On revient à Antioche pour le sabbat, avec un nombre indéterminé de serviteurs du domaine d'Antigonia. Les huit apôtres prêchent chacun leur tour. Simon-Pierre est poussé par les sept autres à parler le premier, son discours est très court car il n'est pas à l'aise en rhétorique (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.1, vision du 08/11/1945). Ensuite vient Simon le zélote, ami et voisin de Lazare à Béthanie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.2, vision du 08/11/1945), puis Jacques fils d'Alphée, futur "autre moi-même" de Jésus à Jérusalem après la crucifixion (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.3, vision du 08/11/1945), puis les autres, jusqu'à Jean fils de Zébédée qui s'exalte encore dans un discours nazaréen opposant les Ténèbres et la Lumière auxquels les auditeurs répondent par un silence gêné. Le régisseur Philippe demande prosaïquement : "Et Félix/Jean d'En-Dor, il ne parle pas ? Il est pourtant ici pour enseigner", Simon-Pierre lui rétorque aussi prosaïquement que les Antiochiens auront tout loisir d'entendre Félix/Jean d'En-Dor à l'avenir puisqu'il reste sur place ("‟Unis à Jésus, vous serez fort contre tout. Vous serez pleins d'espérance car vous ne douterez pas du Cœur des cœurs qui vous aime de tout lui-même. Vous serez sages. Vous serez tout. Aimez Celui qui annonce la vraie félicité, qui prêche le Salut, qui va inlassablement à travers monts et vallées appelant son troupeau pour le rassembler. C'est sur son chemin que se trouve la Paix, dans son Royaume qui n'est pas de ce monde, et pourtant vrai comme le vrai Dieu. Abandonnez toute route qui n'est pas la sienne. Dégagez-vous de toute brume. Allez à la Lumière. Ne soyez pas comme le monde qui ne veut pas voir la Lumière, qui ne veut pas la connaître. Allez à notre Père qui est la Lumière sans mesure, par le Fils qui est la Lumière du monde, pour jouir de Dieu dans l'embrasement du Paraclet, fulguration des Lumières en une unique béatitude d'amour unissant les Trois en Un. Océan infini de l'Amour, sans tempêtes, sans ténèbres, accueille-nous tous ! Innocents comme convertis, tous pour ta Paix, tous pour l'Eternité ! Tous sur la terre afin que nous t'aimions, toi, Dieu, et le prochain comme tu le veux ! Tous dans le Ciel afin que toujours nous aimions non seulement toi et les habitants célestes mais encore les frères qui combattent sur la terre dans l'attente de la paix, que tels les anges de l'amour nous les défendions et les soutenions dans les luttes et les tentations, qu'ensuite ils puissent être avec toi dans ta Paix pour la gloire éternelle de notre seigneur Jésus, Sauveur, Amant de l'homme jusqu'à l'anéantissement sans fin et sublime !” Comme d'habitude, Jean [fils de Zébédée] en montant dans ses vols d'amour a emmené avec lui les âmes dans un silence mystique. Un temps passe avant que ceux qui ont écouté rouvrent leurs lèvres. Le premier à s'exprimer est Philippe, qui demande à [Simon-]Pierre : ‟Et le pédagogue [Félix/]Jean [d'En-Dor] ? Il ne parle pas ?” ‟Il vous parlera continuellement après nous. Pour l'heure laissez-le en paix, et laissez-nous un peu avec lui”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.8-9, vision du 08/11/1945). Les apôtres font leurs longs et tristes adieux à Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, puis repartent vers la mer, par le même chemin qu'à l'aller avec le chariot de l'aubergiste de Séleucie-de-Piérie (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 324.10, vision du 08/11/1945). On apprend a posteriori comment ils reviennent au sud Levant, par le récit de Simon le zélote. Simon-Pierre étant trop abattu après avoir abandonné Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché à Antioche, c'est Simon le zélote qui a pris les rênes pour le trajet depuis Antioche jusqu'à Séleucie-de-Piérie, le groupe a restitué le chariot à l'aubergiste, qui les a aidés à trouver un bateau de retour, ils ont embarqué sur un navire en partance pour Césarée faisant escale à Tyr, lors de l'escale à Tyr Simon-Pierre a récupéré la barque laissée à la consigne - sans reprendre l'âne Antoine -, qu'il a accrochée au navire reprenant sa descente vers Césarée, à hauteur de Ptolémaïs/Acre les huit apôtres sont montés dans la barque, que Simon-Pierre a décrochée pour gagner la côte (on ne sait pas si la barque y a été abandonnée ou vendue à Ptolémaïs/Acre), ils ont ensuite marché depuis Ptolémaïs/Acre jusqu'à Achziv pour retrouver Jésus qui les y attendait comme prévu ("J'ai pris les rênes [c'est Simon le zélote qui s'adresse à Jésus] parce que Simon[-Pierre] fils de Jonas souffrait [d'avoir laissé Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché à Antigonia], pour se cacher il faisait semblant de fouiller les sacs dans un coin du chariot. Nous nous sommes arrêtés dans un petit village à mi-chemin entre Antioche et Séleucie[-de-Piérie], parce que le clair de lune augmentait et que la nuit avançait, et que nous ne connaissions pas les lieux. Nous avons dormi au milieu de nos affaires. Sans manger parce que nous en étions incapables, nous pensions toujours aux deux disciples [Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché restés à Antigonia]. A la première lueur de l'aube, nous avons passé le pont et nous sommes arrivés avant tierce [neuf heures] à Séleucie[-de-Piérie]. Nous avons restitué le chariot et le cheval à l'aubergiste. Ce brave homme nous a aidé pour le navire, il a dit : ‟Je vous accompagne au port. Je connais et je suis connu”, et il a bien agi. Il a trouvé trois navires en partance pour les ports d'ici [au sud Levant]. Le premier embarquait des individus ‟peu recommandables comme voisins” nous a dit l'homme, d'après les déclarations du capitaine. Le deuxième allait directement à Ascalon, il acceptait de faire escale à Tyr à condition d'être payé, or nous n'avions plus assez d'argent. Le troisième était une petite embarcation chargée de bois brut avec un équipage réduit, très misérable, à destination de Césarée, mais qui pouvait s'arrêter à Tyr moyennant paiement d'une journée de vivres et de salaire pour tout l'équipage. Cela nous a convenu. Moi et Matthieu étions inquiets, parce que c'est l'époque des tempêtes et que nous nous souvenions du trajet aller, mais Simon[-Pierre] a dit : ‟Rien n'arrivera”, alors nous sommes montés. Les voiles paraissaient des anges tant la navigation était régulière et rapide. Nous avons atteint Tyr en deux fois moins de temps qu'à l'aller. Le capitaine était si conciliant qu'il nous a permis de remorquer notre barque jusqu'à hauteur de Ptolémaïs. [Simon-]Pierre s'y est installé avec André et Jean [fils de Zébédée] pour les manœuvres. Tout a été simple, contrairement à l'aller. A hauteur de Ptolémaïs, nous nous sommes séparés, nous étions si contents que nous lui avons donné plus d'argent que convenu avant de descendre tous dans la barque où étaient déjà nos affaires. Nous sommes restés une journée à Ptolémaïs, puis nous avons cheminé jusqu'ici [à Achziv]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 325.7, vision du 10/11/1945). La joie des retrouvailles cède vite à la stupeur face à l'état physique de Jésus, pas rasé, pas lavé, les vêtements crasseux, les traits très tirés, une loque. Jésus avoue péniblement vivre depuis plusieurs jours sur la colline où ses apôtres le retrouvent, aujourd'hui le mont Manot à l'est d'Achziv (où les croisés aménageront une plantation de canne à sucre, 33°02'27"N 35°08'53"E ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 325.2-3, vision du 10/11/1945), dans une grotte pour s'abriter de la pluie ("[Simon-]Pierre est le premier à se reprendre. Il demande [à Jésus] : ‟Mais où es-tu allé, rabbin ? Qu'as-tu fait ?” ‟Je suis resté dans une grotte, à prier, à méditer, à fortifier mon esprit. Pour vous obtenir la force, à vous dans votre mission, à [Félix/]Jean [d'En-Dor] et à Syntyché dans leurs souffrances.” ‟Mais où, où ? Sans vêtement, sans argent, comment as-tu fait ?” Simon[-Pierre] est agité. ‟Dans une grotte, on n'a besoin de rien.” ‟Et la nourriture ? le feu ? le lit ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 325.4, vision du 10/11/1945), un peu plus tard il explique avoir été chassé de la cité d'Achziv par les habitants qui l'ont pris pour un clodo, et s'être réfugié sur cette colline où une chèvre sauvage l'a nourri de son lait ("‟As-tu parlé ici ?” [c'est Jacques fils de Zébédée qui s'adresse à Jésus] ‟Non. Je me suis installé sur ces pentes [du mont Manot] depuis moins d'un jour. J'ai dormi dans la forêt.” ‟Pourquoi n'ont-ils pas voulu de toi ?” ‟Leur cœur a repoussé le pèlerin. Je n'ai pas d'argent.” ‟Ce sont des cœurs de pierre, alors ! Que craignaient-ils ?” ‟Que je sois un voleur… C'est sans importance. Le Père au Ciel m'a orienté vers une chèvre, égarée ou en fuite. Venez la voir. Elle vit dans le sous-bois avec son chevreau. Elle ne s'est pas enfuie en me voyant arriver. Au contraire, elle m'a laissé traire son lait dans ma bouche, comme si j'étais son petit. J'ai dormi près d'elle, avec son chevreau presque sur le cœur. Dieu est bon pour son Logos.” Ils vont vers l'endroit de la veille, dans un fourré épais et épineux. Au milieu, un chêne séculaire, actuellement nu [nous sommes en hiver W-2/W-1, les arbres ont perdu leur verdure]. Je ne sais comment il a pu se développer, son tronc puissant est fendu à la base par le sol ouvert, enveloppé de lierre et de ronces. Tout près, la chèvre paît avec son chevreau. En voyant tant d'hommes, elle pointe ses cornes pour se défendre, mais elle se calme dès qu'elle reconnaît Jésus. Ils lui jettent des croûtes de pain et se retirent. ‟C'est là que j'ai dormi, explique Jésus. J'y serais resté si vous n'étiez pas venus”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 326.3, vision du 11/11/1945). On passe la nuit sur place. Le lendemain, Simon-Pierre demande à retourner à Tyr pour y vendre l'âne Antoine resté à la consigne, ce qui permettra d'avoir un pécule pour continuer le voyage, Jésus donne son accord, Simon-Pierre part seul vers Tyr (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 326.1, vision du 11/11/1945). Quand il est parti, les sept autres apôtres rapportent à quel point il est un chef naturel, il les a très bien guidés durant leur périple à Antioche, ils se sont sentis en sécurité à ses côtés malgré son caractère rude et direct (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 326.2, vision du 11/11/1945), plus généralement ils insistent sur l'ambiance positive qui a régné, sur la confiance mutuelle en dépit des différences d'âges et de caractères entre les huit participants. Jude Thaddée remarque que l'ambiance aurait été nettement moins positive si l'un des quatre apôtres absents avait participé, il ne le nomme pas mais tout le monde comprend qu'il désigne Judas, les sept autres apôtres l'approuvent, rejoignant ainsi le scepticisme de Marie la Vierge et de Marie-Madeleine sur l'utilité de Judas dans le ministère ("‟Ces derniers jours, nous nous sommes toujours compris, et nous avons été un seul cœur”, assure Jean [fils de Zébédée]. ‟C'est vrai. J'ai remarqué cela, moi aussi. Pendant toute une lune, même dans les moments difficiles, nous n'avons jamais été de mauvaise humeur. Je ne sais pas comment…”, monologue Jacques fils de Zébédée. ‟C'est pourtant facile à comprendre : parce que notre intention a toujours été droite. Nous ne sommes pas parfaits mais nous sommes droits. Nous acceptons le bien que l'un de nous propose, nous écartons le mal que l'un de nous présente comme tel et que nous ignorions auparavant. Tous les huit, nous n'avons qu'une seule pensée : faire les choses de façon à réjouir Jésus. C'est tout”, s'écrie [Jude] Thaddée. ‟Les autres ne pensent pas différemment”, dit André, conciliant. ‟Philippe non. [Nathanaël] Barthélemy non plus, même s'il est très âgé et très Israël. Thomas[/Didyme] non plus, même s'il est davantage homme qu'esprit. Je médirais si je les accusais d'être comme… Excuse-moi, Jésus, je sais que tu as raison, mais je ne supporte pas de te voir souffrir à cause de lui [Judas]. Je suis un disciple parmi les autres, mais je suis aussi ton frère [cousin en réalité] et ton ami, et j'ai en moi le sang fougueux d'Alphée. Ne me regarde pas avec sévérité et avec tristesse, Jésus. Tu es l'Agneau, je suis le lion. Et je me retiens difficilement de déchirer d'un coup de griffe le réseau de calomnies qui t'enveloppe, et d'abattre l'abri où se cache le véritable ennemi. Je veux voir son vrai visage derrière son masque spirituel, le nommer, je ne veux plus propager une rumeur mais ôter tous les doutes sur celui qui te nuit, le marquer d'un signe ineffaçable pour l'empêcher de continuer”, dit [Jude] Thaddée avec véhémence, en dépit du coup d'œil que Jésus lui a adressé au début pour le contenir", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 326.2, vision du 11/11/1945). Jésus ne répond rien.


Au lieu de redescendre tout de suite vers la Galilée, on décide d'aller à Alexandroscène/Naqoura, cité originelle d'Hermioné belle-fille de Tolmai, gérant du domaine de Lazare à Antigonia. Nous avons vu que Tolmai apprécie peu sa belle-fille parce qu'elle est non-juive, en conséquence celle-ci n'a plus de nouvelles de ses frères commerçants à Alexandroscène/Naqoura, interdits de visite à Antigonia. Jésus veut voir les frères d'Hermioné, espérant qu'ils deviendront des nouveaux disciples et répandront l'évangile dans Alexandroscène/Naqoura et alentour en Phénicie ("‟[Alexandroscène] est le village de la femme [Hermioné] rencontrée à Antigonia. Que faire pour répondre à son attente ?”, demande André. ‟Sais-tu, rabbin [Jésus] ? Elle nous a dit : « Allez à Alexandroscène, mes frères y ont des comptoirs. Ils sont prosélytes. Parlez-leur du rabbin. Nous sommes fils de Dieu, nous aussi”. Elle pleurait parce qu'elle était mal vue comme belle-fille, en conséquence ses frères ne vont jamais la voir, et elle est sans nouvelles d'eux”, explique Jean [fils de Zébédée]. ‟Nous chercherons les frères de cette femme. S'ils nous accueillent comme pèlerins, nous pourrons lui donner ce plaisir” ‟Mais comment prouver que nous l'avons vue ?” ‟Elle est au service de Lazare, or nous sommes amis de Lazare”, dit Jésus. ‟C'est vrai… Tu parleras ?” ‟Oui, mais activez la marche, nous devons trouver la maison. Savez-vous où elle est ?” ‟Oui, près des fortifications. Ils entretiennent des relations avec les Romains auxquels ils vendent beaucoup de choses”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 328.2, vision du 12/11/1945). On marche donc vers le nord, en longeant la côte. On traverse les petits fleuves qui la coupent (le fleuve Kaziv qui longe les murs nord d'Achziv [33°03'01"N 35°06'13"E], puis le fleuve Betset au nord [33°04'33"N 35°06'35"E], puis le fleuve Hanita encore plus au nord [33°04'52"N 35°06'24"E]), surmontés de ponts étroits ressemblant davantage à des passerelles qu'à des ponts, leur exiguïté provoque régulièrement des altercations entre juifs et Phéniciens. A proximité sont installés des maréchaux-ferrants pour les voyageurs, l'un d'eux vétéran légionnaire romain appelé "Titus" a son atelier près du fleuve Betset ("La belle route reliant la Phénicie et Ptolémaïs est parfaitement droite, bien entretenue et très fréquentée. Elle coupe la plaine entre la mer et les montagnes, et des petits chemins allant des villages de l'intérieur à ceux de la côte. Elle compte de nombreux carrefours près desquels on voit souvent une maison avec un puits et une maréchalerie rudimentaire pour les quadrupèdes ayant besoin de fers. Avec les six apôtres restés avec lui, Jésus chemine sur plus de deux kilomètres dans cet environnement homogène. Il ralentit près d'une de ces maisons de carrefour avec puits et maréchalerie, près d'un cours d'eau [le fleuve Betset] qu'enjambe un pont solide mais étroit, contraignant le char allant ou le char venant à s'arrêter car les deux ne peuvent pas s'y croiser. Cela oblige les voyageurs, de races différentes si je comprends bien, Phéniciens et Israélites, qui se haïssent mutuellement, à s'accorder au moins sur un point : ils maudissent Rome, oubliant que Rome a bâti ce pont et qu'on ne voit pas, s'il n'existait pas, comment ils traverseraient le cours d'eau en période de crue. […] Jésus s'arrête près du pont, à côté de la maison ensoleillée où, côté fleuve, dans son atelier malodorant, le maréchal-ferrant forge des fers pour un cheval et deux ânes ayant perdu les leurs. Le cheval est attaché à un char romain, sur lequel des soldats s'amusent à grimacer à des juifs qui, en retour, les insultent. Ils jettent une poignée de crottin à un vieux au long nez, plus véhément que les autres, une bouche de vipère qui mordrait volontiers les Romains pour les empoisonner. On devine les réactions : le vieux juif recule en criant comme s'ils lui avaient donné la lèpre, les autres juifs l'imitent, tandis que les Phéniciens ironisent : ‟Vous aimez la nouvelle manne ? Mangez, mangez, ça vous donnera du souffle pour brailler contre ceux qui sont trop bons avec vous, vipères hypocrites !”. Les soldats ricanent, Jésus se tait. Ils partent finalement en saluant le maréchal-ferrant : ‟Ave, Titus, porte-toi bien !”. L'homme robuste, âgé, au cou de taureau, glabre, aux yeux très noirs encadrant un nez assez fort, sous un front large et proéminent, un peu dégarni et les cheveux, là où il y en a, sont courts et un peu crépus, lève son lourd marteau en un geste d'adieu puis se repenche sur l'enclume où un apprenti a placé un fer rouge pendant qu'un autre garçon brûle le sabot d'un âne pour préparer la pose du fer", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 327.1, vision non datée). L'apôtre Matthieu connaît bien les profils et surtout les revenus de ces maréchaux-ferrants, qu'il a taxés à l'époque où il était percepteur, il dit que la majorité d'entre eux sont des vétérans romains qui gagnent confortablement leur vie car, contrairement aux autochtones juifs, ils peuvent travailler pendant le sabbat. Il ajoute qu'ils sont souvent mariés à des femmes locales, avec lesquelles ils ont des enfants. André et Jude Thaddée questionnent Jésus sur ces bâtards romano-levantins, Jésus leur répond comme Jean fils de Zébédée à Antigonia (dans la vision 323.8 précitée) et comme Paul plus tard (Lettre aux Galates 3.28) : "Dans le nouveau royaume, il n'y aura plus de bâtards, seulement des enfants de Dieu" ("‟Les maréchaux-ferrants en bordure des routes sont souvent des Romains, des vétérans ayant accompli leur service. Et ils gagnent bien, car rien ne leur interdit de travailler, même quand un âne perd son fer juste avant le sabbat ou pendant l'Encénie [Hanoukka]…”, explique Matthieu. ‟Celui qui a ferré Antoine [l'âne Antoine, que Simon-Pierre est occupé à vendre à Tyr] est marié à une juive”, dit Jean [fils de Zébédée]. ‟Elles sont plus folles que sages”, dit sentencieusement Jacques fils de Zébédée. ‟Et leurs enfants, à qui sont-ils ? A Dieu ou au paganisme ?”, demande André. ‟Au conjoint le plus fort, répond Mathieu. Si la mère n'est pas apostate, ils sont juifs. Souvent le père laisse faire, car il n'est pas fanatique de l'Olympe, aujourd'hui on croit davantage à l'argent… Ils sont très prolifiques.” ‟Unions méprisables, pourtant. Sans foi, sans vraie patrie, odieuses à tous”, dit [Jude] Thaddée. ‟Tu te trompes, les Romains ne les méprisent pas, au contraire ils les encouragent car elles leur sont plus bénéfiques que les armes. Ils pénètrent chez nous par la corruption du sang mieux que par la violence. La première génération est celle qui souffre le plus, mais ils se dispersent et tout le monde oublie”, dit Matthieu qui parait très informé. ‟Les enfants souffrent, mais moins que les juives mariées dans ces conditions, pour elles-mêmes et pour leurs enfants. Elles me font pitié. Personne ne leur parle plus de Dieu. Mais cela n'existera plus dans l'avenir. Alors les âmes ne seront plus séparées dans les créatures et les nations, elles seront réunies en une unique patrie : la mienne”, dit Jésus jusqu'alors silencieux. ‟Mais alors elles seront mortes !”, s'écrie Jean [fils de Zébédée]. ‟Non. Elles seront rassemblées dans mon nom. Plus de Romains, de Libyens, de Grecs, de Pontiens [habitants autour du Pont-Euxien/mer Noire], d'Ibères [habitants du Caucase, à ne pas confondre avec leurs homonymes habitant la lointaine péninsule ibérique], de Galates [habitants du centre de l'Anatolie, à ne pas confondre avec leurs cousins habitant la lointaine Gaule], d'Egyptiens, d'hébreux : seulement des âmes du Christ”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 327.2, vision non datée). On passe un petit cours d'eau en plaine, franchissable par un pont encore plus étroit que le précedent (non identifié entre l'embouchure du Betset au sud et le Hanita au nord, peut-être un bras aujourd'hui asséché du Hanita), puis on traverse le fleuve Hanita qui serpente le long de l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra. On passe ce mont pour atteindre Alexandroscène, aujourd'hui le site archéologique d'Umm al-Amad près de Naqoura au Liban (33°07'40"N 35°09'11"E ; "‟On rejoint la route après avoir traversé les champs et passé un cours d'eau sur un petit pont de planches branlantes permettant seulement le passage des personnes, une passerelle plutôt qu'un pont. La marche continue à travers la plaine qui se rétrécit de plus en plus car les collines se rapprochent du littoral. Après un autre cours d'eau [le fleuve Hanita], franchi sur un autre pont romain, la route devient pentue, elle se dédouble à partir du pont en un chemin sinueux vers le nord-est à travers une vallée, et celui que Jésus a choisi après avoir vu une borne romaine indiquant ‟Alexandroscène M V” [Alexandroscène 5 milles], semblable à un escalier taillé dans la montagne rocheuse et escarpée plongeant sa pointe dans la Méditerranée, qui se révèle à mesure de l'ascension. Seuls les piétons et les ânes peuvent emprunter ce chemin, ou plutôt ces gradins, mais parce qu'elle constitue un raccourci elle est très fréquentée, et les gens observent avec curiosité le groupe galiléen, si inhabituel, qui la suit. ‟Cet endroit doit correspondre au cap que nous avons franchi dans la tempête [allusion à la navigation difficile entre Ptolémaïs/Acre et Tyr racontée dans la vision 318 précitée]”, remarque Matthieu en montrant le promontoire qui s'avance dans la mer. ‟Oui, la cité [Alexandroscène/Naqoura] sur l'autre flanc est celle indiquée par le pêcheur” [allusion au pêcheur qui a guidé Simon-Pierre depuis le rivage dans la même vision 318 précitée]”, ajoute Jacques fils de Zébédée. ‟Qui a tracé cette route ?” ‟Et à quelle époque ? Les Phéniciens peut-être…” ‟Du sommet, on voit Alexandroscène, et au-delà le cap Blanc [le Ras el-Abiad]. Mon Jean [fils de Zébédée], tu vas voir une grande étendue de mer !”, dit Jésus en mettant son bras autour des épaules de l'apôtre [nouvelle marque d'affection très tactile…]. ‟J'en serai content. Mais la nuit tombe. Où allons-nous dormir ?” ‟A Alexandroscène. Tu notes que le chemin commence à descendre ? En-dessous se trouve la plaine, jusqu'à la cité qu'on voit là-bas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 328.1, vision du 12/11/1945). On entre dans la ville, on trouve la maison des trois frères d'Hermioné, qui accueille le groupe apostolique ("Alexandroscène est une cité plus militaire que civile. Elle doit avoir une importance stratégique que j'ignore. Située entre les deux promontoires [l'Echelle-de-Tyr/Roch Hanikra au sud, le cap Blanc/Ras el-Abiad au nord], elle semble une sentinelle préposée à la garde de cette partie du rivage. Entre l'un et l'autre cap, je vois beaucoup de tours fortifiées formant une chaîne avec celles de la plaine et de l'imposante forteresse. [Jésus et les apôtres] pénètrent dans la ville après avoir franchi un autre petit cours d'eau [non identifié] près des portes. Ils se dirigent parmi la foule hostile de la forteresse en jetant tout autour des regards curieux, devenant eux-mêmes objets de curiosité. Les soldats sont très nombreux et ils paraissent en bons rapports avec les habitants. Cela indispose les apôtres : ‟Phéniciens ! Sans fierté !”. Ils arrivent au magasin des frères d'Hermioné au moment où les derniers acheteurs en sortent, chargés de marchandises diverses : draps, nappes, fourrages, grains, huile, aliments. Odeurs de cuir, d'épices, de paille, de laine grège, remplissent le large hall par lequel on arrive, vers une cour vaste comme une place et sous les portiques de laquelle sont les nombreux dépôts. Un homme brun barbu accourt. ‟Que voulez-vous ? Des vivres ?” ‟Oui. Et aussi le logement, si tu ne dédaignes pas les pèlerins. Nous venons de loin, et nous ne sommes jamais venus ici. Accueille-nous au nom du Seigneur.” L'homme regarde attentivement Jésus, qui parle au nom de tous. Il le scrute. Puis il dit : ‟Je ne donne pas le logement, mais tu me plais. Tu es Galiléen, n'est-ce pas ? Les Galiléens valent mieux que les Judéens. Trop de moisissure chez ceux-là. Ils ne nous pardonnent pas d'avoir un sang impur. Ils feraient mieux de purifier leur âme. Entre, je reviens tout de suite. Je ferme parce que la nuit approche”. Effectivement le crépuscule tombe, la cour s'assombrit vite à cause des murs fortifiés. Ils entrent dans une pièce et ils s'assoient sur des sièges disposés çà et là, fatigués", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 328.3-4, vision du 12/11/1945). Jésus se présente poliment comme ami de Lazare et rabbin. Il annonce vouloir se rendre à Tyr puis à Sidon (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 328.6, vision du 12/11/1945). Mais le lendemain, le groupe des Galiléens ayant été remarqué par les habitants, des rumeurs s'étant propagées sur son compte, un attroupement se forme. Deux légionnaires en faction nommés "Caius" et "Scipion" ne savent pas quoi faire. Scipion incline vers Jésus, non pas par bonté mais au contraire parce qu'il a compris que le discours de Jésus distingue le spirituel (le "Royaume qui n'est pas de ce monde" au-delà, qui appartient à Dieu) et le temporel (l'Empire romain ici-bas, qui appartient à César), et que cela sert l'intérêt de Rome, il critique Ponce Pilate qui, au lieu de soutenir Jésus justifiant indirectement César, soutient les autorités juives de Jérusalem ne flattant César que pour mieux le trahir à la première occasion ("J'entends deux soldats romains : ‟C'est certainement celui que persécutent les juifs, les bonnes peaux ! Du premier regard on voit qu'il vaut mieux qu'eux”. ‟C'est pour ça qu'il leur pose problème !” ‟Rapportons au signifer [porte-enseigne]. Suivons les ordres…” ‟C'est stupide, Caius ! Rome a peur des agneaux et elle tolère les tigres ! Elle les caresse, même !” ‟Je n'ai pas l'impression, Ponce [Pilate] massacre facilement…” ‟Oui, mais il ne ferme pas sa maison aux hyènes qui le flattent.” ‟Politique, Scipion ! Politique !” ‟Lâcheté, Caius, et bêtise. Il devrait être l'ami de celui-ci, s'appuyer sur lui pour mâter cette racaille asiatique. Ponce [Pilate] ne sert pas Rome en négligeant cet homme bon et en flattant les mauvais.” ‟Ne critique pas le proconsul. Nous sommes des soldats et le supérieur est sacré, nous avons juré obéissance au divin César et le proconsul est son représentant.” ‟D'accord pour le devoir envers la patrie sacrée et immortelle, mais le jugement intérieur…” ‟L'obéissance découle du jugement. Si ton jugement se révolte contre un ordre et le critique, tu n'obéiras plus totalement. Rome s'appuie sur notre obéissance aveugle pour protéger ses conquêtes.” ‟Tu parles comme un tribun ! Mais je te rappelle que si Rome est reine, nous sommes des sujets, pas des esclaves. Rome n'a pas, ne doit pas avoir, de citoyens esclaves. C'est l'esclavage qui impose le silence au jugement citoyen. Ma raison juge que Ponce [Pilate] a tort d'ignorer ce juif, peu importe qu'il soit Messie ou saint ou prophète ou rabbin. Et je dis ça non pas parce que ma fidélité et mon amour pour Rome se délitent, mais au contraire parce que lui, quand il professe le respect aux lois [romaines] et aux consuls, coopère à la prospérité de Rome.” ‟Tu es intelligent, Scipion, tu iras loin, tu es déjà en bonne voie… En attendant, moi je suis un simple soldat, et tu vois là ? Des gens se regroupent autour de cet homme. Nous devons rapporter au chef”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 329.3, vision du 13/11/1945). Jésus guérit quelques personnes dans la foule, qui grossit. D'autres légionnaires arrivent avec leur signifer (anonyme) autour de Caius et Scipion. L'un des légionnaires appelé "Atius" est envoyé chercher un nommé "Prochorus" inconnu par ailleurs, peut-être un décurion. Rappelons que, selon les fouilles archéologiques menées dans la région à l'époque du protectorat français entre les deux Guerres Mondiales, devenues impossibles après 1945 à cause des bouleversements politiques (la région de Naqoura est devenue zone militaire en 1978, siège du contingent de l'ONU gardant la frontière entre Israël et le Liban), le camp romain est à quelques kilomètres au nord d'Alexandroscène/Naqoura, sur l'ancien camp fondé par Alexandre le Grand lors de sa conquête du Levant en -332, aujourd'hui le site archéologique d'Iskanderouna (où les croisés bâtiront une forteresse, 33°09'16"N 35°10'00"E), en bordure du cap Blanc/Ras el-Abiad (33°09'50"N 35°10'07"E) d'où on peut surveiller au loin le trafic maritime en provenance ou à destination de Tyr ("L'agitation des gens qui veulent voir, ou qui commentent après avoir vu [Jésus], augmente. A l'entrée menant de la place à la cour, les cris de la foule se répercutent bruyamment sur les murs de la forteresse. Les soldats redoutent une bagarre, comme souvent dans les endroits où se mélangent les races et les religions. Le signifer [porte-enseigne] accourt en se frayant brutalement un chemin. Il demande la raison du tumulte. ‟Un miracle, un miracle ! Le boiteux Jonas est guéri, là, près du Galiléen !” Les soldats se regardent entre eux. Ils gardent le silence en dispersant la foule, mais une autre se forme en arrière, constituée des gens qui étaient dans les magasins ou sur la place […]. Les soldats s'interrogent : rester ou se retirer ? ‟Le chef nous a dit de surveiller…” ‟Qui ? L'homme ? On pourrait miser aux dés sur lui contre une amphore de vin de Chypre…”, dit Scipion, le factionnaire qui défendait Jésus précédemment face à son camarade [Caius]. ‟Il a besoin de notre protection, Rome non. Regardez-le : aucun de nos dieux n'est aussi fragile sous son apparence d'homme. La racaille n'est pas digne de l'avoir, et l'indignité est toujours le mauvais parti. Assurons sa sécurité. Le tirer d'affaire nous permettra à l'occasion de caresser les épaules de ces galériens [c'est-à-dire "frapper les auditeurs de Jésus", qu'ils soient pour ou contre lui : les légionnaires jugent les peuples sémitiques levantins en général comme des arriérés, ils voient Jésus comme un pauvre type insignifiant, ses admirateurs comme des idiots crédules encore plus insignifiants, et ses adversaires comme du bétail retors encore plus insignifiant…]”, dit un autre en mêlant moquerie et piété. ‟Bien dit, Pudens. Va chercher le chef, Atius. Prochorus rêve toujours d'un complot contre Rome qui lui apporterait une promotion, une récompense pour son zèle envers le divin César et la divine Rome mère et maîtresse du monde : il comprendra qu'ici il n'acquerra jamais brassard ni couronne…” Le jeune soldat [Atius] part en courant", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 329.5-6, vision du 13/11/1945). Le légionnaire Atius revient non pas avec ledit Prochorus, mais avec un triaire appelé "Aquila", qui a bataillé notamment en Germanie. Aquila ne veut pas intervenir immédiatement, il veut d'abord écouter Jésus qui s'apprête à parler ("[Le légionnaire Atius] revient en disant : ‟ Prochorus ne peut pas venir. Il envoie le triaire Aquila”. ‟C'est toujours mieux que Cecilius Maximus… Aquila a servi en Afrique, en Gaule, il a vu les forêts cruelles [de Germanie] où les légions de [Publius Quinctilius] Varus se sont perdues, il connaît les Grecs et les Bretons, il a un bon instinct… Oh ! Ave, glorieux Aquila ! Dis-nous, à nous misérables, ce que valent ces hommes !” ‟Vive Aquila chef des troupes !”, crient tous les légionnaires en donnant des tapes affectueuses au vétéran dont le visage, les bras et les mollets nus sont couverts de cicatrices. Ce dernier sourit d'un air débonnaire et répond : ‟Criez plutôt : « Vive Rome maîtresse du monde ! ». Je suis un simple soldat… Que se passe-t-il ?” ‟On doit surveiller cet homme, le grand, blond comme du cuivre clarifié.” ‟Qui est-il ?” ‟Le soi-disant Messie. Il s'appelle « Jésus ». Originaire de Nazareth. C'est pour lui qu'on a rapporté, selon les ordres…” ‟Mouais… J'ai l'impression qu'on court encore après les nuages…” ‟On raconte qu'il se prétend roi et veut supplanter Rome. Il a été dénoncé à Ponce [Pilate] par le Sanhédrin, et les pharisiens, les saducéens, les Hérodiens. Tu sais que les juifs ont ce ver dans le crâne, et de temps en temps un roi en sort…” ‟Je sais… Si ce n'est que ça… Ecoutons d'abord ce qu'il raconte lui-même. Je crois qu'il se prépare à parler.” ‟Un soldat proche du centurion m'a dit que Publius Quintilianus [le sous-officier de la cohorte Italique, muté à Antioche à cause de sa trop grande inclination vers Jésus] l'a qualifié de « philosophe de Dieu », et que les femmes impériales [dont Claudia Procula épouse de Ponce Pilate, que Publius Quintilianus a conduite vers Jérusalem à la Pâque du printemps W-2] l'apprécient beaucoup…”, dit un autre jeune soldat. ‟Je le crois ! Si j'étais une femme, je serais aussi enthousiaste et je le voudrais dans mon lit…”, répond un autre jeune soldat en riant franchement. ‟Dépravé ! La luxure te dévore !”, plaisante un autre. ‟Tu peux parler, Fabius ! Avec Anne, Sira, Alba, Marie…” ‟Silence, Sabinus ! Il parle et je veux l'entendre”, ordonne le triaire. Tous se taisent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 329.6, vision du 13/11/1945). Le prêche commence, appelant à la vertu ici-bas afin de mériter une place dans le royaume au-delà. Jésus indique bien que son ministère est ouvert à tous, aux juifs et aux non-juifs. La foule gronde, les commerçants phéniciens sont agacés par Jésus qui capte leur clientèle, les juifs pharisiens résidant en ville ou de passage se liguent avec eux pour dénoncer Jésus comme imposteur, les habitants non-juifs trouvent là un nouveau prétexte à s'opposer aux juifs qui les envahissent (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 329.13, vision du 13/11/1945). Des nouveaux légionnaires viennent avec le centurion (anonyme), qui tance le triaire Aquila en l'accusant de mollesse, et ordonne à la foule de circuler. Ensuite la plupart des légionnaires retournent au camp en plaisantant sur leurs relations avec la population. L'un d'eux, pressentant la guerre qui débutera quelques décennies plus tard, se demande comment Rome pourra continuer à négocier avec les juifs puisque ceux-ci détestent Rome. Un autre évoque sa relation avec une Phénicienne : on devine que des enfants métis naîtront de cette union, c'est un exemple des liens qui se créent entre femmes autochones et soldats romains, qui explique pourquoi archéologiquement le site d'Iskanderouna (où se trouve de camp militaire peuplé exclusivement de soldats romains) sera abandonné tandis que celui d'Alexandroscène/Naqoura (dont la population mélange les occupants romains à toutes les populations locales occupées) grossira. Seuls Aquila et une poignée de soldats restent sur place, avec ordre d'expulser Jésus et ses apôtres hors de la ville ("La foule se divise en deux partis, qui recourent aux poings pour défendre ou attaquer le nazaréen [Jésus]. Insultes, louanges, malédictions, bénédictions, apostrophes : ‟Les pharisiens ont raison, tu es vendu à Rome, ami des publicains et des putes !”, ou : ‟Taisez-vous, blasphémateurs, c'est vous qui êtes vendus à Rome, maudits Phéniciens !” ‟Suppôts de Satan !” ‟Que l'Enfer vous engloutisse !” ‟Hors d'ici !” ‟Sortez vous-mêmes, marchands voleurs, usuriers !”, etc. Les soldats interviennent en disant : ‟Ce n'est pas lui qui provoque le trouble, au contraire il le subit”. Et ils vident la cour avec leurs lances, et ferment l'entrée. Jésus reste avec les trois frères prosélytes et ses six apôtres. ‟Pourquoi l'avez-vous laissé parler ?”, demande le triaire [Aquila] aux trois frères. ‟Tant d'autres le font !” répond Elie [l'un des trois frères]. ‟Mais ça se passe bien, parce qu'eux vont dans le sens de l'auditoire. Alors que ce que lui professe, personne ne le digère.” Le vétéran regarde attentivement Jésus qui est descendu de son piédestal et reste debout, comme absent. A l'extérieur, la foule est toujours effervescente. D'autres légionnaires arrivent avec le centurion en personne. Ils frappent pour pouvoir entrer. Tandis que la troupe bloque ceux qui crient : ‟Vive le roi d'Israël !” et ceux qui le maudissent, le centurion se dirige, inquiet et en colère, vers Aquila : ‟C'est comme ça que tu imposes l'ordre romain, toi ? En laissant acclamer un roi étranger sur une terre soumise ?”. Le vétéran salue avec froideur et répond : ‟Il enseigne le respect et l'obéissance, et il parle d'un royaume d'au-delà. C'est pour ça qu'ils le haïssent. Il est bon et révérencieux. Je n'ai aucun motif pour imposer le silence à quelqu'un qui n'attaque pas notre loi [romaine]”. Le centurion se calme et bougonne : ‟Cette infecte racaille a donc inventé un nouveau moyen de sédition… Bon. Que cet homme s'en aille immédiatement. Je ne veux pas d'histoires ici. Escortez-le hors de la ville dès que le chemin sera libre. Qu'il parte où il veut, aux Enfers si ça lui chante, mais qu'il sorte de ma juridiction. Compris ?” ‟Oui, nous le ferons.” Le centurion tourne le dos en faisant briller sa cuirasse et ondoyer son manteau pourpre, et il quitte l'endroit sans un regard pour Jésus. Les trois frères disent au rabbin [Jésus] : ‟Nous sommes désolés...” ‟Ce n'est pas votre faute. Et ne craignez rien, vous ne subirez aucun dommage, je vous le promets.”. […] Pendant ce temps, les légionnaires attendent au soleil. Ils lorgnent, commentent. ‟Comment ces gens pourraient-ils nous aimer ? Ils n'aiment même pas celui-ci qui ne les opprime pas !” ‟Et qui fait des miracles, tu peux ajouter !” ‟Par Hercule ! Qui parmi nous a lancé l'alerte ?” ‟Caius.” ‟Il a vraiment trop de zèle ! A cause de lui, on a manqué la soupe ! Et j'ai raté le baiser d'une fille !” ‟Oh, l'épicurien ! Elle s'appelle comment ?” ‟Je ne dirai rien. Surtout pas à toi, mon ami.” ‟Je la connais, moi : elle habite derrière le potier, du côté des fondations. Je t'ai vu, plusieurs soirs…”, dit un autre", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 329.13-14, vision du 13/11/1945). Une conversation s'engage. On suppose qu'Aquila ne parle pas araméen ni hébreu, et Jésus n'est pas un expert en latin, on déduit que le dialogue est en grec. Jésus répond à Aquila avec mesure. Mais l'interrogatoire ne dure pas. Aquila l'interrompt de la même façon que Ponce Pilate quelques mois plus tard : il voit Jésus comme un doux dingue, et ne comprend pas l'hystérie des notables juifs contre ce doux dingue, il conclut que les notables juifs sont des crétins ou des fanatiques à s'inquiéter ou à maudire sur si peu, et que Rome à d'autres affaires à traiter plus urgentes qu'un doux dingue prétendant remplacer des crétins ou des fanatiques. Dès que la foule est dispersée, Aquilla expulse de la ville Jésus et ses apôtres, sans violence. Le groupe part vers l'est, et non pas vers Tyr et Sidon comme Jésus l'a annoncé aux trois frères d'Hermioné (dans la vision 326.6 précitée). C'est la preuve que le ministère, contrairement à ce que dit l'Eglise depuis deux mille ans, n'est pas écrit à l'avance, il est improvisé en fonction de ses échecs : Jésus a voulu convertir la Judée, ç'a raté, il a voulu convertir la Galilée, ç'a raté, il a voulu convertir les Philistins (non-juifs), ç'a raté sauf pour Hermasté, il a voulu convertir les Arabes (non-juifs d'origine sémitique) à l'est du Jourdain, ç'a raté, il a voulu convertir les Phéniciens (autres non-juifs d'origine sémitique), ça rate encore, nous verrons juste après qu'il consacre une partie de l'année W-1 à essayer de convertir les Samaritains et ça ratera toujours. Au final, le seul public que Jésus aura réussi à convertir, ce sont majoritairement les Grecs, et une partie de la très haute aristocratie romaine en quête de nouvelles valeurs ("Le triaire [Aquilla] avance vers Jésus, tourne autour, le regarde, ne trouvant pas quoi dire. Jésus lui sourit pour l'encourager. L'homme ne sait pas quoi faire. Il s'approche encore. Jésus montre les cicatrices : ‟Toutes des blessures ? Tu es donc un preux et un fidèle”. Le vétéran rougit à ce compliment. ‟Tu as beaucoup souffert pour l'amour de ta patrie et de ton Empereur. Ne voudrais-tu pas souffrir un peu pour une plus grande patrie : le Ciel ? et pour un Empereur éternel : Dieu ?” Le légionnaire secoue la tête et il dit : ‟Je suis un païen proche de sa onzième heure. Tu prétends m'instruire ? Mais regarde : ils te chassent, et tu souffres des blessures qu'ils t'infligent. Moi, non, j'ai rendu mes blessures à mes ennemis. Mais toi, que donnes-tu à ceux qui te blessent ?” ‟Le pardon, soldat. Le pardon et l'amour.” ‟J'ai vu juste… Les soupçons qui pèsent sur toi sont sans fondement… A plus tard, Galiléen.” ‟A plus tard Romain.” Il laisse Jésus. Les frères et les apôtres reviennent avec des vivres. Ceux-ci en offrent aux soldats, ceux-là en offrent à Jésus. Les uns se restaurent sans appétit au soleil, pendant que les autres mangent et boivent joyeusement. L'un des légionnaires sort pour inspecter la place silencieuse. ‟On peut y aller, crie-t-il. Tous sont partis. Seuls restent les factionnaires.” Jésus se lève docilement, il bénit et réconforte les trois frères auxquels il donne rendez-vous pour la Pâque [du printemps W-1] à Gethsemani, puis il sort, entouré par la patrouille. Les apôtres humiliés marchent derrière, dans les rues désertes, jusqu'à l'extérieur. ‟Ave, Galiléen”, dit le triaire. ‟Adieu, Aquila. Je te demande de ne pas maltraiter Daniel, Elie et Philippe [les trois frères], je suis le seul coupable. Dis-le au centurion.” ‟Je n'ai pas besoin de lui dire. A cette heure, il a déjà tout oublié. Les trois frères nous fournissent un bon ravitaillement, spécialement le vin de Chypre que le centurion aime plus que la vie. Sois tranquille. Adieu.” Ils se séparent. Les légionnaires repassent les portes. Jésus et les siens se dirigent vers l'est, à travers la campagne silencieuse", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 329.15, vision du 13/11/1945). On prend la direction de Qadesh, aujourd'hui le site archéologique de Tel-Qadesh en Israël (33°06'49"N 35°32'02"E ; à ne pas confondre avec les autres cités homonymes !). Jacques et Jean les fils de Zébédée extériorisent leur exaspération d'être systématiquement éconduits, ridiculisés, humiliés partout où ils passent, Jésus leur dit qu'ils n'ont rien compris à son ministère qui prône le pardon systématique, et les punit par une boutade amicale : il les désignera désormais comme "fils du tonnerre" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 330.3, vision du 14/11/1945). On fait halte près de Qadesh/Tel-Qadesh chez un vieux couple. On reprend la route vers Achziv. Une Cananéenne se présente, elle supplie Jésus de guérir sa fillette malade d'un "démon", elle le suit longtemps en l'implorant en vain, enfin Jésus guérit la fillette (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 331.3-7, vision du 15/11/1945). Puis une autre femme anonyme d'origine phénicienne se dresse devant lui quand il repasse l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra, elle lui demande aussi de guérir sa fille dont le dos est paralysé ("Il y a deux ans [c'est la femme anonyme qui s'adresse à Jésus], un os s'est détérioré dans la colonne vertébrale [de ma fille], cela la paralyse et la conduit à une mort lente en lui causant beaucoup de souffrances. Nous l'avons montrée à des médecins d'Antioche, de Tyr, de Sidon, et même de Césarée et de Panion, nous avons tellement dépensé en docteurs et en médicaments que nous avons dû vendre la maison que nous possédions en ville et nous retirer dans celle de campagne, congédier les serviteurs de la maison pour ne garder que ceux de la campagne, vendre nos productions qu'auparavant nous consommions. Cela n'a servi à rien. Et je t'ai vu. J'ai appris ce que tu as fait ailleurs. J'ai espéré obtenir ta grâce pour moi aussi. […] J'ai quitté ma maison avec peu d'argent et seule pour aller à la ville [à Alexandroscène/Naqoura], croyant t'y trouver. Puis j'ai suivi le conseil de l'homme [le berger de passage qui a guidé Jésus et ses apôtres vers Qadesh/Tel-Qadesh] en venant dans cet endroit [à l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 331.11, vision du 15/11/1945), il la repousse longtemps avant de consentir à sa requête (cet épisode conforte l'hypothèse que Jésus est un rebouteux : il soigne la paralysie de cette fille anonyme comme les magnétiseurs de la série Enquêtes extraordinaires de Stéphane Allix prémentionnée). En longeant la côte depuis l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra vers Achziv, on retrouve le maréchal-ferrant romain Titus, sa femme juive Esther dit que leur mariage impur n'est pas accepté par les autorités pharisiennes et elle en souffre ("Les rabbins nous méprisent, nous les épouses de Romains. J'ai pourtant porté tous mes enfants au Temple, et les garçons sont tous circoncis. J'avais prévenu Titus, quand il a voulu m'épouser. Il est bon. Il me laisse tout pouvoir sur les enfants : coutumes, rites, tout est juif ici. Mais les chefs des synagogues nous maudissent. Toi, non. Tu as pitié de nous. […] Titus est bon. Pendant nos fêtes, il ferme la maréchalerie, quitte à perdre beaucoup d'argent, et il m'accompagne avec les enfants au Temple. Il dit qu'on ne peut pas rester sans religion, que la sienne est aujourd'hui celle de la famille et du travail, comme hier celle du soldat", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 331.12, vision du 15/11/1945), elle montre les nombreux enfants qu'elle a eus avec Titus, que Jésus bénit. Puis le groupe continue sa route vers Achziv. Jésus se retourne vers Jacques fils de Zébédée - alias "fils du tonnerre" - pour lui dire avec ironie : "Tu vois ? Tu vois ? Deux femmes m'ont suivi aujourd'hui, et une famille romano-juive m'a témoigné sa fidélité. Voilà qui prouve que le ministère est un grand succès, même si la majorité de la population d'Alexandroscène nous a craché dessus, et même si les Romains nous en ont expulsés à coups de pied au cul" ("‟La discipline que tu transmets à tes enfants [c'est Jésus qui s'adresse à Titus] te prépare à un service plus élevé : celui de Dieu. Maintenant, nous te quittons. J'ai juste le temps d'arriver à Achziv avant la fin du crépuscule. Paix à toi, Esther, et à toute ta maison. Vous appartiendrez bientôt au Seigneur.” La mère et les enfants s'agenouillent pendant que Jésus lève la main pour les bénir. L'homme, comme s'il était de nouveau le soldat de Rome devant son Empereur, se met au garde-à-vous, en saluant à la romaine. [Jésus et les apôtres] s'éloignent. Après quelques mètres, Jésus pose la main sur l'épaule de Jacques [fils de Zébédée] : ‟Quatre [disciples] de plus en un jour [soit la Cananéenne près de Qadesh/Tel-Qadesh, la Phénicienne au pied de l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra, et Titus et Esther]. Pas de défaite. Nous ne sommes pas chassés, ridiculisés, maudits… Qu'en dis-tu ?” ‟Que je suis un benêt, seigneur”, répond vivement Jacques fils de Zébédée", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 331.13, vision du 15/11/1945). Cet épisode est rapporté en Marc 7.24-30 et en Matthieu 15.21-28, mais décontextualisé, en conséquence ces deux passages évangéliques posent beaucoup de problèmes aux théologiens chrétiens car, de façon incompréhensible, Jésus y apparaît sans pitié, sans empathie, sans compassion. Le récit de Maria Valtorta apporte une explication très crédible - et très humaine - à ces deux passages, mais les théologiens chrétiens ne peuvent naturellement pas l'accepter car elle casse l'image d'un Jésus divin et bon : Jésus se comporte durement avec deux femmes faibles d'origine non-juive, il les ignore volontairement pour les obliger à le suivre, afin de convaincre ses apôtres que des gens de partout se pressent vers lui, et estomper ainsi l'expulsion humiliante d'Alexandroscène/Naqoura, il veut signifier à ses apôtres - et à lui-même ! - qu'il domine la situation et que l'aventure dans laquelle il les a engagés depuis deux ans est une grande réussite. En somme il est un chef d'entreprise en faillite qui essaie de rassurer ses employés sur la bonne santé de son entreprise : "Voyez, les clients affluent à notre porte, ils sont prêts à traverser toute la Phénicie jusqu'à Qadesh/Tel-Qadesh et à l'Echelle-de-Tyr/cap Roch Hanikra pour bénéficier de notre service, même quand on les repousse en leur disant que nous n'avons pas besoin d'eux".


A Achziv, dans la vision 332, on retrouve Simon-Pierre qui a revendu l'âne Antoine à Tyr, et Philippe et Nathanaël Barthélémy en provenance de Galilée. On continue à longer la côte au sud vers Ptolémaïs/Acre puis Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa. En marchant, Simon-Pierre dit qu'il n'est pas heureux de revoir Judas, avec une telle franchise que Jésus se retient de rire ("‟Je ne suis pas pressé de retrouver Judas fils de Simon. Si seulement nous ne le rencontrions pas ! Nous étions si bien entre nous…” ‟Simon[-Pierre] ! C'est ça ta fraternité ?” ‟Seigneur ! C'est ça ma vérité !”, rétorque spontanément [Simon-]Pierre avec une telle franchise et une telle expression que Jésus se retient de rire. Comment réprimander un homme aussi direct et aussi fidèle ? Jésus préfère se taire en montrant un intérêt exagéré aux pentes à leur gauche, face à la plaine ouverte à droite", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 333.1, vision du 18/11/1945). Un peu plus loin, la conversation dévie sur Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché à Antioche, Jésus explique que c'est lui-même que les autorités du Temple guidés par Judas visent à travers ces deux fugitifs, et qu'ils seront très déçus et même en colère quand ils apprendront que les deux sont à l'abri à Antioche, Simon-Pierre dit qu'il a hâte de voir la mine déçue de Judas, Jésus le réprimande encore ("‟Pourquoi sont-ils si acharnés ? [c'est Simon-Pierre qui s'adresse à Jésus] On trouve en Judée beaucoup d'autres comme [Félix/]Jean [d'En-Dor], or ceux-là ils les protègent et ils les cachent pour braver Rome…” ‟Parce qu'au fond ils n'ont rien contre [Félix/]Jean [d'En-Dor]. Ils se servent de lui uniquement pour m'accuser.” ‟Et ils ne le trouveront plus ! Ah, tu as bien fait ! Nous envoyer seuls par la mer, en barque sur plusieurs milles, puis au-delà des frontières sur un navire… J'espère qu'ils seront vraiment déçus !” ‟Ils le seront.” ‟J'aimerais voir la tête de Judas de Keriot, comme un ciel plein de vents et de signes…” ‟Ah, mais !” ‟Oui, pardon, pardon ! J'ai un clou là-dedans !”, répond-il en se frappant le front", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 333.1, vision du 18/11/1945). Dans la vision 334, près de Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa, on retrouve Thomas/Didyme accompagné de Judas. Ce dernier se vante de son action à Jérusalem, qu'il estime favorable au ministère. Il subodore que Jésus l'a écarté pour exfiltrer Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, mais il se retient de poser des questions. Il informe qu'Ismael ben Phiabi (ex-Grand Prêtre en 15-16 sous la préfecture de Valerius Gratus, comme nous l'avons vu plus haut) désire voir Jésus dans sa propriété de Megiddo. Jésus accepte (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 334.7, vision du 19/11/1945). En chemin vers le lieu du rendez-vous, Jésus fait halte dans une maison en banlieue de Megiddo où vit une femme avec ses enfants, et avec son mari hydropique, momentanément absent, qu'elle prie Jésus de guérir. Jésus lui demande d'envoyer son mari, quand il sera revenu à la maison, vers la propriété d'Ismael ben Phiabi (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 335.5, vision du 11/09/1944). On arrive à la propriété d'Ismael ben Phiabi, qui a invité des proches, dont le vieil Eléazar-Boethos (ex-Grand Prêtre à l'époque d'Hérode-Archélaos, comme nous l'avons vu dans l'aliéna précédent). On comprend rapidement que lui et ses invités rêvent d'aider Jésus à devenir roi à la place d'Hérode-Antipas, puis roi d'Israël réunifié. Mais Jésus les refroidit aussitôt en leur disant que le royaume qu'il professe n'est pas ici-bas, et que peu de juifs y accèderont car peu comprennent son ministère, beaucoup ne pensent son discours qu'à travers la politique ("‟Toi, Eléazar[-Boethos] [c'est Ismael ben Phiabi qui parle], rapporte ce que j'ai dit du rabbin [Jésus] lors de notre dernière réunion.” ‟Un éloge ! Une défense passionnée ! Ismaël [ben Phiabi] t'a présenté comme le plus grand prophète venu au peuple d'Israël, rabbin, alors j'ai eu envie de t'entendre. Il a affirmé que personne n'a une parole plus profonde que la tienne, n'exerçait une fascination plus grande, et que le jour où tu useras de l'épée comme de la parole tu seras le plus grand roi d'Israël.” ‟Mon Royaume n'est pas humain, Eléazar[-Boethos].” ‟Mais « roi d'Israël »…” ‟Que s'ouvrent vos esprits pour comprendre les vérités cachées ! Le Royaume du Roi des rois viendra, oui, mais non pas selon les estimations humaines. Il ne sera pas pour ce qui périt, mais pour ce qui est éternel. On y accède non par un chemin fleuri et triomphal, ni sur un tapis rougi du sang ennemi, mais par le rude chemin du sacrifice et par la douce échelle du pardon et de l'amour. Ce sont les victoires contre soi-même qui ouvrent ce Royaume. Et Dieu veuille que le plus grand nombre de juifs puissent me comprendre ! Mais c'est peine perdue. Vous pensez ce qui n'est pas. J'aurai un sceptre en main, hérité du peuple d'Israël, royal et éternel, aucun roi ne pourra l'enlever à ma Maison, oui, mais beaucoup en Israël frémiront d'horreur en le voyant parce que son nom leur sera atroce”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 335.7, vision du 11/09/1944). Les auditeurs pressentent que Jésus refusera toujours de devenir la marionette de leurs projets politiques, et manifestent leur déception, à l'exception du vieil Eléazar-Boethos qui a un bon fond altruiste ("Eléazar[-Boethos] touche le bras de Jésus : ‟Rabbin, écoute-moi. J'ai un cas particulier à te soumettre. J'ai acheté récemment une maison à un malheureux qui s'est ruiné pour une femme, il me l'a vendue sans préciser qu'elle incluait sa nourrice, une vieille servante aujourd'hui aveugle et presque sénile. Le vendeur ne veut pas s'occuper de cette femme. Moi pareillement, mais je ne veux pas la jeter à la rue. Que ferais-tu, rabbin ?” ‟Si un autre te demandais conseil, que lui dirais-tu ?” ‟Je répondrais : « Occupe-toi d'elle, tu ne te ruineras pas pour un pain »” ‟Pourquoi répondrais-tu cela ?” ‟Mais ! Parce que c'est ainsi que je désire agir, et parce que c'est ainsi que je désirerais que les autres agissent envers moi !” ‟Tu es très près de la Justice, Eléazar[-Boethos]. Agis comme tu le conseillerais à un autre, et le Dieu de Jacob sera toujours avec toi.” ‟Merci, rabbin.” Les autres bougonnent entre eux. ‟Qu'avez-vous à murmurer ? demande Jésus. N'ai-je pas parlé juste ? N'a-t-il pas parlé juste ? Ismaël [ben Phiabi], défends tes hôtes, toi qui agis toujours avec miséricorde.” ‟Rabbin, tu parles bien, mais si on agissait toujours ainsi, on deviendrait vite victime des autres.” ‟Et mieux vaut que les autres soient nos victimes, selon toi, n'est-ce pas ? ” ‟Je ne dis pas ça. Mais dans certains cas…” ‟La Torah enseigne la misécorde…” ‟Oui, pour le frère pauvre, pour l'étranger, le pèlerin, la veuve et l'orphelin. Mais cette vieille tombée dans les bras d'Eléazar[-Boethos] n'est ni sa sœur ni étrangère ni pèlerine ni veuve ni orpheline. Elle n'est rien pour lui, seulement un vieux meuble oublié par son ancien propriétaire dans la maison vendue. Eléazar[-Boethos] peut donc la chasser sans regret. La responsabilité de la mort de cette vieille ne lui incombera pas, elle incombera à son ancien propriétaire.” ‟… qui ne peut plus s'en occuper parce qu'il est ruiné, et par conséquent ne peut plus honorer ses obligations. Donc si cette vieille femme meurt de faim, elle ne doit accuser qu'elle-même, n'est-ce pas ?” ‟Exactement, rabbin. Tel est le sort de ceux qui ne servent plus. Les malades, les vieux, les incapables sont condamnés à la misère, à la mendicité. La mort est une délivrance pour eux. C'est ainsi depuis que le monde est monde. Et ce sera toujours ainsi”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 335.11, vision du 11/09/1944). Soudain arrive l'homme hydropique dont la femme a accueilli Jésus en banlieue de Megiddo. Il supplie Jésus de le guérir. Jésus se tourne vers Ismael ben Phiabi et ses invités pour leur demander s'il peut guérir cet homme alors qu'on est le jour du sabbat. L'un d'eux appelé "Chanania" répond non. Jésus lui dit que sa propriété sur le mont Hermon est en train de brûler, donc on doit la laisser brûler puisque c'est le jour du sabbat (on ignore si Jésus dit cela parce que la propriété est réellement en train de brûler, ou si c'est simplement pour mettre Chanania face à un dilemme). Furieux, Chanania sort. Jésus guérit l'homme hydropique devant Ismael ben Phiabi et les invités restants (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 335.12-13, vision du 11/09/1944 ; cette scène est évoquée en Luc 14.1-6), et il enfonce le clou au moment de partir en les sommant de ne plus caresser un projet politique le concernant, et de changer de comportement sous peine d'être maudits ("Ismaël [ben Phiabi], ne me hais pas parce que je te soigne. Moi, je ne te hais pas. Je suis venu pour te guérir. Tu es plus malade que cet homme [l'hydropique que Jésus vient de soigner]. Tu m'as invité afin de te glorifier toi-même et de satisfaire tes amis, comme souvent, par orgueil et pour ton plaisir. Ne fais plus cela. N'invite plus les riches, leurs parents et leurs amis. Ouvre ta maison et ton cœur aux pauvres, aux mendiants, aux estropiés, aux boiteux, aux orphelins et aux veuves. Ils te béniront en retour, et Dieu te rendra grâce, et à la fin… oh ! Bienheureux les miséricordieux, car Dieu les récompensera à la résurrection des morts ! Malheur à ceux qui espèrent le profit et ferment leur cœur au frère ne pouvant plus servir !", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 335.16, vision du 11/09/1944). Dans la vision 336, on est de retour à Nazareth. Jésus y reste avec Simon-Pierre, Jacques et Jean les fils de Zébédée, et Thomas/Didyme. Les autres apôtres partent vers le lac de Galilée et le lac Méron/Hula pour signifier à Judas que Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché ne sont plus dans la région. Quand plus tard Judas revient vers Jésus, après avoir compris que Jésus l'a manœuvré pour extrader Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, il dit clairement avoir des doutes sur son attachement à celui-ci et au ministère, Jésus de son côté ne comprend pas pourquoi sa séduction ne fonctionne pas sur Judas alors qu'elle fonctionne bien sur les onze autres apôtres ("‟Tu ne m'aimes pas, voilà. [c'est Judas qui s'adresse à Jésus] Et je finirai par ne plus t'aimer, et par maudire l'heure où je t'ai aimé, où je me suis ruiné aux yeux du monde pour un roi qui ne sait pas combattre, qui se laisse dominer même par la plèbe. Ce n'est pas ce que j'attendais de toi.” ‟Ni moi de toi. Mais moi je ne t'ai jamais trompé. Et je ne t'ai jamais contraint. Pourquoi donc restes-tu à mes côtés ?” ‟Parce que je t'aime. Je ne peux plus me séparer de toi. Tu m'attires et me dégoûtes. Je te désire comme l'air pour respirer mais tu m'effraies. Ah, je suis maudit, je suis damné ! Pourquoi tu ne chasses pas le démon, toi qui le peux ?” Le visage de Judas est livide et bouleversé, fou, apeuré, haineux. […] [Jésus] répond, d'une voix sanglotante : ‟Pourquoi ne te repends-tu pas, pourquoi hais-tu Dieu comme s'il était coupable de ton péché ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 338.8, vision du 22/11/1945).


  

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