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Le temps perdu

Parodos

Acte I : Origines

Acte II : Les Doriens

Acte III : Sophocle

Le temps gagné

© Christian Carat Autoédition

Acte IV : Alexandre

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Acte V : Le christianisme

Jésus le Mashiah

Hérode

Après Hérode

La Judée romaine (1)

La Judée romaine (2)

La Judée romaine (3)

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Les onze apôtres remarquent la tension entre Judas et Jésus. Le premier disparaît on-ne-sait-où. Le second ne leur répond pas quand ils s'enquièrent des prochaines étapes du ministère, il reste le regard vague, perdu dans ses pensées. On part vers le nord-est, en direction du mont Méron. Judas réapparaît tout à coup, courant derrière le groupe. Il ment en prétendant avoir prié Dieu en solitaire et s'être endormi, d'où son retard. Il rigole exagérément avec une fausse spontanéité, il s'agenouille devant Jésus pour lui demander pardon pour son retard. Les apôtres l'accueillent avec un soulagement gêné, ils essaient de détendre l'atmosphère. Mais Jésus ne desserre pas les dents. Judas le provoque en disant s'être isolé "parce que Jésus ne pouvait pas prier dans le lieu où il était", Jésus rétorque du tac au tac : "Effectivement je ne fréquente pas les lieux que tu fréquentes, et nous ne pouvons pas prier dans deux directions opposées, moi à mon Père, toi à Satan". On comprend que Jésus accuse Judas d'avoir passé les dernières heures dans une maison close ou avec une femme de passage, il est jaloux que son attirance pour le méchant garçon Judas ne soit pas réciproque, que celui-ci lui préfère une femme, ce qu'il ne comprend pas puisque lui-même n'est pas attiré par les femmes. Un gros malaise s'installe dans le groupe, qui continue de marcher vers le mont Méron ("Judas apparaît soudain en courant. ‟Rabbin [Jésus], j'ai tardé, je suis resté endormi et…” ‟Où ? Je ne t'ai pas trouvé à la maison ?”, demande André étonné. Judas reste interdit un temps, mais il se reprend vite : ‟Je suis fâché de révéler ma pénitence… J'étais dans le bois, toute la nuit j'ai prié, j'ai fais des sacrifices. Le sommeil m'a pris à l'aube. Je suis un faible, moi. Mais le Seigneur Très-Haut aura de la compassion pour son pauvre serviteur. N'est-ce pas, rabbin ? Je me suis réveillé tard et tout courbaturéC:Carat” ‟En effet tu as le visage fané”, observe Jacques fils de Zébédée. Judas rit : ‟Oui, mais j'ai l'âme plus joyeuse. La prière est bénéfique. La pénitence rend le cœur gai, et humble et généreux. Rabbin, pardonne à ton imbécile de Judas”, et il s'agenouille aux pieds de Jésus. ‟Lève-toi et partons.” ‟Donne-moi la paix par un baiser. Ce sera signe que tu m'as pardonné ma mauvaise humeur d'hier. Je t'ai repoussé, c'est vrai, mais parce que je voulais prier…” ‟Nous aurions pu prier ensemble.” Judas rit et dit : ‟Non, tu ne pouvais pas prier avec moi cette nuit, dans l'endroit où je me trouvais…” ‟Pourquoi ? Il est toujours avec nous, et c'est lui qui nous a appris à prier !”, remarque [Simon-]Pierre étonné. Tous rient. Sauf Jésus. Il fixe Judas qui l'a embrassé, et qui le regarde ensuite avec un œil hilare de malice piquante, comme par défi, avant d'oser répéter : ‟N'est-ce pas vrai que tu ne pouvais pas être avec moi cette nuit ?” ‟C'est vrai. Je ne pouvais pas et je ne pourrai jamais partager le lien entre mon esprit et mon Père avec un tiers qui n'est que chair et sang, comme toi, dans les lieux où tu vas. J'aime la solitude que peuplent les anges pour oublier que l'homme est une puanteur de chair corrompue par les sens, par l'or, par le monde et par Satan.” Judas ne rit plus même avec ses yeux. Il répond sérieusement : ‟Tu as raison. Ton esprit a vu la vérité”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 339.5, vision du 23/11/1945). Après un temps, les deux hommes s'adressent à nouveau la parole pour tenter d'apaiser leur différend, cela aboutit à une incompréhension réciproque, Judas essayant de justifier sa vie de pécheur en prétextant qu'elle l'aide à comprendre le péché pour mieux le combattre ("‟Ta morale est vraiment étrange, Judas. On n'a jamais vu un médecin qui s'inflige volontairement une maladie pour pouvoir dire ensuite : « Maintenant je sais mieux soigner ceux qui ont cette maladie ». En résumé, je suis un incapable ?” ‟Qui dit ça, rabbin ?” ‟Toi. Je ne commets pas de péchés, donc selon ta logique je ne sais pas guérir les pécheurs.” ‟Tu es toi. Mais nous ne sommes pas toi. Nous avons besoin de l'expérience pour savoir.” ‟Encore ta vieille idée d'il y a vingt lunes. Tu pensais alors que je devais pécher pour devenir capable de me racheter. Je suis étonné que tu n'aies pas essayé de corriger mon défaut et de me doter de cette capacité de comprendre les pécheurs…” ‟Tu plaisantes, rabbin, ça me réjouit. Tu me peinais. Tu étais si triste… Et puisque c'est moi qui te pousse à la plaisanterie, ça me réjouit doublement. Je n'ai jamais voulu m'ériger pour toi en pédagogue. D'ailleurs, tu vois : j'ai corrigé mon raisonnement en disant que cette expérience est nécessaire seulement pour nous, pauvres hommes. Toi tu es fils de Dieu, n'est-ce pas ? Tu as donc une sagesse qui peut se dispenser de l'expérience” ‟Eh bien ! Sache que l'innocence renferme une sagesse plus sure que la basse et périlleuse connaissance du pécheur. L'ignorance limite la capacité de se guider et de guider, alors le ministère des anges y supplée. Les anges sont toujours présents près d'un cœur pur, et comme ils savent distinguer le Bien et le Mal ils guident le pur dont ils ont la garde sur un juste sentier, vers des actions justes. Le péché en revanche n'augmente pas la sagesse. Il n'est pas Lumière. Il ne guide jamais. Il est corruption, aveuglement, chaos”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 340.2, vision du 24/11/1945). On arrive à Giscala/Jish (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 340.7, vision du 24/11/1945). On se recueille sur la tombe du rabbin Hillel à proximité (à quelques kilomètres au sud de Giscala/Jish), où on croise des adversaires pharisiens. Parmi ces derniers, on remarque deux élèves de Gamaliel : Jonathan ben Uzziel, que nous avons vu expulser le groupe apostolique de son domaine à l'ouest de Gerimot/Tel-Yarmouth au printemps W-2 (dans la vision 217.2-4 précité), et, surtout, un jeune homme "maigrelet, pâle, gros yeux, grosse bouche" appelé "Saül", futur Paul ("[Jésus et les apôtres] sortent de la ville [de Giscala/Jish] et vont vers la maison près de laquelle se trouve la tombe d'Hillel. ‟Quel toupet !” ‟Il est imprudent et impudent !” ‟Il nous provoque !” ‟Profanateur !” ‟Dis-le-lui, [Jonathan] ben Uzziel !” ‟Je ne me contamine pas. Dis-le-lui, toi, Saül, qui n'es qu'un élève.” ‟Non. Disons-le à Judas. Appele-le.” Le jeune appelé “Saül”, maigrelet, pâle, gros yeux et grosse bouche, va trouver Judas et lui dit : ‟Viens. Les rabbins te demandent”. ‟Je ne viens pas. Je reste où je suis. Laissez-moi tranquille.” Le jeune homme revient et rapporte à ses maîtres. Pendant ce temps Jésus, entouré des siens, prie avec respect près du tombeau de pierre blanche d'Hillel", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 340.7, vision du 24/11/1945). La présence de Jonathan ben Uzziel en ce lieu de Galilée raccorde avec l'archéologie puisqu'il sera enterré dans la banlieue nord-ouest d'Amuka, à quelques kilomètres à l'est de la tombe d'Hillel, on suppose que Jonathan ben Uzziel y possède un autre domaine. La présence de Saül/Paul raccorde aussi avec saint Jérôme qui assure que celui-ci est originaire de Giscala/Jish, ses parents ont fui cette cité "quand les Romains l'ont prise" et se sont exilés à Tarse en Cilicie, ou ils ont été déportés à Tarse par les Romains conquérants, on ne sait pas à quelle campagne militaire de la fin du Ier siècle av. J.-C. ou du début eu Ier siècle cet exil ou cette déportation correspond ("Paul, appelé antérieurement ‟Saül”, apôtre non-membre des douze, appartenait à la tribu de Benjamin et était originaire de Giscala en Judée [grossière erreur de saint Jérôme : Giscala/Jish est en Galilée, on ne connaît aucune cité homonyme en Judée]. Lorsque cette cité fut prise par les Romains, ses parents se réfugièrent à Tarse en Cilicie. Envoyé par eux à Jérusalem pour y étudier le droit, il fut instruit par Gamaliel, un rabbin mentionné par Luc [Luc 22.3]", saint Jérôme, Des hommes illustres 5). Le groupe est chassé de Giscala/Jish à coups de pierres par ces pharisiens en pèlerinage sur la tombe d'Hillel, le rabbin Zadok déjà vu à Belle-eau en hiver W-3/W-2 (dans la vision 137.4 précitée) est l'un des plus déterminés. Judas s'interpose pour essayer de se racheter aux yeux de Jésus, les lanceurs de pierres l'accusent de traîtrise et jurent de le punir. Jacques fils de Zébédée - ou "fils du tonnerre" - s'engage aussi, mais Jésus le retient. Jacques fils d'Alphée est frappé à la tempe, Jésus est aussi blessé à la main (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 340.7-9, vision du 24/11/1945). On panse les blessures sur un chemin vers le nord-est. Judas promet de rapporter cette lapidation à Gamaliel, mais les autres apôtres lui signale qu'il ne peut plus faire cela puisqu'il a pris parti pour Jésus en s'interposant, et que Gamaliel seul ne pourra pas l'appuyer contre le Sanhédrin. Jésus minimise : "C'est bon, calmez-vous, ça n'a été qu'une péripétie sans gravité, ma blessure est superficielle, et Jacques fils d'Alphée n'est pas mort" ("L'Iscariote [Judas] dit : ‟Je rapporterai tout ! Nous n'avons rien fait de mal, nous n'avons pas réagi, lui [Jésus] a parlé d'emblée avec amour, et ils nous ont lapidés comme des serpents ! Oh oui je rapporterai tout !” ‟A qui ? Ils sont tous contre nous.” ‟Je sais à qui ! A Etienne ou Hermas [élèves de Gamaliel], qui en informeront Gamaliel aussitôt ! A Pâque [W-1], je leur dirai : « Agir ainsi n'est pas juste ! Cette fureur est illégale ! Eux sont coupables, pas lui ! » !” ‟Tu ferais mieux de ne pas fréquenter ces seigneurs. Je crois avoir compris qu'à leurs yeux tu es devenu aussi coupable…”, conseille sagement Philippe. ‟C'est vrai, mieux vaut ne pas les fréquenter… Oui, tu as raison. Je parlerai seulement à Etienne, lui est bon et n'empoisonne pas…” ‟Laisse tomber, Judas. Tu n'améliorerais rien. J'ai pardonné, n'y pensons plus”, dit Jésus d'un ton calme et persuasif", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 341.2, vision du 25/11/1945). On reprend la route vers Qadesh/Tel-Qadesh. On fait halte dans une maison isolée habitée par un couple et leurs trois enfants, l'un d'eux est un garçon sourd-muet, que Jésus guérit (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 341.6, vision du 25/11/1945), en réalité il ne le guérit pas, il se contente simplement de lui tirer quelques bruits de gorge (comme au muet "possédé" de Capharnaüm dans la vision 269.4-5 précitée). On arrive à Qadesh/Tel-Qadesh, que Maria Valtorta décrit longuement, comme si elle avait un plan sous les yeux. On pénètre dans la ville, on traverse le marché en contrebas, on monte vers l'agora où se dresse la synagogue, on y retrouve les pharisiens ayant chassé le groupe à Giscala/Jish, dont Zadok ("La cité de Qadesh est sur une petite montagne un peu isolée, à l'est d'une longue chaîne nord-sud, à l'ouest une autre chaîne de collines également nord-sud, soit deux lignes presque parallèles mais qui se rapprochent à un endroit en formant un X. Elle s'étend entre le sommet de la montagne en pente douce à l'ouest et la vallée fraiche et verte mais étroite à l'est. C'est une belle ville entourée d'une muraille, avec des belles maisons et une synagogue imposante. D'une fontaine imposante aux multiples orifices tombe une eau fraîche et abondante dans un bassin inférieur, d'où partent des canaux, alimentant peut-être d'autres fontaines ou des jardins, je ne sais pas. […] Le marché est en contrebas, au sud-ouest de la ville : la route principale venant du sud croise l'autre, celle suivie par Jésus, venant de l'ouest, elles confluent à angle droit en une rue unique qui passe sous la porte et débouche sur cette vaste place oblongue, où on voit des ânes, des claies, des vendeurs et des acheteurs, et l'habituel vacarme des marchés. Quand ils arrivent à cette belle place - le cœur de la ville, non seulement parce qu'elle est au centre de l'enceinte et anime la vie spirituelle et commerciale de Qadesh, mais encore parce qu'elle surplombe la région par sa position surélevée -, les difficultés commencent. Comme des chiens hargneux attaquant un chiot sans défense, ou plutôt comme des chiens de chasse flairant l'odeur du gibier, un groupe de pharisiens et de saducéens, auxquels se mêlent une poignée de rabbins excités vus à Giscala dont le nommé “[Jonathan] ben Uzziel”, s'adossent au portail large et embelli de sculptures et de frises de la riche synagogue. Et tout de suite ils montrent du doigt Jésus et les apôtres. ‟Hélas, seigneur ! Ils sont ici aussi !”, dit Jean [fils de Zébédée] effrayé en se retournant vers Jésus", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 342.1-2, vision du 26/11/1945). Jésus ne se démonte pas. Le vieux chef de la synagogue nommé "Matthias" l'invite à parler à la population. Jésus entame un nouveau prêche, bien accueilli par les autochtones (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 342.3-4, vision du 26/11/1945), contrairement aux pharisiens qui fulminent, prêts à lapider le groupe à nouveau mais retenus par leur déférence au vieux Matthias ("Le chef de la synagogue [Matthias] se relève, patriarcal, splendide comme Moïse avec ses cheveux blancs, et il crie : ‟Qadesh est un asile et une cité lévitique ! Respectez…” ‟Vieilles histoires ! Ça ne compte plus !” ‟Blasphème ! C'est vous qui êtes des pécheurs, pas lui ! Je le défends parce qu'il ne dit rien de mal ! Il explique les prophètes, il nous apporte la Bonne Nouvelle, et vous l'interrompez, vous le tentez, vous l'offensez ! Je ne permets pas ! Il est sous la protection du vieux Matthias, descendant de Lévi côté père et d'Aaron côté mère ! Sortez et laissez-le instruire ma vieillesse et mes fils adultes !” Il pose sa main rugueuse de vieillard sur l'avant-bras de Jésus, comme un bouclier. ‟Qu'il nous donne un vrai signe et nous partirons convaincus !”, crient les ennemis", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 342.7, vision du 26/11/1945). Les pharisiens reviennent sur l'affaire de la soi-disant résurrection de Daniel de Naïm, ils accusent Jésus de charlatanerie et réclament un miracle réellement significatif. En guise de réponse, Jésus montre sa main blessée à Zadok, le plus acharné d'entre eux : "Le voilà, le signe que vous réclamez : je professe l'Amour, et vous professez la violence ! Aujourd'hui vous vous limitez à me jeter des cailloux à la goule, demain vous me tuerez ! Ah elle est belle, votre religion !" ("‟Tu ne peux pas nous ordonner de te croire sur parole ! [c'est un des notables juifs s'adresse à Jésus] On peut toujour mentir en étant convaincu de dire la vérité ! Croire exige des preuves ! Donne-nous donc des preuves que tu es ce que tu dis !” ‟Israël est plein des preuves que j'ai données”, dit Jésus tranchant. ‟Oh, celles-là ! Des petites choses que n'importe quel saint peut accomplir, on en a déjà vues par le passé et on en verra encore à l'avenir en Israël !”, dit un pharisien. Un autre ajoute : ‟Et ont-elles été accomplies réellement par sainteté avec l'aide de Dieu ? On raconte que tu es aidé par Satan ! Nous voulons d'autres preuves, plus fortes, que Satan ne peut pas fabriquer !” ‟Oui, une mort vaincue !”, dit un autre. ‟Vous en avez déjà eue une.” [allusion à la prétendue résurrection du jeune Daniel de Naïm] ‟C'était une apparence de mort ! Montre-nous un corps en décomposition, qui se ranime et se recompose ! Voilà qui nous certifiera que Dieu est avec toi, car seul Dieu peut rendre le souffle à la boue qui redevient poussière !” ‟On n'a jamais demandé cela aux prophètes.” Un saducéen crie : ‟Tu te prétends plus qu'un prophète, tu as déclaré être Fils de Dieu, alors agis en Dieu ! Va, donne-nous un signe ! Un signe !” ‟Oui, un signe du Ciel qui te désignera comme Fils de Dieu ! Après nous t'adorerons !”, crie un pharisien. ‟Bien dit, Simon ! Nous ne voulons pas retomber dans le péché d'Aaron [allusion à l'épisode du veau d'or raconté en Exode 32.1-6], nous n'adorons pas l'idole, le veau d'or, nous sommes prêts à adorer l'Agneau de Dieu ! L'es-tu ? Que le Ciel nous renseigne !”, déclare avec un rire sarcastique le nommé ‟Uriel” qui était à Giscala. Un autre intervient : ‟Laisse-moi parler. Je suis Zadok, le scribe d'or. Ecoute-moi, ô Christ. Tu as été précédé par beaucoup d'autres qui ont menti en se présentant comme « Christ ». Assez de tromperies. Un signe. Si Dieu est vraiment avec toi, il ne te refusera rien. Nous croirons en toi et nous t'aiderons. Sinon tu sais ce qui t'attend, selon le commandement de Dieu [allusion à Lévitique 24.16, qui voue les blasphémateurs à la lapidation]”. Jésus lève sa main droite blessée et la montre à son interlocuteur. ‟Tu vois ce signe ? C'est toi qui l'as fait ! Tu réclames un autre signe ? Tu te réjouiras quand tu auras incisé la chair de l'Agneau ! Regarde ! Regarde ! Ce que tu vois, tu le verras aussi au Ciel, quand tu paraîtras pour rendre compte de ta vie ! C'est moi qui te jugerai, je serai là-haut avec mon corps glorifié par les signes de mon ministère et du vôtre, de mon amour et de votre haine !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 342.6, vision du 26/11/1945). Cette réponse ne satisfait évidemment pas les pharisiens, elle décuple leur colère. Le groupe est contraint de s'échapper de la ville par une porte secondaire (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 342.7, vision du 26/11/1945). Mais les habitants suivent Jésus jusqu'à un village proche non-nommé et lui demandent de poursuivre son prêche, ce qu'il fait (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 342.8-10, vision du 26/11/1945). On longe le lac Méron/Hula, puis on traverse la plaine au nord pour atteindre Panion/Baniyas rebaptisée récemment "Césarée[-de-Philippe]" ("La plaine côtoie le Jourdain avant qu'il se jette dans le lac Méron. Une belle plaine sur laquelle de jour en jour croissent plus luxuriantes les céréales et fleurissent les arbres à fruits [l'hiver W-2/W-1 se termine]. Les collines, au-delà desquelles se trouve Qadesh, sont maintenant derrière des pèlerins qui, transis de froid, cheminent vivement aux premières lumières du jour, en jetant un œil d'envie sur le soleil qui s'élève, et en le cherchant dès que ses rayons touchent les prés et caressent les frondaisons. Ils doivent avoir dormi à la belle étoile, ou au mieux dans un pailler, car leurs vêtements sont froissés et conservent des brins de paille et des feuilles sèches qu'ils enlèvent à mesure qu'ils les découvrent à la lumière plus forte. Le fleuve s'annonce par son bruissement, qui paraît puissant dans le silence matinal de la campagne, et par une rangée serrée d'arbres aux feuilles nouvelles qui tremblent à la brise légère du matin. Mais on ne le découvre pas encore, enseveli dans la plaine plate. Quand ses eaux bleues, grossies de nombreux petits torrents qui descendent des collines à l'ouest, se voient scintillantes dans la verdure nouvelle des rives, on est presque sur le bord. ‟Suivons-nous la rive jusqu'au pont, ou passons-nous le fleuve ici ?”, demandent-ils à Jésus qui était seul, pensif, et qui s'est arrêté pour les attendre. ‟Voyez s'il y a une barque pour passer. Il vaut mieux aller par ici.” ‟Oui, au pont sur la route vers Césarée Panion nous pourrions rencontrer à nouveau quelqu'un envoyé sur nos traces”, observe [Nathanaël] Barthélemy renfrogné en regardant Judas", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 343.1, vision du 27/11/1945), que Maria Valtorta décrit encore minutieusement ("La ville est de construction récente comme Tibériade et Ascalon. Construite sur un plan incliné que domine une forteresse hérissée de tours, entourée de murailles cyclopéennes, défendue par des fossés profonds dans lesquels descend en partie l'eau de deux ruisseaux [le Baniyas et le Nahal Saar] qui, après s'être presque réunis en formant un angle, s'éloignent ensuite en s'écoulant à l'extérieur de la ville pour l'un, à l'intérieur pour l'autre. Des belles rues, des places, des fontaines, un urbanisme à la romaine, révélateur de l'obéissance servile du Tétrarque [Philippe] qui a foulé au pieds tous les usages de sa patrie. Parce qu'elle est un nœud de grandes routes qu'empruntent les caravanes de Damas, de Tyr, de Sephet [cité galiléenne non-localisée, à gauche du chemin reliant l'antique territoire de Nephtali à la mer selon Tobie 1.1 ; rappelons que le livre de Tobie est la version latine abrégée, intégré dans la Vulgate de saint Jérôme au Vème siècle, du livre de Tobit présent dans la Septante grecque de l'ère hellénistique] et de Tibériade, comme l'indiquent des panneaux indicateurs à toutes les portes, la ville est pleine de gens en mouvement, piétons, cavaliers, convois d'ânes et de chameaux, qui se croisent dans les rues larges et bien tenues, et des groupes de commerçants ou de désœuvrés stationnent sur les places, sous les portiques, près des habitations luxueuses, peut-être y a-t-il aussi des thermes pour parler affaires ou pour se divertir dans des bavardages anodins", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 344.1, vision du 28/11/1945). Nathanaël Barthélémy rapporte une rumeur : Jean-Baptiste ne serait pas mort, Hérode-Antipas aurait exécuté un de ses serviteurs à sa place, pour éviter une révolte populaire, et en même temps pour tromper Hérodiade et Salomé qui réclamaient une tête ("Le bruit circule que Jean-Baptiste n'est pas mort, mais qu'il a été transporté ailleurs par les anges et qu'Hérode[-Antipas], pour ne pas apparaître vaincu par Dieu, et surtout vaincu par Hérodiade, a décapité un serviteur présenté ensuite comme le cadavre mutilé du Baptiste", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 343.4, vision du 27/11/1945). Jésus reconnaît officiellement Simon-Pierre comme son second, comme vice-chef, ici-bas et dans le royaume des cieux… parce qu'il le veut vraiment ? ou parce qu'il acte que Simon-Pierre a un tempérament de chef et ne veut pas se laisser déborder par lui devant les autres apôtres, qui le reconnaissent déjà spontanément comme tel ? ("Dès le premier jour que tu es venu vers moi tu t'es interrogé, et, parce que tu es simple et honnête, tu as su comprendre et accepter la réponse qui te venait du Ciel. Tu n'as pas vu les manifestations surnaturelles comme ton frère [André] et Jean et Jacques [les fils de Zébédée], tu ne connaissais pas ma sainteté de fils, d'ouvrier, de citoyen comme mes frères Jude [Thaddée] et Jacques [les fils d'Alphée, en réalité cousin et non pas frères de Jésus], tu n'as pas profité d'un miracle et tu ne m'as pas vu en accomplir, je ne t'ai pas donné de signe de ma puissance comme j'en ai donné à Philippe, Nathanaël [Barthélémy], Simon le Cananéen [le zélote], Thomas[/Didyme] et Judas, tu n'as pas été subjugué par ma volonté comme le publicain Matthieu. Et pourtant tu t'es écrié : “Il est le Christ !”. Dès la première heure que tu m'as vu, tu as cru et jamais ta foi n'a été ébranlée. C'est pour cela que je t'ai surnommé “Céphas” [en araméen], et que sur toi “Pierre” [traduction grecque de "Céphas"] je bâtirai mon Ekklesia contre laquelle les puissances infernales ne prévaudront pas. C'est à toi que je donnerai les clefs du Royaume des Cieux. Et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les Cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les Cieux, ô homme fidèle et prudent dont j'ai pu éprouver le cœur. Dès cet instant, tu es le chef auquel on doit obéissance et respect comme à un autre moi-même. Voilà ce que je proclame devant vous tous", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 343.6, vision du 27/11/1945 ; Matthieu, témoin de cette scène, la rapportera en Matthieu 16.16-19). Dans la cité de Panion/Césarée-de-Philippe/Baniyas, on retrouve l'un des bergers de la Nativité appelé "Isaac" qui y a converti beaucoup de pèlerins païens - la cité renferme un célèbre sanctuaire hellénistique au dieu Pan - à l'évangile (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 344.4, vision du 28/11/1945). Jésus prêche à ces nouveaux convertis (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 344.6, vision du 28/11/1945). Puis il annonce sa volonté de revenir à Capharnaüm afin d'y rassembler apôtres et disciples, dont les femmes, préparer le voyage vers Jérusalem pour fêter la Pâque W-1 qui approche : une partie descendra par la Galilée, la Samarie, la Judée, tandis que Jésus et ses apôtres descendront par le Décapole à l'est du Jourdain (il veut encore éviter le risque d'être arrêté s'il passe par l'ouest du Jourdain ; Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 344.8, vision du 28/11/1945). Avant de quitter la ville, on monte vers le palais de Philippe le Tétrarque situé sur une colline voisine (ce palais sera transformé en forteresse par les croisés, aujourd'hui le site archéologique de Qalat Nimrod en Israël, 33°15'08"N 35°42'48"E), que Maria Valtorta décrit encore en détails ("La route, bien que montante, est pratique et accessible aux chars et aux chevaux. Au sommet, un palais fortifié massif qui étonne par sa forme singulière. On dirait deux constructions en décalé de quelques mètres, celle à l'arrière mieux fortifiée domine et défend celle à l'avant. Un mur haut et large, dominé par des grosses tours carrées relie les deux constructions. L'ensemble est unifié par une lourde enceinte avec des saillies verticales ou un peu obliques à la base pour lui donner un meilleur appui. Je ne vois pas le côté ouest, mais les deux côtés nord et sud sont dans le prolongement de la montagne qui tombe à pic. Je crois qu'il en est de même du côté ouest", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.1, vision du 29/11/1945). Le groupe est guidé par un disciple autochtone appelé "Benjamin", ami de l'intendant de Philippe le Tétrarque. Grâce à ces deux hommes, qui confirment la rivalité entre les deux demi-frères Philippe le Tétrarque et Hérode-Antipas déjà signalée (dans la vision 103.1 précitée), et révèlent au passage que le premier aimerait rencontrer Jésus pour enrager le second ("Ils [Jésus et sa suite, guidés par Benjamin] pénètrent dans l'entrée sombre creusée dans la muraille large de plusieurs mètres, jusqu'à une cour où les attendent l'intendant et sa famille. Les deux amis [Benjamin et l'intendant] se saluent. Le vieillard [Benjamin] explique le but de sa visite. ‟Le rabbin d'Israël ! Dommage que Philippe [le Tétrarque] soit absent. Il désire le voir, car sa renommée est parvenue jusqu'à lui. Il aime les vrais rabbins parce qu'ils sont les seuls à défendre ses droits, et aussi parce qu'il aime provoquer [Hérode-]Antipas qui ne les aime pas. Venez, venez !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.2, vision du 29/11/1945), Jésus et ses apôtres pénétrent à l'intérieur de l'enceinte palatiale, et accèdent à une tour dominant la plaine au sud, et Panion/Césarée-de-Philippe/Baniyas à l'ouest. C'est l'occasion d'une nouvelle description très précise de Maria Valtorta ("Ils pénètrent dans la citadelle, puis par un escalier ils montent sur le bastion, et de là à une tour. Seuls accèdent à la tour Jésus avec l'intendant, Benjamin et les douze [apôtres]. Davantage serait impossible car ils sont déjà serrés comme des anchois. Les autres restent sur le bastion. Mais quelle vue quand Jésus et ceux qui l'accompagnent sortent sur la petite terrasse couronnant la tour, quand ils se penchent au-dessus du parapet côté ouest, le plus élevé du fort ! Césarée[-de-Philippe] toute entière s'étend au pied du mont, on la distingue bien car elle n'est pas en plaine mais sur des pentes douces. Au-delà de Césarée[-de-Philippe] s'étalent les plaines fertiles qui précèdent le lac Méron. On dirait une petite mer d'un vert tendre, avec des facettes d'eaux claires couleur turquoise qui brillent sur l'étendue verte comme des lambeaux du ciel serein. Et des collines plaisantes, mises comme des colliers vert émeraude foncé strié par l'argent des oliviers répandus çà et là aux abords de la plaine. Et les panaches aériens des arbres en fleurs ou des massifs d'arbres fleuris. En regardant vers le nord et l'est, c'est le Liban puissant, l'Hermon qui brille au soleil avec ses neiges perlées et les monts de l'Iturée, puis la vallée du Jourdain, enserrée dans le berceau entre les collines du lac de Tibériade [de Galilée] et les monts de Gaulanitide, comme un raccourci hardi qui se perd dans un lointain de rêve", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.2, vision du 29/11/1945). Soudain on entend les cris d'une femme qui accouche. L'intendant explique que cette femme, appelée "Dorca", âgée de dix-sept ans, vient de perdre son mari qu'elle aimait beaucoup ("Soudain [Jésus] se retourne, interrogeant l'air à cause d'une lamentation longue, étouffée, qui frappe ses oreilles à plusieurs reprises. Il regarde l'intendant comme pour lui en demander l'origine. ‟C'est une des femmes mariées du palais. Elle est sur le point d'avoir un enfant. Le premier et le dernier car son époux est mort aux calendes de kislev [dans le calendrier hébraïque, soit novembre/décembre dans le calendrier chrétien]. On ne sait même pas s'il vivra car depuis qu'elle est veuve elle ne fait que pleurer. Elle n'est plus qu'une ombre. Tu entends ? Elle n'a même plus la force de crier. Evidemment… Veuve à dix-sept ans. Ils s'aimaient beaucoup. Ma femme et sa belle-mère lui disent : « Tu retrouveras Tobie dans ton fils », mais ce ne sont que des mots”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.3, vision du 29/11/1945). On se déplace vers l'endroit de l'accouchement. Sorti du ventre de sa mère, le bébé ne respire pas ("La lamentation, plus proche, devient déchirante. L'intendant s'excuse parce que cela retient sa femme loin du rabbin [Jésus]. Mais un cri encore plus pénible que la lamentation précédente lui succède et immobilise les mains qui portaient les fruits ou les coupes à la bouche. ‟Je vais voir ce qui se passe”, dit l'intendant. Il sort pendant que la cacophonie des cris et des pleurs entre encore plus forte par la porte entrouverte. L'intendant revient : ‟Son enfant est mort à peine né. Quel tourment ! Elle essaie de le ranimer avec les forces qui lui restent. Mais il ne respire plus. Il est noir”. Et il secoue la tête en ajoutant : ‟Pauvre Dorca !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.3-4, vision du 29/11/1945). Jésus intervient, aux yeux des spectateurs il accomplit un miracle : il donne vie au bébé. En fait, telle qu'elle est racontée par Maria Valtorta exceptionnellement diserte, la scène n'a rien de miraculeux : Jésus pratique un nouveau geste médical (comme en hiver W-3/W-2 à Césarée sur la petite Faustina atteinte de diphtérie), il souffle simplement dans la bouche du nouveau-né pour l'obliger à respirer (un acte que Maria Valtorta a elle-même pratiqué quand elle était infirmière en 1917-1918 ?), et cela suffit pour que les spectateurs, submergés par la joie en entendant le nouveau-né pleurer, crient au miracle. La jeune mère Dorca doit se purifier au Temple, comme Elisabeth après la naissance de Jean-Baptiste, comme Anne après la naissance de Marie la Vierge, comme Marie la Vierge après la naissance de Jésus, on lui donne rendez-vous à Jérusalem où on projette d'aller pour la Pâque W-1 ("Ils vont rapidement par un couloir sombre jusqu'à une porte fermée. Jésus l'ouvre lui-même en restant sur le seuil, en face du lit sur lequel une créature diaphane serre sur son cœur un petit être qui ne donne pas signe de vie. ‟La paix à toi, Dorca. Regarde-moi. Ne pleure pas. Je suis le Sauveur. Donne-moi ton petit.” Je ne sais pas ce qu'il y a dans la voix de Jésus, en tous cas la femme désespérée qui au premier regard avait férocement serré le nouveau-né sur son cœur, le regarde, et son œil qui était tourmenté et fou s'ouvre à une lumière douloureuse mais pleine d'espoir. Elle remet le petit être, enveloppé dans des linges fins, à la femme de l'intendant, et elle reste mains tendues, la vie et la foi dans ses yeux dilatés, sourde aux prières de sa belle-mère qui voudrait l'allonger. Jésus prend le paquet de chair à demi refroidie et de linge. Il tient le petit par les aisselles, droit, il pose sa bouche sur les lèvres entrouvertes en se tenant penché car la petite tête pend en arrière. Il souffle fortement dans la gorge inerte. Un instant il laisse ses lèvres sur la petite bouche, puis il s'écarte. Et un pépiement tremble dans l'air immobile. Et un second plus fort. Et un troisième. Et enfin un vrai vagissement. Le nouveau-né essaie de remuer sa petite tête, il agite ses mains, ses pieds, tandis que dans un long pleur triomphal sa tête minuscule sans cheveux se colore. Le cri de sa mère lui répond : ‟Mon enfant ! Mon amour ! La descendance de mon Tobie ! Sur mon cœur ! Sur ta maman, que je meure heureuse !”, murmure-t-elle avant de l'embrasser et de s'abandonner. ‟Elle meurt !”, crient les femmes [réaction confirmant l'hystérie générale du moment : on imagine d'emblée l'hypothèse la plus dramatique, la mort, plutôt que l'hypothèse rassurante de l'épuisement de la mère après son accouchement difficile et de son besoin naturel de repos…]. ‟Non. Elle entre dans un repos bien mérité. Quand elle se réveillera, dites-lui d'appeler l'enfant « Jésus-Tobie ». Je la reverrai au Temple le jour de sa purification. Adieu. La paix soit avec vous.” Il referme lentement la porte et se détourne pour revenir vers ses disciples", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.4-5, vision du 29/11/1945). L'intendant est satisfait de ce prétendu miracle, qui sert les intérêts de son maître Philippe le Tétrarque contre les intérêts d'Hérode-Antipas. Jésus est aussi satisfait de voir qu'on assimile son geste médical à un miracle, car cela redore le ministère après les dernières avanies en Phénicie et en Galilée ("Ils reviennent ensemble dans la cour. L'intendant abasourdi les salue, en répétant : ‟Le Tétrarque [Philippe] regrettera vraiment de n'avoir pas été ici !”. Ils redescendent vers la ville. Jésus met la main sur l'épaule du vieux Benjamin : ‟Je te remercie pour ce que tu nous as montré, et pour avoir été la cause d'un miracle”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 345.5, vision du 29/11/1945).


Pourtant ce n'est pas suffisant pour remonter le moral de Jésus, qui sent que le ministère périclite. En chemin de Panion/Césarée-de-Philippe/Baniyas vers Capharnaüm, il réfléchit à haute voix sur sa propre mort, qu'il commence à scénariser. Simon-Pierre lui demande de se reprendre. Jésus le réprimande violemment, tel un adolescent refusant d'être contredit, il lui reproche de ne pas se soumettre suffisamment à l'évangile, de n'être pas assez servile à son maître fils de Dieu, de n'avoir rien compris ("‟Quand viendra l'heure, je serai pris dans Jérusalem [c'est Jésus qui s'adresse aux apôtres], et après avoir beaucoup souffert des anciens, des Grands Prêtres, des scribes et des pharisiens, je serai condamné à une mort infamante. Dieu n'interviendra pas parce que cela doit arriver, je suis l'Agneau qui expie pour les péchés du monde entier. Dans une mer d'angoisse que partageront ma mère et quelques autres personnes, je mourrai sur le gibet. Trois jours après, par ma seule volonté divine, je ressusciterai pour une vie éternelle et glorieuse comme Homme et je serai de nouveau Dieu au Ciel avec le Père et l'Esprit. Mais auparavant je devrai souffrir toutes sortes d'opprobres, avoir le cœur transpercé par le Mensonge et la Haine.” Un chœur de cris scandalisés s'élève dans l'air tiède et parfumé du printemps [W-1]. [Simon-]Pierre, le visage effrayé, scandalisé lui aussi, prend Jésus par le bras et l'emmène à l'écart en lui disant doucement à l'oreille : ‟Oh, seigneur ! Ne dis pas cela. Ce n'est pas bien. Vois-vu combien ils sont choqués ? Tu plombes leur estime. Pour aucune raison tu ne dois permettre cela, qui n'arrivera jamais. Pourquoi penses-tu cela inévitable ? Tu dois te monter respectable si tu veux t'affirmer, au besoin finir par un dernier miracle, réduire tes ennemis en cendres, mais ne t'avilis pas au rang d'un malfaiteur méritant sa punition”. [Simon-]Pierre paraît un maître ou un père affligé adressant des reproches pleins d'amour angoissé à un fils ayant dit une sottise. Jésus, qui s'était penché pour écouter [Simon-]Pierre, se redresse, sévère, des éclairs de colère dans les yeux, et crie fort afin que la leçon soit entendue par tous : ‟Eloigne-toi, Satan qui me conseille de désobéir à mon Père ! C'est pour cela que je suis venu, non pour les honneurs ! En me suggérant l'orgueil, la rébellion, la dureté sans charité, tu tentes de m'amener au Mal ! C'est toi, le scandale ! Tu ne comprends pas que la grandeur réside non dans les honneurs mais dans le sacrifice, et que paraître un ver pour les hommes n'a aucune importance tant qu'on paraît un ange pour Dieu ? Homme sot, tu ne vois pas la grandeur et la raison de Dieu, tu ne vois, juges, entends, parles qu'avec ce qui est homme !”. Le pauvre [Simon-]Pierre reste anéanti sous ce reproche sévère. Il s'écarte mortifié et il pleure. Ce ne sont pas les larmes de joie de quelques jours auparavant, mais les larmes de désolation de quelqu'un qui comprend avoir péché et meurtri celui qu'il aime. Et Jésus le laisse pleurer. Il se déchausse, relève le vêtement et passe à gué le ruisseau. Les autres l'imitent en silence. Personne n'ose dire un mot", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 346.5-6, vision du 30/11/1945). Après un temps de silence gêné, André approche Jésus pour défendre son frère Simon-Pierre. Jésus reste boudeur, avant d'avouer la vraie raison de sa colère : il ne supporte pas l'ascendant que Simon-Pierre est en train de prendre sur le groupe, son obéissance de plus en plus élastique au fur et à mesure que son assurance naturelle s'affirme. Dans une inversion accusatoire caractéristique d'un gourou immature et incompétent qui redoute de perdre son influence sur sa secte de décérébrés, il le traite comme un enfant à raisonner, il le censure agressivement pour ne pas se laisser dépasser par lui. Et dans une attitude typique d'un inverti, alors qu'il s'est montré très poli avec le Romain Aquila à Alexandroscène/Naqoura parce qu'il savait en avoir tout à craindre, il se montre impitoyable et grossier avec Simon-Pierre parce qu'il sait n'en avoir rien à craindre, il est brutal avec les faibles et doux avec les forts, excessivement exigeant envers celui qui lui donne tout depuis deux ans et très déférent envers quiconque le méprise ("[André] rejoint Jésus, l'appelle doucement avec une crainte visible : ‟Rabbin ! Rabbin !”. Jésus le laisse appeler plusieurs fois. Finalement il se retourne, l'air sévère : ‟Que veux-tu ?” ‟Rabbin, mon frère [Simon-Pierre] est affligé. Il pleure…” ‟Il l'a mérité.” ‟Certainement, seigneur. Mais il est toujours un homme, il ne peut pas toujours bien parler…” ‟En effet aujourd'hui il a très mal parlé”, répond Jésus. […] ‟Mais toi tu es juste, tu sais que c'est son amour pour toi qui l'a égaré…” ‟L'amour doit être Lumière et non pas Ténèbres. Il l'a rendu Ténèbres et s'en est bandé l'esprit.” ‟Oui, seigneur. Mais on peut retirer les bandes, contrairement à l'esprit ténébreux. Les bandes c'est à l'extérieur, l'esprit c'est à l'intérieur. Le noyau vivant, l'intérieur de mon frère est bon.” ‟Alors qu'il enlève les bandes qu'il s'est mises.” ‟Il les enlèvera, seigneur. Il s'y occupe. Retourne-toi et regarde comme il est défiguré par les larmes que tu ne consoles pas. Pourquoi es-tu si sévère avec lui ?” ‟Parce qu'il doit est le premier, je lui ai accordé cet honneur. Celui qui reçoit beaucoup doit donner beaucoup”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 346.7, vision du 30/11/1945). Et quand Simon-Pierre penaud revient vers lui en se repentant de l'avoir chagriné, il maintient son accusation adolescentine : "Si je t'ai infligé un vent, ce n'est pas ma faute mais la tienne, parce que tu t'es comporté de telle manière que j'ai dû t'infliger un vent !". C'est seulement quand Simon-Pierre déclare clairement n'avoir jamais ambitionné la direction du ministère, que Jésus consent à lui pardonner, comme un adolescent arrogant pardonne à un adulte désireux de tourner la page ("‟Oh, seigneur ! Me pardonnes-tu ?”, demande [Simon-]Pierre en tremblant, en prenant la main de Jésus dans les siennes et en le regardant avec deux yeux de chien fidèle implorant le pardon de son maître fâché. ‟Je ne t'ai jamais condamnéC:Carat” ‟Mais avant…” ‟Je t'ai aimé. C'est amour de ne pas permettre que des déviations de sentiment et de sagesse germent en toi. Tu dois être le premier en tout, Simon-Pierre.” ‟Alors tu m'aimes encore ? Tu me veux encore ? Je ne sollicite pas la première place, tu sais ? Relègue-moi à la dernière, mais garde-moi avec toi, à ton service, laisse-moi mourir pour toi, seigneur, mon Dieu !” Jésus lui passe son bras autour des épaules et le serre contre lui. Simon[-Pierre], qui n'a pas lâché l'autre main de Jésus, la couvre de baisers, heureux. Il murmure : ‟Combien j'ai souffert ! Merci, Jésus !” ‟Remercie ton frère [André] plutôt. Et sache à l'avenir porter ton fardeau avec justice et héroïsme”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 346.8, vision du 30/11/1945). En guise de conclusion, Jésus se tourne vers les autres apôtres pour leur ordonner une obéissance aveugle au ministère, en leur promettant que cela les sauvera dans le royaume des cieux, il considère la vie comme une mort, et la mort comme la vraie Vie ("Quiconque répond à mon appel et se met dans mes rangs pour coopérer à la rédemption du monde doit être prêt à mourir pour donner la Vie aux autres. Quiconque veut me suivre doit être prêt à se renoncer, à renier son ancien lui-même avec ses passions, ses tendances, ses habitudes, ses traditions, ses pensées, et me rejoindre avec son nouveau lui-même", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 346.9, vision du 30/11/1945). On arrive à Bethsaïde. Simon-Pierre retrouve sa femme Porphyré et son fils adoptif Jabé/Margziam. Et Jésus s'enfonce dans ses idées morbides. A quelques apôtres qu'il prend à l'écart, il annonce que Jabé/Margziam mourra en martyr/témoin comme tous les apôtres "à l'exception d'un seul", sous-entendu : "à l'exception de Judas". Autrement dit, Jésus est conscient que Judas ne vaut rien et que son groupe est une secte vouée à la mort, peut-être même mise-t-il déjà sur Judas pour l'aider à être condamné et exécuté. Il commence à marcher volontairement vers sa fin, qu'il espère spectaculaire pour signifier à lui-même et à son groupe que tous leurs actes depuis deux ans n'ont pas été totalement vains ("‟Un jour viendra où Simon-Pierre se réjouira d'apprendre que son [Jabé/]Margziam est emprisonné, frappé, flagellé, mis en péril de mort, où il aura le courage de l'étendre de sa main sur le gibet pour le revêtir de la pourpre des Cieux et pour féconder la terre de son sang de martyr, enviant son sort et souffrant pour un seul motif : ne pas être pas à la place de son fils, contraint de se ménager à cause de son sttut de chef suprême de mon Ekklesia jusqu'à temps que je lui ordonne : « Meurs pour elle ». Vous ne connaissez pas encore [Simon-]Pierre, moi je le connais.” ‟Tu prévois le martyre pour [Jabé/]Margziam et pour mon frère ?” ‟Tu en souffres, André ?” ‟Non. Je souffre que tu ne le prévoies pas aussi pour moi.” ‟En vérité, je vous dis que vous serez tous revêtus de la pourpre, sauf un.” ‟Qui ? Qui ?” ‟Laissons le silence sur la douleur de Dieu”, dit Jésus affligé et solennel. Tous se taisent effrayés et pensifs", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 347.4, vision du 01/12/1945). A Capharnaüm, on reçoit la visite de Manahen, qui informe que son frère de lait Hérode-Antipas voit en Jésus un nouveau Jean-Baptiste s'apprêtant à le détruire ("Les nouvelles de tes actes [c'est Manahen qui s'adresse à Jésus] ont pénétré jusqu'à l'intérieur des dégoûtantes murailles de Machéronte et des luxurieux refuges d'Hérode[-Antipas], dans le palais de Tibériade, dans les demeures d'Hérodiade, dans le palais royal des Asmonéens près du Sixte [le palais royal de Jéricho/Tulul Abu Al-Ala'iq en bordure du Carit/Qelt ?]. Elles franchissent comme des puissants flots de Lumière les barrières de Ténèbres basses, elles ébranlent les monceaux de péchés qui dissimulaient les amours dégoûtantes de la Cour et les exactions atroces, elles dardent comme des flèches de feu en écrivant des paroles bien plus menaçantes que celles du festin de Balthazar [allusion à Daniel 5] sur les murs souillés des alcôves et des salles du trône et des festins, elles clament ton nom, ta puissance, ta nature et ta mission. Hérode[-Antipas] tremble de peur. Hérodiade se tord sur son lit, craignant que tu sois le roi vengeur qui lui enlèvera ses richesses et son immunité, peut-être même la vie, en la jetant à la merci des foules vengeresses de ses nombreux crimes. On tremble à la Cour, à cause de toi. D'une peur humaine et d'une surhumaine. Depuis que la tête de Jean[-Baptiste] est tombée, un feu semble brûler les viscères de ses meurtriers. Ils n'ont même plus leur paix misérable d'avant, celle de porcs rassasiés de ripailles, qui étouffent les reproches de leurs consciences dans l'ébriété ou la débauche. Plus rien ne les apaise. Ils sont poursuivis. Après des heures de débauche, ils se haïssent, dégoûtés l'un de l'autre, se rejetant mutuellement la culpabilité du méfait démesuré qui les trouble. Salomé quant à elle est comme possédée par un démon, en proie à un érotisme qui serait dégradant pour une esclave. Le palais royal exhale plus de puanteur qu'un égout. Hérode[-Antipas] m'a interrogé plusieurs fois sur toi. Chaque fois j'ai répondu : “Selon moi il est le Messie, le roi d'Israël de l'unique souche royale, celle de David. Il est le Fils de l'Homme annoncé par les prophètes, le Logos de Dieu, l'Oint de Dieu légitime à régner sur tous les vivants”. Et Hérode[-Antipas] blêmit de peur en sentant en toi le Vengeur. Il repousse la peur, le cri de sa conscience que le remords déchire. Croyant le réconforter, ses courtisans lui racontent que tu es Jean[-Baptiste] qu'on a cru faussement mort, ou Elie, ou tel autre prophète ancien, mais cela décuple son angoisse, il dit : “Non il ne peut pas être Jean[-Baptiste], je l'ai décapité et Hérodiade garde sa tête en lieu sûr ! Il ne peut pas être un des prophètes : on ne revit pas, une fois mort ! Et il n'est pas davantage le Messie ! Qui le prétend, sinon lui ? Qui ose certifier qu'il est roi de l'unique souche royale ? Je suis le roi ! Personne d'autre ! Le Messie a été tué par Hérode le Grand ! Il a été noyé dès sa naissance dans une mer de sang ! Il a été égorgé comme un agneau, il n'avait que quelques mois, l'entends-tu comme il pleure ? Son bêlement ne cesse de résonner dans ma tête avec le rugissement de Jean[-Baptiste] : « Il ne t'est pas permis ! Il ne t'est pas permis ! ». Oui tout m'est permis, car je suis le roi ! Qu'on m'amène le vin et les femmes, puisque Hérodiade ne veut plus que je l'embrasse ! Et que Salomé danse pour divertir mes sens apeurés par tes récits effrayants !”. Il s'enivre au milieu des mimes de la Cour, pendant que dans ses appartements sa femme démente [Hérodiade] blasphème contre le martyr [Jean-Baptiste] et contre toi. Salomé expérimente sa nature de créature issue de deux débauchés et de complice criminelle, elle abandonne son corps aux fantaisies lubriques du dépravé. Mais ensuite Hérode[-Antipas] revient à lui, s'obsède sur toi, veut te voir. Il favorise mes venues vers toi dans l'espoir que je te conduise à lui. Mais jamais je n'introduirai ta sainteté dans une caverne de bêtes immondes. Hérodiade voudrait t'avoir pour te frapper, elle le crie son stylet à la main. Salomé aussi voudrait t'avoir, elle t'a aperçu ton insu à Tibériade au dernier étanim [autre nom de "tisri" dans le calendrier hébraïque, soit septembre/octobre dans le calendrier chrétien ; on ne sait pas à quelle occasion Salomé a aperçu Jésus, ni même si elle l'a réellement aperçu et si elle bluffe], elle fantasme sur toi. Voilà le palais royal, rabbin ! J'y reste pour surveiller leurs desseins contre toi", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 348.3, vision du 02/12/1945). On passe à Magdala/Migdal (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 348.5, vision du 02/12/1945) pour aller à Nazareth (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 348.6, vision du 02/12/1945), où on rassemble toutes les femmes qui participeront au voyage vers Jérusalem. C'est l'occasion d'un nouveau discours extatique malaisant de Jésus sur sa mère, qu'il retrouve après une longue séparation, où il raconte comment celle-ci a été engrossée par Dieu (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 348.11, vision du 02/12/1945). Comme prévu, on retourne à Capharnaüm pour rejoindre tous les disciples qui doivent aller également à Jérusalem. Durant le trajet, en un lieu indéterminé en bordure du lac de Galilée, dans la vision 353, Jésus réalise une seconde multiplication des pains, qu'il offre à ceux qui l'accompagnent. Comme lors de la première multiplication à Tarichée/Degania en été W-2 (dans la vision 273 précitée), il n'y a aucun miracle : Jésus se contente de diviser les sept pains et les quelques poissons qu'il a emportés en provision, en autant de parts qu'il a de compagnons. Dans la vision 354, arrivé à Capharnaüm, Jésus revient dans un prêche sur ce soi-disant miracle, il dévie vers une comparaison entre ces pains qui ont été divisés pour remplir les ventres des disciples, et son Logos universel apportant satiété aux âmes vides : c'est la première fois que Jésus compare son corps à un pain qui doit être découpé et consommé afin d'accéder au royaume des cieux… et cela provoque un scandale même chez les disciples de la première heure, qui prennent l'image au sens littéral et pensent que le ministère dérive vers un cannibalisme ritualisé, et ne veulent pas être complices de ce cannibalisme ni mourir en holocaustes pour être mangés après Jésus ("‟Celui qui mange dignement ma chair et qui boit mon sang possède la vie éternelle [c'est Jésus qui s'adresse aux nombreuses personnes qui l'ont suivi jusqu'à Capharnaüm] et je le ressusciterai au Dernier Jour. Car ma chair est nourriture et mon sang est breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même le Père vivant m'a envoyé et je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi et ira là où je l'envoie, il agira comme que je veux, il vivra avec austérité comme homme, il sera ardent comme un séraphin et il sera saint, car pour pouvoir se nourrir de ma chair et de mon sang il s'interdira les fautes et il vivra en s'élevant, pour finir son ascension aux pieds de l'Eternel.” ‟Cet homme est fou ! Qui peut vivre de cette façon ? Dans notre religion, seul le prêtre se purifie et offre des victimes, tandis que lui veut faire de nous des victimes de sa folie ! Cette doctrine est trop pénible et ce langage trop dur ! Qui peut l'écouter et le pratiquer ?”, murmure les auditeurs, dont plusieurs disciples réputés. On se disperse en commentant. Les rangs des disciples paraissent très réduits quand le rabbin [Jésus] et les plus fidèles restent dans la synagogue. Je ne les compte pas, mais je pense qu'ils sont une centaine. Donc forte défection, même chez les disciples depuis longtemps au service de Dieu", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 354.14-15, vision du 07/12/1945). Dans la proto-Ekklesia chrétienne qui se regroupe à Capharnaüm, on remarque Nicolas, l'un des fils de Tolmai le gérant du domaine de Lazare à Antioche, qui veut rencontrer Jésus car Félix/Jean d'En-Dor lui en parlé ("La synagogue se vide, seuls demeurent les fidèles à Jésus. Il y a un étranger dans un coin, un homme robuste que personne ne regarde et auquel personne ne parle. Lui aussi ne parle avec personne, il se contente de fixer le rabbin Jésus. Celui tourne les yeux dans cette direction, le voit, et demande à Jaïre [le chef de la synagogue de Capharnaüm, qui respecte Jésus et lui a ouvert les portes de sa synagogue] s'il le connaît. ‟Non. Sans doute un homme de passage.” Jésus l'interpelle : ‟Qui es-tu ?” ‟Nicolas, prosélyte d'Antioche qui se rend à Jérusalem pour la Pâque [W-1].” ‟Qui cherches-tu ?” ‟Toi, seigneur Jésus de Nazareth. Je souhaite te parler.” ‟Viens.” Il le prend près de lui et sort dans le jardin derrière la synagogue. ‟J'ai discuté à Antioche avec un de tes disciples nommé « Félix » [nom originel de Jean d'En-Dor]. J'ai eu très envie de te connaître. Il m'a dit que tu séjournes à Capharnaüm, que ta mère habite à Nazareth. Et aussi que tu vas à Gethsemani ou à Béthanie”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 355.6, vision du 09/12/1945). Nicolas dit avoir vu Jésus "au milieu de la foule qui l'acclamait comme un roi", on déduit qu'il était probablement parmi ceux qui ont assisté à la seconde multiplication des pains ("Je t'ai vu en gloire au milieu de la foule qui t'acclamait comme un roi [c'est Nicolas d'Antioche qui s'adresse à Jésus]. J'ai haussé les épaules en disant : ‟Encore un illuminé ! Pauvre Israël !”. Je me suis détourné de toi, je t'ai même oublié. Mais aujourd'hui par tes paroles et ta bonté je te vois comme le Messie promis, et je te suis", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 355.7, vision du 09/12/1945). On apprendra bientôt, à Jérusalem, qu'il est venu d'Antioche avec une lettre de Félix/Jean d'En-Dor et une lettre de Syntyché (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 366.10, vision du 22/01/1946). Jésus l'accueille auprès de lui : il vient de perdre beaucoup de disciples avec son baratin sur le corps devenu pain à manger, un nouveau disciple est une bonne nouvelle pour combler les rangs qui se sont vidés…


On part vers Jérusalem. Comme décidé, alors que la majorité des disciples avec les femmes marcheront à l'ouest du Jourdain, Jésus et ses apôtres passeront par le Décapole à l'est du même fleuve. Le groupe traverse le lac de Galilée du nord au sud, et débarque à l'est de Tarichée/Degania, puis il traverse la rivière Yarmuk (affluent du Jourdain) près de Gadara/Umm Qeis. Une nouvelle querelle éclate entre Judas et Simon-Pierre. Le second donne des indications sur la région, aménagée pour le repos de la légion X Fretensis : les eaux chaudes du Yarmuk (impropres à la consommation car sulfureuses, leur chaleur et leur impureté sont liées à l'activité volcanique locale provoquée par les frottements entre les plaques tectoniques africaine à l'ouest et arabique à l'est : "Dans la région de Gadara on voit aussi un grand lac dont les eaux sont empoisonnées, toutes les bêtes qui s'y abreuvent perdent infailliblement leurs poils, leurs sabots et leurs cornes", Strabon, Géographie, XVI, 2.45) ont été canalisées pour alimenter les thermes d'Hamat Gader (32°40'55"N 35°39'52"E) et toutes les maisons de plaisir alentours. Le premier insinue que ces informations ont été obtenues sur l'oreiller, que Simon-Pierre a trompé son épouse Porphyré en les glanant dans les bras d'une prostituée lorsqu'il est passé à Garada/Umm Qeis à l'automne W-2 (selon la vision 294.3 précitée). Le propos de Judas scandalise Simon-Pierre autant que les autres apôtres. Mais Judas ne se rétracte pas, il délivre sa vision de la vie : le mal n'existe pas puisque tous nos actes sont l'œuvre de Dieu selon les saducéens, ou l'œuvre des contingences selon les Grecs et les Romains, donc l'homme n'est responsable de rien, même quand il blesse autrui, le seul responsable est Dieu qui expie ses péchés à travers les actes humains, ou les contingences qui n'ont pas d'âme, autrement dit Satan est une chimère, l'homme est naturellement innocent. Jésus ne répond rien ("‟Je ne suis pas le seul en Israël à penser cela [c'est Judas qui s'adresse aux apôtres], depuis qu'Israël a progressé dans les sciences au contact des Grecs et des Romains. Le rabbin [Jésus], le seul dont je respecte le jugement, ne peut le reprocher ni à moi ni à Israël, lui qui protège les Grecs et les Romains et en est ouvertement l'ami. Ma philosophie est la suivante. Si tout est contrôlé par Dieu, tous nos actes sont les produits de sa volonté, par conséquent il doit nous récompenser tous de la même façon puisque nous ne sommes que des automates mus par lui. Nous sommes des êtres privés de volonté. Le rabbin dit bien « la Volonté du Très-Haut », « La Volonté du Père ». Voilà la seule volonté, tellement infinie qu'elle écrase et anéantit celle limitée des hommes. Le Bien que le Mal que nous semblons faire, est en réalité fait par Dieu, car c'est lui qui l'impose. Nous n'en serons pas punis, et ce sera justice, parce que nos fautes ne sont pas volontaires mais imposées par Celui qui veut que nous les commettions. Le plus méchant explie le moins méchant, il souffre par lui-même de ne pouvoir être considéré comme bon, c'est ainsi qu'il expie sa part de faute. Jésus l'a dit : « L'Enfer est sur la terre et dans le cœur des hommes ». Personnellement, je ne sens pas Satan. Il n'existe pas. Autrefois j'y croyais, mais aujourd'hui je suis sûr que c'est une blague. Persuadez-vous-en, vous serez en paix.” Judas répand ses conceptions avec un tel aplomb qu'il coupe le souffle aux autres. Jésus garde le silence. Judas le taquine : ‟N'ai-je pas raison, rabbin ?” ‟Non.” Ce ‟non” est tellement sec qu'il semble une explosion. ‟Pourtant je ne sens pas Satan. Le mal, c'est le libre-arbitre. Tous les saducéens pensent comme moi. Et beaucoup d'autres en Israël ou ailleurs. Non, Satan n'existe pas.” Jésus pose sur lui un regard si complexe qu'on ne peut l'analyser, celui d'un juge, d'un médecin, d'un homme souffrant, d'un homme stupéfait, tout cela en même temps", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 356.4-5, vision du 10/12/1945). On entre dans Garada/Umm Qeis en soirée, Jésus y guérit quelques habitants (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 356.7, vision du 10/12/1945). La nuit qui suit, nouvelle scène douteuse entre Jésus et Jean fils de Zébédée. Tandis que les autres apôtres dorment (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.7, vision du 11/12/1945), ce dernier veut parler à Jésus en secret, "ils se prennent par la main et vont s'asseoir sur un banc près du parapet longeant la terrasse" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.2, vision du 11/12/1945), ils regardent les étoiles un temps, puis "Jésus passe un bras autour des épaules de Jean [fils de Zébédée] et l'attire à lui" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.3, vision du 11/12/1945). Jean fils de Zébédée révèle qu'à plusieurs reprises Judas a essayé de le corrompre en voulant lui présenter des femmes. Jésus lui demande s'il a été tenté par ces propositions, Jean fils de Zébédée répond spontanément : "Beurk, quelle horreur !", sans qu'on sache si son dégoût se rapporte à l'acte de chair ou aux femmes ("Jean [fils de Zébédée] pousse un profond soupir, puis il baisse encore plus la tête en la laissant glisser sur la poitrine de Jésus : ‟Comme la corruption est pénible ! Seigneur, Judas est impur. Et il cherche à m'amener à l'impureté. Qu'il me méprise, peu importe. Mais je suis affligé qu'il vienne vers toi, souillé par ses amours. Depuis son retour, il m'a tenté plusieurs fois. Quand le hasard nous laisse seuls (il s'arrange pour que cela arrive souvent) il parle systématiquement de femmes… et j'en éprouve le même dégoût que si on m'immergeait dans une pourriture pour me l'introduire dans la bouche”. ‟En es-tu troublé au fond de toi ?” ‟Troublé ? Comment ! Mon âme frémit ! Ma raison crie contre ces tentations ! Je ne veux pas être corrompu !” ‟Mais ta chair, qu'éprouve-t-elle ?” ‟Elle frissonne d'horreur”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.4, vision du 11/12/1945). C'est une révélation viscérale qui confirme à la fois l'attirance homosexuelle de Jean fils de Zébédée pour Jésus (il le préfère aux femmes), et l'hétérosexualité active de Judas. D'où le drame de Jésus qui, homosexuel lui aussi, éprouve une attirance sans retour pour Judas. Jean fils de Zébédée poursuit en accusant Judas de piquer dans la caisse apostolique (il réitèrera cette accusation dans son évangile en Jean 12.6). Est-ce une invention pour discréditer Judas aux yeux de Jésus, et récupérer toutes les attentions de Jésus pour lui seul ? ou sa déclaration est-elle fondée ? Pour notre part, nous retenons les deux hypothèses : Jean fils de Zébédée est jaloux des sentiments de Jésus pour Judas et veut abaisser Judas pour recouvrer l'amour exclusif de Jésus, et en même temps Judas est assez cupide pour détourner une partie des réserves financières du groupe apostolique ("‟Et Judas fait quoi d'autre ?” ‟Seigneur, oh seigneur…” La tête de Jean glisse encore plus bas. ‟Quoi ?” ‟L'argent qu'il te donne pour les pauvres, il en garde une partie pour lui, il te donne l'autre partie pour qu'on vante sa générosité. Au retour du Thabor, tu l'as rendu furieux parce que tu lui as tout retiré. Il m'a dit : « Il y a des espions parmi nous ! ». Je lui ai répondu : « Pour espionner quoi ? Tu voles, peut-être ? » « Non, a-t-il rétorqué, je suis simplement prévoyant, j'ai deux caisses, or quelqu'un l'a rapporté au rabbin [Jésus] qui m'a imposé de tout lui donner, si fermement que j'ai dû m'exécuter ». Mais ce n'est pas par prévoyance qu'il avait deux caisses, seigneur, c'est pour dérober une partie de l'argent pour lui-même. Je suis quasi certain de dire la vérité.” “« Quasi certain ». Ce doute est une légère faute. Tu ne peux pas l'accuser d'être un voleur si tu n'es pas absolument certain. Parfois les actions humaines paraissent mauvaises alors qu'elles sont bonnes”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.5, vision du 11/12/1945). Le lendemain matin, un officier romain somme Jésus de ne pas faire de scandale en ville (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.8, vision du 11/12/1945). Jésus passe outre la sommation, et entame un prêche (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 357.9, vision du 11/12/1945). Il est vite interrompu par des pharisiens, s'ensuit une discussion tendue sur la nature de la femme, que Jésus considère comme l'égale de l'homme - il pense surtout à sa mère… - alors que les pharisiens la considèrent comme servante de l'homme, et sur le célibat. On prend la direction de Pella, site archéologique dans la banlieue nord-est de Tabaqat Fahil en Jordanie (32°26'58"N 35°36'55"E), dans la vision 358. On traverse le wadi al-Yabis sous la pluie, au village de Jabès-Galaad, site archéologique de Tell el-Maqlub en Jordanie (32°23'55"N 35°40'48"E), Jésus et les apôtres sont rejetés par tous les habitants, sauf un ancien disciple de Jean-Baptiste qui les accepte dans sa petite maison ressemblant à une cabane (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 359.6, vision du 13/12/1945). On atteint difficilement la rivière Jabbok/Zarka à cause du sol gorgé d'eau de pluie. Un incident a lieu, révélateur de la fascination grandissante de Jésus pour la mort. On croise un muletier auquel on demande la direction de Jérusalem, le muletier note l'accent galiléen de ses interlocuteurs et embraye sur le Galiléen Jésus que les pharisiens critiquent partout, il dit partager la position des pharisiens et vouloir lapider Jésus qui nuit à Israël, Jésus lui révèle alors son identité : "Eh bien, ne te prive pas ! Jésus, c'est moi ! Lapide-moi donc !". Mais le muletier effrayé s'enfuit ("Jésus voit passer le long de la rive inondée un homme sur un mulet. Il demande : ‟Où est le pont [pour traverser la rivière Jabbok/Zarka en crue à cause de la fonte des neiges et des pluies récentes] ?” ‟Plus haut. J'y passe moi aussi. L'autre en aval, le pont romain, est sous l'eau actuellement.” Nouveau chœur de murmures [de la part des apôtres exténués et agacés par leur marche pénible]. Mais ils se hâtent de suivre l'homme qui parle avec Jésus. ‟Va vers l'amont, dit-il, et reviens vers la plaine au troisième cours d'eau après le Jabbok, alors tu seras près du gué. Mais dépêche-toi car la rivière monte d'heure en heure. Mauvaise saison ! La gelée d'abord, maintenant l'eau ! Et tellement abondante ! C'est un châtiment de Dieu mérité : quand on ne lapide pas ceux qui bafouent la Torah, Dieu punit. On en a tant, de ces gens-là ! Tu es Galiléen, n'est-ce pas ? Tu dois connaître celui de Nazareth que les bons abandonnent car il est mauvais, il attire la foudre avec ses discours ! Voilà le châtiment ! Ceux qui l'ont fréquenté racontent des choses ! Ah, les pharisiens ont raison de le poursuivre ! Quel voleur ! Il doit être effrayant comme Belzébuth ! Un temps j'ai eu envie d'aller l'entendre, on me l'avait vanté, mais… C'était la propagande de sa bande. Des gens sans scrupules dans son genre. Les bons l'abandonnent avec raison. Je n'ai plus envie de le voir. Et si je le croise par hasard, je lui jette des pierres comme à n'importe quel blasphémateur !” ‟Donc lapide-moi. Je suis Jésus de Nazareth. Je ne m'enfuis pas et je ne te maudis pas. Je suis venu racheter le monde en versant mon sang. Me voici. Sacrifie-moi, mais deviens juste.” Jésus dit cela en ouvrant un peu les bras qu'il tend vers la terre. Il s'est exprimé lentement, doucement, avec tristesse. S'il avait maudit l'homme, il ne l'aurait pas autant impressionné. Celui-ci tire si brusquement les rênes que le mulet s'écarte et manque de basculer dans la rivière en crue. Jésus saisit le mors et retient la bête à temps pour sauver l'homme et le mulet. L'homme répète : ‟Toi ! Toi !”. Après le geste qui l'a sauvé, il crie : ‟Je t'ai dit être prêt à te lapider… Tu n'as pas compris ?” ‟Et moi je t'ai dit que je te pardonne, que je souffrirai même pour toi, pour te racheter. C'est cela le Sauveur.” L'homme le regarde encore, talonne son mulet et s'éloigne en hâte", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 360.3, vision du 14/12/1945). Suite à cette altercation, Jésus pleure, parce que personne ne l'aime et ne l'accepte comme fils de Dieu : c'est une autre séquence très révélatrice d'un enfant unique, choyé dans son enfance, qui souffre de découvrir que le monde réel adulte n'est pas aussi indulgent et complaisant que sa maman ("‟Quelle imprudence, rabbin [ce sont les apôtres qui s'adresse collégialement à Jésus] ! Et s'il [le multetier] t'avait maltraité ? Pourquoi lui révéler que tu es Jésus de Nazareth ?” ‟Parce que c'est la vérité. Allons vers l'amont comme il l'a conseillé. Nous perdrons un jour, mais vous sortirez du marécage.” ‟Toi aussi”, objectent-ils. ‟Oh, moi, ça ne compte pas. C'est le marécage des âmes mortes qui me peine.” Deux larmes coulent de ses yeux. ‟Ne pleure pas, rabbin. Nous bougonnons, mais nous t'aimons. Si nous pouvions rencontrer tous ceux qui te dénigrent, nous te vengerions !” ‟Non, vous pardonneriez, comme moi je pardonne… Laissez-moi pleurer. Je suis l'Homme, après tout. Etre trahi, renié, abandonné, cela m'est douloureux…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 360.4, vision du 14/12/1945). Afin d'éviter un nouveau scandale comme à Garada/Umm Qeis, d'être rejetés comme à Jabès-Galaad/Tell el-Maqlub, ou de croiser des individus hostiles comme le muletier, on décide de passer la nuit dans une grotte isolée (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 360.5-6, vision du 14/12/1945). Le lendemain matin, Jésus se plaint encore à Simon le zélote et à Jean fils de Zébédée de ne pas être aîmé comme le fils de Dieu… en reconnaissant en même temps ignorer ce qui l'attend à Jérusalem et ce qu'il devra y faire, autrement dit il n'a pas le don visionnaire de son prétendu père Dieu ("‟C'est l'aube, Simon [le zélote]. Je suis sorti un instant. J'ai vu le ciel qui commence déjà à blanchir.” ‟Pourquoi ne nous as-tu pas appelés ? Tu es fatigué, toi aussi.” ‟Ah, Simon [le zélote]… J'avais besoin de penser. Et de prier.” Il appuie sa tête sur la poitrine de Simon le zélote debout près de lui, il s'assoit. Ce dernier le caresse et soupire, il demande : ‟Penser à quoi, rabbin ? Tu n'as pas besoin de penser, tu sais tout”. ‟Penser non pas à ce que je dois dire, mais à ce que je dois faire. Je suis désarmé contre le monde malin, car je n'ai pas la malignité de Satan. Le monde triomphe, et je suis fatigué.” ‟Et affligé. En partie à cause de nous, bon rabbin que nous ne méritons pas. Pardonne-moi et pardonne à mes compagnons. Je te le dis pour tous.” ‟Je vous aime tant… Je souffre tant… Pourquoi si souvent vous ne me comprenez-pas ?” Leur conversation éveille Jean [fils de Zébédée] à proximité. Il ouvre ses yeux bleu clair et regarde étonné autour de lui, puis il se souvient et se lève aussitôt. Il arrive derrière les deux qui parlent. Il entend les propos de Jésus : ‟Pour que toute la haine et toutes les incompréhensions deviennent pour moi un rien qui serait supportable, il me suffirait votre amour, votre compréhension. Mais vous ne me comprenez pas. C'est ma première torture. Elle est lourde, lourde ! Pourtant ce n'est pas votre faute, vous êtes humains… Ce sera votre douleur de ne pas m'avoir compris quand vous ne pourrez plus réparer. A cause de cela, parce qu'alors vous expierez votre actuelle superficialité, votre mesquinerie, votre étroitesse, je vous pardonne d'avance, je dis : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font, ni la douleur qu'ils me donnent »”. Jean [fils de Zébédée] se glisse par devant, à genoux. Il embrasse les genoux de son Jésus affligé, il murmure : ‟Oh, mon rabbin !” et les larmes lui viennent aux yeux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 360.8-9, vision du 14/12/1945). On voit une femme originaire de Jéricho appelée "Anastasica" inanimée en travers du chemin, quand on la ranime elle explique qu'elle est mariée à un homme riche appelé "Samuel" qui, à la suite d'un adultère, lui a transmis la syphilis, une plaie caractéristique s'est développée sur sa poitrine, son mari l'a répudiée comme lépreuse, depuis elle erre en quête de Jésus afin qu'il la guérisse ("On me qualifie “lépreuse”, mais j'ai seulement une plaie à la poitrine, et elle m'a été donnée par mon mari qui m'a prise vierge et saine alors que lui n'était pas sain. C'est un notable, il a tout pouvoir. Même celui de prétendre que je l'ai trompé en venant à lui malade, et de me répudier pour prendre une autre femme dont il est amoureux. Il m'a dénoncée comme lépreuse, et quand j'ai voulu me disculper on m'a jeté des pierres. Est-ce juste, seigneur ? Hier soir un homme [le muletier ?] est passé par Betjabbok [littéralement la « maison/beth du Jabbok », autre nom du Gué-d'Adam/Tell Damiyah ?], annonçant ton arrivée et son intention de te chasser. J'étais là, avancée jusqu'aux habitations par la faim, j'aurais fouillé dans le fumier pour me rassasier. Moi, une ancienne femme respectable, j'ai pris aux poules une part de leur pâtée aigrie ! […] Les chiens, les porcs, les poules vivent dans les maisons d'Israël, mais les lépreux n'ont pas droit d'en approcher pour quémander un pain, ni une femme qu'on accuse à tort d'être lépreuse ! J'ai demandé où tu te trouvais. Comme j'étais dans l'ombre, ils ne m'ont pas distinguée immédiatement, ils m'ont répondu : “Il monte en suivant la rivière”. Mais ensuite ils m'ont vue et ils m'ont jeté des pierres au lieu de pain. J'ai courru durant la nuit pour venir à ta rencontre, pour fuir les chiens. J'avais faim, j'avais froid, j'avais peur. Je suis tombée là où tu m'as trouvée. Ici. J'ai cru mourir. Au contraire je t'ai rencontré, toi. Seigneur, je ne suis pas lépreuse, mais cette plaie au sein m'empêche de revenir parmi les vivants. Je ne désire pas être à nouveau “Rose-de-Jéricho” comme du temps de mon père, je désire seulement revivre parmi mes semblables et te suivre. Ceux qui m'ont parlé en octobre [W-2] m'ont dit que tu as des femmes disciples, et que tu vis avec elles", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 360.13, vision du 14/12/1945). Aux yeux des apôtres Jésus accomplit un nouveau miracle en la guérissant, mais selon Maria Valtorta, et selon Jésus lui-même qui pour une fois ne cherche pas à survaloriser son intervention - il souligne instamment : "[Anastasica] n'est pas lépreuse" -, il n'y a aucun miracle : comme un rebouteux ordinaire, Jésus ne guérit pas, il se limite à soigner la plaie d'Anastasica pour en atténuer les douleurs (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 360.14-15, vision du 14/12/1945). Anastasica suit le groupe, qui atteint le lieudit Gué-d'Adam au confluent de la rivière Jabbok/Zarka et du fleuve Jourdain, aujourd'hui le site archéologique de Tell Damiyah en Jordanie (32°06'13"N 35°33'03"E ; selon Josué 3.16, les eaux du fleuve jadis ont été temporairement retenues dans cet endroit pour on-ne-sait-quelle raison, peut-être un éboulement de terrain, provoquant une baisse du niveau en aval, permettant aux hébreux d'y traverser à hauteur de Guilgal à l'est de Jéricho et pénétrer ainsi en Terre Promise). On y retrouve Marie-Madeleine qui s'est hâté depuis Béthanie pour apporter deux nouvelles : primo Lazare est très malade, secundo un de ses anciens amants l'a avertie que les adversaires de Jésus l'attendent sur la rive occidentale du Jourdain pour l'arrêter ("‟Que se passe-t-il ? [c'est Jésus qui s'adresse à Marie-Madeleine ; on remarque que le don omniscient du prétendu fils de Dieu défaille une fois de plus : Jesus ne sait pas ce qui se passe…] Tu n'es pas à Béthanie ?” ‟J'ai quitté Béthanie pour aller au-devant de ta mère et de tes femmes, que tu as annoncées… mais j'ai préféré venir à ta rencontre. Lazare ne peut pas car il souffre beaucoup. Je suis avec le serviteur…” ‟Tu voyages seule avec un garçon, en cette saison !” ‟Oh, rabbin ! Je n'ai pas peur ! Je n'ai jamais eu peur quand je faisais le mal, je n'ai pas peur maintenant de faire le bien !” ‟Pourquoi es-tu venue ?” ‟Pour te dire de ne pas passer. De l'autre côté, on t'attend pour t'arrêter. J'ai appris ça par… un Hérodien qui m'aimait naguère… Je ne sais pas s'il m'a parlé parce qu'il m'aime encore ou pour me blesser, en tous cas avant-hier il m'a vue et m'a lancé à travers la grille : « Sotte Marie[-Madeleine], tu attends ton rabbin ? Ce sera la dernière fois. A son passage en Judée, il sera pris. Regarde-le bien et échappe-toi, ce n'est pas prudent d'être près de lui…”. Tu penses peut-être que j'ai eu cette information par… Tu sais, j'ai connu beaucoup d'hommes qui aujourd'hui me traitent de folle ou de possédée, pourtant ils s'adressent encore à moi… J'ai su qu'il ne mentait pas. J'ai donc pris deux chevaux et je suis venue, sans rien rapporter à ta mère pour ne pas l'affliger. Eloigne-toi vite, rabbin. S'ils apprennent que tu es ici, de l'autre côté du Jourdain, ils vont venir. Hérode[-Antipas] aussi te cherche, tu es trop près de Machéronte. Eloigne-toi, par pitié, rabbin !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 361.8-9, vision du 17/12/1944). Jésus ne tient pas compte de cette dernière mise en garde, il décide de franchir le Jourdain. La traversée est difficile car la fonte des neiges a gonflé le fleuve, on réussit néanmoins grâce à un passeur (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 361.11, vision du 17/12/1944). Arrivés de l'autre côté, entre deux méditations sur l'avenir des fidèles de Jésus désignés une nouvelle fois par le terme grec "chrétiens" ("Au lieu de vos hâtes, vos lassitudes, vos découragements et autres choses du même genre [c'est Jésus qui s'adresse à Simon-Pierre], l'Ekklesia universelle exige le calme, la constance, l'effort, la confiance, le sacrifice de tous ses membres, depuis moi son fondateur et sa Tête mystique jusqu'à vous et tous les disciples qu'on appellera ‟chrétiens” qui lui appartiendront", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 362.3, vision du 16/12/1945), on s'étonne de ne trouver aucun pharisien ou saducéen hostile. Près de Silo, aujourd’hui le site archéologique de Tel Shilo en Cisjordanie (32°03'22"N 35°17'22"E), on rejoint la route reliant d'un côté Sichem/Tel Balata et sa voisine Neapolis/Naplouse (depuis la Galilée du nord et Césarée à l'ouest) et de l'autre côté Béthel/Beitin (vers Jérusalem), encombrée par les pèlerins marchant vers le Temple pour la Pâque W-1, on est rattrapé par le chariot portant les disciples et les femmes, conduit par Jeanne et escorté par Manahen. Ce dernier éclaire sur l'absence de pharisiens et de saducéens hostiles : sous l'influence de son épouse Claudia Procula, Ponce Pilate a promis de briser les reins à tout juif qui troublerait l'ordre public en se dressant contre un coreligionnaire ne partageant pas la même lecture de la Torah. On suppose que Ponce Pilate a raisonné comme le triaire Aquila à Alexandroscène/Naqoura : estimant que la distinction entre pouvoir de César et pouvoir de Dieu professée par Jésus sert l'intérêt de Rome, il ne veut pas qu'on nuise à Jésus, qu'il considère par ailleurs comme un doux dingue ("Je sais de source sûre [c'est Manahen qui s'adresse à Jésus] que [Ponce] Pilate a rappelé à l'ordre ceux qui fomentent des troubles, en décrétant que quiconque créerait des nuisances durant ces jours de fête serait durement puni. Je crois que la femme de [Ponce] Pilate n'est pas étrangère à cette décision, et encore moins ses amies", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 362.6, vision du 16/12/1945). Jeanne dit la même chose : Ponce Pilate a dissuadé Hérode-Antipas d'entreprendre la moindre action contre Jésus ("L'avertissement du proconsul [Ponce Pilate] a brisé les ongles même à Hérodiade [c'est Jeanne qui s'adresse à Jésus]. Et le tétrarque [Hérode-Antipas] tremble de peur et il n'a qu'une hantise : sassurer qu'Hérodiade ne le ruinera pas aux yeux de Rome. La mort de Jean[-Baptiste] a causé grand tort à Hérodiade. Hérode[-Antipas] est aussi conscient que le peuple lui est hostile suite au meurtre de Jean[-Baptiste]. Le renard comprend que le pire châtiment serait de perdre la protection haineuse et illusoire de Rome : le peuple l'attaquerait tout de suite. Par conséquent, oh ne doute pas ! il ne prendra aucune initiative", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 362.7, vision du 16/12/1945). On remarque que Jabé/Margziam passe son temps à écrire les paroles et les actes de Jésus, que Jésus promet de lire et corriger si besoin, en carressant la joue de Jabé/Margziam ("[Jabé/]Margziam, tu ne parles pas ?” ‟J'écoute, rabbin.” ‟Le garçon écoute et écrit. Il collecte tes paroles par l'un ou l'autre, il écrit, il écrit. Mais les avons-nous bien comprises ?”, dit Isaac [un des bergers de la Nativité]. ‟Je le relirai, et j'ajouterai ce qui manque dans le travail de mon disciple”, dit Jésus en caressant la joue légèrement brune de [Jabé/]Margziam", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 362.9, vision du 16/12/1945). On atteint Rama-en-Benjamin/Al-Ram, la cité de Thomas/Didyme, dont la sœur vient d'avoir un fils qu'elle a nommé "Joseph", que Jésus bénit. Des pharisiens se prétendant hypocritement animés de bonnes intentions viennent déconseiller à Jésus d'aller à Jérusalem "car Hérode-Antipas veut le tuer", mais Jésus dévoile leur hypocrisie en répétant ce que lui ont appris Jeanne et Manahen : Hérode-Antipas est bridé par Ponce Pilate, donc Jésus et ses proches ne risquent rien, ce sont eux qui veulent le tuer en imputant leur crime à Hérode-Antipas qu'au fond ils détestent. Jésus leur déclare qu'il ira bien à Jérusalem et qu'il y prêchera ouvertement ("‟Pharisien, sache qu'aucun danger ne peut détourner un fidèle de son devoir [c'est Jésus qui s'adresse à l'un des pharisiens venus à Rama-en-Benjamin/Al-Ram]. Si on perd la vie, c'est sans importance. Ce qui est grave, c'est perdre son âme en contrevenant à la Torah. Tu le sais, et tu sais que je le sais. Alors pourquoi me tentes-tu ? Tu ne sais peut-être pas que moi je sais pourquoi ?” ‟Je ne te tente pas. C'est la vérité. Beaucoup d'entre nous sont peut-être tes ennemis, mais nous, non. Nous savons qu'Hérode[-Antipas] te cherche, et nous te conseillons de partir. Si Hérode[-Antipas] te prend, il te tuera. C'est ce qu'il veut.” ‟C'est ce qu'il veut, mais il ne fera rien. Je le sais. Allez donc confirmer à ce vieux renard que celui qu'il cherche va bien à Jérusalem. J'y vais pour chasser les démons et pour opérer des guérisons, sans me cacher. Aujourd'hui, demain, après-demain, jusqu'à ce que mon temps soit achevé. Je dois marcher tant que je ne serai pas arrivé au terme. Une fois encore, et une autre encore, et une fois encore, j'entrerai à Jérusalem car mon chemin ne peut pas s'arrêter maintenant. Il doit s'achever de façon juste, c'est-à-dire à Jérusalem.” ‟Le Baptiste est mort ailleurs.” ‟Il est mort en sainteté, et sainteté signifie « Jérusalem ». La Jérusalem terrestre est effectivement « Péché », bientôt elle ne sera plus. Mais la Jérusalem des Cieux, éternelle, spirituelle, sainte, tous les justes et les prophètes meurent en elle. En elle je mourrai. Inutile d'essayer de m'amener au péché. Je mourrai dans les collines de Jérusalem, non pas par la main d'Hérode[-Antipas] mais par la volonté de ceux qui me haïssent plus subtilement que lui, qui voient en moi un usurpateur du sacerdoce qu'ils convoitent, celui qui purifie Israël de toutes les maladies qui le corrompent. N'attribuez pas au seul Hérode[-Antipas] le désir de tuer, vous partagez ce désir avec lui. En vérité l'Agneau est sur une montagne que gravissent de tous côtés des loups et des chacals pour l'égorger”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 363.8-9, vision du 17/12/1945).


On entre dans Jérusalem par la porte de Damas. Jabé/Margzaim demande une parabole à Jésus, qu'il veut envoyer en cadeau à Félix/Jean d'En-Dor à Antioche avec tous les actes et paroles qu'il a déjà couchés par écrit ("Mon seigneur [c'est Jabé/Margziam qui s'adresse à Jésus], diras-tu une autre belle parabole pour ton fils absent [Félix/Jean d'En-Dor, exfiltré à Antioche] ? Je voudrais la joindre à mes autres écrits. A Bethanie nous verrons sûrement ses messagers apportant de ses nouvelles. Je souhaite lui donner une joie comme promis, comme son cœur et le mien le désirent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 364.2, vision du 01/01/1946 ; rappelons que Félix/Jean d'En-Dor a servi de précepteur à Jabé/Margziam quand il a séjourné à Nazareth en automne W-2, le manuscrit que celui-ci veut offrir à celui-là s'apparente au remerciement de l'élève à son maître, pour lui montrer qu'il a bien retenu ses leçons de lecture et d'écriture). Jésus répète sa volonté de ne pas se cacher, de parler publiquement à la foule, contrairement à la Pâque W-2 précédente. Ses apôtres craignent qu'il exagère et se mette délibérément en danger ("Des douze [apôtres] s'élève un chœur de désapprobation pour l'imprudence de Jésus à vouloir se distinguer au Temple. ‟Nous y allons justement pour leur montrer que je n'ai pas peur, qu'aucune menace ne peut me détournera de la règle. Nous n'avez toujours pas compris leur jeu ? Toutes leurs avertissements et leurs conseils ne sont amicaux qu'en apparence, en réalité ils veulent me pousser au péché pour avoir un vrai mobile d'accusation. Ne soyez pas lâches. Ayez foi. Ce n'est pas mon heure”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 364.3, vision du 01/01/1946). Il se rend au Temple et prêche. Dans le public, on distingue Joseph d'Arimathie et Gamaliel (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 364.8, vision du 01/01/1946). Ensuite Jésus va à Béthanie pour visiter Lazare dont les jambes sont gravement ulcérées, "enflées, bleuâtres, avec des plaies variqueuses ouvertes en plusieurs endroits" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 365.12, vision non datée). Joseph d'Arimathie et Nicodème arrivent, ils rapportent qu'après que Jésus a quitté le Temple, Judas est resté sur place et l'a défendu maladroitement face à des pharisiens novices ("‟Ce Judas de Keriot, seigneur [c'est Nicodème qui s'adresse à Jésus] ! Après ton départ, je l'ai surpris vociférant comme un démon au milieu d'un groupe de rabbins novices. Il te défendait en t'accusant. Je suis sûr qu'il était convaincu de bien faire. Ils te cherchaient des torts, poussés par leurs maîtres. Lui combattait leurs accusations avec une fougue attristée en disant : « Mon rabbin n'a qu'un seul tort : il n'agit pas assez pour éclater sa puissance, il laisse passer les occasions, il fatigue les bons par son excessive douceur. Il est roi : il doit agir en roi. Vous le traitez en subalterne parce qu'il est doux. Et il se nuit à n'être que doux. Pour vous, lâches et cruels, seul compte le fouet d'un pouvoir absolu et violent. Oh, que ne puis-je faire pour le transformer en violent Saül ! »”. Jésus hoche la tête sans parler. ‟Pourtant il t'aime”, observe Nicodème. ‟Quel personnage déconcertant !”, dit Lazare. ‟Tu dis bien. Pour ma part je ne le comprends toujours pas, depuis deux ans que je le fréquente”, confirme [Simon] le zélote. Marie de Magdala se lève avec la majesté d'une reine, et de sa voix splendide elle proclame : ‟Je l'ai compris mieux que tous : il est l'opprobre à côté de la perfection. C'est tout”. Et elle sort pour une occupation, en emmenant avec elle [Jabé/]Margziam. ‟Marie[-Madeleine] a peut-être raison”, dit Lazare. ‟Je pense aussi comme elle, dit Joseph [d'Arimathie], et toi rabbin, qu'en dis-tu ?” ‟Judas est un homme. Comme Gamaliel. Borné près du Dieu infini, étroit dans sa pensée, tant qu'on ne lui exale pas le surnaturel il ne peut accueillir qu'une seule idée, incapable de l'incruster en lui, de s'incruster en elle, et de s'en tenir à elle. Même contre l'évidence”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 365.15-16, vision non datée). Le soir, en petit comité, incluant sa mère Marie la Vierge et Simon-Pierre, Jésus lit les lettres transmises à Nicolas fils de Tolmai par Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché. Félix/Jean d'En-Dor écrit que son école à Antigonia attire beaucoup d'élèves, il est bien accepté par la population et il se sent en meilleure santé qu'à son arrivée ("J'ai beaucoup d'élèves, de toutes races et de tous pays. Pour ne pas blesser les uns et les autres je leur ai réparti les jours : j'alterne un jour pour les païens, un jour pour les fidèles, avec grand profit, étant donné l'absence de pédagogues ici. Je donne ma paie aux pauvres, ainsi je les attire au Seigneur. J'ai repris mon ancien nom, non pas parce que je l'aime mais par prudence : aux heures où j'appartiens au monde je suis “Félix”, aux heures où j'appartiens à Jésus je suis simplement “Jean”, celui que “Dieu a gracié” [traduction littérale du nom "Yohanan" en hébreu alias "Ioannès/Iw£nnhj" en grec et "Jean" en français, construit sur "Ya[hvé]" et "nn/grâce" qu'on retrouve dans le nom de l'ex-Grand Prêtre "Hanne" ben Seth ; le nom "Hananya" en hébreu alias "Ananias/Anan…aj" en grec, porté notamment par le disciple qui accueillera Saül/Paul après sa conversion de Damas, est construit sur l'ordre inverse, soit "Grâce/nn de Ya[hvé]"]. J'ai expliqué à Philippe que mon premier nom est “Félix” et qu'on me surnomme “Jean” pour me distinguer parmi les frères. Cela ne l'a pas surpris, tant nous avons l'habitude de changer nos noms ou de nous désigner par des surnoms. J'espère bien travailler ici pour préparer la voie aux frères saints. Si j'avais plus de force, j'aimerais me rendre dans les campagnes pour y répandre ton nom. Peut-être au début de l'été [W-1] ou aux fraîches journées de l'automne [W-1]. Il me suffirait de le pouvoir. L'air pur d'Antigonia, ses jardins si tranquilles et si beaux, les fleurs, les enfants, les poules, l'affection des jardiniers, et surtout la grande et sage fille Syntyché me donnent beaucoup de joie. J'ai l'impression que ma santé s'améliore. Syntyché ne partage pas cet avis, même si sa pensée ne se manifeste que par les soins empressés et continuels dont elle m'entoure, pour ma nourriture, pour mon repos, pour me préserver du froid. Est-ce seulement un apaisement causé par la satisfaction du devoir héroïquement accompli ? C'est ce que dit Syntyché", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 366.8, vision du 22/01/1946). Syntyché de son côté dit que sa fabrique de broderies est aussi un succès, qu'elle utilise pour former ses jeunes employées à l'évangile ("Ma petite école pleine de fillettes est très bénéfique spirituellement, car je te les gagne, ô mon Seigneur, en parlant du vrai Dieu, durant le travail. Ici, dans cette région où tant de races se sont mélangées, les religions s'embrouillent à tel point qu'elles ne sont plus praticables, ce ne sont plus que effilochures de religions qui ne servent plus à rien. Au milieu la religion juive, par son poids, sa rigidité, son intransigeance, brise les fils déjà usés des autres sans rien obtenir. [Félix/]Jean [d'En-Dor] doit se comporter avec prudence avec ses élèves. Je suis plus libre avec mes fillettes. Le statut de la femme étant inférieur dans toutes les religions, les familles ne sont pas gênées que leurs fillettes soient mélangées dans un lieu unique, pourvu qu'elles apprennent correctement l'art fructueux de la broderie. Que soit bénie l'idée méprisante que le monde a de nous, les femmes : cela me permet d'élargir toujours plus mon cercle d'influence ! Les broderies se vendent comme des petits pains, leur réputation s'étend, certaines acheteuses viennent de loin, à toutes je peux parler de Dieu. Même le fil, en devenant fleur, animal, étoile sur le métier ou sur la toile, sert à diriger les âmes vers la Vérité. Connaissant plusieurs langues, je me sers du grec avec les Grecs, du latin avec les Romains, de l'hébreu avec les juifs, dans cette dernière langue je me perfectionne avec l'aide de [Félix/]Jean [d'En-Dor]", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 366.9, vision du 22/01/1946). Elle ajoute que Nicolas fils de Tolmai, qui leur sert de messager, est l'un des élèves de Félix/Jean d'En-Dor et porte beaucoup de leurs espoirs ("[Félix/]Jean [d'En-Dor] me prie de t'informer qu'il t'a envoyé un citoyen réputé d'Antioche nommé “Nicolas”. C'est sa première conquête pour ton troupeau. Nous espérons beaucoup que Nicolas ne déçoive pas l'estime que nous avons de lui dans notre cœur", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 366.10, vision du 22/01/1946). On prépare la réponse à ces deux lettres, à laquelle on joint le manuscrit de Jabé/Margziam ("Préparons les réponses à donner au fils de Tolmai [Nicolas], et toi, [Jabé/]Margziam, tu joindras ton livre", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 366.11, vision du 22/01/1946). Cela explique pourquoi le ministère de Jésus, via Félix/Jean d'En-Dor et Syntyché, et leurs élèves, et le manuscrit de Jabé/Margziam (que Jésus a peut-être lu et corrigé, selon la vision 362.9 précitée), sera bien connu à Antioche quand quelques années plus tard les disciples hellénophones y trouveront refuge après leur expulsion de Jérusalem par les disciples hébréophones, et quand une génération plus tard Luc y cherchera des sources pour rédiger son évangile. La veille de la Pâque, le matin, on salue rapidement Chouza dans sa résidence secondaire (la même que dans la vision 133.3 précitée) située à côté du palais d'Hérode, où Hérode-Antipas s'est barricadé. Chouza insiste pour que Jésus participe à un banquet dans l'après-midi, Jésus accepte à condition qu'une donation aux nécessiteux soit organisée, Chouza donne son accord, Jésus promet donc de venir à son banquet. On se dirige vers l'entrée du Temple au nord, devant la forteresse Antonia, dont les soldats restent l'arme au pied, preuve que les consignes de tempérance de Ponce Pilate sont respectées ("Pour aller à l'Antonia, [Jésus et son groupe d'apôtres et de disciples] passent par le xyste [terrasse ouverte non localisée exactement dans la ville haute de Jérusalem, à l'ouest du Temple, où Titus recevra la reddition des juifs en 70 selon Falvius Josèphe, Guerre des juifs VI.325] près de la demeure de [Chouza et] Jeanne et du palais d'Hérode, peu éloignés l'un de l'autre. Jonathas [ex-berger de la Nativité devenu intendant de Chouza] est sur la porte de la demeure de Chouza. Dès qu'il voit Jésus, il informe ses maîtres. Chouza sort immédiatement et s'incline. Jeanne le suit, prête à rejoindre le groupe des femmes disciples. Chouza : ‟J'ai appris qu'aujourd'hui tu es avec Jeanne. Accorde à ton serviteur de t'avoir comme hôte dans un banquet”. ‟D'accord, à condition que tu me permettes de le transformer en banquet de charité pour les pauvres et les malheureux.” ‟Comme tu veux, seigneur. Commande et je ferai ce que tu veux.” ‟Merci. La paix soit avec toi, Chouza.” Jeanne demande : ‟As-tu des ordres pour Jonathas ? Il est à ta disposition”. ‟Je les donnerai après être passé au Temple. Allons parce que nous sommes attendus.” Ils passent peu après près du beau et cruel palais d'Hérode, fermé comme s'il était inhabité. Ils longent l'Antonia. Les soldats observent le petit cortège du nazaréen", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 368.5, vision du 24/01/1946). Dans le Temple, on retrouve la jeune veuve Dorca de Panion/Césarée-de-Philippe/Baniyas aux prises avec des pharisiens, dont Zadok, elle soutient que Jésus a ressuscité son nouveau-né, ils soutiennent qu'elle est victime d'une énième supercherie de la part de Jésus (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 368.7, vision du 24/01/1946). Ce dernier s'immisce dans le différend pour clarifier les choses. Il concède ne pas avoir accompli un miracle, ne pas avoir ressuscité le nouveau-né, simplement l'avoir aidé à lancer sa respiration, mais il empêche Zadok de profiter de cette concession en l'accusant de complicité avec Samuel qui a accusé sa femme Anastasica d'être lépreuse pour essayer de masquer son propre adultère ("‟L'enfant [de Dorca] n'était pas mort [c'est Jésus qui s'adresse aux pharisiens], il avait simplement du mal à respirer.” ‟Ah, maintenant ça t'arrange de dire qu'il n'est pas ressuscité, hein !”, crie un pharisien. ‟Pourquoi ne t'en vantes-tu pas, comme tu l'as fait à Qadesh ?” [dans la vision 342.6 précitée], demande un autre. ‟Ne perdons pas notre temps à discuter ! Chassons-le et portons les nouvelles accusations au Sanhédrin. Un paquet d'accusations !” ‟Quelles nouvelles accusations ?”, demande Jésus. ‟Quelles nouvelles ? Peux-tu nier avoir touché une lépreuse sans te purifier ? Et peux-tu nier avoir blasphémé à Capharnaüm au point que les plus justes t'ont abandonné [allusion au baratin maladroit sur la chair et le sang qui doivent être mangé et bu : Jésus rétorque sur Anastasica, mais il ne répond pas sur ce baratin maladroit…] ?” ‟Je ne nie rien. Mais je suis sans péché. Toi qui m'accuses, Zadok, tu sais par Samuel que sa femme Anastasica n'a jamais été lépreuse, toi l'entremetteur de l'adultère de Samuel, qui as menti au monde avec lui pour favoriser sa passion de débauché, tu as qualifié « lépreuse » une femme qui n'est pas lépreuse, à la torture que constitue cette accusation en Israël, simplement pour couvrir le mari coupable.” Le scribe Zadok, un de ceux qui étaient à Giscala et à Qadesh, frappé de plein fouet, s'esquive sans prononcer un mot. Les gens le poursuivent de leurs railleries. ‟Silence ! Le lieu est sacré !”, clame Jésus. Il commande à la femme et à ceux qui l'accompagnent : ‟Allons, venez avec moi où je suis attendu”, et il s'éloigne sévère et majestueux, suivi des siens", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 368.9, vision du 24/01/1946). L'après-midi, comme promis, Jésus revient chez Chouza pour participer au banquet, et à la donation consentie par Chouza. On retrouve Jeanne avec Marthe, Marie-Madeleine, Elise de Beth-Zur, affairées avec tous les serviteurs à laver les pauvres et à les nourrir. Jésus confie Anastasica aux bons soins d'Elise de Beth-Zur (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 370.15, vision du 26/01/1946). Une terrible dispute éclate entre la mère de Judas, qui ne supporte plus de voir son fils fréquenter les notables du Temple qu'il croit à tort être ses amis, et Judas qui l'accuse de mal parler de lui à Jésus, et finit par quitter l'endroit fâché contre elle (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 370.18, vision du 26/01/1946). Des Romaines se présentent, habillées "à l'hébraïque" pour se fondre dans la masse sans vraiment y parvenir : Claudia Procula l'épouse de Ponce Pilate, Pomponia Graecina Plautina, Lydia, Valeria, Flavia Domitilla l'Aînée (fille et secrétaire d'Albula Domitilla l'amie de Claudia Procula), elles s'abaissent à servir les pauvres aux côtés de l'hôtesse Jeanne et de Marie-Madeleine étonnée de leur présence ("Les dames [Claudia Procula et les autres aristocrates romaines] éveillent une grande curiosité, mais ainsi habillées et coiffées à l'hébraïque, en vêtements presque pauvres, elles n'éveillent pas de soupçons. Jésus va au milieu de la terrasse, près de la table des enfants, et il prie, offrant pour tous la nourriture au Seigneur, il bénit et donne l'ordre de commencer le repas. Apôtres, disciples hommes et femmes, dames, sont serviteurs des pauvres. Jésus donne l'exemple en retroussant les larges manches de son vêtement rouge et en s'occupant de ses enfants, aidé par Myriam fille de Jaïre [chef de la synagogue de Capharnaüm] et par Jean [fils de Zébédée]. […] Jésus circule parmi les tables. Il n'en laisse aucune sans encouragement et sans aide. Il frôle ainsi plusieurs fois les royales Claudia [Procula] et [Pomponia Graecina] Plautina qui partagent humblement le pain et portent le vin aux lèvres des aveugles, des paralytiques, des manchots", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 370.20, vision du 26/01/1946). Des pharisiens font irruption, ils accusent Jésus de fomenter un complot avec les pauvres, ils sont méprisés par Jésus qui leur dit que le royaume politique d'Israël est aussi dérisoire que l'Empire romain par rapport au Royaume des cieux, et chassés vivement par Chouza le propriétaire des lieux ("‟Que fais-tu ici ?” [ce sont les pharisiens qui s'adressent à Jésus] ‟Vous le voyez. Je fais ce que j'enseigne et j'enseigne ce qui doit être fait : l'amour pour les plus pauvres. Que vous a-t-on raconté ?” ‟Nous avons entendu des cris séditieux. Tu es sur le lieu des troubles. Nous venons voir.” ‟Où je suis est la paix. On criait : « Vive Jésus ! »” ‟Justement. Au Temple et au palais d'Hérode, on pense qu'un complot se fomente contre…” ‟Contre qui ? Qui règne en Israël ? Ni le Temple, ni Hérode[-Antipas]. Rome, qui est seule reine. Et celui qui veut devenir roi où elle règne est un fou.” ‟Toi, tu dis que tu es roi.” ‟Je suis roi, oui, mais pas de ce royaume-ci, trop dérisoire pour moi. L'Empire [romain] aussi est trop dérisoire. Je suis roi du saint Royaume des cieux, de l'Amour, de l'Esprit. Allez en paix, ou restez si vous voulez pour apprendre comment arriver à mon Royaume. Mes sujets, les voilà : les pauvres, les malheureux, les opprimés, et les bons, les humbles, les charitables. Restez. Joignez-vous à eux.” ‟Mais tu banquetes toujours dans des villas luxueuses, parmi des belles femmes, et…” ‟Ça suffit ! Cessez vos insinuations contre le rabbin [Jésus] et vos offenses dans ma maison ! Dehors !”, tonne Chouza", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 370.22, vision du 26/01/1946). Puis c'est au tour de Salomé, fille d'Hérode-Antipas (rappelons que la propriété de Chouza à Jérusalem se trouve juste à côté du palais d'Hérode selon la vision 368.5 précitée, où crêchent Hérode-Antipas avec Hérodiade et Salomé), elle tente de séduire Jésus en se jetant sensuellement à ses pieds et en lui offrant ses bijoux, sans résultat : Jésus recule spontanément de deux pas - décidément il n'aime pas les femmes… - et refuse ses bijoux qu'il juge impurs, Salomé se retire humiliée, en même temps que les pharisiens chassés par Chouza ("Soudain par l'escalier intérieur une fille voilée à la jolie silhouette bondit. Elle court, légère comme un papillon, vers Jésus. Et elle jette son voile et son manteau pour tomber à ses pieds et essayer de les lui baiser. ‟Salomé !”, crie Chouza avec les autres, en s'interposant entre elle et Jésus qui, le regard terrible, phosphorescent, effrayant, s'est retiré si vivement afin de fuir son contact que son siège se renverse. Salomé, agile, effrontée et cajolante, dit : ‟Oui, moi. Les acclamations sont parvenues jusqu'au palais. Hérode[-Antipas] a envoyé des messagers t'informer qu'il veut te voir, mais je les ai devancés. Viens avec moi, seigneur. Je t'aime et je te désire. Moi aussi, je suis chair d'Israël.” ‟Retourne chez toi.” ‟La Cour t'attend pour t'honorer.” ‟Ma Cour, la voilà. Je n'en connais pas d'autre, ni d'autres honneurs.” De la main, il montre les pauvres assis aux tables. ‟Je t'apporte des cadeaux pour elle. Voici mes bijoux.” ‟Je n'en veux pas.” ‟Pourquoi ?” ‟Ils sont impurs. Et donnés dans une intention impure. Dégage !” Salomé se relève interdite. Elle regarde à la dérobée le Terrible, le Très Pur [Jésus] qui la foudroie avec le bras tendu et son regard de feu. Elle regarde furtivement tout le monde, et elle voit moquerie ou nausée sur les visages. Les pharisiens observent la scène d'une grande intensité et sont pétrifiés. […] Salomé retente, humble et suppliante : ‟Tu approches même les lépreux…” ‟Ils sont malades. Toi, tu es impudique. Dégage !” Ce dernier ‟Dégage !” est tellement puissant que Salomé ramasse voile et manteau et, penchée, rampante, se dirige vers l'escalier. ‟Prends garde, seigneur, elle est puissante, elle pourrait te nuire”, murmure Chouza à voix basse. Jésus répond à haute voix afin de tous entendent, dont celle qu'il chasse : ‟Peu importe. Je préfère être tué plutôt que m'allier au vice. La sueur des luxurieuses et l'or des prostituées sont des poisons infernaux. Pactiser par lâcheté avec les puissants est une faute. Je suis Vérité, Pureté et Rédemption. Et je ne change pas. Va. Raccompagne-la”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 370.23, vision du 26/01/1946). L'après-midi s'achève. Les pauvres, lavés et nourris, quittent la maison les uns après les autres. Jésus s'apprête à partir à leur suite, passer la nuit à Gethsemani, mais Judas réapparaît pour l'en détourner car ses ennemis l'y attendent. Jésus décide de rester dormir en centre-ville, dans une propriété de Lazare. Judas est heureux de témoigner, en prévenant ainsi Jésus du piège tendu par ses ennemis, de ses bonnes intentions à son égard, contrairement à ce que sa mère a sous-entendu plus tôt dans l'après-midi ("Au bas de l'escalier, [Jésus] croise Judas : ‟Rabbin, ne va pas à Gethsemani. Des ennemis t'y cherchent. Et toi, mère, que dis-tu à présent, toi qui m'a accusé ? Si je n'y étais pas allé [au Temple], je n'aurais pas appris le piège tendu au rabbin. Nous devons aller dans une autre maison”. ‟Dans la nôtre, alors. Chez Lazare n'entrent que les amis de Dieu”, dit Marie de Magdala. ‟Bien. Que ceux qui hier étaient à Gethsemani viennent avec les sœurs à la maison de Lazare. Demain nous aviserons”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 370.25, vision du 26/01/1946). Jésus se dirige avec les apôtres à travers les ruelles du centre-ville vers la propriété de Lazare. Claudia Procula se signale à Judas qu'elle tire à l'écart, pour lui ordonner de la prévenir via son amie Albula Domitilla dès qu'une menace planera sur Jésus, qu'elle veut protéger. Judas s'empresse de l'assurer qu'il obéira à cet ordre ("Claudia [Procula] regarde tout autour. Le petit chemin où ils se sont arrêtés étant à l'écart, elle rejette son voile en arrière avec sa très belle main, découvrant son visage. Judas la reconnaît, après un moment d'étonnement il s'incline pour la saluer en mêlant des gestes juifs à des paroles romaines : ‟Domina !”. ‟Oui, c'est moi. Redresse-toi et écoute. Tu aimes le nazaréen. Tu te préoccupes de son bien. Tu as raison. C'est un vertueux et on doit le défendre. Nous le vénérons comme grand et juste. Les juifs ne le vénèrent pas. Ils le haïssent. Je le sais. Alors écoute-moi bien et n'oublie pas. Je veux le protéger. Non pas à la manière de la luxurieuse [Salomé] de tout à l'heure, mais avec honnêteté et vertu. Quand ton amour et ta sagacité t'indiqueront qu'un piège se prépare contre lui, viens ou envoie-moi quelqu'un. Une Claudia peut tout sur un Pontius, notamment la protection d'un juste. Tu comprends ?” ‟Parfaitement, domina. Que notre Dieu te protège. Je viendrai en personne tant que je pourrai. Mais comment arriver jusqu'à toi ?” ‟Demande Albula Domitilla. Elle est une autre moi-même. Elle commerce régulièrement avec des juifs car elle s'occupe de mon intendance : on pensera que tu es un client. Mais peut-être que tu trouves cela humiliant ? ” ‟Oh non, domina. Servir le rabbin et obtenir ta protection est un honneur.” ‟Bien. Je vous protégerai. Je suis une femme, mais je descends des Claudii. J'ai plus de pouvoir que tous les notables d'Israël, car Rome est derrière moi”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 371.3, vision du 26/01/1946). On arrive à la propriété de Lazare, correspondant peut-être à l'une des maisons antiques exhumées à partir des années 1980 - deux décennies après la mort de Maria Valtorta - dans le quartier Whol entre l'actuelle rue Hamekubalim et les ruines de la synagogue Tiferet détruite lors de combats entre Israéliens et Arabes en mai 1948 (31°46'31"N 35°13'55"E). Jésus entame un nouveau prêche servant de bilan à la journée qui s'achève, il dit que le service rendu aux nécessiteux durant l'après-midi constitue une action concrète que l'Ekklesia chrétienne devra reproduire régulièrement, il enchaîne sur une définition des bonnes actions ici-bas assurant la récompense dans l'au-delà rappelant le cycle platonicien des incarnations et désincarnations ("Qui naît, meurt. Mais la vie ne finit pas avec la mort. Elle continue sous une autre forme et pour l'éternité, avec une récompense pour qui a été juste, avec un châtiment pour qui a été mauvais. Que la pensée du jugement ne vous paralyse pas pendant la vie et à l'heure de la mort, qu'elle soit un aiguillon et un frein : un aiguillon qui pousse au bien, un frein qui écarte des mauvaises passions. Soyez amis du vrai Dieu en agissant toujours au cours de votre vie avec l'intention de le mériter dans la vie future. O vous qui aimez les grandeurs, quelle grandeur plus grande que celle de devenir des fils de Dieu, des dieux par conséquent ? O vous qui craignez la douleur, quelle autre certitude de ne plus souffrir que celle qui vous attend au Ciel ?", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 371.6, vision du 26/01/1946), il conclut en réaffirmant qu'il est le "nsr/secoureur, protecteur" prophétisé par Isaïe I 11.1 et non pas un vulgaire rebouteux mégalo, le Mashiah/Messie donnant accès à la vie éternelle ("Croyez en moi, en ce que je suis réellement : Jésus, Christ, Sauveur [allusion au "nsr" prophétisé par Isaïe I 11.1], dont le Royaume n'est pas de ce monde, dont la venue signifie la paix pour les bons, dont la possession signifie connaître et posséder Dieu, car celui qui m'a en lui est en moi et en Dieu, il possède l'esprit de Dieu et le possédera dans le Royaume céleste pour l'éternité", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 371.8, vision du 26/01/1946). La jeune Flavia Domitilla l'Aînée, qui a accompagné le groupe apostolique, "écrit les paroles de Jésus sur des tablettes de cire pendant son allocution", qu'elle "range dans une bourse" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 371.9, vision du 26/01/1946). Après le prêche, Judas rapporte fièrement son aparté avec Claudia Procula, il exulte car, n'ayant toujours pas compris que Jésus a renoncé à toute ambition politique et que le royaume annoncé n'est plus ici-bas mais au ciel, il croit que la protection de Claudia Procula équivaut au renversement imminent du Sanhédrin et à son remplacement par Jésus nouveau roi d'Israël soutenu par Rome ("‟Nous pourrons tout si Rome nous protège [c'est Judas qui s'adresse à Jésus]. Pour ma part, je n'ai plus peur. Aujourd'hui est un grand jour, pour cette raison [la protection de Claudia Procula sur le groupe de Jésus] plus que pour toutes les autres. Ah, quand tu seras le chef, quelle pouvoir doux, fort, béni, quelle paix, quelle justice ! Le royaume fort et bienveillant du Juste ! Le monde venant lentement à lui ! Les prophéties qui se réalisent ! Les foules, les nations, le monde à tes pieds ! Oh, rabbin ! Mon rabbin ! Toi roi, nous tes ministres ! Sur la terre la paix, dans le ciel la gloire ! Jésus, le Christ de Nazareth, le roi de la race de David, le Messie Sauveur, je te salue et je t'adore !” Judas, qui semble en extase, se prosterne pour conclure : ‟Sur la terre, au ciel et jusque dans les Enfers, ton nom est connu et ton pouvoir sans limites. Quelle force peut te résister, ô Agneau et Lion, prêtre et roi, saint, saint, saint ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 371.10, vision du 26/01/1946). Le lendemain est parascève, c'est-à-dire vendredi de Pâque W-1, veille du samedi jour du sabbat. Maria Valtorta montre Jésus au lever du jour, appuyé sur le mur entourant la terrasse de la propriété de Lazare où il a passé la nuit, la description très précise - dans le sens de l'aiguille d'une montre - renforce l'hypothèse qu'il s'agit d'une des maisons cossues de l'antique quartier Whol ("[Jésus] s'appuie au muret et se recueille, immobile. Il relève la tête, peut-être surpris par le premier rayon du soleil derrière les collines cachant Béthanie et la vallée du Jourdain, et il regarde le panorama à ses pieds. La maison de Lazare est sur l'une des nombreuses élévations de terrain qui font des rues de Jérusalem une succession de montées et de descentes, spécialement dans les moins belles. Presque au centre de la ville, légèrement inclinée vers le sud-ouest, elle se dresse dans une belle rue qui mène au xyste [non localisé exactement au nord de la vieille ville de Jérusalem], formant avec lui un T, et domine la ville basse. D'abord, Bezetha [quartier nord-ouest de la vieille ville de Jérusalem], le Moriah [mont sur lequel est le Temple, au nord-est de la vieille ville de Jérusalem] et Ophel [quartier collé au sud du Temple]. Au-delà [de la vallée du Cédron à l'est], la chaîne de l'oliveraie [appartenant à Lazare, au sommet de laquelle se trouve Gethsemani]. Ensuite, les pentes du mont Sion [correspondant aux actuels quartiers juif au sud-est et arménien au sud-ouest de la vieille ville de Jérusalem], le regard s'étend au loin vers les collines du sud, alors qu'au nord Bezetha bouche le paysage. A l'opposé de la Géhenne [francisation de "vallée/ge Hinnom" en hébreu, au sud], la tête chauve du Golgotha [au nord-ouest] émerge jaunâtre dans la rosée de l'aurore, toujours lugubre même dans cette lumière joyeuse", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 372.1-2, vision du 30/01/1946). Jonas le gardien de Gethsemani frappe à la porte. Il raconte l'interrogatoire qu'il vient de subir de la part des adversaires de Jésus (saducéens, pharisiens, Hérodiens) déçus de ne pas l'avoir appréhendé à Gethsemani. Invoquant des possibles représailles de ses derniers contre son épouse Marie et contre son fils Marc, Jonas dissuade Jésus de séjourner à nouveau à Gethsemani. Cela provoque la fureur de Marie-Madeleine, sœur de Lazare le propriétaire de Gethsemani, autrement dit employeur de Jonas. Elle fustige la couardise de Jonas, en lui rappelant qu'il n'est pas le maître des lieux et qu'elle est son employeur, du moins la sœur de son employeur ("Jésus est très doux envers Jonas apeuré, gardien de Gethsemani. Mais la voix d'or de Marie de Magdala l'interrompt avec véhémence : ‟Depuis quand, ô homme, as-tu oublié que tu es serviteur et que c'est notre consentement qui te permet de te donner des airs de maître ? A qui appartiennent la maison et l'oliveraie ? Nous seuls pouvons dire au rabbin [Jésus] : « Ne viens pas causer du tort à nos biens », or nous ne le disons pas. Parce que ce serait un très grand bien si, pour le chercher, les ennemis du Christ détruisaient les arbres, les murs, même les corniches, sous prétexte que nous avons accueilli l'Amour à demeure, et qu'il nous a donné son amour en retour, à nous ses fidèles amis. Qu'ils viennent ! Qu'ils détruisent ! Qu'ils piétinent ! Et alors ? L'important est qu'il nous aime et qu'il soit indemne !”. Jonas est pris entre la peur des ennemis et la fougue de sa maîtresse, il murmure : ‟Mais s'ils maltraitent mon fils [Marc] ?”. Jésus le réconforte : ‟Je te répète de ne plus avoir peur. Je ne séjournerai plus. Tu peux dire à ceux qui le demandent que le rabbin n'habite plus à Gethsemani” […] L'homme se retire. Sauf Jésus et la très sainte Marie [la Vierge], personne ne lui épargne les reproches et les moqueries. Ceux de [Simon-]Pierre sont salés, ceux de [Judas] l'Iscariote sont très salés, ceux de [Nathanaël] Barthélemy sont ironiques. Jude Thaddée ne prononce pas un mot, mais lance un regard de mépris. Les récriminations accompagnent le serviteur même dans les rangs des femmes, pour se terminer par la fusée finale de Marie de Magdala : ‟J'informerai à Lazare que des poulets bien engraissés sont disponibles à Gethsemani pour le prochain banquet”. ‟Je n'ai pas de poulailler, maîtresse.” ‟Toi, Marc et Marie [femme de Jonas] : trois magnifiques chapons !” On rit à cette saillie dure et expressive de Marie[-Madeleine] sœur de Lazare, exaspérée de voir tremblants des gens sous son autorité, et le rabbin contraint de renoncer au doux nid de Gethsemani. ‟Ne te fâche pas, Marie[-Madeleine] ! Paix ! Tout le monde n'a pas ton courage !” ‟Ah non, malheureusement ! Si tous avaient mon courage, rabbin, même les lances et les flèches décochées contre moi ne me sépareraient pas de toi !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 372.3-4, vision du 30/01/1946). On reprend la direction du Temple. On croise une nommé "Bérénice" ("Beren…kh", littéralement "qui porte/fšrw la victoire/n…kh" en grec), plus connue sous sa version francisée "Véronique", veuve quadragénaire de Jéricho, sans enfant, souhaitant servir Jésus ("[Bérénique/Véronique] a environ quarante ans, elle est vêtue correctement, d'une apparence simple. [Jésus] lui demande : ‟Tu es veuve, n'est-ce pas ?” ‟Oui, et sans enfants. Je suis revenue récemment et j'ai acquis des terres à Jéricho, pour être à proximité de la cité sainte. Mais maintenant je vois que tu es plus grand qu'elle, et je te suis. Et je te prie de me prendre pour servante. Je te connais par tes disciples, mais tu dépasses ce qu'ils m'ont dit.” ‟Très bien. Que veux-tu exactement ?” ‟Te seconder parmi les pauvres et, comme je puis, te faire aimer et connaître. Je connais beaucoup de communautés de la diaspora car j'ai suivi mon mari dans ses affaires commerciales. J'ai des moyens et je me contente de peu. Je peux apporter beaucoup par conséquent. Pour ton amour, et pour l'esprit de celui qui m'a prise vierge il y a vingt ans et qui a été pour moi un compagnon aimable jusqu'à son dernier soupir. En mourant il paraissait prophétiser : « A ma mort, confie à la tombe la chair qui t'a aimée et va dans notre patrie. Tu chercheras le Promis, tu le verras, tu le suivras. Il est le Rédempteur et Celui qui ressuscite, il m'ouvrira les portes de la Vie. Sois bonne pour m'aider quand il ouvrira les Cieux à ceux qui n'ont plus de dettes envers la Justice, sois bonne pour mériter de le rencontrer sans tarder. Jure que tu changeras les larmes stériles du veuvage en une courageuse activité. […] » Mon pauvre époux ! Je demande seulement que tu me connaisses”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 373.4, vision du 31/01/1946). On note que, selon Maria Valtorta, cette femme est bien distincte de son homonyme hémoroïsse de Capharnaüm du même âge mais mère que Jésus guérit dans la vision 230.3, qui sera mentionnée en Marc 5.25-34, Matthieu 9.20-22 et Luc 8.43-48, contrairement à la tradition chrétienne qui confond ces deux femmes en un unique personnage d'après une lecture corrompue d'Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VII.18, et de l'Evangile de Nicodème/Actes de Pilate 6.3. Dans le Temple ont lieu les traditionnelles immolations rituelles d'animaux. Jésus est bloqué par des membres du Sanhédrin qui lui rappelle qu'il n'a pas le statut officiel de rabbin (ils ont raison : nous avons vu que Jésus a raté l'examen pour devenir rabbin à l'été W-3, dans la vision 68 précitée) et qu'en conséquence il n'a pas le droit de prêcher comme un rabbin dans l'enceinte du Temple ni d'y présider à aucun rituel ("Ennuyeux comme des abeilles, les ennemis de Jésus reviennent à l'assaut. Il a immolé un agneau, et il a attendu que tous ceux amenés par ses nombreux dissiples le soient également. Il retourne vers l'enceinte du Temple. ‟Quand comptes-tu cesser tes attitudes de roi ? Tu n'es pas roi ! Tu n'es pas prophète ! Jusqu'à quand abusera de notre bonté, homme pécheur, rebelle, cause de mal pour Israël ? Combien de fois devrons-nous te rappeler que tu n'as aucun droit de professer comme rabbin ici à l'intérieur [du Temple] ?” ‟Je suis venu pour immoler l'agneau. Vous ne pouvez pas m'en empêcher”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 373.5, vision du 31/01/1946). Jésus leur jette des citations de la Torah à la figure pour leur signifier que, s'il n'est certes pas un rabbin légal, il est néanmoins un rabbin légitime. On ressort du Temple, au milieu d'une foule de juifs bigarés ("On se croise sans se reconnaître dans la bousculade continuelle des visages de tous les âges et de toutes les régions où le sang pur d'Israël a contracté, par mélanges des gênes ou simplement par mimétisme, des ressemblances avec d'autres races. On voit des juifs de type égyptien, d'autres aux grosses lèvres, au nez camus et à la face angulaire semblant issus de croisements avec les Nubiens, d'autres encore aux traits fins, aux membres grêles, aux yeux vifs, trahissant leur appartenance aux colonies grecques, des hommes robustes et de grande taille, au visage carré, affichent leur parenté aux Latins, on trouve aussi beaucoup d'hommes de type circassien ou perse, ou rappelant les Mongols ou les Indiens par leur yeux, les premiers au visage très blanc, les seconds au visage olivâtre", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 374.1, vision du 02/02/1946). Dans la vision 375, retour à la maison de Lazare dans le centre-ville, où celui-ci vient d'arriver, transporté sur un chariot depuis son domaine de Béthanie. Très affaibli par son mal aux jambes qui s'étend, Lazare croit sa mort proche. Quand il réussit à s'endormir, Marie-Madeleine reste à discuter avec Jésus. Marthe vient demander à Marie-Madeleine de l'aider à préparer la grande salle pour la cène pascale. Jésus répond qu'il se contentera de l'atrium, et de réserver la grande salle pour les pauvres. Marthe maugrée en disant que l'atrium n'est pas un endroit convenable, une "bonne partie" de la maison pour célébrer une fête. Jésus lui répond qu'elle se trompe, l'atrium est la "meilleure partie" de la maison car la plus modeste, et que Marie-Madeleine a raison de ne pas la rejoindre. Cette scène sera transformée en Luc 10.38-42, où Marthe reproche à sa sœur Marie-Madeleine de minauder avec Jésus pendant qu'elle-même s'affaire à la cuisine, et où Jésus rétorque que Marie-Madeleine a choisi la "meilleure part" en restant avec lui plutôt qu'aider Marthe à la cuisine ("‟Depuis des mois [Lazare] ne s'est pas endormi aussi bien [c'est Marie-Madeleine qui s'adresse à Jésus]. Je crois qu'il est très agité par la peur de mourir. Avec toi près de lui, il n'a plus peur. Il a de la chance…” ‟Pourquoi, Marie[-Madeleine] ?” ‟Parce que tu seras près de lui quand il mourra. Tandis que moi…” ‟Pourquoi pas toi ?” ‟Tu annonces que tu mourras bientôt. Moi, je ne sais pas quand je mourrai… Provoque ma mort avant la tienne, rabbin !” ‟Non, tu dois me servir encore pendant longtemps.” ‟J'ai donc raison de dire que Lazare a de la chance.” ‟Les bien-aimés auront tous de la chance comme lui, plus que lui.” ‟Qui ? Les purs ["nsr" en hébreu, c'est-à-dire les "nazaréens"] ?” ‟Ceux aiment totalement. Comme toi, Marie[-Madeleine].” ‟Oh, mon rabbin !”. Marie[-Madeleine] glisse à terre, sur le tapis multicolore couvrant le dallage, et elle reste là dans l'adoration de son Jésus. Marthe, qui la cherche, passe la tête. ‟Viens, nous devons préparer la salle rouge, pour la cène du seigneur.” ‟Tu la donneras aux humbles, Marthe, pour les paysans de Yoḥanan [ben Zakkaï] par exemple.” ‟Pourquoi, rabbin ?” ‟Les humbles sont d'autres Jésus, et je suis en eux. Honorez toujours le pauvre que personne n'aime, si vous voulez être parfaites. Je me contenterai de l'atrium. En ouvrant toutes les portes qui y conduisent, tous me verront, et je verrai tout le monde.” Insatisfaite, Marthe objecte : ‟Toi, dans un vestibule… Ce n'est pas une partie digne de toi…” ‟Fais ce que je te dis. Le conseil du rabbin est toujours digne.” Marthe sort en silence avec Marie, Jésus reste pour veiller son ami [Lazare] qui dort", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 375.2, vision du 03/02/1946 ; dans la version de Luc 10.38-42 on a une scène de complicité proto-amoureuse de Jésus à Marie-Madeleine, alors que dans la version de Maria Valtorta on a un banal échange entre Jésus et Marthe sur l'endroit où on fêtera la Pâque, dans la première version Jésus est un hérérosexuel alors que dans la seconde version Jésus n'accorde qu'une attention très vague à Marie-Madeleine…). Les cènes pascales se déroulent dans différents endroits de la maison de Lazare : celle destinée aux pauvres de passage présidée par Marie la Vierge a lieu dans la grande salle préparée par Marthe, celle des femmes autour de Marie fille de Cléophas et d'Elise de Beth-Zur a lieu dans une ancienne bibliothèque aux rayons dégarnis (cette pièce est "garnie de hauts coffres sombres ayant probablement contenu des rouleaux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 375.3, vision du 03/02/1946), celle des apôtres présidée par Jésus avec Lazare et son serviteur Maximin à ses côtés a lieu dans l'atrium ("On est étonné de voir Jésus dans l'atrium de marbre. Certes le goût raffiné des deux sœurs [Marthe et Marie-Madeleine] de Lazare a presque transformé l'endroit en un spendide salon éclairé et fleuri, mais ça reste un atrium. Jésus y est avec les douze [apôtres], et avec Lazare à côté de lui, accompagné de Maximin", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 375.3, vision du 03/02/1946). Parmi les pauvres, on voit les employés de Yohanan ben Zakkaï, qui à la fin du repas pascal informent Jésus que celui-ci se comporte presque aussi méchamment que leur ancien employeur Doras fils de Doras. Jésus ne répond rien ("“Seule la crainte que tu lui inspires [c'est l'un des paysans de Yohanan ben Zakkaï qui s'adresse à Jésus] retient Yohanan [ben Zakkaï] de rivaliser avec Doras […]. Ses champs prospèrent parce qu'il les fertilise avec notre sueur. […] Il ne nous frappe pas, mais il ne nous donne que le strict nécessaire pour résister au travail. Il nous exploite plus que des bœufs. Dites-le, vous, mes compagnons !” Les paysans anciens et nouveaux de Yohanan [ben Zakkaï] acquiescent", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 375.2, vision du 03/02/1946). Le lendemain, jour de sabbat, Manahen arrive de chez son frère de lait et maître Hérode-Antipas. Il rapporte que la cène pascale qui s'est déroulée la veille chez ce dernier a été pénible. Ayant appris que son administrateur Chouza a chassé Salomé de sa maison, Hérode-Antipas l'a convoqué pour avoir des explications, ensuite celui-ci a manifesté son ras-le-bol contre son épouse Hérodiade et sa fille Salomé, et son intérêt pour Jésus qui pourrait à la fois l'aider à se débarrasser des deux femmes et rehausser son prestige en Galilée en estompant la tache du meurtre de Jean-Baptiste ("‟Chouza reste un courtisan [c'est Manahen qui s'adresse à Jésus]. Il est fasciné par la royauté (je devrais plutôt dire la fange royale…). Il a l'impression d'être roi lui-même quand il est avec le roi. Et il a peur de la disgrâce du roi. L'autre soir il était comme un chien battu. Il s'est présenté presque en rampant à Hérode[-Antipas] qui l'avait convoqué après avoir entendu les lamentations de Salomé chassée par toi. Chouza a passé un mauvais moment. On lisait sur son visage le désir de se sauver à n'importe quel prix, même en t'accusant à tort. Hérode[-Antipas] voulait seulement rire aux dépens de la fille [Salomé] dont il a désormais la nausée, comme il a la nausée de la mère [Hérodiade]. Et il a effectivement ri comme un fou en entendant tes paroles rapportées par Chouza. Il a répété, hilare : « Encore trop doux encore pour cette jeune (il a utilisé un mot grossier que je ne veux pas employer) ! Il aurait dû piétiner son sein avide, mais alors il se serait contaminé ! ». Puis, redevenu sérieux, il a dit : « L'affront mérité par cette fille, est néanmoins inacceptable pour la couronne. Je suis magnanime (c'est son idée fixe : personne ne le lui dit, alors il le dit à lui-même !) : je pardonne au rabbin [Jésus] d'avoir dit la vérité à Salomé, mais je veux qu'il vienne à la Cour pour l'absoudre complètement. Je veux le voir, l'entendre et constater ses miracles. Qu'il vienne, et je deviendrai son protecteur ». Voilà comment il a parlé l'autre soir. Chouza n'a pas su quoi répondre. Il ne voulait pas dire non au roi, mais il ne pouvait pas dire oui parce que tu n'es certainement pas disposé à consentir aux désirs d'Hérode[-Antipas]. Il m'a demandé aujourd'hui d'aller vers toi pour te poser la question. Donc je te la pose. Je connais déjà ta réponse, mais peux-tu me la dire de vive voix, afin que je la transmette ?” ‟Non.” Ce ‟non” retentit comme un coup de foudre. ‟Tu veux t'en faire un ennemi puissant !”, s'inquiète Thomas[/Didyme]. […] ‟Poh ! D'ici trois jours il aura tout oublié, rétorque Manahen en haussant les épaules, des mimes doivent arriver demain, qui le distrairont vite…”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 376.6, vision du 04/02/1946). Un groupe de notables se présente, Joseph d'Arimathie et Nicodème en tête (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 376.7, vision du 04/02/1946), suite à un fait divers : Eléazar ben Hanne l'ancien Grand Prêtre a violé une fille qui en est morte peu après, il a été défendu par son père Hanne ben Seth, qui a obtenu la relaxe du Sanhédrin, provoquant le scandale du groupe qui se présente à Jésus, et de Gamaliel qui ne s'est pas déplacé ("Eléazar ben Hanne a vu la jeune fille unique d'une veuve [c'est Nicodème qui s'adresse à Jésus], il l'a attirée soi-disant pour lui donner du travail (elle confectionnait des vêtements), en réalité pour l'abuser. La jeune fille est morte, puis sa mère trois jours après. Mais avant de mourir, en dépit des menaces, elles ont tout raconté à un parent, qui est allé porter l'accusation à Hanne [ben Seth], puis à Joseph [d'Arimathie], à moi, à d'autres. Hanne [ben Seth] l'a arrêté et jeté en prison, afin d'être condamné à mort ou çà la captivité perpétuelle. Aujourd'hui Hanne [ben Seth] a voulu connaître notre position […]. Après un simulacre de jugement et un semblant de vote, nous avons dû décider de l'honneur et de la vie de trois malheureux, et de la punition du coupable”, dit Nicodème. ‟Et ?” ‟Et naturellement nous avons voté pour libérer l'homme et punir Eléazar ! Mais nous avons été menacés et chassés comme injustes. Qu'en dis-tu ?” ‟Que Jérusalem m'inspire du dégoût, et que le Temple est l'abcès le plus fétide de Jérusalem, conclut Jésus d'une voix lente et terrible. Retournez donc dire ça à ceux du Temple.” ‟Et Gamaliel, qu'a-t-il fait ?”, demande Lazare. ‟Dès qu'il a appris le fait, il s'est couvert le visage et il est sorti en disant : « Que vienne vite le nouveau Samson pour châtier les Philistins corrompus ! »”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 376.9, vision du 04/02/1946). Nicodème ajoute que, lors de ce procès bâclé, le cas de Jésus a été évoqué, accusé de blasphème pour avoir qualifié "dérisoire" le royaume d'Israël (dans la vision 370.22 précitée). Jésus n'arrive plus à se contenir, il clame que les gens autour d'Hanne ben Seth et d'Hérode-Antipas sont effectivement dérisoires, et qu'ils n'accèderont pas au royaume des cieux. Il décide de quitter Jérusalem au plus tôt, qui le dégoûte ("‟Et sur lui, il [Hanne ben Seth] n'a rien dit ?”, demande Lazare en montrant Jésus. ‟Oh si, le sujet a été évoqué en préambule. On a rapporté que tu as déclaré « dérisoire » le royaume d'Israël, en conséquence il t'a qualifié de blasphémateur, et même de sacrilège car le royaume d'Israël appartient à Dieu.” ‟Ah oui ? Et comment le Grand Prêtre qualifie-t-il celui qui viole une vierge, celui qui souille sa fonction ? Répondez !”, demande Jésus. ‟On parle du fils du Grand Prêtre Hanne [ben Seth], c'est comme le fils d'un roi”, dit timidement Joachim [un des auxiliaires du Temple venus avec Joseph d'Arimathie et Nicodème] à Jésus majestueux devant lui, debout, le bras tendu. ‟Oui, le roi de la corruption ! Et vous voulez m'empêcher de qualifier de « dérisoire » un pays gouverné par un tétrarque souillé et homicide [Hérode-Antipas, coupable de l'exécution de Jean-Baptiste] et d'un Grand Prêtre complice d'un violeur et assassin [Hanne ben Seth, père du violeur Eléazar] ? […] Et ce parent qu'on retient prisonnier pour l'empêcher de parler, n'est-il pas une troisième victime ? L'autel n'est-il pas profané, quand on le salit de tant de crimes ? La justice n'est-elle pas étouffée, quand le Sanhédrin impose le silence aux rares justes ? Oui, que vienne vite le nouveau Samson pour abattre ce lieu profané, qu'il extermine pour guérir ! La nausée me donne envie de vomir. Je maintiens que ce pays est dérisoire. Et je m'éloigne de son cœur pourri, plein de crimes sans nom, foyer de Satan. Je pars. Non par peur de la mort : je vous montrerai que je n'ai pas peur. Je pars parce que mon heure n'est pas venue, et parce que je ne veux pas donner des perles aux porcs d'Israël, je veux les offrir aux humbles dispersés dans les maisons, les montagnes, les vallées des pays pauvres. Là-bas on sait encore croire et aimer, on sait apprendre, on a conservé l'Esprit sous les frusques. Alors qu'ici les vêtements sacrés, l'éphod, le rational [attributs des prêtres, décrits en Exode 28 et 39], couvrent des charognes immondes et des outils de meurtres. Dites-leur que je les condamne au nom du vrai Dieu, que je les chasse du Paradis comme Michel ["ange protecteur d'Israël" selon Daniel 10.21, et "chef des anges" selon Daniel 12.1] ! Pour toujours ! Ils se croient des dieux, or ils ne sont que des démons, inutile d'attendre leur mort pour les juger, ils le sont déjà, sans rémission !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 376.9, vision du 04/02/1946). Le groupe de notables part. Jésus annonce à Lazare que, pour fuir le centre-ville, il séjournera dans sa maison à Béthanie jusqu'à la fin des Azymes, une semaine après Pâque (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 376.11, vision du 04/02/1946). A Béthanie, nouvelle altercation entre Marthe et sa sœur Marie-Madeleine. Cette dernière reste admirative aux pieds de Jésus, elle lui lave les pieds dans la maison ("Marie[-Madeleine] veut laver les pieds de Jésus. Elle délace ses sandales poussiéreuses et les donne à un serviteur pour qu'il les rapporte nettoyées, en même temps que son manteau pour qu'il en secoue la poussière. Puis elle plonge les pieds dans l'eau que des aromates rendent légèrement rose, les essuie, les baise. Ensuite elle change l'eau et en apporte de la propre pour les mains. Pendant qu'elle attend le serviteur avec les sandales, accroupie sur le tapis aux pieds de Jésus, elle les caresse, et avant de lui mettre les sandales, elle les baise encore en disant : ‟Pieds saints qui avez tant marché pour me chercher !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 377.2, vision du 14/08/1944), puis elle le suit au jardin ("Marie[-Madeleine] sort avec Jésus. Ils vont par des allées bien entretenues, entre des parterres de fleurs, jusqu'à un vivier qui semble un miroir tombé dans la verdure. L'eau très limpide est à peine remuée çà et là par le frétillement d'un poisson ou la pluie très fine du jet d'eau au centre. Des sièges, près de la large vasque semblable à un petit bassin d'où partent des petits canaux d'irrigation, l'un d'eux alimente le vivier, les autres servent de trop-plein : Jésus s'assoit sur l'un de ces sièges, tout près de la vasque. Marie[-Madeleine] s'assoit à ses pieds sur l'herbe verte et bien entretenue. Au début, ils ne parlent pas. Jésus jouit visiblement du silence et du repos dans la fraîcheur du jardin. Marie[-Madeleine] se délecte de le regarder", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 377.5, vision du 14/08/1944). Marthe reproche encore à sa sœur de minauder autour de Jésus tandis qu'elle-même s'affaire à la cuisine, Jésus lui répond de laisser tranquille Marie-Madeleine qui est la meilleure publicité pour le ministère, passée de soumise luxurieuse à soumise amoureuse ("Marthe surgit, essoufflée : ‟Tu es encore ici, Marie[-Madeleine] ? Et moi qui ai tant de soucis ! L'heure avance, les invités seront bientôt ici et il y a tant à faire ! Les servantes sont au pain, les serviteurs découpent et cuisent les viandes, moi je prépare les nappes, les tables et les boissons, mais il faut encore cueillir les fruits, préparer l'eau de menthe et de miel…”. Marie[-Madeleine] écoute peu les lamentations de sa sœur. Avec un sourire bienheureux, elle continue de regarder Jésus sans bouger de place. Marthe réclame l'aide de Jésus : ‟Rabbin, vois comme je suis échauffée ! Est-ce juste que je sois seule aux préparatifs ? Dis-lui, toi, de m'aider !”. Marthe est vraiment énervée. Jésus la regarde avec un sourire moitié doux moitié moqueur. Marthe s'offense un peu : ‟Je parle sérieusement, rabbin ! Regarde-la, oisive pendant que je travaille ! Elle reste ici, à regarder…”. Jésus prend un air plus sérieux : ‟Ce n'est pas de l'oisiveté, Marthe, c'est de l'amour. L'oisiveté, c'était avant. Et tu as tant pleuré pour cette oisiveté indigne. Tes larmes ont rendu encore plus agile ma démarche pour la sauver et la rendre à ton honnête affection. Veux-tu lui disputer l'amour qu'elle a pour son Sauveur ? Préférerais-tu alors qu'elle soit loin d'ici pour ne pas te voir travailler, et aussi loin de Moi ? Marthe, Marthe ! Dois-je donc te dire qu'elle (Jésus lui met la main sur la tête), venue de si loin, t'a surpassée en amour ? Elle qui ne savait pas une seule parole de bien, est maintenant savante de l'amour. Laisse-la à sa paix. Elle a été si malade ! Aujourd'hui elle est une convalescente qui revient à la santé en buvant les boissons qui la fortifient”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 377.5, vision du 14/08/1944). Cette scène dans la propriété de Béthanie selon Maria Valtorta est distincte de celle, similaire, dans la proprité du centre-ville de Jérusalem, Luc 10.38-42 les a réunies en une seule. Jésus s'y montre toujours aussi indifférent à l'égard de Marie-Madeleine. Il joue de la main avec l'eau pure du bassin. Marie-Madeleine lui demande s'il aime les âmes pures autant que l'eau pure avec laquelle il joue, question typiquement féminine traquant le faux pour savoir le vrai, trahissant l'amour qu'elle éprouve pour lui sous son apparence neutre, elle espère que Jésus tournera son regard vers elle et non plus vers l'eau du bassin, et lui répondra : "J'aime ton saint amour, ô Marie-Madeleine, tu es la femme que j'apprécie le plus au monde, je ne pourrais plus vivre sans toi". Or Jésus la refroidit immédiatement, dans un énième discours malaisant pour le lecteur, davantage un monologue à haute voix qu'une réponse à la question qu'elle lui a posée. Il déclare que seuls les enfants l'attirent parce que selon lui ce sont les seuls êtres purs, témoignant de son ignorance sur la cruauté des enfants entre eux et envers leur environnement (cruauté dont il a peut-être abusé lui-même dans son enfance au détriment de ses cousins Jacques et Jude Thaddée les fils d'Alphée). Et, anticipant le propos de Carlo/Vittorio Gassman dans le film La famille d'Ettore Scola : "Tutte le dione siano puttane, tranne mia mamma, che è una santa" ("Toutes des putes, sauf ma mère, qui est une sainte"), il conclut en disant qu'une seule femme compte pour lui : sa mère Marie la Vierge, Déesse au-dessus des déesses, autrement dit Marie-Madeleine à ses yeux ne compte pas pour grand-chose, elle n'est qu'un faire-valoir du ministère ("Jésus joue avec l'eau limpide de la vasque. Il y plonge les doigts. Il la peigne en la séparant en petits sillages, puis il plonge sa main toute entière dans la fraîcheur. ‟Comme elle est belle, cette eau limpide !”, dit-il. ‟Elle te plaît, rabbin ?”, demande Marie[-Madeleine]. ‟Oui, Marie[-Madeleine], parce qu'elle est fluide. Regarde. Pas une trace de boue. De l'eau si pure qu'elle semble rien, comme si elle n'était pas un élément mais esprit. Nous pourrions lire au fond les paroles des petits poissons…” ‟Comme on lit au fond des âmes pures, n'est-ce pas, rabbin ?”, soupire Marie[-Madeleine] avec un regret caché. Jésus remarque le soupir qu'elle étouffe, et devine le regret qu'elle voile d'un sourire. Il guérit tout de suite la peine de Marie[-Madeleine]. ‟Où sont les âmes pures, Marie[-Madeleine] ? Il est plus facile à une montagne de se déplacer qu'à une créature de se maintenir pure des trois impuretés. Trop de choses s'agitent et fermentent autour d'un adulte. Et il peut difficilement empêcher qu'elles pénètrent à l'intérieur. Seuls les enfants ont l'âme angélique, préservée par leur innocence des connaissances qui peuvent se changer en fange. C'est pour cela que je les aime tant. Je vois en eux un reflet de la Pureté infinie. Eux seuls portent avec eux le souvenir du Ciel. Ma mère est la femme à l'âme d'enfant. Plus encore : elle est la femme à l'âme angélique, telle Eve sortie des mains du Père. Imagines-tu, Marie[-Madeleine], ce qu'a été le premier lys fleuri dans le jardin terrestre ? Ceux qui entourent cette eau aussi sont beaux, mais le premier sorti des mains du Créateur ! Etait-ce une fleur ou un diamant ? Etait-ce des pétales ou des feuilles d'argent pur ? Eh bien, ma mère est plus pure que le premier lys ayant parfumé les vents. Son parfum de Vierge inviolée a empli le Ciel et la terre, et c'est derrière elle que marcheront ceux qui seront bons dans les siècles des siècles”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 377.3-4, vision du 14/08/1944). Des gens viennent à Béthanie pour le voir. Il leur parle, guérit certains d'entre eux de maux que Maria Valtorta ne détaille pas. Des pharisiens se glissent dans la foule pour le sommer de partir, mais Claudia Procula, qui les a suivis, intervient soudain pour leur ordonner de se calmer ("‟Nous sommes juifs et puissants [ce sont les pharisiens qui s'adressent à Jésus], nous t'ordonnons de t'en aller ! Nous t'interdisons d'enseigner, nous te chassons ! Hors d'ici ! Nous sommes fatigués de toi ! Le pouvoir est dans nos mains, nous nous en servons, et nous nous servirons toujours plus, ô maudit, ô usurpateur !” Ils sont sur le point de dire autre chose dans un tumulte de cris, de pleurs, de sifflets, quand, s'avançant entre Jésus et ses ennemis d'un mouvement rapide et impérieux, le regard et la voix plus impérieux encore, une femme voilée découvre son visage et d'un ton tranchant, plus cinglant qu'un fouet sur des galériens ou qu'une hache sur un cou, elle laisse tomber sa phrase : ‟Qui oublie qu'il est esclave de Rome ?”. C'est Claudia [Procula]. Elle baisse son voile. Elle s'incline légèrement devant le rabbin [Jésus], et revient à sa place. Cela a suffi. Les pharisiens se calment tout à coup. Un seul, au nom de tous et avec une servilité rampante, dit : ‟Pardon, domina. Mais il trouble le vieil esprit d'Israël. Toi qui es puissante, tu devrais l'empêcher, l'arrêter par le juste et brave proconsul [Ponce Pilate, époux de Claudia Procula]. Longue vie et santé à lui !” ‟Cela ne nous concerne pas. L'ordre romain ne doit pas être troublé, or il ne trouble rien”, répond dédaigneusement la patricienne. Elle donne un ordre sec à ses compagnes, elles s'éloignent vers un bouquet d'arbres au bout du sentier, derrière lequel elles disparaissent pour reparaître sur le char couvert qui grince, dont Claudia [Procula] redescend tous les rideaux", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 378.10, vision du 06/02/1946). On reste sur un statu quo. Claudia Procula repart vers Jérusalem, les pharisiens se dispersent, maudits par Jésus sur le mode : "Persécuter une doctrine en accroît la force" ("Ecoutez une de mes prophéties, ô vous d'Israël. Plus vous persécuterez le rabbin de Galilée et ceux qui le suivent, en essayant d'anéantir par la tyrannie sa divine doctrine, plus vous la rendrez prospère et plus elle grandira sur le monde. Chaque goutte de sang des martyrs que vous répandrez en espérant triompher et régner par vos lois et vos préceptes corrompus et hypocrites qui ne correspondent plus à la divine Torah, chaque larme des saints que vous piétinez, sera une semence de futurs croyants. Et vous serez vaincus lorsque vous vous croirez triomphateurs", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 378.11, vision du 06/02/1946 ; ce propos de Jésus est à comparer à la célèbre maxime de Tacite : "Contra punitis ingeniis gliscit auctoritas" ["Punir les génies accroît leur autorité", Tacite, Annales IV.35]).


On quitte Béthanie par le nord-est, pour éviter de repasser par Jérusalem, et pour aller visiter Bérénice/Véronique à Jéricho. On s'engage dans la vallée de la rivière Carit, aujourd'hui le wadi Qelt (31°50'00"N 35°18'07"E), très encaissée, propice aux embuscades. Jésus souhaite s'aventurer sur le mont Adomin infesté de voleurs, il en est dissuadé par les apôtres qui lui expliquent qu'en cas d'agression ou d'assassinat les pharisiens sauteraient sur l'occasion pour ruiner sa réputation ("‟Arrêtons-nous ici pour passer la nuit, ordonne Jésus. Ou plutôt, arrêtez-vous ici. Moi je vais prier sur ces monts.” ‟Seul ? Ah, non ! Sur l'Adomin tu ne vas pas seul ! Avec tous les voleurs à l'affût, non tu n'y vas pas !”, dit [Simon-]Pierre bien décidé. ‟Que veux-tu qu'ils me prennent ? Je n'ai rien !” ‟Tu as toi-même. Je parle des vrais voleurs, ceux qui te haïssent. Pour eux ta vie suffit. Tu ne dois pas être tué dans une vile embuscade, pour donner la possibilité à tes ennemis d'inventer je-ne-sais-quoi qui éloignera les foules même de ta doctrine”, réplique [Simon-]Pierre. ‟Simon[-Pierre] fils de Jonas a raison, rabbin, dit Jude Thaddée. Ils seraient capables de faire disparaître ton corps et de dire que tu t'es enfui, te sachant démasqué. Ou bien de le déposer dans un endroit malfamé, dans la maison d'une prostituée, pour pouvoir dire : « Voyez où et comment il est mort : dans une rixe pour une traînée ! ». Tu as bien dit : « Persécuter une doctrine en accroît la force », et j'ai remarqué, parce que je ne l'ai cessé de le regarder, que le fils de Gamaliel t'approuvait de la tête pendant que tu as dit cela [allusion à l'altercation récente contre les pharisiens à Béthanie, dans la vision 378.11 précitée]. Mais on dit aussi avec raison que couvrir de ridicule un saint et sa doctrine est l'arme la plus sûre pour abattre et retirer l'estime des foules pour ce saint”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 379.1, vision du 07/02/1946). Cela ne l'empêche pas de croiser des voleurs avec lesquels il discute, et accepte de manger un agneau en commun ("‟La conversion, quand elle n'est pas immédiate, peut s'opérer lentement, en tous cas elle peut venir. C'est pour cela que je vous ai demandé : « Ne repoussez pas leurs offrandes ». Je les ai acceptées, même si elles avaient pour moi la puanteur du péché.” ‟Mais tu ne les as pas mangées…” ‟Je n'ai pas mortifié les pécheurs en les repoussant. Ils ont eu un mouvement de bonté, pourquoi le détruire ? Le torrent là-bas ne commence-t-il pas à la source qui coule de cette pente ? Rappelez-vous toujours cela, c'est une leçon pour votre vie future, quand je ne serai plus parmi vous : quand vous croiserez des criminels dans vos voyages apostoliques, ne soyez pas comme les pharisiens qui méprisent tout le monde sans se soucier de leur propre corruption, pourtant plus grande et plus méprisable, approchez-les avec un grand amour”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 380.3, vision du 09/02/1946). On apprendra plus tard que parmi ces voleurs se trouve encore Dismas (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 524.6, vision du 03/11/1946), que nous avons vu pour la première fois dans la vision 223. On arrive près de Jéricho. Des habitants s'avancent, avec des adversaires de Jésus, et des gens que Maria Valtorta "entend qualifiés d'‟esséniens” par [Nathanaël] Barthélémy et [Judas] l'Iscariote" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 381.2, vision du 10/02/1946). C'est un nouveau mystère de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé. Le site archéologique de Qumran n'est distant de la rivière Carit/Qelt que d'une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau, ou d'une quinzaine de kilomètres par voie de terre, donc la présence de nazaréens/esséniens de Qumran près de la rivière Carit/Qelt du côté de Jéricho est très possible. Mais ce site archéologique, et ses célèbres manuscrits, ne seront découverts qu'à partir de 1947, soit un an après 1946, l'année où Maria Valtorta écrit. En 1946, les seules allusions à la présence d'"esséens/esséniens" près de la mer Morte se trouvent chez Philon (Tout homme vertueux est libre 12) qui les situe vaguement "en Palestine", et chez Pline l'Ancien (Histoire naturelle, V, 15.4) qui les situe autour d'Engaddi/Ein Gedi, comme nous l'avons vu dans notre paragraphe précédent : Maria Valtorta a-t-elle lu Philon et Pline l'Ancien, et imaginé (de façon juste, un an avant les découvertes des archéologues !) une scène en brodant sur leurs écrits ? Au terme d'un nouveau prêche, Jésus explique que Dieu n'est pas responsable des péchés des hommes puisque depuis la Chute il a laissé les hommes choisir librement de vivre la vie qu'ils souhaitent, mais que, lui-même étant Dieu, il s'est fixé comme mission l'effacement de tous les péchés humains commis depuis la Chute. Un pharisien malin, au lieu de l'accuser encore de blasphème prétentieux, essaie de le piéger en déduisant que, selon ce raisonnement, Dieu est méchant puisqu'il a inventé la tentation en sachant que les hommes ne sauraient pas y résister. Son piège échoue car Jésus est défendu par les nazaréens/esséniens qui le convainquent de négliger ce pharisien malin ("‟Les offenses à Dieu ne peuvent être effacées que par Dieu devenu homme [Jésus parle de lui-même !], par son expiation, pour tous les hommes et non pas seulement pour celui-ci ou celui-là. Ah, ma tâche aurait été plus simple si j'avais eu qu'à effacer la faute originelle ! Imaginez une terre sans Caïn, sans Lémek, sans sodomite corrompu, sans meurtrier, sans voleur, sans fornicateur, sans adultère, sans blasphémateur, sans enfant méprisant ses parents, sans parjure et autres ! La responsabilité de ces péchés n'incombe pas à Dieu mais aux hommes, car Dieu a laissé à ses fils la liberté de choisir le Bien ou le Mal.” ‟Alors il a mal agi, crie un scribe, parce qu'il nous a tentés au-delà de nos forces : nous sachant faibles, ignorants, empoisonnés, il nous a exposés à la tentation, par imprudence ou méchanceté. Si tu es honnête, tu dois convenir que mon propos est pertinent.” ‟Tu mens pour me piéger… Dieu n'a pas laissé Adam et Eve dans l'ignorance. Or à quoi cela a servi ?” ‟Alors il a mal agi aussi : il n'aurait pas dû mettre l'arbre de la tentation dans le Jardin.” ‟Quel aurait été le mérite de l'homme ?” ‟Il s'en serait dispensé. Il aurait vécu sans mérite personnel, par le seul mérite de Dieu.” ‟Il te provoque, rabbin. Laisse ces serpents et rejoints-nous dans la continence et la méditation”, crie l'essénien", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 381.6, vision du 10/02/1946). Jésus les remercie, il les félicite de croire à l'immortalité de l'âme, mais il leur reproche de ne pas croire à la résurrection de la chair : lui et eux ont beaucoup de points communs - ils sortent du même moule nazaréen ! -, néanmoins il a dépassé le nazaréisme originel pour en tirer une lecture personnelle via Jean-Baptiste, prônant un pardon individuel immédiat et ouvert à tous les peuples du monde, alors que les reclus de Qumran attendent toujours l'intervention de Yahvé qui doit instaurer une théocratie au profit de la seule communauté juive nazaréenne. L'un d'eux nommé "Elie" affiche son opposition aux pharisiens, qui hurlent. Jésus prend sa défense ("‟Crois-tu réellement à une résurrection de la chair, complémentaire à la pérennité de l'âme ?” [c'est un nazaréen/essénien qui s'adresse à Jésus] ‟Tu veux que Dieu mette un terme à la vie ici-bas ?” ‟L'âme récompensée vivant dans la béatitude, à quoi bon ressusciter la chair ? Cela augmentera-t-il la joie des saints ?” ‟Rien ne peut augmenter la joie d'un saint qui possède Dieu, sauf une chose, qui se manifestera le Dernier Jour : savoir que le péché n'existe plus. Ne trouves-tu pas juste que, chair et âme étant unies à combattre pour mériter le Ciel, chair et âme soient également unies pour jouir de la récompense le Dernier Jour ? Si tu ne le penses pas, pourquoi vis-tu dans la continence et la méditation ?” ‟… Pour être un homme. Pour être un seigneur au-dessus des animaux mûs par leurs désirs. Pour être supérieur à ceux qui cachent leur animalité sous des étalages de phylactères, de franges, de houpettes, de larges vêtements, en se prétendant « séparés » ["parushim" en hébreu, c'est-à dire "pharisiens"].” Anathème ! Les pharisiens ont reçu de plein fouet la flèche qui provoque des murmures admiratifs dans la foule, ils se contorsionnent comme des possédés. ‟Il nous insulte, rabbin [Jésus] ! Tu connais notre sainteté, tu dois nous défendre !”, crient-ils en gesticulant. Jésus répond : ‟Lui aussi connaît votre hypocrisie. Les vêtements n'ont aucun rapport avec la sainteté. Méritez d'être loués, et je pourrai vous défendre. Quant à toi, essénien, je te réponds que tu te sacrifies pour pas grand-chose. Pour quoi ? Pour qui ? Pour combien de temps ? Pour une louange humaine. Pour un corps mortel. Pour un temps rapide comme le vol d'un faucon. Elève ton sacrifice. Crois au vrai Dieu, à la résurrection bienheureuse, à la libre volonté de l'homme. Vis en ascète, mais pour ces raisons surnaturelles. Et avec ta chair ressuscitée. Tu jouiras de la joie éternelle”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 381.7, vision du 10/02/1946). Les pharisiens partis, Jésus conseille à Elie, qui doute du bien-fondé de sa vie communautaire recluse à Qumran, de se retirer dans une grotte de la vallée du Carit/Qelt pour y réfléchir seul, jusqu'à temps de se sentir prêt à rejoindre les disciples (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 381.10, vision du 10/02/1946). On atteint Jéricho. On s'installe dans la maison de Bérénice/Véronique, à qui Jésus demande d'aller régulièrement à la grotte où le nazaréen/essénien Elie s'est retiré, pour le ravitailler et le soutenir moralement si besoin (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 382.6, vision du 12/02/1946). Puis on se dirige vers le gué du Jourdain à quelques kilomètres à l'est de Jéricho, aujourd'hui le site archéologique de Qasr al-Yahoud en Cisjordanie (31°50'13"N 35°32'47"E), correspondant à l'antique "Bethabara/BEQABARA" (littéralement la "maison/beth du passage/br" en hébreu) en rive droite du Jourdain peu avant la mer Morte mentionnée sur la carte mosaïque du VIème siècle conservée dans l'église Saint-Georges de Madara en Jordanie, juste en face du site jordanien d'Al-Maghtas déjà signalé où la tradition chrétienne situe - à tort, selon Maria Valtorta - le baptême de Jésus par Jean-Baptiste. L'endroit est encombré par les pèlerins retournant chez eux après avoir fêté la Pâque W-1 à Jérusalem ("De Jéricho proche viennent des marchands de toutes sortes et des pèlerins, des soldats affectés à la surveillance et au maintien de l'ordre en ces jours où se rencontrent des tribus de toutes régions qui ne s'épargnent pas les insultes et les reproches, dans lesquels des larcins nombreux sont commis par des faux pèlerins et vrais voleurs infiltrés dans la masse. On voit aussi des prostituées œuvrant à leur propre pèlerinage en soutirant aux pèlerins riches argent et cadeaux contre une heure de plaisir où s'anéantissent toutes les purifications pascales. Les femmes honnêtes accompagnant leur mari ou leur fils adultes sifflent comme des pies fâchées afin de rappeler à elles leurs hommes prenant un apparent plaisir à regarder les prostituées. Ces dernières rient effrontément, et répondent aux qualificatifs que les femmes honnêtes leur adressent. Les hommes, surtout les soldats, plaisantent volontiers avec elles", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 383.1, vision du 14/02/1946). Jésus est brusquement harponné par une pute. Il rougit (il n'est pas habitué au contact physique des femmes, hormis sa mère…). Simon-Pierre s'interpose vivement. Jésus le retient, et regarde la pute avec compassion ("Un jeune homme très richement vêtu, qui avec d'autres du même genre parle avec deux mondaines, dit à haute voix à l'une d'elles : ‟Va, va ! Nous voulons rire un peu ! Offre-toi, console-le ! Il est triste car, pauvre comme il est, il ne peut pas se payer des femmes !”. Une onde de rougeur parcourt le visage de Jésus qui ensuite pâlit. Mais il ne tourne pas son regard. L'altération est l'unique signe qu'il a senti. L'effrontée, tout un carillon de colliers, dans un léger vol de vêtements, saute avec un cri maniéré de la rive basse sur la grève, et trouve moyen mettre en valeur plusieurs beautés secrètes. Elle tombe aux pieds de Jésus et, avec tout un trille de rire sur la belle bouche, une invite des yeux et des formes, elle crie : ‟Oh, beau parmi les enfants de la femme ! Pour un baiser de ta bouche, tu m'auras gratuitement !”. Jean [fils de Zébédée], André, Jude [Thaddée], Jacques fils d'Alphée sont scandalisés et paralysés de stupeur, mais [Simon-]Pierre bondit comme une panthère et de son groupe tombe sur la malheureuse qui est à genoux, à moitié renversée en arrière, il la secoue, la relève, la jette, avec une épithète terrible, contre la rive et la charge pour lui donner le reste. Jésus crie : ‟Simon[-Pierre] !” Une interpellation qui vaut plus qu'un discours. Simon[-Pierre] revient, rouge de colère, vers son seigneur. ‟Pourquoi ne me laisses-tu pas la punir ?” ‟Simon[-Pierre], on ne punit pas le vêtement qui s'est souillé, on le lave. Celle-là a pour vêtement sa chair souillée, et son âme est profanée. Prions pour la purifier dans son âme et dans sa chair.” Il parle doucement, à voix basse, mais pas si bas que la femme puisse entendre. Il se remet en route. Il tourne un instant ses doux yeux vers la malheureuse. Un regard, un seul. Un instant. Avec toute la puissance de son amour miséricordieux. La femme baisse la tête, elle relève son voile et s'en enveloppe. Jésus continue son chemin", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 383.3, vision du 14/02/1946). Les apôtres ayant connu Jean-Baptiste se souviennent avec douleur qu'en ce lieu leur ancien maître a prêché. Jésus, ancien disciple de Jean-Baptiste lui aussi, mais qui l'a dépassé et l'a écarté avec plus ou moins d'élégance, reste de marbre, refusant de concourir à leurs lamentations ("Jésus ne suit pas le chemin direct qui l'amènerait au milieu du campement, il descend sur la grève du fleuve, se déchausse, et marche là où l'eau frôle les herbes. Les apôtres le suivent. Les plus âgés, qui sont les plus intransigeants, murmurent : ‟Penser qu'ici le Baptiste a prêché la pénitence !”. ‟Oui, et ce lieu est devenu pire qu'un portique de thermes romains !” […] Les plus jeunes, qui sont les moins sévères (c'est-à-dire Judas de Kerioth qui regarde avec beaucoup d'attention ce qui se passe dans les campements, notamment les belles effrontées venues en quête de clients, Thomas[/Didyme] qui rit devant les colères des épouses et le dédain des pharisiens, Matthieu qui, pécheur autrefois, est inapte à juger sévèrement le vice et les vicieux et se borne à soupirer et à secouer la tête, Jacques fils de Zébédée qui observe sans prêter intérêt et sans critiquer, avec indifférence), sont en queue de la petite troupe. Jésus est en tête entre André, Jean [fils de Zébédée], Jude [Thaddée] et Jacques fils d'Alphée. Son visage est fermé, de marbre. Et il se ferme toujours plus à mesure que, du haut de la rive, arrivent à lui des phrases admiratives ou des conversations provocantes entre un homme peu honnête et une femme de plaisir. Il regarde devant lui fixement. Il ne veut pas voir. Et son intention est manifeste en tout son aspect", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 383.2, vision du 14/02/1946). Dans la vision 384, après avoir traversé le gué et posé pied sur la rive gauche du Jourdain, on fait halte dans une cabane proche. On repasse sur la rive droite du Jourdain un peu en aval, "près de Guilgal" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 386.3, vision du 17/02/1946) où jadis Josué a pénétré en Terre Promise. On entre dans la petite cité, aujourd'hui le site archéologique de Guilgal en Cisjordanie (31°49'41"N 35°32'22"E ; "Je ne sais pas à quoi ressemble Guilgal aujourd'hui. A l'époque où Jésus y entre, c'est une cité palestinienne ordinaire, populeuse, sur une colline peu élevée, couverte surtout de vignes et d'oliviers. Mais le soleil y est si fort que les blés aussi y poussent au hasard, sous les arbres ou entre les rangs de vignes, et ils mûrissent malgré les feuillages parce qu'ils sont rôtis par les rayons solaires déjà sensibles dans le désert voisin. Poussière, brouhaha, saleté, confusion de jour de marché. Et, inévitables comme le destin, les pharisiens et scribes zélés non-convaincus, qui avec de grands gestes discutent doctoralement dans le meilleur coin de la place et qui font semblant de ne pas voir Jésus ou de ne pas le connaître. Jésus va tout droit consommer son repas sur une petite place secondaire, presque à la périphérie, ombragée par un enchevêtrement de branches d'arbres de toutes espèces. J'ai l'impression que c'est, récemment intégrée à la ville, une portion de montagne qui a conservé son état naturel", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 387.1, vision du 18/02/1946). Jésus converse avec un homme pauvre qui lui offre son repas et raconte son parcours, quand des pharisiens surgissent, réclament un miracle significatif, l'accusent de démence, attrapent des pierres pour lui signifier qu'ils le lapideront s'il ne quitte pas la cité au plus vite. Jésus se retire prudemment ("‟Nous voulons croire [c'est l'un des pharisiens qui s'adresse à Jésus], nous ne demandons pas davantage. Mais pour croire, nous avons besoin de preuves. Sais-tu ce que représente Guilgal pour nous, rabbin ?” ‟Tu me prends pour un ignare ?”, dit Jésus, qui enchaîne sur un ton psalmodiant, lent, trainant : ‟Tôt le lendemain matin, Josué et les Israélites quittèrent Chittim et descendirent au bord du Jourdain. Au bout de trois jours, les hérauts parcoururent le camp pour dire : « Quand vous verrez les prêtres lévites emporter l'Arche d'Alliance du Seigneur votre Dieu, quittez cet endroit et suivez-les, vous saurez ainsi quel chemin prendre dans ce lieu où vous n'êtes jamais passés, mais maintenez entre l'Arche et vous une distance de deux mille coudées » [Josué 3.1-4]…” ‟Assez, assez, tu as bien appris le texte ! Ce que nous voulons de toi afin de croire, c'est un miracle équivalent ! […] Descends dans le Jourdain avec les tiens et passe-le à pied sec comme Moïse à la mer Rouge et Josué à Guilgal ! Va ! Les sortilèges de nécromancien sont bons pour les naïfs, ils ne nous impressionnent pas ! Tes secrets d'Egypte, tes formules magiques…” ‟Je n'en ai pas besoin.” ‟Descendons au fleuve et nous croirons en toi !” ‟Il est écrit : « Ne tente pas le Seigneur ton Dieu » [Deutéronome 6.7].” ‟Tu n'es pas Dieu ! Tu es un pauvre fou ! Un manipulateur de foules manipulables ! Avec elles c'est facile, car tu as Belzébuth en toi ! Mais pour nous qui sommes pourvus des insignes d'exorcistes, tu vaux moins que rien !”, tonne agressivement un scribe. ‟Ne l'offense pas, prie-le simplement de nous contenter. De la façon dont tu le traites, il s'avilit et perd sa puissance. Allons, rabbin de Nazareth, donne-nous une preuve et nous t'adorerons”, dit un autre vieux scribe, astucieux comme un serpent, plus hostile dans ses flatteries tortueuses que les autres dans leur franche férocité. Jésus le regarde, puis il se tourne vers le sud-ouest et ouvre les bras tendus en avant, en disant : ‟Là-bas se trouve le désert de Juda. Là-bas l'esprit du Mal m'a tenté contre le Seigneur mon Dieu, et j'ai répondu : « Va-t-en Satan ! Il est écrit que Dieu doit être adoré, non tenté, et pour le suivre on doit dépasser la chir et le sang ! » [allusion à l'épisode dans le désert en hiver W-4/W-3, selon la vision 46.9 précitée]. Je vous dis la même chose.” ‟Tu nous donnes le nom de Satan ? A nous ? Ah, maudit !” Plus semblables à des voyous qu'à des docteurs de la Torah, ils prennent des pierres éparses sur le sol dans le but de les lui jeter, en hurlant : ‟Dégage ! Dégage ! Sois maudit éternellement !”. Jésus les regarde sans peur, paralysant leur geste sacrilège. Il ramasse son manteau en disant : ‟Marche, homme [le pauvre avec lequel il discutait avant l'arrivée des pharisiens], je te suis”. Il revient vers le puits […]. Et, accablé, il baisse la tête, tandis que deux larmes qu'il ne peut retenir roulent de ses cils sur son visage pâle", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 387.6-7, vision du 18/02/1946). On continue à descendre la vallée du Jourdain jusqu'à son embouchure dans la mer Morte, puis on suit la rive occidentale de la mer Morte vers le sud. Jésus envoie Simon le zélote avec Judas vers Lazare à Béthanie, prévenir Lazare qu'il séjournera chez lui durant la Pentecôte W-1, ensuite les deux hommes devront rejoindre les autres apôtres qui les attendront à Keriot/Tel Creot (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 388.4, vision du 19/02/1946). On arrive à Engaddi/Ein Gedi (31°27'43"N 35°23'33"E), longuement décrite par Maria Valtorta ("Le soleil cogne fort dans ce lieu ouvert face à la lourde surface de la mer salée [la mer Morte], en été des souffles brûlants doivent en sortir tandis que le soleil implacable brûle la terre dévastée comme un désert. Pour s'en défendre les habitants d'Engaddi ont aménagé des rues étroites, qui le paraissent davantage à cause des gouttières et des corniches des maisons qui s'avancent largement, de sorte qu'en levant les yeux on ne voit qu'une bande étroite du ciel bleu intense. Les maisons sont hautes, presque toutes à deux étages, surmontées d'une terrasse où des vignes grimpent et s'étalent, procurant de l'ombre et des grappes mûries par le soleil roi et par la réverbération des murets et du sol de la terrasse, aussi douces que le raisin de Damas est sec. Ces vignes contentent autant les hommes que les nombreux oiseaux, du passerau au pigeon, nichés dans Engaddi, dans les hauts palmiers s'élevant partout, dans les opulents arbres à fruits des cours et des jardins serrés dont les branches ploient au-dessus des ruelles, au-dessus des innombrables archivoltes formant des galeries discontinues […]. Des sources et des fontaines jaillissent dans la verdure des cours et des jardins : en passant dans les ruelles désertées par les habitants occupés au travail ou à domicile, on entend l'eau qui coule, clapote, tinte comme les notes d'un harpiste caché, dont les archivoltes et l'entrelacement des ruelles augmentent le charme en les amplifiant et en les réverbérant comme des arpèges. Et des palmiers, des palmiers, des palmiers ! Sur la moindre petite place large comme une pièce d'habitation, leur tronc effilé monte vers le ciel en balançant légèrement, provoquant à leur sommet un frémissement de feuilles semblable au panache en haut d'un fût. Leur ombre, qui porte à pic à midi en couvrant la surface à leur pied, porte actuellement sur les murets des plus hautes terrasses. Pourtant la ville est propre par rapport aux autres villes palestiniennes. La proximité des maisons, des cours et des jardins cultivés a peut-être enseigné aux habitants à se débarrasser de leurs déchets en les jetant non pas dans les rues mais parmi les déjections animales utilisées comme engrais pour les arbres et les plantes. En effet les ruelles asséchées par le soleil ne montrent aucun tas d'épluchures de légumes, aucune sandale cassée, aucun chiffon sale, aucun excrément ni autres choses désagréables qu'on voit à Jérusalem jusque dans les rues proches du centre-ville", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 390.1, vision du 21/02/1946 ; cette description est à comparer à celle de Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 15.4 précité). Le chef de la synagogue locale, un octogénaire appelé "Abraham", est accueillant. Nous avons déjà évoqué ce personnage dans notre alinéa introductif : dans sa jeunesse, tandis qu'il se rendait vers ses vignes, il a croisé la caravane des Mages en provenance de Bethléem, il en a parlé à son épouse Colombe, celle-ci a ébruité la nouvelle, qui est parvenue aux oreilles d'Hérode furieux, qui a ordonné le massacre des enfants de Béthléem en représailles, Colombe est devenue folle de remords, leur fille Elise est morte, leur fils Elisée a développé une lèpre (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 390.8, vision du 21/02/1946 précitée). Jésus guérit la lèpre d'Elisée ("C'est un miracle complet davantage qu'une guérison, une reconstitution de ce que le mal a détruit : l'homme [Elisée] d'environ quarante ans est intact comme s'il n'avait jamais rien souffert", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 391.7, vision du 22/02/1946) et la folie de Colombe (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 390.8, vision du 21/02/1946). En réalité, une fois de plus, si on se limite au texte de Maria Valtorta, il n'y a aucun miracle. En bon barreur de feu, Jésus se contente de soigner Elisée non pas d'une "lèpre" mais d'un zona ou équivalent. En bon médecin psychologue, il prend le temps d'écouter Colombe, qui n'est pas "folle" mais miné par un profond sentiment de culpabilité et dévastée par la maladie de son fils Elisée et par la mort de sa fille Elise, et il trouve les mots justes pour calmer ses remords. Et il ne rend pas la vie à la défunte Elise… On quitte Engaddi/Ein Gedi vers le sud dès la nuit suivante, quand tout le monde est endormi, non pas par la route côtière le long de la mer Morte où on risque d'être arrêté, mais par la difficile route de montagne qui n'est pas contrôlée (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 391.1, vision du 22/02/1946), preuve que la confiance de Jésus envers les habitants d'Engaddi/Ein Gedi n'est pas totale. On atteint Massada/Metsada en Edom/Idumée. La population est très hostile, on doit repartir aussitôt ("‟Va-t-en ! Va-t-en !” Un tumulte de voix discordantes. Chacun accuse ou défend sa caste. On ne comprend rien. Sur l'étroite petite place, des femmes crient et s'évanouissent, des enfants pleurent. Des soldats essayent de se frayer un chemin depuis la forteresse, ce faisant ils blessent des gens bloqués sur la place qui réagissent en lançant des imprécations contre Hérode[-Antipas] et ses soldats, contre le Messie et ceux qui le suivent. Un beau vacarme ! Les apôtres, serrés autour de Jésus qu'ils sont seuls à défendre, profèrent à leur tour des injures contre tous. Jésus les interpelle : ‟Sortons d'ici. Passons par derrière et quittons la ville”. ‟Pour toujours !”, crie [Simon-]Pierre rouge de colère. ‟Oui, pour toujours.” Ils se glissent l'un après l'autre, le dernier est Jésus, malgré l'insistance des siens. Les soldats raillent le ‟prophète éconduit” par toutes sortes de plaisanteries, mais ils ont assez de bon sens pour fermer illico la porte des remparts et s'y adosser, leurs armes tournées vers la place. Jésus avance par l'étroit sentier de deux palmes longeant les murs. Dessous c'est le vide, la mort. Les apôtres le suivent en évitant de regarder l'abîme effrayant. Les voilà à nouveau devant la porte par laquelle ils sont entrés, également fermée. Sans s'arrêter, Jésus commence à descendre. A plusieurs mètres de la ville, il s'arrête et pose la main sur l'épaule de [Simon-]Pierre qui dit en essuyant sa sueur : ‟Nous l'avons échappée belle ! Maudite cité !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 392.5-6, vision du 25/02/1946). On arrive finalement à Keriot/Tel Creot, on est accueilli par Marie la mère de Judas, toujours inquiète sur le comportement de son fils. Jésus confesse avoir complètement échoué à Massada/Metsada et avoir besoin de repos ("[Marie la mère de Judas] lève la tête pour regarder les apôtres arrêtés aux derniers arbres, elle est surpise de ne pas voir son fils [Judas] parmi eux venir à sa rencontre. Son visage pâlit d'angoisse. Elle demande à Jésus presque en criant : ‟Où est mon fils ?”. ‟Ne crains rien, Marie, je l'ai missionné chez Lazare avec Simon le zélote. Si j'avais pu m'arrêter à Massada autant que je le voulais, je l'aurais trouvé ici. Mais je n'ai pas pu m'arrêter. La ville, hostile, m'a chassé. Je viens ici pour trouver du réconfort auprès d'une mère, que je réconforte en retour en lui apprenant que son fils sert bien le seigneur”, répond Jésus en insistant sur les derniers mots. Telle une fleur fanée qui recouvre sa fraîcheur, Marie retrouve ses couleurs, son regard s'illumine. Elle dit : ‟Vraiment, seigneur ? Il est bon ? Il te rend heureux ? Oh, joie de mère ! J'ai tant prié, tant d'aumônes et de pénitences ! Que ferais-je pour que mon fils devienne un saint ! Merci, seigneur ! Merci de l'aimer !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 393.2, vision du 26/02/1946). Peu après, Simon le zélote avec Judas arrivent de Béthanie, comme prévu (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 393.3, vision du 26/02/1946). Simon le zélote dit avoir fait un détour à la forteresse Antonia à Jérusalem, où Judas a rapporté les évolutions du groupe apostoloque à Albula Domitilla, l'amie de Claudia Procula. Il explique que Ponce Pilate est un rustre qui suit les conseils de sa femme. Il transmet à Jésus un pécule offert par Claudia Procula ("Nous nous sommes rendus à l'Antonia à sexte [c'est Simon le zélote qui s'adresse à Jésus], chacun était chez soi à cause de la chaleur étouffante. Albula Domitilla a appelé Claudia [Procula], qui est venue au jardin discuter avec Judas. Pendant ce temps d'autres femmes m'ont interrogé. Je leur ai répondu comme je pouvais. […] Je crois que Claudia [Procula] veut vraiment t'aider. […] Elle aussi m'a questionné. Si j'ai bien compris, elle conseille à Ponce [Pilate] de ne pas prêter attention aux calomnies des pharisiens, saducéens et autres. Ponce [Pilate] se fie à ses centurions jusqu'à un certain point, il les juge compétents pour les batailles mais très mauvais pour les affaires. Il préfère se reposer sur son épouse, qui sait obtenir des informations sures par son intelligence et son astuce. Au fond le proconsul c'est Claudia [Procula]. Je pense que c'est un nul qui doit sa situation à l'influence et aux conseils qu'elle lui apporte. Elle a voulu donner de l'argent pour tes pauvres : le voici", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 393.4, vision du 26/02/1946). Dans la vision 397, le groupe repart au complet vers Yutta/Yatta, où Jésus adresse un nouveau prêche aux habitants bienveillants. Ensuite on passe à Hébron. Nouveau prêche de Jésus, que les apôtres ne savent pas comment interpréter, à l'exception de Judas qui y voit l'annonce d'un putsch imminent ("‟Il [Jésus] va vers le trône”, s'exclame Judas l'Iscariote. ‟Le trône ? Hum ! Il me semble parler de persécutions plutôt que d'honneurs”, observe [Simon-]Pierre. ‟Mais non ! Le temps des persécutions est fini ! Ah, moi je suis heureux !”, crie [Judas] l'Iscariote. ‟Tant mieux pour toi. Moi je voudrais être encore aux jours où nous étions inconnus, il y a deux ans. Ou à Belle-eau. J'ai peur de l'avenir…”, dit Jean [fils de Zébédée]. ‟Parce que tu as un cœur de faon. Mais moi le vois bien, l'avenir : des cortèges, des chanteurs, un peuple prosterné, les honneurs des autres nations ! C'est l'heure ! Les chameaux de Madian [Isaïe III 60.6] et les foules de partout viendront. Ce ne seront pas les trois pauvres Mages, mais une multitude ! Israël grand comme Rome ! Plus que Rome ! Dépassées les gloires des Macchabées, celles de Salomon, toutes les gloires ! Lui, le Roi des rois, et nous ses amis, oh Dieu Très-Haut ! Qui me donnera la force pour cette heure ? Si mon père vivait encore !” Judas est exalté. Son visage resplendit quand il évoque le futur qu'il rêve de connaître", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 398.5, vision du 07/03/1946). On arrive à Beth-Zur/Khirbet et-Tubeiqa, où on retrouve Elise et sa protégée Anastasica. Nouveau prêche de Jésus aux paysans locaux, qui ressemble à un testament avant un suicide. Judas commence à douter ("‟Seigneur, qu'as-tu voulu dire ? Ton discours mélange des cris de triomphe et des cris de douleur”, disent les uns. ‟Oui, tu sembles quelqu'un qui se sait entouré d'ennemis”, disent les autres. ‟Et tu insinues que nous aussi le serons !”, disent ceux-ci. ‟Quel est ton avenir, ô seigneur ?”, disent ceux-là. ‟La gloire !”, dit Judas de Keriot. ‟La mort !”, soupire Elise en pleurant. ‟La Rédemption. L'accomplissement de ma mission. Ne craignez rien, ne pleurez pas, aimez-moi. Je suis heureux d'être le Rédempteur. Viens, Elise. Allons à ta maison.” Il se met en tête pour s'y diriger en fendant la foule troublée par des émotions contraires. ‟Mais pourquoi toujours ce discours, seigneur, demande Judas sur un ton de reproche, ce n'est pas celui d'un roi !” Jésus ne lui répond pas", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 399.5, vision du 07/03/1946). On passe saluer Jeanne dans sa roseraie sur la colline de Bether à l'est d'Hébron. Jeanne est ennuyée : son mari Chouza, resté à Jérusalem auprès de son employeur Hérode-Antipas, lui a dit que celui-ci voit en Jésus un outil contre Hérodiade et Salomé, et un allié potentiel contre Ponce Pilate et les Romains, autant qu'un rival à la tête de la Galilée, en conséquence Chouza a ordonné à Jeanne de cesser toute relation avec Jésus en attendant que la situation se décante. Jésus la rassure en répétant que le pouvoir d'Hérode-Antipas sur la Galilée ne l'intéresse pas, ni celui de Tibère sur l'Empire romain ("‟Chouza t'a adressé des reproches ?” [c'est Jésus qui s'adresse à Jeanne] ‟Oui et non, Seigneur. Il m'a seulement dit, au nom de son pouvoir d'époux, que si les derniers faits sont confirmés je dois te quitter, car étant aux ordres d'Hérode[-Antipas] il ne veut pas laisser penser que son épouse conspire contre Hérode[-Antipas].” ‟En quoi es-tu une conspiratrice ? Qui pense causer du tort à Hérode[-Antipas] ? Son pauvre trône si dégoûtant ne vaut pas ce siège au milieu des rosiers. Je m'assois ici, mais je ne m'assoirais pas sur son siège. Que Chouza se rassure : ni le trône d'Hérode[-Antipas] ni même celui de César n'attirent. Ce ne sont pas mes trônes et ce ne sont pas mes royaumes.” ‟Oh seigneur ! Béni sois-tu ! Quelle paix tu me donnes ! Voilà des jours que j'en souffre !”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 400.4, vision du 12/03/1946). Jeanne raconte ensuite, toujours selon les informations transmises par son mari Chouza, que Judas à déclaré à Albula Domitilla que Jésus veut refonder un royaume d'Israël indépendant, Albula Domitilla a transmis cette déclaration à son amie Claudia Procula qui, légitimement interloquée, exige des éclaircissements rapides de Jésus sur ce point, cela constitue une seconde raison invoquée par Chouza pour interdire à sa femme Jeanne de continuer à fréquenter Jésus, du moins tant que Jésus n'aura pas apporté à Claudia Procula les éclaircissements demandés ("‟Pendant que Simon [le zélote] parlait avec [Pomponia Graecina] Plautina, Lydia et Valeria, Judas s'est adressé à Claudia [Procula] en ton nom, comme s'il était ton ambassadeur. Il a voulu lui arracher des promesses pour une restauration du royaume d'Israël. Claudia [Procula] l'a longuement interrogé. Lui s'est grandement épanché. Il pense certainement être au seuil de son rêve fou, qu'il espère voir se concrétiser très bientôt. Rabbin, Claudia [Procula] en est indignée. Elle est Romaine, elle porte l'Empire dans son sang. Comment elle, une membre des Claudii, pourrait marcher contre Rome ? Elle a été si profondément choquée qu'elle a douté de toi et de la finalité de ton ministère. Elle ne peut pas encore concevoir ni comprendre la sainteté de ton origine… Mais elle y arrivera parce qu'elle a bonne volonté. Et quand elle sera rassurée sur ton compte. Pour l'instant elle te considère comme un rebelle, un usurpateur, avide, faux. [Pomponia Graecina] Plautina et les autres ont essayé de la rassurer. Mais elle veut une réponse immédiate.” ‟Dis-lui de ne pas avoir peur. Je suis le roi des rois, Celui qui les crée et qui les juge, mais je n'aurai pas d'autre trône que celui de l'Agneau, d'abord immolé, ensuite triomphant au Ciel. Dis-le-lui sans tarder.” ‟Oui, rabbin, j'irai personnellement. Avant qu'elle quitte Jérusalem. Claudia [Procula] est tellement indignée qu'elle ne désire pas s'attarder à l'Antonia, « pour ne plus voir les ennemis de Rome » a-t-elle précisé” ‟Qui t'a rapporté cela ?” ‟[Pomponia Graecina] Plautina et Lydia. Elles sont venues. Chouza était présent. D'où l'ultimatum qu'il m'a posé : si tu n'es pas le Messie spirituel, je dois te quitter définitivement”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 400.4, vision du 12/03/1946). Soudain, irruption de Simon-Pierre en colère, qui dit avoir eu un grave différend sur on-ne-sait-quel sujet contre Judas, qu'il vient de quitter volontairement pour ne pas lui envoyer son poing à la figure… et Jésus excuse encore Judas ("‟Judas est devenu un démon quand tu t'es absenté [c'est Simon-Pierre qui s'adresse à Jésus, qui s'est absenté du groupe des apôtres pour parler à l'écart avec Jeanne]. Impossible de parler, de discuter, il s'est emporté contre tout le monde. Il a scandalisé tous les serviteurs d'Elise et les autres…” ‟Il est peut-être devenu jaloux parce que tu as gardé Simon[-Pierre] près de toi”, dit [Nathanaël] Barthélemy pour excuser [Judas] en voyant le visage de Jésus devenir grave. ‟Bien sûr, la jalousie ! Tu arrêtes de l'excuser ? Ou je cogne pour me défouler de ne pas l'avoir cogné ? Parce que oui, rabbin, j'ai réussi à me retenir ! J'ai réussi à me taire par obéissance et amour pour toi ! Mais quel mal pour y arriver ! Quand Judas est sorti en claquant les portes, nous nous sommes consultés. Nous avons jugé préférable de quitter Beth-Zur pour mettre fin au scandale et éviter de le gifler. Je suis parti immédiatement avec [Nathanaël] Barthélemy. J'ai prié les autres de me laisser partir sans attendre son retour, car j'ai senti que je ne pourrais pas me contenir davantage. Voilà. J'ai dit. Maintenant gronde-moi si j'ai mal agi.” ‟Tu as bien fait. Vous avez tous bien fait.” ‟Même Judas ? Ah non, mon seigneur ! Ne dis pas ça ! Il a donné un spectacle indigne !” ‟Lui n'a pas bien agi. Et toi, ne le juge pas”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 401.3, vision du 13/03/1946). Les autres apôtres apparaissent l'un après l'autre derrière Simon-Pierre, jusqu'à Judas à la mine renfrognée. Chouza arrive aussi. Jésus profite de l'occasion pour répéter encore qu'il n'a pas d'ambition politique, il conclut en reprochant à Chouza d'être un lâche, et en accusant indirectement Judas n'avoir dit n'importe quoi à Albula Domitilla au dépens du ministère ("‟Ma reconnaissance envers toi est une dette dont je ne pourrai jamais m'acquitter [c'est Chouza qui s'adresse à Jésus]. Je t'accorde donc ce que j'ai de plus cher : ma Jeanne. Mais tu dois comprendre mon amour et ma prévoyance pour elle : Hérode[-Antipas] indigné aurait légitimement attaqué nos biens et notre influence, auxquels Jeanne est habituée, dont elle a besoin. Elle est délicate, et je veux préserver ses intérêts. Désormais je sais qu'Hérode[-Antipas] ne s'indignera pas contre moi [puisque Jésus a déclaré clairement qu'il ne projette pas de renverser Hérode-Antipas et de devenir roi de Galilée à sa place], il ne m'accusera pas de servir son ennemi, je te servirai donc avec une joie complète, en laissant toute liberté à Jeanne.” ‟Très bien. Commence par te souvenir que troquer les biens éternels contre une dignité temporelle équivaut à troquer le droit d'aînesse contre un plat de lentilles. Et pire encore.” Ce propos est entendu par les femmes disciples et par les apôtres, qui le reçoivent comme à l'ordinaire, seul Judas de Keriot y décèle une allusion particulière, il change de couleur et de physionomie en jetant un regard à la fois effrayé et irrité sur Jeanne. J'en déduis que Jésus n'a pas encore parlé des récents événements à Judas [le discours politique militant de Judas à Jérusalem ayant indigné Claudia Procula et provoqué la méfiance d'Hérode-Antipas, l'attitude extravertie de Judas à Hébron qui rêve à un putsch de Jésus, la violente altercation entre Judas et Simon-Pierre à Beth-Zur], qui commence à comprendre que ses manigances sont découvertes", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 402.2, vision du 16/03/1946). On quitte Bether pour la direction du nord-ouest. Judas marche à l'arrière du groupe. André lui demande de le rejoindre, Judas l'envoie bouler méchamment. Simon-Pierre - frère d'André que Judas vient d'insulter - se précipite pour coller une avoine à Judas, mais il se retient au dernier moment, il quitte le chemin pour casser du bois afin de se calmer, et, comme Judas continue à parler méchamment, il s'inflige de continuer à marcher en portant sur son dos les branches qu'il a cassées, pour se concentrer sur l'effort et ne plus entendre Judas ("Judas marche à distance à l'arrière, dans son sombre dépit qui le rend laid. André et Thomas[/Didyme] se retournent de temps en temps pour le regarder. André lui demande simplement : ‟Pourquoi restes-tu ainsi seul, si loin en arrière ? Tu te sens mal ?”. Cela provoque une brutale repartie : ‟Parle pour toi !”, suivie d'une épithère grossière. André est décontenancé. [Simon-]Pierre, second apôtre derrière Jacques fils d'Alphée qui suit le rabbin [Jésus], dans le grand silence des montagnes du soir, a entendu. Il se retourne brusquement et se précipite vers l'arrière contre Judas. Puis il stoppe. Il réfléchit un moment. Il revient vivement vers Jésus, le saisit par un bras, le secoue en disant, angoissé : ‟Rabbin, tu me garantis que ce que tu as dis l'autre soir est vrai, que les sacrifices et les prières apportent toujours des résultats même quand elles paraissent inutiles ?”. Jésus, doux, triste, pâle, regarde Simon[-Pierre] luttant pour ne pas réagir à l'insulte, en sueur, rouge, tremblant, qui lui comprime le bras au point de lui faire mal, et il lui répond avec un sourire paisible : ‟Je te garantis qu'ils sont toujours récompensés”. [Simon-]Pierre le lâche et se dirige vers le bois sur le flanc de la montagne. Il saccage des arbustes et d'autres végétaux, déchargeant sur les plantes la violence qu'il voue à une autre cible. Plusieurs lui demandent : ‟Que fais-tu ? Tu es fou ?”. [Simon-]Pierre ne répond pas : il casse, casse, casse. Les apôtres le dépassent, dont Judas, et il casse, casse, casse encore. Il amasse à ses pieds un fagot qui permettrait de rôtir un veau. Il s'en charge péniblement, et rejoint ses compagnons sur le sentier difficile, embarrassé par son manteau, par sa besace, et par son fardeau qui le courbe comme sous un joug. Judas le moque en le regardant : ‟Tu ressembles à un esclave !”. [Simon-]Pierre tourne difficilement la tête sous le joug, ouvre la bouche, mais il serre les dents, se tait, et continue d'avancer. ‟Laisse-moi t'aider, mon frère”, dit André. ‟Non !” ‟Pour un agneau, c'est trop de bois”, observe Jacques fils de Zébédée [allusion à l'agneau que les apôtres vont sacrifier prochainement à Jérusalem à la fête de Pentecôte]. [Simon-]Pierre ne répond pas. Il avance ainsi chargé, il souffre mais il supporte", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 403.2, vision du 25/03/1946). Près d'Emmaüs-de-la-plaine/Imwas, on croise des disciples se dirigeant depuis la côte vers Jérusalem pour fêter la Pentecôte W-1, parmi lesquels Etienne et Hermas élèves de Gamaliel, Nicolas d'Antioche, Hermasté d'Ascalon (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 405.5, vision du 28/03/1946). Jésus leur adresse un discours devant la cité, où il annonce encore sa mort prochaine ("Je ne suis pas un chef de peuple qui dit à son peuple : “Souffrez pour moi, alors que moi je jouis”. Non, je souffre le premier pour vous donner l'exemple. Je ne suis pas un chef d'armées qui dit à ses armées : “Combattez pour me défendre, mourez pour me donner la vie”. Non, je combats le premier, je mourrai le premier pour vous apprendre à mourir. Ainsi, comme j'ai toujours fait ce que j'ai dit de faire, prêchant la pauvreté je suis resté pauvre, la continence chaste, la tempérance tempérant, la justice juste, le pardon et j'ai pardonné et je pardonnerai. Comme j'ai fait tout cela, je ferai encore la dernière chose : je vous apprendrai comment on rachète. Je vous enseignerai cela non pas avec des paroles mais avec des faits. Je vous apprendrai à obéir, en me soumettant à la plus dure obéissance : celle de ma mort", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 405.10, vision du 28/03/1946). On gagne la côte méditerranéenne à Joppé/Jaffa. Le groupe s'y installe chez une disciple. Jésus prend enfin Judas à l'écart pour lui expliquer son erreur, que la gloire qu'il promet dans ses sermons ne se rapporte pas à un pouvoir ici-bas… et il lui pardonne en l'embrassant ("[Jésus] prend la tête [de Judas] dans ses mains, et la tenant bien serrée en face de lui à quelques décimètres, il la fixe, l'étudie, la transperce de son regard magnétique. Et Judas, ce malheureux, ne tressaille pas. Il reste en apparence imperturbable sous cet examen. Il devient seulement un peu pâle et pendant un instant il ferme les yeux. Et Jésus dépose un baiser sur ses paupières abaissées, et sur sa bouche, et sur son cœur, baissant la tête pour trouver le cœur du disciple, et il dit : “Voilà, pour chasser les nuées, pour que tu ressentes la douceur de Jésus, pour fortifier ton cœur." Puis il le laisse et se dirige vers la maison. Judas le suit", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 406.6, vision du 20/09/1944). Des païens judaïsés et des juifs hellénisés viennent pour interroger Jésus ("Nous venons des colonies romaines de Grèce et d'Asie. Moitié juifs, moitié gentils [non-juifs]. Nous n'osions pas venir pour cette raison, mais on nous a assuré que tu ne méprises pas les gentils, contrairement aux autres juifs rigoristes d'Israël. Des juifs moins rigides existent ailleurs : je suis Romain et j'ai pour épouse une juive de Lycaonie, lui est un juif d'Ephèse et a pour épouse une Romaine", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 406.8, vision du 20/09/1944). L'un d'eux dit que son épouse appelée "Eunikè/EÙn…kh" ("Bonne/- victoire/n…kh" en grec), probablement la même Eunikè mentionnée en Actes des apôtres 16.1, juive hellénisée de Lystre en Anatolie, épouse d'un Grec et mère d'un fils nommé "Timothée" qui deviendra un compagnon de Saül/Paul, a entendu parler du ministère par des juifs de passage à Ephèse et veut des renseignements complémentaires, intriguée par la similitude entre le contenu de ce ministère et le discours de Socrate sur l'immortalité de l'âme ("‟Mon épouse Eunikè a parlé avec des juifs qui ont entendu tes discours, qu'elle m'a répété. Eunikè est Grecque, elle est cultivée et elle connaît les sages de sa patrie. Elle a trouvé des correspondances entre les propos d'un grand philosophe grec et les tiens qui sont arrivés jusqu'au port d'Ephèse. Les uns venus pour le commerce, les autres pour les rites, nous nous sommes retrouvés entre amis et nous avons parlé. Les affaires n'empêchent pas de penser aussi à des choses plus élevées, quand les magasins sont remplis et les bateaux son chargés nous avons le temps de discuter. Tu dis que l'âme est éternelle. Socrate a dit qu'elle est immortelle. Connais-tu les paroles du maître grec ?” ‟Non. Je n'ai pas étudié dans les écoles de Rome et d'Athènes, mais parle. Je te comprends quand même. Je n'ignore pas la pensée du philosophe grec.” ‟Socrate, contrairement à ce que nous Romains croyons, et contrairement aussi à ce que croient vos saducéens, prétend que l'homme a une âme et qu'elle est immortelle. Etant telle, la mort pour elle n'est qu'une libération, le passage d'une prison à un lieu libre où elle rejoint ceux qu'elle a aimés, et où elle connaît les sages et tous les hommes illustres, héros, poètes, elle n'y trouve plus d'injustices ni de douleur mais une félicité éternelle dans un séjour de paix, ouvert aux âmes immortelles qui ont vécu avec justice. Qu'en dis-tu, rabbin ?” ‟En vérité je dis que ton maître grec, certes dans l'erreur d'une religion qui n'est pas vraie, disait vrai sur l'âme immortelle. En quête du Vrai et pratiquant la Vertu, il sentait au fond de son esprit murmurer la voix du Dieu inconnu, du vrai Dieu unique : le Père Très-Haut, d'où je viens pour amener les hommes à la Vérité. L'homme a une âme, une, vraie, éternelle, maîtresse, susceptible de récompense ou de châtiment. Une âme exclusivement à lui, créée par Dieu, destinée dans la Pensée Créatrice à retourner à Dieu. Vous, gentils, vous vous adonnez trop au culte de la chair, œuvre admirable en vérité, sur laquelle se trouve la marque du Pouce éternel. Vous admirez trop l'intelligence, joyau renfermé dans l'écrin de votre tête et se répendant en rayons sublimes. Grand don du Dieu Créateur qui vous a formés selon sa Pensée et conforme à elle, et œuvre parfaite d'organes et de membres à l'image de sa Pensée et avec son Esprit. Mais la perfection de la ressemblance se trouve dans l'esprit. Car Dieu n'a pas les membres et l'opacité de la chair, comme il n'a pas les sens et le foyer de la luxure. Il est Esprit pur, éternel, parfait, immuable, infatigable en son action, se renouvelant sans cesse dans ses œuvres qu'il adapte paternellement au chemin ascensionnel de sa créature", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 406.9, vision du 20/09/1944). Jésus répond qu'il se distingue de Socrate - qu'il connaît, puisqu'il ne demande pas de précisions à son interlocuteur : doit-on déduire qu'il a étudié Socrate quand il était plus jeune à Sepphoris ? - par la résurrection de la chair après le Jugement Dernier, qui sera précédé par sa propre mort pour effacer tous les péchés du monde ("‟Alors tu admets une seconde vie ?” ‟Il n'y a qu'une seule vie. En elle, l'âme, qui a eu la ressemblance initiale avec Dieu, passe, grâce à la justice fidèlement pratiquée en toutes choses, à une plus parfaite ressemblance, je dirais à une seconde création d'elle-même, par laquelle elle évolue vers une double ressemblance avec le Créateur, en se rendant capable de posséder la sainteté qui est perfection de justice et ressemblance des fils avec le Père. Elle se trouve chez les Bienheureux, c'est-à-dire en ceux dont votre Socrate dit qu'ils habitent l'Hadès. Mais je vous dis que quand la Sagesse aura dit ses paroles et les aura confirmées par le sang, ils seront les Bienheureux du Paradis, du Royaume, c'est-à-dire de Dieu.” ‟Où sont-ils actuellement ?” ‟Dans l'attente.” ‟De quoi ?” ‟Du Sacrifice, du Pardon, de la Libération.” ‟On dit que le Messie sera le Rédempteur, et que c'est toi. C'est vrai ?” ‟C'est vrai. Je le suis, Moi qui vous parle.” ‟Alors, tu devras mourir ? Pourquoi, rabbin ? Le monde a tant besoin de Lumière, et tu veux le quitter ?” ‟C'est toi, Grec, qui me demande cela ? Toi en qui trônent les paroles de Socrate ?” ‟Rabbin, Socrate était un juste. Toi tu es saint. Regarde quel besoin de sainteté a la Terre.” ‟Elle croîtra de dix mille puissances pour chaque douleur, pour chaque blessure, pour chaque goutte de mon Sang.” ‟Par Jupiter, jamais stoïcien ne fut plus grand que toi, qui ne te bornes pas à prêcher le mépris de la vie, mais qui t'apprêtes à t'en débarrasser !” ‟Je ne méprise pas la vie. Je l'aime comme la chose la plus utile pour acheter le salut du monde.” ‟Mais tu es jeune, rabbin, pour mourir !” ‟Ton philosophe dit que celui qui est saint est cher aux dieux [Platon, Euthyphron 14], or tu m'as qualifié saint. Si je suis saint, je dois avoir soif de retourner à la Sainteté d'où je suis venu. On n'est jamais assez jeune, par conséquent, pour n'avoir pas cette soif. Socrate dit aussi que celui qui est saint aime satisfaire les dieux. Quelle chose plus agréable que de rendre à l'embrassement du Père les enfants que la faute a éloignés et de donner à l'homme la paix avec Dieu, source de tout bien ?”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 406.9, vision du 20/09/1944). Dans la vision 407, on revient vers Emmaüs-de-la-plaine/Imwas, on passe par un domaine appartenant à Nicodème, dont les employés sont accueillants et heureux parce que Nicodème les traite bien. Dans la vision 408, on passe par le domaine de Joseph d'Arimathie dont les employés, en pleine moisson de printemps W-1, sont aussi accueillants et heureux. En chemin entre Arimathie/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel et Jérusalem, nouvelle altercation entre Judas et Simon-Pierre, le second oblige le premier à marcher en queue de groupe ("‟Mais oui, mais oui, je sais que vous êtes des savants expérimentés, plein de bon sens, parfaits [c'est Judas qui s'adresse à Philippe, Nathanaë Barthélémy, André, Jacques fils de Zébédée, Matthieu et Simon-Pierre] ! Vous êtes tout, et moi je suis la bête noire du blanc troupeau ! Je suis l'agneau bâtard qui mérite la corne du bélier ! Je suis le pécheur, l'imparfait, la cause de tous les maux en Israël, dans le monde, et même dans les étoiles ! Assez ! Je ne supporte plus d'être le dernier, de voir que des nuls comme ces deux imbéciles [Jacques et Jean fils de Zébédée] qui parlent avec le rabbin [Jésus] soient considérés comme des saints oracles, je suis fatigué de…” […] Mais [Simon-]Pierre a épuisé ses ressources de patience. Serrant les dents et fermant les poings pour se maîtriser, il dit : ‟Ecoute, mon garçon, je te donne un conseil : mets-toi à l'écart pour un temps”. ‟Me mettre à l'écart, sur ton ordre ? Seul le rabbin [Jésus] peut me donner des ordres, c'est à lui seul que j'obéis ! Tu es qui, toi ? Un pauvre…” ‟… pécheur, ignorant, vulgaire, incapable, oui, je me suis dit tout ça avant toi. Et devant Dieu omniprésent qui voit tout, je déclare que je préférerais être le dernier plutôt que le premier, je préférerai te voir à ma place (ou d'autres, mais plutôt toi) afin que tu sois délivré de la jalousie monstrueuse qui te rend injuste, et de me contenter de t'obéir. Oui, mon garçon, crois-moi que ça me coûterait moins de fatigue que de devoir te parler en tant que « premier ». Mais lui, le rabbin [Jésus], m'a désigné comme « premier » parmi vous, je dois lui obéir, et tu dois m'obéir. Et guidé par mon instinct de pécheur, je te conseille non pas de te séparer, contrairement à ce que tu dis en voyant du feu dans mes paroles les plus fraîches, mais seulement de t'écarter pour un temps, pour t'isoler et réfléchir. Tu as marché à l'arrière dans la vallée de Bether ? Fais la même chose aujourd'hui. Le rabbin [Jésus] en tête, toi en queue, et nous (les « nuls ») au milieu. Rien ne vaut la solitude pour se calmer. Crois-moi. Ça vaut mieux pour tout le monde, surtout pour toi”. Il le prend par le bras et le sort du groupe, en disant : ‟Reste ici pendant que nous rejoignons le rabbin [Jésus], puis tu avances lentement, très lentement, ça t'aidera à apaiser ton orage”. Et il le plante là pour rejoindre ses compagnons qui ont avancé de quelques mètres. ‟Ouf. J'ai plus sué en lui parlant qu'en marchant. Quel caractère ! Que pourra-t-on obtenir de lui ?” ‟Rien, Simon[-Pierre]. Mon frère [Jésus, en réalité cousin et non pas frère de Jude Thaddée] s'obstine à le garder, mais il n'en tirera rien de bon”, lui répond Jude Thaddée. ‟Il est un fléau parmi nous”, murmure André, qui ajoute : ‟Jean [fils de Zébédée] et moi le craignons, nous nous taisons toujours pour ne pas provoquer d'autres disputes”. ‟Vous faites bien”, dit [Nathanaël] Barthélémy. ‟Eh bien moi, je n'arrive pas à me taire !”, confesse [Jude] Thaddée. ‟Ça m'est difficile aussi, mais j'y arrive par une technique”, dit [Simon-]Pierre. ‟Laquelle ? Apprends-nous !”, demandent tous. ‟Je travaille comme le bœuf à la charrue. C'est une tâche inutile, mais je m'en sers pour évacuer ma colère sur un autre objet que Judas.” ‟J'ai compris. C'est pour ça que tu as cassé du bois dans la vallée l'autre jour ?”, demande Jacques fils de Zébédée. ‟Oui, c'est pour ça. Mais aujourd'hui je n'ai pas de bois à casser : nous n'avons que des arbres fruitiers autour de nous, et ce serait dommage de les saccager. J'ai dû me casser moi-même pour ne pas redevenir l'ancien Simon[-Pierre] de Capharnaüm. C'est trois fois plus fatiguant, j'ai les os brisés…” [Nathanaël] Barthélemy et [Simon] le zélote ont le même mouvement et les mêmes paroles, ils embrassent [Simon-]Pierre en s'écriant : ‟Et tu t'étonnes qu'il [Jésus] t'a désigné le premier parmi nous ! Tu es vraiment un chef pour nous !” ‟Pour ça ? Ce n'est vraiment pas grand-chose ! Je suis un pauvre homme. Je vous demande juste votre attention par vos conseils avisés, bienveillants, modestes, pour devenir aussi aimant et désintéressé que vous. Par amour pour lui [Jésus] qui a déjà tant de peines”", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 410.1-3, vision du 05/04/1946). Jésus n'est pas intervenu dans le duel, trop occupé à jouir du spectacle des moissons où nature et hommes semblent vivre en harmonie, cela le rend béat, les apôtres l'interrogent sur le motif de sa béatitude, il leur répond : "Mon bonheur est de voir une âme rechercher la Lumière" (Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 411.5, vision du 27/09/1944). Jésus plaisante sur les courbatures temporaires de Simon-Pierre et, une nouvelle fois, scène rare méritant d'être signalée, rit ("‟Si tu restes près de l'Amour, Satan tente mais devient incapable de nuire vraiment.” [c'est Jésus qui s'adresse à Simon-Pierre devant les autres disciples] ‟Toujours ?” ‟Toujours, dans les grandes et les petites choses. Par exemple, une petite chose : il te conseille inutilement d'avoir soin de ta santé, conseil rusé pour chercher à t'enlever à moi. Mais l'Amour te tient étroitement, Simon[-Pierre], et tes courbatures perdent leur importance même à tes yeux.” ‟Oh seigneur, tu sais ?” ‟Oui. Mais ne t'en accable pas. Allons, allons ! L'Amour te donnera tant de courage qu'il est maintenant le premier à sourire de ton humanité qui tremble à cause de ces courbatures…” Jésus rit de la confusion de l'apôtre, il le serre contre lui pour le consoler. Même en riant, il est plein de dignité. Les autres aussi rient", Maria Valtorta, L'Evangile tel qu'il m'a été révélé 411.4, vision du 27/09/1944).


On arrive à Jérusalem pour la Pentecôte W-1, comme prévu. Le retour de Jésus dans l’enceinte du Temple provoque une curiosité générale, la sympathie de la foule et la colère du Sanhédrin, qui envoie sa garde. Le commandant romain de l’Antonia intervient pour calmer tout le monde de façon menaçante ("De l’Antonia accourent des gardes romains avec un officier âgé, sévère, expéditif. ‟Place, vauriens ! Que se passe-t-il ? Encore à vous entre-dévorer à cause d’un de vos agneaux galeux ?” ‟Ils se révoltent contre la milice…”, veut expliquer le magistrat [du Sanhédrin]. ‟Par Mars invaincu ! Eux, une milice ? Ah, ah, ah ! Va faire la guerre aux cafards, guerrier de cantine ! Et vous, qu’avez-vous à dire ?”, ordonne-t-il à la foule. ‟Ils voulaient réduire au silence le rabbin de Galilée [Jésus], le chasser, peut-être le capturer…” ‟Non liquet [littéralement "pas clair" en latin, expression juridique utilisée par les tribunaux romains pour signifier leur incapacité à prononcer un jugement et leur besoin d’informations complémentaires], dans la langue de Rome. Même conclusion que pour le décapité [Jean-Baptiste]. Toi et tes roquets [le commandant romain s’adresse au chef de la garde du Sanhédrin] : à la niche, c’est la place des chiens de garde, que la Louve [animal emblématique de Rome] peut tailler en pièces si besoin. Tu comprends ? Seule Rome a le jus gladii [littéralement "droit du glaive" en latin, c’est-à-dire le droit de vie et de mort, qui a été retiré au Sanhédrin en 6 lors de la déposition d’Hérode-Archélaos, comme nous l’avons vu dans notre alinéa précédent]. Et toi, le Galiléen [le commandant romain s’adresse à Jésus], tu peux continuer à raconter tes fables. Ah, ah, ah !” Il se retourne et s'en va, sa cuirasse brillant au soleil", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 413.3, vision du 09/04/1946). Un dialogue très tendu s’engage entre Jésus et Helchias ben Phiabi, membre du Sanhédrin et trésorier du Temple, probablement apparenté à Ismael ben Phiabi ex-Grand Prêtre en 15-16 qui a accueilli Jésus dans sa propriété de Megiddo en hiver W-2/W-1 (Helchias et Ismael sont peut-être frères, fils du "Phiabi" que nous avons supposé être fils de Jésus ben Phiabi ex-Grand Prêtre déposé par Hérode vers -22). Jésus réaffirme être Dieu et posséder le Logos universel ("‟Quelqu’un qui a la vie, peut donner la vie [c’est Jésus qui s’adresse à Helchias ben Phiabi]. Quelqu'un qui a de l’argent, peut donner de l'argent. Moi, j’ai comme éternelle nature le Logos, qui traduit la divine Pensée, et je donne ce Logos parce que l’Amour me pousse répandre la Pensée du Très-Haut qui est mon Père.” ‟Attention à ce que tu dis ! C'est un langage audacieux ! Il pourrait te nuire !” ‟Mentir me serait plus nuisible, car ce serait me dénaturer et renier Celui de qui je procède.” ‟Tu es donc Dieu, le Logos de Dieu ?” ‟Je le suis.” ‟Et c’est ainsi que tu le dis ! En présence de tant de témoins qui pourraient dénoncer la chose !” ‟La Vérité ne ment pas. La Vérité ne calcule pas. La Vérité est héroïque.” ‟Et cela c’est la Vérité ?” ‟La Vérité c’est Celui qui vous parle, parce que le Logos de Dieu traduit la Pensée de Dieu, et que Dieu est Vérité.” Les gens écoutent dans un grand silence, attentifs à la discussion qui se déroule sans âpreté. Ils ont afflué de divers endroits et la cour est bondée. Des centaines de visages sont tournés vers un seul point, et par les ouvertures qui conduisent des autres cours à celle-ci, des visages se distinguent en masse, le cou tendu pour voir et entendre", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 413.6, vision du 09/04/1946 ; on note que le Logos est un concept grec, non juif : Jésus a-t-il appris ce concept, comme la technique grecque de la parabole, dans sa jeunesse à Sepphoris ?), et il conclut sur l’image nazaréenne traditionnelle opposant les Ténèbres et la Lumière ("Je suis la Lumière envoyée pour illuminer les Ténèbres. Et je dois resplendir librement. Le Très-Haut n’a pas envoyé la Lumière pour mettre un couvercle par-dessus, de même que les hommes n’enferment pas une chandelle qu’ils allument : s’ils ne veulent pas qu’elle les éclaire ils ne l’allument pas, s’ils l’allument c’est pour qu’elle les éclaire en même temps que celui qui entre. Dans la maison terrestre de mon Père devenue obscure, j’apporte la Lumière pour que ceux qui s’y trouvent voient clair. Bénissez son rayon très pur, elle vous révèle les reptiles, les scorpions, les pièges, les araignées, les fissures des murailles. C’est par amour pour vous qu’elle agit, pour vous aider à vous connaître, pour vous laver, pour chasser les animaux nuisibles que sont les passions et les péchés, pour vous reconstruire avant qu’il soit trop tard, pour que vous voyez le piège de Satan avant de bouger vos pieds et vous y précipiter. Mais la lumière n’est pas tout : il vous faut aussi un œil net pour voir, la lumière ne passe pas par un œil que la maladie a couvert d’impuretés. Nettoyez donc vos yeux, nettoyez votre esprit pour que la Lumière puisse descendre en vous. Pourquoi périr dans les Ténèbres, quand le Très Bon vous envoie la Lumière et le Remède pour vous guérir ? Il n’est pas encore trop tard. Dans l’heure qui vous reste, venez à la Lumière, à la Vérité, à la Vie. Venez à votre Sauveur qui vous tend les bras, qui vous ouvre son cœur, qui vous supplie de l’accueillir pour votre bien éternel", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 413.7, vision du 09/04/1946). Voyant la foule acquise à Jésus, Helchias ben Phiabi propose de continuer la discussion en privé, Jésus accepte l’invitation (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 413.8, vision du 09/04/1946). On pénètre dans la maison d’Helchias ben Phiabi, dont l’austérité et le vide décoratif est à l’image de la rigidité dogmatique de son propriétaire ("Jésus entre dans la maison de son hôte, peu éloignée du Temple, dans la direction de Tophet [site non localisé dans la vallée de Hinnom/Géhenne]. C’est la bâtisse pleine de dignité, un peu austère, d’un pratiquant strict voire excessifaustère. Je crois que même les clous respectent, par leur nombre et leur position, quelques-uns des six cent treize préceptes. Pas un dessin dans les étoffes, pas un ornement sur les murs, pas un bibelot, rien des petites choses qui embellissent ordinairement les maisons, jusque dans celles de Joseph [d’Arimathie] et de Nicodème et des pharisiens de Capharnaüm. Cette maison transpire de toutes parts l’esprit de son maître. Glaciale tant elle est dépouillée de tout ornement. Austère dans les meubles sombres et lourds, équarris comme autant de sarcophages. Repoussante. Un logis qui n’accueille pas mais enserre hostilement celui qui y pénètre. Helchias [ben Phiabi] le remarque et s’en vante. “Tu vois, ô rabbin, comme je suis respectueux ? Tout le dit. Vois : des rideaux sans dessins, des meubles sans ornements, aucun vase sculpté, aucun lampadaire imitant les fleurs. Tout est réglé suivant le précepte : « Tu ne te feras pas de sculptures, ni de représentations de ce qui est là-haut au ciel, ni en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre » [Exode 20.4]. Ainsi en est-il dans ma maison comme dans mes vêtements", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 414.1, vision du 10/04/1946). S’ensuit un long ping-pong entre Jésus et Helchias ben Phiabi entouré de plusieurs collègues, qui n’aboutit à rien sauf à la colère de Jésus ("Qui vous croyez-vous ? Des gens en règle parce que vous payez les dîmes sur les épices ? Malheur à vous, ô pharisiens [Helchias ben Phiabi n’est pas pharisien mais saducéen, sa famille sera même condamnée pour sa dureté et assimilée à la famille illégitime des Boethos par les pharisiens dans le Talmud de Babylone, Moëd, Pessahim 57a précité, mais ici Jésus l’amalgame malignement aux pharisiens, le mot "pharisien" dans le contexte est utilisé par Jésus comme une insulte] qui payez les dîmes de la menthe et de la rue, de la moutarde et du cumin, du fenouil et des autres herbes, en négligeant la justice et l’amour de Dieu ! Payer les dîmes est un devoir, mais d’autres devoirs plus élevés existent qu’il faut accomplir. Malheur à celui qui observe les choses extérieures et néglige celles intérieures fondées sur l’amour de Dieu et du prochain ! Malheur à vous, pharisiens, qui aimez les premières places dans les synagogues et dans les assemblées, qui aimez être honorés sur les places publiques, et qui ne pensez pas aux œuvres donnant une place au Ciel et méritant le respect des anges !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 414.7, vision du 10/04/1946 ; ces accusations seront rapportées par Marc 12.38-40, Matthieu 23.1-36 et Luc 11.37-54) et à sa malédiction ("Malheur à vous, docteurs de la Torah qui avez accaparé la clef du Savoir et fermé son temple pour éviter d’y entrer et d’être jugés par lui, et qui ne permettez pas aux autres d’y entrer ! Vous êtes bien conscients que si le peuple avait accès au vrai et saint Savoir il pourrait vous juger, alors vous le maintenez dans l’ignorance pour qu’il ne vous juge pas. Et vous me haïssez parce que je suis la voix de la Sagesse, vous voudriez m’enfermer avant le temps dans une prison ou dans un tombeau afin que je ne parle plus. Mais je parlerai tant que mon Père le voudra, ensuite mes actes parleront plus encore que ma voix, et mes mérites plus encore que mes actes, et le monde sera instruit, il saura et il vous jugera. Le premier jugement sur vous. Puis le deuxième second, le jugement particulier pour chacun à sa mort. Enfin le dernier, l’Universel. Et vous vous souviendrez de ce jour, vous connaîtrez personnellement le Dieu terrible que vous vous êtes efforcés d’agiter comme une vision de cauchemar devant les esprits des simples pendant que dans votre tombeau vous vous moquiez de lui et du premier et principal commandement, celui de l’amour, le dernier donné sur le Sinaï, que vous n’avez pas respecté et auquel vous n’avez pas obéi. C’est inutile, ô Helchias [ben Phiabi], de n’avoir aucune image dans ta maison. C’est inutile, ô vous tous, de n’avoir aucune sculpture dans vos maisons. Parce que vous avez l’idole au cœur, plusieurs idoles même : celle de vous croire des dieux, celles de vos concupiscences", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 414.10, vision du 10/04/1946). C’est la pointe ultime qui pousse Helchias ben Phiabi et ses amis à passer à l’acte. Dès que Jésus sort de la maison, ils décident d’organiser son élimination physique après l’avoir piégé, en recourant à Judas qui servira d’idiot utile ("Helchias [ben Phiabi] dit : ‟Nous pourrions utiliser Judas fils de Simon.” […] ‟Je le pense aussi, dit Simon-Boethos que Jésus a interpellé, je vais m’y appliquer avec Eléazar ben Hanne.” ‟Un peu de promesses…” ‟Un peu de peur…” ‟Beaucoup d’argent…” ‟Non, pas beaucoup d’argent, plutôt beaucoup de promesses d’argent…” ‟Et ?” ‟Quoi : « Et » ?” ‟Eh ! Et quand tout sera terminé, que lui donnerons-nous ?” ‟Rien. La mort. Ainsi il ne parlera plus”, conclut lentement et cruellement Helchias [ben Phiabi]. ‟La mort ? Quand même…” ‟Ça t’effraie ? Allez ! Si vous éliminez le nazaréen qui passe pour un juste, vous pourrez éliminer aussi [Judas] l’Iscariote qui est un pécheur.” Des hésitations apparaissent. Mais Helchias [ben Phiabi] se lève et dit : ‟Nous demanderons conseil à Hanne [ben Seth]. Vous verrez qu’il trouvera l’idée bonne. Et vous y viendrez, vous aussi”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 414.11, vision du 10/04/1946). Jésus se réfugie chez Lazare à Béthanie, comme il l’avait promis via Simon le zélote et Judas, bien conscient d’être en sursis car, à cause du dernier esclande chez Helchias ben Phiabi, une traque à mort est désormais enclenchée contre lui ("‟Pourquoi es-tu allé chez ce serpent [Helchias ben Phiabi] ?” demande Marie[-Madeleine]. ‟Ne pas y aller aurait justifié sa haine, il méaurait accusé de mépriser les membres du Sanhédrin. Mais désormais, peu importe où j’irai, leur haine a dépassé la mesure, je n’aurai plus de trêve. […] Ils me persécuteront en me poussant à marcher pour étudier chacun de mes pas, en me poussant à parler pour étudier chacune de mes paroles, ils me surveilleront comme des chasseurs guettent leur proie, dans l’espoir de trouver quelque chose qui puisse apparaître comme une faute. Ils se serviront de n’importe quel prétexte”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 415.2, vision du 11/04/1946). Lazare lui propose de s’exiler à Antioche, rejoindre Félix/Jean d’En-Dor et Syntyché, mais Jésus refuse (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 415.5, vision du 11/04/1946).


Jésus et ses apôtres repassent à Jéricho (on apprend incidemment dans la vision 418.2 qu’ils logent encore chez Bérénice/Véronique), où ils revoient le publicain Zachée (le même que dans la vision 112) qui déclare vouloir suivre Jésus après l’avoir entendu et pris conscience de la malhonêteté de ses fraudes fiscales (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 417.6, vision du 17/07/1944). On retraverse le gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud près d’Al-Maghtas (dans la vision 418), on remonte par la rive orientale jusqu’au Gué-d’Adam/Tell Damiyah (dans la vision 419). Et inopinément, tandis qu’on continue à marcher à mont sur la rive gauche du Jourdain vers le lac de Galilée, Jésus dit qu’il veut tourner à droite, retraverser le Jourdain, direction Césarée. Judas est très réticent, il craint que Jésus veuille parler à Claudia Procula, qui révélera toutes les sottises politiques qu’il a dites à Albula Domitilla à Jérusalem. Ses craintes sont vite décryptées par les autres apôtres, puis par Jésus ("‟On dirait que tu as peur qu’on te reconnaisse pour ce que tu es, à Césarée”, disent ensemble et respectivement Jacques fils de Zébédée, Simon le zélote, Thomas[/Didyme] et Jude [Thaddée] fils d’Alphée. [Judas] l’Iscariote répond à ce dernier : ‟Je n’ai pas peur et vous n’avez rien à savoir. Je suis simplement fatigué de voir qu’on va d’erreur en erreur et qu’on se ruine : des heurts avec les sanhédristes, des disputes avec les pharisiens, maintenant on pactise avec les Romains !”. ‟Comment ? Il n’y a pas deux lunes tu étais fou de joie, plein d’assurance, tu étais tout chose parce que tu avais pour amie Claudia [Procula] !”, observe ironiquement [Nathanaël] Barthélemy qui, bien qu’étant le plus intransigeant, est le seul qui accepte les contacts avec Romains quand le rabbin [Jésus] le lui ordonne. Judas reste un moment silencieux, car la logique de la question ironique est évidente et, à moins de paraître illogique, il ne peut démentir ses propos précédents, mais ensuite il se reprend : ‟Je ne parle pas de ces Romaines, je parle de Rome en général, qui est ennemie : elles ne sont que quatre ou six dames, six maximum, à nous avoir promis leur aide et elles tiendront leur promesse. Mais cela augmentera la rancœur [c’est-à-dire : "Fréquenter trop souvent les Romains augmentera la rancœur des saducéens et des pharisiens contre Jésus"], et lui ne comprend pas…” ‟La rancœur [des saducéens et des pharisiens, avec lesquels Judas entretient des relations étroites] est complète, Judas. Tu le sais comme moi, et encore mieux que moi”, dit calmement Jésus en appuyant sur ‟mieux”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 422.3-4, vision du 24/04/1946). Se sentant acculé, Judas change complètement d’attitude : il clame être un démon et supplie Jésus de le sauver (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 422.5, vision du 24/04/1946), sans succès. On quitte donc la vallée du Jourdain pour marcher plein ouest vers Megiddo puis Césarée. Judas étant de plus en plus aigri, Jésus, pour l’éloigner du groupe, finit par lui ordonner d’aller à Nazareth prévenir sa mère Marie la Vierge de son prochain retour, Judas part illico, soulagé de ne pas devoir retrouver Albula Domitilla et Claudia Procula à Césarée et se justifier devant elles de façon humiliante (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 423.3, vision du 25/04/1946). Dans la vision 424, on arrive à Césarée, où on revoit Nicolas d’Antioche. On croise le cortège d’un aristocrate romain nommé "Ennius", formé d’une dizaine d’esclaves portant des marchandises diverses en provenance de Kition sur l’île de Chypre. Cet Ennius est interpelé par deux amis romains, auxquels il dit préparer une orgie car "on s’ennuie depuis le départ de [Decimus] Valerius [Asiaticus]", à l’occasion de cette orgie il compte dépuceler une esclave vierge d’origine gauloise achetée récemment, âgée d’"environ treize ans" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 427.8, vision du 02/05/1946), qu’il appelle "Galla Cupria" en latin, littéralement "la Gauloise de Chypre" ou "la Cypris [surnom de Vénus, déesse de l’Amour née à Chypre] de Gaule" ("‟J’ai trois motivations [c’est Ennius qui s’adresse à ses deux amis romains]. Mon cher neveu revêt la toge virile ces jours-ci, je dois célébrer l’événement. Un oracle m’a dit de contrer l’affliction dans laquelle sombre Césarée par un rite à Vénus. La troisième, je vous la confie en secret : je suis de noces…” ‟Toi ? Farceur !” ‟On noce chaque fois qu’on goûte la première gorgée d’une amphore fermée. C'est ce que je ferai ce soir. Ça m’aura coûté vingt mille sesterces, l’équivalent de deux cents pièces d’or, que j’ai dû débourser via des courtiers et autres. Mais je n’aurais pas pu trouver un bouton clos plus beau et plus pûr, même si Vénus l’avait enfanté dans un matin d’avril. Désormais j’en suis le maître.” ‟Profanateur !” dit en plaisantant Marcus Heracleus. ‟Ne joue pas au censeur, tu ne vaux pas mieux que moi. Depuis le départ de [Decimus] Valerius [Asiaticus], on s’ennuie ici. Je le remplace. Et j’ai retenu la leçon : je ne serai pas sot comme lui à attendre que ma « Galla Ciprina », comme je l’appelle, blonde comme le miel, soit corrompue par les tristesses et les philosophies des émasculés qui ne savent pas jouir de la vie.” ‟Bravo !... Cela dit, l’esclave de [Decimus] Valerius [Asiaticus] était bien instruite, et…” ‟… et elle avait une belle âme, et elle avait une belle vertu, oui, mais ses lectures philosophiques l’ont rendue folle [allusion à Syntyché]. Vivre, c’est jouir. Et ici on veut vivre. Hier, j’ai jeté au feu tous les rouleaux funestes, et j’ai ordonné sous peine de mort aux esclaves de ne plus évoquer les misères des philosophes et des Galiléens. La fillette ne connaîtra que moi.” ‟Où l’as-tu trouvée ?” ‟Eh ! Chez un homme avisé qui a acquis des esclaves après la guerre en Gaule et s’en est servi comme reproducteurs, en les traitant bien, en les obligeant seulement à procréer afin de donner des nouvelles belles fleurs. Galla est l’une d’elles. Elle est pubère, son maître l’a vendue, je l’ai achetée. Ha, ha, ha !” ‟Dépravé !” ‟Si ce n’était pas moi c’était un autre, donc… Elle était destinée à ne pas naître dame”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 425.4, vision du 30/04/1946). On apprend a posteriori, lors d’une conversation entre cette jeune fille et Nathanaël Barthélémy, qu’elle s’appelle en réalité "Aurea Galla" en latin, soit "l’Or de Gaule" ou "la Gauloise en Or", ainsi baptisée par son père par allusion à sa patrie gauloise et au métal le plus précieux, elle a été séparée de sa famille par son maître esclavagiste (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 427.4, vision du 02/05/1946) qui l’a surnommée "Aurea Quintillia" par allusion à ses cheveux blonds et à son numéro d’entrée dans le cheptel d’esclaves ("Dans l’île [de Chypre], le maître m’appelait ‟Aurea Quintillia” car il nous répartissait par couleurs et par numéros : moi, j’étais blonde, et j’étais la cinquième [esclave] ["quinque" en latin]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 427.5, vision du 02/05/1946). Ennius et ses deux pairs évoquent le changement d’attitude de Claudia Procula et de ses amies romaines depuis qu’elles s’intéressent au ministère de Jésus, moins frivoles et moins enclines à la luxure, en quête de valeurs spirituelles ("Le jeune Florus s’arrête et devient sombre en disant : ‟Depuis quelque temps une brume tombe sur la joyeuse Cour de Pilate. Les plus belles femmes redeviennent des chastes vestales et leurs maris favorisent leur caprice. Ça cause beaucoup de tort aux fêtes habituelles.” ‟Oui, c’est l’influence du Galiléen vulgaire [Jésus]. Ça passera vite.” ‟Tu te trompes, ô Ennius. Je sais que Claudia [Procula] est l’une de ses conquêtes, résultat une pudibonderie s’est installée au palais, on a l’impression d’un retour à l’austère Rome républicaine.” ‟Ouh, ça sent le moisi ! Depuis quand ?” ‟Depuis le doux avril [de la Pâque W-2, à l’occasion de laquelle Claudia Procula s’est rendue à Jérusalem, selon la vision 192 précitée] favorable aux amours. Tu n’es pas au conrant, tu étais absent. Nos dames sont devenues funèbres comme les pleureuses des urnes funéraires, et nous, pauvres hommes, devons chercher des consolations ailleurs, que nos pubibondes ne nous permettent plus en leur présence.” ‟Raison de plus pour que je vous sauve. Ce soir, grand souper et grande orgie dans ma maison. Je reviens de Kition, où j’ai trouvé des délices que ces malades jugent immondes : des paons, des perdrix, des râles, des marcassins enlevés vivants à leur mère qu'on avait tuée et élevés pour être mangés. Et les vins ! Ah, les doux et précieux vins des collines romaines, de mes chaudes côtes de Liternum [aujourd’hui Lago Patria, au nord-ouest de Naples en Italie, 40°55'15"N 14°01'49"E] et des rives ensoleillées de ton Aciris [aujourd’hui le fleuve Agri, qui se jette dans la mer Méditerranée près d’Héraclée de Lucanie, 40°13'18"N 16°43'07"E], et ceux de Chio, et ceux de l’île [de Chypre] dont Kition est la perle, et ceux enivrants d’Ibérie pour enflammer les sens dans la jouissance finale ! Ah, ce sera une grande fête ! Pour chasser l’ennui de cet exil, et pour nous convaincre que nous sommes encore virils.” ‟On trouvera des femmes ?” ‟Je veux ! Des plus belles que les roses, de toutes les couleurs et de toutes les saveurs ! Acheter toutes ces marchandises, dont les femmes, m’a coûté une fortune, mais je suis généreux avec mes amis. Je termine mes derniers achats ici, ceux qui auraient pu se gâter pendant le voyage. A nous le banquet, et à nous l’amour !” ‟Tu as fait bon voyage ?” ‟Excellent. Vénus Marine [la même déesse chypriote vénérée par Nicomède lors du trajet vers Séleucie-de-Piérie, dans la vision 321.2 précitée] m’a favorisé. C’est à elle que je dédierai le rite de cette nuit.” Les trois hommes rient grassement, goûtant d’avance leurs joies indignes", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 425.3, vision du 30/04/1946). Soudain l’un des deux hommes signale la présence de Jésus (qu’il connaît) juste derrière lui. Ennius rompt la discussion et se hâte de conduire esclaves et marchandises vers sa demeure ("‟Oh, le voilà !” ‟Qui ?” ‟Le nazaréen [Jésus] qui a ensorcelé nos femmes ! Il est derrière toi !” Ennius se retourne comme s’il avait un aspic dans son dos. Il voit Jésus avançant lentement au milieu de la foule qui le presse, composée de gens du peuple et d’esclaves des Romains, et il ironise : ‟C’est ce gueux qui a ensorcelé les femmes ? Fuyons avant qu’il nous ensorcelle à notre tour !”. Puis il crie sans pitié à ses esclaves demeurés comme des cariatides sous leur fardeau : ‟Et vous, ouste à la maison ! Assez perdu de temps, on vous attend pour les épices et les parfums ! N’oubliez pas que le fouet est prêt si tout n’est pas réglé ce soir !”. Les esclaves s’éloignent au pas de course, suivis plus lentement par le Romain [Ennius] et ses deux amis. Jésus s’avance, attristé par les propos d’Ennius qu’il a entendus. De sa haute taille, il regarde avec une infinie compassion les esclaves qui courent sous leurs fardeaux", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 425.5-6, vision du 30/04/1946). La suite du récit constitue encore un grand mystère de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, tant la topologie qu’elle implique raccorde avec l’archéologie. Jésus crèche dans la maison pauvre d’un cordier au bord d’une darse ("Jésus loge chez l’humble famille du cordier. Une maisonnette basse enveloppée d’une odeur saumâtre, proche des eaux de la mer. A l’arrière de la maison, des magasins dégageant une odeur peu agréable, où on décharge les marchandises avant qu’elles soient enlevées par les différents acquéreurs. Sur le devant, une rue poussiéreuse sillonnée par des lourds véhicules, bruyante à cause des déchargeurs, des gamins, des charretiers, des marins qui vont et viennent. Au-delà de la rue, une petite darse dont l’eau dormante est rendue huileuse par les détritus qu’on y jette. Cette darse donne sur un petit port, qui lui-même donne sur un vrai vaste port capable de recevoir les gros navires. Côté ouest, une esplanade sableuse où on fabrique des cordages au milieu d’un grincement de treuils de torsion manœuvrés à la main. Côté est, une autre place beaucoup plus petite et encore plus bruyante et désordonnée où des hommes et des femmes réparent des filets et des voiles. Puis des cabanes basses aux relents saumâtres, remplies de garçonnets demi-nus. On ne peut pas dire que Jésus ait choisi un logement riche. Des mouches, de la poussière, du bruit, une odeur de mare stagnante, de chanvre en train de rouir, sont les maîtres de cet endroit. Le Roi des rois, étendu avec ses apôtres sur des tas de chanvre brut, dort dans ce pauvre local moitié débarras moitié magasin à l’arrière de la maisonnette, on y entre par une porte noire comme du goudron via la cuisine, noire également dont la porte blanc-gris de pierre ponce est vermoulue et rongée par la poussière et le sel, on en sort sur la place où sont fabriqués les cordages, d’où vient l’odeur fétide du chanvre en train de rouir. Le soleil tape dur sur la place, malgré quatre énormes platanes, deux à chaque bout de la place rectangulaire, sous lesquels se trouvent les treuils servant à tordre le chanvre. Je ne sais si j’utilise les termes corrects pour décrire l’outillage. Les hommes, couverts d’une tunique réduite à l’essentiel pour préserver la décence, trempés de sueur comme sous une douche, ne cessent de tourner leurs treuils auxquels ils impriment un mouvement continu, tels des galériens. Ils ne parlent que pour prononcer les paroles indispensables à leur travail. A part le grincement des roues des treuils et de celui du chanvre étiré par la torsion, aucun autre bruit sur la place. Etrange contraste avec le bruit des autres lieux qui entourent la maison du cordier", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.1-2, vision du 01/05/1946). Quatre Romaines s’avancent : Pomponia Graecina Plautina, Lydia, Valeria et Albula Domitilla, habillées comme des miséreuses pour passer inaperçues. Le cordier refuse de les laisser entrer car il croit qu’elles sont lépreuses et ne veut pas qu’elles approchent ses enfants. Même Jésus ne réussit pas à le rassurer. Alors Jésus accueille les femmes dans un débarras contigu à la maison, désordonné et puant, plein de cordes et d’outils (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.3-4, vision du 01/05/1946). Maria Valtorta précise que l’échange entre le cordier et les femmes est non pas en latin mais "en grec très pur" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.2, vision du 01/05/1946), on devine qu’il se prolonge en grec avec Jésus. Les femmes expliquent s’être déplacées pour dire à Jésus que Claudia Procula lui garde sa confiance à condition qu’il confirme ne pas désirer recréer un royaume d’Israël indépendant, comme l’a prétendu Judas à Jérusalem. Jésus le leur confirme. Elles lui conseillent de se débarrasser de Judas qui raconte n’importe quoi et lui nuit, Jésus répond qu’il veut le maintenir près de lui justement parce qu’il est dans l’erreur et parce qu’il veut le sauver ("‟Je conclus [par votre présence] que vous me considérez toujours comme un juste ?” [c’est Jésus qui s’adresse aux quatre femmes] ‟Davantage qu’un juste. Et Claudia [Procula] également. Elle ne croit pas les paroles [de Judas] qu’elle a entendues, c’est pour cela qu’elle nous envoie. Elle veut néanmoins que tu la rassures, afin de doubler la vénération qu’elle te porte…” ‟… ou me l’enlever si je me présente tel qu’elles m’ont décrit… Bref. Rassurez-la : je n’ai aucun projet humain. Mon ministère et mon désir sont totalement et exclusivement au-delà. Oui je veux réunir dans un royaume unique tous les hommes, mais pas des hommes de chair et de sang, matières instables, je laisse cela aux monarchies éphémères et aux empires incertains. Je veux réunir les esprits des hommes, leur part d’immortalité, dans un royaume immortel. Je réfute toute autre lecture de mon action, donnée par qui que ce soit. Dites à celle qui vous envoie [Claudia Procula] que la Vérité n’a qu’une parole.” ‟Ton apôtre [Judas] parlait avec assurance…” ‟C'est un enfant exalté. Prenez-le pour ce qu’il est.” ‟Mais il te cause du tort ! Tance-le ! Chasse-le !” ‟Où serait ma miséricorde ? Son amour est erroné, ne dois-je pas en avoir pitié ? Et si je le chassais, quelles seraient les conséquences ? Il ferait deux fois plus de mal, à lui et à moi.” ‟Il est donc ton boulet.” ‟Il est un malheureux à racheter”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.4, vision du 01/05/1946). Les femmes lui demandent comment elles peuvent l’aider, Jésus leur parle de la jeune Galla qui doit être déflorée lors de l’orgie chez Ennius ("‟Comment pouvons-nous te servir ?” [c’est Lydia qui s’adresse à Jésus] ‟Je n’ai besoin que de foi et d’amour. Mais une créature est en grand danger de perdre son âme ce soir. Claudia [Procula] pourrait la sauver.” ‟Ici ? Quelle âme ?” ‟Un de vos patriciens donne une fête et…” ‟Ah oui ! Ennius Cassius. Mon mari est invité”, dit Lydia. ‟Le mien aussi.” ‟Nous sommes conviées, naturellement. Mais Claudia [Procula] s’abstient, donc nous nous abstiendrons également. Et même si nous avions choisi ne nous y rendre, nous serions parties juste après le banquet. Car ça finit toujours en orgie. Nous ne supportons plus. Nous y laissons nos maris avec le mépris d’épouses négligées”, ajoute Lydia", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.7, vision du 01/05/1946), il leur commande de kidnapper la jeune Galla et de la lui confier, les femmes sont embarrassées, elles arguent ne rien pouvoir faire puisque la jeune esclave Galla a été achetée légalement selon le droit romain, Jésus leur oppose la loi de Dieu supérieure au droit romain, il réclame l’intervention personnelle de Claudia Procula, retournant ainsi habilement sur elle la confiance conditionnelle qu’elle a placée sur lui ("[Pomponia Graecina] Plautina demande : ‟Que doit faire Claudia [Procula] ?” ‟Sauver cette créature. Une enfant achetée pour la jouissance d’un Romain, une vierge qui demain ne le sera plus.” ‟Il l’a achetée : elle lui appartient.” ‟Elle n’est pas un meuble ! A l’intérieur de la matière, un esprit existe.” ‟Nos lois, rabbin…” ‟La loi de Dieu, femmes !” ‟Claudia [Procula] n’ira pas à la fête…” ‟Je ne lui demande pas d’y aller. Dites-lui : « Afin d’être rassuré sur ta position, le rabbin te demande d’aider cette âme enfantine »” ‟Nous transmettrons. Mais elle ne pourra rien faire. Esclave acheté, objet disponible.” ‟Les chrétiens [l’utilisation du mot grec "chrétien" puisque, nous l’avons remarqué, le dialogue est en grec] enseigneront qu’un esclave a une âme comme César, souvent meilleure, qui appartient à Dieu, et que quiconque la corrompt est maudit”, dit Jésus avec sévérité. Les femmes, touchées par son autorité, s’inclinent sans objection. Elles remettent leurs manteaux et leurs voiles, et disent : ‟Nous lui rapporterons. Ave, rabbin.” ‟Adieu.” Puis elles sortent sur la place toujours chaude", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.4, vision du 01/05/1946). La conclusion étonne par son ambiguïté en regard de Jésus et en regard des Romains, en même temps qu’elle raccorde parfaitement avec l’Histoire. La renonciation au pouvoir sur Israël et sur l’Empire romain par Jésus a mué en une prétention au pouvoir universel, au-delà de l’Empire romain, sur toute la terre et sur tous les peuples, or ce pouvoir universel vise l’ici-bas autant que l’au-delà, il préfigure la préséance des patriarches sur les Empereurs dans le monde orthodoxe, et la préséance des papes sur les rois dans le monde catholique. Dans cette logique se trouve la cause des réticences romaines à adhérer pleinement au christianisme jusqu’à Constantin (et encore ! Constantin reculera longtemps le moment de sa conversion, qui ne sera jamais totale comme nous le verrons dans un paragraphe ultérieur) : reconnaître un Christ qui règne au ciel, oui, mais reconnaître un Christ qui règne sur la terre, notamment sur l’Empire romain, non ("‟Pourquoi hésiter à venir au vrai Dieu ?” Les trois dames baissent la tête. Un silence. Puis le grand aveu qui expliquera tant de cruautés et de résistances romaines contre le christianisme : ‟Parce qu’on semblerait trahir la patrie” ‟Vous serviriez la patrie au contraire, en la rendant moralement et spirituellement plus forte par la possession et la protection de Dieu, en plus de son armée et de ses richesses. Rome, Ville mondiale et Ville de la religion universelle ! Réfléchissez…”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.5, vision du 01/05/1946). Les femmes partent. Plus tard, un messager de Claudia Procula arrive avec une tablette pour Jésus, qui la lit, et laisse le messager repartir (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.9, vision du 01/05/1946). Le soir, Jésus attend seul devant la maison du cordier. Une barque entre dans la darse par un canal, conduite par le messager, transportant Lydia avec la jeune Galla terrorisée. Lydia explique le stratagème employé par Claudia Procula : elle dit que Claudia Procula, invitée à l’orgie d’Ennius, s’y est rendue pour enivrer Ennius, quand celui-ci a atteint un niveau d’ivresse adequat elle lui a promis, contre la cession de la jeune Galla, d’intercéder en sa faveur auprès de Ponce Pilate afin qu’il puisse retourner en Italie d’où il a été chassé. Le cerveau embrumé par les vapeurs de l’alcool, Ennius a accepté le marché. Claudia Procula a alors demandé à son mari Ponce Pilate, participant aussi à l’orgie et aussi bourré qu’Ennius, de signer un document favorisant le retour de ce dernier en Italie, et elle a subtilisé discrètement la jeune Galla, qu’elle a donné à Lydia avec ordre de la conduire à Jésus (on apprendra plus tard, dans la vision 426.14, qu’afin de ne pas contrevenir au droit romain l’accord conclu entre Claudia Procula et Ennius ne change pas le statut de la jeune Galla qui reste une esclave, cet accord dit seulement que la jeune Galla est cédée par son propriétaire actuel Ennius à une autre autre propriétaire, Valeria l’amie de Claudia Procula, qui la donnera à sa fille Faustina comme servante). Lydia ajoute que Jésus doit vite emmener la jeune Galla loin de Césarée car Ponce Pilate risque de se raviser demain quand il aura dessoûlé ("Une petite barque blanche se présente, sans laisser de traces de son passage car son sillon s’estompe au fur et à mesure qu’elle avance. Elle passe le canal, pénètre dans la darse silencieuse, accoste. Trois ombres en descendent : un homme musclé [le messager de Claudia Procula], une femme [Lydia], et une mince silhouette [Galla] entre eux deux. Ils se dirigent vers la maison du cordier. Jésus va à leur rencontre. ‟Paix à vous. Qui cherchez-vous ?” ‟Toi, rabbin, dit Lydia en se découvrant, Claudia [Procula] t’a servi avec justice et vertu. Voici la fillette. Valeria la prendra comme nurse de sa petite Faustina, mais elle te prie de la garder un temps, ou de la confier à ta mère, ou à la mère de tes cousins [Marie fille de Cléophas et veuve d’Alphée, mère de Jacques et Jude Thadée]. Elle est complèment païenne, et même plus que païenne : celui qui l’a élevée a mis en elle le néant absolu, elle ignore l’Olympe et tout le reste. Elle est seulement effrayée par les hommes, parce que depuis quelques heures elle a été confronté à la réalité la plus brutale…” ‟Oh, triste parole ! Trop tard ?” ‟Pas physiquement. Mais il [Ennius] la préparait pour son… appelons ça « sacrilège ». Elle est épouvantée. Durant tout le banquet, Claudia [Procula] a dû la laisser près de ce satyre, en attendant que le vin opère et le rende incapable de réfléchir, afin de pouvoir agir. Un homme est toujours lubrique quand il s’adonne au plaisir sensuel, il l’est encore plus quand il s’adonne à la boisson, mais dans ces moments-là il devient un jouet qu’on peut facilement contraindre et déposséder de ses biens. Claudia [Procula] en a profité. Ennius a été exilé d’Italie, il désire y retourner : Claudia [Procula] lui a promis le retour en échange de la fillette. Ennius a mordu à l’hameçon. Quand il dessoûlera demain il fera un scandale, il la cherchera, mais Claudia [Procula] a trouvé le moyen de le faire taire.” ‟Pas de violence !” ‟La violence est parfois utile, quand le but est bon… Mais elle n’en aura pas besoin. [Ponce] Pilate, abruti par la quantité de vin qu’il a bû ce soir, a signé le papier pour renvoyer Ennius à Rome. Il partira par le premier bateau militaire. C’est néanmoins plus prûdent que la fillette soit emmenée ailleurs. [Ponce] Pilate peut regretter et annuler son ordre, il est si changeant ! Et la fillette doit oublier la saleté des hommes, si possible”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.11-12, vision du 01/05/1946). Jésus adresse des paroles apaisantes à Galla, il lui annonce qu’il va la conduire à Nazareth chez sa mère Marie la Vierge où elle sera en sécurité, puis il se retourne vers Lydia pour lui dire : "C’est ce type de combat que je veux mener, et non pas une prise de pouvoir contre César ou à la place de César, donc que Claudia Procula soit pleinement rassurée". Il réveille les onze apôtres (rappelons que Judas a quitté le groupe, selon la vision 423.3 précitée), et tous sortent de Césarée vers la Galilée en pleine nuit, tandis que la barque avec Lydia et le messager fait demi-tour et quitte la darse par le canal emprunté à l’aller ("Lydia prend par la main la fillette et la traîne presque devant Jésus. Elle explique : ‟Elle sait quelques mots latins, elle ne connaît pas la langue des juifs [l’hébreu comme langue religieuse, et l’araméen comme langue du quotidien : on déduit que Jésus s’adresse à Galla en latin ou, plus sûrement, puisque Galla parle mal latin, en grec]. Une petite bête sauvage, uniquement objet de plaisir”. Et à la fillette : ‟N’aie pas peur. Dis-lui merci, c’est lui qui t'a sauvée. Agenouille-toi, baise ses pieds, allons ! Ne tremble pas… Pardonne-lui, rabbin, elle est encore terrorisée par les attouchements d’Ennius ivre…” ‟Pauvre fille, dit Jésus en posant sa main sur la tête voilée de l’enfant, ne crains rien, je vais te conduire chez ma mère pour un temps. Une mère, tu comprends ? Et tu auras des bons frères autour de toi. Rassure-toi, ma fille.” La voix et le regard de Jésus portent la paix, la sécurité, la pureté, l’amour saint. La fillette est touchée, elle rejette en arrière son manteau et sa capuche pour mieux le voir, révélant sa nature prépubère, sa beauté immature, dans un vêtement trop grand. ‟Elle était à moitié nue, je lui ai passé le premier sac que j’ai trouvé”, explique Lydia. ‟Une enfant !”, dit Jésus, puis il prend sa main et lui demande : ‟Veux-tu me suivre sans peur ?” ‟Oui, dominus.” ‟Ne dis pas « dominus », dis «  rabbin »” ‟Oui, rabbin” reprend la fillette avec plus d’assurance, et avec un sourire timide qui remplace l’expression craintive de son visage très blanc. ‟Peux-tu marcher longtemps ?” ‟Oui, rabbin.” ‟Après, tu te reposeras chez ma mère, dans ma maison, en attendant Faustina que tu aimeras beaucoup. Ça te plaît ?” ‟Oh, oui !” La fillette lève ses beaux yeux gris-bleus sous ses cils d’or. Elle ose demander, avec une terreur trouble persistant dans son regard : ‟Fini dominus ?”. ‟Fini pour toujours”, répond Jésus en posant à nouveau sa main sur les épaix cheveux blonds comme le miel de la fillette. ‟Adieu, rabbin. Nous serons également au lac [de Galilée] dans quelques jours, nous nous reverrons peut-être. Prie pour les pauvres Romaines.” ‟Adieu, Lydia. Dis à Claudia [Procula] que voici les seules conquêtes auxquelles je prétends. Viens fillette, nous partons immédiatement”. Il la prend par la main, va se poster à la porte du magasin, appelle les apôtres. Puis, tandis que la barque retourne vers la mer toujours sans laisser de sillon, Jésus et les apôtres se faufilent dans les ruelles périphériques vers la campagne, avec la fillette enveloppée dans son manteau au milieu d’eux", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.14, vision du 01/05/1946). Le site de Césarée est l’une des étapes de l’expédition de Napoléon Bonaparte vers Acre en 1799, le colonel géographe français Pierre Jacotin qui l’accompagne la mentionne sous la légende "ruines de Césarée ou Qisarieh" dans sa Carte topographique de l’Egypte et de plusieurs parties des pays limitrophes levée pendant l’expédition de l’armée française publiée en 1818, la même carte comporte une ligne en pointillés correspondant au périmètre de la ville antique avec la mention "enceinte qui renferme des ruines", dans la partie nord de l’enceinte un relief indique "Tour-de-Straton", le document donne la date de passage de l’armée française : "3 prairial an 7 (22 mai 1799)". Pierre Jacotin a tracé deux lignes parallèles en provenance de la zone marécageuse à l’embouchure du fleuve Taninim au nord vers le site de Césarée au sud, avec la légende "aqueduc ruiné". Les voyageurs européens postérieurs confirment le délabrement total du site. L’explorateur allemand Ulrich Jasper Seetzen, qui y passe en 1806, écrit dans son journal que "Kaisserie" ne recèle que des vieilles pierres fréquentées par des pêcheurs pauvres (Voyages à travers la Syrie, Palestine, Phénicie, Transjordanie, Arabie pétrée et Basse Egypte, II, 30/04/1806). L’explorateur français Victor Guérin visite "Kaisarieh" en 1854 et en 1863, il rapporte en 1868 dans sa Description géographique, historique et archéologique de la Palestine II.64 n’y avoir trouvé que "chardons, broussailles et hautes herbes épineuses" recouvrant les vestiges qui servent de carrière pour les maisons des Arabes alentours. En 1880, chassés de leur territoire par l’Autriche-Hongrie qui l’a annexé deux ans plus tôt, des Bosniaques viennent s’installer à Césarée, redonnant un peu de vie au site, ils construisent notamment la mosquée dite "bosniaque" qui existe encore en l’an 2000 (32°30'05"N 34°53'27"E). La Palestine devient protectorat anglais après la première Guerre Mondiale. Un recensement y est organisé en 1922 : Césarée compte alors trois cents quarante-six habitants, soit deux cent quatre-vingt-huit musulmans, vingt-six juifs et trente-deux chrétiens. Un nouveau recensement est organisé en 1931 : Césarée compte alors sept cent six habitants, soit six cent quatre-vingt-trois musulmans, dix-neuf chrétiens et quatre druzes. En 1940 est fondé le kibboutz Sdot Yam au sud des ruines de l’amphithéâtre antique (32°29'33"N 34°53'34"E). Nouveau recensement en 1945 : Césarée compte alors neuf cent soixante habitants, soit neuf cent trente musulmans et trente chrétiens. Tel est l’état des connaissances sur Césarée en 1946, à l’époque où Maria Valtorta écrit : Césarée n’est qu’un hameau inconnu du grand public européen, non fouillé encore par les archéologues. Un an plus tard, en novembre 1947, la guerre entre Israéliens et Arabes commence. Les Arabes de Césarée tentent un accord de bon voisinage avec les juifs du kibboutz de Sdot Yam, mais leur démarche est réduite à néant fin décembre 1947 par l’attentat du Lehi, qui stoppe un bus arabe sortant de Césarée, tue deux passagers et en blesse six autres. La population arabe fuit, l’aire de Césarée est annexée à l’Etat d’Israël. Des fouilles archéologiques systématiques commencent après la guerre, dans les années 1950, par des équipes israéliennes et étatsuniennes. Le plan de la ville antique est reconstitué peu à peu. Le port est entouré par une large digne. Le fond du port est en deux parties : au nord se trouve une darse où on répare les bateaux, presque entièrement fermée par une digue plus petite (32°30'09"N 34°53'28"E), au sud se trouve un quai servant à la fois ici au débarquement des marchandises vers les entrepôts proches, et là aux cérémonies officielles vers le temple de Jupiter dominant une esplanade (32°30'05"N 34°53'29"E). La digue est percée au sud par un petit canal (aujourd’hui comblé, formant une presqu’île occupée par des cafés touristiques et des marchands de souvenirs, 32°30'05"N 34°53'24"E) permettant d’accéder directement au rivage qui longe l’antique hippodrome (32°29'54"N 34°53'25"E). Au sud de l’hippodrome, on trouve l’amphithéâtre - inauguré par Ponce Pilate, comme le prouve la pierre de fondation évoquée plus haut découverte en 1961 (32°29'46"N 34°53'27"E) - et les villas des Romains riches. Le récit de Maria Valtorta respecte parfaitement cette topologie. La maison du cordier où crèche Jésus est en bordure de la darse au nord. La barque conduite par le messager, transportant Lydia et la jeune Galla, a pénétré dans la darse après avoir glissé contre le quai marchand et cérémoniel au sud. La barque est entrée dans le port en passant par le petit canal. On déduit que Lydia et la jeune Galla ont longé le rivage en bordure de l’hippodrome, après être sorties en catimini de la villa du riche Ennius dans le quartier de l’amphithéâtre, Claudia Procula ayant préféré envoyer Lydia et la jeune fille vers la darse par voie de mer plutôt qu’elles se hasardent dans les rues du centre-ville au risque d’y croiser une patrouille ou des clochards importuns. Maria Valtorta n’a pas pu s’appuyer sur un relevé archéologique précis pour imaginer la scène puisqu’aucun relevé archéologique précis de Césarée n’existait en 1946. Ou si elle a tout imaginé, elle a ciblé juste une fois de plus.


Au cours du trajet vers la Galilée, la jeune Galla entame un dialogue avec le plus âgé des apôtres, Nathanaël Barthélémy, avec qui elle se sent en confiance. Jésus la rebaptise "Christiane", étymologiquement en grec "celle qui suit le Christ/CristÒj", pour effacer symboliquement son origine gauloise et son passé d’esclave : sa patrie est désormais le royaume universel du Christ, où elle vivra libre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 427.5, vision du 02/05/1946). Galla/Christiane révèle porter un pécule que lui a donné Lydia pour le groupe apostolique, avec consigne de n’en parler qu’après avoir quitté la région de Césarée et atteint la plaine de Jezreel/Esdrelon. Jesus confie le pécule à Matthieu, en lui demandant de ne pas en parler à Judas (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 427.7, vision du 02/05/1946). Dans la plaine de Jezreel/Esdrelon, on croise des bergers de la Nativité et d’autres disciples, qui disent que Judas attend Jésus et les onze apôtres au pont sur le fleuve Kishon. Jésus sollicite deux disciples pour emmener secrètement Galla/Christiane sur leur chariot vers sa mère Marie la Vierge à Nazareth - la jeune fille est épuisée par sa marche depuis Césarée et commence à être malade -, tandis que lui-même avec les apôtres iront vers Judas pour le tenir à l’écart de Nazareth et le maintenir dans l’ignorance du sauvetage de l’ex-esclave Galla/Christiane (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 427.9, vision du 02/05/1946). On retrouve Judas sur le pont du Kishon (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 428.6, vision du 04/05/1946), qui s’empresse de questionner Jésus sur ce qui s’est passé à Césarée. Judas veut savoir si Jésus a parlé avec Claudia Procula ou si Claudia Procula a parlé de lui à Jésus. Ce dernier répond non aux deux questions, mais maintient le doute en disant que Claudia Procula perçoit bien les choses et que lui-même vise un royaume au-delà du monde terrestre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 429.2-3, vision du 06/05/1946). Dans la vision 430, on repasse par le domaine de Yoḥanan ben Zakkaï, qui accuse Jésus de ne pas respecter le sabbat parce qu’il l’a surpris à replacer un nid d’oiseau sur un arbre (il assimile ce geste à un travail, or le travail est interdit le jour du sabbat !), Jésus le réduit au silence en citant un passage du Deutéronome et continue son chemin. Simon le zélote et Jacques fils d’Alphée rapportent avoir entendu Yohanan ben Zakkaï, au moment où ils l’ont quitté, dire à ses employés qu’il ne voulait plus qu’ils fréquentent Jésus sous peine de mort ("Tu n’as pas entendu [ce sont Simon le zélote et Jacques fils d’Alphée qui s’adressent à Jésus], mais Yohanan [ben Zakkaï] a dit : ‟Jusqu’à maintenant j’ai supporté, dorénavant je ne supporterai plus ! Malheur au serviteur qui ira vers lui [Jésus] ou qui l’accueillera ! Ce type est un réprouvé, un démon ! Je ne veux pas de corruption dans ma maison !”, il a même ajouté à un proche : ‟Je les tuerai au besoin, afin de les guérir de leur satanisation par ce maudit !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 431.1, vision du 06/05/1946). S’ensuit une discussion entre apôtres, pendant que Judas part on-ne-sait-où (Maria Valtorta dit qu’"il s’éloigne" sans préciser dans quelle direction ni pour quelle raison ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 432.3, vision du 08/05/1946). Nathanaël Barthélémy n’apprécie pas l’universalisation du ministère, surtout le prosélytisme envers les Romains qu’il considère comme des porcs (leur comportement immonde avec la jeune Galla/Christiane lui donne un argument supplémentaire), Thomas/Didyme pressent que cette intransigeance envers les Romains le contraindra à évangéliser en-dehors de l’Empire romain (et effectivement Nathanaël Barthélémy évangélisera chez les Parthes ; "‟Nous sommes de plus en plus persécutés. Je ne sais pas comment nous ferons à l’avenir.” ‟Simon[-Pierre] a raison. Viser l’Esprit est un beau projet, mais nous restons des hommes. Un peu de protection de Claudia [Procula] ne serait pas de refus…”, dit Matthieu. ‟Non, mieux vaut être seuls. Et surtout sans contact avec les gentils [les non-juifs]. Ce sujet me pose problème”, dit fermement [Nathanael] Barthélémy. ‟Il me pose problème aussi, dit [Jude] Thaddée, mais le rabbin [Jésus] dit que son ministère doit s’étendre au monde entier par notre intermédiaire, nous devons semer son Logos partout. Donc habituons-nous à fréquenter les gentils, les idolâtres…” ‟Des gens immondes ! J’ai l’impression de commettre un sacrilège, donner la Sagesse aux porcs !” ‟Eux aussi ont une âme, Nathanaël [Barthélémy]. Hier tu avais pitié de la fillette [Galla/Christiane]…” ‟Parce qu’elle est une vierge à former, comme un nouveau-né, tandis que les autres ! Et elle n’est pas Romaine !” ‟Crois-tu que les Gaulois [allusion à l’origine gauloise de Galla/Christiane] sont moins idolâtres ? Ils croient en des dieux cruels. Tu découvriras cela si tu dois aller les convertir”, dit [Simon] le zélote, qui est plus cultivé et plus cosmopolite que ses confrères. ‟Mais elle n’est pas de la race des profanateurs d’Israël ! Je ne prêcherai pas aux ennemis d’Israël, ni aux actuels ni aux anciens !” ‟Alors du devras aller très loin, chez les Hyperboréens, parce qu’Israël a été persécuté par tous les peuples voisins…” ‟Eh bien ! J’irai très loin”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 432.4, vision du 08/05/1946). Sur ordre de Jésus, les apôtres distribuent le pécule donné par Lydia via Galla/Christiane aux employés de Yohanan ben Zakkaï, à l’insu de celui-ci (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 432.9, vision du 08/05/1946). Dans la vision 433, Jésus et ses apôtres arrivent chez Marie la Vierge à Narazeth, où Galla/Christiane s’est remise de la fatigue de son voyage depuis Césarée. Jésus décrète une pause dans le ministère durant "trois sabbats". Il reprend son ancien métier de menuisier pour réparer des meubles dans l’atelier de son père adoptif Joseph, pendant ce temps Simon le zélote repeint les murs et l’escalier du jardin (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 434.2-3, vision du 10/05/1946), et l’orfèvre Thomas/Didyme forge des bijoux sous les yeux intrigués de Galla/Christiane (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 434.1, vision du 10/05/1946), qui lui raconte incidemment son passé d’esclave à Chypre ("‟Tu vois [c’est Thomas/Didyme qui s’adresse à Galla/Christiane] : j’ai pris ce bloc d’argent, je l’ai réduit en feuilles à mesure que j’en avais besoin, puis, avec l’instrument ou plutôt avec beaucoup d’instruments, je lui ai donné cette forme. Il me reste le plus important, réunir les différentes parties, d’une manière naturelle. Pour l’instant, seules sont terminées ces deux petites feuilles et la fleurette qui va avec elles.” Thomas[/Didyme] lève entre ses gros doigts une tige aérienne de muguet enserrée entre ses feuilles qui imite à la perfection un modèle naturel. C’est impressionant de voir cette breloque aux reflets d’argent pur entre les doigts robustes et bronzés de l’orfèvre. ‟Oh, c’est beau ! Il y en avait beaucoup dans l’île [de Chypre, où elle a été vendue], on nous laissait les cueillir avant le lever du soleil. Nous, les blondes, nous n’étions pas autorisées à nous mettre au soleil, pour avoir plus de valeur. Les brunes au contraire, on les laissait dehors au soleil, au point de se sentir mal, pour brunir davantage. Ils… Comment dit-on quand on vend une chose pour une autre ?” ‟… Tromper ?… Escroquer ?…Je ne sais pas.” ‟Voilà : ils trompaient en disant qu’elles étaient nées en Arabie ou dans le haut Nil. L’une d’elle a été vendue comme descendante de la reine de Saba.” ‟Rien de moins ! Mais ce n’était pas elles qui étaient trompées, c’étaient les acheteurs. On dit alors « escroquer ». Quelle race ! Belle surprise pour l’acheteur, quand il a vu s’éclaircir le teint de la fausse Ethiopienne ! Tu entends, rabbin ? Que de choses nous ignorons !” ‟J’entends. Mais le plus triste n’est pas l’escroquerie, c’est le sort de ces fillettes…” ‟C’est vrai. Des âmes profanées pour toujours, perdues…” ‟Non. Dieu peut toujours intervenir.” ‟Pour moi, il l’a fait : tu m’as sauvée !”, dit Aurea [Galla/Christiane] en tournant vers le seigneur un regard clair et serein. Elle ajoute : “Et je suis si heureuse !”. Ne pouvant aller embrasser Jésus, elle passe son bras autour du cou de Marie [la Vierge] en penchant sa tête blonde sur l’épaule de celle-ci dans un acte de confiant amour", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 435.3, vision du 13/05/1946). Pendant deux sabbats, Simon-Pierre s’affaire dans sa pêcherie à Capharnaüm, il entretient sa barque et répare ses filets. Il revient à Nazareth avant le troisième sabbat, et donne des nouvelles sur sa famille : Jabé/Margziam grandit et passe beaucoup de temps avec des adolescents de son âge, Porphyré est toujours aussi douce, la mère de Porphyré est toujours aussi insupportable. Matthieu quant à lui, n’ayant personne à satisfaire, se contente d’écrire les paroles et les actes de Jésus, qui alimenteront son futur évangile ("‟Et vous [c’est Thomas/Didyme qui s’adresse à Simon-Pierre, André, Jacques et Jean les fils de Zébédée], qu’avez-vous fait pendant ce temps ?” ‟Pêché, verni les barques, réparé les filets… A présent [Jabé/]Margziam sort souvent avec les garçons, cela diminuer les reproches de ma belle-mère contre « le paresseux qui affame son épouse après lui avoir amené un bâtard ». Et penser que Porphyrée n’a jamais été aussi bien que maintenant qu’elle a [Jabé/]Margziam, pour le cœur et pour tout le reste. Les brebis de trois sont devenues cinq, et bientôt il y en aura davantage. C’est utile pour une petite famille comme la nôtre ! Et [Jabé/]Margziam, avec la pêche, supplée à ce que je ne fais plus que rarement. Mais cette femme a une langue de vipère, autant que sa fille en a une de colombe. Toi aussi tu as travaillé, je vois…” ‟Oui, Simon[-Pierre]. Nous avons travaillé, tous [c’est Jésus qui répond]. Mes frères dans leur maison [Jacques et Jude Thaddée fils d’Alphée, dont la maison est voisine de celle de Marie mère de Jésus ; rappelons encore que Jacques et Jude Thaddée sont les cousins et non pas les frères de Jésus], moi avec eux dans la mienne, pour reposer nos mères.” […] ‟Et toi, Matthieu ?” ‟Moi, je n’ai personne à satisfaire. Alors je me satisfais moi-même en écrivant des choses dont je veux garder le souvenir”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 435.5, vision du 13/05/1946). A Césarée, Jésus avait consenti que Galla/Christiane devînt la servante de Faustina, la fille de Valeria, afin de ne pas contrevenir à la loi romaine sur l’esclavage tout en lui assurant protection et confort (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 426.14, vision du 01/05/1946). Marie la Vierge n’est pas d’accord avec la décision de son fils, elle craint que la bonne volonté de Faustina ne soit pas suffisante pour éviter à Galla/Christiane d’être finalement récupérée par Ennius ou par n’importe quel autre Romain avide de chair fraiche. Elle décide d’aller chez Valeria à Tibériade avec sa belle-sœur Marie fille de Cléophas, pour lui demander la cession de Galla/Christiane dans les règles (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 437.4, vision du 15/05/1946). Les deux femmes arrivent à Tibériade à la tombée de la nuit. Elles sont logées par un batelier appelé "Joseph" converti au ministère, qui se lamente sur le ballet de barques reliant Tibériade aux bordels de Gadara/Hamat Gader de l’autre côté du lac de Galilée, chargées de Romains et de juifs qui se pervertissent au contact des Romains comme Marie-Madeleine naguère, il dit que Judas est l’un d’eux, logeant chez un marchand de vin et d’épices depuis peu et fréquentant les poivrots et les putes ("Des barques de jouisseurs se détachent, et le lac [de Galilée] rougit de leurs lumières. ‟Tu sens cette odeur de résines ? [c’est le batelier Joseph qui s’adresse à Marie la Vierge]. Ils s’enivrent avec la fumée pour commencer, puis ils s’adonnent au reste lors des banquets. Ils vont parfois jusqu’au sources chaudes sur l’autre rive, aux thermes [de Gadar/Hamat Gader]. Des choses infernales s’y pratiquent. Ils reviennent le lendemain, à l’aube ou plus tard, ivres, entassés les uns sur les autres comme des sacs, hommes et femmes, leurs esclaves les portent jusqu’à leurs maisons où ils digèrent leurs orgies. Regarde toutes ces belles barques qui sortent ce soir, regarde ! Ah, j’ai davantage de colère contre les juifs qui s’y trouvent que contre eux. Eux sont des animaux sans vergogne, mais nous ! Femme, tu sais que l’apôtre Judas est ici ?” ‟Je sais.” ‟Il ne donne pas le bon exemple…” ‟Pourquoi ? Il va avec ces gens ?” ‟Non, mais il a des mauvais compagnons. Et une femme. Je ne l’ai pas vue, ni aucun de nous, mais des pharisiens nous ont raillé en disant : « Votre apôtre a changé de maître, maintenant il suit une femme parmi les publicains ! »” […] ‟Il tombera comme il est monté. Quant à toi, ne pèche pas contre ton frère. Où loge-t-il ?” ‟Chez un ami, je crois. Un marchand de vin et d’épices, le troisième magasin à l’est du marché, après la fontaine”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 438.4-5, vision du 16/05/1946). Le batelier Joseph dit aussi que Valeria passe ses soirées en barques sur le lac, il croit que c’est pour retrouver des amants, mais Marie la Vierge repousse cette hypothèse et pense plutôt que Valeria profite de l’air frais et de la solitude ("‟Toutes les Romaines sont pareilles ?” [c’est Marie la Vierge qui s’adresse au batelier Joseph] ‟A peu près. Certaines se cachent, mais elles font le même mal.” ‟Qui sont celles qui se cachent ?” ‟Les femmes venues chez Lazare à Pâque. Elles sont plus discrètes. Elles ne participent pas toujours aux banquets, mais elles y vont encore assez pour qu’on les qualifient d’impures.” ‟Es-tu sûr de toi ? Ou c’est ta nature juive qui parle ? Réfléchis bien.” ‟En vérité… Je ne sais pas… Je ne les ai jamais vues avec ces dégoûtants, mais elles vont bien en barque aussi la nuit, sur le lac…” ‟Toi aussi, tu y vas.” ‟Oui. Pour pêcher.” ‟Et en période de chaleur, pour y trouver le frais, c’est ce que tu as dit pendant le souper.” ‟Oui…” ‟Pourquoi penses-tu qu’elles ne sortent pas pour le même motif ?” L’homme se tait", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 438.6, vision du 16/05/1946). Le batelier Joseph se retire pour dormir, les deux femmes restent seules. Au bout d’un temps, elles remarquent une barque isolée qui glisse sur le lac de Galilée. Marie la Vierge suppose que c’est celle de Valeria. Elle se précipite ("Marie [la Vierge] reste seule. Elle s’agenouille et elle prie, sans perdre de vue les riches et nombreuses barques illuminées qui s’éloignent parmi les fleurs, les chants, les fumées de l’encens, qui glissent vers l’est et deviennent minuscules par la distance. Bientôt le bruit des chants n’arrive plus. Reste une barque solitaire au large, resplendissant dans le miroir d’eau qu’éclaire la lune à son coucher devant Tibériade. Elle va et vient lentement, jusqu’au moment où Marie [la Vierge] observe que sa proue se tourne vers le rivage. Alors Marie [la Vierge] se lève en disant : ‟Seigneur, aide-moi ! Fais que ce soit…” Puis elle descend le petit escalier d’un pas léger, entre silencieusement dans une pièce dont la porte est entrouverte. Un petit lit y est éclairé par le clair de lune, Marie [la Vierge] se penche et elle appelle : ‟Marie [fille de Cléophas, veuve d’Alphée], réveille-toi, nous partons !”. Marie [fille de Cléophas] veuve d’Alphée se réveille. Etourdie par le sommeil, elle demande en se frottant les yeux : ‟Déjà l’heure de partir… Le jour s’est levé tôt…”. Elle est tellement abasourdie qu’elle n’a pas conscience d’être éclairée par la faible lueur de la lune et non pas par le soleil matinal, elle s’en rend compte seulement quand elle passe la porte entrouverte donnant sur le coin de terre cultivée devant la maison du batelier. ‟Mais il fait nuit !”, s’écrit-elle. ‟Oui. Vite. Sortons de la ville. J’espère… Viens ! Par ici, au rivage ! Vite, avant que la barque accoste !” ‟La barque ? Quelle barque ?”, demande Marie [fille de Cléophas] en courant derrière [Marie] la Vierge vers un petit môle où la barque se dirige", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 438.7, vision du 16/05/1946). Effectivement de la barque descendent Valeria avec son amie Lydia, ainsi qu’une servante "affranchie" surnommée "Barbara", littéralement "la Barbare" en grec et en latin : on apprendra plus tard que cette ex-esclave Barbara n’est autre que Thusnelda l’ancienne épouse d’Armnius, capturée enceinte en Germanie par Germanicus en 15, envoyée par ce dernier à Ravenne où elle a accouché d’un fils (Thumelic) mort jeune, nous avons supposé que Germanicus l’a emmenée avec lui vers Antioche en 18 comme otage et comme esclave de prestige vers Antioche, après la mort de Germanicus l’année suivante elle est devenue l’esclave du père de Valeria - par testament parce que le père de Valeria était un proche de Germanicus ? ou par captation parce que le père de Valeria était un proche de Cnaeus Calpurnius Piso rival et successeur de Germanicus au Levant ? ou par don parce que le père de Valeria était un compagnon de Cnaius Sentius Saturninus qui a chassé et remplacé Cnaeus Calpurnius Piso ? -, qui l’a offerte à sa fille Valeria comme cadeau de mariage ("Mon affranchie Thusnelda, seigneur [c’est Valeria qui s’adresse à Jésus], doublement barbare des forêts de Teutoburg, proie des entreprises imprudentes qui ont coûté tant de sang humain. Mon père l’a offerte à ma mère, qui me l’a donnée pour mes noces. De ses dieux aux nôtres et des nôtres à toi, elle fait ce que je fais. Elle est si bonne", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 534.1, vision du 26/11/1946). Valeria avec sa servante Thusnelda/Barbara accompagne Lydia jusqu’à la porte de sa demeure, suivies par Marie la Vierge et Marie fille de Cléophas. Quand Valeria est seule, Marie la Vierge l’aborde. Après s’être présentée brièvement, Marie la Vierge expose sa requête, et obtient satisfaction : Valeria lui accorde la cession de Galla/Christiane. Marie fille de Cléophas, muette pendant le court dialogue entre Marie la Vierge et Valeria, est écœurée du détachement de cette dernière à statuer du sort de la jeune fille, écœurée de constater que dans le monde romain un être humain peut être traité comme une marchandise ("La barque accoste. Pendant qu’elle manœuvre, une litière s’arrête à proximité. Deux femmes y montent. Deux servantes restées à terre marchent près de la litière, qui avance au pas cadencé de quatre Numides vêtus d’une très courte tunique sans manches leur couvrant à peine le torse. Marie [la Vierge] les suit, malgré les sourdes protestations de Marie [fille de Cléophas] veuve d’Alphée : ‟Deux femmes seules ! On court derrière elles ! Et eux, à moitié nus ! Oh !”. Après quelques mètres, la litière s’arrête. Une des deux femmes en descend. L’homme de tête frappe à un portail. ‟Ave, Lydia.” ‟Ave, Valeria. Caresse Faustina de ma part. Nous lirons encore en paix demain soir, pendant que les autres seront à la fête.” Le portail s’ouvre. Valeria est sur le point d’entrer avec sa servante, esclave ou affranchie [cette servante est Thusnelda l’ancienne épouse d’Arminius, surnommé "Barbara/la Barbare"]. Marie [la Vierge] se précipite : ‟Domina, un mot !”. Valeria regarde les deux femmes enveloppées dans leur manteau hébraïque ordinaire, qui descend très bas sur leurs visages. Elle les prend pour des mendiantes. Elle ordonne : ‟Barbara, donne l’obole”. ‟Domina, je ne demande pas d’argent. Je suis la mère de Jésus de Nazareth, et elle [elle désigne sa belle-sœur Marie fille de Cléophas] est ma parente. Je viens en son nom te prier…” ‟Domina ! Ton fils est persécuté ?” ‟Pas plus qu’à l’ordinaire. Il voudrait…” ‟Entre, domina ! Ne reste pas à la rue comme une mendiante !” ‟Non, ce sera rapide si tu m’écoutes en privé.” ‟Eloignez-vous tous ! commande Valeria à son affranchie et à son portier. Voilà, nous sommes seules. Que veut le rabbin ? Je n’ai pas cherché à le voir en ville, pour ne pas lui nuire. Lui aussi n’est pas venu vers moi, peut-être pour ne pas me nuire vis-à-vis de mon époux ?” ‟Non, sur mon conseil. Domina, mon fils est haï.” ‟Je sais.” ‟Il trouve son seul réconfort dans sa mission.” ‟Je sais.” ‟Il ne demande pas d’honneurs ni de troupes, il ne désire pas régner ni devenir riche. Il fait simplement valoir son droit sur les esprits.” ‟Je sais.” ‟Domina, il devait te rendre la fillette [Galla/Christiane]… Mais, ne t’offusque pas de mon propos, son esprit est à Jésus… Tu es meilleure que les autres, mais autour de toi la fange est trop vive…” ‟C’est vrai. Eh bien ?” ‟Tu es mère. Mon fils a des sentiments de père pour tous les esprits. Permettrais-tu que la petite grandisse parmi ceux qui peuvent la ruiner ?” ‟Non… J’ai compris… Dis à ton fils : « En souvenir de Faustina dont tu as sauvé la chair [allusion au soin apporté par Jésus à Faustina atteinte de diphtérie en hiver W-3/W-2, selon la vision 155.5 précitée], Valeria te laisse Aurea [Galla/Christiane] pour que tu sauves son esprit »… C’est vrai que nous sommes trop corrompus pour donner confiance à un saint… Domina, prie pour moi !”. Et elle se retire rapidement, en pleurant semble-t-il, avant que Marie [la Vierge] puisse la remercier. Marie [filel de Cléophas] veuve d’Alphée est pétrifiée. ‟Allons Marie [fille de Cléophas]. Partons pendant qu’il fait encore nuit, demain soir nous serons à Nazareth.” ‟Mais… elle l’a cédée comme une chose !” ‟Elle est une chose, pour eux. Et pour nous elle est une âme. Viens. Regarde : le ciel commence à blanchir à l’horizon. On peut dire que les nuits sont courtes, ce mois-ci”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 438.8-9, vision du 16/05/1946). Les deux femmes reviennent vers la maison du batelier Joseph. C’est alors qu’elles croisent Judas totalement soûl. Celui-ci les reconnaît, les insulte. Elles conviennent de ne pas parler de cette rencontre fortuite à Jésus (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 438.10, vision du 16/05/1946). Quelques jours plus tard, on apprendra la raison de la présence de Judas ce soir-là à Tibériade. Judas a été abordé par Helchias ben Phiabi, qui a commencé à dérouler son plan pour éliminer Jésus (exposé dans la vision 414.11 précitée) : il a affirmé mensongèrement vouloir aider Jésus à devenir roi, Judas l’a cru ("Que disait Helchias [ben Phiabi] avant-hier ? [c’est Judas qui se parle à lui-même] Hé ! Sa proposition est intéressante : tout faire pour installer Jésus sur le trône. Mais si lui ne veut pas ? Il sait pourtant que si on ne triomphe pas on finit comme les partisans de Theudas et de Judas [fils d’Ezékias] le Galiléen [ces deux personnages ont déjà été évoqués dans la vision 73.5 précitée]… Peut-être devrais-je me séparer d’eux ? Je ne suis pas sûr que leurs intentions sont bonnes… Je dois me méfier. Ils ont beaucoup changé, ces derniers temps", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 442.2, vision du 23/05/1946) et a fêté ce soutien d’Helchias ben Phiabi dans la boisson et les bras d’une pute, il est revenu vers Tibériade après sa beuverie sans savoir que Marie la Vierge et Marie fille de Cléophas s’y trouvaient ("Maudite femelle ! [c’est Judas qui se parle à lui-même, en repensant à sa pute romaine] Si je n'étais pas allé chez elle ce soir-là, je n’aurais pas croisé Marie [la Vierge] ! Mais comment deviner que Marie [la Vierge] était à Tibériade ? […] Imbécile ! Imbécile  Pourquoi ne pas être allé à Hippos ou à Gerghesa pour chercher une fille ? Non ! J’ai préféré passer à Tibériade justement par la route de Capharnaüm ! Tout ça, c’est à cause des Romaines !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 442.2, vision du 23/05/1946). Dans la vision 439, les deux femmes sont de retour à Nazareth. Galla/Christiane est heureuse d’apprendre qu’elle ne retombera pas dans un foyer romain. Jésus la confie à deux femmes disciples, dont l’une est la veuve Myrta mère d’Abel qu’on a croisée dans la vision 248. La pause ministérielle s’achève au quatrième sabbat, par une cérémonie en l’honneur de Galla/Christiane, définitivement et légalement libre puisque cédée par le renoncement d’Ennius négocié par Claudia Procula, puis par le renoncement volontaire de Valeria. Joseph fils d’Alphée est invité à la fête. S’estimant le chef de famille depuis la mort de son oncle Joseph et de son père Alphée, il se sent obligé de féliciter Jésus d’être revenu à Nazareth y accomplir des travaux domestiques depuis quatre sabbats. Mais Jésus l’ignore en annonçant reprendre sa mission évangélique avec les apôtres ("Heureux de pouvoir louer et réprimander en tant que chef de famille, [Joseph fils d’Alphée] félicite Jésus pour tous les travaux de menuiserie, peinture et autres, accomplis durant le mois écoulé : ‟Voilà ce qu’il faut faire ! Maintenant cette femme [Marie la Vierge] a réellement un fils ! Je suis heureux de pouvoir dire que je retrouve mon sage Jésus fils de Joseph, bravo !”. Le ‟sage Jésus fils de Joseph”, divin Logos rabaissé dans une chair, accueille avec douceur et humilité les louanges mêlées de conseils autoritaire du cousin Joseph, son sourire suffit à freiner toute réaction intempestive des apôtres. Mais Joseph, ayant pris le vent et constatant qu’on l’écoute, ne se borne pas à cela, il continue : ‟Je veux espérer que désormais Nazareth n’aura plus l’occasion de voir une pauvre mère abandonnée [Marie la Vierge] par son fils [Jésus] qui sort des sentiers battus et suit imprudemment des chemins aux buts dangereux. J’en parlerai avec mes amis, avec le chef de la synagogue. Nous te pardonnerons. Oh, Nazareth sera bien heureuse de te rouvrir ses bras comme à un fils qui revient, exemple de vertu pour tous les habitants ! Je t’accompagnerai dès demain à la synagogue et…”. Jésus lève la main pour imposer le silence, et dit d’un ton calme mais résolu : ‟A la synagogue, j’irai fidèlement comme lors des précédents sabbats. Mais ne plaide pas pour moi car une heure après le coucher du soleil je repartirai évangéliser, selon mon devoir d’obéissance au Très-Haut”. Enorme humiliation pour Joseph ! Toute sa bonhomie vole en éclats, et à nouveau son intransigeance hostile affleure : ‟Ah, très bien ! Mais ne viens pas me chercher à l’heure du besoin ! J’ai suivi mon devoir, et tes malheurs inévitables ne retomberont pas sur moi ! Adieu ! Je suis de trop ici, puisque je ne vous comprends pas et que vous ne me comprenez pas ! Je me retire sans rancœur, mais très affligé !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 440.7-8, vision du 21/05/1946).


Donc dans la vision 441 on reprend la route, vers le sud-ouest, à l’été W-1. Tandis que Judas vient frapper à la porte de Marie la Vierge à Nazareth pour implorer son pardon suite aux insultes qu’il lui a adressées quand il était soûl à Tibériade, et que Marie la Vierge lui répond qu’il se nuit à lui-même et au ministère en magouillant dans le dos de Jésus, et lui conseille d’aller à Capharnaüm y attendre sagement le retour de Jésus (vision 442), on repasse en catimini sur la propriété de Yohanan ben Zakkaï dans la plaine de Jezreel/Esdrelon afin d’assister aux obsèques du grand-père de Jabé/Margziam, venu à l’occasion avec les apôtres (vision 443). Jésus envoie Matthieu, Philippe, André et Jacques fils de Zébédée chercher Marie la Vierge et Marie fille de Cléophas pour les accompagner chez le batelier Joseph à Tibériade, où lui-même et les autres apôtres les rejoindront après avoir quéri les employés de Simon-Pierre qui prêchent à Tarichée/Degania tous les trois jours (vision 444). On gagne Tibériade depuis Tarichée/Degania dans la barque conduite par les employés de Simon-Pierre, sur le lac agité par grand vent (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 445.1, vision du 03/06/1946). Jésus envoie Simon le zélote et Jude Thaddée chercher Jeanne pour l’amener aussi chez le batelier Joseph. Et soudain Judas réapparaît. Il explique avoir attendu Jésus à Capharnaüm conformément au conseil de Marie la Vierge, en vain, alors il a pris l’initiative de se rendre à Tibériade guetter sa venue entre la maison de Jeanne et la maison du batelier Joseph (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 445.3, vision du 03/06/1946). Puis il se plaint d’être un mauvais apôtre, mais sans confesser son récent entretien avec Helchias ben Phiabi… et Jésus continuer de tout lui pardonner (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 445.5, vision du 03/06/1946). Un orage terrible éclate (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 445.7, vision du 03/06/1946). Un débat s’engage entre Judas et les autres apôtres sur le sens d’une parabole. Quand l’orage se termine, un arc-en-ciel se déploie au-dessus du lac depuis Hippos jusqu’à Magdala/Migdal (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 445.9-12, vision du 03/06/1946). Jeanne arrive avec son serviteur Jonathas, ensuite Marie la Vierge et Marie fille de Cléophas avec les quatre apôtres qui les ont accompagnées (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 445.13, vision du 03/06/1946). On traverse le lac depuis Tibériade jusqu’à Capharnaüm, où on retrouve des disciples dont Etienne, Nicolas d’Antioche, Jaïre le chef de la synagogue. Jésus crèche comme à son habitude dans la maison de Thomas de Capharnaüm, trop petite pour accueillir tout le monde (vision 446). Nouveau prêche dans la synagogue de Capharnaüm. Jésus est saisi par le pharisien Eli, mais celui-ci est chassé par le centurion local (le même que dans la vision 177) favorable à Jésus et garant de l’ordre public (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 447.4, vision du 22/06/1946). On repart en barque. Durant le déplacement sur le lac, Simon-Pierre commet une maladresse de navigation, Jésus en profite pour donner sa définition du péché, qui selon lui réside moins dans l’acte que dans l’intention ayant conduit à l’acte ("Quand se produit la faute ? Quand il y a volonté de pécher, conscience de pécher, insistance à pécher alors qu’on sait qu’on pèche. Tout est dans la volonté avec laquelle on accomplit un acte, peu importe sa nature. Même quand quelqu’un accomplit un acte bon mais qu’il croit mauvais, il pèche comme s’il acomplissait un acte réellement mauvais, et réciproquement. Réfléchissez sur un exemple. Quelqu’un a un ennemi qu’il sait malade. Il sait que par ordre du médecin il ne doit pas boire d’eau froide, ni d’ailleurs aucun liquide. Il va le trouver, soi-disant par amour. Il l’entend gémir : “J’ai soif ! J’ai soif !”, et, simulant la pitié, il s’empresse de lui donner à boire de l’eau glacée du puits en disant : “Bois, ami. Je t’aime et je ne supporte pas de te voir souffrir ainsi de ta soif ardente. Vois : je t’ai apporté exprès cette eau si fraîche. Bois, car une grande récompense est donnée à celui qui assiste les malades et qui donne à boire à ceux qui ont soif”, et en lui donnant à boire il provoque sa mort. Croyez-vous que cet acte, bon en lui-même puisqu’il repose sur deux œuvres de miséricorde, est bon alors qu’il est accompli dans un but mauvais ? Non, il ne l’est pas. Un autre exemple : un fils qui a un père ivrogne et qui, pour le sauver de la mort qu’amènerait son intempérance, ferme le cellier, retire tout argent à son père, lui impose sévèrement de ne pas aller au village pour boire et ruiner sa santé, vous paraît-il manquer au quatrième commandement sous prétexte qu’il ne respecte pas son père, qu’il lui adresse des reproches comme s’il était chef de famille ? En apparence il cause des souffrances à son père et semble coupable. En réalité, c’est un bon fils, car sa volonté est bonne puisqu’il veut sauver son père de la mort. C’est toujours la volonté qui donne sa valeur à l’acte. Un autre exemple encore : le soldat qui tue à la guerre est-il homicide ? Non, si son esprit ne consent pas au massacre et s’il combat parce qu’il y est contraint, et s’engage avec le minimum d’humanité que la dure loi de la guerre et sa situation subalterne lui imposent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 448.8, vision du 24/06/1946). On débarque à l’embouchure du wadi Ein Gev servant de port naturel à Hippos (on y a déjà débarqué au printemps W-2, dans la vision 186). Les autochtones s’approchent pour voir Jésus, qui accomplit des nouveaux miracles. Pour l’anecdote, Jésus guérit un lépreux appelé "Jean" (on apprend son nom dans la vision 452), les habitants expliquent qu’ils l’ont maintenu à distance à cause de sa maladie (une authentique lèpre ? ou une simple maladie de peau comme celle de Simon le zélote ?), sa femme et ses enfants sont morts, il les a enterrés dans un renfoncement de la colline d’Hippos, où il s’est finalement installé lui-même, en creusant la colline pour s’aménager des nouvelles pièces, il a entendu parler de Jésus à l’occasion de la guérison des deux Arabes fous de Gérasa/Jerach (dans la vision 186), depuis lors il espère sa venue (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 450.8, vision du 26/06/1946), c’est du parcours de ce personnage qu’est née la boutade : "La foi déplace les montagnes" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 450.10, vision du 26/06/1946 ; au sens littéral, le lépreux Jean a "déplacé la montagne" d’Hippos puisqu’il en a déplacé la terre afin de s’aménager un habitat troglodytique…). On gravit la colline sur laquelle est la cité d’Hippos. C’est jour de marché. Le bruit est tel que la voix de Jésus ne porte pas jusqu’à ceux qui viennent à lui (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 453.2, vision du 02/07/1946). Plus tard, après le marché, Jésus prêche et guérit, notamment un esclave nommé "Aquila" paralysé aux jambes, serviteur d’un Romain nommé "Marius" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 453.8-9, vision du 02/07/1946). On marche vers Gamala/Kfar Haruv. On s’embrouille avec un Romain garde-chiourme qui maltraite des esclaves affectés au creusement des caniveaux (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 455.8-9, vision du 08/07/1946), des habitants interviennent, obtiennent une suspension des travaux. Jésus en profite pour entamer un nouveau prêche à l’attention des esclaves et des habitants de Gamala/Kfar Haruv qui se sont mobilisés pour les défendre contre le Romain garde-chiourme (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 455.10-15, vision du 08/07/1946). On entre dans la ville (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 455.16, vision du 08/07/1946). On va ensuite à Afeca, aujourd’hui Afik en Israël (32°46'30"N 35°42'07"E), village cosmopolite ("Afeca ne peut pas rivaliser avec les cités de Gamala et Hippos, c’est plutôt un village qu’une ville. Mais, parce qu’elle est située à un nœud de routes important, elle n’est pas pauvre : lieu de passage des caravanes allant de l’intérieur des terres vers le lac, ou du nord vers le sud, elle s’équipe afin de fournir aux pèlerins logements, vêtements, sandales, aliments, on y trouve beaucoup de magasins et d’auberges", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 456.6, vision du 13/07/1946), où Jésus est soutenu par un Phénicien de Sidon et par un Grec anonyme ("Vous ne méritez pas de l’avoir, par Zeus ! Nous avons méprisé Socrate, et cela ne nous a pas réussi. Je vous dis : attention à vous, que les dieux ne vous frappent pas comme nous l’avons été de très nombreuses fois !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 457.1, vision du 15/07/1946) contre un juif de Joppé/Jaffa qui le traite de suppôt de Belzébuth, Jésus répond par nouveau prêche invoquant Moïse dans le désert qui a abreuvé les hébreux contestataires (allusion à Nombres 20.1-13 ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 457.2, vision du 15/07/1946). On revient vers le lac de Galilée, à Gerghesa/Kursi. On croise un habitant aveugle, que Jésus a guéri naguère (lors de son premier passage à Gerghesa/Kursi en hiver W-3/W-2 dans la vision 159 ?) mais qui, tombé dans le péché, est redevenu aveugle. Jésus adresse une bénédiction rapide à cet homme et se retire sans s’étendre davantage (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 458.4, vision du 16/07/1946). Quand il est avec ses seuls apôtres dans la barque qui les reconduit depuis Gerghesa/Kursi jusqu’à Capharnaüm, il est plus loquace : il dit clairement que l’aveugle ne guérira pas, et que c’est très bien comme ça car "il risquerait de retomber dans le péché" et "la mort est un don quand elle prévient les péchés et quand elle prend l’homme pendant qu’il s’est réconcilié avec son Seigneur" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 458.4, vision du 16/07/1946). Jésus avoue là les limites de son don de rebouteux, derrière le prétexte du Jugement Dernier il admet que ses prétendus miracles n’en sont pas, et que ses interventions sont moins des guérisons que des soins temporaires. Retour à Capharnaüm. On apprend qu’un nommé "Zénon" envoyé depuis Antioche par Syntyché s’est présenté mais, Jésus étant absent, a continué vers Tibériade dans l’espoir de l’y trouver (vision 459). Jésus est interpelé une nouvelle fois par des pharisiens (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 460.6, vision du 18/07/1946). S’estimant toujours le chef de famille, Joseph fils d’Alphée s’est senti obligé d’accompagner ces pharisiens depuis Nazareth jusqu’à Capharnaüm pour jouer au médiateur. Ceux-ci invitent Jésus en Judée pour s’expliquer, Joseph fils d’Alphée se tourne vers Jésus : "Tu vois, Jésus ? Les pharisiens ne sont pas méchants, ils t’invitent à t’expliquer !" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 460.7, vision du 18/07/1946). Mais Jésus tourne le dos aux pharisiens et jette à son cousin Joseph fils d’Alphée : "Arrête de jouer au médiateur. Tu crois que je suis indigne envers ma mère, ta mère, tes frères, tous ceux qui me suivent, mais c’est toi qui es indigne par bêtise. Tu restes à ras-du-sol en voulant faire de moi un objet sans Lumière et sans vie, occupant tout son temps à obéir sans conscience à des usages creux". Joseph fils d’Alphée n’insiste pas, vexé (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 460.8, vision du 18/07/1946). Jésus commande à Simon-Pierre de préparer les barques afin de rejoindre le messager Zénon à Tibériade (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 460.9, vision du 18/07/1946). On accoste à Tibériade, au domaine de Chouza et Jeanne. On est accueilli par deux enfants, une fille aînée "Marie" et son frère cadet "Matthias", leur histoire est racontée dans la vision 298.3 : leurs parents travaillaient sur la propriété d’Ismael ben Phiabi à Megiddo et sont morts, Ismael ben Phiabi jugeant les deux enfants comme deux bouches inutiles à nourrir les a chassés de sa propriété, ils ont été recueillis récemment par Chouza et Jeanne à Tibériade. Marie et Matthias, dans leurs flots de paroles infantiles, révèlent de façon accidentelle que leur protecteur Chouza a reçu des amis récemment, dont Manahen, pour fomenter le renversement d’Hérode-Antipas et son remplacement par Jésus ("‟Ton règne doit arriver [c’est le jeune orphelin Matthias qui s’adresse à Jésus] et pour ça on fera la guerre. On chassera tout le monde même Hérode[-Antipas], et tu seras roi.” ‟Tais-toi, idiot ! Tu sais qu’on ne doit rien dire ! […] Tu veux faire du mal à papa, et à maman, et aussi à Jésus, en parlant ainsi ?”, dit Marie, qui explique ensuite : ‟Un prince [Manahen] est venu, de la famille d’Hérode[-Antipas], il est l’un de tes disciples. Il a parlé avec papa. Ils criaient fort. Ils n’étaient pas seuls, beaucoup d’autres étaient là…” ‟Ils étaient beaux avec des belles épées, ils parlaient de la guerre…”, interrompt Matthias. ‟Tais-toi, j’ai dit ! Ils criaient tellement fort qu’on a entendu, depuis lors cet idiot répète tout. Dis-lui, toi, qu’il ne doit pas. Maman l’a dit, et papa a menacé de l’envoyer avec un esclave sourt et muet dans une grotte au sommet du grand Hermon, pour lui apprendre à se taire, et ce sera facile parce que l’esclave ne l’entendra pas et ne lui répondra pas, s’il crie les aigles et les loups viendront pour le manger.” ‟Un châtiment terrible !”, dit Jésus en souriant. Il caresse l’enfant qui a perdu sa hardiesse et se serre contre lui comme s’il voyait déjà les aigles et les loups prêts à le dévorer à cause de sa petite langue imprudente. ‟Un châtiment vraiment terrible !” ‟Oui, et moi j’ai peur que ça lui arrive, et de rester sans Matthias, et je pleure. Mais lui n’a pas pitié de maman ni de moi, il nous tuera de douleur” ‟Je ne le fais pas exprès ! J’ai entendu et je parle parce que c’est beau de penser que les Romains sont vaincus, qu’Hérode[-Antipas] et Philippe [le Tétrarque] sont chassés et que Jésus est roi d’Israël !”, termine-t-il d’une voix mourante en cachant son visage contre les vêtements de Jésus pour étouffer le son de sa voix", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.3, vision du 23/07/1946). Jeanne paraît sur le perron. Après les formules habituelles de bienvenue, elle dit être malheureuse car le mécontentement contre Hérode-Antipas est devenu si général à la Cour que son mari Chouza fomente un putsch avec Manahen et d’autres amis, et l’accession de Jésus au trône de Galilée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.4, vision du 23/07/1946). Jésus a ainsi la preuve que la confidence accidentelle des deux enfants est bien fondée. Il demande à Jeanne d’expliquer à son mari Chouza et à ses amis qu’en complotant ils n’agissent pas dans le sens du ministère, que lui-même n’a aucune envie d’un pouvoir temporel en Galilée ni ailleurs, qu’au contraire ce complot donne des arguments aux chefs du Temple qui s’en serviront demain contre le ministère face aux Romains sur le mode : "Voyez, ô Romains ! Jésus conteste non seulement notre autorité mais encore la vôtre ! Il veut nous chasser et prendre le pouvoir en Israël contre Rome !" ("Tu ne veux pas nuire à Chouza, à Manahen, aux autres [c’est Jésus qui s’adresse à Jeanne], mais en vérité les gentils [les non-juifs] me comprennent mieux. Même si eux, pour qui tout repose sur la force, me voient comme un philosophe, un rêveur, un irréaliste, un malheureux, ils ont compris néanmoins que je ne suis pas d’ici-bas, que mon royaume n’est pas d’ici-bas, ils craignent non pas moi mais ceux qui me suivent. Et ils ont raison, car ceux qui me suivent, que ce soit par amour ou par orgueil, sont prêts à faire n’importe quoi pour réaliser leur idée : me transformer, moi l’universel Roi des rois, en un pauvre roi d’un Etat minuscule. Je dois me protéger contre leurs complots qu’ils organisent dans l’ombre, qui servent les intérêts de mes vrais ennemis non pas au palais du proconsul à Césarée, ni à celui du légat à Antioche, ni à l’Antonia [forteresse de Jérusalem, où sont cantonnés les légionnaires chargés de maintenir l’ordre dans la ville], mais sous les tephilim [boitier contenant des versets de la Torah, porté au front] et les zizits [cordons pendant aux coins du vêtement sacerdotal, symboles du Ciel et de l’obéissance du fidèle à la Torah] du vêtement hébraïque, spécialement les larges tephilim et les larges zizits des pharisiens et des scribes croyant manifester ainsi leur adhésion à la Torah", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.7, vision du 23/07/1946). Zénon d’Antioche se présente. Il est Grec. Il vend des marchandises aux Romains par nécessité, au fond il les déteste. Détail important pour la chronologie du ministère : Zénon fait une allusion à la corruption généralisée dans Rome depuis que Séjan y supplée Tibère, or, nous verrons cela dans la suite de notre étude, Séjan sera arrêté et exécuté fin 31, la scène décrite par Maria Valtorta date donc d’avant fin 31, cela renforce la thèse que le ministère et la crucifixion de Jésus datent du début de la préfecture de Ponce Pilate, entre 26 et 31 ("Je ne suis plus Grec, je suis devenu Romain pour garder mon travail. Je fournis les milices romaines. J’en tire avantage, mais au fond je les hais. A cause de ce qu’ils nous ont infligé, je devrais mêler la ciguë à la farine, mais il faudrait les empoisonner tous, pas quelques-uns. Ce serait inutile, ce serait pire. Ils se croient tout permis parce qu’ils sont forts. Ce sont des barbares en comparaison des Grecs. Ils nous ont tout volé pour s’orner de ce qui était à nous et essayer de paraître civilisés, mais dès qu’on gratte la croute dont ils se sont couverts aux couleurs de notre civilisation on trouve toujours un Amulius, un Romulus, un Tarquin, un Brutus meurtrier de son bienfaiteur. Aujourd’hui ils ont Tibère. C’était encore trop peu : ils ont désormais Séjan. Ils ne méritent pas mieux. Le fer, les chaînes, les crimes qu'ils ont commis, se retournent contre eux et mordent leur chair. Ce n’est pas suffisant. Ils n’échapperont pas à la loi : quand le monstre devient énorme, il s’écroule sous son propre poids et pourrit. Et les vaincus riront devant l’énorme cadavre, et redeviendront vainqueurs", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.8, vision du 23/07/1946). Zénon donne à Jésus la lettre que Syntyché lui a confiée. Jésus la lit en silence. Zénon doit partir pour son commerce à Césarée, puis à Joppé/Jaffa, puis à Bethphagé à l’est de Jérusalem. Jesus le remercie pour la lettre, et lui donne rendez-vous à Jérusalem pour la fête de Soukkot au début de l’automne W-1 ("‟Quand pars-tu ?” [c’est Jésus qui s’adresse à Zénon d’Antioche] ‟Je dois aller à Césarée chez le proconsul puis à Joppé après avoir acheté des marchandises. Je partirai d’ici un mois, assez tôt pour éviter les tempêtes de novembre [W-1]. Par mer. As-tu besoin de moi ?” ‟Oui, pour répondre. La Grecque [Syntyché] dit que je peux me fier à toi.” ‟On raconte que nous [les Grecs] sommes faux, mais nous pouvons aussi de ne pas l’être. Fie-toi à moi. Tu peux écrire ta lettre et me rappeler aux Tabernacles [autre nom de la fête de Soukkot] chez Cléante, qui me fournit le fromage de Judée pour les tables des Romains. Troisième maison après la fontaine du village de Bethphagé. Tu ne peux pas te tromper.” ‟Toi aussi tu ne peux pas te tromper si tu suis la route où tu as mis le pied. Adieu, homme. Que la civilisation grecque te conduise à la chrétienne” [nouvelle occurrence du mot grec "chrétien", naturelle puisque le dialogue entre les deux hommes est très probablement en grec]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.11, vision du 23/07/1946). Quand Zénon est parti, Jésus lit la lettre à haute voix devant tous ses proches présents. Syntyché y rapporte avoir soigné la femme de Zénon au début du printemps W-1, qui en retour l’a invitée dans sa maison ("Au fond, il [Zénon] est un brave homme, et sa femme, ses trois filles et son fils sont des braves gens. Je les ai connus dans la petite école d’Antigonia : la mère était malade au début du printemps [W-1], je l’ai soignée avec le baume [préparé par Marie la Vierge, comme on l’a raconté plus haut], et ainsi je suis entrée dans leur maison", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.13, vision du 23/07/1946), elle a fini par quitter Antigonia pour s’installer chez lui à Antioche ("J’ai quitté Antigonia pour Antioche, certaine de pouvoir travailler davantage sur ce terrain où comme à Rome toutes les races se fondent et se mélangent, que là où Israël est maître. Je ne peux pas, moi une femme, partir à la conquête de Rome, mais si je peux ensemenser la plus belle fille de la Ville universelle, celle qui ressemble le plus à sa mère", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.15, vision du 23/07/1946). Elle écrit que Zénon est le principal fournisseur du gouverneur d’Antioche et entretient des relations d’affaires avec des Romains dispersés dans tout l’Empire, il peut donc être très utile au ministère ("Syntyché fille du Christ, au Christ Jésus, salut. L’homme qui t’apportera cette lettre est mon compatriote. Il m’a promis de te chercher, ou à défaut de laisser la lettre à Béthanie chez Lazare s’il n’a pas pu te trouver. Il se remet comme il peut de tout le mal qu’il a subi, lui et ses ancêtres, de la part de Rome. Par trois fois Rome les a frappés, de multiples manières, et toujours avec ses méthodes. Lui, avec sa finesse de Grec, dit qu’il “trait les vaches du Tibre pour en tirer le lait de chèvres grecques”. Il est le fournisseur du légat et de nombreuses maisons romaines de cette petite Rome, cette grande ville [Antioche] reine de l’orient. En outre, après les aliments raffinés pour les riches, il s’est assuré, d’une manière astucieuse voilant une haine implicabale sous des hommages serviles, l’approvisionnement des cohortes orientales. Je n’approuve pas sa méthode, mais chacun agit selon ses moyens. […] Je te prie d’être indulgent pour Zénon, même si tu n’approuves pas ses vues. Il est comme certains terrains arides, quartzeux en surface, mais excellents sous une croûte dure. J’espère réussir à enlever cette croûte formée par tant de souffrances et à mettre à nu le bon terrain. Zénon serait d’un grand secours pour ton Ekklesia, car il est connu et il a des relations avec quantité de gens d’Asie mineure et de Grèce, sans compter Chypre, Malte, jusqu’à l’Ibérie, partout il a des parents et des amis, Grecs comme lui et persécutés, et aussi des Romains miliciens ou magistrats, qui seront très utiles un jour à ta cause", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.13, vision du 23/07/1946), jugeant que l’évangile résonnera davantage dans l’Empire romain en quête de nouvelles valeurs que dans le minuscule territoire d’Israël dont les notables s’arc-boutent sur leurs rituels surannées ("Je pense, et je te le dis, que cette force romaine sera la force chrétienne quand elle t’aura connu, et que c’est par les citadelles de la romanité païenne que nous devrons commencer le travail parce qu’elles seront toujours les maîtresses du monde : une romanité chrétienne signifiera une chrétienté universelle. Quand cela arrivera-t-il ? Je l’ignore, mais je sens que cela arrivera. C’est pour cette raison que je regarde en souriant la puissance romaine : je pense au jour où ils mettront leurs enseignes et leur force au service du Roi des rois. Je les regarde comme on regarde des amis qui ne savent pas encore qu’ils le sont, qui feront souffrir avant d’être conquis, mais qui, une fois conquis, te porteront jusqu’aux confins du monde. Voilà ce que moi, pauvre femme, j’ose dire à ceux qui sont mes grands frères en toi. Quand l’heure viendra de conquérir le monde à ton Royaume, il ne faudra pas commencer par Israël trop renfermé dans son rigorisme mosaïque aigri par les pharisiens et les autres castes pour être conquis, mais par le monde romain, par ses ramifications, par les tentacules que Rome utilise pour étrangler toute foi, tout amour, toute liberté différente de ce qu’elle veut, au service de ses intérêts, c’est par cette voie que devra commencer la conquête des esprits à la Vérité. […] Je parle pour les frères qui ne peuvent croire que nous aussi, les gentils [les non-juifs], nous aspirons au Bien. Je leur déclare que sous la cuirasse païenne se trouvent des cœurs déçus par le vide du paganisme, ayant la nausée de la vie qu’ils mènent dictée par les coutumes, las de la haine, du vice, de la dureté, des esprits honnêtes mais ne sachant pas où s’appuyer pour trouver un assouvissement à leurs aspirations au Bien. Donnez-leur une foi qui les contente, ils mourront pour elle en la portant toujours plus en avant, comme un flambeau dans les Ténèbres, comme les athlètes des jeux helléniques", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.14, vision du 23/07/1946). Elle informe ensuite que Félix/Jean d’En-Dor est décédé "aux nones de juin [W-1] du calendrier romain, équivalent à la nouvelle lune de tammuz du calendrier hébraïque" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.16, vision du 23/07/1946 ; le mois hébraïque de tammuz équivaut à juin/juillet dans le calendrier chrétien), elle décrit les conditions de sa mort, et sa tristesse de ne plus converser avec lui (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.17, vision du 23/07/1946). Elle revient sur son activité prosélyte : depuis qu’elle a installé sa fabrique de broderies dans la maison de Zénon à Antioche, elle rencontre beaucoup de Romains favorables au ministère, dont Publius Quintilianus et le soldat Alexandre, elle calcule que ces Romains avec qui elle discute, qu’elle soigne et qu’elle écoute, répandront l’évangile dans tout l’Empire au fil de leurs mutations et de leur retraite, ainsi les apôtres trouveront partout des régions déjà largement converties quand ils y débarqueront ("J’ai quitté Antigonia après l’enterrement de [Félix/]Jean [d’En-Dor]. J’y étais bien traitée, mais je n’étais pas à ma place. Je sentais que je devais déménager. Comme je te l’ai dit, beaucoup de familles sont venues à nous. J’ai choisi de m’installer auprès de celle de Zénon parce qu’elle appartient au milieu où je compte travailler. Une dame romaine a voulu me recevoir dans sa splendide maison près des colonnades d’Hérode. Une très riche Syrienne m’a proposé une place de directrice dans la fabrique d’étoffes que son mari, de Tyr, a installé à Séleucie[-de-Piérie]. Une prosélyte, veuve, mère de sept enfants, habitant près du pont de Séleucie[-de-Piérie] m’a attirée en souvenir de [Félix/]Jean [d’En-Dor] qui a enseigné à ses garçons. Une famille gréco-assyrienne possédant des magasins dans une rue près du cirque m’a demandée chez elle pour l’aider à l’époque des jeux. Enfin un Romain, un centurion je crois, en tous cas un militaire, resté ici avec je-ne-sais-quelle fonction, guéri par le baume [donné par Marie la Vierge à Syntyché], a insisté pour m’avoir. Mais je ne veux pas les riches ni les marchands, je veux des âmes grecques et romaines dont je sens qu’elles initieront l’expansion de ta doctrine dans le monde. Me voici dans la maison de Zénon, sur les pentes du Silpion [le Neccar Dağı] près des casernes. La citadelle surplombe, menaçante, de son sommet. Malgré son aspect si peu engageant elle vaut mieux que le riche palais de l’Omphalos ou le Nymphaion, et j’y ai des amis : un soldat qui te connaît appelé “Alexandre” [légionnaire de la cohorte Italique, croisé dans la vision 86 précitée], cœur simple d’enfant enfermé dans un grand corps de soldat, et le tribun [Publius Quintilianus, sous-officier de la même cohorte Italique croisé dans la vision 109 précitée] arrivé depuis peu de Césarée, qui sous sa chlamyde possède un cœur droit. Dans sa rude simplicité, Alexandre est plus proche de la Vérité. Mais le tribun aussi t’admire comme un rhéteur parfait, un “philosophe de Dieu” comme il dit [cette expression "philosophe de Dieu" est employée souvent par Publius Quitilianus pour qualifier Jésus, selon la vision 329.6 précitée], et s’il ne peut pas encore accueillir la Vérité il est du moins favorable à la Sagesse. Les conquérir, eux et leurs familles, équivaudra à te semer au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, parce que les légions sont comme les grains secoués par le van, ou comme des balles que le tourbillon (plus exactement la volonté des Césars et les besoins de l’Empire) répand dans toutes les directions. Un jour viendra où tes apôtres, comme des oiseaux qui prennent leur vol, se répandront sur la terre : pour eux, ce cera une grande aide de trouver dans les lieux de leur apostolat une personne ayant été informée de ton existence. C’est dans cette même pensée que je soigne les membres souffreteux des anciens gladiateurs, et les blessures des jeunes gladiateurs. C’est pour cela aussi que je n’évite plus les dames romaines, et que je supporte ceux qui me tourmentaient", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.15, vision du 23/07/1946). Elle conclut en disant qu’elle-même contribue activement à la propagation de l’évangile car elle sait adapter son Logos selon son interlocuteur ("Grecque, je sais parler aux Grecs, non pas tant par la langue que de la communauté de vues. Autrefois esclave des Romains, je sais travailler leurs esprits dont je connais les points sensibles. Et après avoir vécu parmi les juifs, je sais aussi comment me comporter avec eux, spécialement ici où les prosélytes sont nombreux. [Félix/]Jean [d’En-Dor] est mort pour ta gloire. Moi je vivrai pour ta gloire. Bénis nos esprits", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 461.21, vision du 23/07/1946). Jésus se rend aux thermes de Tibériade, que les archéologues ont exhumés au sud de la ville ("On arrive aux thermes, une série de bâtiments en marbre blanc face au lac, entrecoupés par des rues, et séparés du lac par une vaste place plantée d’arbres sous lesquels circulent ceux qui attendent de pouvoir entrer se baigner ou qui réagissent après leur bain. Des têtes de méduses en bronze saillent du mur, jettent des eaux fumantes dans un bassin de marbre blanc à l’extérieur, rouge à l’intérieur, comme recouvert de fer rouillé. Beaucoup de juifs sont présent, ils boivent l’eau de source avec des coupes. Je vois que seuls les juifs procèdent de cette façon, dans un bâtiment distinct. J’en déduis que les juifs, pour se préserver, ont voulu un endroit particulier afin d’éviter les contacts avec les gentils [les non-juifs]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 462.5, vision du 26/07/1946). Il y suscite la curiosité, dont celle de Zénon qui s’y détendait avant d’aller à Césarée et qui est surpris de voir Jésus dans cet endroit typiquement romain ("Jésus regarde tout autour de lui. Il sourit en voyant sortir, les cheveux encore humides de la douche qu’il a prise, le Grec [Zénon] envoyé par Syntyché. […] Le Grec Zénon fend la foule en criant : “Par Zeus ! Je me dirigeais vers Tarichée, et je te retrouve ici !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 462.5, vision du 26/07/1946). Nouveaux miracles, et nouveau prêche où Jésus résume idéalement ses motivations : il est convaincu que son don de guérisseur et sa capacité d’écoute d’autrui garantissent qu’il est bien fils de Dieu, et il s’appuie sur l’un et l’autre pour répandre sa philosophie, qui est Amour du prochain ("Des gentils [des non-juifs] sont parmi ceux qui m’écoutent. Ils demandent : “Où est Dieu ? Qui nous prouve que ton Dieu soit le vrai ? De quelle façon nous assures-tu te spropos sont fondés ?”. Les gentils ne seont pas seuls, d’autres aussi m’interrogent : “D’où vient ton pouvoir ?”. Du Père, qui a mis toutes choses au service de l’homme sa créature préférée, et qui m’envoie instruire les hommes mes frères. Lui qui a donné un pouvoir médicamenteux aux eaux des sources dans les entrailles du sol, aurait-il limité le pouvoir de son Christ ? Quel Dieu, sinon le vrai Dieu, pourrait donner au Fils de l’homme da capacité de recréer les membres détruits ? Dans quel temple d’idoles voit-on que les aveugles recouvrer la vue et les paralytiques le mouvement ? Dans quel temple les mourants, sur le : “Je le veux” d’un homme, se redressent-ils plus sains que les gens bien portants ? Eh bien, pour louer le vrai Dieu, et pour que vous le connaissiez et le louiez, je dis à tous ceux rassemblés ici, quelles que soient leur race et leur religion, qu’ils auront la santé qu’ils demandent aux eaux, et qu’ils l’auront par moi, car je suis l’Eau vive qui donne la vie au corps et celle de l’esprit à celui qui croit en moi, et opère la miséricorde du cœur droit. Je ne demande pas des choses difficiles : un mouvement de foi, un mouvement d’amour. Ouvrez votre cœur à la foi, à l’amour. Donnez pour posséder. Quittez vos pauvres pièces de monnaie pour avoir l’aide de Dieu. Commencez par aimer vos frères. Sachez avoir de la miséricorde. Les deux tiers d’entre vous sont malades à cause de leur égoïsme et de leur concupiscence : abattez l’égoïsme, freinez vos passions, vous gagnerez en santé physique et en sagesse. Abattez votre orgueil, et vous recevrez les bienfaits du vrai Dieu", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 462.6, vision du 26/07/1946). Il se rend ensuite à Tarichée/Degania, où une foule de juifs locaux et de non-juifs itinérants viennent à lui, ainsi que Chouza, Manahen, Timon d’Aera le chef de la synagogue d’Archélais/Al-Auja, le vieux Eléazar-Boethos ex-Grand Prêtre à l’époque d’Hérode-Archélaos, et un autre vieux membre du Sanhédrin nommé "Jean" hostile à Hérode-Antipas au point d’être "surnommé ‟l’Antipatride”, ancien favori d’Hérode le Grand, maintenant âgé et puissant, propriétaire de toute la vallée du Gahas [petit fleuve dont l’embouchure est à mi-chemin des actuelles villes israéliennes de Netanya au nord et de Tel Aviv au sud, près de laquelle se trouve le kibboutz homonyme Ga’ach en Israël, 32°13'38"N 34°49'11"E]" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 463.10, vision du 27/07/1946). Nouveau prêche, où Jésus dit que les Grecs n’ont pas su vénérer leurs philosophes et ont préféré diviniser des tyrans, sa mission consiste à éclairer les philosophes pour en faire des dieux, et à convertir les foules pour en faire des philosophes ("O gentils ! Vous avez l’habitude de proclamer dieux les grands hommes de vos nations, et vous les rangez parmi les troupes des dieux nombreux et irréels dont vous peuplez l’Olympe. Vous vous êtes créés tous ces dieux pour croire en quelque chose, car l’homme a besoin d’une religion, comme il a besoin d’une foi, car l’état permanent de l’homme est la foi tandis que l’incrédulité un accident anormal. Mais ces hommes élevés au rang de dieux ont une valeur simplement humaine, leur grandeur vient de leur force brute, ou de leurs astuces, ou de toute autre forme de puissance acquise d’une façon quelconque. Par leurs qualités faussement surhumaines, ils tirent à eux des misères que l’homme sage voit pour ce qu’elles sont : des pourritures de passions déchaînées. Le fait que je dise la Vérité prouve que dans votre Olympe chimérique vous n’avez pas mis un seul de ces grands esprits ayant eu l’intuition de l’Etre suprême, ayant servi d’intermédiaires actifs entre l’homme animal et Dieu qu’ils ont senti instinctivement par leur esprit méditatif et vertueux. De la raison du vrai philosophe à l’esprit du vrai croyant adorant le vrai Dieu, il n’y a qu’un pas, alors que de l’esprit du croyant au moi astucieux, tyrannique ou bassement héroïque, il y a un abîme. Dans votre Olympe, vous n’avez pas mis ceux qui, par leur vie vertueuse, se sont tellement élevés au-dessus de la masse humaine qu’ils se sont approchés des royaumes de l’esprit, vous avez mis ceux que vous avez craints comme des maîtres cruels, ou que vous avez adulés servilement, ou que votre appétit anormal a admirés comme des modèles de liberté animale conçue comme seul but de l’existence. Vous avez envié ceux qui ont été admis parmi les faux dieux, laissant de côté ceux qui se sont approchés davantage de Dieu par la pratique et la doctrine enseignée et vécue d’une vie vertueuse. En vérité je vous donne aujourd’hui le moyen de devenir des dieux. Celui qui fait ce que je dis, qui croit ce que j’enseigne, montera vers le vrai Olympe et sera dieu fils de Dieu dans un Ciel sans corruption, où l’Amour est l’unique loi, où on s’aime spirituellement sans la pesanteur et les pièges des sens qui opposent les habitants comme dans vos religions. Je ne vous demande pas des actes bruyamment héroïques, je vous avise simplement : vivez comme des créatures dotées d’une âme et de la raison, non pas comme des brutes, vivez pour mériter la vie réelle, la partie immortelle en vous qui vous relie au Royaume de Celui qui vous a créés", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 463.4, vision du 27/07/1946). Une ex-prostituée appelée "Galazia", inconnue par ailleurs, lui demande de la "guérir". Jésus sauve son âme en la bénissant, mais il ne sauve pas son corps ruiné par la luxure. Beaucoup de gens dans l’assistance sont scandalisés par cette bénédiction à une ex-prostituée, ils jettent de la terre sur Jésus en guise de protestation, et Jésus reçoit les jets de terre sans bouger. Zénon crie au miracle, il se repend de ses doutes suite au passage de Jésus aux thermes de Tibériade et clame sa conversion sur cette scène à Tarichée/Degania. C’est un épisode qui renseigne encore sur les prétendus "miracles" et sur la nature relative des "guérisons", autant que sur le processus de conversion des Grecs au ministère. En fait, il n’y a aucune guérison et aucun miracle, seulement ici une femme qui regrette d’avoir accueilli beaucoup d’hommes entre ses cuisses et se réjouit de trouver quelqu’un qui ne la juge pas sur ses faiblesses passées, et là un homme qui supporte stoïquement les flèches jetées sur lui dans l’arène de la bien-pensance. Comme n’importe quel Grec, Zénon est plus sensible au courage physique manifesté contre des compatriotes (les juifs de Tarichée/Degania) qu’au baratin adressé à des étrangers (les Romains des thermes de Tibériade), plus sensible aux actes droits qu’à la rhétorique ("‟Va et ne pèche plus. Tes péchés te sont remis.” [c’est Jésus qui s’adresse à l’ex-prostituée Galazia] La femme baise de nouveau le bord du vêtement et elle se relève. Ce faisant, son voile glisse. ‟Galazia ! Galazia !”, crient plusieurs. Ils l’injurient, prennent du gravier et du sable et en jettent sur la femme qui se penche et reste apeurée. Jésus, le regard sévère, lève la main. Il impose le silence. ‟Pourquoi l’insultez-vous ? Vous ne le faisiez pas quand elle était pécheresse, pourquoi maintenant qu’elle se rachète ?” ‟Elle cherche la rémission aujourd’hui parce qu’elle est vieille et malade !”, crient plusieurs avec mépris. […] La colère de la foule, excitée par je-ne-sais-quel juif intransigeant, se retourne tout entière contre Jésus. On aboie : ‟Anathème ! Faux Christ ! Protecteur des prostituées, qui les protège et plus encore, qui les approuve parce qu’il en jouit !”, et autres phrases du même genre. L’agitation vient d’un petit groupe d’énergumènes juifs, j’ignore de quelle caste. En hurlant, ils lancent violemment des poignées de sable humide au visage de Jésus. Lui lève son bras et essuie sa joue sans protester. Et mieux encore : d’un geste il stoppe Chouza et quelques autres qui veulent le défendre. Il dit : ‟Laissez-les faire. Pour sauver une âme, je souffrirais bien davantage. Je pardonne”. Zénon d’Antioche, qui ne s’était pas éloigné du rabbin [Jésus], s’exclame : ‟Maintenant, je sais vraiment qui tu es ! Vrai Dieu et non pas faux rhéteur ! La Grecque [Syntyché] n’a pas menti ! Ton discours aux thermes m’avait déçu : celui-ci m’a conquis. Le miracle m’a étonné. Ton pardon des offenses m’a convaincu. Adieu, seigneur. Je penserai à toi et je réfléchirai à tes paroles”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 463.8-9, vision du 27/07/1946). Jésus se résigne à suivre Chouza vers sa maison de campagne on-ne-sait-où en Décapole, à l’est du lac de Galilée, pour y voir ses amis comploteurs, "afin de les guérir" de leur mauvaise compréhension du ministère (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 463.11, vision du 27/07/1946). La barque qui emmène Jésus et Chouza effectue une large boucle pour éviter les rapides à l’endroit où le Jourdain quitte le lac de Galilée pour rentrer dans son lit ("[Jésus] monte dans la barque légère et luxueuse et s’y assoit. Les rameurs commencent le trajet sur les eaux tranquilles en se détournant pour échapper au courant qui est sensible au bout du lac, à l’endroit où ses eaux rentrent dans le lit du fleuve [Jourdain]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 463.11, vision du 27/07/1946), pendant que les apôtres repartent vers Tibériade en ronchonnant, sauf Jean fils de Zébédée que nous retrouverons bientôt. On arrive à la maison de campagne de Chouza. Une quarantaine de comploteurs sont présents, parmi lesquels Joachim de Bosra (dont l’épouse Marie a été guérie de la lèpre dans la vision 293.7 précitée), et un nazaréen/essénien de Qumran croisé lors du passage à Jéricho au printemps W-1 (dans la vision 381 précitée). Chouza expose le projet devant l’assemblée approbatrice : renverser Hérode-Antipas, introniser Jésus qui fédère des partisans dans les trois mouvances juives (saducéenne, pharisienne, nazaréenne : "Maintenant nous sommes seuls et nous pouvons parler. [c’est Chouza qui, après avoir renvoyé tous ses serviteurs, s’adresse à Jésus devant tous les comploteurs rassemblés] Tu le vois, tous ont pour toi le plus grand respect. Tu es parmi des hommes qui te vénèrent comme Homme et comme Messie. Ta justice, ta sagesse, les dons dont Dieu t’a donné la maîtrise, nous sont connus et nous les admirons. Tu es pour nous le Messie d’Israël, spirituellement et politiquement. Tu es l’Attendu qui doit mettre fin à la douleur humiliante de tout un peuple, non seulement celui confiné en Israël devenu “Palestine”, mais encore les milliers de la diaspora répandus sur toute la terre, qui chantent le nom de Jéhovah sous tous les cieux et entretiennent les promesses et les espérances. Maintenant tout se réalise, un Messie restaurateur, vengeur, libérateur, créateur de l’indépendance ultime d’Israël, celle de la Patrie universelle, reine et dominatrice, qui annule le passé d’esclavage, le judaïme qui triomphe sur tout et sur tous, pour toujours. Ainsi la chose a été annoncée, ainsi elle s’accomplit. Seigneur, ici devant toi tu as Israël tout entier, peuple éternel représenté par ses différentes classes, châtié par le Très-Haut mais bien-aimé de lui qui le proclame sien. Tu as le cœur vivant et sain d’Israël avec les membres du Sanhédrin et les prêtres, tu as la puissance et la sainteté avec les pharisiens et les saducéens, tu as la sagesse avec les scribes et les rabbins, tu as la politique et la valeur avec les Hérodiens, tu as la richesse avec ceux qui sont fortunés, le peuple avec les marchands et les propriétaires, tu as la diaspora avec les prosélytes, tu as même ceux qui sont retirés et qui maintenant sont disposés à revenir parce qu’ils voient en toi l’Attendu : les esséniens [les nazaréens] irréconciliables. Regarde, ô Seigneur, ce premier prodige, ce grand signe de ta mission, de ta vérité : toi, sans violence, sans moyens, sans serviteurs, sans soldats, sans épées, tu rassembles tout ton peuple comme une citerne rassemble les eaux de mille sources. Toi, presque sans discours, sans ordres, tu nous réunis, peuple divisé par les malheurs, les haines, des idées politiques et religieuses, et tu nous réconcilies. O prince de la paix, réjouis-toi d’avoir racheté et restauré avant même d’avoir pris le sceptre et la couronne. Ton royaume, le royaume attendu d’Israël, est né. Nos richesses, nos puissances, nos épées, sont à tes pieds. Parle ! Commande ! L’heure est venue", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 464.6, vision du 30/07/1946). Cette indication est très importante pour la suite de notre étude, dans le cadre du présent paragraphe sur la vie de Jésus, et dans le cadre de nos prochains paragraphes sur la récupération du ministère après la mort de Jésus. Tous les comploteurs autour de Chouza sont juifs. Ce sont eux que les Actes des apôtres 6.1 qualifieront de "disciples hébréophones", par opposition aux "disciples hellénophones" : alors que ceux-ci voient en Jésus un chef exclusivement religieux distinguant nettement César et Dieu, ceux-là voient en Jésus un chef politique et religieux, un nouveau César qui doit instaurer une théocratie terrestre avec Jérusalem comme capitale, ceux-ci définissent Jésus comme Dieu incarné pour un but exclusivement au-delà tandis que ceux-là définissent Jésus comme simple messager de Dieu (comme avant lui Noé, Moïse, David…) pour un but au-delà conditionné par des actes politiques ici-bas, ceux-ci raisonnent à l’échelle de l’univers selon la pensée grecque tandis que ceux-ci raisonnent encore à l’échelle de l’ex-royaume d’Israël selon la pensée juive, ceux-ci louent le "Christ/CristÒj" qui aime son prochain au point d’abolir les distinctions entre juifs et païens, riches et pauvres, maîtres et esclaves (selon la formule de Paul dans sa Lettre aux Galates 3.28), tandis que ceux-là louent le "Mashiah/Messie" qui massacre les païens au bénéfice des juifs et stigmatise les pauvres et les esclaves comme des proscrits de Dieu, ceux-ci sont les futurs chrétiens tandis que ceux-là sont les futurs nazaréens qui, après plusieurs soulèvements ratés, croiront trouver des alliés dans les Arabes voisins et seront finalement annihilés par ces derniers, qui récupéreront leur vision politico-religieuse de Jésus pour inventer l’islam. Jésus refuse net, déclenchant un tumulte ("Jésus se lève lentement, en appuyant ses mains sur le bord de la table. Silence profond. Brûlé par le feu de quatre-vingt pupilles, il ouvre les lèvres, et les autres les ouvrent comme pour aspirer sa réponse, et la réponse est brève mais nette : “Non”. “Mais comment ? Mais pourquoi ? Tu nous trahis ? Tu trahis ton peuple ? Il renie sa mission ! Il repousse l’ordre de Dieu !” C’est un vacarme. Un tumulte. Les visages deviennent cramoisis, les yeux s’enflamment, les mains semblent menacer. Ils semblent non plus des fidèles mais des ennemis. […] Au chaos succède un étrange silence. Après avoir épuisé leurs forces, ils sont épuisés, à bout. Ils se regardent en s’interrogeant, les uns désolés, les autres fâchés", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 464.7-8, vision du 30/07/1946). S’ensuit un dialogue de sourds entre lui qui répète la nécessaire distinction entre le royaume céleste et le royaume de César, et les comploteurs qui le poussent à prendre la tête du putsch. Un vieux scribe rappelle l’épisode des Mages ayant reconnu Jésus roi peu après sa naissance, Jésus est donc bien légitime à prendre le pouvoir, s’il le refuse il se détourne de Dieu. Jésus rétorque qu’il vient sauver le peuple, oui, mais de la tentation, et non pas de la misère sociale ou de la tyrannie d’un César ("Un des Anciens, très âgé, parle avec un prêtre et un scribe plus âgés que lui. Ils s’avancent et imposent le silence. Le vieux scribe prend la parole […] : ‟Seigneur, pourquoi ne veux-tu pas ceindre la couronne d’Israël ?”. ‟Parce qu’elle ne m’appartient pas. Je ne suis pas fils d’un prince juif.” ‟Seigneur, tu l’ignores peut-être : eux deux et moi-même, nous avons été convoqués un jour parce que trois sages [les Mages] étaient venus demander où était « Celui qui est né roi des juifs ». Comprends-tu ce que signifie « né roi » ? Nous ayant réunis, nous les prêtres et des scribes du peuple, Hérode le Grand nous a ordonné de répondre à la question. Hillel le Juste était parmi nous. Nous avons répondu : « A Bethléem en Judée ». Or nous savons que tu es né là, et que des grands signes ont accompagné ta naissance. Parmi tes disciples, il y a des témoins. Peux-tu nier que tu as été adoré comme roi par les trois sages [les Mages] ?” ‟Je ne le nie pas.” […] ‟Peux-tu nier que tu es le Messie promis ?” ‟Je ne le nie pas.” ‟Alors, au nom du Dieu vivant, pourquoi veux-tu tromper les espérances d’un peuple ?” ‟Je viens pour accomplir les espérances de Dieu.” ‟Lesquelles ?” ‟Celles de la Rédemption du monde, de la formation du Royaume de Dieu. Mon Royaume n’est pas de ce monde. Reprenez vos ressources et vos armes. Ouvrez vos yeux et vos esprits pour lire les Ecritures et les prophètes et pour accueillir ma Vérité, et vous aurez le Royaume de Dieu en vous.” ‟Non. Les Ecritures parlent d’un roi libérateur.” ‟De l’esclavage de Satan, du péché, de l’erreur, de la chair, du paganisme, de l’idolâtrie”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 464.10, vision du 30/07/1946). Jésus sort de la maison et part seul vers le nord. Il est rejoint par Jean fils de Zébédée qui l’a suivi en cachette depuis Tarichée/Degania (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 464.16, vision du 30/07/1946). C’est l’occasion d’une nouvelle scène équivoque, Maria Valtorta dit encore trop ou pas assez : Jésus et Jean fils de Zébédée dorment ensemble à la belle étoile, enlacés ("Ils [Jésus et Jean fils de Zébédée] restent enlacés, enveloppés dans le manteau de Jésus. Jean [fils de Zébédée] finit par s’endormir dans la tiédeur, fatigué, comme un enfant dans les bras de sa maman", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 464.16, vision du 30/07/1946). Dans le port d’Hippos à l’embouchure du wadi Ein Gev, un pêcheur nommé "Saul fils de Zacharie" inconnu par ailleurs leur prête une petite barque (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 465.8, vision du 01/08/1946), avec laquelle ils longent la rive orientale du lac de Galilée. Ils arrivent à Bethsaïde tôt le matin. Simon-Pierre est parti pêcher avec ses employés et les autres apôtres, Porphyré est seule avec Jabé/Margziam. Jésus la prend à part. Il lui dit qu’il ne reviendra plus à Bethsaïde car il sait que son arrestation est programmée et inéluctable, surtout maintenant qu’il a fréquenté une maison où des comploteurs fomentent le renversement d’Hérode-Antipas et la restauration du royaume d’Israël, il sait que ce complot ne restera pas longtemps secret, que ses adversaires s’en serviront pour l’accuser et le condamner, il qualifie sa mort prochaine de "sacrifice", dans les faits c’est simplement un suicide ("Je suis prêt [c’est Jésus qui s’adresse à Porphyré], et ceux qui, en levant l’heure de la Rédemption, serviront le Bien en faisant le Mal, sont prêts aussi. Moi et eux sommes préparés dorénavant, chaque heure qui passe et chaque événement qui survient à partir de maintenant ne sont que des perfectionnements pour leur crime et pour mon sacrifice", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 465.3, vision du 01/08/1946). Il ajoute vouloir se promener avec Jabé/Margziam pendant un temps afin de le dissuader de punir ses adversaires car cela serait incompatible avec son ministère d’Amour (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 465.4, vision du 01/08/1946). Pour notre part, nous trouvons cette volonté douteuse et bizarre, à ranger dans la catégorie des épisodes ambigüs où Maria Valtorta dit trop ou pas assez. Nous avons signalé à plusieurs reprises l’intérêt très tactile de Jésus pour les jeunes garçons, notamment pour Jean fils de Zébédée… et pour Jabé/Margziam qu’il a pris sur ses genoux après son bain à l’automne W-2 (dans la vision 304.1 précitée) : espère-t-il à nouveau le prendre sur ses genoux (ou davantage) ? On se souvient aussi de la jalousie de Jésus, après l’entrée de Jabé/Margziam dans le groupe apostolique, en constatant que ce dernier préférait passer davantage de temps avec Simon-Pierre qu’avec lui, préférait un sincère père de substitution plutôt qu’un faux grand frère aux intentions troubles et aux mains baladeuses : espère-t-il subtiliser Jabé/Margziam à son père adoptif Simon-Pierre (dont le charisme naturel face aux apôtres et face aux disciples agace Jésus, comme nous l’avons vu plus haut) ? En tous cas Porphyré ne se méfie pas, elle ne trouve pas bizarre ou douteuse la sollicitation de Jésus : elle le laisse partir avec son fils adoptif Jabé/Margziam (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 465.4-5, vision du 01/08/194). Juste à ce moment Simon-Pierre revient de sa pêche avec ses employés et les autres apôtres. Il est surpris de voir son fils adoptif Jabé/Margziam sortant de sa maison avec Jésus. Il se pose certainement des questions. Mais, ne souhaitant pas tendre la situation, il choisit de noyer le poisson : il propose à Jésus de rester un temps à Bethsaïde, se reposer dans sa maison. Jésus choisit également de répondre en noyant le poisson : il décline poliment l’invitation de Simon-Pierre, ordonne aux employés de ramener la barque au pêcheur Saul d’Hippos, et commande aux apôtres de se préparer à repartir vers le nord-est, en compagnie de Jabé/Margziam ("‟Dépêchez-vous, nous partons immédiatement. Prenez tout car nous ne revenons pas ici”, commande Jésus. Les apôtres se regardent entre eux. Les deux groupes [les apôtres montés dans la barque de Simon-Pierre, et ceux montés dans la barque de Jacques fils de Zébédée] s’adressent des mimiques, mais ils obéissent, je crois même qu’ils se pressent afin de parler entre eux dans les autres pièces. Jésus reste dans la cuisine avec [Jabé/]Margziam. Il prend congé des propriétaires de la maison […] ‟J’aurais voulu saluer tous les enfants…” ‟Tu le peux, rabbin. Pourquoi ne te reposes-tu pas ? Tu sembles fatigué. Ton visage est pâle et ton œil éteint. Tu vas t’épuiser. Il fait encore chaud et tu n’as certainement pas dormi, ni à Tibériade ni là-bas chez Chouza.” ‟Je ne peux pas, Simon[-Pierre]. Je dois aller dans certains endroits et le temps presse.” Ils arrivent près de la rive. Jésus appelle les employés de [Simon-]Pierre, il les salue et leur ordonne de reconduire la petite barque au village [Ein Gev] devant Hippos afin de la restituer à Saul fils de Zacharie. Puis il s’engage sur la route ombragée côtoyant le fleuve [Jourdain ; Jésus et ses apôtres marchent à mont, vers le lac Méron/Hula, et non pas à val vers le lac de Galilée], qu’il suit jusqu’à une bifurcation. ‟Où allons-nous, seigneur ?”, demande Simon[-Pierre] qui jusqu’alors avait parlé à voix basse avec ses compagnons. ‟Chez Jude et Anne [couple de vignerons habitants près du lac Méron/Hula, croisés lors d’un précédent séjour en automne W-1, selon la vision 108], ensuite à Chorazein. Je veux saluer mes bons amis.” Autres coups d’œil des apôtres entre eux et autre murmure à voix basse", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 465.7-8, vision du 01/08/1946). Dans la vision 466, on est sur les bords du lac Méron/Hula. Dans la vision 469 on est à Chorazein/Chorazim. Dans la vision 470, on passe près de Giscala/Jish, sans y entrer (à son précédent passage en hiver W-2/W-1, dans la vision 340 précitée, le groupe apostolique en a été chassé à coups de pierres…). Dans un aparté lors d’une pause déjeuner, Philippe s’exalte sur la venue du royaume via des citations du Tanakh mentionnant la ruine de Damas et d’autres lieux emblématiques d’ennemis d’Israël, les autres apôtres l’approuvent et l’applaudissent, Jésus se désole de voir que même ses apôtres n’ont pas compris que le Royaume dont il parle n’est pas de ce monde ("Vous oubliez ce que dit David sur le Christ [allusion à Psaume 68 22], et ce que dit Isaïe sur le Christ [allusion à Isaïe III 63.1-3]. Vous sélectionnez le doux miel et le vin enivrant des prophètes sans penser que le Roi des rois, le Fils de l’Homme, devra boire le fiel et le vinaigre, et se revêtir de la pourpre de son sang… Enfin, ce n’est pas votre faute si vous ne comprenez pas : votre erreur de compréhension est encore de l’amour. Je voudrais en vous un autre amour, mais pour le moment vous ne pouvez pas… Des siècles de péchés ont privé les hommes de la Lumière, mais bientôt la Lumière abattra les murailles et entrera en vous", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 471.1, vision du 10/08/1946). Après cet aparté, on se remet en route. Soudain Jésus est rattrapé par deux messagers des notables de Giscala/Jish qui voudraient son avis sur une affaire locale. L’un des deux messagers, on l’apprendra un peu plus tard, s’appelle "Joseph" mais il est plus connu sous son surnom "Barnabé". C’est lui qui parle. Jésus flaire un piège. Il refuse de les suivre en leur proposant de consulter Gamaliel, originaire de la région (rappelons qu’Hillel le grand-père de Gamaliel est enterré sur le mont Méron). Barnabé répond que Gamaliel est indisponible, en déplacement à Sepphoris, et ne peut pas revenir à Giscala/Jish avant le sabbat qui débute bientôt ("‟Les rabbins [de Giscala ; c’est Joseph/Barnabé qui s’adresse à Jésus] nous ont tous envoyés pour te trouver […], deux par deux, par chaque route descendant de Giscala vers les chemins de la plaine. En leur nom et par notre entremise, ils te disent : « Viens à la cité [de Giscala] car nous voulons t’interroger ».” ‟Sur quel sujet ?” ‟Sur une affaire conséquente survenue à Giscala.” ‟Vous n’avez les grands rabbins d’Israël pour trancher cette affaire ? Pourquoi vous adresser à un rabbin inconnu ?” ‟Si tu es celui dont les rabbins parlent, tu n’es pas inconnu. N’es-tu pas Jésus de Nazareth ?” ‟Je le suis.” ‟Les rabbins connaissent ta sagesse.” ‟Et je connais leur rancœur à mon égard.” ‟Pas tous, rabbin. Le plus grand et le plus juste d’entre eux [Gamaliel] ne te hait pas.” ‟Le rabbin Gamaliel ne m’aime pas pour autant. Il m’étudie. N’est-il pas à Giscala ?” ‟Non, il est parti juste après le jugement, pour être à Sepphoris avant le sabbat”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 471.3, vision du 10/08/1946). Jésus devine que la sentence a déjà été appliquée et que les notables de Giscala/Jish veulent le pousser à contester leur jugement. Il repousse les deux messagers et continue son chemin ("‟Je laisse aux sages le plaisir de juger.” [c’est Jésus qui s’adresse à Joseph/Barnabé] ‟Que veux-tu dire ?” ‟Moi je ne juge pas, je pardonne.” ‟Tu es donc le meilleur des juges, comme Gamaliel l’a dit : « Seul Jésus de Nazareth jugerait avec justice s’il était ici ».” ‟Oui, mais vous avez déjà jugé, et le jugement ne peut plus être remis en question. Avant le procès j’aurais demandé aux passions de se calmer. En cas de faute le coupable aurait pu se repentir et se racheter. En l’absence de faute il n’aurait pas été conduit au supplice comme vous l’avez fait, l’équivalent d’un homicide prémédité aux yeux de Dieu.” ‟Rabbin ! Comment sais-tu ! La femme a juré avoir parlé avec toi seulement sur ses affaires, or tu sais… Alors tu es un vrai devin ?” ‟Je suis qui je suis. Adieu. Paix à vous. Le soleil descend à l’horizon.” Et il tourne le dos pour se diriger vers le village proche", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 471.3, vision du 10/08/1946). Mais les deux messagers insistent. Jésus leur rappelle que le sabbat débute bientôt, et qu’ils ne pourront pas être à temps à Giscala/Jish s’ils s’obstinent à le suivre. Ils lui répondent que les notables de Giscala/Jish leur ont donné une permission de voyager pendant le sabbat. Fureur de Jésus, qui constate le non-respect de la Torah par ceux qui veulent l’imposer à tous ("Mais les deux envoyés rattrapent [le groupe apostolique] pour supplier Jésus de remonter vers Giscala. ‟Non. Le coucher du soleil me surprendrait en chemin. Dites à ceux qui vous envoient que j’observe toujours la loi [c’est-à-dire la jurisprudence des rabbins, et non pas la Torah originelle] quand elle ne lèse pas l’amour, qui est un commandement plus grand que celui du sabbat.” ‟Rabbin, rabbin, nous t’en supplions ! Il s’agit précisément d’une affaire d’amour et de justice ! Viens avec nous, rabbin !” ‟Je ne peux pas. Et vous également vous risquez de ne pas pouvoir remonter à temps.” ‟Nous avons une permission pour cela.” ‟Ah oui ? Alors en Israël on élève la voix quand je guéris un malade ou quand j’absous un jour de sabbat, et on vous permet de violer le sabbat pour une discussion oiseuse ? C’est vraiment deux poids deux mesures ! Ouste ! Laissez-moi aller !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 471.4, vision du 10/08/1946). Le second messager retourne vers Giscala/Jish, Joseph/Barnabé quant à lui demande à Jésus s’il l’accepte auprès de lui durant le sabbat. Jésus consent. Joseph/Barnabé donne quelques précisions sur lui-même. Il est un élève de Gamaliel, comme Etienne et Hermas, et comme Saül (futur Paul) originaire de Giscala/Jish. Son surnom hellénisé en "Barnabé/Barn£baj", comme nous le désignerons désormais par commodité, vient de l’araméen "bar nehma" signifiant "fils de la consolation", par allusion à la joie de sa mère après sa naissance. La tradition chrétienne, en s’appuyant sur la Lettre aux Colossiens 4.10 qui désigne l’évangéliste Marc comme le "cousin/¢neyiÒj" de Barnabé, considère que celui-ci est apparenté à Marc, dans l’œuvre de Maria Valtorta il semble le frère de Marie épouse de Jonas le gardien de Gethsemani et mère de Marc ("Les deux envoyés se regardent, ils restent en arrière pour se consulter. L’un des deux, celui dont le visage est le plus ouvert, qui a presque toujours parlé [Barnabé], revient en courant. ‟Rabbin, je reste avec toi jusqu’après le sabbat.” [Simon-]Pierre tire le vêtement de Jésus à côté de lui, pour l’obliger à se tourner de son côté, et lui murmure : ‟Non. Un espion.” Son cousin Jude Thaddée lui souffle derrière : ‟Méfie-toi”. Nathanaël [Barthélémy], en avant avec Simon [le zélote] et Philippe, se retourne et fronce les sourcils pour lui signifier : ‟Non”. Même les deux plus confiants, André et Jean [fils de Zébédée], ont un geste de désapprobation derrière l’importun. Mais Jésus ne tient pas compte de leur peur soupçonneuse et répond brièvement : ‟Reste”. Tous doivent se résigner. L’homme, content, se sent moins étranger, éprouve le besoin de se présenter, il donne son nom, explique il se trouve en Palestine tandis qu’il est issu de la diaspora, comment il a été consacré à Dieu par ses parents dès sa naissance parce qu’il a été une ‟consolation” pour eux. Placé au Temple, il y a connu le rabbin Gamaliel, dont il est devenu l’élève attentif et aimé : ‟On m’a appelé « Joseph » parce que j’ai guéri ma mère de la honte de ne pas avoir d’enfant, comme l’ancien Joseph [allusion à Genèse 30.23-24]. Mais comme elle m’a désigné comme sa « consolation » durant mon enfance, tout le monde a fini par m’appeler « Barnabé ». Même le grand rabbin [Gamaliel] m’appelle ainsi, parce que je suis sa « consolation » parmi ses autres élèves”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 471.5, vision du 10/08/1946). Simon-Pierre exprime sa suspiscion à l’encontre de Barnabé, Jésus lui répond qu’il est difficile pour un pharisien comme Barnabé d’oublier toutes les jurisprudences pharisiennes compilées et apprises au fil du temps (qui constitueront le Talmud de Babylone et le Talmud de Jérusalem quelques décennies plus tard) pour revenir à la Torah originelle, au Décalogue de Moïse ou aux lois noachiques ("‟[Barnabé] est frère de ceux qui te haïssent. Je ne le considère donc pas comme mon frère.” Ce raisonnement [de Simon-Pierre] est humainement juste, mais Jésus observe : ‟Il est élève de Gamaliel, or Gamaliel n’est pas contre moi”. ‟Mais il n’est pas avec toi.” ‟Qui n’est pas contre moi est avec moi, malgré les apparences. Tu ne peux pas exiger de Gamaliel, le plus grand rabbin actuel d’Israël, un puits de science rabbinique, de tout répudier spontanément afin de me suivre. Même pour vous, Simon[-Pierre], c’est difficile de me suivre en abandonnant tout votre passé…” ‟Effectivement. Pourtant nous sommes ici.” ‟Non. Sais-tu réellement ce que signifie me suivre ? Vous m’aimez et vous marchez à mes côtés parce que vous êtes attirés par l’homme que je suis, qui vous est sympathique. Mais me suivre, c’est autre chose, c’est prendre mon Logos, qui respecte l’ancienne Torah divine et qui diffère complètement du tas de lois humaines accumulées au fil des siècles, formant un code qui n’a plus rien de divin. Vous, les humbles d’Israël, comme certains hauts juges, vous déplorez et vous critiques les subtilités formalistes des scribes et des pharisiens, leurs intransigeances, leurs duretés, mais vous vous y soumettez néanmoins, parfois sans en avoir conscience. Pendant des siècles les juifs ont assimilé lentement les exhalaisons des hommes qui ont manipulé la divine Torah, pure et surhumaine. Tu peux comprendre cela. Quand on vit pendant des années loin du pays natal, à la manière du pays d’accueil, on voit que les enfants et les petits-enfants grandissent comme ceux du pays d’accueil, ils s’acclimatent jusqu’à perdre l’aspect physique de leurs ancêtres, les usages moraux et la religion de leurs pères, malheureusement”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 472.2, vision du 12/08/1946). Après le sabbat, dans un village non-nommé, Jésus est encore pris à parti par des pharisiens sur l’affaire de Giscala/Jish. Jésus souligne leur injustice et leur intransigeance dans ce procès (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 472.6, vision du 12/08/1946), Barnabé se range ouvertement de son côté contre ses coreligionnaires pharisiens (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 472.10, vision du 12/08/1946).


On se dirige vers Sepphoris, on prolonge vers Megiddo (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 475.1, vision du 17/08/1946), où on gagne la route reliant le port de Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa au nord-ouest à la Samarie au sud-est, encombrée par les pèlerins allant à Jérusalem pour la fête de Soukkot du début de l’automne W-1 ("[Le groupe apostolique] passe à pied sec un nouveau lit de rivière brûlé par l’été [W-1] et rejoint la route principale reliant Sycaminon à Samarie. Je me souviens avoir déjà vu cet endroit. La route est très fréquentée à cause de la prochaine fête [de Soukkot], elle a déjà l’aspect caractéristique des routes palestiniennes aux époques des pèlerinages obligatoires au Temple : voyageurs, ânes, chariots portant, en plus des familles, les tentes et le mobilier destinés aux haltes et à Jérusalem même. Lors des fêtes, la cité est envahie au point qu’on campe sur les collines alentours, pourvu que la météo le permette. Elle est encore plus encombrée lors de la fête des Tabernacles [Soukkot] que lors des autres fêtes comme la Pâque ou la Pentecôte, non pas parce que les familles y viennent plus nombreuses, mais parce qu’elles doivent y vivre sous des tentes pendant plusieurs jours, et qu’elles apportent tout le mobilier qu’elles se dispensent de trainer derrière elles lors des autre fêtes", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 475.3, vision du 17/08/1946). On rencontre Abel de Bethléem-en-Galilée (croisé dans la vision 248 précitée, dont la mère Myrta est devenue récemment l’une des deux tutrices de Galla/Christiane), qui prie Jésus de guérir et absoudre ses deux anciens persécuteurs devenus lépreux (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 475.5, vision du 17/08/1946). Jésus accepte (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 475.6, vision du 17/08/1946). Il fait demi-tour pour suivre Abel avec Jean fils de Zébédée, abandonnant temporairement les autres apôtres. Arrivé à destination en Galilée, il guérit et absout les deux persécuteurs (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 476.8, vision du 19/08/1946), et il donne à Abel le surnom "Hananya" soit "Grâce de Yah[vé]" en hébreu, hellénisé en "Ananias/Anan…aj" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 476.9, vision du 19/08/1946). Ensuite il envoie Jean fils de Zébédée chercher sa mère Marie la Vierge et un stock de vêtements à Nazareth, et convient de les retrouver au lieudit Bois-de-Mathatias près de Nazareth (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 476.10, vision du 19/08/1946). Amenée par Jean fils de Zébédée, Marie la Vierge retrouve son fils au Boix-de-Mathatias comme convenu. Elle raconte que, toujours dans l’espoir d’entraîner Jésus dans leur complot, Manahen et Timon sont passés la voir alors que Joseph fils d’Alphée se trouvait chez elle, et celui-ci, pour la première fois, s’est positionné en faveur de Jésus en chassant Manahen et Timon : "Mon cousin Jésus est adulte et on ne connaît pas de fous dans la famille, il fait donc ce qu’il veut, et en conscience, s’il a décidé de ne pas vous suivre il a ses raisons, alors laissez-le tranquille !" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 477.5, vision du 21/08/1946). Elle propose à Jésus de fêter ce revirement de Joseph fils d’Alphée en cheminant avec lui vers Jérusalem, où il se rend aussi pour la fête de Soukkot, mais Jésus, sceptique sur la nature et la profondeur de la conversion de son cousin, refuse (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 477.6, vision du 21/08/1946) et embraye vite sur un autre sujet : il désire que sa mère s’installe durablement à Jérusalem, car il compte y rester pour évangéliser, d’où le stock de vêtements qu’il lui a demander d’apporter. On note que Jésus, soi-disant fils de Dieu omniscient et visionnaire, paraît très incertain de l’itinéraire qu’il suivra dans la région de Jérusalem, et des déboires qu’il y endurera, il "espère" rendre visite régulièrement à sa mère mais ne peut pas le garantir, à la vérité son ministère semble de plus en plus improvisé à mesure que son arrestation et sa condamnation deviennent de plus en plus évidentes ("Dans l’immédiat je vais en Judée, je monte au Temple. Ensuite je resterai dans les parages. Je parcourrai encore une fois la Samarie, je travaillerai où c’est nécessaire. O Mère, je te conseille de te préparer à me rejoindre au début du printemps [W]. Etablis-toi près de Jérusalem, nous nous verrons plus facilement. Je remonterai en Décapole quelquefois, nous nous verrons encore, du moins je l’espère. Mais je resterai généralement en Judée. Jérusalem est la brebis qui a le plus besoin de soins, elle est plus têtue qu’un vieux mouton et plus querelleuse qu’un bouc sauvage, j’y répandrai mon Logos comme une rosée qui ne se lasse pas de tomber sur son aridité", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 477.8, vision du 21/08/1946). Après réflexion, il accepte une entrevue avec son cousin Joseph fils d’Alphée au milliaire près de Jezreel/Esdrelon ("Le milliaire porte l’inscription ‟IAFIA SIMONIA - BETHLEEM CARMEL” à l’ouest, et l’inscription ‟XALOT - NAIM SCYTHOPOLIS - ENGANNIM” à l’est", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.1, vision du 22/08/1946) indiquant la direction du chemin entre Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa et la Samarie où les autres apôtres l’attendent. Jean fils de Zébédée raccompagne Marie la Vierge vers Nazareth (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 477.10, vision du 21/08/1946). Joseph fils d’Alphée est le premier au rendez-vous. Il est venu avec son frère cadet Simon fils d’Alphée. Quand Jésus se présente, il est sincèrement heureux de le revoir, il dit avoir toujours craint que le groupe apostolique finisse massacré par les Romains comme la bande du Galiléen Judas fils d’Ezéchias naguère, il justifie son hostilité par l’inadéquation entre l’altruisme humble des prêches de Jésus et l’image tonitruante du Mashiah/Messie annoncée par les prophètes ("Nous, vieux Galiléens, nous rappelons comment Judas [fils d’Ezéchias le Galiléen] a fini, comment sa famille a été dispersée, comment ses biens ont été confisqués, comment ses compagnons survivants ont été envoyés aux galères. Je ne voulais pas ça pour nous. Par ailleurs je ne pensais pas possible que cela arrive chez nous. Oui nous sommes issus de David, mais… Nous ne manquons pas de pain, que le Très-Haut en soit loué ! mais où est la grandeur royale que les prophéties affectent au Messie ? Et comment voir en toi la verge qui frappe pour dominer ? Tu n’es pas né dans la lumière, tu n’es même pas né dans ta maison [allusion à la naissance de Jésus à Béthléem un soir d’hiver]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.3, vision du 22/08/1946), il assure avoir compris son erreur grâce à sa tante Marie la Vierge, compris que le Mashiah/Messie annoncé n’était pas un vengeur politique mais un rassembleur aimant inconditionnellement, il en a été convaincu par Manahen et Timon qui, avant qu’il les chasse, lui ont révélé que Jésus a dédaigné leur projet de putsch ("Marie [la Vierge] m’a tout expliqué, et une sorte de lumière m’a permis de comprendre ce qu’elle taisait par humilité. Aujourd’hui je dis : tu es le Messie. Je le dis et je le dirai. Même si je dois encore travailler mon esprit, qui continue à voir un roi dans le Messie parce que les prophéties perdurent et qu’on imagine difficilement que le Messie ne puisse pas être roi. […] Certains sont venus, ils ont tenté de me séduire, ils voulaient que je te contraigne. Parce que j’ai résisté leurs masques sont tombés, ils se sont révélés tels qu’ils sont : des faux amis, des vrais ennemis. D’autres se sont présentés en pleurant comme des pécheurs, je les ai entendus, ils m’ont rapporté tes propos au domaine de Chouza… Maintenant je sais que tu régneras sur les esprits, que tu seras celui qui centralise toute la sagesse d’Israël pour donner des nouvelles règles universelles", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.3-4, vision du 22/08/1946). Simon fils d’Alphée relaie son frère aîné en poussant Jésus à s’imposer comme chef spirituel à Jérusalem ("‟Joseph [fils d’Alphée] a raison [c’est Simon fils d’Alphée, frère de Joseph fils d’Alphée, qui s’adresse à son cousin Jésus]. Comment veux-tu que [les juifs] t’aiment ou te craignent si tu évites systématiquement de les stupéfier ? Tu ne veux pas appeler Israël aux armes, tu ne veux pas lancer l’ancien cri de guerre et de victoire, très bien. Deviens donc roi par les hosannas du peuple, obtenus par ta puissance de rabbin et de prophète, des intronisations se sont déjà produites de cette manière en Israël.” ‟Je suis déjà roi. Depuis toujours.” ‟Effectivement. Un chef du Temple nous l’a dit : tu es né roi des juifs. Mais tu n’aimes pas la Judée. Tu es un roi déserteur puisque tu ne vas pas à elle. Et tu n’es pas un roi saint puisque tu boudes le Temple et la volonté du peuple de te consacrer roi”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.5, vision du 22/08/1946). Joseph fils d’Alphée surenchérit : "Exactement, Simon a raison : deviens un chef spirituel remettant la morale au centre du monde, au-dessus des dignitaires politiques qui n’ont plus rien de digne tellement ils sont corrompus, que le peuple ne supporte plus" ("Le peuple est las des oppresseurs étrangers et de nos chefs. C'est l’heure, je te le dis [c’est Joseph fils d’Alphée qui s’adresse à Jésus]. Toute la Palestine, à l’exception de la Judée, et encore ! pas toute entière, te suit comme rabbin et davantage. Tu es comme un étendard élevé sur une hauteur et tous te regardent. Tu es comme un aigle et tous suivent ton vol. Tu es comme un vengeur et tous attendent que tu décoches la flèche. Va, quitte la Galilée, la Décapole, la Pérée, les autres régions, va au cœur d’Israël, dans la citadelle où tout le Mal est renfermé et d’où doit venir tout le Bien, et conquiers-la. Là aussi tu as des disciples, mais qui sont tièdes parce qu’ils te connaissent peu, et peu nombreux parce que tu n’y séjournes pas, et incertains parce que tu n’y as pas agi comme tu as agi ailleurs. Va en Judée pour qu’eux aussi voient qui tu es par tes œuvres. Tu reproches aux juifs de ne pas t’aimer. Mais comment peux-tu l’être si tu restes caché ? Quiconque veut être acclamé en public opère non pas en cachette mais de façon à être vu. Tu peux opérer des prodiges sur les cœurs, sur les corps et sur les éléments, va donc là et montre-toi au monde", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.6, vision du 22/08/1946). Simon fils d’Alphée a appris par Etienne que même le respectable rabbin Gamaliel est disposé à voir en Jésus un chef spirituel : Gamaliel a appris que Jésus a refusé de suivre les comploteurs (autrement dit le secret a fuité, le complot est désormais connu à Jérusalem, les adversaires de Jésus ont maintenant un motif valable pour l’accuser devant Hérode-Antipas et devant Ponce Pilate…), et cela le conforte dans l’idée que Jésus est non pas un ambitieux politique mais un être supérieur, il attend un signe pour en avoir la certitude ("‟Etienne a dit [c’est Simon fils d’Alphée qui s’adresse à Jésus] que le rabbin [Gamaliel], informé de ce qui s’est passé chez Chouza, s’est écrié : « Mon esprit tressaille en se demandant si [Jésus] est réellement ce qu’il prétend. Cette interrogation aurait été tranchée définitivement s’il avait consenti au projet [de complot contre Hérode-Antipas]. L’enfant que j’ai entendu jadis [Gamaliel a entendu Jésus lors de sa bar-mitsva selon la vision 41 précitée, la vivacité d’esprit du jeune Jésus l’a marqué durablement puisqu’il l’a encore évoquée en automne W-1 selon la vision 114.8 précitée] a déclaré que l’esclavage et la royauté ne sont pas ce que nous croyons, que nous avons mal compris les prophètes, que le vrai esclavage et la vraie royauté ne sont pas matérielles mais spirituelles, et que le Christ rachètera les fautes et fondera le royaume de Dieu en Esprit. Je me souviens encore de ses paroles, et c’est à travers elles que je juge le rabbin [Jésus] aujourd’hui. Si je l’estimais inférieur à cette hauteur, je le jugerais aussitôt comme un pécheur et un menteur. Et je tremble devant la possibilité de voir se dissoudre dans le néant l’espoir que cet enfant m’a donné ».” ‟Oui, mais en attendant il ne le reconnait pas comme le Messie”, dit Joseph [fils d’Alphée]. ‟Il « attend un signe », dit-il”, répond Simon [fils d’Alphée]. ‟Alors toi, donne-le-lui ! Et qu’il soit puissant !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.10, vision du 22/08/1946). Mais Jésus leur répond de façon énigmatique qu’il "deviendra roi dans Jérusalem au cœur de la Judée mais pas tout de suite", sans qu’ils comprennent il leur annonce ainsi son suicide spectaculaire ("Je n’aurai pas à pousser le cri de rassemblement : tous les Israëlites seront présents à ma proclamation. Je n’aurai pas besoin de monter au Temple pour être acclamé : ils m’y porteront. Le peuple tout entier me conduira sur mon trône. Vous m’accusez de ne pas aimer la Judée, mais c’est en Judée que je deviendrai le ‟roi des juifs”, à Jérusalem même. Saül n’a pas été proclamé roi à Jérusalem, David non plus, Salomon non plus : moi j’y serai consacré. Mais je n’irai pas maintenant publiquement au Temple, et je n’y siégerai pas, car mon heure n’est pas encore venue", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 478.6, vision du 22/08/1946). Fin de l’entrevue. Jésus et Jean fils de Zébédée s’installent pour passer la nuit près de la cité de Jezreel/Esdrelon. C’est un nouveau mystère de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé. Maria Valtorta décrit une ville apparemment déserte, à la muraille délabrée, délimitée par quatre tours partiellement écroulées aux quatre angles ("Des tours servant à je-ne-sais-quoi se trouvent aux quatre coins de Jezreel. Elles sont déjà vieilles à l’époque où je les vois. Elles semblent quatre géants renfrognés gardant la petite citée, située sur une hauteur qui domine la plaine […]. [Jésus et Jean fils de Zébédée] montent. Ils s’assoient sur un muret très bas, délabré de moitié, à une dizaine de mètres de la tour. On dirait un rempart construit jadis autour de cette grosse tour. Il est désormais presque entièrement écroulé et une herbe épaisse en recouvre les vestiges, des grandes chutes de liseron sauvage et une autre plante aux larges feuilles poilues dont j’ignore le nom accrochée en grand nombre aux ruines", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 479.4, vision du 24/08/1946). Abandonnée peu à peu au profit d’En-Ganim/Jenin, le site de Jezreel/Esdrelon est réoccupé par les croisés qui y réaménagent la petite église byzantine et construisent une tour. La défaite des croisés face à Saladin provoque un nouvel abandon. Dans le deuxième quart du XIXème siècle, le général égyptien Ibrahim Pacha y installe des colons sous l’autorité d’un scheik. Le nom de la cité est corrompu en "Zorin". L’archéologue français Victor Guérin est le premier Européen à redécouvrir le lieu en 1870, qui le frappe par son extrême décomposition ("Nous traversons le village de Zerain, misérable reste de la ville de Jezreel, qui autrefois probablement occupait presque tout le plateau que je viens de mentionner. Aujourd’hui ce n’est plus qu’un amas confus de pauvres habitations construites en pisé ou avec de menus matériaux, qui couvrent seulement la partie occidentale du plateau, du côté où il s’abaisse par une pente très douce vers la plaine. Au centre à peu près du village, sur un petit monticule, s’élève une maison de forme carrée, semblable à une tour, où réside le scheik. Très dégradée, comme la plupart des autres maisons, elle paraît d’origine arabe, mais elle a pu succéder à une construction plus ancienne. De son sommet, on jouit d’une vue très étendue. […] A l’ouest se déroule l’immense plaine de Jezreel ou “Esdrelon”, dont la fertilité est justement renommée, et qui servit tant de fois de champ de bataille à des armées si diverses. Encadrée entre les montagnes de la Galilée et de la Samarie, elle présente à la vue une surface très étendue, boursouflée par de faibles ondulations et parsemée çà et là de petits monticules. Partout où elle est cultivée, des moissons magnifiques s’y épanouissent. Là où elle ne l’est pas, de hautes herbes, des fleurs variées et des chardons gigantesques attestent la fécondité native de son sol. A l’époque des grandes chaleurs, la terre s’y crevasse profondément, et d’innombrables fissures béantes y rendent très difficile la marche en dehors des chemins ou des sentiers battus. En bas et à l’ouest du village, je fais dresser ma tente près d’un petit birket peu profond et non bâti, simple dépression du sol où, pendant l’hiver, les habitants recueillent les eaux pluviales pour abreuver leurs troupeaux. Non loin de là, je rencontre un sarcophage antique mutilé, de marbre blanc ordinaire, il mesure un mètre de large sur deux mètres trente de long, ses quatre faces étaient décorées d’ornements scupltés qui ont beaucoup souffert du temps et surtout des hommes, le couvercle manque", Victor Guérin, Description géographique, historique et archéologique de la Palestine II.15). Tel est l’état des connaissances en 1946, quand Maria Valtorta écrit. Jezreel/Esdrelon est prise par les Israéliens en 1948, les habitants arabes sont chassés et leurs maisons misérables sont rasées. Un kibboutz homonyme "Yezreel" est fondé à l’ouest du site antique. Les premiers sondages sont réalisés en 1987-1988. Une première série de fouilles ponctuelles a lieu entre 1990 et 1996. Ce n’est qu’à partir de 2012 que des fouilles systématiques sont menées, mettant à jour une enceinte fortifiée, la porte principale de la cité au sud incluant plusieurs chambres servant de sas, une tour au nord, une autre tour au sud-est. Les deux autres tours mentionnées par Maria Valtorta attendent d’être découvertes dans l’aire ouest non encore explorée par les archéologues. Le lendemain matin, après une visite rapide aux employés de Yohanan ben Zakkaï dont le domaine est proche, dans la vision 480, Jésus et Jean fils de Zébédée marchent vers En-Ganim/Jenin, village frontalier de Samarie. On y retrouve une partie des apôtres, dont Judas qui propose de gagner Jérusalem en traversant le territoire des Samaritains, qui sont majoritairement neutres et échappent au contrôle d’Hérode-Antipas au nord et du Sanhédrin au sud. Jésus est d’accord ("‟A l’intérieur des frontières de la Samarie, nous pourrons aller en sécurité. Car en Samarie, Rome commande plus qu’en Galilée et en Judée, et eux qui te haïssent ne veulent pas d’ennuis avec Rome. Pour désorienter les espions, je dis de ne pas suivre le chemin direct, de nous diriger plutôt vers Dothan puis de couper par la Samarie via Sichem, de descendre à Ephraïm par l’Adomin et le Carit, afin de gagner Béthanie.” ‟Route longue et difficile, surtout s’il pleut.” ‟Risquée ! L’Adomin…” ‟Tu cherches le danger…” [le mont Adomin est infesté de brigands, comme indiqué dans les visions 224 et 379 précitées] Les apôtres ne sont pas enthousiastes. Mais Jésus dit : ‟Judas a raison. Nous prendrons ce chemin”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 481.6, vision du 27/08/1946). Judas jubile. Il nargue les autres apôtres : "Le péché est parfois nécessaire, quand il permet de sauver quelqu’un. Voyez : j’ai commis un péché en fréquentant mes amis du Temple, mais grâce à ce péché je suis informé de la traque lancée contre Jésus, je sais où on l’attend et où on ne l’attend pas, sans moi Jésus serait déjà en prison, alors où placez-vous le curseur du bien et du mal ?" ("‟Vous me surveillez comme une bête dangereuse [c’est Judas qui s’adresse aux autres apôtres], je le sais et ça ne me gêne pas. Souvenez-vous toujours qu’on peut apprendre beaucoup d’un mendiant, d’un voleur, d’une femme. Et effectivement j’ai parlé avec un mendiant, en lui faisant l’aumone. J’ai parlé avec un voleur, et j’ai découvert… Avec une femme, et… Combien de secrets recèlent les femmes ! […] Et avec un soldat ! Oui, parce que la femme a tellement parlé qu’elle m’a orienté vers le soldat en question, qui m’a apporté des confirmations, et que j’ai redirigé. Tout est permis quand c’est nécessaire, même les putes et les militaires !” ‟Tu es… tu es…” dit [Nathanaël] Barthélemy, en retenant sa phrase. ‟… un pécheur, oui. C’est exactement ce que je suis. Un pécheur pour vous. Car avec tous mes péchés, je sers mieux le rabbin [Jésus] que vous. Si une pute connaît les projets des ennemis de Jésus, c’est parce qu’elle a été visitée par eux, ou par leurs ballerines ou leurs mimes [leurs danseurs ou leurs acteurs], et moi je peux m’informer sur eux à travers elle. Et ça sert, la preuve : si on avait traversé la Judée, il [Jésus] aurait été pris. Vous êtes bien obligés de reconnaître que je suis sage, pour avoir évité cela”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 481.7, vision du 27/08/1946). Dans la vision 482, on est près de Dothan (site archéologique à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d’En-Ganim/Jenin en Cisjordanie, 32°24'44"N 35°14'19"E). Les apôtres croisent un berger samaritain qui leur offre du lait de ses chèvres. Sans dévoiler son identité, Jésus guérit secrètement l’orphelin que ce berger a adopté, blessé au dos lors d’une chute. Le berger découvre la guérison de son fils et comprend que l’inconnu qu’il a accueilli est Jésus, il court pour le remercier, entraînant derrière lui d’autres habitants curieux ou admirateurs, mais Jésus et les apôtres courent vers la montagne pour leur échapper. Dans les visions 483-484, on arrive à Ephraïm (aujourd’hui Taybeh en Cisjordanie, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Jérusalem, 31°57'16"N 35°17'55"E). Les habitants sont bienveillants, en particulier le chef de la synagogue appelé "Malachie" qu’on retrouvera plus tard, ils lui proposent de rester pour ne pas s’exposer aux autorités du Temple qui le traquent, puis, devant l’insistance de Jésus à continuer son voyage, lui indiquent un itinéraire sans risque jusqu’à En-Chémech (à l’est de Béthanie, aujourd’hui le lieudit Ayn al-Hawd dans la banlieue est de Jérusalem, 31°46'25"N 35°16'20"E). On atteint la maison de Lazare à Béthanie. Celui-ci souffre davantage de son mal aux jambes (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 485.4, vision du 02/09/1946). On revoit le reste des apôtres et Jabé/Margziam qui les a accompagnés, jouissant des soins du serviteur Maximin (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 485.5, vision du 02/09/1946). Judas propose une ruse pour tromper les autorités du Temple : il veut conduire tapageusement le groupe apostolique en périphérie de la ville pour y attirer les adversaires de Jésus, afin de laisser à ce dernier toute liberté de prêcher à l’intérieur du Temple. Les apôtres reconnaissent que la ruse de Judas est astucieuse, et la soutiennent. Et Jésus cède une fois de plus devant Judas ("‟Demain [mes ennemis] me verront.” [c’est Jésus qui s’adresse à Judas, devant les autres apôtres] ‟Non, demain ce sont nous qu’ils verront. Nous nous sommes déjà concertés : nous irons en groupe, de façon qu’ils nous remarquent.” ‟Je ne veux pas. Tu mentirais.” ‟Je ne mentirai pas. Si on ne me dit rien, je ne dis rien. S’ils nous demandent si tu es avec nous, je répondrai : « Vous ne voyez pas qu’il n’y est pas !”. S’ils veulent savoir où tu te trouves, je leur répondrai : ‟Trouvez-le vous-même. Comment voulez-vous que je sache où est le rabbin, en ce moment ?”, et en effet je ne pourrai pas savoir si à ce moment-là tu te trouve dans la maison ou dans le verger ou ailleurs.” ‟Judas, je t’ai dit…” ‟Moi je te dis : tu as raison. Simplement je ne suis pas la simple colombe, je suis le serpent prudent. Toi la colombe, moi le serpent. Ensemble nous formons la perfection que tu as enseignée (il prend le ton de Jésus quand il instruit) : « Je vous envoie comme des brebis parmi des loups. Soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes. Ne vous préoccupez pas comment répondre, car à ce moment-là des mots viendront sur vos lèvres qui ne seront pas vos mots mais l’Esprit en vous. Quand une cité vous persécutera, fuyez dans une autre jusqu’à temps qu’arrive le règne du Fils de l’homme » [citation de Jésus de l’été W-2, selon la vision 265.7-9] Ce sont tes paroles, le moment est venu de les appliquer.” ‟Je ne les ai pas prononcées ainsi, et pas celles-ci seulement”, objecte Jésus. ‟Dans la circonstance on ne doit retenir que celles-ci, et les comprendre ainsi. Je saisis bien tes réticences mais si la foi en toi, qui est une pierre de ton royaume, n’est pas encore bien établie, tu ne dois pas être pris par tes ennemis. Ensuite, nous verrons…” L’expression de Judas est si brillante d’intelligence et d’espièglerie qu’il conquiert toute l’assemblée, sauf Jésus qui soupire. Il est vraiment le séducteur auquel rien ne manque pour triompher des hommes. Jésus soupire et réfléchit. Finalement il se rend, conluant que la prévoyance de Judas n’est pas entièrement mauvaise", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 485.5, vision du 02/09/1946). Le plan est exécuté. Le groupe apostolique conduit par Judas se déplace bruyamment vers la périphérie de Jérusalem, entraînant derrière lui les espions du Sanhédrin, permettant ainsi à Jésus de pénétrer dans le Temple et d’y prêcher à une foule nombreuse. Gamaliel est dans l’auditoire mais reste discret (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 486.2, vision du 03/09/1946). Jésus rappelle que les Mages l’ont reconnu comme le Mashiah/Messie naguère (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 486.3, vision du 03/09/1946), il rappelle aussi le cinquième commandement du Décalogue : "Tu ne tueras pas", il demande à ceux dans la foule qui veulent le tuer pourquoi ils bafouent le Décalogue (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 486.8, vision du 03/09/1946), puis il se retire en laissant tous ses auditeurs méditer son propos (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 486.9, vision du 03/09/1946). Le lendemain, nouveau prêche au Temple. Les espions du Sanhédrin qui se sont laissé berner par la ruse de Judas la veille, n’ont pas renouvelé leur erreur, ils se glissent dans la foule venue écouter Jésus. Gamaliel est aussi présent. Jésus réaffirme être fils de Dieu. Cela provoque un tumulte. Les légionnaires de l’Antonia interviennent pour rétablir l’ordre. Mais Gamaliel calme tout le monde en une phrase et incite Jésus à continuer son prêche ("‟Les Ténèbres ne peuvent pas supporter la vue de la Lumière [c’est Jésus qui s’adresse à la foule]. Cela n’empêche pas que je connais Celui qui m’a envoyé, parce que je fais partie de lui, je forme un tout avec lui. Il m’a envoyé afin que j’accomplisse son Esprit.” Un tumulte se produit. Les ennemis se précipitent pour le prendre et le frapper. Les apôtres, les disciples, le peuple, les gentils [les non-juifs], les prosélytes, interviennent pour le protéger. D’autres assaillants accourent seconder les premiers, mais Gamaliel jusqu’alors distant quitte son tapis et s’approche de Jésus, poussé sous le portique par ceux qui veulent le défendre. ‟Laissez-le. Je veux l’entendre jusqu’au bout.” La voix de Gamaliel apaise le tumulte mieux que les légionnaires accourus de l’Antonia. Tout retombe comme un tourbillon qui se brise, les cris cessent pour devenir un faible bourdonnement, les légionnaires devenus inutile restent au-delà de l’enceinte par prudence. ‟Parle, ordonne Gamaliel, réponds à ceux qui t’accusent.” Le ton est impérieux mais non méprisant. Jésus s’avance vers la cour. Tranquille, il recommence à parler", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 487.4-5, vision du 04/09/1946). Jésus insiste sur sa nature divine. La foule gênée ne sait plus quoi penser, elle garde le silence, le prend pour un illuminé ("‟Vous dites : « Il est de Nazareth, son père était Joseph, sa mère est Marie », mais non : je n’ai pas de père m’ayant engendré comme homme, et je n’ai pas de mère m’ayant engendré comme Dieu. Simplement j’ai une chair que j’assume par l’œuvre mystérieuse de l’Esprit, je suis venu parmi vous par un tabernacle saint. Et je vous sauverai après m’être formé moi-même par la volonté de Dieu, je vous sauverai en extrayant mon vrai moi du tabernacle charnel, en consommant le grand sacrifice de Dieu qui s’immole pour le salut de l’homme. Père, mon Père ! Je t’ai dit au commencement du monde : « Me voici pour accomplir ta volonté ». Je t’ai dit à l’heure de grâce, avant de te quitter pour revêtir la chair dont je dois souffrir : « Me voici pour accomplir ta volonté ». Je te redis à nouveau, afin de sanctifier ceux pour lesquels je suis venu : « Me voici pour accomplir ta volonté ». Et je te redirai la même chose jusqu’à temps que ta volonté soit accomplie.” Jésus, qui a levé les bras pour louer le Ciel, les rabaisse, les croise sur sa poitrine et incline la tête, ferme les yeux et s’abîme dans une prière secrète. Les gens chuchotent. Peu ont compris", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 487.8-9, vision du 04/09/1946). Elle se disperse après le dicours, dubitative. Gamaliel prend Jésus à part pour lui demander des éclaircissements sur son entrevue avec Helchias ben Phiabi (dans la vision 414 précitée), et aussi un délai sur l’accomplissement du signe promis lors de sa bar-mitsva (dans la vision 41.9 précitée), Jésus lui répond énigmatiquement que "les pierres du Temple frémiront bientôt", puis les deux hommes se séparent ("‟On m’a rapporté tes propos lors d’un banquet [chez Helchias ben Phiabi] que je désapprouve parce qu’il était malhonnête (pour ma part, j’approuve ou je désapprouve toujours ouvertement). Je les ai médités. Je les ai confrontés à ceux de mon souvenir [lors de la bar-mitsva de Jésus]. Je t’ai attendu ici pour t’interroger sur le sujet. Je t’ai écouté. Beaucoup ne t’ont pas compris. Moi j’espère avoir compris. J’ai consigné tes phrases par écrit pendant que tu les prononçais, non pas pour te nuire mais pour y réfléchir. […] Quand tu dis : « Les pierres frémiront », renvoies-tu à nos cœurs ?” ‟Non, rabbin, je renvoie à ces pierres-ci (il fait un geste circulaire désignant les murs du Temple). Pourquoi me demandes-tu cela ?” ‟Parce que mon cœur a frémi quand on m’a rapporté tes réponses aux tentateurs lors du banquet [chez Helchias ben Phiabi]. J’ai pensé que ce frémissement était le signe…” ‟Non, rabbin. Le frémissement de ton cœur et celui de quelques autres ne sont pas suffisants pour être le signe indiscutable. Reste que tu as suffisamment connaissance de toi-même pour assimiler humblement ton cœur à une pierre. Oh, rabbin Gamaliel ! Pourquoi ne veux-tu pas transformer ton cœur de pierre en un autel de Lumière pour accueillir Dieu ? Non pas pour moi, rabbin, mais pour devenir un vrai juste ?” Jésus regarde avec douceur le vieux rabbin qui tourmente sa barbe de ses doigts et plisse du front sous son couvre-chef. Il baisse la tête pour murmurer : ‟Je ne peux pas encore… Mais j’espère… Ce signe, le donneras-tu ?” ‟Je le donnerai.” ‟Adieu, rabbin Jésus.” ‟Que le Seigneur vienne à toi, rabbin Gamaliel.” Ils se séparent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 487.10, vision du 04/09/1946). Maria Valtorta dit que Jésus se rend au domicile d’un nommé "Jean", patriarche d’un village qu’elle écrit "Nobé" : il s’agit d’une transcription phonétique de "Navi/Prophète" en hébreu, désignant le village appelé aujourd’hui "Nabi Samuel" en arabe où la tradition place la naissance du prophète Samuel, autre nom d’Arimathie où Joseph possède un domaine, comme on l’a vu plus haut. La description de Maria Valtorta ne laisse aucun doute sur ce sujet : depuis Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel, on voit Jérusalem au sud et Rama-en-Benjamin/Al-Ram au nord ("Le village [de Nobé/Nabi Samuel alias Arimathie/Ramathaim-Zophim], étant sur une hauteur, a de l’air et de la lumière même dans une journée couverte, et de là l’œil découvre Jérusalem au sud et Rama au nord (je dis “Rama” car ce nom est gravé sur une borne avec l’indication des milles)", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 489.1, vision du 06/09/1946). Chez Jean d’Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel où il s’installe, Jésus reçoit la visite de Manahen et Timon honteux de leur tentative de putsch. Jésus pardonne leur égarement temporaire (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 489.5, vision du 06/09/1946). Il se rend à Gethsemani pour y saluer tous les disciples galiléens qui s’y sont rassemblés pour fêter Soukkot. Il croise le jeune Zacharie (présent parmi les examinateurs lors de la bar-mitsva de Jabé/Margziam dans la vision 201.4 précitée, entrevu également lors de la fête de Soukkot W-2 l’année précédente dans la vision 281.14 précitée) qui s’intéresse au ministère et veut le suivre, mais Jésus, ne voulant pas être accusé de détourner les jeunes novices du Temple, l’en dissuade et l’incite simplement à fortifier sa foi (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 490.9, vision du 10/09/1946). Le dernier jour de la fête de Soukkot, Jésus prêche à nouveau au Temple, sur le thème du Jugement Dernier. Ses cousins Joseph et Simon les fils d’Alphée sont dans la foule. Après le discours, qui ravive l’enthousiasme de l’auditoire dubitatif suite au prêche de la veille, Joseph fils d’Alphée sort de son silence pour invectiver Eléazar ben Hanne (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 491.7, vision du 13/09/1946 ; on se souvient qu’Eléazar ben Hanne, conduit au tribunal du Sanhédrin pour avoir violé une fille qui en est morte peu après, a été relaxé grâce à l’influence de son père Hanne ben Seth, selon la vision 376.9 précitée). Au moment de quitter le sanctuaire, on apprend que des membres du Sanhédrin ont vivement reproché aux Romains de n’avoir pas arrêté Jésus, les Romains ont répondu ne pas avoir de motif pour cela, les sanhédristes ont hurlé, Nicodème a déclaré que les Romains ont raison, qu’on ne peut pas arrêter et condamner un homme sans l’avoir interrogé au préalable, les sanhédristes se sont alors retournés contre leur collègue Nicodème en l’accusant de traîtrise. En entendant ce rapport, Joseph fils d’Alphée explose, crie que les accusations contre son cousin Jésus sont parfaitement injustes, mais ce dernier l’apaise (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 491.8, vision du 13/09/1946). On se retrouve en petit comité chez Lazare à Béthanie, où Elise de Beth-Zur propose d’assurer l’intendance de Jésus avec sa protégée Anastasica, puisque Marthe et Marie-Madeleine ne peuvent plus assurer cette intendance depuis qu’elles sont occupées à soigner leur frère Lazare de plus en plus malade. Jésus accepte l’offre d’Elise de Beth-Zur et Anastasica, en leur demandant de s’installer avec lui au domicile du patriarche Jean à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 492.1, vision du 14/09/1946). Avant de repartir vers Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel, Jésus repasse une dernière fois au Temple avec Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée. Tandis qu’il prêche encore à la foule, il est pris à partie par des pharisiens qui trainent une femme ayant trompé son mari. Ils lui demandent son avis. Mais Jésus ne répond pas malgré leur insistance. Il s’assied sur une pierre et trace un mot dans la poussière déposée sur la pierre où il est assis, puis un autre, puis un autre encore, et ainsi de suite, sans prononcer une parole ("‟Rabbin [Jésus], cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Son mari l’aimait, ne la privait de rien, elle était la reine de sa maison. Et elle l’a trahi car c’est une pécheresse, une vicieuse, une ingrate, une profanatrice. Elle doit être lapidée pour son adultère. Moïse l’a dit [Lévitique 20.10 et Deutéronome 22.22]. Sa loi commande que de telles femmes soient lapidées comme des bêtes immondes car elles trahissent la foi conjugale et l’homme qui les aime et les soigne, elles sont comme une terre jamais rassasiée, toujours affamée de luxure, pire que des prostituées parce qu’elles n’ont pas la morsure du besoin, elles se donnent pour nourrir leur impudeur. Elles sont corrompues et contaminatrices, elles doivent être condamnées à mort. Moïse l’a dit. Et toi, rabbin, qu’en dis-tu ?” Jésus, qui a interrompu son prêche à l’arrivée tumultueuse des pharisiens et a regardé la meute haineuse d’un regard pénétrant avant de baisser son regard son regard sur la femme avilie jetée à ses pieds, se tait. Il se penche en restant assis, et avec un doigt il écrit dans la poussière déposée par le vent sur les pierres du portique. Eux parlent, lui écrit. ‟Rabbin, on te parle. Tu nous as entendu, réponds-nous. Tu n’as pas compris ? Cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Dans sa maison, dans le lit de son mari. Elle l’a souillé par sa passion.” Jésus écrit. ‟Il est idiot, cet homme ! Vous ne voyez pas qu’il ne comprend rien et qu’il trace des signes sur la poussière comme un pauvre fou ?” ‟Rabbin, pour ta bonne réputation, parle. Que ta sagesse réponde à nos questions. Nous te répétons que cette femme ne manquait de rien, elle avait vêtements, nourriture, amour, et elle a trahi.” Jésus écrit", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 494.1-2, vision du 20/03/1944). N’ayant plus de place, il écrit ensuite avec sa sandale sur la poussière du sol. Maria Valtorta explique que les mots tracés par Jésus ne sont que des jurons décrivant les pharisiens ("usurier", "profanateur de la Torah", "adultère"…), qu’il s’impose d’écrire dans la poussière pour ne pas les proférer, contrairement au capitaine Haddock plus tard ("moule à gauffres", "bachi-bouzouk", "anacoluthe"…). Il agit comme Simon-Pierre dans la vision 403.2 précitée, qui s’est imposé de casser du bois sans dire un mot pour ne pas casser la figure à Judas, il ne veut pas reproduire contre les pharisiens la violence physique qu’il n’a pas su contenir contre les marchands du Temple à la Pâque W-3. On comprend sa lassitude : il était en train de prêcher le pardon à la foule, et à peine interrompu il voit la même foule basculer dans le camp de ses adversaires, prête à lapider avec eux la femme adultère ("[Jésus] pivote sur lui-même pour trouver de la place, il écrit plus loin avec sa sandale. On dirait un enfant qui s’amuse, mais les mots qu’il a tracés ne son pas des amusements : ‟usurier” ‟faux” ‟fils irrespectueux” ‟fornicateur” ‟assassin” ‟profanateur de la Torah” ‟voleur” ‟luxurieux” ‟usurpateur” ‟mari et père indigne” ‟blasphémateur” ‟rebelle à Dieu” ‟adultère”. Il continue à écrire tandis que des nouveaux accusateurs prennent la parole", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 494.2, vision du 20/03/1944). Finalement, il se lève et, regardant droit dans les yeux chacun des accusateurs, ordonne : "Que celui d’entre vous qui est sans péché jette la première pierre à cette femme". Chacun se retire sans rétorquer, d’un air coupable. Jésus reste seul avec les deux apôtres et la femme prostrée au sol ("Jésus se lève. Miséricorde, quel visage ! Ce sont des éclairs qui tombent sur les accusateurs ! Il semble encore plus grand tant il redresse la tête. On dirait un roi sur son trône tant il est sévère et solennel. Son manteau est tombé d’une épaule et traîne derrière lui, mais il ne s’en préoccupe pas. La mine fermée, sans la moindre esquisse de sourire, il plante ces yeux en face de la foule qui recule comme devant deux lames acérées. Il fixe l’un après l’autre avec une intensité effrayante. Ceux qu’il fixe reculent, se fondent dans la foule, qui ainsi s’élargit et s’effrite, comme dissoute par une force cachée. Finalement il parle : ‟Que celui d’entre vous qui est sans péché jette la première pierre à cette femme”. Sa voix est un tonnerre. Jésus, le regard fulgurant, croise les bras, et il reste ainsi droit comme un juge. Ses yeux ne laissent aucun répit : il fouille, pénètre, accuse. Un des présents, puis deux, puis cinq, puis des groupes entiers, s’éloignent, tête base. Non seulement les scribes et les pharisiens, mais aussi ceux qui étaient auparavant autour de Jésus, et d'autres qui s’étaient approchés pour entendre le jugement et la condamnation et s’étaient unis pour insulter la coupable et demander la lapidation. Jésus reste seul avec [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée]. Je ne vois pas les autres apôtres", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 494.3, vision du 20/03/1944). Il la relève, en lui disant de rentrer chez elle et d’être très aimante avec son mari. Autrement dit il ne l’absout pas, il ne lui pardonne rien, il la considère toujours coupable, mais il a adapté son jugement avec mesure. Pas de lapidation, mais pas davantage de pardon pour la femme adultère ("[Jésus] observe la femme encore prostrée et en larmes à ses pieds. Il se lève, réajuste son manteau avant de se remettre en route. Il fait signe aux deux apôtres [Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée] de se diriger vers la sortie. Resté seul, il appelle la femme. ‟Femme, écoute-moi. Regarde-moi. […] Personne ne t’a condamnée ?” La femme, entre deux sanglots, répond : ‟Personne, rabbin.” ‟Moi non plus je ne te condamnerai pas. Va et ne pèche plus. Rentre chez toi et fais-toi pardonner, par Dieu et par l’offensé. N’abuse pas de la bonté du Seigneur. Va.” Il l’aide à se relever en la prenant par la main, mais il ne la bénit pas et ne lui donne pas la paix. Il la regarde s’éloigner, tête basse et légèrement chancelante sous sa honte. Puis, quand elle disparaît, il s’éloigne à son tour avec les deux apôtres", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 494.4, vision du 20/03/1944). Les trois hommes rejoignent les autres apôtres près de la fontaine de Siloé, ainsi qu’Etienne et Hermas, Nicolas d’Antioche, Timon, Manahen. Aussitôt après avoir entendu le récit de ce qui s’est passé, Judas reproche à Jésus de ne pas avoir respecté la Torah, qui impose la lapidation contre la femme adultère (Deutéronome 22.22), cela renforcera les griefs des autorités du Temple. Jésus lui répond qu’il n’a nullement bafoué la Torah, au contraire il a bien condamné la femme adultère et a réclamé sa lapidation, simplement il a demandé habilement qu’elle soit lapidée par des gens sans péché : puisque personne n’a prétendu être sans péché, aucun lapidateur ne s’est présenté, l’exécution n’a donc pas eu lieu, même si la femme adultère reste coupable ("‟Qu’a commis cette femme ?” ‟Un adultère.” ‟Un adultère ? Et tu l’as sauvée ? Tu ne devais pas !”, s’écrie [Judas] l’Iscariote. Jésus le regarde fixement et lui demande : ‟Pourquoi je ne devais pas ?” ‟Parce que cela peut te nuire ! Tu sais combien tes accusateurs te haïssent et cherchent le moindre prétexte, et toi… Sauver une adultère ! Tu vas contre la Torah !” ‟Je ne l’ai pas sauvée, je me suis contenté de demander à ceux qui étaient sans péché de la frapper. Et personne ne l’a frappée parce que personne n’était sans péché. J’ai donc respecté la Torah qui prescrit la lapidation contre les adultères, simplement j’ai empêché l’exécution par manque de lapidateur”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 495.2, vision du 17/09/1946). Jésus ajoute, pour mettre fin à la discussion en retournant l’accusation contre Judas : "Supposons que tu commettes un péché et que je te dénonce au Sanhédrin : tu seras probablement très heureux de trouver parmi les sanhédristes quelqu’un qui empêche habilement ton exécution et te laisse l’occasion de réparer ton péché". Judas se tait, ayant compris l’allusion à ses propres péchés bien réels ("‟Toi qui juges avec sévérité, Judas, si je te dénonçais au Sanhédrin pour nécromancie…” ‟Seigneur, ne fais pas cela ! Ce serait…” ‟Peu importe. Tu demandes immédiatement pitié. Les sanhédristes ne te condamneraient pas parce que…” ‟… parce que quoi, rabbin ? Que sous-entends-tu ?”, interrompt Judas très agité. Jésus reste très calme mais son regard perce son apôtre Judas au cœur et le freine devant les onze autres apôtres et les disciples, il enchaîne : ‟… parce qu’ils t’aiment. Tu as des bons amis parmi eux, tu le répètes souvent”. Judas pousse un soupir de soulagement […] : ‟Ah, c’est vrai. Des bons amis… Soit, admettons que je commette un péché…” ‟Tu demanderais immédiatement pitié ?” ‟Certainement. Je suis encore imparfait, et je veux devenir parfait.” ‟Tu l’as dit. Cette créature [la femme adultère] aussi est très imparfaite. Je lui ai simplement donné l’occasion de devenir bonne, si elle le veut.” Judas ne réplique pas", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 495.4, vision du 17/09/1946).


On repasse au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud. Le vieux disciple qui héberge le groupe sur la rive orientale dit avoir reçu la visite de pharisiens après la Pentecôte W-1 qui cherchaient Félix/Jean d’En-Dor, donc les pharisiens ne savent toujours pas que Félix/Jean d’En-Dor a été exfiltré vers Antioche et qu’il y est mort récemment ("‟Des hommes à ta recherche sont venus plusieurs fois après la Pentecôte [W-1], puis ils ne sont plus venus”, dit le le vieillard [à Jésus et aux apôtres] ‟Qui étaient-ils ?” ‟Des pharisiens, et d’autres comme eux. Ils voulaient t’interroger. Je leur ai dit : « Essayez à son village [Nazareth]. Il n’est pas ici, et je ne sais pas quand il repassera ». C’était la vérité. Ils se sont lassés de revenir. Ils cherchaient aussi un nommé « Jean » [c’est-à-dire Félix/Jean d’En-Dor] qu’ils disaient être avec toi, et qu’ils supposaient caché ici. J’ai répondu : « C’est son apôtre [c’est-à-dire Jean fils de Zébédée], vous le trouverez avec lui ». Ils m’ont demandé : « Il est borgne, cet apôtre ? et vieux ? et malade et mourant ? ». J’ai compris que je confondais deux personnes, alors j’ai expliqué : « Je connais seulement l’apôtre Jean [fils de Zébédée], qui est un bon jeune homme, presque un enfant, sain de cœur et de chair ». Ils m’ont menacé. Mais que pouvais-je dire d’autre ? C’était la vérité”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 496.3, vision du 18/09/1946). Lors de la marche sur la route romaine vers Hesbon, aujourd’hui Tell Hisban à une vingtaine de km au nord de Madaba en Jordanie (31°48'02"N 35°48'32"E), Jésus dit qu’il aimerait aller jusqu’à Pétra mais qu’il n’en aura plus le temps ("‟Tu veux vraiment aller par cette route ? Ça ne me paraît pas prudent, pour plusieurs raisons”, objecte [Judas] l’Iscariote. ‟Lesquelles ? Les habitants de cette région ne sont-ils pas venus à moi jusqu’à Capharnaüm pour trouver le salut et la sagesse ? Ils sont aussi des créatures de Dieu.” ‟Certainement. Mais c’est dangereux de s’approcher de Machéronte. C’est un endroit funeste pour les ennemis d’Hérode[-Antipas] [allusion à l’emprisonnement et à l’exécution récente de Jean-Baptiste]” ‟Machéronte est loin [Machéronte est à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Madaba] et je n’ai pas le temps d’y aller. Je souhaiterais aller jusqu’à Pétra, et au-delà, mais je n’atteindrai même pas la moitié du chemin. Allons !” ‟Joseph [d’Arimathie] t’a conseillé…” ‟… de ne pas m’écarter des routes sécurisées. Celle-ci est justement la route où les Romains ont les plus fortes garnisons au-delà du Jourdan. Je ne suis pas lâche, Judas, et je ne suis pas imprudent non plus”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 498.1, vision du 21/09/1946). On ignore ce qui se passe à Hesbon/Tell Hisban, mais on suppose que c’est un nouveau fiasco pour Jésus puisque, encore une fois, Maria Valtorta dit trop ou pas assez : elle montre le groupe quitter les lieux piteusement et continuer à marcher vers le sud, certains apôtres lancent des imprécations contre la cité ("Jésus et les siens sortent de la cité d’Hesbon, que je vois disparaître. D’après les visages des apôtres, je comprends qu’ils ont vécu une déception. Ils sont suivis, ou plutôt poursuivis, par une foule qui vocifère et menace à seulement quelques mètres d’eux. ‟Ces lieux autour de la mer salée [la mer Morte] sont maudits comme la mer elle-même”, dit [Simon-]Pierre. ‟Ça n’a pas changé depuis l’époque de Moïse. Tu es trop bon pour ne pas punir cette région elle le mériterait, comme jadis détruite par les forces du ciel et de la terre jusqu’au dernier homme et jusqu’à la dernière habitation [allusion à la destruction de Sodome et Gomorrhe en Genèse 19.23-25]”, dit Nathanaël [Barthélémy] fâché, avec une lueur de dédain dans ses yeux profonds. […] Jésus se retourne et lève la main en disant : ‟Paix ! Paix ! Eux aussi iront à la Vérité. Mais la paix et la compassion sont nécessaires. Nous ne sommes jamais venus ici, ils ne nous connaissent pas. D’autres lieux nous ont accueillis de la même façon, avant de changer.” ‟Ils ne valent pas davantage que ceux de Massada [allusion au mauvais accueil subi par les apôtres lors de leur passage à Massada au printemps W-1, selon la vision 392 précitée]. Ce sont des vendus. Retournons au Jourdain”, insiste [Simon-]Pierre. Mais Jésus continuer à avancer sur la route millaire vers le sud", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 498.1, vision du 21/09/1946). On croise une caravane d’un marchand arabe anonyme, qui se renseigne auprès des gens d’Hesbon/Tell Hisban sur la raison du tumulte près de la cité. Ces derniers lui disent qu’ils viennent de chasser le groupe de Jésus. Aussitôt il fait demi-tour vers le groupe et demande lequel est Jésus. Un dialogue s’engage avec Jésus, qui marche à l’avant avec Jean fils de Zébédée et Jabé/Margziam ("Un riche marchand, ou serviteur d’un riche marchand, conduit une longue caravane vers le nord. Il remarque [la foule des gens d’Hesbon qui poursuivent le groupe apostolique], il stoppe son chameau en même temps que sa caravane. Il observe Jésus et les apôtres désarmés à l’aspect bienveillant, puis ceux qui crient et menacent, qu’il interpelle. Je n’entends pas le dialogue, seulement les protestations de ceux qui répondent : ‟C’est le nazaréen maudit, le fou, le possédé ! Nous ne voulons pas de lui dans nos murs !”. L’homme n’en demande pas plus. Il retourne son chameau, donne un ordre à un homme près de lui, et aiguillonne l’animal qui en quelques foulées rejoint les apôtres. ‟Au nom de votre Dieu, qui est le nazaréen Jésus parmi vous ?”, demande-t-il à Matthieu, Philippe, Simon le zélote et à Isaac [berger de la Nativité] qui sont dans le dernier petit groupe. ‟Que lui veux-tu ? Le tourmenter aussi ? Ses compatriotes ne sont pas suffisemment nombreux, tu veux les aider ?”, dit Philippe très fâché. ‟Je vaux plus qu’eux. Je sollicite une grâce. Ne me repoussez pas. Je vous le demande au nom de votre Dieu.” Son ton finit par convaincre les quatre hommes. Simon [le zélote] lui répond : ‟Il est à l’avant, avec les deux jeunes”. Il excite à nouveau l’animal, afin de rattraper Jésus qui a continué à avancer et n’a pas entendu le bref dialogue. ‟Seigneur ! Ecoute un malheureux !”, lance-t-il en le rattrapant. Jésus avec Jean [fils de Zébédée] et [Jabé/]Margziam se retournent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 499.2-3, vision du 22/09/1946 ; on note que Jésus est encore en compagnie des deux plus jeunes garçons du groupe, et non pas avec ses autres apôtres qui suivent en retrait, cette scène s’inscrit dans la continuité de toutes les autres où Jésus témoigne de son attirance pour les jeunes garçons, elle paraît une revanche momentanée de Jésus contre Simon-Pierre dont il jalouse le charisme naturel et l’adoption de Jabé/Margziam). Le marchand arabe explique venir de Pétra où il a laissé ses deux enfants presque aveugles, il a entendu parler de Jésus par son compatriote arabe Alexandre Misace - avec qui le groupe a voyagé en territoire arabe en hiver W-2/W-1 - et sollicite son intervention pour guérir ses deux enfants ("‟Que veux-tu ?” [c’est Jésus qui s’adresse au marchand arabe anonyme] ‟Je suis de Pétra, Seigneur. Je transporte pour autrui des marchandises depuis la mer Rouge jusqu’à Damas. J’ai l’apparence de n’être pas pauvre, en réalité je le suis : mes deux enfants sont malades des yeux, seigneur, l’un est déjà aveugle, l’autre le devient. Les médecins ne font pas de miracles, toi si.” ‟Comment le sais-tu ?” ‟Je connais un riche marchand qui t’a croisé. Des fois il séjourne chez moi, d’autres fois je lui rends service. En voyant mes enfants il m’a dit : « Seul le nazaréen Jésus pourrait les guérir, trouve-le ». Je t’ai cherché, malgré mes contraintes de temps et d’itinéraires que je dois respecter.” ‟Alexandre [Misace] ?” ‟Oui. Je l’ai rencontré entre vos deux fêtes de printemps [la Pâque W-1 et la Pentecôte W-1]. Depuis, j’ai accompli deux autres voyages, sans te trouver. Seigneur, aie pitié !” ‟Je ne peux pas descendre jusqu’à Pétra, homme, et toi tu ne peux pas quitter ta caravane.” ‟Si, je le peux. Je demande à Arisa, mon homme de confiance, de continuer à avancer à un rythme plus lent, pendant que je vole vers Pétra. Mon chameau est plus rapide que le vent du désert et plus agile qu’une gazelle. Je prends mes enfants, avec un autre serviteur fidèle. Je te rejoins, tu les guéris […]. Et je me remets en-tête de ma caravane tandis qu’eux retournent vers leur mère. Vers où te diriges-tu, seigneur ?” ‟Debon [aujourd’hui Dhiban en Jordanie 31°30'07"N 35°46'35"E].” ‟Renonce. C’est un endroit maudit, seigneur, comme Machéronte. Ne te soustrais pas à des malheureux pour te livrer à des maudits, seigneur.” ‟C’est ce que je disais”, bougonne [Nathanael] Barthélemy dans sa barbe. Plusieurs l’approuvent. Tous entourent Jésus et l’homme de Pétra. Les habitants d’Hesbon, constatant que les caravaniers inclinent vers le persécuté, rebroussent chemin. La caravane à l’arrêt attend la décision", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 499.3-4, vision du 22/09/1946). Jésus accepte. On convient d’attendre le marchand dans une auberge au village de Madaba (en actuelle Jordanie, 31°42'50"N 35°47'34"E) pendant que celui-ci fera l’aller-et-retour jusqu’à Pétra pour y chercher ses enfants ("‟Tu me demandes de ne pas descendre vers le sud et de remonter vers le nord, pourquoi devrais-je t’écouter ?” ‟Je sais que je suis une abjection pour vous, Israélites. Je ne suis pas circoncis, je ne mérite pas qu’on m’entende. Mais tu es le roi du monde, or nous [les Arabes de Pétra] vivons dans le même monde…” ‟Je ne parle pas de ça. Pourquoi crois-tu que je peux réussir là où les médecins ont échoué ?” ‟Parce que tu es le Messie de Dieu, tandis qu’eux ne sont que des hommes. [Alexandre] Misace m’a dit que tu es le fils de Dieu, je le crois. Tu peux tout faire. Même pour un pauvre homme comme moi.” La réponse est pleine d’assurance, et l’homme la complète en se laissant glisser à terre, sans même agenouiller son chameau, et il se prosterne de tout son long dans la poussière. ‟Ta foi est plus grande que celle de beaucoup… Bon. Tu vois le mont Nébo ?” ‟Oui, seigneur. C’est cette hauteur-là. Nous aussi connaissons Moïse. Il est trop grand pour que nous l’ignorions. Mais toi tu es encore plus grand. Moïse et toi, c’est comme un rocher et une montagne.” ‟Va à Pétra, je t’attends sur le Nébo.” ‟Au pied du mont se trouve un village [Madaba] avec des auberges pour les voyageurs. J’y serai dans dix jours maximum. Je forcerai la bête. Et si Celui qui t’envoie me protège, je ne subirai pas de tempête.” ‟Va. Et reviens vite. Je dois aller ailleurs”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 499.4, vision du 22/09/1946). Pour tromper l’attente, on se rend sur le mont Nébo proche (31°46'04"N 35°43'33"E) où, selon la tradition, Moïse est mort. On y rencontre fortuitement le rabbin Zadok (le même qui a agressé Judas et chassé le groupe de Belle-eau au milieu de l’hiver W-3/W-2 dans la vision 137 précitée, puis agressé Jésus à Giscala/Jish et à Qadesh/Tel-Qadesh à la fin de l’hiver W-2/W-1 dans les visions 340-342 précitées, puis qui a soutenu l’adultère Samuel contre sa femme Anastasica avant la Pâque W-1 dans la vision 368 précitée) en voyage de pèlerinage avec des proches. Une altercation feutrée commence entre lui et Jésus, qui se termine vite car les proches de Zadok veulent poursuivre leur pèlerinage. Zadok salue Judas de loin ("‟Toi ici, rabbin [Jésus] !”, crie un homme montant le chemin, enveloppé dans son manteau, au milieu de plusieurs autres. Jésus se retourne pour le regarder. ‟Tu ne me reconnais pas ? Je suis le rabbin Zadok. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises.” ‟Le monde est petit pour ceux que Dieu veut confronter. Nous nous croiserons encore. En attendant, paix à toi.” L’autre ne rend pas le salut de paix, il demande : ‟Que fais-tu ici ?” ‟La même chose que toi. Ce mont est bien sacré pour toi ?” ‟Oui, comme pour mes élèves. Mais moi je suis scribe.” ‟Et moi je suis un fils de la Torah. Je vénère Moïse comme toi.” ‟Tu mens ! Tu remplaces sa parole par la tienne, et tu veux que les foules obéissent à toi plutôt qu’à nous !” ‟A vous, effectivement. Vous obéir n’est pas nécessaire.” ‟Pas nécessaire ? Horreur !” ‟Pas plus que les nombreux tsitsits [franges accrochées au vêtement sacerdotal, selon Nombres 15.38 et Deutéronome 22.12] ornant ton vêtement ne sont nécessaires à te protéger contre le climat automnal. La même remarque vaut pour les lois : je respecte celles saintes de Moïse, les autres m’indiffèrent.” ‟Samaritain ! Tu ne crois pas aux prophètes !” ‟Toi tu n’y crois pas, sinon tu ne me qualifierais pas « Samaritain ».” ‟Laisse-le-donc, Zadok, pourquoi parles-tu à ce démon ?”, dit un autre pèlerin qui approche avec d’autres. Il tourne son dur regard vers le groupe entourant Jésus, il voit Judas de Keriot et le salue en se moquant", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 501.4, vision du 24/09/1946). Le marchand arabe réapparaît avec son fils et sa fille aveugles. Jésus les guérit (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 501.5-8, vision du 24/09/1946). Ensuite on revient vers le Jourdain (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 501.9, vision du 24/09/1946). On repasse sur la rive occidentale au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud dans la vision 504. On est encore hébergé chez Bérénice/Véronique à Jéricho (on apprend cela incidemment dans les visions 502.4 et 505.1).


Retour à Jérusalem. Jésus se rend au Temple pour prier et prêcher. Maria Valtorta remarque que le centre-ville est beaucoup moins fréquenté que pendant les fêtes ("[Jésus] entre dans le Temple. La foule a disparu. Après la grande affluence des fêtes, les pèlerins sont partis. Seuls ceux qui doivent traiter des affaires importantes dans Jérusalem, et ceux qui y habitent, continuent à monter au Temple. Les cours et les portiques, sans être déserts, sont beaucoup moins fréquentés, et semblent plus vastes et plus sacrés par leur silence. Les changeurs aussi, et les marchands de colombes et autres animaux, sont moins nombreux, adossés aux murs du côté du soleil qui perce à travers les nuages gris. Jésus prie dans la cour des Israélites. Puis il revient sur ses pas", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 505.2, vision du 27/09/1946), par conséquent la soi-disant "foule" qui écoute Jésus est très relative. Quelques jours plus tard, Jésus remonte au Temple pour un prêcher. Un légionnaire l’informe avoir reçu l’ordre de le protéger, probablement par Claudia Procula ("[Jésus] ressort dans la rue et tourne vers l’Antonia. Des légionnaires en faction près de la forteresse se le montrent du doigt et parlent entre eux. Finalement l’un d’eux dit à haute voix : ‟Je le lui demande”, en se détachant pour venir vers Jésus. ‟Ave, rabbin. Parleras-tu aujourd’hui à l’intérieur [du Temple] ?” ‟Que la Lumière t’éclaire. Oui, je parlerai.” ‟Alors fais attention à toi. Un informateur nous a averti. Une femme qui t’admine [probablement Claudia Procula] nous a ordonné de veiller. Nous resterons près du souterrain à l’est. Tu connais l’entrée ?” ‟Oui. Mais il est fermé aux deux bouts.” ‟Tu crois ça ?” Le légionnaire rit un temps, ses yeux et ses dents brillent dans l’ombre de son casque, le rendant plus jeune. Puis il se raidit pour saluer : ‟Ave, rabbin. Souviens-toi de Quintus Félix.” ‟Je m’en souviendrai. Que la Lumière t'éclaire.” Jésus continue son chemin tandis que le légionnaire retourne à l’endroit où il parlait avec ses camarades", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 507.2, vision du 30/09/1946). Le jeune novice Zacharie, dont Jésus a poliment refusé les services lors de fête de Soukkot W-1 récente (dans la vision 490.9 précitée), lui propose de l’aider à fuir par un passage secret au cas où ses adversaires deviennent trop violents. Cette aide est bienvenue, car en effet les pharisiens et leurs auxiliaires associés au Temple se montrent de plus en plus agressifs, leur conversation avec Jésus devient violente, jusqu’au point de rupture (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 507.3-11, vision du 30/09/1946). Tandis que certains apôtres restent pour faire barrage, Jésus est évacué à la hâte par le jeune Zacharie qui, craignant pour sa propre sécurité, le supplie de ne pas révéler l’existence du passage secret qu’ils empuntent ("Zacharie le Lévite donne une bourrade à Jésus afin de le précipiter vers une petite porte basse, cachée dans le mur du portique et ouverte à l’avance, il l’y pousse avec [Jacques et Jude Thaddée] les deux fils d’Alphée, Jean [fils de Zébédée], Manahen, Thomas[/Didyme]. Les autres restent au dehors, dans le tumulte, dont le bruit s’atténue au fur et à mesure qu’on pénètre dans une galerie aux puissants murs de pierre. Je ne sais pas comment on définit cette architecture, ni comment l’expliquer : les pierres larges sont encastrées dans des pierres plus petites et vice versa. Tout est sombre, taillé grossièrement, on voit à peine, des fentes étroites en hauteur aèrent à intervalles réguliers et empêchent l’endroit d’être complètement obscur. J’ignore à quoi sert cette galerie étroite. J’ai l’impression qu’elle suit le portique, peut-être pour le renforcer, doubler ses murs, qui entourent le sanctuaire et protègent le Saint des Saints. Je me contente de décrire ce que je vois. Odeur d’humidité caractéristique de certaines caves, ni froide ni chaude. ‟Que faisons-nous ici ?”, demande Thomas[/Didyme]. ‟Tais-toi ! Zacharie m’a dit qu’il nous rejoindra. Nous devons rester silencieux et immobiles”, répond [Jude] Thaddée. […] Au dehors les clameurs s’éloignent. Un temps passe. Puis un bruit sourd de pas, et une petite lueur tremblante venue de l’obscurité profonde. ‟Es-tu là, rabbin ?”, demande une voix qui veut être entendue en craignant d’être entendue. ‟Oui, Zacharie.” ‟Dieu soit loué ! Je n’ai pas été trop long ? J'ai dû patienter jusqu’à temps que tous sortent. Viens, rabbin. J’ai réussi à demander à tes autres apôtres d’aller à Bethesda [double piscine au nord de l’esplanade du Temple, aujourd’hui site archéologique jouxtant l’église sainte Anne] et de vous y attendre. Descendons… La luminosité est faible, mais le chemin est sûr. Il mène aux citernes. On sort du côté du Cédron. C’est un vieux passage, pas toujours emprunté à bon usage. Mais aujourd’hui, si. Il est même sanctifié…” Ils descendent dans l’obscurité troublée seulement par la lueur tremblotante de la lampe, jusqu’au moment où une clarté différente, verte, lointaine, apparaît au fond. Une grille étroite et massive clôt la galerie. ‟Rabbin, je t’ai sauvé, tu peux sortir, mais écoute-moi. Ne reviens pas tout de suite. Je ne pourrais toujours t’aider sans être remarqué. Et oubliez cette galerie, oubliez que je vous y ai conduits”, dit Zacharie en actionnant les mécanismes de la lourde fermeture puis en l’entrouvrant afin de laisser passer tout le monde. Il répète : ‟Oubliez, par pitié pour moi”. ‟Ne crains rien, aucun d’entre nous ne parlera. Que Dieu soit avec toi pour ta charité.” Jésus lève la main et la pose sur la tête inclinée du jeune homme. Il sort, suivi par ses cousins [Jacques et Jude Thaddée les fils d’Alphée] et les autres. Ils se retrouvent sur une place encombrée de ronces, si petite et si sauvage qu’elle peut à peine les contenir tous, face à l’oliveraie [la propriété de Lazare, au sommet de laquelle est Gethsemani, sur la rive est du Cédron, face au Temple qui est sur la rive ouest]. Un sentier de chèvres descend au milieu des ronces vers la rivière [Cédron]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 507.12, vision du 30/09/1946). On se réfugie chez un nommé "Joseph de Sepphoris", vieil avare auquel Jacques et Jude Thaddée les fils d’Alphée sont apparentés, ancien partenaire commercial du pêcheur Zébédée père de Jacques et Jean dont il écoulait la marchandise dans Jérusalem. Joseph de Sepphoris entretient une relation courtoise mais distante avec les quatre apôtres fils d’Alphée et de Zébédée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 508.1, vision du 07/10/1946). Avec sa femme appelée "Marie", il a recueilli un enfant romain orphelin appelé "Martial", qu’il a circoncis et rebaptisé "Manassé", un nouveau nom que l’enfant n’aime pas (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 508.4-5, vision du 07/10/1946). Joseph de Sepphoris dit qu’il veut effacer strictement le passé romain païen de Martial/Manassé dans l’espoir de l’intégrer plus facilement dans son foyer judéen juif, Jésus lui demande d’être plus compatissant et plus souple avec Martial/Manassé (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 508.7, vision du 07/10/1946). Arrivée de Joseph d’Arimathie, Nicodème, Manahen, Nicolas d’Antioche et Bérénice/Véronique. Quand il apprend l’origine de Martial/Manassé, Joseph d’Arimathie le plaint de ne pas être juif en dépit de sa circoncision récente, Jésus lui dit que la généalogie et la circoncision ne sont que des liens de chair qui n’auront plus d’importance dans le christianisme ("Dans la divine Torah de Moïse [c’est Jésus qui s’adresse à Joseph d’Arimathie], comme dans les lois morales ou d’inspiration célestes d’avant Moïse, où trouves-tu que celui qui n’appartient pas à Israël ne peut pas y entrer ? Ne lit-on pas dans la Genèse : ‟Au bout de huit jours, que parmi vous tout enfant mâle soit circoncis, aussi bien celui qui est né dans la maison que celui qu’on a acheté, même s’il n'est pas de votre race” [Genèse 17.12], cela n’a-t-il pas été écrit ? Tout le reste a été ajouté par vous. Je l’ai dit à Joseph [de Sepphoris, le père adoptif de Martial/Manassé, à ne pas confondre avec Joseph d’Arimathie !], je vous le redis à vous tous : bientôt l’ancienne circoncision n’aura plus d’importance, une nouvelle plus vraie la remplacera sur un organe plus noble [le cœur, et non plus le pénis]. […] La chair appartient au tombeau, tandis que l’âme appartient à Dieu. On circoncit la chair parce qu’on ne peut pas circoncire l’Esprit. Mais c’est sur l’Esprit que resplendit le signe saint. Et l’Esprit appartient au Père de tous les hommes. Méditez cela", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 509.8, vision du 08/10/1946). Par une incidence dans la vision 538.1, on apprendra que Joseph d’Arimathie reprendra bientôt à Joseph de Sepphoris la garde et l’éducation du jeune Martial/Manassé. Puis tout le monde part, dont Jabé/Margziam qui retourne en Galilée sous la conduite d’Isaac l’un des bergers de la Nativité. Jésus reste seul avec ses apôtres.


Au sortir de chez Joseph de Sepphoris, Jésus guérit un aveugle de naissance nommé "Sidoine Bartolmai" (concaténation de "bar Tolmai/fils de Tolmai" en araméen, "Tolmai" est la traduction de "Ptolémée" en grec, le père de l’aveugle Sidoine porte le même nom grec "Ptolémée/Tolmai" que le père de l’apôtre Nathanaël, et que le père de l’aubergiste arabe Fara de Bosra dans la vision 292 précitée, ce qui renseigne encore sur la profondeur de l’hellénisation au Levant), mais sans révéler son identité : il pose de la boue sur ses paupières et l’envoie les nettoyer à la fontaine de Siloé. Or c’est sabbat. Après sa guérison à la fontaine de Siloé, Sidoine se rend au Temple pour remercier Dieu de lui avoir donné la vue par l’intermédiaire de l’inconnu qui a posé de la boue sur ses paupières. Il est immédiatement arrêté par les adversaires de Jésus et interrogé (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 510.7, vision du 10/10/1946), notamment par Helchias ben Phiabi qui brandit l’accusation de faux miracle et de blasphème (puisque la prétendue guérison a été accomplie lors du sabbat ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 510.12, vision du 10/10/1946). Joseph d’Arimathie s’interpose vigoureusement pour mettre fin à l’interrogatoire (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 510.8, vision du 10/10/1946), il est soutenu par le vieux Eléazar-Boethos (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 510.12, vision du 11/10/1946). Cette séquence sera rapportée par Jean fils de Zébédée dans son futur évangile (Jean 9.1-34). Plus tard, chez le patriarche Jean d’Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel où le groupe apostolique s’est installé, avec Elise de Beth-Zur et Anastasica qui assurent l’intendance (comme convenu dans la vision 492 précitée), on reçoit la visite de Joseph d’Arimathie et de Nicodème. Joseph d’Arimathie informe que les adversaires de Jésus ne décolèrent pas et sont toujours à ses trousses, il soupçonne clairement Judas de les renseigner sur les déplacements de Jésus ("‟Paix à Toi, rabbin [c’est Joseph d’Arimathie qui s’adresse à Jésus], et à ceux qui sont dans cette maison. Nous allons à Rama[-en-Benjamin], rabbin, Nicodème m’y invite. Nous avons voulu te saluer en passant, voir si tu es encore importuné. Ils [les autorités du Temple adversaires de Jésus] se sont rendus chez Joseph [de Sepphoris], ils t’ont cherché partout depuis que tu as guéri l’aveugle [Sidoine Bartolmai]. Ils n’ont pas franchi les murs, certes, ils n’ont pas déplacé un siège afin de respecter le sabbat, pour cela ils se croient purs, mais pour te chercher, pour suivre [Sidoine] Bartolmaï, oh ! ils ont parcouru plus que la distance autorisée.” ‟Comment ont-ils su ? Le rabbin n’a rien fait en chemin”, demande Matthieu. ‟Nous-mêmes [les apôtres] n’étions pas informés de sa guérison. Nous sommes allés à la synagogue, nous avons salué Bérénice[/Véronique] et Isaac et [Jabé/]Margziam, puis nous sommes revenus vite ici après le coucher du soleil”, précise [Simon-]Pierre. ‟Vous n’étiez pas informés, mais les envoyés des pharisiens, si. J’ai bien vu : deux d’entre eux étaient là quand le rabbin a touché les yeux de l’aveugle, ils attendaient depuis des heures.” ‟Comment donc ?”, demande Judas de Kerioth d’un air innocent. ‟Tu me le demandes ?” ‟C’est étrange. Voilà pourquoi je te le demande.” ‟L’étrange est que, ces derniers temps, dans tous les lieux où se rend le rabbin, on trouve des espions.” ‟Les vautours sont près de la proie, les loups sont près du troupeau…” ‟… et les voleurs sont près de leurs complices qui leur signale la caravane. Tu as bien dit.” ‟Qu’insinues-tu ?” ‟Rien. Je complète ton proverbe en l’appliquant aux hommes. Jésus est un homme, et ce sont des hommes qui lui dressent des embûches”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 511.5, vision du 11/10/1946). Les autres apôtres expriment le même soupçon, la conversation s’envenime. Jésus finit par demander à son hôte s’il souhaite que le groupe quitte sa demeure, le patriarche Jean répond qu’il ne redoute nullement les représailles. Néanmoins Thomas/Didyme propose d’héberger le groupe chez lui à Rama-en-Benjamin/Al-Ram (à quelques kilomètres à l’est d’Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel) pour ne pas attirer des ennuis au patriarche Jean. Jésus est d’accord pour loger à Rama-en-Benjamin/Al-Ram durant une courte période, avant de repartir évangéliser au plus tôt. Le groupe quitte donc Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel à l’aube pour aller vers Rama-en-Benjamin/Al-Ram, escorté par Nicodème qui approuve la proposition de Thomas/Didyme car sa propre propriété est proche de celle de l’apôtre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 511.7, vision du 11/10/1946).


Dans la vision 513, on repasse à Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba (à quelques kilomètres à l’ouest de Rama-en-Benjamin/Al-Ram), on y est accueilli par le vieux Cléophas chef de la synagogue. Ensuite on passe à Beth-Horon (à quelques kilomètres au nord-ouest d’Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, 31°52'34"N 35°07'45"E). Le serviteur d’un parent d’Helchias ben Phiabi implore Jésus d’intervenir pour sauver sa maîtresse qui meurt en couches. Jésus s’apprête à le suivre, quand soudain un "chef de manipule romain" le sollicite pour soigner un de ses légionnaires qui vient de se casser la jambe. Jésus choisit de suivre le Romain plutôt que le serviteur du parent d’Helchias ben Phiabi ("Le serviteur [d’Helchias ben Phiabi] accourt. Un robuste vieillard, à la mine désolée. Il salue et regarde par en-dessous Jésus qui lui sourit en lui demandant : ‟De quoi meurt ta maîtresse ?” ‟Elle devait avoir un enfant, mais il est mort en elle et son sang s’est corrompu ! Elle délire comme une folle et elle va mourir ! On lui a ouvert les veines pour descendre la fièvre, mais le sang est complètement empoisonné, et elle va mourir ! On l’a descendue dans la citerne pour éteindre ses crises, le mal s’apaise tant que la femme est dans l’eau glacée, mais il se renforce ensuite, et elle tousse, elle tousse, et elle va mourir !” ‟Evidemment, avec de pareils soins !", grommelle Matthieu entre ses dents. ‟Depuis quand est-elle malade ?” Le serviteur est sur le point de répondre quand, par la descente, le chef de manipule romain surgit. Il s’arrête devant Jésus. ‟Ave. Es-tu le nazaréen ?” ‟Je le suis. Que veux-tu de moi ?” […] ‟Un jour un de nos chevaux a heurté un enfant juif, que tu as soigné, tu as ainsi empêché les juifs de manifester contre nous [allusion à l’épisode avec le soldat Alexandre à l’automne W-3, dans la vision 115 précitée]. Aujourd’hui les pierres des juifs ont provoqué la chute d’un soldat, qui git avec la jambe fracturée. J’ai l’ordre de ne pas m’arrêter. D’ailleurs personne ne le veut dans le village [de Beth-Horon, juste à côté]. Il ne peut pas marcher, et je ne peux pas le traîner avec sa jambe fracturée. Je sais que tu ne nous méprises pas, contrairement à tous les juifs…” ‟Tu veux que je guérisse le soldat ?” ‟Oui. Tu as guéri le serviteur du centurion [allusion à épisode de Capharnaüm en hiver W-3/W-2, dans la vision 177.3 précitée] et la fille de Valeria [allusion à l’épisode de Césarée en hiver W-3/W-2, dans la vision 155.5 précitée], tu as sauvé Alexandre de la colère de tes compatriotes, on raconte cela en haut lieu comme en bas…” ‟Allons trouver ce soldat.” ‟Et ma maîtresse ?”, demande le serviteur mécontent. ‟Après”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.6-7, vision du 17/10/1946). Sur le trajet jusqu’au légionnaire, le chef de manipule dit qu’il est un ancien camarade du soldat Alexandre mûté à Antioche (le même que Jésus a fréquenté hier à Jérusalem selon les visions 86 et 115 précitées, le même qui fréquente aujourd’hui Syntyché à Antioche selon la vision 461.15 précitée), c’est pour cette raison que Jésus ne lui est pas inconnu, il explique que les sous-officiers ont ordre de tout rapporter à leurs supérieurs afin d’anticiper tout débordement et d’assurer la sécurité publique, et avoue ne pas savoir quoi penser de Jésus qui l’impressionne ("Jésus marche derrière le sous-officier qui dévore la route avec ses longues jambes musclées et dégagées de vêtements encombrants. En marchant ainsi devant tous, il échange quelques paroles avec Jésus qui le suit immédiatement : ‟J’ai fréquenté Alexandre naguère. Il parlait de toi. Et le hasard me met près de toi à présent”. ‟Le hasard ? Pourquoi ne pas dire Dieu, le vrai Dieu ?” Le soldat se tait un moment, puis il dit, de façon que Jésus seul entende : ‟On prétend que le vrai Dieu est celui des juifs. Mais il n’a pas envie qu’on l’aime, il est comme les juifs. Ils n’ont aucune pitié, même pour un blessé”. ‟Le vrai Dieu est celui des juifs comme celui des Romains, et des Grecs, des Arabes, des Parthes, des Scythes, des Ibères, des Galates, des Gaulois, des Libyens, des hyperboréens [les peuples vivant au nord de l’Europe], il est unique. Mais beaucoup l’ignorent, ou le connaissent mal. S’ils le connaissaient mieux, tous seraient comme des frères et on ne verrait plus d’injustices, de haines, de calomnies, de vengeances, de luxure, de vols et d’homicides, d’adultères et de mensonges. Moi, je connais le vrai Dieu, et je suis venu pour le révéler.” ‟On raconte… Nous devons toujours écouter les rumeurs pour les rapporter aux centurions, et eux au proconsul [Ponce Pilate]. On raconte que tu es Dieu. Est-ce vrai ?” Le soldat est préoccupé en disant cela. Il regarde Jésus par-dessous l’ombre de son casque et il semble presque effrayé. ‟Je le suis.” ‟Par Jupiter ! Les dieux descendent donc pour converser avec les hommes ? Avoir parcouru le monde derrière les enseignes, et venir ici, déjà vieux, pour trouver un dieu !” ‟Le Dieu unique, non « un dieu »”, corrige Jésus. Le soldat est anéanti à l’idée de précéder un dieu. Il ne parle plus", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.7, vision du 17/10/1946). On arrive devant la porte d’entrée de Beth-Horon où le soldat à la jambe cassée est allongé, appelé "Camillus". Le parent d’Helchias ben Phiabi arrive en personne depuis la ville pour presser Jésus de venir sauver sa femme, mais Jésus persiste à soigner d’abord le soldat Camillus ("A l’entrée du village [de Beth-Horon] on trouve le détachement autour du blessé qui gémit par terre. ‟Voici”, dit l’officier avec concision. Jésus se fraie un passage et s’approche. La jambe a une mauvaise fracture, le pied est retourné vers l’intérieur, elle est déjà enflée et livide. L’homme souffre beaucoup. Voyant Jésus allonger une main, il dit suppliant : ‟Ne me fais pas trop mal !”. Jésus sourit. Il touche du bout des doigts l’endroit où le cercle livide indique la fracture [c’est encore un geste ordinaire de magnétiseur], puis il dit : ‟Lève-toi !”. ‟Il a une autre fracture plus haut, à la hanche”, explique l’officier, pour signifier : ‟Tu ne la touches pas ?”. Soudain surgit un homme de Beth-Horon : ‟Rabbin, rabbin, tu perds ton temps avec des païens, ma femme se meurt !”. ‟Amène-la-moi.” ‟Je ne peux pas, elle est folle !” ‟Amène-la-moi, si tu as foi en moi.” ‟Rabbin, on ne la tient pas ! Elle est nue et on ne pas pas la vêtir, elle déchire ses vêtements ! Elle est mourante et incapable de se lever !” ‟Amène-la-moi, si ta foi n’est pas inférieure à celle de ces gentils [non-juifs].” L’homme repart, mécontent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.8, vision du 17/10/1946 ; Jésus choisit-il de s’occuper du soldat Camillus plutôt que de la femme qui accouche parce qu’il estime que soigner une fracture à la jambe est plus facile qu’empêcher un accouchement de mal finir ?…). Celui-ci se relève, avance de quelques pas en boitant, cela suffit à provoquer la stupéfaction et la joie de ses camarades, et la colère sourde des juifs qui assistent à la scène ("Jésus regarde le Romain [Camillus] étendu à ses pieds : ‟Et toi, as-tu la foi ?”. ‟Moi, oui. Que dois-je faire ?” ‟Te lever.” ‟Attention, Camillus, que…”, commence à dire le sous-officier. Mais le soldat [Camillus] est déjà debout, agile, guéri. Les juifs ne crient pas hosanna : le guéri n’est pas juif. Ils semblent même mécontents, du moins leurs visages expriment une critique de l’acte de Jésus. Les soldats au contraire dégainent leurs courtes et larges dagues et les lèvent dans l’air gris après les avoir frappées sur leurs boucliers en signe de réjouissance. Jésus est au milieu du cercle des lames. Le sous-officier le regarde. Il ne sait comment s’exprimer ni quoi faire, homme près d’un dieu, païen près de Dieu. Après réflexion, il estime devoir honorer Dieu comme on honore l’Empereur César, il commande le salut militaire (je crois que c’est le salut militaire : j’entends résonner un ‟Ave !” puissant, tandis que les lames scintillent quand ils les mettent presque horizontales en haut de leurs bras tendus). Pour compléter cet honneur, le sous-officier lui dit à voix basse : ‟Va sans crainte, même de nuit. Les routes sont toutes surveillées. Nous sommes missionnés contre les voleurs. Tu seras en sûreté. Quant à moi…”. Il s’interrompt, ne sachant comment continuer. Jésus sourit en disant : ‟Merci, Va, et sois bon. Même avec les voleurs, sois humain. Fidèle à ton service, mais sans cruauté. Ce sont des malheureux, et ils devront rendre compte de leurs agissements à Dieu.” ‟Je le serai. Ave !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.9, vision du 17/10/1946). Jésus prédit au chef de manipule qu’il le reverra bientôt (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.9, vision du 17/10/1946). Dans un commentaire en marge de la vision 515.5, Maria Valtorta indique que ce chef de manipule servira d’auxiliaire à Longinus lors de la crucifixion. Peut-être s’agit-il de Cornelius/Corneille qui, après avoir été promu centurion, accueillera Simon-Pierre dans sa maison de Césarée selon Actes des apôtres 10. Jésus entre dans la ville de Beth-Horon. Quand il arrive à la maison du parent d’Helchias ben Phiabi, la femme a fini d’accoucher, elle est sauve et son enfant aussi. N’importe quel esprit rationnel de l’an 2000 conclut que le père s’est alarmé inutilement, mais Jésus et la majorité de ses contemporains n’ont pas l’esprit rationnel de l’an 2000 : Jésus prétend avoir "guéri" la femme à distance, et ne pas avoir voulu se déplacer lors de l’accouchement parce que le manque de foi de la femme et de son mari ne le méritait pas. Ce propos renforce la colère sourde de l’homme nouvellement père et de ses proches qui l’entourent contre Jésus ("Jésus entre dans le village [de Beth-Horon]. Après quelques mètres, il voit venir un groupe criant des commentaires. De ce groupe, l’homme de tout à l’heure se détache avec une femme, ils saluent Jésus, la femme à genoux, l’homme seulement incliné. ‟Levez-vous et louez le Seigneur. Même si ta conscience n’est pas limpide, homme. Tu es venu à moi par égoïsme, non par amour pour moi, ni par foi en moi. Tu as douté de ma parole, et tu sais qui je suis. Ensuite tu as eu une mauvaise pensée, parce que je me suis arrêté pour guérir un gentil [un non-juif, le Romain Camillus], le village tout entier n’a pas été bon en refusant d’accueillir le blessé. Par miséricorde, pour rendre bon ton cœur, j’ai guéri ton épouse sans entrer chez toi. Tu ne le méritais pas. J’ai fait cela pour te montrer que je n’ai pas besoin de me déplacer pour agir, ma volonté suffit. Mais en vérité je vous dis, à vous tous, que ceux que vous méprisez sont meilleurs que vous, et ont foi en ma puissance plus que vous. Lève-toi, femme. Tu n’es pas coupable car tu ne jouissais pas de ta raison. Va, crois désormais, par reconnaissance pour le Seigneur.” L’attitude des habitants devient froide et hautaine sous le reproche de Jésus. Ils le suivent renfrognés jusqu’à la place où il s’arrête pour parler, l’accès à la synagogue lui ayant été interdite par le responsable, et aucune maison n’ayant voulu l’accueillir", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.10, vision du 17/10/1946). Comme si ce n’était pas suffisant, Jésus entame un prêche sur l’agora de Beth-Horon, où il dénonce le manque de foi général des habitants, qui ne trouvent rien à répondre suite à l’heureuse conclusion de l’accouchement. Puis il quitte la cité (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 514.11-12, vision du 17/10/1946). Ensuite, dans la vision 516, on passe à Gibeon, aujourd’hui Al-Jib dans la banlieue nord d’Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel en Cisjordanie, 31°50'51"N 35°11'10"E). La population est accueillante. Jésus "guérit" un enfant muet (dans les faits, il se contente de lui tirer quelques bruits de gorge, comme au "possédé" de Capharnaüm dans la vision 269 précitée, et comme à l’enfant sourd-muet près de Qadesh/Tel-Qadesh dans la vision 341 précitée). Puis on chemine à nouveau vers Jérusalem. Judas sous-entend malignement que Jésus désire retrouver Marie-Madeleine au plus vite. Jésus répond immédiatement être asexuel, et ne pas avoir le temps de s’intéresser au sexe car ses pensées sont totalement orientées vers son sacrifice proche ("‟Quand le Père me conduit vers un lieu de paix, j’en jouis et j’en bénis mon Père, mais ce n’est pas pour cela que je suis venu. Je suis venu pour convertir au Seigneur les lieux coupables et éloignés de Lui. Ainsi je pourrais rester à Béthanie, mais je n’y reste pas.” [c’est Jésus qui s’adresse à Judas] ‟C’est aussi pour ne pas nuire à Lazare.” ‟Non Judas fils de Simon. Même les pierres savent que Lazare est mon ami, mais je freine mon désir de réconfort…” ‟… pour les sœurs de Lazare, pour Marie[-Madeleine] surtout.” ‟Non plus, Judas fils de Simon. Même les pierres savent que la luxure de la chair ne me trouble pas. Remarque que parmi les nombreuses accusations qu’on m’a adressées, celle-là a été la première, or même mes adversaires les plus acharnés y ont renoncé car ils ont compris que la soutenir prouvait qu’ils mentaient, car personne parmi les gens honnêtes ne peut soutenir que je suis un sensuel. La sensualité attire seulement ceux qui ignorent le surnaturel et méprisent les sacrifices. Tandis que pour celui qui s’est voué au sacrifice, pour celui qui est victime, que représente le plaisir d’une heure ? La jouissance des âmes victimes est toute entière dans l’Esprit, la chair qui les revêt n’est pas davantage qu’un habit. Penses-tu que les habits dont nous nous vêtissons ont des sentiments ? Pour ceux qui vivent de l’Esprit, la chair n’est qu’un vêtement, rien de plus. L’homme spirituel est le vrai surhomme parce qu’il n’est pas esclave des sens. L’homme matériel ne vaut rien face à la dignité de l’homme vrai, parce qu’il a trop d’appétits communs avec la brute, il lui est même inférieur quand il les surpasse parce qu’il transforme l’instinct naturel de l’animal en un vice dégradant”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 517.3-4, vision du 24/10/1946).


Retour à Jérusalem. On croise l’ex-aveugle Sidoine, qui ne connaît pas Jésus puisque celui-ci n’était pas présent quand ses yeux se sont dessillés à la fontaine de Siloé. Sidoine dit qu’il vend des pommes pour le compte d’un non-juif, il ne trouve pas de travail chez les juifs car ceux-ci le rejettent depuis son interrogatoire au Temple ("Jésus sort du Temple et prend la rue qui descend vers Ophel [quartier au sud du Temple], quand, au croisement des chemins conduisant au mont Sion, il tombe sur le jeune homme né aveugle mais récemment guéri [Sidoine], chargé de paniers pleins de pommes parfumées, marchant en sens contraire, allègrement en plaisantant avec d’autres jeunes également chargés. Ce dernier ne porte aucune attention à Jésus et aux apôtres, dont il ignore l’identité. Jésus au contraire connaît son visage, il l’appelle. Sidoine Bartolmai se retourne et observe d’un air interrogateur cet homme de grande taille, majestueux malgré la simplicité de son vêtement, qui le hèle par son nom dans la rue. ‟Viens ici”, ordonne Jésus. Le jeune homme s’approche, sans poser son fardeau. Il regarde Jésus du coin de l’œil. Croyant avoir affaire à un acheteur de pommes, il lui dit : ‟Mon patron les a déjà vendues, mais il en a encore, si tu en veux. Elles sont belles et bonnes, arrivées hier des vergers de Saron. Et si tu en achètes une grande quantité, tu auras une forte remise car…”. Jésus lève la main droite en souriant pour arrêter la faconde du jeune homme : ‟Je ne t’ai pas appelé pour acheter des pommes, mais pour me réjouir avec toi et bénir avec toi le Très-Haut qui t’a grâcié”. ‟Ah oui, je bénis à la fois la lumière que je vois et le travail que je peux exercer pour aider mes parents. J’ai fini par trouver un bon patron. Il n’est pas juif, mais il est bon. Les juifs ne veulent pas de moi parce que j’ai été chassé de la synagogue”, explique le jeune homme en déposant ses paniers à terre. ‟On t’a chassé ? Pourquoi ? Qu’as-tu fait ?” ‟Moi rien, je t’assure ! C’est le Seigneur qui a agi. Un jour de sabbat, j’ai croisé un homme qu’on prétend être le Messie et qui m’a guéri, comme tu le constates. C’est pour cela que j’ai été chassé.” ‟Celui qui t’a guéri ne t’a donc pas rendu un bon service”, remarque Jésus pour le tester. ‟Ne dis pas cela, homme, c’est un blasphème de ta part ! Avant tout, il m’a montré que Dieu m’aime, puis il m’a donné la vue. Tu ne sais pas ce que signifie ‟voir”, parce que tu as toujours vu. Mais pour un aveugle, oh ! c’est… ce sont toutes les merveilles qu’on peut voir. Je peux t’affirmer que, quand j’ai vu, là-bas près de Siloé, j’ai ri et fondu en larmes, mais de joie, hein ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 518.2, vision du 25/10/1946). Jésus révèle son identité. Sidoine se jette à ses pieds pour le remercier (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 518.3, vision du 25/10/1946). Des pharisiens ayant repéré le groupe se manifestent, suggèrent indirectement que Jésus est un charlatan ou un pervers puisqu’il ne guérit pas tous les aveugles de naissance et n’empêche pas certains hommes de devenir aveugles. Jésus rétorque astucieusement que quiconque refuse de voir la vérité en se berçant d’illusions est aveugle, même quand il a des yeux parfaitement fonctionnels ("‟Alors tu détestes une grande partie des hommes, et tu n’es pas bon comme tu prétends l’être, car si tu l’étais tu guérirais les aveugles afin qu’ils voient et tu empêcherais les autres de devenir aveugles”, interrompent des pharisiens venus de la rue principale, qui se sont approchés prudemment derrière le groupe apostolique. Jésus se retourne et les regarde. […] ‟Ce n’est pas moi qui désire que ceux qui combattent actuellement la Vérité, ne la voient pas. Ils se bouchent les yeux eux-mêmes pour ne pas voir, ils se rendent aveugles par leur propre volonté. Le Père m’a envoyé pour trier, pour manifester les fils de la Lumière et ceux des Ténèbres, ceux qui veulent voir et ceux qui ne le veulent pas.” ‟Nous sommes donc des aveugles ?” ‟Si vous l’étiez et si vous cherchiez à voir, vous ne seriez pas fautifs. Mais parce que vous clamez : « Nous voyons » sans vouloir voir, vous péchez. Vous êtes fautifs de ne pas vouloir guérir de votre cécité.” ‟Et que devons-nous voir ?” ‟La Voie, la Vérité, la Vie. Un aveugle de naissance, comme l’était cet homme, peut toujours retrouver la porte de sa maison avec un baton et y rentrer, parce qu’il la connaît. Si on le conduit vers une autre maison, il ne pourra pas y entrer parce qu’il ignore où se trouve la porte, il se cognera contre les murs”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 518.4, vision du 25/10/1946). Les pharisiens recentrent leurs attaques sur la question essentielle : "Tu te prétends Mashiah, oui ou non ?" en rappelant que tous ceux qui se sont déclarés Mashiah/Messie dans le passé récent - comme l’esclave Simon et le berger Athroggès à Jéricho en -4, comme peut-être le Galiléen Judas fils d’Ezéchias en 6 et comme Theudas - n’ont fait qu’apporter le malheur de Rome sur Israël. Jésus confirme qu’en effet il est le Mashiah/Messie, mais que son ministère apaise les Romains contrairement à tous ceux qui ont accaparé ce titre avant lui. La foule, décidément très versatile, approuve Jésus ("‟Nous ne comprenons rien à ton baratin. Ça n’a aucun sens. Réponds sans parabole : es-tu, oui ou non, le Messie ?” ‟N’avez-vous pas compris ? [Jésus vient de raconter la parabole de la Porte et du Berger] Je me suis présenté comme la Porte et le Berger pour cela : jusqu’à présent personne n’a pu entrer dans le Royaume de Dieu parce qu’il était muré, mais maintenant que je suis venu la porte d’entrée est créée.” ‟Oh, bien d’autres ont prétendu être le Messie, mais on a compris par la suite que c’étaient des voleurs et des rebelles, et la justice humaine a puni leur rébellion ! Qui nous assure que tu n’es pas comme eux ? Nous-mêmes et le peuple sommes las de souffrir la rigueur de Rome à cause de menteurs qui se disent rois et qui poussent à la révolte !” ‟Vous déformez les choses. Vous ne voulez pas souffrir, c’est vrai. Mais vous êtes indifférents à la souffrance du peuple. La preuve : à la rudesse de nos dominateurs [les Romains] vous ajoutez votre propre dureté, vous oppressez le peuple par des dîmes exagérées et par beaucoup d’autres outrances. Comment vous assurer que je ne suis pas un brigand ? Par mes actes. La main de Rome n’est pas lourde par ma faute, au contraire je l’allège en conseillant l’humanité à nos dominateurs et la patience à ceux qu’ils dominent. ” Beaucoup approuvent dans l’auditoire qui s’est agrandi peu à peu, au point d’encombrer la ruelle dont les voutes répercutent les voix, et de refouler des gens vers la grande rue en ralentissant son trafic", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 518.6, vision du 25/10/1946). Judas disparaît on-ne-sait-où. Jésus va à Béthanie visiter Lazare très malade. Marthe dit que son frère a la lèpre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 519.4, vision du 28/10/1946). Mais Marie-Madeleine rejette très vivement le mot "lèpre" car elle a visité des léproseries alentours et constaté que les symptômes de son frère diffèrent de ceux de la lèpre ("‟J’affirme que [Lazare] ne souffre pas du mal maudit en Israël [la lèpre, allusion à Lévitique 13-14], non et non ! Simplement [ses nombreux opposants] nous haissent tellement qu’ils utilisent ce prétexte ! Ton apôtre Simon [le zélote] a été qualifié de « lépreux » pour beaucoup moins !” ‟Tu n’es pas prêtre ni médecin, Marie[-Madeleine]”, dit Marthe en sanglotant. ‟Non, mais je sais ce que j’ai fait pour être certaine de ce que j’affirme. Seigneur, j’ai parcouru toute la vallée de Hinnom [la "Géhenne" en grec, au sud de Jérusalem], tout Silo, tous les tombeaux près d’En Rogel [au sud-est de Jérusalem]. Habillée comme une servante, voilée, dès l’aurore, chargée de vivres et d’eaux médicinales, de bandes, de vêtements, et j’ai tout donné en expliquant que je formais un vœu pour celui que j’aimais, et c’était vrai. En contrepartie j’ai demandé à voir les plaies des lépreux. On m’a cru folle. Qui donc veut voir ces horreurs ? Pourtant à chaque fois, après avoir déposé mes offrandes en bordure des talus, j’ai demandé à voir. Eux en haut, moi en bas. Eux étonnés, moi dégoûtée. Eux pleurant, moi pleurant. J’ai regardé, regardé, regardé. J’ai vu des corps couverts de squames, de croûtes, de plaies, des visages rongés, des cheveux blanchis et plus durs que des seimes, des yeux suintant de la pourriture, des joues où l’on voit les dents, des crânes sur des corps vivants, des mains réduites à des griffes monstrueuses, des pieds comme des branches noueuses. Puanteur, horreur, pourriture. Oh, si j’ai péché en adorant la chair, si j’ai joui avec mes yeux, avec l’odorat, l’ouïe, le toucher, de ce qui était beau, parfumé, harmonieux, doux et lisse, je t’assure que mes sens sont désormais purifiés par la mortification de ces connaissances ! Mes yeux ont oublié la beauté séduisante de l’homme en contemplant ces monstres, mes oreilles ont expié la jouissance passée des voix viriles avec ces voix âpres qui n’ont plus rien d’humain, et ma chair a frissonné, et mon odorat s’est révolté, et tout reste de culte personnel est mort car j’ai vu ce que l’on est après la mort. Mais j’ai emporté avec moi cette certitude : Lazare n’est pas lépreux. Sa voix n’est pas altérée, ses cheveux et tous les poils sont intacts, et les plaies sont différentes. Il ne l’est pas ! Et Marthe me peine parce qu’elle ne me croit pas, parce qu’elle ne dissuade pas Lazare de se croire immonde, et tu vois le résultat ? Quand il apprend que tu es ici, il ne veut pas te voir parce qu’il craint de te contaminer ! La sotte peur de ma sœur le prive aussi de ton réconfort !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 519.5, vision du 28/10/1946). Jésus passe outre les précautions de Marthe, il pénètre dans la pièce où Lazare est allongé, et conclut, comme Marie-Madeleine, que celui-ci n’est pas lépreux. Maria Valtorta ajoute son témoignage personnel en disant que Lazare n’a pas la lèpre mais des varices qui enflent démesurément ("‟Rabbin, tu n’as pas peur ! [c’est Lazare qui s’adresse à Jésus] Je suis…” ‟… malade, rien de plus. Des règles très larges et très sévères ont été données par une mesure compréhensible de prudence, Lazare, mieux vaut faire trop que pas assez en cas de maladie contagieuse. Mais tu n’es pas contagieux, mon pauvre ami, tu n’es pas immonde. Et je ne suis pas imprudent envers mes frères si je viens t’embrasser.” Il l’embrasse, en prenant le corps amaigri dans ses bras. ‟Tu es vraiment la Paix ! Mais tu n’as encore rien vu. Voilà Marie[-Madeleine] qui montre l’horreur. Je suis déjà un mort, seigneur. Je ne sais pas comment mes sœurs peuvent résister…” Je résiste difficilement, pour ma part, tant sont effrayantes et répugnantes les plaies qui se sont formées le long des varices des jambes. Les mains splendides de Marie[-Madeleine] travaillent avec légèreté sur elles, tandis qu’elle répond de sa voix merveilleuse : ‟Tes maux sont des roses pour tes sœurs, des roses épineuses seulement parce que tu souffres. Vois, rabbin : la lèpre n’est pas ainsi”. ‟Elle n’est pas ainsi. C’est un grand mal qui te consume, mais il est sans danger. Crois ton rabbin. Recouvre-le, Marie[-Madeleine], j’ai vu”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 519.6, vision du 28/10/1946).


Jésus et les onze apôtres - rappelons que Judas a disparu on-ne-sait-où dans la vision 519 - passent à Tecua (aujourd’hui Tuku à une dizaine de kilomètres au sud de Bethléem en Israël, 31°38'07"N 35°12'40"E). Ils rencontrent un vieillard nommé "Eli-Anna" qui dit avoir été chassé par son fils appelé "Simon" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 520.6, vision du 29/10/1946) très proche des sanhédristes hostiles au ministère, il ajoute que son fils Simon reçoit régulièrement la visite de Judas pour on-ne-sait-quelle raison (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 520.11, vision du 29/10/1946). Eli-Anna est finalement recueilli par un aubergiste de Tecua/Tuku (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 520.9-10, vision du 29/10/1946). Puis on passe à Jéricho, où on retrouve Zachée (l’ex-publicain converti dans la vision 417 précitée), qui raconte comment il convertit patiemment ses anciens pairs affairistes ("Naguère ils étaient mes complices dans le vice, mais je ne les aimais pas. Maintenant je les réprime, mais je les aime. […] Oh, cela a été dur au début ! Je voulais les rendre bons en même temps que moi-même. Quelle peine ! Me surveiller car je me rendais compte qu’ils me surveillaient ! Un rien pouvait les éloigner ! Plusieurs péchaient par besoin. J’ai tout vendu afin d’avoir de l’argent pour les entretenir jusqu’à ce qu’ils trouvent d’autres métiers moins avantageux, plus fatigants, mais honnêtes. D’autres viennent aussi par curiosité, par désir de devenir homme et ne plus être animal. Je dois les recevoir tant qu’ils ne se sont pas formés au nouveau joug. Certains se sont pas circoncis, premier pas vers le vrai Dieu, mais je ne l’impose pas", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 522.8, vision du 01/11/1946). Lui et trois collègues convertis, Démétès, Valens et Lévi, ont acheté un domaine qu’ils ont transformé en jardin collectif, où ils s’occupent à des tâches agricoles pour se détourner de l’envie de reprendre leur ancienne vie d’affairiste ("Zachée parle d’un domaine acheté avec leur argent rassemblé : ‟Nous devions nous occuper. L’oisiveté n’est pas un bon remède contre le péché… Le terrain produit peu car il a été longtemps négligé, comme nous, il était plein de ronces, de pierres, d’endroits asséchés, d’herbes nuisibles, Bérénice[/Véronique] nous a prêté ses serviteurs paysans pour nous apprendre comment dégager les puits, nettoyer la terre, tailler le peu d’arbres restant et en planter des jeunes. Nous savions beaucoup de choses, mais pas les saints travaux de l’homme… Dans ces tâches, si nouvelles pour nous, nous trouvons vraiment une vie nouvelle. Rien ne rappelle le passé autour de nous”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.1, vision du 03/11/1946). Le domaine s’articule autour d’une maison en ruine servant de dortoir, de cuisine ("La maison tombe en ruines, et elle est vide de meubles. Nous n’avions plus d’argent, après avoir réparé nos actes envers autrui… Seuls Démétès, Valens et Lévi, trop âgés pour certaines privations, dorment ici, dans le foin", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.1, vision du 03/11/1946) et d’étable ("Le domaine qui alimente le groupe hétérogène des amis de Zachée est pauvre […], mais ceux-ci l’apprécient et le montrent à Jésus avec fierté. Trois champs à blé, labourés et bruns, un verger avec quelques arbres productifs parmi d’autres trop jeunes pour donner des fruits, quelques pauvres rangées de vignes, un potager, une petite étable avec une vache et un âne pour la noria, un réduit avec quelques poules et cinq couples de colombes, six brebis, un taudis avec une cuisine et trois chambres, un hangar servant de bûcher, de débarras et de grenier à foin, un puits à la bouche ébréchée, et une citerne à l’eau fangeuse. Rien de plus", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 525.1, vision du 05/11/1946). Zachée présente ses trois copropriétaires : Démétès est un Grec ancien usurier ("… les malédictions de ceux que j’ai rendus esclaves après avoir pris par l’usure tout leur avoir", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.3, vision du 03/11/1946), Vales est un Romain ancien proxénète ("Seigneur, moi je n’ai pas de sang sur les mains, je n’ai pas dérobé d’argent, je n’ai pas imposé de gabelles exagérées, d’intérêts usuraires, je n’ai pas frappé les vaincus, mais j’ai exploité toutes les misères, je me suis enrichi sur les filles innocentes des vaincus, sur des orphelines, sur des femmes vendues pour un pain comme de la marchandise. J'ai parcouru le monde pour saisir ces occasions, derrière les armées, là où il y avait la disette, là où le débordement d’un fleuve avait enlevé toute nourriture, là où une épidémie avait laissé des jeunes vies sans protection, et j’en ai fait une marchandise, une infâme et pourtant innocente marchandise. Infâme pour moi qui en tirais de l’argent, innocente car elle n’en connaissait pas encore l’horreur. Seigneur, j’ai sur les mains la virginité de fillettes déshonorées, et l’honneur de jeunes épouses prises dans les villes conquises. Mes magasins… et mes lupanars étaient célèbres, seigneur. Ne me maudis pas, maintenant que tu sais", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.3, vision du 03/11/1946), Lévi est un juif ancien collecteur d’impôts comme l’apôtre Matthieu ("… les supplications des veuves et des orphelins qui ne pouvaient pas payer et auxquels j’ai confisqué, au nom de la loi, leurs dernières ressources", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.3, vision du 03/11/1946). Dans ce domaine devenu hospice de charité, on croise un jeune voleur repenti, qui informe avoir déjà croisé Jésus dans la vallée du Carit/wadi Qelt au printemps W-1 (dans la vision 380 précitée), il dit que son complice Dismas, perturbé par les paroles de Jésus, a changé de vie, mais a été récemment arrêté et emprisonné par les Romains ("J’étais parmi ceux qui t’ont apporté l’agneau au Carit. L’un de nous [Dismas] a été pris par les Romains, selon la rumeur. Il a cessé de fréquenter les refuges de voleurs bien avant les Tabernacles [la fête de Sukkot de l’automne W-1]. Il m’a rapporté les paroles que tu as dites dans une vallée près de Modine [dans la vision 223 précitée], à l’époque où je n’étais pas encore un voleur. J’ai commencé à les fréquenter à la fin d’adar dernier [février/mars W-1], je les ai quittés début étanim [alias "tisri", septembre/octobre W-1]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.6, vision du 03/11/1946). Zachée révèle que des voleurs sont recrutés par les adversaires de Jésus, pour voler au nom de Jésus afin de le discréditer ("Sais-tu, seigneur, que tes ennemis soudoient des voleurs, la lie du peuple, pour les imposer par le nombre aux autres ? J’ai appris cela par un de mes pauvres frères. Une différence existe-t-elle entre celui vole légalement et celui qui se déshonore en volant des passants ? J’ai volé légalement, moi aussi, jusqu’à ce que tu me sauves, jamais je n’aurais pu seconder ceux qui te haïssent. Lui est un jeune voleur. Un soir, j’attendais vers l’Adomin trois de mes semblables en provenance d’Ephraïm avec des bestiaux achetés à bon marché, je l’ai trouvé aux aguets dans une gorge. Je lui ai parlé. Je n’ai jamais eu de famille, pourtant je crois que si j’avais eu des fils je leur aurais parlé comme je lui ai parlé, pour les persuader de changer de vie. Il m’a expliqué comment et pourquoi il était devenu voleur. Oh, comment des gens apparemment respectables peuvent être à ce point des vrais coupables ! Je lui ai dit : ‟Ne vole plus. Si tu as faim, j’ai du pain pour toi. Je te trouverai un travail honnête. Tu n’es pas encore homicide, arrête-toi, sauve-toi”. Et je l’ai convaincu. Il m’a expliqué être seul parce que ses complices avaient été achetés pour une grosse somme d’argent par ceux qui te haïssent, des complices désormais prêts à fomenter des soulèvements et à fomenter des exactions en ton nom afin de scandaliser le peuple, dans les gorges du Cédron, dans les tombeaux du côté de Phasaelis [Fasayil au nord de Jéricho], dans les grottes au nord de la ville, sur les sépultures des rois et des Juges, partout", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 522.9, vision du 01/11/1946). Pour signifier que leur repentir doit être définitif, Jésus dit aux ex-affairistes et aux ex-voleurs présents que la théorie pythagoricienne sur les réincarnations est fausse : l’âme s’incarne une seule fois, et non pas plusieurs fois au cours des siècles comme l’affirment beaucoup de modernes expérienceurs de mort imminente ("Certains parmi vous viennent de lieux où on enseigne la théorie pythagoricienne. C’est une théorie erronée. Les âmes, après leur passage ici-bas, ne reviennent jamais ici-bas, dans aucun corps, ni dans un animal car une chose surnaturelle ne peut pas habiter une bête, ni dans un homme car la récompense accordée à l’âme au Jugement Dernier devient impossible si cette âme a habité plusieurs corps. Cette théorie affirme que la récompense est attribuée à la dernière incarnation, que les réincarnations successives sont des purifications progressives conduisant à la perfection méritée. Erreur et offense ! Erreur et offense envers Dieu, puisque cela supposerait que Dieu n’a créé qu’un nombre limité d’âmes. Erreur et offence envers l’homme, puisque cela suppose que l’homme est si corrompu qu’il ne mérite aucune récompense immédiate, qu’il doit subir une purification au cours de quatre-vingt-dix-neuf incarnations avant de connaître enfin la joie à sa centième incarnation. Je dis que celui qui se purifie est déjà sauvé, et qu’il jouira avec son corps après le dernier jour. Il n’aura qu’un seul corps pour son âme, qu’une seule vie ici-bas, et c’est avec ce corps formé par les parents qui l’ont engendré, et avec l’âme que le Créateur lui a créée pour vivifier sa chair, qu’il jouira de la récompense. On ne peut pas se réincarner, comme on ne peut pas revenir dans le passé. Mais on peut se recréer par un mouvement librement volontaire, et Dieu bénit cette volonté, et il l’aide. Chacun de vous le peut. C’est ainsi que l’homme pécheur, vicieux, souillé, criminel, voleur, corrompu, corrupteur, homicide, sacrilège, adultère, sous le bain du repentir, peut renaître spirituellement, détruire la substance corrompue de l’homme ancien qu’il était, disperser son ancienne mentalité encore plus corrompue, se racheter par l’acide de sa volonté qui dissout l’enveloppe malsaine où était enfermé le trésor de son Esprit, remettre à nu cet Esprit assaini, revêtu d’une nouvelle mentalité pure, bonne, enfantine", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 524.9-10, vision du 03/11/1946). A l’est de Jéricho, près du Jourdain, on recroise le rabbin Zadok, auquel Jésus annonce la guérison de Lazare de façon codée, et sa propre arrestation et condamnation à la Pâque W également de façon codée ("‟N’es-tu pas Zadok surnommé « le scribe d'or » ?”, demande Jésus en montrant le scribe au gros nez […] ‟Oui, et alors ?” ‟Tu as été le premier me violenter à Giscala et au Temple. Mais je te pardonne. Je te rappelle simplement […] le défi que tu m’as lancé à Qadesh [dans la vision 342.6 précitée]. Bientôt tu verras s’en accomplir une partie : quand la lune sera revenue à la phase actuelle, brillante dans le ciel, tu auras la première preuve [annonce de la guérison de Lazare au début de l’hiver W-1/W]. La seconde preuve viendra quand le grain aujourd’hui en terre agitera ses épis encore verts au vent de nisan [dans le calendrier hébraïque, soit mars/avril dans le calendrier chrétien ; annonce de l’arrestation et de la condamnation de Jésus au printemps W]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 525.16, vision du 05/11/1946). Dans la vision 526, on atteint à nouveau le gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud. Mais dès la vision 527 qui suit, on est de retour à Gethsemani à Jérusalem. Jésus reste seul à l’écart. Les onze apôtres s’interrogent sur la raison de sa tristesse : la maladie de Lazare, ou l’absence de Judas, ou les deux ?


Nous sommes au milieu de l’automne W-1. Le groupe est revenu s’installer chez le patriarche Jean à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel. Elise de Beth-Zur dit que Judas s’est manifesté pendant que Jésus était au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud, il a fait des avances à Anastasica (confirmation que Judas est bien un hétérosexuel ordinaire, préférant les femmes aux jeunes garçons, contrairement à Jésus…), Elise de Beth-Zur a donc envoyé sa protégée Anastasica chez elle à Beth-Zur pour la préserver de nouveaux assauts de Judas ("‟Judas de Keriot est ici depuis plusieurs jours [c’est Elise de Beth-Zur qui s’adresse à Jésus]. Il est venu un soir de sabbat. Il paraissait fatigué et hors d’haleine. Il prétend qu’il t’a perdu dans les rues de Jérusalem et qu’il a couru te chercher dans toutes les maisons où tu vas d’ordinaire. Il vient ici chaque soir. Il sera bientôt de retour. Il part chaque matin en disant qu’il va te chercher dans les environs.” ‟C’est bien, Elise. Et tu l’as cru ?” ‟Rabbin, tu sais que je n’aime pas cet homme. Si j’avais un fils comme lui, je prierai le Seigneur de me le reprendre. Non, je n’ai pas cru à ses paroles. Mais par amour pour toi, j’ai gardé mon jugement pour moi. Et je suis maternelle avec lui. De cette façon, je l’incite à revenir ici chaque soir.” ‟Tu as bien fait.” Jésus la regarde très fixement et lui demande soudain : ‟Où est Anastasica ?”. Le visage d’Elise [de Beth-Zur] prend une couleur violacée de personne âgée, elle répond franchement : ‟A Beth-Zur”. ‟Tu as bien fait aussi sur ce point. Je t’en prie, aie pitié de l’homme…” ‟C’est parce que j’ai pitié de lui que j’ai voulu étouffer l’incendie avant qu’il n’éclate en scandale, ou qu’il effraie simplement la fille”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 528.1, vision du 09/11/1946). Le soir, réapparition de Judas. Sans mauvaise conscience, il prétend être en pourparlers avec les adversaires de Jésus. Et Jésus lui pardonne tout une nouvelle fois. Judas réagit avec une moue dédaigneuse mêlée de déception : "Tu es donc incapable de me punir pour tous mes méchants comportements ? Tu es vraiment un faible !", puis il poursuit son monologue sur divers sujets ("[Judas] pousse la porte et se retrouve face à Jésus. De stupeur, il recule d’un pas. Puis il se reprend : ‟Rabbin ! Paix à toi !”. ‟Paix à toi, Judas.” Jésus reçoit le baiser de l’apôtre, mais ne le lui rend pas. ‟Rabbin, tu ne m’embrasses pas ?” Jésus le regarde sans dire mot. ‟C’est vrai, j’ai commis des erreurs, et ne pas m’embrasser est la moindre des punitions que tu puisses m’infliger. Néanmoins ne me juge pas trop sévèrement. Ces derniers jours j’ai discuté à en perdre la voix avec des gens qui ne t’aiment pas, je leur ai dit : « Qui sait où il est allé ? », et je suis revenu ici pour t’attendre. N’est-ce pas ta maison, désormais ?” ‟Tant qu’on me le permet.” ‟Tu ne me gardes pas rancune ?” ‟Non. Je te demande seulement de penser à l’exemple que tu donnes aux autres.” ‟Oh, je les entends déjà ! Mais je peux me justifier. Avec toi je n’ai pas besoin car je sais que tu m’as déjà pardonné.” ‟Je t’ai déjà pardonné, c’est vrai.” Face à cette marque de bonté, Judas ne témoigne d’aucune humilité ni d’amour, au contraire il manifeste son dépit et s’écrit : ‟Aucun moyen de te voir en colère ! Quel homme es-tu donc ?”. Jésus se tait encore. Judas debout regarde Jésus assis, il hoche la tête avec un mauvais sourire sur les lèvres. Pour lui, le sujet est clos. Il se met à parler de diverses choses comme s’il était le plus loyal de tous. La nuit tombe. Les bruits de la rue cessent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 528.4, vision du 09/11/1946). Face aux autres apôtres, Judas développe : il a vu Helchias ben Phiabi, qu’il croit avoir convaincu que Jésus est bien le Mashiah/Messie. On apprendra plus tard qu’il a machiné une épreuve avec Helchias ben Phiabi : ils ont payé une prostituée qui doit séduire Jésus, Judas calcule que ce dernier ne répondra pas aux avances de la prostituée, prouvant ainsi sa vertu, alors qu’Helchias ben Phiabi espère que Jésus tombera dans les bras de la prostituée et que ce délit de fornication s’ajoutera à celui de blasphème. Judas déclare que, grâce à cette négociation avec Helchias ben Phiabi et ses amis, les persécutions contre le ministère sont terminées, le groupe peut désormais rester sans crainte à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel ("[Simon-]Pierre, entré le premier, voit Judas et l’entreprend : ‟On peut savoir où tu étais ?”. ‟Ici. Tout simplement ici. J’aurais été stupide de courir après vous quand vous avez disparu. Je suis venu ici où j’étais certain de vous retrouver.” ‟Belle façon d’agir !” ‟Le rabbin [Jésus] ne m’a rien reproché. Et sache que je n’ai pas perdu mon temps. J’ai évangélisé tous les jours, j’ai même fait des miracles.” ‟Avec quelle autorisation ? ”, demande sévèrement [Nathanaël] Barthélemy. ‟Ni la tienne, ni celle de personne. Il me suffit d’être… de la… Bref. Les gens murmurent et rient de nous, apôtres qui ne faisons rien. Je le sais, et j’ai agi pour tous. J’ai même fais mieux : j’ai vu Helchias [ben Phiabi] et je lui ai prouvé qu’on n’agit pas mal quand on est saint. Ils étaient nombreux. Je les ai convaincus. Ils ne nous troubleront plus. Et j’en suis satisfait.” Les apôtres se regardent. Ils regardent Jésus, dont le visage est impénétrable, voilé par une grande lassitude physique. ‟Tu aurais pu demander la permission du rabbin, observe Jacques fils d’Alphée. Nous n’avons pas cessé d’être inquiets à cause de toi.” ‟Eh bien maintenant ne soyez plus inquiets. Il ne m’aurait jamais donné sa permission. Il nous protège trop. La rumeur prétend qu’il est jaloux de nous, qu’il craint que nous fassions plus que lui, qu’il nous punit. Les gens sont si médisants ! La vérité est que nous lui sommes plus chers que la pupille de ses yeux, n’est-ce pas, rabbin ? Il craint de nous voir courir des dangers, ou nous rendre ridicule.” […] Et il coupe court en sortant dans le jardin obscur. Les apôtres se retournent pour se consulter, ils sont stupéfaits de tant d’audace. Mais personne n’a le cœur de prononcer une parole au risque d’accroitre la souffrance de leur rabbin, dont le visage trahit la douleur", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 528.5, vision du 09/11/1946). Les jours suivants, on constate que les attaques des sanhédristes ont cessé. On conclut que Judas a bien agi. Mais Elise de Beth-Zur et Simon-Pierre mettent en garde sur les troubles qui se préparent, dont le calme apparent actuel est le prélude trompeur ("‟Les rancœurs semblent calmées, depuis peu [c’est Nathanaël Barthélémy qui s’adresse à Jésus]. Vois : plus personne ne nous agresse. Pourtant ils savent que nous sommes ici. Nous les avons même croisés hier, quand nous revenions de la ville avec nos achats, et ils ne nous ont pas interpellés.” ‟Nous pareillement. Nous sommes allés aux villages voisins annoncer ta présence, et aucun accroc. Nous avons rencontré Helchias [ben Phiabi], Simon, puis Zadok, Samuel, et Nahum [cité dans le Talmud de Jérusalem, Zeraïm, Pea II.4] avec Doras [fils de Doras], ils nous ont même salués. N’est-ce pas Jacques [fils de Zébédée] ?”, demande Jean [fils de Zébédée] à son frère. ‟Oui. Nous devons convenir que Judas de Keriot a vraiment bien travaillé, alors qu’en notre cœur nous le critiquions. Nous n’avons plus d’ennuis depuis notre retour. Les faits confirment ses paroles. On a l’impression de revivre l’époque de Belle-Eau, à nos débuts… Ah, si c’était vrai !”, dit Jacques fils de Zébédée. ‟Oui, si c’était vrai !”, soupire [Simon-]Pierre. ‟Le tonnerre ne gronde pas, cela ne signifie pas que le temps est serein…”, assène sentencieusement Elise [de Beth-Zur] en tournant son fuseau [on se souvient qu’Elise de Beth-Zur jouissait d’un foyer heureux, quand brusquement son mari et ses deux enfants sont décédés, selon la vision 208.7 précitée]. ‟Que veux-tu dire ?”, demande [Simon-]Pierre. ‟Dans un lieu exposé aux bourrasques, une grande paix est parfois le prélude à la tempête. Tu dois le savoir, toi qui es pêcheur.” ‟Si je le sais, femme ! Le lac [de Galilée] est parfois un immense bassin d’huile bleue, la voile pend, l’eau est immobile : c’est presque toujours l’annonce de méchantes tornades. « Vent de bonace, vent de tombeaux », disent les marins !” ‟Voilà pourquoi à votre place je me méfierais de tant de paix. Trop de paix”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 529.3, vision du 12/11/1946). Judas redisparaît. Le soir, Jésus veille, guettant son retour, soupçonnant qu’il magouille encore avec Helchias ben Phiabi ou qu’il se perd dans le lit d’une énième prostituée. Quand Judas revient, les deux hommes parlent franchement. Judas sait qu’il a perdu la confiance de Jésus, et Jésus sait qu’il a perdu la confiance de Judas. Le premier demande au second de le chasser du groupe, le second répond qu’il ne peut pas justement parce qu’il veut sauver le premier ("‟On supporte le mensonge chez l’enfant parce qu’il en ignore la gravité, on lui apprend à ne plus en dire, mais on ne le supporte plus chez un adulte, et chez un apôtre chargé de la Vérité il provoque le dégoût, un total dégoût. Voilà pourquoi je t’ai attendu toute la nuit, pourquoi j’ai pleuré en mouillant la table où était le briquet [nouvelle occurrence du briquet antique constitué d’une pierre qu’on percute sur de l’amadou, déjà signalé dans les visions 18.1 et 28.4 précitées], en t’appelant de toute mon âme à la lumière des étoiles, pourquoi je suis trempé par la rosée comme l’amant du Cantique [Cantique des cantiques 5.2-6 ; on remarque que Jésus, confirmant son homosexualité, substitue le jeune homme Judas à la femme amante du Cantique des cantiques…]. Mais ma tête est inutilement couverte de rosée, et les boucles de mes cheveux des gouttes de la nuit, je frappe inutilement à la porte de ton âme pour lui demander : « Ouvre-moi, car je t’aime, même si tu n’es pas immaculée ». C’est parce qu’elle est tachée que je veux la pénétrer et la purifier. C’est parce qu’elle est malade que je veux entrer en elle pour la guérir. Prends garde que l’amant s’éloigne pour toujours, Judas, et que tu ne puisses plus le trouver… Tu ne dis rien ?” ‟C’est trop tard pour dire quoi que ce soit, désormais. Tu l’as avoué : je te dégoûte… Chasse-moi.” ‟Non. Les lépreux me dégoûtent, mais j’en ai pitié. Et s’ils m’appellent, j’accours et je les purifie. Tu ne veux pas être purifié ?” ‟C’est trop tard. Et c’est inutile. Je ne veux pas être saint. Chasse-moi, te dis-je.” ‟Je ne suis pas comme tes amis pharisiens qui qualifient d’« immondes » une infinité de choses et les fuient ou les chassent durement alors qu’ils pourraient les purifier par la charité : je suis le Sauveur, et je ne chasse personne.” Un long silence. Judas reste dans son coin. Jésus appuie son dos à la table et fatigué, souffrant, semble se soutenir grâce à elle. Judas relève la tête, il le regarde hésitant et murmure : ‟Et si je te quitte, que feras-tu ?”. ‟Rien. Je respecterais ta volonté, en priant pour toi… Néanmoins je te dis à mon tour que, même si tu me quittes, c’est désormais trop tard…” ‟Pour quoi, rabbin ?” ‟Pour quoi ? Tu le sais comme moi… Allume le feu, maintenant. On marche au-dessus. Etouffons le scandale ici, entre nous”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 530.4-5, vision du 14/11/1946). Le jour suivant, on reçoit des visiteurs. Un marin de Tyr a reçu un coup à la nuque, qui a déplacé ses vertèbres, Jésus le guérit ("Un marin de Tyr paralysé par un accident de mer raconte son infortune : le roulis a provoqué la chute d’un fardeau, des lourdes marchandises lui sont tombées dessus et ont blessé son échine, il n’est pas mort mais trouve que sa situation est pire que la mort car il oblige ses parents à délaisser leur travail pour le soigner, il explique être allé avec eux à Capharnaüm puis à Nazareth, où Marie [la Vierge] lui a dit qu’il [Jésus] était en Judée à Jérusalem. ‟Elle m’a donné les noms des amis qui pouvaient te loger, un Galiléen de Sepphoris [le négociant Joseph de Sepphoris] m’a dit que tu étais ici, je suis venu. Je sais que tu ne méprises personne, même les Samaritains. J’espère que tu m’exauceras. J’ai tant de foi.” Sa femme ne parle pas mais, accroupie près du grabat sur lequel on a posé le malade, elle regarde Jésus avec des yeux plus suppliants que n’importe quelle parole. ‟Où as-tu été touché ?” ‟Au-dessous du cou. Le choc a été violent. J’ai entendu dans ma tête un bruit similaire à celui du bronze que l’on frappe, puis le mugissement continuel d’une mer en tempête, des lumières de toutes couleurs ont dansé devant moi. Ensuite, plus rien pendant plusieurs jours. Nous naviguions au large de Kition [port de l’île de Chypre]. Je me suis réveillé à ma maison, je ne sais comment. J’ai continué à entendre le mugissement dans la tête et à voir les lumières dans mes yeux pendant des jours et des jours, et ç’a passé. Mais mes bras et mes jambes sont restés inertes. Un homme fini à quarante ans. Et j’ai sept enfants, seigneur !” ‟Femme, soulève ton mari et montre-moi l’endroit du choc.” La femme obéit sans prononcer un mot. Par des mouvements adroits et maternels, aidée de l’homme venu avec elle (je ne sais pas si c’est son frère ou son beau-frère), elle passe un bras sous les épaules de son mari et de l’autre main elle soutient la tête, puis, avec la même délicatesse qu’on retourne un nouveau-né, elle soulève le corps lourd de son siège. Une cicatrice encore rouge indique l’endroit de l’impact. Jésus se penche. La foule se tend pour regarder. Jésus appuie la pointe des doigts sur la cicatrice en disant : ‟Je veux !”. L’homme a une secousse comme si un courant électrique l’avait touché, et pousse un cri : ‟Quel feu !”. Jésus détache les doigts des vertèbres blessées et il dit : ‟Lève-toi !”. L’homme ne tarde pas, il appuie sur son siège ses bras inertes depuis des mois, se secoue pour se dégager de ceux qui le soutiennent, jette ses jambes en bas du brancard, et se met debout, il accomplit tous ces gestes en beaucoup moins de temps que moi pour les décrire. La femme crie, le parent crie, l’homme guéri lève les bras au ciel, rendu muet par la joie. Après un instant de stupéfaction, il pivote avec l’assurance d’un homme agile, face à Jésus. Il retrouve sa voix pour crier : ‟Sois bénis ! Toi et Celui qui t’a envoyé ! Je crois au Dieu d’Israël, et à toi son Messie !”, et il se jette à terre pour baiser les pieds de Jésus pendant que les gens crient”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 531.1, vision du 15/11/1946 ; on note que les gestes accomplis par Jésus sur la nuque de ce marin blessé sont les mêmes que ceux des magnétiseurs dans la série documentaire Enquêtes extraordinaires prémentionnée de Stéphane Allix). La Romaine Valeria se présente ensuite avec sa fille Faustina. Officiellement elle est venue informer Jésus que Ponce Pilate le surveille mais qu’il ne risque rien car Claudia Procula veille sur les décisions de son mari Ponce Pilate ("Les rapports des plus petits faits de la province sont déposés chaque pour sur le bureau de Ponce Pilate. Il les lit, mais il sollicite beaucoup Claudia [Procula] pour prendre des décisions à leur sujet. De nombreux rapports parlent de toi, et des juifs qui entretiennent l’agitation dans le pays en te présentant tantôt comme l’emblême d’un réveil national tantôt comme une cause de haine civile. Claudia [Procula] voit juste quand elle dit à son mari que tu es le seul dont il n’a rien à craindre dans toute la Palestine. [Ponce] Pilate l’écoute. Jusqu’à présent Claudia [Procula] est la plus forte. Mais si demain [Ponce] Pilate se laisse influencer par une autre force…", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 531.9, vision du 15/11/1946), officieusement elle veut connaître la position de Jésus sur le divorce. Son mari dépravé (Maria Valtorta ne donne toujours pas son nom) vient de partir pour Antioche après une énième dispute conjugale, et elle ne veut plus le rejoindre ni même le voir pour essayer d’apaiser leur différend ("‟Je ne peux plus l’aimer, il ne le mérite plus [c’est Valeria qui parle de son mari à Jésus]. Je le méprise. Je ne m’avilirai pas en l’imitant, simplement je ne peux plus l’aimer. Tout est fini entre nous. Je l’ai laissé partir sans essayer de le retenir. Au fond, je lui suis reconnaissante, une dernière fois, pour son départ. Je ne le rechercherai pas. D’ailleurs, à quel moment a-t-il été un compagnon pour moi ? Je me rappelle tous ses actes, maintenant que le bandeau de mon adoration est tombé. A-t-il écouté mon cœur, quand j’ai pleuré de devoir le suivre ici, de quitter ma mère malade et ma patrie, jeune épouse et enceinte ? Il a ri fatement de mes larmes et de mes nausées avec ses amis, en m’avertissant de ne pas salir son vêtement. Etait-il à côté de moi quand j’avais le mal du pays ? Il était aux banquets avec ses amis, où mon état ne me permettait pas d’aller. S’est-il penché avec moi sur le berceau du bébé ? Quand on lui a montré notre fille, il a ri en disant : « J’ai bien envie de la mettre à terre, je ne me suis pas imposé le joug du mariage pour avoir des filles ! ». Il n’a pas assisté à la purification, prétextant que c’est une pantomime inutile. Quand la petite pleurait, il sortait en criant : « Appelez-la Libitina [déesse romaine des funérailles] et donnez-la à la déesse ! ». Quand Faustina était mourante, a-t-il partagé mon angoisse ? Où était-il la nuit précédant ta venue ? [allusion à l’épisode de Césarée en hiver W-3/W-2, dans la vision 155.5 précitée] Au banquet dans la maison de [Decimus] Valerius [Asiaticus] ! Mais je l’aimais, tu l’as dit : il était mon dieu, tout me paraissait bon et juste en lui. Il me permettait de l’aimer, en réalité j’étais l’esclave la plus esclave de ses volontés. Tu sais pourquoi il m’a écartée ?” ‟Parce que ton âme s’est réveillé dans ta chair, et que tu n’es plus une femelle mais une femme…” ‟Exactement. J’ai voulu faire de ma maison un foyer vertueux. Et lui se fait mûter à Antioche auprès du consul en m'ordonnant de ne pas le suivre, et il emmène ses esclaves préférées avec lui ! Oh non, je ne le suivrai pas ! J’ai ma fille, elle me suffit !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 531.11, vision du 15/11/1946). Jésus lui répond longuement en condamnant le divorce (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 531.12-14, vision du 15/11/1946), suscitant chez Valeria un sentiment mitigé ("‟Tu es dûr, aujourd’hui, rabbin…”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 531.15, vision du 15/11/1946). Au moment de repartir, Valeria dit que, ne supportant plus Césarée qui lui rappelle trop de souvenirs désagréables impliquant son mari dépravé, elle vit désormais chez Jeanne à Bether, avec sa fille Faustine et sa servante Thusnelda/Barbara (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 531.16, vision du 15/11/1946). Le soir, une femme frappe à la porte, bretelle de soutien-gorge tombante et cuisse dénudée, prétextant avoir froid et faim. Jésus devine que c’est une prostituée envoyée par ses adversaires pour le mettre à l’épreuve et le discréditer. Judas feint la surprise et l’indignation alors qu’il est à l’origine de ce stratagème ("‟Cette femme n’a ni faim ni froid et elle sait très bien où aller [c’est Jésus qui s’adresse aux apôtres, tandis que la prostituée ayant frappé à la porte attend qu’on lui ouvre]. Elle n’a pas peur de la nuit. Mais c’est une malheureuse, bien qu’elle ne soit ni malade ni lépreuse. C’est une prostituée, elle vient pour me tenter. […] Elle ne s’est pas déplacée par caprice personnel mais parce que qu’elle a été payée pour cela.” […] ‟Qui pourrait faire cela ? Pourquoi ? demande Judas qui réapparaît dans la cuisine. Les pharisiens, certainement pas. Les scribes, pas davantage. Ni les prêtres, si c’est une prostituée. Et je ne pense pas les Hérodiens assez rancuniers pour se créer des ennuis à je-ne-sais-quel but.” ‟Quel but ? Raconter partout que je suis pécheur, que je fréquente des femmes publiques. Tu le sais aussi bien que moi. Et je ne maudis ni elle ni ceux qui l’ont envoyée. Je suis encore et toujours la Miséricorde et je vais la voir. Si tu juges bon venir avec moi, viens donc. Je vais la voir car elle est vraiment une malheureuse. Elle croit mentir en se disant malheureuse parce qu’elle est jeune, belle, bien payée, saine et satisfaite de sa vie infâme, mais elle l’est réellement, c’est la seule vérité qu’elle déclare parmi tant de mensonges”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 532.4, vision du 21/11/1946). S’ensuit une longue, froide et implacable tirade de Jésus, mi-accusateur mi-compatissant, contre la prostituée qui perd tous ses moyens ("Quand tu te réveilles [c’est Jésus qui s’adresse à la prostituée] tu trouves à ton chevet ta honte pour te donner le premier tour quotidien de torture. Et la voix de ta conscience te crie son reproche pendant que tu te coiffes et te parfumes pour plaire. Tu sens une odeur infâme dans les essences les plus fines, les mets les plus rares te donnent la nausée. Tes colliers te pèsent comme une chaîne, ce qu’ils sont. Et quand tu ris et séduis, quelque chose gémit en toi. Tu t’enivres pour vaincre l’ennui et la nausée de ta vie. Tu hais ceux que tu prétends aimer pour en tirer profit. Tu te maudis toi-même. Ton sommeil est lourd de cauchemars. La pensée de ta mère est une épée dans ton cœur. La malédiction de ton père ne te laisse pas en paix. Ensuite ce sont les offenses de ceux que tu rencontres, les cruautés de ceux qui usent de toi sans pitié. Tu es une marchandise. Tu t’es vendue. La marchandise une fois acquise, on la consomme comme on veut : on la déchire, on la consume, on la foule aux pieds, on lui crache dessus. C’est le droit de l’acquéreur. Tu ne peux pas te révolter. Elle te rend heureuse, cette situation ? Non. Tu es désespérée, enchaînée, torturée, sur la terre tu es une loque dégoûtante que chacun peut fouler aux pieds. Si tu essaies de trouver du réconfort en élevant ton âme vers Dieu, tu sens la colère de Dieu sur toi, prostituée, et le Ciel fermé plus encore que pour Adam. Si tu te sens mal, tu as la terreur de mourir parce que tu connais ton sort : pour toi, c’est l’Abîme. Oh, malheureuse ! Et cela ne suffit pas ? A la chaîne de tes fautes, tu voudrais ajouter la ruine du Fils de l’Homme ? De Celui qui t’aime, le seul qui t’aime ? Car c’est aussi pour ton âme qu’il s’est revêtu de chair. Je pourrais te sauver si tu le voulais. Sur la profondeur de ton abjection se penche la profondeur de la sainte Miséricorde, qui attend de toi un désir de salut pour te tirer de ta souillure. Tu penses que Dieu ne peux pas te pardonner ? Tu tires cette pensée de ta comparaison avec le monde qui ne te pardonne pas d’être la prostituée. Mais Dieu n’est pas ce monde. Dieu est Bonté. Dieu est Pardon. Dieu est Amour. Tu es venue vers moi, payée pour me nuire : en vérité je te dis que le Créateur, pour sauver une créature, peut tourner en bien même ce qui est mal. Et, si tu le veux, c’est en bien que se changera ta venue vers moi", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 532.7-8, vision du 21/11/1946). Elle avoue avoir été payée, sans préciser par qui, et se lamente sur elle-même (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 532.9, vision du 21/11/1946), puis elle arrache ses bijoux et ses vêtements, se frappe le visage jusqu’au sang avec une pierre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 532.10, vision du 21/11/1946). Elle supplie de rester à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel parce qu’elle craint les représailles de ses commanditaires pour avoir échoué à corrompre Jésus… ou parce qu’en restant près de lui dans son intimité elle espère encore le corrompre. Jésus évite le piège en demandant à Elise de Beth-Zur de s’occuper d’elle tandis que lui-même quitte immédiatement les lieux en ordonnant à Judas de le suivre. Il donne rendez-vous à ses onze autres apôtres à l’aube à la porte d’Hérode devant Jérusalem ("‟Seigneur, ne me renvoie pas à Jérusalem ! Eux [ceux qui ont payé la prostituée] m’attendent, et je ne pourrai pas m’opposer à leurs menaces ! Laisse-moi ici jusqu’à l’aube, ensuite…” ‟Attends un moment.” Jésus se lève, va vers la porte de la cuisine, frappe, dit : ‟Elise [de Beth-Zur], viens dehors”. Elise [de Beth-Zur] obéit. Jésus la conduit vers la prostituée qui, voyant venir une autre femme et âgée, a un mouvement de honte et tente couvrir son visage et son vêtement provocant avec les restes du manteau et du voile déchirés. ‟Je quitte immédiatement cette maison, Elise [de Beth-Zur]. Dis à mes apôtres de me rejoindre à l’aube à la porte d’Hérode. Tous, sauf Judas de Keriot que j’emmène avec moi. Cette femme dormira avec toi, elle peut prendre mon lit car je ne reviendrai pas à Nobé avant longtemps. Demain, quand Jean [le patriarche, propriétaire de la maison] se réveillera, toi et lui accompagnerez cette femme où elle vous dira. Tu lui donneras un vêtement ordinaire et un de tes manteaux. Et vous l’aiderez en tout”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 532.12, vision du 21/11/1946). Et il scelle le fiasco de la prostituée en ramassant ses bijoux pour les vendre, et donner le produit de la vente aux pauvres ("‟Ce serait mieux que tout le monde te voie sans elle, seigneur [c’est Elise de Beth-Zur qui s’adresse à Jésus]. Et qu’on ne sache pas où elle est. Quant à ces bijoux…” Elle se penche pour ramasser bagues, bracelets, boucles, épingles de coiffure, ceinture, et toutes les perles qu’elle trouve du collier brisé : ‟… qu’est-ce que j’en fais, seigneur ?” ‟Tu as raison, c’est mieux qu’ils me voient…. Viens avec moi.” Ils entrent dans la cuisine. Tous regardent Jésus d’un air interrogateur. Le vieux Jean [le patriarche, propriétaire de la maison] s’est levé aussi, peut-être réveillé par la discussion. ‟Elise [de Beth-Zur], donne à les bijoux Thomas[/Didyme]. Et toi Thomas[/Didyme] tu iras les vendre à un orfèvre. Cela servira pour les pauvres. Oui, ce sont des bijoux de femme, de cette femme. Ce sera la réponse à ceux qui pensent qu’une chair peut tenter le Fils de l’Homme et l’écarter de sa mission. Et ce sera aussi un conseil pour ceux qui me haïssent, ils sauront que toute machination pour tenter de m’accuser est inutile”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 532.13, vision du 21/11/1946). Le test s’avère un échec total pour Helchias ben Phiabi, qui a mal calculé : s’il avait soudoyé un jeune garçon - un clone de Jean fils de Zébédée, ou de Jabé/Margziam, ou de Judas - au lieu d’une femme, la réaction de Jésus n’aurait peut-être pas été aussi insensible et détachée… C’est aussi un échec pour Judas, qui peine à suivre Jésus marchant hâtivement devant lui. Judas demande faussement pourquoi Jésus semble vouloir le semer alors qu’il lui a ordonné de rester à ses côtés. Aussi faussement, Jésus répond qu’il a donné rendez-vous aux onze autres apôtres à la porte d’Hérode devant Jérusalem à l’aube et qu’il ne veut pas être en retard. Judas pointe l’animosité de Jésus : "Aux onze autres, oui, mais à moi tu as demandé de rester à tes côtés. A l’aube, oui, mais l’aube n’est pas encore pour tout de suite. Alors pourquoi es-tu si pressé ?", il lui rappelle que les sanhédristes ont cessé d’importuner le groupe depuis qu’il a négocié avec Helchias ben Phiabi or Jésus ne l’en a nullement remercié, il dit ne rien comprendre : "Quand je t’ai proposé de me chasser du groupe tu m’y as retenu [allusion à la conversation dans la vision 530.5 précitée], et maintenant que tu m’ordonnes de rester avec toi tu me fuis comme si tu voulais me chasser !". Jésus ne répond pas, il se lamente à haute voix sur sa douleur d’être né, plus exactement sur sa divine douleur depuis qu’il s’est incarné en homme ("[Judas] court comme un fou pour rejoindre le rabbin [Jésus, qui marche vivement en avant]. Arrivé à portée de voix, il l’appelle. Jésus s’arrête. Judas le rejoint tout essoufflé : ‟Rabbin, heureusement que je cours vers toi, tu pars sans moi ? Dans la soirée à la maison tu me demandais de t’attendre, or…” ‟N’ai-je pas dit à tout le monde de nous retrouver à la porte d’Hérode à l’aube ? L’aube approche, et je vais à la porte d’Hérode.” ‟Tu as demandé ça aux autres, oui. Mais nous deux, nous devions rester ensemble.” ‟Ensemble ?” Jésus est très sérieux. ‟Mais oui, rabbin. Nous sommes partis ensemble, comme tu l’as voulu. Puis tu as prié seul, mais je suis toujours disposé à te suivre.” ‟A Nobé tu as clairement montré que passer la nuit en prière avec ton maître te pesait : je t’ai épargné un acte de vertu forcé, qui n’aurait servi à rien. Le bien doit être accompli spontanément pour avoir du parfum et être fécond. Sinon, ce n’est qu’une pantomime, ou pire qu’une pantomime.” ‟Mais… Pourquoi es-tu si dur avec moi depuis quelques temps ? Tu ne m’aimes plus ?” ‟C’est moi qui devrais te poser la question, avec raison : « Tu ne m’aimes plus ? », mais je ne te la pose pas parce qu’elle est inutile, et parce que je ne fais pas des choses inutiles.” ‟Bien sûr ! Tu sais que je t’aime !” ‟Je le voudrais, Judas de Keriot. Je voudrais pouvoir dire : « Je sais que tu m’aimes ». Mais, de même que je ne fais pas des choses inutiles, je ne dis pas des choses fausses. Donc je ne dis pas que je sais que tu m’aimes” ‟Rabbin, quoi ! Je ne t’aime pas ? Je ne travaille pas pour toi ? Comment peux-tu douter ? Cela m’afflige. Chaque fois que je comprends avoir commis un acte qui te peine, je ne le fais plus, et je veille à ne plus le faire. Exemple : j’ai compris que ça te déplait que je sorte la nuit, j’ai cessé de sortir la nuit. J’ai compris que les discussions de tes adversaires t’accablent, je suis allé leur dire d’y renoncer, j’ai bravé leurs injures, et depuis tu as constaté qu’ils ne t’ont plus importuné, et j’espère qu’ils ne t’importureront pas au Temple. Tu n’es pas juste, rabbin, avec le pauvre Judas…” ‟Tu es le premier dans mon entourage à dire que je ne suis pas juste…” ‟Pardon ! Pardon ! Tes propos et ta sévérité m’affligent tellement que je dis n’importe quoi. Mais ça m’affole, crois-moi. Allons, ma paix. La paix entre nous. Je veux être avec toi. Ne faire qu’un avec toi, ensemble toujours…” ‟Naguère nous l’étions, mais aujourd’hui dis moi, Judas : quand le sommes-nous ?”‟ ‟Tu reviens sur cette nuit-là ? [allusion à l’altercation de la vision 530.4-5 précitée] Parce que je ne suis pas allé avec vous à Bethabara ? Tu sais pourquoi je ne vous ai pas accompagnés, c’était pour ton bien. Et cette nuit-là... Je suis un homme jeune, seigneur ! Mais en-dehors de ces moments où j’avoue m’égarer, ou même certainement je m’égare, je suis toujours près de toi.” ‟Je ne parle pas de la proximité physique, je parle de la proximité spirituelle, de la pensée, du cœur. Tu es loin de ton sauveur, Judas, et tu t’en éloignes de plus en plus.” ‟Tous les reproches pour moi, voilà ! Mais vois avec quelle humilité je les reçois ! Je t’ai proposé : « Chasse-moi ! », et tu m’as retenu ! Alors que veux-tu de moi ?” ‟Ce que je veux ! Je voudrais ne pas avoir pris inutilement une chair pour toi, voilà ce que je voudrais ! Désormais tu appartiens à un autre père, à un autre pays, tu parles une autre langue ! Oh, mon Père ! Que faire pour purifier le temple profané de celui qui est ton fils et mon frère ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 533.2-4, vision du 25/11/1946), attitude typique d’un homosexuel souffrant du manque d’attention d’un être aimé qui l’ignore, alternant injonctions contradictoires pour susciter l’interrogation et maintenir un semblant de relation, et crises solitaires de désespoir mâtinées d’aspirations destructrices contre lui-même et contre l’être aimé. Maria Valtorta, toujours soucieuse de trouver des excuses à Jésus - qu’elle appelle parfois "mon Jésus" - mais ne pouvant pas passer sous silence ce qu’elle voit, s’égare dans son récit, ce n’est plus la médium neutre qui écrit, mais la chrétienne qui veut préserver intactes ses leçons de catéchisme : elle montre Judas se métamorphosant en Diable. Convenons que cet épisode n’est pas le plus réaliste ni le plus honnête de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé. Le lecteur laïc comprend facilement la situation : Judas est un hétérosexuel, il est un jeune homme avec des besoins ordinaires de jeune homme hétérosexuel, et il est agacé par les revirements de Jésus (qui lui reproche tout de façon systématique et lui pardonne tout de façon aussi systématique, qui le condamne mais veut le sauver, qui le maintient à distance mais lui ordonne de rester à ses côtés) dont il ne partage pas et ne comprend pas les tenants et les aboutissants homosexuels. Le comportement de Judas n’est pas celui d’un homme qui se transforme en Diable, mais simplement celui d’un jeune homme hétérosexuel excédé par les humeurs changeantes d’un homme plus âgé éprouvant pour lui une attirance non-assumée et non-réciproque. Judas contient son exaspération et s’éloigne, le visage renfrogné ("Jésus, la tête penchée, enfermé dans sa douleur, fait quelques pas et dépasse Judas. Alors celui-ci a un geste de mépris, de menace, je dirais de cruel serment derrière l’Innocent. Son visage jusqu’alors masqué par une patine hypocrite de douceur et d’humilité, devient anguleux, dur, brutal, cruel, vraiment démoniaque. Toute la haine, une haine qui n’est pas humaine, est dans le feu de ses noires pupilles, et ce feu de haine se concentre sur la haute personne de Jésus. Puis, après un haussement d’épaules et un coup de pied coléreux, Judas met un point final à son raisonnement intérieur et se remet en chemin, après s’être repris, comme quelqu’un qui a pris une décision désormais irrévocable", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 533.4, vision du 25/11/1946).


Comme convenu, Jésus retrouve les onze apôtres à la porte d’Hérode devant Jérusalem (31°46'58"N 35°14'01"E) à l’aube, qui l’informent que Valeria leur a demandé de les rejoindre à la synagogue dite "des Affranchis" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 533.5, vision du 25/11/1946). Maria Valtorta dit que la synagogue des Affranchis se situe "près de la tour Hippicos" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 534.1, vision du 26/11/1946), l’une des trois tours du palais d’Hérode à l’ouest de la ville (Hippicos était un général proche d’Hérode, qui a dédié les deux autres tours à son frère Phasael et son épouse Mariamné). Cette localisation semble contredire la célèbre inscription dite "de Theodotos" retrouvée sur une pierre parmi d’autres fragments sans rapport dans une grande citerne du quartier Ophel en 1913 (cette pierre est conservée au Rockefeller Archaeological Museum de Jérusalem sous la référence IAA S-842, l’inscription est consignée sous la référence 1404 dans le volume II du Corpus Inscriptionum Judaicarum ou "CIJ" dans le petit monde des épigraphistes), indiquant en grec que "Theodotos fils de Vettenos, prêtre et chef de la synagogue" a construit une "synagogue pour la lecture de la Torah ["NÒmoj"] et l’enseignement des Commandements ["Entolîn"], ainsi que l’hospice, les chambres et les bains publics, pour accueillir les étrangers dans le besoin". L’étude graphique de cette inscription prouve qu’elle date d’avant la destruction du Temple en 70, la majorité des historiens depuis 1913 en ont conclu qu’elle se rapporte à la synagogue des Affranchis mentionnée par les Actes des apôtres 6.9. Mais cette conclusion est douteuse. Car aucun autre vestige de synagogue n’a été retrouvé dans le quartier Ophel datant d’avant 70, et pour cause ! La synagogue étant le lieu d’enseignement des pharisiens opposés au Temple, valorisant la Torah au détriment de l’autorité des saducéens, comment les saducéens du Temple auraient-ils pu tolérer la présence d’une synagogue à Ophel sur le flanc sud du Temple ? En supplément la synagogue en question est fréquentée par des "affranchis" (selon Actes des apôtres 6.9) ou par des "étrangers dans le besoin" (selon l’inscription de Theodotos, qui porte un nom grec et écrit en grec), c’est-à-dire des non-juifs convertis ou des juifs hellénisés incompatibles avec la pureté juive revendiquée par les saducéens au Temple. Une hypothèse plus crédible est que la pierre portant l’inscription de Theodotos renvoie certes à la synagogue des Affranchis mentionnée en Actes des apôtres 6.9, mais que cette synagogue ne se trouvait pas dans le quartier Ophel, elle a été détruite comme beaucoup d’autres lieux de culte juifs lors de la guerre de 66 et ses pierres ont été dispersées pour servir de matériaux de construction à d’autres bâtiments après 70 (comme les pierres de la synagogue de Yafia/Nazareth découvertes ici et là par l’archéologue Louis-Hugues Vincent déjà mentionné), exceptée celle portant l’inscription de Theodotos qui a été déposée dans une citerne du quartier Ophel en attendant de décider quoi en faire. En admettant cette hypothèse, ladite synagogue des Affranchis était peut-être près du palais d’Hérode comme le dit Maria Valtorta. On retrouve Valeria, accompagnée d’autres femmes, dont sa servante Thusnelda/Barbara qu’elle présente à Jésus (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 534.1, vision du 26/11/1946). Nouveau prêche dans la synagogue des Affranchis : Jésus développe sa conception du futur, selon lui l’âme continue à vivre dans l’au-delà jusqu’au Jugement Dernier, après cet événement seules les âmes pures se réincarneront pour l’éternité ("La première résurrection sera celle de la vie dans la Vie, dans la Grâce, pour ceux qui accueillent le Logos du Seigneur, de l’Esprit engendré par Dieu le Père également Fils, cette Vie dont Israël et les gentils [les non-juifs] sont privés. Jusqu’à présent Israël espérait la vie éternelle en attendant la Vie venue du Ciel, dorénavant il devra accueillir la Vie. En vérité je vous dis que ceux de mon peuple qui ne m’accueillent pas, moi la Vie, n’auront pas la vie éternelle, ma venue sera pour eux une cause de mort, car ils auront repoussé la Vie qui venait à eux pour se communiquer. […] Ensuite aura lieu la seconde résurrection, qui sera universelle, où les os calcinés et dispersés depuis des siècles redeviendront frais et couverts de nerfs, de chair et de peau. Ce sera le Jugement. Et la chair et le sang des justes jubileront avec l’Esprit dans le Royaume éternel, et la chair et le sang des damnés souffriront sans l’Esprit dans l’éternel châtiment", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 534.5, vision du 26/11/1946). Il fait encore allusion à l’épisode des Mages censé prouver qu’il est bien le Mashiah/Messie attendu ("A l’aube de ma vie terrestre, des représentants de mon peuple vinrent de partout [en réalité, selon Maria Valtorta, seuls sont venus les bergers voisins de l’étable dans la banlieue de Bethléem, perturbés par les cris du nouveau-né le soir de la naissance, alors qu’eux s’apprêtaient à dormir…] pour adorer le Minuscule dans lequel l’Immense se cachait. La volonté d’un homme qui se croyait puissant [Octave Auguste], qui obéissait en fait à la volonté de Dieu, avait ordonné le recensement dans l’Empire. Obéissant à l’ordre inéluctable du Très-Haut qu’il ignorait, ce païen en devint le héraut. Tous les juifs, ceux de la diaspora comme ceux vivant sur la terre d’Israël [en réalité, selon Maria Valtorta, les seuls juifs qui se sont déplacés sont les bergers précités qui ne pouvaient pas dormir à cause des hurlements du nouveau-né…], furent étonnés par les signes venus du Ciel lors du premier vagissement d’un nouveau-né près de Bethléem Ephrata [en réalité, selon Maria Valtorta, la nuit était ordinaire, simplement éclairée par les torches des bergers venus en groupe voir le nouveau-né les empêchant de dormir…]. Et d’autres signes parlèrent aux gentils [non-juifs], qui envoyèrent leurs représentants [les Mages] adorer le Roi des rois, petit, pauvre, loin de son couronnement terrestre, mais déjà Roi en présence des anges", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 534.5, vision du 26/11/1946). Un Grec borgne de Corinthe l’interrompt. Il explique avoir perdu son œil dans une bagarre provoquée par un homme jaloux de sa réussite commerciale, puis il retourne habilement le discours de Jésus : "Tu dis qu’on ne doit pas infliger à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’autrui nous inflige, or cet homme m’a infligé un œil crevé, que dois-je faire ?", sous-entendu : "Puis-je lui crever un œil à mon tour ?". Jésus répond par une citation de Pythagore : "Ne nuit jamais à autrui même si autrui t’a nui". Cet adage découle de la théorie pythagoricienne sur les réincarnations : puisque je ne sais pas à l’avance en quoi je me réincarnerai, mieux vaut enseigner à autrui la bonté avec les moucherons, avec les chiens et avec mon voisin, sinon c’est à moi-même qu’autrui nuira si demain je me réincarne en fils de mon voisin, ou en chien, ou en moucheron. Jésus navigue là en plein paradoxe puisque récemment, devant Zachée et ses comparses à Jéricho (dans la vision 524.9 précitée), il a soutenu que la théorie pythagocienne sur les réincarnations est fausse ! Le Corinthien lui demande comment il connaît Pythagore. Jésus rechigne à avouer qu’il a fréquenté les Grecs de Sepphoris dans sa jeunesse quand il y travaillait avec son père comme menuisier, alors il répond : "Je suis Dieu, c’est moi qui ai inspiré Pythagore, c’est pour cela que je le connais". Ce faisant, il s’enfonce dans l’illogisme : il ne peut pas à la fois avoir guidé Pythagore en bien comme Dieu en lui insufflant l’adage sur autrui, et l’avoir inspiré en mal comme Diable en lui insufflant la théorie sur les réincarnations. Jésus est tellement conscient de s’être totalement vautré sur les deux questions-pièges du Corinthien, qu’il clôt abruptement le dialogue et quitte les lieux sous prétexte qu’on l’attend ailleurs ("Un borgne, l’œil couvert d’un bandeau, le retient : ‟Seigneur, j’ai été frappé par un homme jaloux de mon commerce florissant. J’ai sauvé ma vie péniblement, mais j’ai perdu un œil, crevé par le coup. Aujourd’hui cet homme est pauvre et mal vu, il s’est réfugié dans un endroit près de Corinthe. Or je suis originaire de Corinthe. Comment dois-je me comporter avec lui qui a failli me tuer ? Tu dis qu’on ne doit pas donner aux autres ce qu’on n’aimerait pas recevoir d’eux, or j’ai reçu un grand mal de sa part…”. Sa mine est si expressive qu’on devine sa pensée inexprimée : ‟… je peux donc me venger”. Mais Jésus, un sourire lumineux sur son visage de digne rabbin, regarde son œil bleu saphir : ‟Tu me le demandes, toi, un Grec ? Vos grands penseurs n’ont-ils pas dit que les mortels se confondent avec Dieu quand ils obéissent à deux règles que Dieu leur a accordées pour les rendre semblables à lui : suivre la vérité, et être bon avec autrui ?” ‟Oui, Pythagore.” ‟Et n’ont-ils pas dit que l’homme se rapproche de Dieu non pas par la science ou la puissance mais en pardonnant ?” ‟Oui, Démosthène [plus exactement, Démosthène dit que la puissance s’exprime non pas en ôtant la vie mais en préservant la vie, ainsi le droit grec exprime sa puissance quand il épargne un homme que tout accuse : "Quand un plaignant pardonne à un meurtrier involontaire après l’avoir accusé, on ne peut plus condamner cet homme à l’exil. Et quand la victime elle-même pardonne à son meurtrier avant de mourir, les parents survivants ne peuvent pas conduire celui-ci au tribunal", Démosthène, Contre Pantainetos ; la même idée s’exprimera dans l’arène à l’ère impériale romaine quand, en levant leur pouce, les Empereurs divinisés épargneront les gladiateurs vaincus que la foule voudront mettre à mort]… Excuse-moi de te demander ça, rabbin : tu es juif, et les juifs n’aiment pas nos philosophes, comment donc connais-tu ces auteurs ?” ‟Homme, j’étais la Sagesse qui leur a inspiré leur philosophie. Je suis là où est le Bien. Ecoute les conseils des sages, Grec, car c’est moi qui parle à travers eux. Fais du bien à qui t’a fait du mal, ainsi tu seras saint pour Dieu. Maintenant laissez-moi partir, d’autres m’attendent. Adieu, Valeria. Ne crains rien pour moi, mon heure n’est pas encore venue”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 534.9, vision du 26/11/1946). Le groupe se dirige vers le quartier Ophel au sud du Temple - preuve que la synagogue des Affranchis ne se trouve pas dans le quartier Ophel comme l’ont prétendu les archéologues du début du XXème siècle prémentionnés -, Judas marchant à l’arrière est happé par des sanhédristes qui le somment de le suivre chez le Grand Prêtre Caïphe, il lutte mais cède finalement, désireux de parler franchement à Caïphe ("L’Iscariote [Judas], parce qu’il parle à des disciples pleins de bonne volonté mais ignorants, reste en arrière [du groupe apostolique]. Des juifs demeurant à l’écart l’appellent à deux reprises sans que je puisse deviner leurs intentions, et par deux fois l’Iscariote [Judas] hausse les épaules sans se retourner, mais la troisième fois l’un des juifs quitte les siens, traverse d’autorité l’assemblée des disciples, attrape la manche de Judas, l’oblige à s’arrêter et lui dit : ‟Viens par ici, nous devons te parler !”. ‟Je n’ai pas le temps et je ne peux pas !”, répond l’Iscariote [Judas] d’un air tranchant. André, qui est proche, lui dit : ‟Nous t’attendrons, nous ne pouvons pas sortir pas de la ville tant que Thomas[/Didyme] ne nous a pas rejoints [Thomas/Didyme est chez un orfèvre, occupé à y vendre les bijoux de la prostituée, selon la vision 532.13 précitée]”, lui dit André proche. ‟D’accord, continuez à marcher, je vous rattrape bientôt”, répond Judas en signifiant qu’il agit ainsi contre son gré. Resté seul, il dit à celui qui l’importune : ‟Alors ? Que veux-tu ? Que voulez-vous ? Vous n’avez pas encore fini de m’ennuyer ?”. ‟Oh, oh, tes grands airs ! Quand nous t’avons appelé pour te donner de l’argent, tu ne semblais pas si ennuyé ! Tu es prétentieux, homme, souviens-toi qu’on peut te ramener à l’humilité…” ‟Je suis un homme libre et…” ‟… tu n’es pas libre ! Est libre celui qu’on ne peut pas asservir, dont tu connais le nom, mais toi tu es un esclave, de tous et de tout, d’abord de ton orgueil ! Bref, calme-toi. Présente-toi à la maison de Caïphe avant sexte. Sinon malheur à toi.” Le ‟malheur” paraît vraiment menaçant. ‟Je viendrai, oui, mais vous feriez mieux de me laisser tranquille, sinon…” ‟Sinon quoi, marchand de promesses ? Bon à rien !” Judas se libère en poussant violemment celui qui le tient et il se sauve en criant : ‟Je parlerai quand je viendrai !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.2, vision du 02/12/1946). André, qui a assisté à la scène, couvre le départ de Judas ("[Judas] rejoint les autres [apôtres], songeur, embarrassé. André lui demande avec empressement : ‟Mauvaises nouvelles ? Ta mère, peut-être ?”. Le regard de travers, prêt à répondre de façon âcre, Judas se ravise et dit : ‟Mauvaises nouvelles, oui… la saison… Je me souviens d’un ordre du rabbin [Jésus]. Si cet homme ne m’avait pas arrêté je l’aurais oublié : il m’a parlé du lieu où il habite, et le nom du lieu m’a rappelé l’ordre… Quand j’irai dans ce lieu pour obéir à l’ordre, je me rendrai aussi chez cet homme, afin d’en savoir davantage…”. Simple et honnête, André ne soupçonne pas que son compagnon ment, il dit spontanément : ‟Va dès maintenant, je préviendrai les autres. Enlève-toi ce souci”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.3, vision du 02/12/1946), qui se rend à la maison de Caïphe située en banlieue sud de Jérusalem, au-delà de la vallée de Hinnom/Géhenne (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.6-7, vision du 02/12/1946). Chez Caïphe, on retrouve Helchias ben Phiabi, Simon ben Camit, le rabbin Zadok, Félix et Cornélius (les mêmes que dans la vision 114 précitée), Joachim de Capharnaüm et Joseph d’Iturée (mentionnés dans la vision 115 précitée), Chanania (le même que dans la vision 335 précitée), Doras fils de Doras, Simon fils d’Eli-Anna (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.7, vision du 02/12/1946). Judas est assailli de questions. La tentative de corrompre Jésus par une prostituée à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel ayant échoué, Caïphe et ses complices reprochent à Judas d’avoir dépensé leur argent en vain, Judas rétorque avoir bien accompli sa part du contrat, et les accuse d’avoir des intentions perverses qui divergent des siennes ("‟Qu’as-tu fait de notre argent ?” ‟Que nous rapportes-tu, toi qui prétend savoir tout faire vite et bien ? Où est ton œuvre ? Menteur ! Bavard ! Bon à rien !” ‟Où est la femme [la prostituée qui s’est présentée à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel] ? Elle n’est même plus avec toi ?” ‟Au lieu de nous servir, tu le sers, lui [Jésus] ! C’est comme ça que tu nous aides ?” Les cris sont stridents et menaçants, beaucoup de leur contenu m’échappe. Judas les laisse brailler. Quand ils sont fatigués et essoufflés, il prend la parole : ‟J’ai fait ce que j’ai pu. Est-ce ma faute s’il est un homme incorruptible ? Vous vouliez éprouver sa vertu : je vous ai prouvé qu’il est vertueux. J’ai respecté notre accord. Avez-vous réussi à le mettre en position d’accusé ? Non. De toutes vos tentatives de le présenter comme un pécheur, de l’attirer dans un piège, il est sorti plus grand qu’auparavant. Si vous n’avez pas réussi avec votre rancœur, comment moi qui ne le hais pas aurais-je pu ne pas échouer ? Je suis seulement coupable, et déçu, d’avoir suivi un pauvre innocent, trop saint pour être un roi qui écrase ses ennemis. Quel mal m’a-t-il fait, pour que je lui fasse du mal ? Je pense que vous le détestez au point de vouloir sa mort. Je ne crois plus que vous voulez seulement persuader le peuple qu’il est un fou, pour notre bien et par pitié pour lui. Vous êtes trop généreux avec moi, et trop furieux à le voir comme le Mal absolu, pour que je puisse encore vous croire. Vous m’avez demandé à quoi j’ai dépensé votre argent ? A ce que vous savez. J’ai payé la femme, très cher, pour la convaincre. D’abord elle n’a pas voulu, et…” ‟Assez, tu mens ! Elle était attirée par lui, elle s’est présentée spontanément ! Tu l’as garantie toi-même, tu as dit qu’elle te l’a avoué ! Voleur ! A quoi t’a servi notre argent ?” ‟A ruiner mon âme, assassins ! A faire de moi un sournois, un homme qui n’est plus en paix, suspecté par lui [Jésus] et ses compagnons ! Parce que oui, sachez-le, il [Jésus] m’a découvert ! Ah, s’il m’avait chassé ! Mais non, il ne me chasse pas ! Il me défend, il me protège, il m’aime ! Votre argent ! Mais pourquoi en ai-je accepté la première piécette !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.3, vision du 02/12/1946). La conversation devient très vive, elle se termine quand Judas ressort de la maison de Caïphe en claquant la porte, maudissant tous les comploteurs (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.9-12, vision du 02/12/1946). Ceux-ci restent entre eux à s’entredéchirer sur quoi faire désormais ("‟Dénoncez-moi au Sanhédrin comme sacrilège [c’est Judas qui s’adresse à Caïphe et son entourage], dénoncez-moi comme assassin aux Romains, je ne me défendrai pas ! Je me laisserai tuer, et ce sera une bonne chose pour moi ! En tous cas je ne jure plus !” Il se dégage violemment de celui qui le retient, et il s’enfuit en criant : ‟Sachez pourtant que Rome vous surveille ! Et que Rome aime le rabbin [Jésus] !”. Sortie retentissante, qui résonne dans la maison. Judas a quitté ce repaire de loups. Tous se regardent. La rage et la peur les rend livides. Ne pouvant se défouler sur personne, ils se déchirent entre eux. Chacun cherche à reporter sur l’autre la responsabilité des manœuvres entreprises et de leurs conséquences. Les uns reprochent une chose, les autres une autre, ceux-ci pour le passé, ceux-là pour l’avenir. On crie : ‟Tu as voulu séduire Judas !”, puis : ‟Vous n’auriez pas dû le maltraiter, vous vous êtes découverts !”. Certains proposent : ‟Courons-lui après avec de l’argent, avec des excuses…”. ‟Ah non ! s’exclame Helchias [ben Phiabi] qui reçoit le plus d’accusations, laissez-moi agir et vous constaterez que je suis le plus sage. Judas redeviendra doux quand il n’aura plus rien, doux comme un agneau (il rit comme un serpent). Il peut tenir la journée, peut-être jusqu’à demain, il peut tenir un mois éventuellement, mais ensuite… Il aime trop le vice pour se contenter de la pauvreté du rabbin [Jésus]. Alors il reviendra vers nous. Ha, ha ! Laissez-moi faire, laissez-moi faire ! Je sais comment…” ‟Oui, mais tu as entendu ? Les Romains nous épient ! Les Romains l’aiment ! Et c’est vrai : ce matin, et hier, et avant-hier, certains l’attendaient à l’atrium des païens. Les femmes de l’Antonia y vont régulièrement, depuis Césarée, pour l’écouter…” ‟Caprices de femmes. Aucune importance. L’homme est beau, il parle bien, elles aiment les baratineurs démagogues et les philosophes, elles voient le Galiléen [Jésus] comme l’un d’eux, rien de plus. Il les distrait de leur inactivité. Restez patients. Et rusés, et courageux. Vous voulez agir sans agir. Je vous dis quoi faire, mais vous ne voulez pas…” ‟Je crains le peuple. Il l’aime trop. Il nous chassera si nous le chassons. Nous devons…”, dit Caïphe. ‟… ne plus manquer une occasion. Combien en avons-nous perdues ! A la première qui se présente, nous devons convraincre les indécis parmi les nôtres, et impliquer les Romains” ‟Facile à dire ! Quelle opportunité pourrions-nous utiliser ? Il ne pèche pas, ne veut pas le pouvoir, ne…” ‟Si on n’en a pas, on peut en créer une… Maintenant partons”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 535.12-13, vision du 02/12/1946). Jésus et les onze apôtres passent à leur tour par la vallée de Hinnom/Géhenne pour rejoindre Béthanie. Ils tombent sur Judas encore perturbé par son audition houleuse devant Caïphe et ses complices. Il ne dit pas d’où il vient, les apôtres ne l’interrogent pas et le réintègrent spontanément, Jésus se contente d’ordonner à ses douze compagnons de ne plus se séparer (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 536.7, vision du 04/12/1946). On arrive à Béthanie chez Lazare, qui est endormi d’épuisement à cause de sa maladie (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 536.10, vision du 04/12/1946). Jésus "se penche pour [le] regarder", puis demande mystérieusement à Marthe et Marie-Madeleine de le prévenir dès que Lazare leur semblera mort, il ne veut pas le guérir dans l’immédiat, il leur dit de simplement garder la foi (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 536.11, vision du 04/12/1946). Le groupe pénètre le matin dans le Temple presque désert, qui se remplit peu à peu. Les autorités juives locales viennent, la confrontation devient violente, Jésus les accuse de vouloir le tuer de la même façon qu’ils auraient tué Jean-Baptiste s’il était encore vivant, il se réaffirme Dieu incarné ("‟Nous n’avons jamais repoussé les paroles des vrais prophètes [ce sont les adversaires de Jésus qui s’adressent à lui] ! Nous avons toujours respecté Jean[-Baptiste] qui a été le dernier prophète !”, dit un juif avec colère, et ses compagnons l’approuvent. ‟Il est mort à temps pour ne pas être mal vu et même persécuté par vous ! S’il vivait encore, il étendrait à votre adultère spirituel son : « Il ne t’est pas permis ! » qui était dirigé vers un inceste charnel [allusion à l’accusation de Jean-Baptiste contre l’union entre Hérode-Antipas et Hérodiade], à votre fornication avec Satan contre Dieu, et vous le tueriez comme vous avez l’intention de me tuer !” Les juifs manifestent bruyamment, prêts à frapper, las de devoir feindre la douceur. Mais Jésus ne s’en préoccupe pas. Il élève la voix pour dominer le tumulte et il crie : ‟Vous me demandez qui je suis, ô hypocrites ! Certains d’entre veulent veulent une confirmation ! Et maintenant vous dites que Jean[-Baptiste] a été le dernier prophète ? Par deux fois vous vous condamnez pour péché de mensonge ! Une première fois parce que vous dites n’avoir jamais repoussé les paroles des vrais prophètes, une seconde fois parce qu’en disant que Jean[-Baptiste] était le dernier prophète et que vous croyez aux vrais prophètes, vous excluez que je sois qui je suis ! Bouches mensongères ! Cœurs trompeurs ! Oui, en vérité, ici dans la maison de mon Père, je proclame que je suis plus que Prophète ! J’ai ce que mon Père m’a donné, plus précieux que tout, échappant aux mains rapaces des hommes avides de puissance, j’ai ce qui est en moi et toujours en Dieu, que personne ne peut ravir à mon Père ni à moi, la même nature divine ! Le Père et moi sommes un !” ‟Ah, horreur ! Blasphème ! Anathème !” La clameur des juifs résonne dans le Temple, qui, afin de s’en servir comme projectiles, attrapent les pierres servant aux changeurs et aux marchands de bestiaux pour tenir leurs enclos", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 537.10, vision du 09/12/1946). Les sanhédristes hésitent entre l’arrêter et le lapider, quand un détachement de la garnison romaine de la forteresse Antonia intervient de façon musclée pour disperser tout le monde ("De l’une des terrasses du Temple où ils écoutaient cachés, des scribes et des pharisiens crient : ‟Emparez-vous de ce blasphémateur ! Désormais sa faute est publique ! Tous, nous avons entendu ! A mort le blasphémateur qui se proclame Dieu ! Donnez-lui le même châtiment qu’au fils de Chelomith fille de Dibri [allusion à Lévitique 24.10-16] ! Qu’on l’emmène hors de la ville et qu’on le lapide ! C’est la loi : « Que le blasphémateur soit mis à mort » !” Les cris des chefs excitent la colère des juifs qui tentent de s’emparer de Jésus et de le livrer aux magistrats du Temple, qui accourent avec les gardes du Temple. Mais les légionnaires sont plus rapides. Ils sortent de l’Antonia d’où ils surveillaient le tumulte, et, sans respect pour personne, manœuvrent les hampes de leurs lances sur les crânes et les dos, en s’excitant mutuellement par des plaisanteries et des gros mots à l’encontre des juifs : ‟A la niche, chiens !” ‟Faites place !” ‟Frappe dur sur ce teigneux, Licinus !” ‟Partez !” ‟La peur vous rend vraiment puants !” ‟Que mangez-vous, corbeaux, pour sentir si mauvais ?” ‟Tu parles bien, Bassus : ils se purifient, mais ils empestent !” ‟Regarde là ce gros nez !” ‟Au mur ! Au mur, que nous prenions vos noms !” ‟Vous, hiboux, descendez de là-haut !” ‟Maintenant on te connait !” ‟Le centurion aura un bon rapport à rédiger pour le chef !” ‟Non, celui-là laisse-le, c’est un apôtre du rabbin ! Tu ne vois pas qu’il a une figure d’homme et non de chacal ?” ‟Regarde comment ils s’enfuient de ce côté !” ‟Laisse-les aller !” ‟Pour les mâter on devrait les enfiler tous sur nos lances !” ‟Si ça pouvait être demain !” ‟Toi tu es pris, ne cherche pas à t’échapper, je t’ai vu, tu sais ?” ‟La première pierre, c’était la sienne !” ‟Tu vas te repentir d’avoir frappé un soldat de Rome !” ‟Celui-ci aussi nous a maudit avec nos enseignes !” ‟Ah oui ? On t’obligera à les aimer en prison !”. Ainsi, en chargeant ceux-ci, en raillant ceux-là, en arrêtant les uns, en mettant les autres en fuite, les légionnaires dégagent la vaste cour", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 537.12, vision du 09/12/1946). On note que ces légionnaires ne font aucune distinction entre Jésus et ses adversaires, ils éparpillent avec la même brutalité tous ceux qu’ils trouvent sur leur chemin, les apôtres prennent des coups comme leurs opposants, et Jésus aussi qui disparaît on-ne-sait-où ("J’ai perdu Jésus. Je ne peux pas dire où il est allé, par quelle porte il est sorti. J’ai seulement vu confusément émerger et disparaître [Jacques et Jude Thaddée] les deux fils d’Alphée et Thomas[/Didyme] qui luttaient pour se frayer un chemin, et quelques disciples bergers occupés à la même tâche. Ne restent que des juifs perfides et criards retardataires, qui courent çà et là pour empêcher les légionnaires de les arrêter et de les reconnaître. J’ai l’impression que pour les légionnaires ç’a été une fête de pouvoir infliger une raclée aux juifs et de se venger ainsi de toute la haine dont ceux-ci les gratifiaient", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 537.12, vision du 09/12/1946).


Après cet incident au Temple, on se demande où se réfugier. Jésus laisse chacun aller où il veut (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 538.3, vision du 11/12/1946), tandis que lui-même se dirige seul vers l’étable de sa naissance à Bethléem. Il est suivi secrètement par Jean fils de Zébédée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 538.4, vision du 11/12/1946), qui finit par s’endormir dans une grotte. Affaibli par le froid de l’hiver W-1/W, peu avant la fête d’Hanoukka W-1, Jean fils de Zébédée se résoud à se montrer à Jésus, qui squatte les ruines de l’étable de la Nativité. Nouvelle séquence très tactile entre les deux hommes, où Jésus réchauffe Jean fils de Zébédée dans ses bras (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 539.2, vision du 14/12/1946). Ils cheminent ensuite vers le village de Guilgal à l’est de Jéricho, ils croisent Manahen qui se rend à Machéronte pour y retrouver son frère de lait et maître Hérode-Antipas (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 540.4, vision du 16/12/1946). Au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud où Jésus s’installe, Manahen rapporte que Ponce Pilate a prévu de s’installer prochainement à Jérusalem pour la fête d’Hanoukka W-1, plus tôt que l’année précédente parce qu’il y craint des désordres suite au trouble public provoqué récemment par Jésus ("‟Je suis passé par Jérusalem [c’est Manahen qui s’adresse à Jésus], j’ai appris… […]” ‟La ville est en fermentation ?” demande Jean [fils de Zébédée] qui surveille le feu. ‟Très. Divisée en deux partis. Chose étrange, les Romains ont usé de clémence envers certains arrêtés pour sédition la veille. On prétend que c’est pour ne pas augmenter l’agitation. On raconte aussi que le proconsul [Ponce Pilate] viendra bientôt à Jérusalem, plus tôt que prévu. Sera-ce un bien ? Je ne sais pas. Hérode[-Antipas] l’imitera certainement, ce sera certainement un bien pour moi car je pourrai être près de toi : avec un bon cheval (les écuries d’[Hérode-]Antipas ont des coursiers arabes) je relirai vite la ville au fleuve [Jourdain], si tu y restes”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 540.6, vision du 16/12/1946). Il dit aussi qu’Ismael ben Phiabi l’a accusé d’idolâtrie après l’avoir surpris en train de soigner son cheval, il précise avoir remarqué des faux disciples de Jésus dans la foule opposée à Ismael ben Phiabi, il soupçonne une connivence entre ceux-ci et celui-là destinée à provoquer des troubles publics et à attirer Ponce Pilate dans le camp des sanhédristes, il note enfin le rapprochement opportuniste entre les adversaires de Jésus au Temple, saducéens et pharisiens composant étroitement avec Rome, avec les Hérodiens voulant maintenir un minimum d’indépendance vis-à-vis de Rome, ces deux partis jusqu’alors opposés sont désormais unis contre Jésus, et commettent ensemble des exactions au nom de Jésus pour le discréditer et préserver leurs privilèges consentis par Rome ("[Manahen] réfléchit un moment, puis il demande : ‟Rabbin [Jésus], peut-on aimer les animaux qui nous servent plus fidèlement que les hommes ?” ‟Pourquoi cette question ?” ‟Récemment, j’ai pris la toile qui nous sert actuellement de tente, pour en recouvrir mon cheval après une course, cela m’a attiré mépris et reproches de quelques-uns…” ‟Ils ne t’ont rien dit d’autre ?” Manahen regarde Jésus, et se tait. ‟Parle franchement. Tu ne m’offenseras pas en répétant ce qu’ils t’ont dit, j’ai l’habitude de recevoir des poignées de boue.” ‟Tu sais vraiment tout, rabbin, je ne peux pas te cacher ma pensée ni celle des autres… Effectivement, ils m’ont dit : « On voit que tu es un disciple du Samaritain [le qualificatif "Samaritain" est employé ici comme une insulte désignant Jésus], tu es un païen comme lui qui viole le sabbat et se souille en touchant des animaux impurs ! »” ‟Ah, c’était sûrement Ismael [ben Phiabi] !”, s’écrit Jean [fils de Zébédée]. ‟Oui, avec d’autres. J’ai répliqué : « Je vous comprendrais si vous m’accusiez d’être impur parce que je sers à la Cour d’[Hérode-]Antipas, mais pas parce que je prends soin d’un animal créé par Dieu ! ». Des Hérodiens qui étaient dans le groupe, chose étrange car jusqu’à présent ils [les saducéens, qui composent avec Rome et regardent les Hérodiens d’un mauvais œil] étaient brouillés [contre les Hérodiens, qui veulent maintenir un minimum d’indépendance à l’égard de Rome autant qu’à l’égard des autorités saducéennes du Temple], m’ont répondu : « Nous ne jugeons pas les actes d’[Hérode-]Antipas, mais les tiens ! Jean-Baptiste, même quand il était chez le roi à Machéronte [plus exactement : "dans la prison d’Hérode-Antipas à Machéronte"], est toujours resté un juste, toi au contraire tu es un idolâtre ! ». Des gens se sont rassemblés, je me suis tu pour ne pas les exciter. Depuis quelque temps cette excitation est entretenue par certains de tes faux fidèles qui poussent la foule à se révolter contre tes adversaires, ou qui commettent des injustices en se disant tes disciples envoyés par toi”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 540.7, vision du 16/12/1946).


A Béthanie, Marthe et Marie-Madeleine reçoivent la visite d’Helchias ben Phiabi et de ses complices, qui se prétendent inquiets de la maladie de Lazare. Marthe est étonnée de leur sollicitude à l’égard de Lazare, qui est leur adversaire au Temple ("‟Pourquoi êtes-vous venus ? Pour offenser et faire souffrir ?” [c’est Marthe qui s’adresse à Helchias ben Phiabi et ses complices] ‟Non, femme. Nous venons saluer le grand juif [Lazare] qui meurt, rien d’autre. N’interprète pas mal nos intentions, qui sont droites. Nous avons appris l’aggravation par Joseph [d’Arimathie] et Nicodème, grands amis du rabbin [Jésus] et de Lazare, et nous sommes venus comme eux. […]” ‟Je n’interprète rien, simplement je suis étonné que vous soyez informés. Je ne pensais pas que vous surveilliez l’intérieur des maisons, je ne savais pas qu’un nouveau précepte s’était ajouté aux six cent treize, celui d’enquêter, d’épier l’intimité des familles… Mais pardon, je vous offense, la douleur m’affole et vous l’exaspérez…” ‟Nous te comprenons, femme. C’est précisément parce que nous avons pensé que vous étiez perdues que nous sommes venus vous conseiller d’aller chercher le rabbin [Jésus]. Hier encore, sept lépreux guéris par lui se sont présentés pour louer le Seigneur : appelez-le aussi pour Lazare.” ‟Mon frère n’est pas lépreux ! crie Marthe bouleversée. C’est pour cela que vous voulez le voir ? C’est pour cela que vous êtes venus ? Non, il n’est pas lépreux ! Regardez mes mains, je le soigne depuis des années or elles n’ont aucune trace de lèpre ! Elles sont rougies par les aromates, mais je n’ai pas de lèpre ! Je ne…” ‟Paix ! Paix, femme !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 542.4, vision du 19/12/1946). Marie-Madeleine est plus directe. Habituée aux tromperies des hommes politiques, qu’elle a fréquentés à l’époque où elle se prostituait, elle a deviné qu’Helchias ben Phiabi et ses complices sont venus les menacer, elle et sa sœur Marthe, d’héberger un lépreux (qui devra se purifier selon les règles du Lévitique 14.1-20) afin d’obliger Jésus à sortir de sa cachette, ou pour assister - en s’en réjouissant - à la mort de Lazare afin de répéter partout que Jésus n’a aucun pouvoir puisqu’il a pas empêché la mort de son ami Lazare. Marie-Madeleine chasse sans ménagement ces fourbes visiteurs, et rassure sa sœur Marthe ("‟Sortez tous ! [c’est Marie-Madeleine qui s’adresse à Helchias ben Phiabi et ses complices] Marthe devrait vous chasser mais elle vous craint, moi je crains seulement d’offenser Dieu qui m’a pardonnée, donc je me substitue à Marthe : sortez tous ! Ceux qui haïssent Jésus le Messie n’ont rien à faire dans cette maison ! Dehors ! Retournez à vos tanières ténébreuses ! Ou je vous chasse par les serviteurs comme un troupeau de gueux immondes !” Sa colère est imposante. Les juifs s’esquivent lâchement devant elle, qui semble un archange irrité. La pièce se désencombre sous le regard de Marie[-Madeleine], immatérielle fourche caudine sous laquelle doit s’abaisser l’orgueil de chaque juif franchissant le seuil. Marthe s’écrase sur le tapis et éclate en sanglots. ‟Pourquoi pleures-tu, ma sœur ? Je n’en vois pas la raison.” ‟Tu les as offensés ! […] Ils se vengeront !” ‟Tais-toi, sotte femmelette ! Se venger sur qui ? Sur Lazare ? Ils doivent d’abord délibérer, et avant qu’ils décident… [sous-entendu : "Lazare sera mort quand ils auront fini de délibérer"] On ne se venge pas sur un goel ["rédempteur" en hébreu, personne ayant rétabli une autre dans ses droits, par exemple un frère ou un oncle rachetant la dette d’un frère ou d’un neveu selon Lévitique 25.48-49 ; Marie-Madeleine fait allusion à Théophile père de Lazare, qui a préservé, rétabli, maintenu les droits des juifs à l’époque de son gouvernorat à Antioche]. Sur nous ? Avons-nous besoin de leur pain pour vivre ? Ils ne toucheront pas à nos biens, sur lesquels se projette l’ombre de Rome. Sur quoi alors ? Et même s’ils le pouvaient, ne sommes-nous pas deux femmes jeunes et fortes ? Ne pouvons-nous pas travailler ? Jésus n’est-il pas pauvre, et n’a-t-il jamais travaillé de ses mains ? Ne serions-nous pas plus proches de lui en devenant pauvres et en travaillant ? Glorifie-toi donc de le devenir ! Espère-le ! Demande-le à Dieu !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 542.6-7, vision du 19/12/1946). Un médecin grec nommé "Nicomède" (à ne pas confondre avec son homonyme le marin crétois Nicomède qui a conduit les apôtres vers Antioche en hiver W-2/W-1 !) vient ausculter Lazare. Il diagnostique des varices qui s’étendent et affaiblissent Lazare, qu’il ne sait pas traiter. Il confirme ainsi que la maladie de Lazare n’est pas la lèpre, et qu’elle pourrait être guérie si la médecine de son temps était plus avancée, et si lui-même avait davantage de médicaments et de matériels pour la combattre, tel le mal de jambe de Louis XIV en 1715 qui finira en gangrène par manque de compétences et d’outils des médecins versaillais ("‟[Lazare] est très mal [c’est le médecin qui s’adresse à Marthe et Marie-Madeleine]. Je ne vous ai jamais trompées depuis les premiers temps où je l’ai soigné. J’ai tout essayé, vous savez, mais cela n’aura pas servi. J’ai aussi espéré qu’il pourrait au moins éviter l’épuisement par la bonne nourriture et les cordiaux que je lui préparais. J’ai tenté des potions réputées pour préserver le sang de la corruption et pour soutenir les forces, selon les indications des grands maîtres de médecine. Mais le mal reste le plus fort. C’est une sorte de corrosion, qui devient visible à l’extérieur quand l’intérieur des os est déjà envahi, comme la sève d’un arbre monte d’en-bas jusqu’au sommet : la maladie se répand depuis le pied à tout le corps…” ‟Mais seules ses jambes sont malades…”, dit Marthe en gémissant [sous-entendu : "Ne peut-on pas l’amputer des jambes, afin que le mal ne se répande pas aux parties supérieures du corps ?"]. ‟Oui, mais la fièvre détruit les parties que vous croyez saines. Regardez cette petite branche tombée de l’arbre, elle paraît rongée ici près de la cassure, mais (il la brise entre ses doigts) voyez : sous l’écorce lisse, la carie s’étend jusqu’à l’extrémité, faussement vivante sous les petites feuilles qui sont encore attachées. Lazare est mourant, pauvres sœurs. Le Dieu de vos pères et les demi-dieux de la médecine n’ont rien pu faire. Ou « voulu » faire, dans le cas de votre Dieu. Donc… Je prévois désormais une mort rapide, à cause de la fièvre qui augmente, signe que la corruption est entrée dans le sang, des mouvements désordonnés du cœur, de l’absence de stimulations et de réactions dans tous ses organes. Vous constatez vous-mêmes qu’il ne se nourrit plus, qu’il n’assimile plus ce qu’il prend… C’est la fin”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 543.1, vision du 20/12/1946). Dans le récit de Maria Valtorta, ce médecin Nicomède joue le rôle de témoin externe de la future résurrection de Lazare, comme les médecins de Lourdes attestant de la guérison de certains pèlerins incompréhensible selon les connaissances de la médecine scientifique de l’an 2000, Nicomède dit être païen et ne pas croire en Dieu ni en Jésus, et qu’il reconnaîtra le caractère surnaturel de la guérison de Lazare par Jésus si celui-ci parvient à le guérir… mais ces propos sont incompatibles avec son diagnostic établissant que le mal de Lazare réside simplement dans des varices que n’importe quel rebouteux peut soigner, que par conséquent la résorption des varices de Lazare par le rebouteux Jésus - comme la résorption des brûlures au troisième degré d’Eric par le barreur de feu René Blanc à des kilomètres de distance dans la série documentaire Enquêtes extraordinaires de Stéphane Allix déjà citée - n’est pas extraordinaire même si elle dépasse les connaissances de la médecine scientifique du Ier siècle ("‟Pourquoi n’appelez-vous pas votre ami galiléen [Jésus] ? Lui pourrait. J’ai examiné des personnes qui étaient condamnées, qu’il a guéries. Il a une force étrange, un fluide mystérieux qui ranime et rassemble les réactions dispersées et leur impose la guérison. J’ignore ce que c’est, je sais juste que je l’ai suivi en me mêlant à la foule, et j’ai constaté des choses merveilleuses. Appelez-le. Je suis un « gentil » [non-juif], mais j’honore le mystérieux thaumaturge de votre peuple. Et je serais heureux qu’il réussisse là où j’ai échoué.” ‟Il est Dieu, Nicomède, donc il peut tout, la force que tu appelles « fluide » c’est sa volonté de Dieu”, dit Marie[-Madeleine]. ‟Je ne me moque pas de votre foi. Au contraire je la pousse à grandir jusqu’à l’impossible. D’ailleurs on dit que les dieux [dans la mythologie grecque notamment] descendent parfois sur terre. Je n’y ai jamais cru, mais ma science de médecin et ma conscience d’homme m’obligent à reconnaître que les guérisons du Galiléen s’apparentent à celles d’un dieu…” ‟Non pas « un dieu », Nicomède, mais le vrai Dieu”, insiste Marie[-Madeleine]. ‟Comme tu veux ! Je croirai en lui et je deviendrai son disciple si je vois que Lazare ressuscite. Car ce sera effectivement une résurrection, désormais, et non plus une guérison. Appelez-le vite car, si je ne me trompe pas, il mourra au plus tard d’ici trois soirs. J’ai dit : « au plus tard ». Ce pourrait être avant”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 543.2, vision du 20/12/1946). Contre la volonté de sa sœur Marie-Madeleine qui veut attendre la mort de Lazare pour prévenir Jésus, Marthe envoie un de ses serviteurs au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud annoncer à Jésus que Lazare est moribond (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 543.5, vision du 20/12/1946). Le serviteur arrive au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud durant la nuit, il dit à Jésus que Lazare se meurt. Jésus répète que la maladie de Lazare n’est pas mortelle et ajoute énigmatiquement qu’elle contribuera à le glorifier, Jésus avoue ainsi sa volonté d’attendre la dernière limite où le mal de Lazare pourra être encore combattu, afin de prouver publiquement l’étendue de son pouvoir de rebouteux. Il promet qu’il reviendra bientôt à Béthanie ("‟Mes maîtresses [Marthe et Marie-Madeleine] m’envoient te demander de venir immmédiatement, car Lazare est très malade et le médecin dit qu’il va mourir. Marthe et Marie[-Madeleine] t’en supplient, elles m’ont dit de te dire : « Viens, car toi seul peux le guérir »”. ‟Réponds-leur de se rassurer, ce n’est pas une maladie mortelle. C’est la gloire de Dieu, pour que sa puissance soit glorifiée par son Fils.” ‟Mais il est très affaibli, rabbin ! Sa chair est gangrenée, il ne se nourrit plus. J’ai épuisé le cheval pour arriver au plus vite…” ‟Peu importe. C’est comme je dis”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 545.4, vision du 22/12/1946). Le serviteur repart. Pendant ce temps, Lazare souffre de plus en plus, entouré de ses sœurs Marthe et Marie-Madeleine, de Noémie la vieille nourrice de Marie-Madeleine, des serviteurs Maximin et Marcelle, et du médecin Nicomède qui prodigue ses soins pour tenter d’apaiser la douleur (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 544.4, vision du 21/12/1946). Atteint de fièvre, Lazare sombre dans une semi-inconscience et vide tous ses ressentis accumulés depuis des années : il crie tout le mal qu’il pense de sa sœur Marie-Madeleine qui s’est prostituée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 544.8, vision du 21/12/1946), il la maudit, il l’accuse d’avoir tué de chagrin leur mère Euchérie, avant un spasme que les personnes présentes assimilent au dernier soupir (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 544.10, vision du 21/12/1946), peu avant le retour du serviteur auquel Jésus a promis de revenir bientôt à Béthanie (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 544.11, vision du 21/12/1946). La scène se termine à une heure avancée de la nuit ("après le crépuscule", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 544.2, vision du 21/12/1946). Nous sommes le vendredi matin, veille du sabbat. Les enterrements étant proscrits le jour du sabbat, on doit se dépêcher d’enterrer Lazare… sans prendre le temps de vérifier ni d’attendre pour s’assurer qu’il est bien mort ! Les varices ouvertes exhalent une odeur nauséabonde qu’on croit être celle du corps qui commence à se décomposer. Dès midi ("tout de suite après sexte", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 546.4, vision du 23/12/1946), beaucoup se rendent au domicile du prétendu défunt pour présenter leurs condoléances. Joseph d’Arimathie, Nicodème, les vieux Joshua ben Sie (ex-Grand-Prêtre sous Hérode-Archélaos) et Jean l’Antipatride (membre de la conspiration aux côtés de Chouza pour renverser Hérode-Antipas dans la vision 463 précitée) partent du Temple ensemble. Joshua ben Sie dit avoir entendu Helchias ben Phiabi convaincre ses complices de la nécessité d’aller aussi à Béthanie pour, primo, arrêter Jésus au cas où il se présente, et, secundo, prendre la foule à témoin de l’incapacité de Jésus à ressusciter un mort (on se souvient que les adversaires de Jésus à Qadesh/Tel-Qadesh [dans la vision 342.6 précitée] ont déclaré que le jeune Daniel fils de la veuve de Naïm n’était pas totalement mort, que Jésus ne l’a donc pas ressuscité mais simplement ranimé [dans la vision 189.3 précité], en réponse Jésus leur a promis d’accomplir une vraie résurrection sur un vrai mort [dans la vision 525.16 précitée] ; "‟Après que Marie[-Madeleine] les a chassés, [Helchias ben Phiabi et ses amis] se sont demandés s’ils devaient aller ou non aux funérailles [de Lazare]. Les uns le voulaient, les autres non. Ceux qui voulaient, les plus nombreux, ont avancé trois raisons : primo voir si le rabbin [Jésus] est présent, sur ce point tous étaient d’accord, deusio voir s’il fait un miracle, tertio rappeler son propos de naguère près de Jéricho, à proximité du Jourdain [dans la vision 525.16 précitée]”, explique Josué [ben Sie]. ‟Un miracle ! Quel miracle sur un mort ?”, demande Jean [l’Antipatride] avec un haussement d’épaules, avant de conclure : ‟Toujours les mêmes qui cherchent l’impossible !” ‟Le rabbin [Jésus] a déjà ressuscité des morts [allusion à la guérison du jeune Daniel de Naïm dans la vision 189.3 précitée, considéré comme un faux mort par les saducéens, donc comme une fausse résurection, dans la vision 342.6 précitée]”, remarque Joseph [d’Arimathie]. ‟Il aurait mieux fait de le maintenir en vie et de ne pas le laisser mourir… Mais tu as raison : ils ont déjà eu un miracle.” ‟[Jonathan] ben Uzziel et Zadok ont rappelé la promesse du Christ il y plusieurs lunes [dans la vision 525.16 précitée], qui a assuré pouvoir raviver un corps en décomposition. Lazare est dans cet état”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 546.5, vision du 23/12/1946). Quand ils arrivent à la porte Dorée menant à Béthanie, les quatre hommes sont arrêtés par les légionnaires en faction, très nerveux car Jérusalem est sous tension et leur chef Ponce Pilate doit arriver imminemment. Ils gagnent la maison de Lazare noire de monde ("Ils [Joseph d’Arimathie, Nicodème, Josué ben Sie et Jean l’Antipatride] arrivent à la porte [Dorée]. Ils sont arrêtés comme tous les autres. ‟Pourquoi, soldat ? Je suis connu dans l’Antonia, et vous n’avez rien à me reprocher. Je vous respecte et je respecte vos lois”, dit Joseph d’Arimathie. ‟Ordre du centurion. Le chef [Ponce Pilate] arrive bientôt en ville, nous voulons savoir qui en sort, surtout par cette porte-ci qui donne vers Jéricho. Nous te connaissons, et nous connaissons aussi ce que vous pensez de nous. Toi et tes amis, passez. Puisque vous êtes influents sur le peuple, dites-lui de rester tranquille. Ponce [Pilate] n’aime pas changer ses habitudes à cause de sujets qui lui portent ombrage, ça le rend sévère. Un conseil loyal pour toi qui es loyal.” Ils passent. ‟Vous avez entendu ? Je prévois des jours difficiles. Nous devrons conseiller les autres plutôt que le peuple…”, dit Joseph [d’Arimathie]. La route vers Béthanie est encombrée de gens qui convergent dans la même direction. Tous se rendent aux funérailles : sanhédristes, pharisiens, saducéens, scribes, mêlés aux paysans, serviteurs et intendants des domaines que Lazare possède en ville et dans la campagne alentour. Plus on approche de Béthanie, plus la foule devient dense, débouchant des chemins et des sentiers dans la route principale", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 546.6, vision du 23/12/1946). Le corps inerte de Lazare est emballé dans des linges et transporté durant l’après-midi ("Le soleil commence à descendre car les jours sont courts en hiver", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 546.9, vision du 23/12/1946) vers un tombeau proche (situé selon la tradition juste en face de l’actuelle église Saint Lazare dans le quartier de Béthanie à Jérusalem, 31°46'18"N 35°15'21"E ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 546.10, vision du 23/12/1946). Jésus passe toute la journée du sabbat au gué du Jourdain/Bethabara/Qasr al-Yahoud (vision 547). Ce n’est qu’"après quatre jours" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.8, vision du 26/12/1946), soit le lundi (en comptant de façon inclusive) ou le mardi (en comptant de façon exclusive), qu’il daigne se déplacer jusqu’à Béthanie où la foule est toujours nombreuse ("‟Le rabbin [Jésus] !”, crient les premiers qui le voient. Ce mot court comme le vent d’un groupe à l’autre, comme une vague venue de loin qui se brise sur la rive, jusque contre les murs de la maison et y pénètre, apporté par de nombreux juifs présents, dont des pharisiens, rabbins, scribes ou saducéens çà et là. Jésus entre [dans Béthanie] lentement, tandis que tous accourant de partout s’écartent du sentier où il marche. Comme personne ne le salue, lui ne salue personne", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.3, vision du 28/12/1946). Il ordonne qu’on rouvre le tombeau (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.8, vision du 28/12/1946) puis crie à Lazare d’en sortir (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.9, vision du 28/12/1946). Et Lazare apparaît titubant sur ses deux jambes, les linges plus ou moins dénoués et pendants, hagard mais vivant, au grand étonnement de la foule (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.10, vision du 28/12/1946 ; Jean fils de Zébédée, témoin de la scène, la racontera longuement dans son évangile en Jean 11.1-45). Jésus apostrophe Zadok, Helchias ben Phiabi et leurs comparses, leur déclarant qu’il vient de prouver être Dieu en redonnant la vie à un mort ("Est-ce que ce tu vois te suffit, Zadok ? Tu m’as dit un jour que toi et tes semblables avez besoin de voir un corps décomposé se ranimer pour croire [dans la vision 525.16 précitée] : es-tu rassasié de la putréfaction que tu constatée ? reconnais-tu que Lazare était mort et qu’il est désormais vivant, en meilleur santé qu’il n’a été depuis des années ? Je sais que vous êtes venus ici pour propager la douleur et le doute, pour vérifier que je n’étais pas caché à proximité du mourant. Vous êtes venus ici non pas par amour, pour honorer le défunt, mais pour vous assurer que Lazare était réellement mort, et pour vous réjouir du temps qui passait. Si tout s’était passé comme vous l’espériez, vous auriez raison de vous réjouir : ‟Il prétend guérir tout le monde, et il oublie son ami !”, ‟Le rabbin récompense la foi de tout le monde, mais pas celle de ses amis de Béthanie !”, ‟Le Messie est impuissant devant la réalité de la mort !”. Mais voilà : Dieu vous a répondu. Nul prophète n’a jamais rassemblé ce qui est décomposé. Dieu l’a fait. Voilà le témoignage vivant de qui je suis. Un jour Dieu prit de la boue, lui donna une forme, y insufffla la vie, ainsi fut créé l’homme. Je dis alors : ‟Que l’homme soit, à mon image”, ainsi parla le Logos du Père. Aujourd’hui, moi le Logos, je dis à la putréfaction, qui vaut moins que la boue : ‟Vis !”, et la putréfaction revit, reprend chair intégrale, palpite, et vous regarde !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.14, vision du 28/12/1946). Aux yeux de tous, Jésus a ressuscité Lazare, mais, pour ceux qui ont vu la série documentaire Enquêtes extraordinaires de Stéphane Allix déjà citée, pour Jésus lui-même, et peut-être également pour Maria Valtorta, Lazare a été enterré trop trop, il n’était pas mort, seulement anesthésié par la douleur - comme naguère le jeune Daniel de Naïm - causée par ses varices, que le rebouteux Jésus a soignées à distance. Témoin parmi tous les autres, le pharisien Barnabé est sidéré par la scène et se convertit définitivement ("Certains conquis par le miracle du seigneur sont restés en arrière. Parmi eux se trouve Joseph Barnabé, qui se jette à genoux devant Jésus et l’adore", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.16, vision du 28/12/1946). Lazare est reconduit à sa maison voisine par sa sœur Marthe. Il y prend un bain pour laver ses plaies cicatrisées aux jambes (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 548.18, vision du 28/12/1946).


La spectaculaire nouvelle se répand dans Jérusalem. Hérode-Antipas en tire des cauchemars, que Manahen raconte à Chouza ("Hérode[-Antipas], venu de Jéricho présenter ses hommages à son maître Ponce Pilate, semble fou dans son palais [c’est Manahen qui s’adresse à Chouza]. Hérodiade quant à elle est furieuse, elle le pousse à ordonner l’arrestation du Christ. Elle tremble de sa puissance, et lui, de ses remords. Il claque des dents en disant à ses fidèles de le défendre contre des spectres. Il s’est enivré pour se donner du courage, et le vin lui monte à la tête en lui suscitant des fantômes. Il crie que le Christ a ressuscité Jean[-Baptiste], qui lui rapporte la malédiction de Dieu", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 549.2, vision du 27/12/1946). Des légionnaires discutent entre eux, ils disent que Ponce Pilate est tellement nerveux depuis l’incident au Temple, l’excitation positive ou négative suscitée chez les juifs par la résurrection de Lazare n’arrange pas les choses, qu’il a ordonné la relève de la garnison de Jérusalem par une nouvelle troupe commandée par un nommé "Longinus" pour apporter un sang romain neuf, non-influencé par les discours des juifs ("Un légionnaire dans un groupe dit : ‟Si je peux, demain je vais à Béthanie. Par Vénus et Mars, mes dieux préférés ! Je pourrai parcourir toute la terre, des déserts brûlants jusqu’aux terres glacées germaniques, mais me trouver où on ressuscite un mort, ça ne m’arrivera plus ! Je veux voir à quoi ressemble quelqu’un qui revient de l’au-delà. Peut-être noirci par les fleuves infernaux…” ‟S’il était vertueux, il est devenu blanc en buvant l’eau céruléenne des Champs Elysées. Pas de Styx, là-bas…” ‟Il nous dira comment sont les prairies d’asphodèles de l’Hadès. Je t’accompagne !” ‟Si Ponce [Pilate] le veut…” ‟Bien sûr qu’il le veut ! Il a dépêché un courrier à Claudia [Procula] pour qu’elle vienne. Elle aime ces histoires. Je l’ai entendue plus d’une fois avec les autres et avec ses affranchis grecs discuter de l’âme et de l’immortalité.” ‟Claudia [Procula] croit au nazaréen. Pour elle, il est plus grand que n’importe quel homme.” ‟Selon Valeria, il est Dieu, un mélange de Jupiter et d’Apollon pour la puissance et la beauté, et de Minerve pour la sagesse. Vous l’avez déjà vu ? Je viens d’arriver pour la première fois avec Ponce [Pilate] et je ne sais pas…” ‟Tu arrives au bon moment pour voir beaucoup de choses. Tout à l’heure, Ponce [Pilate] criait d’une voix de stentor : « Tout doit changer, ici ! Ils doivent comprendre que c’est Rome qui commande et qu’ils en sont les servants ! Et que plus ils ont de responsabilités, plus ils doivent obéir, parce qu’ils sont plus influents ! ». Je crois que c’est à cause d’une tablette apportée par le serviteur d’Hanne [ben Seth].” ‟Il ne veut plus les écouter. Il nous relève parce qu’il ne veut pas d’amitié entre nous et eux…” ‟Entre nous et eux ? Ah, ah, ah ! Eux ? Ces gros nez, ces puants ? Je pense plutôt que Ponce [Pilate] digère mal les grosses quantités de porc qu’il mange ! Ou l’amitié d’une femme qui aime embrasser des bouches rasées !”, dit malicieusement un autre. ‟Reste que depuis les troubles lors des Tabernacles [allusion aux tensions entre sanhédristes et Romains lors de la fête de Soukkot en automne W-1, évoqués dans la vision 491.8 précitée], il a demandé et obtenu le changement de toutes les troupes, et nous partons.” ‟C’est vrai. Une galère a accosté à Césarée avec la centurie de Longinus. Nouveaux gradés, nouvelles troupes. Tout ça à cause des crocodiles du Temple. J’étais bien ici.” ‟Je préférais Brindisi. Mais je m’habituerai”, dit celui qui vient de débarquer en Palestine. Ils s’éloignent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 549.4, vision du 27/12/1946). Dans la salle de réunion du Sanhédrin, une vive discussion a lieu entre pro-Jésus - dont Joseph d’Arimathie, Nicodème, Gamaliel - et anti-Jésus ("‟Pourquoi tant d’agitation ? Je n’en vois pas la raison. A-t-il provoqué le Sanhédrin et le Grand Prêtre ? Non. Il s’est borné à accomplir un miracle.” ‟Il « s’est borné » ? Tu es stupide ou vendu à lui, Eléazar[-Boethos] ? Il « n’a pas provoqué le Sanhédrin et le Grand Prêtre » ? Que veux-tu de plus ? Les gens…” ‟Les gens disent ce qu’ils veulent, Eléazar[-Boethos] dit vrai : le nazaréen a accompli un miracle.” ‟Voilà l’autre qui le défend ! Tu n’es plus un juste, Nicodème ! C’est un acte contre nous, tu comprends ? Nous ne parviendrons plus à convaincre la foule ! Ah, malheureux que nous sommes ! Aujourd’hui des juifs m’ont bafoué ! Moi !” ‟Tais-toi, Doras [fils de Doras] ! Ce n’est pas l’homme qui est visé, mais nos lois, nos prérogatives !” ‟Tu parles bien, Simon [fils d’Eli-Anna]. Nous devons les défendre.” ‟Comment ?” ‟En attaquant et en détruisant les siennes !” ‟C’est vite dit, Zadok. Comment espères-tu les détruire, alors que tu n’es pas capable de ressusciter un moucheron ? Nous aurions besoin d’un miracle plus grand que le sien. Mais aucun de nous ne peut le faire parce que…” Celui qui parle ne termine pas sa phrase. Joseph d’Arimathie la conclut : ‟… parce que nous ne sommes que des hommes”. Certains se jettent sur lui : ‟Et lui [Jésus], qu’est-il ?”. Joseph d’Arimathie répond avec assurance : ‟Il est Dieu. J’avais des doutes…”. ‟Tu n’en avais pas ! Nous le savons, Joseph [d’Arimathie] ! Dis franchement que tu l’aimes !” ‟Joseph [d’Arimathie] ne commet aucun mal à l’aimer. Moi-même je le considère comme le plus grand rabbin d’Israël.” ‟Toi, Gamaliel ! Comment peux-tu dire cela !” ‟Je le dis. Et je m’honore d’être détrôné par lui. Jusqu’à aujourd’hui j’ai conservé la tradition des grands rabbins, dont le dernier était Hillel, sans savoir qui pouvait recueillir la sagesse des siècles. Maintenant je m’en vais content, parce que je sais qu’elle ne mourra pas, qu’elle deviendra même plus grande avec la sienne, qui porte l’Esprit de Dieu”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 549.7-8, vision du 27/12/1946). Les anti-Jésus décident de députer vers Ponce Pilate pour lui signifier que Jésus ambitionne de devenir Empereur à la place de Tibère ("[Ponce] Pilate n’a pas voulu nous écouter quand nous demandions son aide contre le nazaréen [c’est Chanania qui s’adresse aux autres membres du Sanhédrin], mais si nous lui expliquions… Vous avez dit que si les troupes s’exaltent, elles peuvent le proclamer César. Eh ! c’est une bonne idée… Allons exposer ce danger au proconsul. Il nous honorera comme des fidèles serviteurs de Rome, et s’il intervient nous serons débarrassés du rabbin [Jésus]. Allons ! Eléazar ben Hanne, toi qui es son ami, sois notre porte-parole”, rit Helchias [ben Phiabi] avec sa voix de serpent. Après un temps d’hésitation, les plus fanatiques sortent pour se rendre à l’Antonia. Caïphe reste avec les autres. ‟A cette heure, ils ne seront pas reçus”, objecte l’un d’eux. ‟Au contraire, c’est le meilleur moment ! Ponce [Pilate] est toujours de bonne humeur quand il a bu et mangé comme un païen”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 549.10, vision du 27/12/1946). L’entrevue tourne court. Les sanhédristes sont chassés par Ponce Pilate qui les méprise, en leur révélant au passage que tous les faux disciples qu’ils ont payés pour terroriser la population sont sur le point d’être capturés ("‟Soyez brefs [c’est Ponce Pilate qui s’adresse à la délégation de sanhédristes conduite par Eléazar ben Hanne]. Je n’ai pas de temps à perdre à des futilités.” Les juifs s’approchent dans une attitude toujours servile, jusqu’à ce qu’un : ‟Stop ! Pas trop près !” les cloue au sol. ‟Parlez. Et redressez-vous. Seuls les animaux restent courbés vers le sol”, et il rit. Les juifs se redressent sous le mépris, puis plastronnent. ‟Nous voulions te dire, nous serviteurs fidèles de Rome…” ‟Ha, ha, ha ! Des « serviteurs fidèles de Rome » ! Je transmettrai au divin César, il en sera heureux ! Parlez, farceurs ! Activez !” ‟Tu dois savoir, ô Ponce [Pilate], qu’aujourd’hui à Béthanie un homme a été ressuscité…” “Je sais. C’est pour ça que vous êtes venu ? Je suis informé depuis plusieurs heures. Lazare fils de Théophile a la chance de savoir ce que signifie mourir et d’avoir vu l’autre monde. Et alors ? M’a-t-il apporté un message de l’Hadès ?” Il est ironique. ‟Non, mais sa résurrection est un danger…” ‟Pour lui, certainement : il devra mourir une autre fois, ce n’est pas agréable. Eh bien ? Que puis-je y faire ? Suis-je Jupiter ?” ‟Le danger n’est pas pour Lazare mais pour César…” ‟Pour… Par les dieux ! J’ai trop bu ! Vous avez bien dit : « pour César » ? En quoi Lazare peut-il nuire à César ? Vous croyez que la puanteur de son tombeau risque de corrompre l’air que respire l’Empereur ? Rassurez vous, c’est trop loin !” ‟Non, Lazare en ressuscitant peut détrôner l’Empereur…” ‟Détrôner ! Ha, ha, ha ! C’est fort ! Ce n’est pas moi qui suis ivre, c’est vous ! La peur vous a troublé l’esprit ! C’est sûr qu’assister à une résurection peut perturber… Allez ! Au lit ! Reposez-vous. Avec un bon bain chaud, salutaire pour les délires.” ‟Nous ne délirons pas, Ponce [Pilate]. Si tu ne rétablis pas l’ordre, tu vivras des mauvais moments, l’usurpateur te punira, te tueras peut-être. Bientôt le nazaréen sera proclamé roi du monde. Comprends-tu ? Même les légionnaires le suivront, ils sont séduits par lui, et l’événement d’aujourd’hui les a exaltés. Quel serviteur de Rome es-tu si tu ne te précoccupes pas de sa paix ? Veux-tu voir l’Empire bouleversé, divisé à cause de ton apathie ? et Rome vaincue, les enseignes abattues ? et l’Empereur tué, tout détruit ?” ‟Silence ! Je parle ! Et je dis que vous êtes des fous ! Plus encore : des menteurs, des malandrins ! Vous mériteriez la mort ! Hors d’ici, hideux serviteurs de vos intérêts, de votre haine, de votre bassesse ! Vous êtes des esclaves, tandis que je suis citoyen romain, et les citoyens romains ne sont sujets de personne ! Je suis fonctionnaire impérial, et je travaille pour les intérêts de la patrie ! Vous n’êtes que des laquais sous notre domination, des galériens attachés aux bancs, qui frémissez inutilement sous les coups du hortator ! Vous voudriez que je tue le nazaréen, ou que je l’emprisonne ? Par Jupiter ! Si pour le salut de Rome et du divin Empereur je devais emprisonner ou tuer des sujets dangereux, c’est précisément le nazaréen et ses partisans que je délivrerais ! Dégagez et ne revenez plus jamais devant moi ! Turbulents ! Fauteurs de troubles ! Voleurs et complices de voleurs ! Aucune de vos manigances ne m’est inconnue, sachez-le ! Et tenez : apprenez aussi que des nouvelles armes et des nouveaux légionnaires ont réussi à déjouer vos pièges et vos instruments ! Vous vous plaignez de payer trop d’impôts aux Romains, mais combien vous ont coûtés Melchias de Galaad, Jonas de Scythopolis, Philippe de Soco, Jean de Beth-Aven, Joseph de Ramoth et tous les autres qui sont sur le point d’être pris ? Je vous conseille de ne pas vous promener près des grottes de la vallée car vous y trouverez plus de légionnaires que de pierres ! Les lois et les galères sont les mêmes pour tous ! Vous m’avez entendu ? Pour tous ! Et j’espère vivre assez pour vous voir tous enchaînés, esclaves parmi les esclaves sous le talon de Rome ! Barrez-vous ! Voilà ma réponse ! Surtout toi, Eléazar ben Hanne que je ne veux plus voir sous mon toit ! Le temps de la clémence est fini ! Je suis proconsul et vous des sujets ! Je commande au nom de Rome ! Dégagez, serpents de nuit, vampires ! Et le nazaréen veut vous racheter ? S’il était Dieu, il devrait vous foudroyer, afin d’éliminer les taches les plus dégoutantes du monde ! Dégagez, et ne fomentez plus de conjurations ou vous connaîtrez le glaive et le fouet !” Il se lève et part en claquant la porte devant les sanhédristes interdits, qui n’ont pas le temps de se remettre car un détachement en armes les chasse hors de la salle et du palais comme des chiens", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 549.13, vision du 27/12/1946). Cela n’empêche pas les députés éconduits de décreter l’arrestation de Jésus sur divers motifs (qu’on apprendra plus tard, dans la vision 609.10) : viol du sabbat, vie avec des prostituées, injures à personnes dépositaires de l’autorité religieuse, possession démoniaque et magie noire. A Béthanie, les apôtres se réjouissent de la résurrection de Lazare (notamment Judas qui espère à nouveau voir Jésus prendre le pouvoir ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 550.2, vision du 30/12/1946), ils sont brutalement refroidis par l’arrivée soudaine de Joseph d’Arimathie qui vient conseiller à Jésus de fuir au plus vite car le décret d’arrestation a été adopté et sera lu dès le lendemain dans toutes les synagogues de la région (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 550.10, vision du 30/12/1946). Lazare, rétabli, pressentant qu’il sera un objet de curiosité durant les jours et les semaines suivantes, élabore un stratagème : il se déplacera pour attirer derrière lui les espions du Sanhédrin, cela laissera le temps à Jésus d’aller se cacher à Ephraïm/Taybeh à la frontière de la Samarie (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 550.11, vision du 30/12/1946).


Après être passé à Jéricho chez Bérénice/Véronique, Jésus et les douze apôtres, qui refusent de le dénoncer selon les injonctions du décret d’accusation et lui ont renouvelé leur fidélité, atteignent Ephraïm/Taybeh (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 551.10, vision du 02/01/1947), que Maria Valtorta décrit précisément ("[Jésus] montre l’horizon aux aspects variés. Au nord-ouest, des monts élevés, boisés, qui s’allongent comme une épine dorsale du nord au sud. L’un d’eux, en arrière d’Ephraïm, est un géant vert qui dépasse les autres [le mont Baal-Hazor, aujourd’hui Tel Asor à deux kilomètres au nord-ouest d’Ephraïm/Taybeh, 31°58'42"N 35°17'04"E ; à ne pas confondre avec la cité homonyme d’Hazor en Galilée]. Au nord-est et au sud-est, une ondulation de collines plus douces. Le village est dans une cuvette verte avec des fonds lointains, sans relief entre les deux chaînes, l’une plus haute, l’autre plus basse, qui du centre de la région descendent vers la plaine du Jourdain. Par une échancrure entre les monts plus bas, on entrevoit cette plaine verte au-delà de laquelle se trouve le Jourdain bleu. Au cœur du printemps ce doit être un pays magnifique, entièrement vert et fertile. Actuellement [on est au milieu de l’hiver W-1/W] les vignes et les vergers interrompent par leur couleur sombre le vert des champs de blé, où des tiges tendres sortent des sillons et des pâturages nourris par le sol fertile", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 552.3, vision du 27/12/1946). Suivant les recommandations de Malachie le chef de la synagogue locale (favorable à Jésus, croisé dans la vision 484 précitée), on s’installe en bordure du village, dans la grande maison d’une vieille veuve appelée "Marie fille de Jacob", où on projette de demeurer jusqu’à la Pâque W. Jésus missionne les apôtres par deux ou trois pour évangéliser la Samarie : Simon-Pierre avec Jude Thaddée, Thomas/Didyme avec Philippe et Matthieu, Jacques fils d’Alphée avec André, Nathanaël Barthélémy avec Simon le zélote et Jacques fils de Zébédée. Jésus garde Jean fils de Zébédée et Judas - les deux apôtres les plus jeunes, et aussi les deux qui l’intéressent davantage que les autres… - près de lui (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 552.2, vision du 08/01/1947). S’ensuivent plusieurs séquences sur lesquelles nous ne nous attarderons pas ici (Jésus recueille trois enfants échappés des griffes de voleurs locaux dans la vision 553, il enseigne à Simon-Pierre une meilleure façon d’évangéliser dans la vision 555). Malachie brave le décret du Sanhédrin en invitant Jésus à venir parler publiquement dans sa synagogue. Jésus y explique que le vrai Temple n’est ni à Jérusalem ni à Samarie mais dans le cœur ("Le culte qu’on rend à Dieu, c’est l’amour pour Dieu, or l’amour se manifeste et se consume dans le cœur, non pas par les pierres taillées, les bois précieux, l’or et les parfums. Tout cela est du paraître qui satisfait l’orgueil d’un pays ou d’une cité mais qui n’honore pas le Seigneur. Dieu veut un Temple de l’esprit. Il ne se contente pas d’un Temple de murs et de marbres, vide d’esprits pleins d’amour. En vérité je vous dis que le temple d’un cœur pur et plein d’amour est le seul que Dieu aime et dans lequel il s’installe avec sa Lumière, et que ce sont les sots qui estiment les pays et les cités d’après la beauté particulière de leurs lieux de prière", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 556.5, vision du 10/01/1947 ; "Voici le temps nouveau, où tout se reconstruit. Malheur à ceux qui ne veulent pas y entrer et s’opposent aux bâtisseurs du Temple de la foi nouvelle dont je suis la pierre angulaire [Psaume 118 22 et Isaïe I 28.16], auquel aussi je me donnerai tout entier comme mortier afin que l’édifice se dresse sain et fort, admirable dans le cours des siècles, aussi vaste que la terre couverte par sa Lumière. Je dis “Lumière” et non pas “ombre” car mon Temple sera formé par des esprits et non pas par des matières opaques", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 556.7, vision du 10/01/1947). On reçoit la visite de Manahen, qui dit avoir dû ruser pour déjouer la surveillance des espions du Sanhédrin. Il sert de messager à Joseph d’Arimathie et Nicodème, qui veulent voir Jésus. Un rendez-vous est fixé à Goféna (site non localisé à la frontière entre Judée et Samarie, on sait seulement que Goféna est très proche d’Ephraïm/Taybeh puisque Manahan dans la vision 560.1 indique que Goféna par rapport à Ephraïm/Taybeh est "à la distance autorisée" qu’un juif peut parcourir durant le sabbat, soit deux mille coudées ou six stades ; "‟Joseph [d’Arimathie] et Nicodème veulent te parler [c’est Manahen qui s’adresse à Jésus], sans être vus. Ils ont tenté à plusieurs reprises d’échapper à leurs surveillants, mais Belzébuth doit être du côté de tes ennemis : à chaque fois ils ont dû renoncer car leur maison est étroitement surveillée. Comme celle de Bérénice[/Véronique], qui devait me précéder. Cette femme courageuse s’est engagée seule sur le chemin de l’Adomin, mais elle a été repérée et arrêtée près de la Montée-sanglante [lieu-dit non identifié, certainement un col du mont Adomin où les brigands attendent et tuent les voyageurs, d’où son nom]. Afin de ne pas révéler ton lieu de refuge et de justifier les vivres sur sa monture, elle a déclaré : « Je monte chez un de mes frères qui vit dans une grotte sur le mont. Accompagnez-moi donc, vous qui enseignez Dieu, vous accomplirez une œuvre sainte car il est malade et il a besoin de Dieu », grâce à se stratagème audacieux elle a dissuadé ses interlocuteurs de la suivre. Mais elle-même n’est pas allée plus loin, elle s’est bornée à visiter un homme vivant réellement dans une grotte [le nazaréen/essénien Elie de Qumran, selon la vision 381.10 précitée], elle dit que tu l’as chargée de le ravitailler.” ‟C’est vrai [allusion à la conversation entre Jésus et Bérénice/Véronique dans la vision 382.6 précitée]. Comment Bérénice[/Véronique] a-t-elle donc pu informer les autres [Joseph d’Arimathie et Nicodème] ?” ‟En allant à Béthanie. Lazare n’y est pas [Lazare est occupé à se déplacer pour tromper les espions du Sanhédrin qui le surveillent, en les entrainant derrière lui vers des faux itinéraires, selon la vision 550.11 précitée], mais ses sœurs y sont, surtout Marie[-Madeleine] qui n’est pas de nature à s’effrayer. Marie[-Madeleine] s’est habillée comme Judith allant chez le roi [Judith 10.3-4], elle s’est rendue en grande pompe au Temple avec Sara et Noémie, puis à sa propriété de Sion [celle déjà signalée dans les visions 371-372 précitées, probablement dans l’actuel quartier Whol], et de là elle a missionné Noémie vers Joseph [d’Arimathie]. Pendant que les juifs défilaient chez elle pour l’honorer, la vieille Noémie astucieusement déguisée en pauvre est allée à Bezetha [quartier nord-ouest de la vieille ville de Jérusalem] avec sa missive chez l’Ancien [Joseph d’Arimathie]. Nous avons convenu que j’irais seul, car personne ne s’étonne de me voir chevaucher entre les résidences d’Hérode[-Antipas], pour te dire que Joseph depuis Arimathie et Nicodème depuis Rama[-en-Benjamin] se dirigeront vers Goféna avant le coucher du soleil précédant le sabbat, et t’y attendront. Je connais l’endroit et la route, je viendrai ici en soirée pour t’y conduire. Ne te fie qu’à moi, rabbin [Jésus]. Joseph [d’Arimathie] insiste pour que personne ne connaisse notre rendez-vous. Pour le bien de tous”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 559.6, vision du 22/01/1947). La nuit du rendez-vous, Joseph d’Arimathie informe que le Sanhédrin connaît la cachette de Jésus à Ephraïm/Taybeh, sous-entendu quelqu’un l’a trahi. Jésus s’empresse d’innocenter Judas, dont Joseph d’Arimathie a suggéré le nom sans le prononcer explicitement ("‟Nous voulions t’apprendre [c’est Joseph d’Arimathie qui s’adresse à Jésus] que quelqu’un doit avoir dit où tu es, or ce quelqu’un n’est pas Nicodème, ni Manahen, ni Lazare ni ses sœurs, ni Bérénice[/Véronique], ni moi. A qui d’autre as-tu parlé de ton lieu de refuge ?” ‟A personne, Joseph [d’Arimathie]C:Carat” ‟Tu en es sûr ?” ‟Sûr.” ‟As-tu ordonné à tes disciples de ne pas parler ?” ‟Avant le départ je ne leur ai pas communiqué l’endroit. Arrivé à Ephraïm je leur ai demandé d’aller évangéliser et d’opérer à ma place. Je suis sûr de leur loyauté.” ‟Tu es seul à Ephraïm ?” ‟Non, je suis avec Jean [fils de Zébédée] et Judas fils de Simon, je te l’ai déjà dit. Et (je lis dans ta pensée) Judas ne peut pas m’avoir nui par étourderie car il ne s’est jamais éloigné de la ville, et actuellement aucun pèlerin étranger ne passe par ici.” ‟C’est la faute à Belzébuth, alors ? Car le Sanhédrin sait que tu es ici”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 560.6, vision du 23/01/1947). Joseph d’Arimathie et Nicodème proposent leur aide matérielle à Jésus, que celui-ci rejette ("‟Nous voulons aussi t’aider [c’est Joseph d’Arimathie qui s’adresse à Jésus]. En « amis fidèles même si imparfaits », comme tu nous décris.” ‟Non. Les disciples qui évangélisent apportent chaque veille de sabbat le nécessaire pour eux et pour nous qui restons à Ephraïm. Nous n’avons pas besoin de plus. L’ouvrier vit de son salaire. Cela est juste. Le reste serait du superflu. Donnez-le à des malheureux. C’est ce que j’ai imposé aussi aux gens d’Ephraïm, et à mes apôtres : j’exige qu’à leur retour ils n’aient plus la moindre piécette en réserve, que la moindre obole soit donnée en chemin, de conserver pour nous seulement notre nourriture très frugale de la semaine.” […] ‟Comme tu veux. Mais nous regrettons de ne pouvoir te servir” ‟L’heure viendra où vous me servirez”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 560.8, vision du 23/01/1947). L’aube approche. Jésus annonce qu’ils se reverront à la Pâque W à Jérusalem, stupeur de Joseph d’Arimathie qui assimile cela à un suicide ("‟N’est-ce pas la première clarté de l’aube ?”, demande [Jésus] en se tournant vers l’est, c’est-à-dire le côté opposé à celui par lequel il est venu, et en montrant une lueur timide apparaissant par une ouverture sur des fonds lointains. ‟Oui. Nous devons nous quitter. Je retourne à Goféna où j’ai laissé ma monture. Nicodème descend par cet autre chemin vers Beeroth [alias "Birra" conquise par les Croisés, aujourd’hui Al-Bireh en Cisjordanie, à une quinzaine de kilomètres au nord de Jérusalem, 31°54'16"N 35°12'43"E], et de là vers Rama[-en-Benjamin], le sabbat fini.” ‟Et toi, Manahen ?” ‟Oh moi, j’emprunte la grande route sans me cacher vers Jéricho, où Hérode[-Antipas] se trouve actuellement. Mon cheval est dans une maison de pauvres gens qui pour une obole n’ont honte de rien, pas même du Samaritain qu’ils croient que je suis. […]” ‟Alors saluons-nous.” ‟Nous nous retrouverons à Pâque [W].” ‟Tu ne vas pas t’exposer au danger ! s’écrient Joseph [d’Arimathie] et Nicodème. Ne fais pas ça, rabbin !” ‟Vous êtes vraiment des mauvais amis car vous me conseillez le péché et la lâcheté. Comment pourriez-vous continuer à m’aimer avec une telle conduite de ma part ? Répondez sincèrement : où devrais-je aller adorer le Seigneur à la Pâque des azymes ? sur le mont Garizim ? Pourquoi devrais-je me dispenser de paraître devant le Seigneur dans son Temple de Jérusalem, comme le doit tout Israélite à l’occasion des trois grandes fêtes annuelles ? […]” ‟Ils [les sanhédristes opposés au ministère] te verront tout de suite…” ‟… et s’ils ne me voient pas, je m’arrangerai pour qu’ils me voient.” ‟Tu veux te ruiner ! C’est un suicide !” ‟Non. Votre esprit est tout enveloppé de Ténèbres. Je ne veux pas me tuer, je veux uniquement obéir à mon Père qui me dit : « Va, c’est l’heure »”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 560.9-10, vision du 23/01/1947). On se sépare. Jésus reste avec Manahen, qui s’épanche sur son dégoût de servir les Hérodiens. Manahen retente de pousser Jésus à une forme de royaume politique, même symbolique, mais Jésus rejette encore cette idée ("‟Oui je suis Hérodien [c’est Manahen qui s’adresse à Jésus], ou plutôt j’étais Hérodien. De même que je me suis détaché du Sanhédrin, je me suis détaché de la Cour [d’Hérode-Antipas] quand je l’ai vue lâche et injuste comme les autres envers toi. « Etre Hérodien »… Pour les autres, c’est être un peu moins que païen. […] Pharisiens, prêtres, scribes, saducéens croient tirer profit de leur alliance impromptue avec les Hérodiens, les malheureux ! Ils ne comprennent pas que les Hérodiens l’acceptent pour avoir plus de mérite et donc plus de protection de la part des Romains, ensuite ils abattront ceux qu’ils traitent aujourd’hui comme des alliés, dès que la cause qui les unit sera réglée. Ils jouent des deux côtés, en usant de la duperie… Tout ceci me répugne, c’est pour cette raison que j’ai pris mes distances. Tu es un grand fantôme qui les effraie tous, et en même temps un enjeu dans le jeu louche des partis. Le motif religieux ? L’indignation sacrée contre « le blasphémateur », comme ils t’appellent ? Mensonges ! Le seul motif, ce n’est pas la défense de la religion, ni le zèle sacré pour le Très-Haut, mais leurs intérêts cupides, insatiables. Ils me dégoûtent comme des ordures. Je voudrais être plus courageux. Ah, que cette double vie me pèse ! Je voudrais te suivre. Enfin, je te sers davantage dans ma situation que si je te suivais… Mais ça me pèse. Tu dis que bientôt… Tu seras réellement immolé parce que tu es l’Agneau ? C’est encore une formule de langage ? La vie d’Israël est un tissu de symboles et de figures…” ‟… et tu souhaiterais que ce soit le cas pour moi. Mais non, ce ne sera pas une formule de langage pour moi…” ‟Vraiment ? Nous pourrions refaire l’antique rituel, nous rassembler en grand nombre pour t’oindre comme Messie et te défendre. Tu n’as qu’un mot à dire, et des milliers et des dizaines de milliers de soutiens du seul Prêtre saint et sage se lèveront. Je sais que ton Royaume est spirituel, tu ne seras pas un roi terrestre, mais, puisque nous ne serons jamais forts et libres ici-bas, au moins que ta sainteté soutienne et guérisse Israël de la corruption. Personne n’apprécie le sacerdoce actuel et ceux qui le portent, tu le sais. Tu n’as juste qu’à commander, seigneur, et j’agirai.” ‟Ta pensée a beaucoup progressé, Manahen, mais tu es encore aussi loin du but que la terre l’est du soleil. Je serai Prêtre pour l’éternité, dans un organisme que je vivifierai jusqu’à la fin des siècles. Je ne peux pas être oint avec l’huile sacrée, ni proclamé et défendu par les actes violents d’une poignée de fidèles qui diviseraient la patrie et la rendraient encore plus féroce et esclave qu’aujourd’hui. Et crois-tu qu’une main d’homme puisse oindre le Christ ? En vérité, je te dis que non. La seule Autorité qui m’oindra Prêtre et Messie sera Celui qui m’a envoyé. Seul Dieu peut proclamer Dieu, Roi des rois et Seigneur des seigneurs pour l’éternité.” ‟Rien à faire, alors ? Ah, quelle douleur pour moi…” ‟Tout. M’aimer. Tout revient à cela. Aimer non pas la créature appelée « Jésus », mais ce qu’est Jésus, avec humanité et esprit, comme moi-même je vous aime en Esprit et en Humanité, pour être Moi au-dessus de l’Homme”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 560.14, vision du 23/01/1947). Un jour que Jésus se promène seul dans les environs d’Ephraïm/Taybeh, il est surpris par un orage. Il se réfugie dans une grotte. Il y est rejoint par un voyageur louche nommé "Samuel", qui remarque son accent galiléen (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 561.5, vision du 05/02/1947) mais ne devine pas son identité. Ce Samuel dit être un serviteur du rabbin Jonathan ben Uzziel qui l’a missionné pour capturer Jésus. Or Jésus lui offre son repas, et du feu pour qu’il se réchauffe et sèche des vêtements trempés par l’orage. Et il lui révèle finalement son identité (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 561.11, vision du 05/02/1947). Samuel ne sait plus quoi penser ni faire. Jésus lui demande de le tuer dès maintenant ou de le suivre. Samuel fasciné choisit de le suivre, oubliant l’ordre de son maître Jonathan ben Uzziel (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 561.13, vision du 05/02/1947). Un autre jour, le groupe apostolique se réfugie sur une petite île au milieu d’un cours d’eau près d’Ephraïm/Taybeh, pour se préserver des curieux qui ont appris la présence de Jésus et veulent le voir. Ils y accueillent Claudia Procula, qui a fait un détour sur son trajet de Césarée à Jérusalem où l’attend son mari Ponce Pilate. Claudia Procula propose à Jésus un poste qui l’immuniserait contre ses adversaires, Jésus refuse, cela la satisfait car elle a lancé sa proposition comme un test pour s’assurer que Jésus ne vise pas une magistrature. Elle le soumet à une nouvelle épreuve en s’étonnant malignement qu’il n’a accompli aucun autre miracle depuis la spectaculaire résurrection de Lazare, sous-entendant qu’il a perdu son pouvoir de guérisseur, ou qu’elle aimerait qu’il accomplisse un nouveau miracle aussi spectaculaire devant elle et devant Ponce Pilate pour dissiper les soupçons de supercherie ("‟Rabbin [Jésus], chez moi, ou plutôt chez Ponce [Pilate], des gens sont venus [c’est Claudia Procula qui s’adresse à Jésus]… Je n’ai pas besoin de m’étendre. Parce que je t’admire, je te dis, comme j’aurais dit à Socrate s’il vivait aujourd’hui, ou à n’importe quel homme vertueux injustement persécuté : « Je peux peu, mais je ferai ce que je peux ». Je vais écrire pour qu’on te protège partout, et pour qu’on te rende puissant. Beaucoup occupent des trônes ou des magistratures qu’ils ne méritent pas…” ‟Je ne demande ni honneurs ni protection, domina. Que le vrai Dieu te récompense pour ta proposition. Mais réserve tes honneurs et ta protection pour ceux qui les désirent, moi je n’y aspire pas.” ‟Ah, voilà ce que je voulais ! Tu es bien le juste que je croyais ! Les autres, tes indignes calomniateurs, sont venus à nous pour…” ‟Inutile que tu parles, ô domina. Je sais.” ‟Et tu sais aussi ce qu’on raconte, qu’à cause de tes péchés tu as perdu tout pouvoir et que c’est pour cela que tu vis ici, rejeté ?” ‟Je sais ça aussi. Et je sais que tu crois ce second point plus facilement que le premier parce que ta mentalité de païenne est capable de discerner la hauteur ou la bassesse d’un homme, mais incapable de comprendre ce qu’est le pouvoir de l’Esprit”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 563.5, vision du 07/02/1947). En guise de réponse, Jésus guérit un esclave muet escortant Claudia Procula (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 563.6, vision du 07/02/1947 ; dans les faits, il se contente de lui tirer quelques bruits de gorge, comme au "possédé" de Capharnaüm dans la vision 269 précitée, comme à l’enfant sourd-muet près de Qadesh/Tel-Qadesh dans la vision 341 précitée, comme à l’autre enfant muet de Gibeon/Al-Jib dans la vision 516 précitée), qui, silencieuse et perturbée, reprend sa route vers Jérusalem (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 563.8, vision du 07/02/1947). Un autre jour, au cours d’une nouvelle promenade près d’Ephraïm/Taybeh, Jésus trouve un malade recroquevillé au pied d’un milliaire ("[Jésus] revient en arrière par un autre sentier qui remonte vers les collines au nord d’Ephraïm. Le sol, bien exposé et à l’abri des vents du nord, produit des moissons plus abondantes. Sur un côté du chemin traversant deux champs, les branches des arbres à fruits à intervalles réguliers portent leurs bourgeons comme des perles. Ce chemin est coupé par une route importante descendant du nord vers le sud. Au croisement, se trouve un milliaire romain avec une inscription côté nord : ‟NEAPOLIS” [qui a gardé son nom grec "Nouvelle ville/Ne£polij" sous la forme "Naplouse", 32°12'58"N 35°15'55"E, à côté de Sichem/Tell Balata 32°12'48"N 35°16'55"E] en larges caractères, et en-dessous en petits caractères à peine marqués : ‟SICHEM”, une autre inscription côté ouest : ‟SILO-JERUSALEM”, et une autre inscription côté sud : ‟JERICHO”. Aucune inscription côté est. Seulement un grand malheur humain : à terre, entre le milliaire romain et le fossé qui longe la route servant à l’écoulement des eaux de pluie, un homme semblant mort se tient recroquevillé, tel un paquet de chiffons et d’os. Jésus se penche sur lui, il écarte les herbes rendues brillantes par les ondées de printemps [W], il le touche et l’appelle : ‟Homme, qu’as-tu ?”. Un gémissement lui répond. Le tas de chiffons remue, se tourne. Un visage squelettique apparaît. Deux yeux fatigués et souffrants regardent avec étonnement celui qui s’est penché sur la misère. L’homme tente de s’asseoir en appuyant au sol ses mains diaphanes, il n’y parviendrait pas sans l’aide de Jésus. Il appuie son dos sur le milliaire. Jésus lui demande : ‟Es-tu malade ?”. ‟Oui”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 564.3, vision du 07/02/1947). Ce dernier, paysan originaire d’Iamnia/Yavné en Philistie, explique avoir mal au ventre au point de ne plus pouvoir travailler, il a entendu son compatriote Hermasté d’Ascalon parler de Jésus, il a décidé d’aller au-devant de Jésus pour être guéri, il est passé à Nazareth, puis à Jérusalem, désormais il le cherche à Ephraïm/Taybeh ("Je viens des campagnes d’Iamnia [c’est le Philistin qui s’adresse à Jésus], près de la grande mer [Méditerranée]. Je me suis rendu en Galilée en suivant la côte via Césarée, je suis allé à Nazareth. Je suis malade ici (il se frappe l’estomac), d’un mal que personne n’a su guérir et qui m’empêche de travailler la terre. Je suis veuf avec cinq enfants. Je suis né à Gaza, d’un père philistin et d’une mère syro-phénicienne. Un des nôtres [le Philistin Hermasté], disciple du rabbin galiléen [Jésus], nous en a parlé avec un autre. Je l’ai écouté. Je me suis dit : ‟Je suis à la fois Syrien et Philistin, soit une ordure pour Israël, mais Hermasté assure que le rabbin galiléen [Jésus] est bon et puissant, je le crois, je dois le trouver”. J’ai profité d’une rémission pour confier mes enfants à la mère de ma femme et, après avoir rassemblé le peu de ressources qui me restaient (car la maladie m’en a absorbé beaucoup), je suis parti en quête du rabbin [Jésus]. Mais l’argent s’épuise vite en voyage. Surtout quand on ne peut pas manger n’importe quoi, et quand on reste à l’auberge parce que les douleurs empêchent de marcher. A Sepphoris j’ai dû vendre mon âne, parce qu’il ne me restait plus que le pécule pour payer le rabbin [Jésus] en récompense de son opération. J’ai calculé qu’après ma guérison je pourrais manger à nouveau, revenir vite à la maison, retravailler au champ, me refaire une situation. Mais le rabbin [Jésus] n’était pas à Nazareth, ni à Capharnaüm. Sa mère m’a dit : ‟Il est en Judée. Cherche-le chez Joseph de Sepphoris à Bezetha [quartier nord-ouest de la vieille ville de Jérusalem] ou à Gethsemani. On pourra te renseigner”. J’ai donc continué à pied, le mal grandissant, sans ressources. A Jérusalem où elle m’a envoyé, je n’ai pas trouvé le rabbin [Jésus], mais des gens qui m’ont dit : ‟Oh, il a été chassé depuis longtemps, maudit par le Sanhédrin ! On ne sait pas où il est”. Je me suis senti mourir, plus effondré encore qu’aujourd’hui. J’ai interrogé des centaines de personnes en ville et dans la campagne. Aucune réponse. Certains ont pleuré avec moi. D’autres m’ont frappé. Puis un jour, tandis que je mendiais en-dehors du Temple, j’ai entendu deux pharisiens parler entre eux : ‟Maintenant que Jésus de Nazareth est à Ephraïm…”. Je n’ai pas perdu une seconde. Faible comme j’étais, je suis venu jusqu’ici en mendiant mon pain, de plus en plus déchiré et malade. Et mal orienté, je me suis trompé de route…”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 564.6, vision du 07/02/1947). Jésus lui révèle son identité. C’est un nouveau "miracle" : le Philistin se relève instantanément, débarrassé de son mal au ventre. En fait, il n’y a aucun miracle, simplement un pur effet placébo, que Maria Valtorta décrit comme tel, de manière dépassionnée, comme Flaubert décrit de manière dépassionnée les élans de peine et de joie de Madame Bovary ("‟Reçois ce que ta foi mérite”, dit Jésus avec son geste de commandement sur les maladies. Aussitôt l’homme a une sorte d’éblouissement. J’ignore si c’est par ouverture de son intelligence ou par une sensation physique ou par les deux, en tout cas il comprend qui est celui devant lui, et il pousse un cri si aigu qu’un pâtre qui descendait vers la route, peut-être pour voir, hâte sa marche. L’homme est toujours à terre, le visage dans l’herbe. Le pâtre le désigne avec sa houlette : ‟Il est mort ? J’ai abandonné mon lait pour m’occuper de lui !”, et il hoche la tête. L’homme entend, il se dresse debout, en pleine santé. Il crie : ‟Mort ? Je suis guéri ! Je suis ressuscité ! C’est lui qui l’a fait ! Je ne souffre plus ! Je n’ai plus mal au ventre ! Je suis comme au jour de mon mariage ! Oh, Jésus béni ! Comment ne t’ai-je pas reconnu plus tôt !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 564.8-9, vision du 07/02/1947). Jésus revient vers Ephraïm/Taybeh accompagné du Philistin guéri, qui lui raconte comment Hermasté d’Ascalon a été retrouvé mort à l’été W-1, probablement tué par des opposants au ministère ("[Hermasté] vivait comme un pénitent [c’est le Philistin qui s’adresse à Jésus]. Quand quelqu’un lui donnait un pain par pitié, il le bénissait en ton nom. Quand on lui jetait des pierres, il se retirait en bénissant aussi. Il se nourrissait de fruits sauvages et de coquillages qu’il arrachait des rochers ou tirait du sable. Certains le traitaient de fou, mais au fond personne ne le haïssait. On le chassait comme un mauvais augure, au pire. Un jour on l’a trouvé mort près de mon village, sur la route de Judée, à la frontière. On ne sait pas de quoi il est mort. Il avait une blessure profonde à la tête. On raconte qu’il a été tué par un opposant au Messie. On prétend encore qu’il a été renversé par un cheval, mais je n’y crois pas. Il était étendu dans la poussière, souriant aux dernières étoiles d’une nuit sereine d’elul [dans le calendrier hébraïque, soit août/septembre dans le calendrier chrétien]. Ce sont des jardiniers qui allait à la ville aux premières lueurs du jour qui l’ont découvert. Ils m’ont informé quand ils sont passés m’acheter des concombres. J’ai couru voir : il semblait dans une grande paix", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 564.11, vision du 07/02/1947). De retour à la maison de la vieille veuve Marie d’Ephraïm/Taybeh, Jésus affirme sa volonté masochiste de souffrir pour y trouver la joie ultime. Judas ne comprend pas ("‟J’embrasse la douleur comme la plus grande force pour atteindre la félicité parfaite [c’est Jésus qui s’adresse à Judas], qui est celle d’aimer autrui jusqu’à souffrir pour lui donner la joie. Jusqu’à mourir pour lui.” ‟Je ne comprends pas cette félicité”, clame Judas. ‟Tu n’es pas encore sage, autrement tu la comprendrais.” ‟Et Jean [fils de Zébédée] l’est ? Il est plus ignorant que moi !” ‟Humainement, oui. Mais il possède la science de l’amour.” ‟Super. Reste que l’amour n’empêche pas les bâtons d’être des bâtons ni les pierres d’être des pierres, et de causer des dommages aux chairs qu’ils frappent. Tu répètes que la douleur t’est chère parce que pour toi elle est amour, mais admettons que tu sois capturé : tu seras torturé, seras-tu encore du même avis ? Pense à ça tant que tu peux fuir la douleur. C’est terrible, la douleur. Si des hommes te prennent, oh ! ils n’auront pas d’égards pour toi !” Jésus le regarde. Il est très pâle, ses yeux bien ouverts semblent voir, au-delà du visage de Judas, toutes les tortures qui l’attendent, pourtant dans leur tristesse ils restent pleins de douceur et sereins. Il répond : ‟Je sais. Et je sais même ce que tu ne sais pas. Mais j’espère dans la miséricorde de Dieu. Lui qui est miséricordieux avec les pécheurs, sera également miséricordieux avec moi. Je lui demande non pas de m’épargner la souffrance, mais de m’enseigner la souffrance”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 565.10, vision du 10/02/1947).


On prépare la venue de divers disciples, avant la Pâque du printemps W. Bérénice/Véronique avec Elise de Beth-Zur sont les premières. Elise de Beth-Zur informe que Ponce Pilate est exaspéré par le désordre en Judée entretenu par des gens que le Sanhédrin présente mensongèrement comme des disciples de Jésus, il écoute de moins en moins sa femme Claudia Procula ("Bérénice[/Véronique] remarque : ‟On dit (c’est Manahen qui rapporte cela, avec d’autres, dont une femme, Valeria) que [Ponce] Pilate est vraiment fatigué des soulèvements qui agitent le pays, qui pourraient lui causer des problèmes, et influencé par l’insistance de certains juifs à insinuer que Jésus veut se proclamer roi. Si les rapports favorables de ses centurions n’étaient pas concordants, et surtout si sa femme [Claudia Procula] ne le retenait pas, il finirait par punir le Christ, peut-être à l’exil, pour ne plus avoir d’ennuis”. ‟Il ne manquerait plus que cela ! Et il en est capable ! Pour les Romains, c’est la peine la plus légère, et la plus employée après la flagellation ! Pensez-y : Jésus seul, je-ne-sais-où, et nous dispersés çà et là !”, s’exclame [Simon] le Zélote", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 566.6, vision du 12/02/1947), qui de son côté commence à douter et participe à nouveau à des orgies ("Claudia [Procula] reste limitée dans sa croyance pour le Christ [c’est Bérénice/Véronique qui s’adresse aux apôtres]. Pour elle, il n’est qu’un sage, rien de plus. Avant d’arriver en ville [à Jérusalem pour la Pâque W], elle semble avoir été troublée par les rumeurs, elle a dit, sceptique : ‟Il est comme nos philosophes, et même il leur est inférieur car son discours ne correspond pas à sa vie”, et elle est… retournée à des choses qu’elle avait abandonnées", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 566.7, vision du 12/02/1947). Marie la Vierge arrive ensuite, suivie de Marie fille de Cléophas, Marie-Salomé l’épouse de Zébédée, Suzanne de Cana, Jeanne. Et également Lazare (raillé par Judas ; "‟Que fais-tu ici ? [c’est Simon-Pierre qui s’adresse à Jean fils de Zébédée] Et le rabbin [Jésus] ?” ‟Sur le char, avec sa mère.” ‟Et tu ne le disais pas !” ‟Tu ne m’en as pas laissé le temps. Toutes sont arrivées. Mais vous verrez combien Marie [la Vierge] de Nazareth a changé ! Elle semble vieillie de plusieurs lustres. Selon Lazare, elle a été très angoissée en apprenant que Jésus était réfugié ici.” ‟Pourquoi lui a-t-il parlé, cet imbécile ? Avant sa mort, pourtant, il était intelligent. Son cerveau a dû s’écrabouiller dans le tombeau et ne s’est pas reconstruit. On ne ressuscite pas sans séquelles”, ronchonne Judas de Keriot, ironique et méprisant", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 566.13, vision du 12/02/1947), qui raconte son long périple pour balader les espions du Sanhédrin, il dit avoir été jusqu’à sa propriété d’Antioche, où il a revu Syntyché qui dirige toujours efficacement sa fabrique de broderie et projette d’aller ouvrir une succursale dans sa Grèce natale ("Je veux te parler de Syntyché [c’est Lazare qui s’adresse à Jésus]. Je l’ai vue. Elle est active et sage comme seule une Grecque peut l’être. Elle souffre de son éloignement, mais elle est heureuse de préparer ton chemin. Elle espère te revoir avant de mourir. […] Sa petite école [de broderie] est très fréquentée par des fillettes de toutes provenances. Le soir elle retient quelques-unes de ces sangs-mêlés, qui n’appartiennent donc à aucune religion, et elle les instruit sur toi. Je lui ai demandée : ‟Pourquoi ne deviens-tu pas prosélyte ? Cela t’aiderait beaucoup”. Elle m’a répondu : ‟Parce que les juifs ne m’intéressent pas, je veux me consacrer aux autels vides qui attendent Dieu, les préparer à recevoir mon seigneur. Quand son Règne sera établi, je retournerai dans ma patrie, sous le ciel de Grèce, consumer ma vie à préparer les cœurs aux maîtres. C’est mon rêve. Et si je meurs avant, de maladie ou de persécution, je partirai également heureuse, car ce sera signe que j’aurai accompli mon travail, et qu’il appelle à lui sa servante qui l’a aimé dès la première rencontre”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 566.23, vision du 12/02/1947). Tandis que les apôtres sont occupés à rassembler leurs affaires pour s’installer dans le voisinage et laisser leurs lits aux femmes qui viennent d’arriver, Judas vole l’argent que leur hôte la vieille veuve Marie d’Ephraïm/Taybeh conserve dans un coffre. Jésus et Jean fils de Zébédée pénètrent à ce moment dans la pièce et le surprennent en flagrant délit (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 567.11, vision du 15/02/1947). Jésus a un geste spontané pour frapper Judas mais se retient juste avant de passer à l’acte. Les deux hommes laissent éclater leur colère ("[Jésus] lève le bras avec le poing fermé, comme pour frapper le voleur [Judas], sa bouche commence le mot : ‟Maudit !”, mais il se domine, il arrête son bras qui allait tomber et coupe le mot à la première syllabe. Dans un effort pour se maîtriser qui lui provoque un tremblement général, il desserre son poing fermé, abaisse son bras à hauteur de la bourse que Judas tient dans ses mains, il l’arrache pour la jeter au sol, il foule aux pieds les pièces qui s’éparpillent, en disant d’une voix étouffée, avec une fureur contenue mais terrible : ‟Au loin, ordure de Satan ! Or maudit ! Crachat d’enfer ! Venin de serpent ! Au loin !”. Judas, qui a poussé un cri étouffé en voyant Jésus près de le maudire, ne réagit plus. De l’autre côté de la porte refermée, un autre cri, celui de Jean [fils de Zébédée], a résonné quand la bourse jetée par Jésus a fracassé le sol. Cela provoque la colère du voleur, qui se jette presque sur Jésus : ‟Tu as utilisé un espion pour me nuire, un garçon imbécile [Jean fils de Zébédée] qui ne sait pas se taire, qui jettera la honte sur moi aux yeux de tous ! C’est ce que tu voulais ! Eh bien moi aussi je le veux ! Te pousser à me chasser ! A me maudire ! J’ai tout essayé pour que tu me chasses !”. Il est enroué par la colère et brutal comme un démon. Il halète comme si quelque chose l’étranglait. Jésus répète à voix basse mais terrible : ‟Voleur ! Voleur ! Voleur !”, et il conclut : ‟Aujourd’hui voleur, demain assassin !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 567.12, vision du 15/02/1947). Judas accuse Jésus d’être un faible, et surtout un faux Mashiah/Messie qui trompe par des bons sentiments de façade afin de régner sur autrui, sur lui-même en faisant croire qu’il est un ami, sur Jean fils de Zébédée en faisant croire qu’il est un grand frère de substitution, sur les autres apôtres en faisant croire qu’il est Dieu, sur le peuple en faisant croire qu’il est un héros près de le délivrer de l’oppression romaine ("‟Tu sauves tout le monde [c’est Judas qui s’adresse à Jésus], tu donnes de l’amour et des honneurs à tous, tu accueilles les pécheurs, les prostituées ne te dégoûtent pas, tu traites en amis les voleurs et les usuriers et les ruffians de Zachée [de Jéricho], tu accueilles l’espion du Temple [Samuel, serviteur du rabbin Jonathan ben Uzziel] comme le Messie, ô sot que tu es ! Tu nous donnes pour chef un ignorant [Simon-Pierre], pour trésorier un gabeleur [Matthieu], tu prends un imbécile [Jean fils de Zébédée] comme ton confident, et à moi tu rationnes la moindre piécette, tu ne me laisses pas d’argent, tu me retiens près de toi comme un galérien sur son banc, tu m’interdis de recevoir l’obole des pèlerins pour être certain que je ne la garde pas pour moi-même ! Parce que tu me hais ! Eh bien moi aussi je te hais ! Tu ne sais pas me frapper et me maudire ? Ta malédiction me réduirait en cendres, pourquoi ne me la donnes-tu pas ? Je la préférerais, plutôt que de te voir si incapable, si faible, si fini, si vaincu !” ‟Tais-toi !” ‟Ah tu ne veux pas que Jean [fils de Zébédée] entende ? Tu as peur qu’il comprenne qui tu es, et qu’il t’abandonne ? Mais oui, tu as peur ! Toi, le héros, tu as peur de moi ! C’est pour ça que tu ne me maudis pas ! Tu me hais, mais tu feins l’amour pour me flatter, pour me tenir tranquille ! Parce que tu sais que je suis une force, la force qui te hait et te vaincra ! Je t’ai promis de te suivre jusqu’à la mort en t’offrant tout, et je t’ai tout offert, et je resterai près de toi jusqu’à ton heure et jusqu’à mon heure, roi magnifique qui ne sait ni maudire ni chasser ! Roi des nuages ! Roi idole ! Roi sot ! Menteur ! Traître à ton propre destin ! Tu m’as méprisé dès notre première rencontre ! Tu ne m’as jamais compris ! Tu te croyais sage, mais tu n’es qu’un idiot ! Je t’ai orienté vers le bon chemin, mais toi, oh ! toi tu es « le Pur », la créature « qui est Homme mais aussi Dieu », tu « refuses les conseils de l’Intelligent [Satan] » ! Tu t’es trompé depuis le début, tu te trompes toujours, tu es… tu es… Rah !” Le flot de paroles cesse brusquement. Après tant de cris et de gestes, un silence immobile et lugubre tombe. Pendant que j’écrivais sans pouvoir dire ce qui se passait, Judas courbé comme un chien féroce observant sa proie s’est approché de Jésus, le visage révulsé, les mains crispées, les coudes serrés contre le corps, prêt à l’attaque. Sans montrer le moindre trouble, Jésus s’est retourné, montrant son dos à l’autre qui pouvait l’assaillir ou lui sauter au cou, il a ouvert la porte et regardé dans le couloir si Jean [fils de Zébédée] était bien parti. Le couloir était vide dans la pénombre, Jean [fils de Zébédée] a fermé la porte donnant sur le jardin après être sorti. Alors Jésus a refermé la porte, l’a verrouillée et s’est adossé contre elle", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 567.13-14, vision du 15/02/1947). Jésus se calme. Il soutient le regard haineux de Judas et les invectives, puis ouvre ses bras en disant être Amour ("Adossé à la porte, tout blanc contre le bois sombre, Jésus n’a pas bougé. Ses yeux ont jeté sur l’apôtre [Judas] un regard puissant de douleur et de ferveur, comme s’ils priaient pour ce malheureux. Puis, vers la fin du monologue de Judas, Jésus a ouvert ses bras qui étaient serrés contre son corps, non pas pour toucher Judas ni pour les lever vers le ciel : il les a ouverts horizontalement, dans la pose du crucifié, contre le bois sombre et le mur rougeâtre. C’est à ce moment que Judas a prononcé ses dernières paroles, jusqu’au : ‟Rah !” conclusif. Jésus reste dans la même position, bras ouverts, les yeux douloureux et priant sur l’apôtre Judas qui, sortant soudain de son délire, se passe la main sur le front, sur son visage en sueur, réfléchit à ce qu’il vient de dire, s’écroule par terre. Je ne sais pas s’il pleure, il s’affale comme si ses forces l’abandonnaient. Jésus baisse son regard et ses bras et lui dit à voix basse mais distincte : ‟Alors ? Est-ce que je te hais ? Je pourrais te frapper du pied, t’écraser comme un ver, te maudire, pourtant je viens de te délivrer de la force qui te pousse au délire. Tu prends mon impossibilité de te maudire pour de la faiblesse ? Ah, ce n’est pas de la faiblesse ! C’est simplement que je suis le Sauveur, or le Sauveur ne peut pas maudire ! Il sauve. Il veut sauver. Tu dis : « Je suis la force qui te hait et te vaincra ! ». Mais non : la seule Force, c’est moi, qui n’est pas la haine mais l’Amour. Et l’Amour ne hait pas et ne maudit jamais. La Force peut triompher dans des duels comme celui-ci entre toi et moi, entre Satan qui est en toi et moi, elle peut t’enlever ton rabbin pour toujours, comme je viens de le faire en devenant le signe qui sauve, le tau [lettre de l’alphabet grec stylisant la posture de Jésus debout bras écartés] que Lucifer ne supporte pas. Et l’Amour peut vaincre dans ces duels, comme il vaincra bientôt dans le combat rédempteur contre Israël mécréant et assassin, contre les nations et contre Satan, et dans l’ultime bataille qui semble lointaine quand on compte en siècles mais qui est proche quand on songe à l’éternité. Mais à quoi bon violer les règles parfaites de mon Père ? Serait-ce justice ? Serait-ce mérite ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 567.14-15, vision du 15/02/1947). Il confesse avoir été tenté de chasser Judas le soir où il est réapparu à Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel quelques mois plus tôt (dans la vision 530 précitée) mais en a été détourné par Amour ("Tu voudrais que je te chasse [c’est Jésus qui s’adresse à Judas]. Tu dis que tu fais tout pour y parvenir. Cette raison ne justifie pas tes actes, car tu n’as pas besoin de pécher pour te séparer de moi. Tu peux partir de toi-même. Je te l’ai suggéré à Nobé, quand tu es revenu vers moi un beau matin, souillé par le mensonge et l’impureté, sorti de l’Enfer, ou plutôt de la fange des porcs et de la litière de guenons libidineuses. Je me suis efforcé intérieurement de ne pas te repousser du bout de la sandale comme un chiffon dégoûtant, d’arrêter la nausée qui me bouleversait l’esprit et les entrailles. Avant ton retour je t’ai suggéré la même chose, et avant de venir ici également. C’est pour toi, toi seul, que j’ai souvent parlé. Mais tu as toujours voulu rester. Pour ta ruine. Toi ! Ma plus grande douleur !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 567.19, vision du 15/02/1947). Jésus enchaîne par un long sermon déclarant qu’on peut vaincre le péché même quand on est jeune comme Judas, la jeunesse n’est pas une excuse, on peut être jeune et vertueux. L’altercation se termine par Judas qui remet l’argent dans le coffre, puis éclate en pleurs de honte (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 567.19, vision du 15/02/1947). C’est peut-être ce flagrant délit auquel Jean fils de Zébédée a assisté, qui poussera ce dernier, plus que les soupçons exprimés en hiver W-2/W-1 dans la vision 357.5 précitée, à qualifier clairement Judas de voleur dans son futur évangile ("[Judas] était voleur : il tenait la bourse [du groupe apostolique] et prenait ce qu’on y mettait", Jean 12.6). Jésus avec apôtres et disciples, dont Marthe et Marie-Madeleine arrivées entre-temps (elles sont mentionnées dans la vision 568 alors qu’elles "ne sont pas encore là" dans la vision 567.1), quittent Ephraïm/Taybeh pour parcourir la Samarie vers le nord. Les apôtres constatent l’air renfrogné de Judas. Jésus leur explique avoir chargé Judas de veiller à nouveau sur la caisse du groupe apostolique comme par le passé, et que cela pèse désormais à Judas au point de lui donner la nausée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 568.6, vision du 24/02/1947).


Dans la vision 569, on passe à Silo/Tel Shilo. Dans la vision 570, on passe à Lebona (aujourd’hui Luban e-Sharkiya à cinq kilomètres au nord-ouest de Silo/Tel Shilo en Cisjordanie, 32°04'15"N 35°14'30"E). On gagne Sichem/Tel Balata. Avant d’entrer dans la ville, Jésus parle encore de son suicide à venir, Judas ne comprend toujours pas. Ils sont interrompus par Simon-Pierre qui leur impose de changer de sujet, prouvant encore une fois son autorité naturelle, son charisme capable de réduire au silence autant un jeune homme retors que le prétendu fils de Dieu ("‟Je suis le Sauveur. En tant que Dieu, je dois être plus parfait que l’homme. Si Jean[-Baptiste], qui était un homme, a su s’abaisser pour que s’élève le vrai Soleil, moi je ne dois pas offusquer la lumière de mon Soleil par un nuage de lâcheté. Je dois vous laisser un souvenir limpide afin que vous avanciez, que le monde grandisse dans l’idée chrétienne. Le Christ retournera d’où il est venu, d’où il vous aimera en suivant votre travail, en préparant votre place en guise de récompense. Mais le christianisme restera, il grandira par mon départ, et par celui de tous ceux qui, sans s’attacher au monde ici-bas, sauront partir comme Jean[-Baptiste] et comme Jésus, mourir pour donner la Vie.” ‟Donc tu trouves juste qu’on te donne la mort ?”, demande l’Iscariote [Judas] avec angoisse. ‟Je ne dis pas que je trouve ça juste, je dis que mon sacrifice sera juste pour ce qu’il provoquera. Un homicide reste un homicide pour celui qui le commet, mais il n’a pas la même apparence et la même valeur pour la victime.” ‟Tu peux développer ?” ‟Celui qui tue par ordre ou par contrainte, comme un soldat lors d’une bataille, ou un bourreau au service d’un magistrat, ou un passant contre un brigand, n’est pas coupable de crime, ou il n’a qu’une culpabilité relative. Au contraire celui qui tue sans ordre ou sans contrainte, ou coopère à une tuerie, se présente toujours devant Dieu avec le visage horrible de Caïn.” ‟Vous ne pouvez pas parler d’autre chose ! Le rabbin [Jésus] en souffre, tu as le regard d’un homme tourmenté, si la mère [Marie la Vierge] entend elle pleurera encore. Vous trouvez qu’elle ne pleure pas déjà assez derrière son voile ? Ce ne sont pourtant pas les sujets de discussions qui manquent ! Ah, voilà les notables qui arrivent, ça vous obligera à vous taire ! Paix à vous ! Paix à vous !” [Simon-]Pierre, qui s’est retourné pour interrompre le dialogue tandis qu’il marchait à l’avant, s’incline pour saluer un groupe serré de notables de Sichem qui viennent vers Jésus", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 571.3-4, vision du 01/03/1947). Jésus prêche aux habitants de Sichem/Tel Balata, capitale religieuse des Samaritains en rivalité séculaire contre les Judéens (le temple des Samaritains sur le mont Garizim, en surplomb de Sichem/Tel Balata, concurrence le Temple de Jérusalem depuis le début de l’ère hellénistique). Il leur adresse une parabole et un commentaire signifiant qu’il ne veut pas prendre parti, ni pour les Judéens ni pour les Samaritains (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 572.4-6, vision du 02/03/1947). Beaucoup d’auditeurs sont déçus et même furieux (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 572.7, vision du 02/03/1947) : depuis plusieurs mois sur leur territoire ils ont accueilli Jésus traqué par les Judéens, et en remerciement Jésus les considère de la même façon que les Judéens ! Jésus veut se recueillir à Ainon/Ayn al Qudayrah proche (à une dizaine de kilomètres au nord de Sichem/Tel Balata), dernier refuge de son cousin et maître Jean-Baptiste. Elise de Beth-Zur étant fatiguée, elle reste sur place à Sichem/Tel Balata. Jésus commande à Judas de veiller sur elle pendant que le groupe passera à Ainon/Ayn al Qudayrah, puis de le rejoindre à Tirtsa/Tel Fara. Judas proteste. Il pense que Jésus veut l’éloigner de lui, et le maintenir sous la surveillance d’Elise de Beth-Zur ("‟Que celui qui ne désire pas venir à Ainon reste ici jusqu’au lendemain du sabbat [c’est Jésus qui s’adresse à tous]. Ce jour-là, j’irai à Tirtsa, ceux qui restent ici me rejoindront en ce lieu.” ‟Je préfère rester. Je ne suis vraiment pas en bonne santé, je suis fatigué”, dit [Judas] l’Iscariote. ‟Effectivement, tu parais malade. Regard sombre, humeur sombre, jusqu’à la peau. Je t’observe depuis quelque temps”, dit [Simon-]Pierre. ‟Mais personne ne me demande si je souffre…” ‟Ça te plairait ? On ne sait jamais avec toi. Si ça te fait plaisir, je te le demande maintenant. Et je suis disposé à rester avec toi pour te soigner”, répond [Simon-]Pierre patiemment. ‟Non, c’est seulement de la fatigue. Va. Je reste ici.” ‟Moi aussi, je reste. Je suis vieille. Je me reposerai en te servant de mère”, dit à l’improviste Elise [de Beth-Zur]. […] ‟Tu veux m’espionner ?” ‟As-tu quelque chose à te reprocher ? On surveille les gens nuisibles. Pour ma part je n’ai jamais espionné quiconque, homme. Je n’appartiens pas à la famille des serpents, et je ne trahis pas.” ‟Moi non plus.” ‟Dieu le veuille pour ton bien. Mais je comprends pourquoi tu trouves insupportable que je veuille rester ici me reposer…” Jésus, muet jusqu’alors, qui écoutait au milieu des autres étonnés de cette prise de bec, lève la tête qu’il tenait un peu inclinée : ‟Suffit. Le désir que tu as, une femme peut l’avoir à plus forte raison, surtout une femme âgée. Vous resterez ici jusqu’à l’aube du lendemain du sabbat, puis vous me rejoindrez”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 573.3-5, vision du 03/03/1947). Dans la vision 574, on passe à Ainon/Ayn al Qudayrah comme prévu. On quitte ce lieu en se dirigeant vers Tirtsa/Tel Fara (alias "Tersa" en italien dans le récit de Maria Valtorta, à trois kilomètres au nord-est d’Ainon/Ayn al Qudayrah), où Jésus envoie huit apôtres en avant-garde. L’accueil est désastreux. Le discours à Sichem/Tel Balata n’a pas été digéré, les habitants l’ont rapporté à leurs compatriotes des cités alentours, c’est pourquoi les gens de Tirtsa/Tel Fara chassent les huit apôtres par des jets de pierres avant qu’ils n’entrent dans leur ville ("‟Nous sommes entrés dans la ville [de Tirtsa/Tel Fara ; c’est Simon le zélote qui s’adresse à Jésus], personne ne nous a dérangés tant qu’ils n’ont pas su qui nous sommes, tant qu’ils ont cru que nous étions des pèlerins de passage. Mais dès que nous avons demandé si un homme [Judas] jeune, grand, brun, en vêtement rouge avec un taleth à bandes rouges et blanches, accompagné d’une femme [Elise de Beth-Zur] âgée, maigre, cheveux blancs, en vêtement gris foncé, étaient entrés en ville en cherchant le rabbin galiléen [Jésus] et ses compagnons, ils se sont immédiatement fâchés. Peut-être nous n’aurions pas dû parler de toi, nous avons sûrement commis une erreur. Pourtant dans les autres endroits nous avions été bien accueillis. Je ne comprends pas. Ceux qui étaient respectueux avec toi il y a seulement trois jours semblent s’être transformés en vipères…” [Jude] Thaddée l’interrompt : ‟Travail de Judéens…” ‟Je ne crois pas. Ça ne colle pas avec leurs reproches et leurs menaces. Je crois plutôt… Nous croyons plutôt que la cause de la colère de ces Samaritains est le refus par Jésus de leur offre de protection. Ils ont crié : « Partez ! Partez, vous et votre rabbin ! Il veut aller adorer au Moriah [mont du Temple à Jérusalem] ? Qu’il y aille, et qu’il meure avec les siens ! Pas de place parmi nous pour ceux qui nous considèrent comme des vulgaires serviteurs plutôt que comme des amis ! Nous ne voulons pas d’autres ennuis sans un minimum de bénéfice ! Des pierres au lieu de pain pour le Galiléen, les chiens pour l’attaquer au lieu de maisons pour l’accueillir ! ». Voilà leurs propos, et encore ! Quand nous avons insisté pour savoir au moins où était Judas, ils ont pris des pierres pour nous frapper et ils ont réellement lancé les chiens. Et ils ont crié entre eux : « Surveillons les entrées, s’il vient nous nous vengerons ! »”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 575.3, vision du 05/03/1947). Marie-Madeleine et Jacques et Jean les fils de Zébédée - alias les "fils du tonnerre" - veulent organiser une riposte musclée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 575.6-7, vision du 05/03/1947), mais Jésus les calme. On retrouve Judas et Elise de Beth-Zur cachés dans des vignes proches. Judas est blessé au crâne, il explique avoir été caillassé comme les huit apôtres pour avoir essayé avant eux de pénétrer en ville, il a eu peur de mourir lapidé sans avoir revu Jésus, il remercie Elise de Beth-Zur de l’avoir protégé (étant une femme, et ayant un âge avancé, les gens de Sichem/Tel Balata se sont abstenus de lui jeter des pierres comme au jeune Judas ; "‟Rabbin ! Rabbin ! Nous sommes ici, Elise [de Beth-Zur] et moi ! Oh rabbin, quel souci pour toi ! Et quelle peur de mourir…”, s’écrie Judas de Keriot en débouchant de derrière des rangs de vignes et en courant vers Jésus. Une bande lui entoure le front. Elise [de Beth-Zur], plus calme, le suit. ‟Tu as souffert ? Tu as craint de mourir ? Tu tiens tellement à la vie ?”, demande Jésus en se dégageant de Judas qui l’embrasse et pleure. ‟Pas la vie ! Je craignais Dieu ! Mourir sans ton pardon ! Je t’offense sans arrêt, j’offense tout le monde ! Même elle, qui m’a soutenu comme une mère ! Je me suis senti coupable et j’ai craint la mort !” ‟Crainte salutaire, si elle peut te sauver. Je te pardonne toujours, tu le sais. Tu dois seulement vouloir te repentir. Et toi, Elise [de Beth-Zur], as-tu pardonné ?” ‟C’est un grand enfant déchaîné. Je sais être indulgente.” ‟Tu as été courageuse, Elise [de Beth-Zur]. Je le sais.” ‟Si elle n’avait pas été là, je ne suis pas sûr que je t’aurais revu, rabbin !” ‟Tu vois donc que ce n’est pas par haine mais par amour qu’elle est restée près de toi. Tu n’es pas blessée, Elise [de Beth-Zur] ?” ‟Non, rabbin. Les pierres sont tombées tout autour de moi sans me blesser, mais mon cœur a été très angoissé en pensant à toi”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 575.9, vision du 05/03/1947). Le groupe s’éloigne de Tirtsa/Tel Fara par le sud. En marchant, Jésus essaie vainement de dissuader Judas de l’accompagner jusqu’à Jérusalem pour la Pâque W, pressentant qu’il y sera encore tenté par l’argent ("‟Tu es un malade [c’est Jésus qui s’adresse à Judas]. Pour les malades, la Pâque n’est pas obligatoire. Personne n’est plus malade que toi. Tu es comme un lépreux. Les lépreux ne montent pas à Jérusalem, tant qu’ils sont tels. Se présenter au Seigneur avec un esprit immonde comme le tien, Judas, ce n’est pas l’honorer, mais l’offenser. Tu dois d’abord…” ‟Pourquoi ne me purifies-tu pas, et ne me guéris-tu pas ?”, demande Judas qui redevient dur et récalcitrant. ‟Te guérir ! Les malades ne se guérissent que par eux-mêmes, parce qu’ils le veulent, sauf les enfants et les sots qui n’ont pas de volonté.” ‟Traite-moi comme eux. Considère-moi comme un sot et opère à mon insu.” ‟Ce serait inutile, parce que tu as une volonté, contrairement à eux. Tu sais ce qui est bien et ce qui est mal pour toi. Et te guérir ne servira à rien tant que tu ne voudras pas guérir.” ‟Donne-moi la volonté de guérir.” ‟T’imposer une bonne volonté ? Et ton libre arbitre ? Et ton moi d’homme, de créature libre ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 575.10-11, vision du 05/03/1947). On fait halte dans une maison de plaine, Judas paie l’hôtelière en lui donnant le peu qui reste dans la caisse apostolique (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 575.19, vision du 05/03/1947). Près de Jéricho, on constate que la caisse est vide. Plus possible d’acheter à manger. Un pèlerin offre un agneau au groupe. Judas insiste pour que Jésus accepte, le pèlerin aussi en disant qu’il se sentirait offensé si Jésus refusait son don, alors Jésus accepte l’agneau, mais s’empresse de dire qu’il le réserve pour le patriarche Jean d’Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel en récompense de son hospitalité ("‟Mais oui, prends cet agneau [c’est Judas qui s’adresse à Jésus]. Ainsi nous économiserons, ou plus exactement nous pourrons manger, parce qu’à cause de toutes nos prodigalités je n’ai plus d’argent”, dit [Judas] l’Iscariote” ‟Nos prodigalités ? Nous n’avons pas dépensé la moindre piécette depuis Sichem !”, observe Matthieu. ‟Peut-être, mais la caisse est vide ! J’ai donné tout ce qui restait à Mérode [l’hôtelière qui a hébergé le groupe dans sa maison de plaine dans la vision 575] !” ‟Ecoute, homme, dit Jésus au berger pour mettre fin aux explications de Judas. Je ne vais pas tout de suite à Jérusalem, je ne peux donc pas emmener cet agneau avec moi. Autrement je l’aurais accepté pour te montrer que ton cadeau m’est agréable.” ‟Mais tu iras en ville ensuite, tu t’y arrêteras pour la fête [de Pâque W], tu te reposeras dans une maison. Dis-moi laquelle, et je le donnerai à tes hôtes.” ‟Je n’ai ni maison ni hôtes. Mais à Nobé j’ai un ami âgé et pauvre. Le lendemain du sabbat pascal, à l’aube, va donc à Nobé, chez le patriarche Jean (tout le monde te l’indiquera), tu lui diras : « Cet agneau t’est envoyé par ton ami Jésus de Nazareth pour un joyeux banquet, car ce jour est une grande joie pour les vrais amis du Christ ». Feras-tu cela ?” ‟Si tu le veux, je le ferai”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 576.2, vision du 07/03/1947). Pour remplir la caisse, Marie-Madeleine propose de vendre l’une de ses broches (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 576.4, vision du 07/03/1947). Les femmes l’accompagnent vers Jéricho, où elles sont logées chez Bérénice/Véronique (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 576.5, vision du 07/03/1947), pendant que Jésus avec ses apôtres restent à Doco/Khirbat al-Mafjar. Judas ne comprend pas cette halte à Doco/Khirbat al-Mafjar, il préfèrerait aller directement à Jérusalem, plus généralement il dit que les itinéraires et les décisions de Jésus depuis plusieurs mois n’ont aucun sens. Les autres apôtres le rabrouent durement ("‟Route inutile. Pas de repos. Mieux aurait valu ne pas venir ici [à Doco/Khirbat al-Mafjar ; c’est Judas qui gromelle au milieu des apôtres].” ‟Les quelques habitants que nous avons croisés ne nous ont pas mal reçus. Ils ont consacré leur nuit à nous écouter, en apportant leurs malades et leurs femmes depuis les campagnes, nous avons bien fait de venir ici. Ces gens qui ne peuvent pas se déplacer pour voir le seigneur à Jérusalem à cause de la maladie ou pour d’autres raisons, l’ont vu ici et ont été consolés, pendant que leurs proches sont déjà à la ville… Nous avons agi ainsi selon l’usage, selon nos moyens, quelques jours avant la fête [de Pâque W]”, dit doucement Jacques fils d’Alphée, contrairement à Judas de Keriot à la voix toujours violente et autoritaire. ‟Justement parce que nous allons à Jérusalem, nous n’avions pas besoin de nous arrêter ici : ils nous auraient entendus et vus là-bas.” ‟Mais pas les malades et les femmes”, répète [Nathanaël] Barthélémy en soutien à Jacques fils d’Alphée. Judas ne relève pas l’objection et continue son propos : ‟Du moins je crois que nous allons à Jérusalem. Je n’en suis plus si sûr après le discours au berger”. ‟Et où veux-tu que nous allions, sinon là ?”, demande [Simon-]Pierre. ‟Bah ! Je ne sais pas ! Toutes nos démarches deviennent irréelles depuis quelques mois, contraires aux prévisions, au bon sens, même à la justice…” ‟Ohé ! Je t’ai vu boire du lait à Doco, pourtant tu parles comme si tu étais ivre ! Où vois-tu des choses contraires à la justice ?”, demande Jacques fils de Zébédée avec un regard inquiétant, avant de renchérir : ‟Assez de reproches au Juste ! Tu n’as pas compris que ça suffit, que tu n’as pas le droit de lui adresser des reproches ? Personne n’a ce droit, car lui est parfait ! Tandis qu’aucun de nous ne l’est, toi encore moins !” ‟Oui, si tu es malade, soigne-toi, mais ne nous ennuie plus avec tes remarques ! Si tu es lunatique, le rabbin [Jésus] est là : demande-lui de te guérir et c’est marre !”, dit Thomas[/Didyme] qui perd patience", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 577.1, vision du 08/03/1947). En guise d’apaisement, Jésus annonce enfin officiellement qu’il veut se rendre à Jérusalem à la Pâque W pour y être arrêté, torturé et exécuté (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 577.4, vision du 08/03/1947). Stupeur et malaise des apôtres, qui réagissent diversement : Thomas/Didyme promet qu’il le défendra, Nathanaël Barthélémy affirme qu’il ne peut pas être arrêté car il a le soutien du peuple, André demande à Judas d’intercéder auprès de ses amis au Temple, les autres parlent entre eux (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 577.5, vision du 08/03/1947). On arrive à Jéricho (on voit au loin le palais d’Hérode/Tulul Abu Al-Ala’iq ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 578.5, vision du 11/03/1947). Manahen, Nicolas d’Antioche et Etienne viennent se proposer comme gardes du corps jusqu’à Jérusalem (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 578.1, vision du 11/03/1947), estimant que personne n’osera attenter à un frère de lait et membre de la Cour d’Hérode-Antipas (Manahen) ni à un serviteur de Lazare (Nicolas d’Antioche, fils de Tolmai le gérant du domaine d’Antigonia) ni à un élève de Gamaliel (Etienne). On retrouve les femmes dans la propriété de Bérénice/Véronique, et aussi Zachée et ses comparses repentis que Jésus envoie vers Jérusalem afin qu’ils assistent à son supplice (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 579.9, vision du 15/03/1947). On gagne la propriété de Lazare à Béthanie. Barnabé surgit au milieu de la foule des curieux qui s’agglutinent devant la porte. Il révèle involontairement avoir discuté avec Judas quand celui-ci était à Sichem/Tel Balata avec Elise de Beth-Zur tandis que le reste du groupe était à Ainon/Ayn al Qudayrah, qui l’a informé du trajet de Jésus vers Jéricho puis vers Béthanie, autrement dit les sanhédristes via Barnabé ont pisté tous les déplacements de Jésus depuis Ainon/Ayn al Qudayrah, ils l’ont suivi à la trace à cause de Judas qui n’a pas su garder sa langue ("Jésus est sur le point de revenir vers ses hôtes [Lazare, et ses deux sœurs Marthe et Marie-Madeleine] quand, alors que les derniers suppliants sortent, poussés par les serviteurs, un jeune homme se détache et court se jeter aux pieds de Jésus en criant : ‟Une bénédiction, rabbin ! Me reconnais-tu ?”. Il lève son visage découvert. ‟Oui, tu es Joseph surnommé « Barnabé », le disciple de Gamaliel, tu es venu à moi près de Giscala [dans la vision 471 précitée].” ‟Je te suis depuis des jours. Je venais de Giscala, où j’étais avec le rabbin [Gamaliel] pour étudier les rouleaux jusqu’à la lune de nisan, je suis arrivé à Silo quand tu n’y étais pas encore. Je t’ai entendu quand tu y as parlé. Je t’ai suivi à Lebona et à Sichem. Je t’ai attendu à Jéricho car j’ai appris que…” Il s’arrête soudain, s’apercevant qu’il a dit une chose qu’il devait taire. Jésus sourit doucement et enchaîne : ‟La vérité jaillit des lèvres impétueuses, et dépasse les digues que la prudence met devant la bouche… Je termine ta phrase : « … j’ai appris par Judas de Keriot resté à Sichem que tu te dirigeais vers Jéricho pour y retrouver tes disciples et leur donner des ordres ». Et tu m’as attendu sans te préoccuper d’être vu. Et de perdre du temps, et de manquer à ton maître Gamaliel”. ‟Il ne me reprochera rien quand il saura que j’ai tardé pour te suivre, je lui apporterai tes paroles en cadeau.” ‟Oh, Gamaliel n’a pas besoin de paroles ! Il est le rabbin le plus sage d’Israël. […] Salue-le de ma part. Et dis-lui simplement d’ouvrir son cœur, son intelligence, sa vue, son ouïe, et que la question qu’il a posée il y a plus de deux décennies aura bientôt une réponse [allusion au signe promis à Gamaliel par l’adolescent Jésus lors de sa bar-mitsva dans la vision 41.9, évoqué à nouveau dans la vision 487.10 précitée]. Va. Que Dieu soit avec toi”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 581.4, vision du 18/03/1947).


Sept jours avant la crucifixion, le vendredi. Jésus somme Judas de demeurer chez Lazare à Béthanie. Les autres apôtres narguent Judas en lui disant qu’eux sont autorisés par Jésus à se rendre dans le centre-ville de Jérusalem. S’ensuit une chamaillerie de gamins sur qui aura droit de sortir ("Voyant [Judas] l’Iscariote serrer les lacets de ses sandales et ajuster son manteau comme s’il allait se mettre en route, [Jésus] lui demande : ‟Où vas-tu ?”. ‟En ville.” ‟J’ai dit que je te retiens avec Jacques [fils d’Alphée].” ‟Ah, je croyais que tu parlais de ton frère Jude [Thaddée fils Alphée, en réalité cousin et non pas frère de Jésus]. Donc je suis un prisonnier, ah, ah !” Son rire est mauvais. ‟Béthanie n’a pas de chaînes ni de barreaux, elle a seulement le désir de ton maître. Moi je serais heureux d’être son prisonnier”, observe [Simon] le zélote. ‟Bien sûr. Je plaisantais. Je voudrais avoir des nouvelles de ma mère. Les pèlerins de Keriot sont certainement arrivés et…” ‟Non. Dans deux jours, nous serons tous à Jérusalem. Pour le moment tu restes ici”, dit Jésus d’un ton autoritaire. Judas n’insiste pas. Il enlève son manteau : ‟Alors qui va en ville ? Ce serait bien de connaître l’humeur des gens, ce que font les disciples. Je voulais aussi sonder des amis. Je l’ai promis à [Simon-]Pierre”. ‟Peu importe, tu reste ici. Parmi les prétextes que tu avances, je n’en vois aucun nécessaire.” ‟Mais Thomas[/Didyme] y va !” ‟Je souhaite y aller aussi, rabbin [Jésus], j’ai promis aussi, j’ai des amis chez Hanne [ben Seth] et…”, dit Jean [fils de Zébédée] ‟Tu veux aller là, mon fils ? Et si on te prend ?”, demande Marie-Salomé qui s’est approchée. ‟Me prendre ? Qu’ai-je fait de mal ? Rien. Je ne crains donc pas le Seigneur, même s’ils me prennent je ne le craindrai pas.” ‟Le lionceau fanfaron ! Tu ne trembleras pas ? Tu sais à quel point ils nous haïssent ? C’est la mort, s’ils nous prennent”, dit [Judas] l’Iscariote pour l’effrayer. ‟Pourquoi tu veux y aller, toi ? As-tu l’impunité ? Qu’as-tu fait pour l’avoir ? Renseigne-moi.” Judas a un geste de peur et de colère, mais le visage de Jean [fils de Zébédée] est si limpide que le traître se rassure en comprenant que celui-ci ne lui tend pas un piège, et que ses paroles ne recèlent aucun soupçon. ‟Je n’ai rien fait, j’ai seulement quelques bons amis auprès du proconsul [Ponce Pilate].” ‟Bon ! Que celui qui veut venir, vienne. La pluie a cessé. On perd du temps, ici : à sexte il pleuvra à nouveau. Dépêchez-vous”, exhorte Thomas[/Didyme]. ‟J’y vais, rabbin [Jésus] ?”, demande Jean [fils de Zébédée]. ‟Va.” ‟Voilà ! Toujours pareil : lui oui, les autres oui, mais moi non ! Toujours non !” ‟Je chercherai des nouvelles de ta mère”, dit Jean [fils de Zébédée] pour le calmer", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 582.3-5, vision du 19/03/1947). En aparté, Jésus essaie une dernière fois de dissuader Judas de participer à la Pâque W, pour ne pas être tenté par ses relations du Temple. Mais Judas refuse de quitter la région (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 582.10-12, vision du 19/03/1947). Jeanne vient à Béthanie, elle rapporte les propos de son mari Chouza sur Hérode-Antipas, qui espère toujours s’attirer Jésus pour redresser son prestige ("‟[Chouza] m’aime [c’est Jeanne qui s’adresse à Jésus], mais je le voudrais plus sûr de lui. Il peut tant sur Hérode[-Antipas] ! Je voudrais qu’il arrache au tétrarque une promesse pour toi, comme Claudia [Procula] essaie de l’arracher à [Ponce] Pilate. Mais Chouza a su seulement me rapporter des vagues phrases d’Hérode[-Antipas], il m’assure qu’Hérode[-Antipas] désire te voir accomplir un prodige et qu’il ne te persécutera pas, espérant ainsi atténuer ses remords à propos de Jean[-Baptiste]. Chouza dit que le roi répète sans cesse : « Même si le Ciel le commandait, je ne lèverais pas la main sur lui, j’ai trop peur ! »” ‟Il dit la vérité. Il ne lèvera pas la main sur moi. Beaucoup en Israël s’en dispenseront, car beaucoup ont peur de me condamner, mais ils demanderont à d’autres de les suppléer. Comme s’il y avait une différence aux yeux de Dieu entre celui qui frappe, pressé par la volonté du peuple, et celui qui commande de frapper.” ‟Mais le peuple t’aime ! Des grandes manifestations se préparent pour toi ! Et [Ponce] Pilate ne veut pas de désordre, il a renforcé les troupes ces jours-ci. J’espère tellement que… Je ne sais plus ce que j’espère, seigneur. J’espère et je désespère. Ma pensée est changeante comme la météo actuelle, où le soleil alterne avec la pluie”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 583.15, vision du 22/03/1947). Lazare a eu une entrevue avec Ponce Pilate, qui a décidé de ne rien décider ("Je suis allé chez le proconsul [Ponce Pilate ; c’est Lazare qui s’adresse à Jésus]. Je l’avais promis, j’ai tenu ma promesse. Simon[-Pierre] fils de Jonas ne serait pas très satisfait de ma mission, heureusement il l’a oubliée… Le proconsul m’a écouté et m’a répondu : ‟Me préoccuper de lui ? Je n’en ai aucunement l’intention ! Le bonhomme (c’est-à-dire toi, rabbin [Jésus]) m’apporte toutes sortes d’ennuis que je ne veux pas traiter, ni en bien ni en mal, je m’en lave les mains. Je renforcerai la garde car je ne veux pas de désordre. De cette façon je contenterai César, mon épouse et moi-même, les seules personnes qui m’importent. Pour le reste, je ne remuerai pas un doigt. Querelles d’éternels mécontents. Ce sont eux qui les créent, et qui y prennent plaisir. Un « malfaiteur », un « vertueux », un « sage », peu importe : je l’ignore. Ou plutôt je voudrais l’ignorer, et ce n’est pas facile parce que les chefs d’Israël m’en parlent en se lamentant, Claudia [Procula] m’en dresse des éloges, ses partisans l’opposent au Sanhédrin. Sans Claudia [Procula], je le prendrais et je le leur livrerais pour qu’ils règlent cette affaire et ne me cassent plus les oreilles. C’est le sujet le plus tranquille de tout l’Empire, mais il me crée tellement de problèmes que je voudrais une solution”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 583.19, vision du 22/03/1947).


Six jours avant la crucifixion, le samedi, jour de sabbat. En fin d’après-midi, certains membres de la foule agglutinée devant la maison de Lazare s’interrogent : les varices de Lazare n’ont laissé aucune trace sur ses jambes, Lazare lui-même dit ne plus se souvenir de rien sauf de sa sortie du tombeau, on commence à douter qu’il était bien mort, et qu’il a bien été ressuscité par Jésus ("‟Etait-ce une vraie mort ?”, demandent certains. ‟Demandez-le à ces notables juifs, ils sont venus à mes funérailles et plusieurs furent présents à ma résurrection.” ‟Qu’as-tu éprouvé ?” ‟Où étais-tu ?” ‟Que te rappelles-tu ?” ‟Quand tu es redevenu vivant, que t’est-il arrivé ?” ‟Comment t’a-t-il ressuscité ?” ‟Peut-on voir le tombeau où tu étais ?” ‟De quoi es-tu mort ?” ‟Te sens-tu vraiment bien maintenant ?” ‟As-tu encore les marques de tes plaies ?” Lazare essaie patiemment de répondre à tout le monde. Il n’a aucune difficulté à montrer qu’il se porte très bien et que les marques des plaies ont disparu durant les mois écoulés depuis sa résurrection, mais il ne peut pas expliquer ce qu’il a éprouvé ni comment il est ressuscité. Il répond : ‟Je ne sais pas. Je me suis retrouvé vivant dans mon jardin, parmi mes serviteurs et mes sœurs. Dépouillé du linceul j’ai vu le soleil, la lumière, j’ai eu faim, j’ai mangé, j’ai joui de la vie et du grand amour du rabbin [Jésus] pour moi. Le reste, ceux qui étaient présents le savent mieux que moi, notamment les trois qui parlent et ceux qui arrivent là-bas.” Les deux derniers sont Jean [l’Antipatride] et Eléazar[-Boethos], membres du Sanhédrin, les ‟trois qui parlent” sont deux scribes et un pharisien que j’ai vus à la résurrection de Lazare mais dont j’ai oublié les noms", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 585.2, vision du 27/03/1947). En aparté, Eléazar-Boethos prévient Lazare et Jésus que Caïphe et ses proches veulent laisser ce dernier venir en centre-ville pour le capturer à la première occasion ("‟Ecoute, rabbin [Jésus], toi aussi Lazare. Dès que la nouvelle de ta venue ici [à Béthanie, dans la maison de Lazare] s’est répandue, le Sanhédrin s’est réuni dans la maison de Caïphe. Tout a été abusif. Il a décidé… Ne sois pas imprudent, rabbin [Jésus] ! Et toi Lazare, prends garde ! Ne vous laissez pas séduire par leur paix, par l’apparente somnolence du Sanhédrin, c’est une feinte pour t’attirer et te prendre sans que la foule s’agite et n’ait le temps de te défendre. Ton sort est fixé, et le décret [d’arrestation contre Jésus, promulgué dans la vision 550.10 précitée] ne change pas. Que ce soit demain ou dans un an, il s’accomplira. Le Sanhédrin n’oublie jamais ses vengeances. Il attend l’occasion favorable, et ensuite… Idem pour toi, Lazare. Ils veulent t’éliminer parce qu’à cause de toi beaucoup de gens les abandonnent au profit du rabbin [Jésus]. Tu as utilisé l’expression adéquate en te qualifiant « témoin de son pouvoir », c’est pour cela qu’ils veulent te détruire. Les foules oublient vite, ils le savent. Après ta disparition et celle du rabbin [Jésus], beaucoup d’ardeurs s’éteindront.” ‟Au contraire, Eléazar[-Boethos], elles flamberont”, dit Jésus. ‟Oh, rabbin [Jésus] ! Que se passera-t-il donc après ta mort ? Comment la foi en toi, à supposer qu’elle existe, pourrait flamber si tu es éteint ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 585.7, vision du 27/03/1947). Une scène très embarrassante a lieu. Marie-Madeleine s’agenouille pour mettre de l’huile sur les pieds de Jésus, sans se soucier du caractère voluptueux de son geste. Judas est scandalisé, à la fois par le comportement luxurieux de l’ancienne prostituée Marie-Madeleine que Jésus dissimule systématiquement derrière un baratin sur la grâce (Judas connaît bien les femmes, notamment les prostituées, il les fréquente assez souvent pour déceler leurs stratagèmes sensuels, contrairement à Jésus qui n’a jamais été attiré par les femmes et ne comprend pas que Marie-Madeleine cherche à le séduire), et par le gaspillage de l’huile qu’on aurait pu vendre afin d’en tirer un pécule à distribuer aux pauvres. Les apôtres l’approuvent ("Judas, jusqu’alors silencieux, observant d’un regard impur de luxure et d’envie cette très belle femme [Marie-Madeleine] oignant la tête et les pieds du rabbin [Jésus], élève soudain la voix. Certains [apôtres] avaient murmuré, d’autres avaient eu un geste de désaccord ou d’étonnement mais étaient restés paisibles, Judas est le seul à exprimer ouvertement un reproche : ‟Quel gaspillage inutile et païen ! Pourquoi faire ça ? Et on accuse les chefs du Sanhédrin de commettre des péchés ! Mais ça, c’est un acte de courtisane dépravée qui ne s’accorde pas avec ta nouvelle vie, ô femme ! C’est un acte qui rappelle ton passé !”. L’insulte est telle que tous restent abasourdis. On s’agite, les uns s’assoient sur leur banquette, les autres se lèvent, tout l’auditoire regarde Judas comme s’il était devenu subitement fou. Marthe rougit. Lazare se lève brusquement en donnant un coup de poing sur la table : ‟Dans ma maison !”, mais il se contient aussitôt en se tournant vers Jésus. ‟Pourquoi vous me regardez ? Vous avez murmuré la même chose en vous-même ! Et maintenant que j’ai dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, vous voilà prêts à me donner tort ! Je ne retire rien de ce que j’ai dit ! J’écarte l’hypothèse que Marie[-Madeleine] soit l’amante du rabbin [Jésus], j’affirme simplement que certains actes ne conviennent ni à lui ni à elle ! J’affirme que ce qu’elle fait est imprudent, et même injuste ! Pourquoi un tel gaspillage, oui ! Si elle veut vraiment tourner le dos à son passé, qu’elle me donne ce vase d’onguent, qui contient au moins une livre, et de grand prix : je vends le contenu pour trois cents deniers minimum, je vends aussi le vase qui est de bonne qualité, et demain nous pourrons donner l’argent récolté aux pauvres qui nous assiègent ! Et à ceux innombrables qui nous demanderont une obole demain à Jérusalem !” ‟Il a raison”, admettent certains. ‟Tu en emploierais peut-être un peu pour le rabbin [Jésus], mais le reste…”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 586.7, vision du 28/03/1947). Jésus répond sereinement qu’il "disparaîtra bientôt donc Marie-Madeleine peut profiter de lui tant qu’il est encore ici-bas, tandis que les pauvres seront toujours légion" ("L’attitude de Marie[-Madeleine] envers moi est juste et bonne. Vous aurez toujours des pauvres parmi vous. Mais moi je pars bientôt, vous ne m’aurez plus. Aux pauvres, vous pourrez toujours donner une obole. A moi, au Fils de l’Homme parmi les hommes, vous ne pourrez plus donner aucun honneur, par la volonté des hommes et parce que l’heure est venue. Pour elle, l’amour est Lumière. Elle sent que je vais mourir et elle a voulu donner à l’avance à mon corps les onctions pour sa sépulture. En vérité je vous dis que là où sera prêché l’évangile ["eÙaggšlion", littéralement "bonne/ nouvelle/¢ggel…a" en grec, allusion à Isaie II 40.9 et 52.7], on rappelera son acte d’amour prophétique, dans le monde entier et dans tous les siècles. Plaise à Dieu que toute créature devienne une Marie[-Madeleine] qui ne calcule pas la valeur, qui ne nourrit pas d’attachement ni même de souvenir du passé, qui détruit et piétine tout ce qui relève de la chair et du monde, et se brise et se répand sur son seigneur par amour pour lui, comme elle a fait du nard et de l’albâtre !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 586.8, vision du 28/03/1947). Gros malaise chez les apôtres, ébranlés par cette énième annonce de la mort consentie de Jésus - celle d’un patient de Freud confondant Eros et Thanatos, fantasmant une jouissance suprême et ultime dans son auto-destruction -, et par l’intimité que Marie-Madeleine a instaurée entre elle et lui - les apôtres ont l’impression d’avoir ouvert une porte à un moment inopportun : "Excusez-nous de vous déranger pendant que vous vous caressez !", ou d’être confrontés à une séance érotique publique d’un couple qui n’a pas sollicité leur consentement préalable. Tous se retirent de la pièce avec gêne ("Un lourd silence tombe dans la lourde atmosphère du parfum pénétrant. Ses cheveux dénoués sur les épaules de Jésus pour lui servir de manteau, et sur son propre visage pour lui servir de voile, Marie[-Madeleine] baise la main droite que Jésus lui présente, et n’en détache pas ses lèvres. Marthe émue s’approche d’elle et rassemble ses cheveux, les tresse de façon caressante, en laissant couler les larmes sur les joues ou en essayant de les essuyer. Personne n’a plus envie de manger. Les paroles du Christ rend tout le monde pensif. Le premier à se lever est Jude [Thaddée] fils d’Alphée, qui demande la permission de se retirer. Son frère Jacques [fils d’Alphée] l’imite, de même André et Jean [fils de Zébédée]. Restent les autres, debout, occupés à se purifier les mains dans les bassins d’argent que les serviteurs leur présentent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 586.9, vision du 28/03/1947). Judas aussi sort, jugeant n’avoir plus de leçon de morale à recevoir de Jésus, qui le somme à nouveau de demeurer dans la maison de Lazare, de ne pas aller au centre-ville de Jérusalem. Jésus délaisse même brusquement Marie-Madeleine et court derrière Judas pour le retenir, mais il voit que Judas ne l’écoute plus ("Passant devant la table, [Judas] se dirige pour sortir. Jésus le suit du regard, il lui demande : ‟Où vas-tu ?”. ‟Dehors”, répond évasivement Judas. ‟Hors de cette pièce, ou hors de la maison ?” ‟Dehors. Pour marcher.” ‟Ne pars pas, Judas. Reste avec moi, avec nous.” ‟Tes frères [Jacques et Jude Thaddée fils d’Alphée, en réalité cousins et non pas frères de Jésus] sont sortis, Jean [fils de Zébédée] et André aussi. Pourquoi ne dois-je pas sortir, moi ?” ‟Ils sont sortis pour se reposer, ce n’est pas pour la même raison que toi tu veux sortir…” Judas ne répond pas. Entêté, il sort. Dans la salle, on ne parle plus. Les hôtes et les quatre apôtres qui y sont restés se regardent entre eux. Jésus se lève et se dirige vers une fenêtre afin de suivre Judas. Quand il le voit sortir de la maison avec le manteau qu’il a déjà endossé, puis marcher vers le portail qu’on ne voit pas d’ici, il l’appelle à haute voix : ‟Judas, attends-moi, je dois te parler !”. Il repousse doucement Lazare qui, devinant la douleur de son rabbin, l’avait entouré d’un bras à la taille, et il sort de la salle pour rejoindre Judas qui a continué d’avancer plus lentement", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 586.9, vision du 28/03/1947). La rupture est consommée. Judas l’accuse d’esbrouffe face à la mort, et il part ("[Jésus] le rejoint [Judas] au tiers de la distance entre la maison et l’enceinte du jardin, près d’un massif d’arbustes aux feuilles épaisses. [...] Il serre sa main autour de l’avant-bras [de Judas] en lui demandant de nouveau : ‟Où vas-tu, Judas ? Je t’en prie, reste ici !”. ‟Toi qui sais tout, pourquoi me le demandes-tu ? Quel besoin as-tu de m’interroger, toi qui lis dans le cœur des hommes ? Tu sais que je vais chez mes amis. Tu ne me permets pas d’y aller. Eux m’appellent. J’y vais.” ‟Tes « amis » ? Ta ruine, plutôt, c’est vers elle que tu vas ! Ce sont tes vrais assassins ! N’y va pas, Judas ! Tu commettras un crime, tu…” ‟Ah, tu as peur, finalement ! Tu te sens homme ! Tu n’es qu’un homme, qui a peur parce qu’il sait ne pas pouvoir échapper à la mort ! Seul Dieu ne meurt pas, si tu étais Dieu tu ne pourrais pas mourir, tu ne craindrais pas la mort, mais maintenant que tu sens ta mort approcher tu es comme n’importe quel homme, tu as une peur que tu cherches à éloigner, tu vois un danger partout en toute chose ! Où sont tes belles audaces ? Où sont tes affirmations pleines d’assurance que « tu es content », que « tu es pressé d’accomplir le Sacrifice » ? Tu n’en as plus même un écho dans le cœur ! Tu croyais qu’elle ne viendrait jamais, cette heure, alors tu faisais le brave, le généreux, tu disais des phrases solennelles ! Va, tu ne vaux pas mieux que ceux que tu accuses d’être hypocrites ! Tu nous as flattés et trahis ! Nous avons tout quitté pour toi ! Et nous sommes haïs à cause de toi ! Toi, tu es notre ruine !” ‟Arrête ! Tu m’as supplié récemment encore : « Aide-moi à rester ! Défends-moi ! », je l’ai fait, à quoi cela a-t-il servi ? Je te pose une dernière question, réfléchis bien avant de répondre : tu veux vraiment aller chez tes amis, tu les préfères à moi ?” ‟C’est ça ! Et je n’ai pas besoin de réfléchir ! Car je le veux depuis longtemps !” ‟Alors va. Dieu ne violente pas la liberté de l’homme.” Jésus lui tourne le dos pour revenir lentement vers la maison", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 586.12, vision du 28/03/1947). Jésus revient vers Lazare, il lui dit être sûr désormais que Judas va le vendre contre de l’argent et la fausse promesse d’une reconnaissance sociale ("‟En ce moment un homme [Judas] débat avec d’autres hommes [les membres du Sanhédrin hostiles à Jésus] sur le prix de l’Agneau [c’est Jésus qui s’adresse à Lazare]. Tu sais comment s’appelle cet Agneau : il se nomme « Jésus de Nazareth ».” ‟Non, tu as des ennemis, c’est vrai, mais personne ne peut te vendre. Qui pourrait ?” ‟Un des miens. Celui que j’ai le plus fortement déçu. Las d’attendre, il veut se débarrasser de celui qu’il voit désormais comme un danger personnel. Il croit se refaire une réputation auprès des grands du monde, au contraire il sera méprisé dans le monde des bons comme dans le monde des criminels. Il a voulu devenir un grand homme par tous les moyens, il a nourri cet espoir d’abord au Temple, avec le roi d’Israël, aujourd’hui à nouveau au Temple et chez des Romains. Mais Rome, si elle récompense ses serviteurs fidèles, piétine aussi sous son mépris les vils délateurs. Etre bon lui est désormais un fardeau. Pour celui qui est mauvais, être bon, devoir feindre de l’être, c’est un fardeau accablant. Il le supporte un temps, ensuite il ne peut plus, et s’en débarrasse pour redevenir libre. Enfin, « libre »… C’est ce qu’il croit. Mais ce n’est pas la liberté. Appartenir à Dieu, c’est la liberté. Etre contre Dieu, c’est une prison avec des fers et des chaînes, des fardeaux et des coups de fouet plus intolérables que ceux du garde-chiourme sur le galérien en mer ou l’esclave aux constructions.” ‟Qui est-ce ? Dis-le-moi ! Qui est-ce ?” ‟C’est inutile.” ‟Si, c’est utile ! Ah, ce ne peut être que lui, l’homme qui a toujours fait tache dans ton groupe, l’homme qui vient encore d’offenser ma sœur [Marie-Madeleine] : Judas de Keriot !” ‟Non. C’est Satan. Dieu a pris chair en moi Jésus : Satan a pris chair en lui Judas de Keriot. […] Pendant que je te parle, il est devant le Sanhédrin, il discute sur mon meurtre et l’organise. Mais ce n’est pas lui : c’est Satan”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 587.3, vision du 02/03/1947). Puis, séquence très importante dans le récit de Maria Valtorta, l’une de celles qui lui vaudront sa mise à l’Index librorum prohibitorum par le Vatican en 1959, Jésus interroge Lazare sur la mort. Ce faisant, Jésus avoue ne rien connaître sur la mort, sur l’après-vie, sur l’au-delà. Il avoue ne pas être Dieu, il confesse être simplement un homme de chair et d’os qui perd soudain tous ses moyens parce qu’il est face à sa propre nature d’homme de chair et d’os, un mégalomane qui cesse soudain de répéter partout qu’il est fils de Dieu parce que l’heure est venue de se regarder dans le miroir, un vulgaire mortel qui questionne le futur et s’en inquiète parce qu’il l’ignore. Et il ne choisit pas le bon interlocuteur : Lazare, comme le jeune Daniel de Naïm naguère (dans la vision 300.4 précitée), répond qu’il ne se souvient de rien durant les quatre jours qu’il a passé dans le tombeau, et pour cause ! Lazare n’est pas mort et il n’a pas été ressuscité après un passage dans l’au-delà, il est simplement tombé dans une léthargie temporaire. Lazare n’a pas vécu la décorporation, la vision panoramique à travers les murs et les corps, il n’a pas vu le tunnel, la lumière blanche, l’ange protecteur, il n’a pas subi le bilan de vie, il n’a pas retrouvé et dialogué avec ses parents Théophile et Euchérie décédés depuis des années, il n’a pas déambulé dans les champs de fleurs multicolores et la ville formidable qu’évoquent ordinairement les expérienceurs de mort imminente ("‟Toi qui es mort et ressuscité [c’est Jésus qui s’adresse à Lazare], dis-moi : qu’est-ce que la mort ? Qu’as-tu éprouvé ? De quoi te souviens-tu ?” ‟La mort ? Je ne peux pas te renseigner. Une grande langueur a succédé à une grande souffrance. Je n’ai plus ressenti de douleurs, je suis entré dans un profond sommeil, la lumière et le bruit sont devenus de plus en plus faibles et lointains. Mes sœurs [Marthe et Marie-Madeleine] et Maximin [serviteur de Lazare] disent que j’ai montré des signes d’âpres tourments, mais je n’en ai pas souvenir.” ‟La pitié du Père émousse le sensorium intellectuel des mourants, de sorte que, dans le prépurgatoire qu’est l’agonie, ils souffrent seulement par la chair qui doit être purifiée. Mais moi… Et l’au-delà, t’en rappeles-tu ?” ‟Nullement, rabbin. J’ai un espace vide à l’esprit, une interruption dans le cours de ma vie, que je ne sais pas comment remplir. Quand je regarde au fond du trou noir qui m’a gardé pendant quatre jours [le tombeau à Béthanie où Lazare a été enseveli], c’est noir, j’y suis comme une ombre, mais le froid humide monte et me souffle à la face, c’est encore une sensation. Tandis que quand je pense à ces quatre jours, je ne ressens rien. Voilà le mot. Rien.” ‟Ceux qui en reviennent ne peuvent pas parler. Ceux qui y entrent découvrent le mystère graduellement. Moi, Lazare, je sais ce que je souffrirai. Je garderai pleine conscience. Aucun adoucissement de boissons ou de langueur pour adoucir mon agonie. Je me sentirai mourir. Je le sens déjà. Je meurs déjà, Lazare. Comme dans une maladie incurable, je meurs depuis trente-trois ans. Et la mort s’est accélérée au fil du temps, à mesure que je m’approche de l’heure. D’abord ç’a été apprendre que je suis né Rédempteur, puis subir les attaques, les accusations, le ridicule, la persécution, les entraves, quelle fatigue ! Puis avoir à mes côtés, de plus en plus près, enlacé à moi comme une pieuvre au naufragé, celui qui trahit [Judas], quelle nausée ! Maintenant je meurs déchiré de devoir dire adieu aux amis les plus chers, à ma mère”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 587.5, vision du 02/03/1947). Judas retrouve les sanhédristes, et fomente avec eux l’arrestation de Jésus. Il déconseille de le saisir dans la maison de Lazare qui est un protégé de Rome, ni au Temple quand il y viendra soutenu par la foule. Il propose aux sanhédristes de le laisser guetter le moment adéquat, et il leur enverra un signal (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 588.8, vision du 29/03/1947). Les sanhédristes acquiescent. Ils lui promettent une récompense symbolique de trente deniers en référence à Zacharie 11.12-13. Judas estime cette récompense sous-évaluée. Mais les sandhédristes ne transigent pas, ils ajoutent même que Judas ne sera payé qu’après l’arrestation de Jésus. Ils consentent néanmoins à lui promettre une place - toute théorique… - parmi eux dans le Sanhédrin (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 588.9, vision du 29/03/1947). De mauvais gré, Judas accepte ce marchandage. Quand il sort, les sanhédristes exultent, et réfléchissent déjà à comment éliminer Judas quand Jésus aura été exécuté, sûrs que Judas ne révélera rien de leurs magouilles pour ne pas risquer d’être lapidé par la foule majoritairement favorable à Jésus (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 588.11, vision du 29/03/1947).


Cinq jours avant la crucifixion, le dimanche. Un sympatisant de Bethphagé apporte son âne afin que Jésus effectue le trajet depuis Béthanie jusqu’au Temple de façon triomphale. Jésus se laisse porter, telle une superstar en manteau pourpre, couleur des anciens rois hellénistiques, attirant la foule en délire qui croit assister à la résurrection du royaume d’Israël disparu depuis Hérode-Archélaos, qui l’acclame comme le Mashiah/Messie ("Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le royaume qui vient de notre père David !", Marc 11.9 ; "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël !", Jean 12.13) prophétisé par Zacharie ("Eclate de joie, Jérusalem ! Crie de nonheur, cité de Sion ! Regarde, ton roi vient à toi, juste et victorieux, humble, monté sur un âne, le petit d’une ânesse. Il supprimera les chars à Ephraïm, il brisera les arcs à Jérusalem, il établira la paix entre les nations, il règnera d’une mer à l’autre, depuis l’Euphrate jusqu’au bout du monde", Zacharie 9.9), et qui, par sa masse, empêche toute intervention de police romaine. On contourne le mont des Oliviers par le sud, on pénètre dans le centre-ville de Jérusalem par la porte de Siloé (en bas de l’antique cité de David, 31°46'16"N 35°14'04"E ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 590.13, visions des 30/03/1947 et 30/07/1944), on longe du sud au nord l’antique cité de David (sur la route formée par les comblements de l’ancienne vallée Tyropoion) jusqu’à la porte "Stercoraire" en latin (de "stercus/excrément, bouse"), alias la porte "du Fumier" en hébreu, aujourd’hui la porte des Maghrébins (31°46'29"N 35°14'03"E), puis on longe du sud au nord le Temple jusqu’à la forteresse Antonia. On pénètre dans le sanctuaire par la cour où les marchands vendent les animaux destinés aux sacrifices, les mêmes que Jésus a chassés à la Pâque W-3… et qu’il fustige à nouveau, sans toutefois renverser leurs tables comme trois ans plus tôt. Jésus n’accomplit rien de spectaculaire sur l’esplanade, il se limite à saluer les malades et les pauvres ("[Jésus] a suivi l’enceinte [ouest du Temple] sans s’arrêter, pour gagner le côté nord près de l’Antonia. Là il descend en signifiant à tous qu’il ne se cache pas et que sa conduite n’a rien de répréhensible. La première cour du Temple présente le chahut habituel des changeurs et des vendeurs de colombes, passereaux et agneaux, soudain délaissés car leurs clients se sont précipités vers Jésus. Celui-ci entre, solennel dans son vêtement pourpre. Il tourne son regard indigné sur ce marché et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui l’observent sous un portique. Il avance vivement au milieu de la cour, flamboyant dans le soleil qui inonde l’endroit. Et il tonne d’une voix puissante : ‟Hors de la maison de mon Père ! Ce n’est pas un lieu d’usure et de marché ! Il est écrit : « Ma Maison sera une maison de prière » [Isaïe III 56.7], mais vous avez transformé cette maison où on invoque le nom du Seigneur en une caverne de voleurs ! Hors d’ici ! Purifiez ma Maison ! Ne me contraignez pas à vous frapper avec les foudres de la colère céleste plutôt qu’avec des cordes [allusion à la Pâque W-3] ! Hors d’ici, voleurs, brocanteurs, impudiques, homicides, sacrilèges, idolâtres de l’orgueil la pire idolâtrie, corrupteurs, menteurs ! Dehors ! Dehors, ou le Dieu Très-Haut balayera pour toujours ce lieu et exercera sa vengeance sur tout le peuple !”. Il ne réitère pas les coups de fouets de la fois précédente [à la Pâque W-3], il se contente de renverser les balances et de répandre les monnaies du comptoir le plus proche face aux marchands et aux changeurs rechignant à obéir. Quand ceux-ci s’éloignent, Jésus leur crie : ‟Combien de fois devrai-je vous dire que ce lieu est pour la prière et non pas pour la souillure ?”. Puis il regarde les notables du Temple qui, obéissant aux ordres du Grand Prêtre [Caïphe], n’esquissent aucun geste de représailles. La cour étant purifiée, Jésus va vers les portiques où sont rassemblés des aveugles, des paralytiques, des muets, des estropiés et autres affligés qui l’invoquent à grands cris", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 590.19-20, visions des 30/03/1947 et 30/07/1944). On remarque que l’itinéraire selon Maria Valtorta contredit la tradition chrétienne, qui dit que Jésus est entré directement depuis la vallée du Cédron dans le Temple par la porte Dorée. On ressort par la porte "Probatique" en grec, alias la porte "des Brebis" en hébreu, aujourd’hui la porte des Lions (31°46'51"N 35°14'13"E ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 590.20, visions des 30/03/1947 et 30/07/1944). La journée se termine sur le mont des Oliviers, dans le champ où les pèlerins venus de Galilée ont l’habitude de se regrouper lors des fêtes (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 590.21, visions des 30/03/1947 et 30/07/1944).


Quatre jours avant la crucifixion, le lundi. Quand tous ses compagnons sont endormis, en pleine nuit du dimanche au lundi, Jésus se faufile seul entre les tentes des pèlerins galiléens pour aller de nouveau à la porte Probatique/des Brebis/des Lions. Il réussit à convaincre les gardes romains de le laisser entrer dans le centre-ville pour y visiter sa mère Marie la Vierge installée dans la propriété de Lazare (celle déjà signalée dans les visions 371-372 et 559.6 précitées, probablement dans l’actuel quartier Whol ; "Quatre soldats parlent, assis sur des grosses pierres leur servant de sièges contre le mur puissant, ils se réchauffent à un feu de brindilles qui jette une lueur rougeâtre sur leurs cuirasses brillantes et leurs casques sévères. Leurs visages italiens diffèrent grandement de ceux des juifs. ‟Qui va là ?”, crie le premier en voyant apparaître la haute figure de Jésus de derrière une maison près de la porte [Probatique]. Il saisit la hampe de sa lance appuyée au mur voisin, les autres l’imitent et se mettent en position réglementaire. Sans donner à Jésus le temps de répondre, il dit : ‟On n’entre pas. Tu ne sais pas que la deuxième veille se termine ?”. ‟Je suis Jésus de Nazareth. Ma mère est en ville. Je vais la retrouver.” ‟Oh ! L’homme qui a ressuscité le mort de Béthanie [Lazare] ! Par Jupiter ! Je le vois enfin !” Il s’approche pour l’observer avec curiosité, tournant autour de lui comme pour s’assurer qu’il n’est pas surnaturel. Il conclut : ‟Dieux ! Il est beau comme un Apollon ! Et exactement comme nous : pas de bâton ni barrette, aucun insigne de son pouvoir !” […] Jésus répète doucement : ‟Puis-je aller retrouver ma mère ?”. Les quatre soldats se secouent. Le plus âgé intervient : ‟Nous avons ordre d’interdire le passage, mais tu passerais quand même, celui qui force les portes de l’Hadès peut bien forcer la porte d’une ville… Tu ne parais pas homme à provoquer des émeutes… La défense tombe pour toi. Arrange-toi pour ne pas être vu par les rondes à l’intérieur. Ouvre, Marcus Gratus. Et toi, glisse-toi en silence. Nous sommes soldats, nous devons obéir”. ‟Ne craignez rien, votre bonté ne se changera pas pour vous en punition.” Un soldat ouvre avec précaution un portillon dans la porte massive, et dit : ‟Passe vite. La veille finit d’ici peu, la nouvelle garde arrive bientôt”. ‟Paix à vous”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.1, vision du 31/03/1947). Quand Jésus disparaît dans une ruelle, les gardes romains expriment leurs sentiments contrastés sur lui. L’un d’eux nommé "Vital" est intrigué ("‟Il [Jésus] ne nous méprise pas. C’est le seul juif qui ne cherche pas à nous étrangler”, répond le soldat âgé. ‟Je n’ai pas osé, moi paysan de Bénévent, parler à quelqu’un qu’on qualifie Dieu…” ‟Un dieu sur un âne, ah, ah ! Si encore il était ivre comme Bacchus, mais même pas ! Je crois savoir qu’il refuse même le mulsum [mélange de moût et de miel] ! Tu ne vois pas comme il est pâle et maigre ?” ‟Naturellement, puisque les juifs…” ‟… boivent, oui ! Surtout ceux qui affectent le contraire ! C’est précisément parce qu’ils ont abusé de leur sicera [latinisation du grec "s…kera", lui-même issu du verbe hébreu "sakhar/enivrer" ; "sicera" donnera "cidre" en français] locale qu’ils croient voir un dieu dans un homme ! Les dieux sont une fable, je te l’assure. L’Olympe est vide, et la terre n’en a pas.” ‟S’ils t’entendaient !” ‟Es-tu encore un enfant, à ne pas être candidat, et à ignorer que César lui-même ne croit pas aux dieux, ni les prêtres, augures, aruspices, arvales et vestales, ni personne ?” ‟Alors pourquoi…” ‟Pourquoi les rites ? Parce qu’ils plaisent au peuple, et parce qu’ils sont utiles aux prêtres pour imposer leurs ordres, et à César pour régner à l’image d’un dieu terrestre tenu par la main des dieux de l’Olympe. Mais ceux-ci sont les premiers à ne pas se leurrer. Je suis pyrrhonien [de Pyrrhon d’Elis, sceptique de la fin du IVème siècle av. J.-C.]. J’ai parcouru le monde et connu beaucoup d’expériences, mes cheveux blanchissent aux tempes et ma pensée a mûri. Ma vie obéit désormais à trois principes : aimer Rome, unique déesse et unique certitude, jusqu’au sacrifice de ma vie, douter de tout ce qui m’entoure, qui est illusion, sauf la patrie sacrée et immortelle, et douter aussi de moi-même car nous ne sommes pas sûrs que nous vivons, les sens et la raison ne suffisent pas pour garantir l’accès à la Vérité, la vie et la mort ont la même valeur puisque nous ne savons pas ce qu’est la vie ni ce qu’est la mort”, conclut-il en affectant un air de philosophe sceptique supérieur. L’autre le regarde, hésitant. Puis il dit : ‟Eh bien moi je crois. Et j’aimerais apprendre de cet homme qui vient de passer. Lui connait certainement la Vérité. Quelque chose d’étrange émane de lui, comme une lumière qui nous pénètre”. ‟Qu’Esculape te sauve ! Tu es malade ! Tu es arrivé depuis peu de la vallée [du Jourdain], les fièvres surgissent facilement chez ceux qui ne sont pas encore acclimatés au pays. Tu délires. Viens ! Rien de meilleur qu’un vin chaud et des aromates pour suer le venin de la fièvre jordanique !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.2, vision du 31/03/1947). Pendant ce temps Jésus retrouve Marie la Vierge. Ensemble ils se dirigent vers le quartier Ophel pour y réconforter une mère dont la fille est récemment décédée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.7-9, vision du 31/03/1947). Ensuite Jésus laisse Marie la Vierge sur place et ressort de la ville par la porte Stercoraire/du Fumier/des Maghrébins, où il retrouve le soldat Vital qui a changé de secteur, avec lequel il discute pendant quelques minutes sur la guerre et sur la paix de l’âme (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.11-13, vision du 31/03/1947). Il marche vers le mont des Oliviers pour regagner le champ où sont installés les Galiléens, c’est alors qu’il croise Judas venant d’on-ne-sait-où. Les deux hommes ne trouvent plus rien à se dire (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.14, vision du 31/03/1947), cela n’empêchera pas Judas de continuer à fréquenter le groupe apostolique les jours suivants. Jésus atteint le champ des Galiléens à l’aube. Durant la journée du lundi, il remonte au Temple avec les apôtres (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.17, vision du 31/03/1947), il prêche encore à la foule, puis nouvelle confrontation aux prêtres suite au prêche, Jésus ruine leur raisonnement sur Jean-Baptiste sous les applaudissements de la foule (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.19, vision du 31/03/1947), et on ressort par la porte Probatique/des Brebis/des Lions (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 592.20, vision du 31/03/1947). Le soir, dans la vision 593, Jésus prend congé de tous ses apôtres et des pèlerins galiléens pour prier seul à l’écart sur le mont des Oliviers.


Trois jours avant la crucifixion, le mardi. On rentre dans la ville par la porte Probatique/des Brebis/des Lions, puis dans le Temple par une porte secondaire dite "des Troupeaux" à proximité (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 594.1, vision du 01/04/1947). Des Hérodiens questionnent malignement Jésus sur l’attitude à adopter face à l’Empereur Tibère, il leur répond aussi malignement "devoir rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 594.4, vision du 01/04/1947). Jésus déjoue également les pièges de saducéens sur la lecture stricte d’un passage de la Torah (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 594.6, vision du 01/04/1947). Le soir, il passe en revue les événements de la journée écoulée, dont Maria Valtorta ne parle pas ("Aujourd’hui vous avez entendu parler des gentils [non-juifs] et des juifs, et vous avez vu comment les premiers se sont inclinés devant moi et comment les seconds pour m’ont presque frappé. Toi, [Simon-]Pierre, tu allais en venir aux mains en voyant qu’exprès ils envoyaient contre moi des agneaux, des béliers et des bouvillons pour me renverser à terre parmi les excréments. Toi, Simon [le zélote], ordinairement prudent, tu as ouvert la bouche pour insulter les membres les plus haineux du Sanhédrin qui grossièrement me poussaient en me disant : “Ecarte-toi, démon, pour que passent les envoyés de Dieu !”. Toi mon cousin Jude [Thaddée], et toi mon préféré Jean [fils de Zébédée], vous avez crié, toi le premier tu m’as évité d’être heurté en prenant le cheval par la bride, toi le second tu t’es placé devant moi pour encaisser le choc de la barre dirigée contre moi, quand Zadok avec un rire méprisant a lancé son lourd char au galop intentionnellement vers moi. Je vous remercie de votre amour qui vous a dressé contre ceux qui offensent Celui qui est désarmé", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 595.1, vision du 07/03/1945).


Deux jours avant la crucifixion, le mercredi. Nouvelle journée au Temple, que nous ne détaillerons pas afin de de pas sortir du cadre de notre étude. Après divers échanges positifs avec la foule, et divers échanges négatifs contre ses opposants, Jésus s’engage dans un long sermon adressé à ces derniers recourant à l’anaphore "Malheur à vous !". On note une nouvelle fois son utilisation du mot grec "chrétiens/cristiano…" pour désigner la communauté qui se revendiquera de lui après sa mort ("Que l’uniforme du ‟chrétien”, terme qui qualifiera chacun de mes sujets, soit l’amour et l’union, l’égalité entre vous pour les vêtements, la communauté des biens, la fraternité des cœurs. Tous pour chacun, chacun pour tous. Que celui qui possède, donne humblement. Que celui qui n’a pas, accepte humblement et expose humblement ses besoins à ses frères, en les sachant tels, et que les frères écoutent affectueusement les besoins des frères, se sentant vraiment tels pour eux", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 596.17, vision du 02/04/1947). On ressort par la porte Stercoraire/du Fumier/des Maghrébins (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 596.23, vision du 02/04/1947) pour aller se reposer dans le jardin royal au sud de l’antique cité de David, près de la fontaine En-Rogel, aujourd’hui le parc autour du monastère Akeldama (31°46'07"N 35°14'01"E). On remonte ensuite la vallée du Cédron en longeant le quartier Siloé à gauche (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 596.34, vision du 02/04/1947) et on fait halte sur le flanc du mont des Oliviers à droite ("face au Temple", selon Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 596.43, vision du 02/04/1947). Nouveau prêche sur les faux prophètes qui se présenteront plus tard comme Mashiah/Messie ou comme des envoyés ou fils de Dieu. Jésus conclut en commandant à ses apôtres, dont Judas, d’occuper la journée suivante à préparer la Pâque, puis ils reviendront vers le mont des Oliviers passer la soirée en prières à Gethsemani (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 596.51, vision du 02/04/1947). Après le discours, nouvelle scène où Maria Valtorta dit trop ou pas assez. Tandis que les apôtres repartent à l’est vers le camp des Galiléens sur le mont des Oliviers, Jésus prend la main de Jean fils de Zébédée et l’emmène avec lui on-ne-sait-où à l’ouest vers la ville (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 596.51, vision du 02/04/1947). Plus tard, dans la nuit du mercredi au jeudi, Jésus et Jean fils de Zébédée réapparaissent. Les autres apôtres insistent pour savoir où ils étaient et pourquoi (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 597.2, vision du 08/03/1945). Jésus répond sans détour qu’il voulait passer un dernier moment intime avec Jean fils de Zébédée (dont il rappelle avec nostalgie leur première rencontre trois ans plus tôt ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 597.3, vision du 08/03/1945) avant d’en être séparé par son arrestation imminente (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 597.4, vision du 08/03/1945). Puis on s’endort.


Un jour avant la crucifixion, le jeudi. Nouvelle journée au Temple et nouveau prêche, que nous ne détaillerons pas pour la même raison que le jour précédent. Jésus demande à Simon-Pierre d’aller à la fontaine En-Rogel près du jardin royal/parc Akeldama pour y voir un homme ayant proposé sa maison afin que le groupe apostolique célèbre la Pâque en sécurité (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 598.2, vision du 03/04/1947). Qui est cet homme ? Mystère. Maria Valtorta ne donne pas son identité, elle ne donne même pas son nom, et il restera un anonyme dans la suite de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé. Est-ce un ami ou un serviteur de Lazare ? Dans la vision 600.1, il fournira une nappe de lin fin et des amphores de vin à poignées ciselées or et argent, ce qui sous-entend qu’il est riche. Mais ces richesses lui appartiennent-elles en propre, ou lui ont-elles été transmises par Lazare ? Sa maison qu’il propose au groupe apostolique, que les chrétiens appelleront "Cénacle" parce que dans ses murs Jésus prendra son dernier repas pascal ou "Cène", constituant le sous-sol du bâtiment désigné aujourd’hui comme "Tombeau du roi David" au sud-ouest du centre-ville (31°46'18"N 35°13'44"E), dans le quartier dit "essénien" par Flavius Josèphe dans la seconde moitié du Ier siècle, accessible par une "porte des Esséniens" (Flavius Josèphe, Guerre des juifs V.145 précité) non localisée par les archéologues, dans le parc de l’actuel Jerusalem University College (31°46'15"N 35°13'42"E) : doit-on conclure que l’homme en question est un nazaréen/essénien, que Jésus a croisé dans le jardin royal/parc Akeldama quand il s’y est reposé la veille ? On sait seulement qu’il est marié, car sa femme sera mentionnée aux côtés de Marie la Vierge après la crucifixion. Judas s’éclipse (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 598.2, vision du 03/04/1947), il se rend au Temple pour dire aux sanhédristes que Jésus sera présent à Gethsemani le soir (Jésus en a informé ses apôtres la veille, dans la vision 596.51 précitée) et qu’ils pourront le saisir à cette occasion, on décide que Judas lui donnera un baiser pour le signaler aux fonctionnaires du Temple, et éviter que ceux-ci se trompent de cible. Maria Valtorta décrit longuement cette maison, future "Cénacle", qui ressemble davantage à un souplex qu’à une réelle maison : une pièce étroite servant de sas conduit d’un côté à la rue, de l’autre côté à une autre pièce plus vaste enfoncée dans le sol, accessible par un petit escalier de six marches que Maria Valtorta dessine ("C’est une pièce ni carrée ni rectangulaire. Un mètre maximum de différence entre le côté le plus long et le plus court. Le plafond est bas. Il paraît ainsi parce que sa grandeur ne correspond pas la hauteur. Il est légèrement voûté, les deux côtés les plus courts se terminent non pas à angle droit mais par un arrondi. Dans ces deux côtés les plus courts se trouvent deux larges fenêtres, larges et basses, vers le dehors. Je ne vois pas où elles regardent, si c’est sur une cour ou sur une rue, parce qu’elles sont garnies de châssis qui les ferment. Je ne sais pas si le mot “châssis” est adéquat : ce sont des volets plats, serrés par une barre de fer qui les traverse. Le pavé est en larges briques de terre cuite carrées que le temps a décolorées. Au milieu du plafond pend une lampe à huile à plusieurs becs. Des murs les plus longs, l’un n’a aucune ouverture, l’autre dispose d’une petite porte en coin, à laquelle on accède par un escalier de six marches sans rampe, terminé par un palier d’un mètre carré. Sur ce palier, contre le mur : une autre marche, et la porte s’ouvre à son niveau. Pour qu’on me comprenne mieux, voilà les choses en dessin : (dessin). Les murs sont simplement blanchis, sans décorations ni bordures. Au milieu de la pièce, une table rectangulaire très large, disposée parallèlement au mur le plus long, en bois ordinaire. Contre les murs les plus longs, des sièges. Près des murs les plus courts, sous la fenêtre d’un côté une sorte de coffre surmontée de bassines et des amphores, et sous la fenêtre de l’autre côté une crédence basse et longue actuellement vide. […] Le petit escalier de six marches conduit à une entrée sombre qui, à gauche par rapport à moi, s’ouvre sur la rue par une porte large, basse et très massive, renforcée par des clous et des lames de fer. En face de la petite porte qui du Cénacle conduit dans l’entrée, une autre porte mène dans une autre pièce moins vaste. Le Cénacle semble avoir été gagné par une dénivellation du sol par rapport au reste de la maison et de la rue, il est comme un sous-sol, une demie cave nettoyée et arrangée, mais toujours enfoncée d’un bon mètre dans le sol, peut-être pour le rendre plus haut et proportionné à sa superficie", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 599.1-2, vision du 17/02/1944). Nous ne détaillerons pas le déroulé de la Cène, pour la même raison que précédemment : nous ne voulons pas nous égarer hors de notre cadre d’étude. Disons seulement que la version de Maria Valtorta raccorde globalement avec la version des évangiles, on y retrouve la séquence que les chrétiens appelleront "Eucharistie" où Jésus répète sa parabole du vin assimilé à son sang, et du pain assimilé à sa chair (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.14, visions du 09/03/1945 ; Jésus a recouru à cette parabole pour la première fois à Capharnaüm début W-1 dans la vision 354.14-15 précitée, provoquant un gros malaise chez ses disciples qui l’ont assimilée à un cannibalisme ritualisé), on y retrouve aussi le point d’orgue du : "L’un d’entre vous me trahira" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.16, visions du 09/03/1945), et le moment où Judas quitte les lieux, dès la fin du repas, pour aller quérir les sanhédristes (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.17, visions du 09/03/1945). Le peintre et sculpteur italien Lorenzo Ferri, qui a fréquenté Maria Valtorta à partir de 1949, a réalisé le croquis ci-contre indiquant la place de chaque apôtre autour de la table dans la grande pièce du Cénacle lors de la Cène, en suivant les indications de Maria Valtorta : Jean fils de Zébédée est à droite de Jésus et à gauche de Simon-Pierre. Après le départ de Judas, Maria Valtorta dit que les apôtres repoussent la table et se resserrent en U autour de Jésus (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.18, visions du 09/03/1945). Sur quelques points importants, elle se démarque néanmoins des évangiles. Primo, elle dit que l’ambiance générale durant cette journée, et notamment durant la Cène, est très pesante. Les apôtres discutent entre eux avant la cérémonie, ne sachant pas comment interpréter les événements qu’ils vivent depuis plusieurs jours, le comportement suicidaire de Jésus qui se rend tous les jours au Temple et y provoque systématiquement ses adversaires (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.2-3, visions du 09/03/1945). Et lors de la Cène, Judas lui-même est très mal à l’aise, contraint de jouer au bon apôtre alors qu’il s’apprête à trahir son mentor Jésus avec qui il partage le repas pascal. Et son mal-être, bien visible, se communique à tous les autres apôtres assemblés. On se fait des grands sourires, mais on sent que quelque chose se déroule qui finira bientôt en drame. On se force à positiver dans l’union pascale, mais les âmes, les cœurs, les pensées sont inquiets pour des raisons opposées, et nullement enclins à la fête. Deusio, Simon le zélote a apporté deux épées héritées de son père (rappelons que le père de Simon le zélote était favorable au zélote galiléen Judas fils d’Ezéchias, et qu’il en a subi les conséquences quand les Romains ont écrasé ce dernier en 6, Simon a été surnommé "le zélote" par dérision, selon la vision 56.6 précitée), il compte s’en servir pour défendre Jésus si des opposants veulent lui nuire, il garde l’une pour lui-même et confie l’autre à Simon-Pierre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.10, visions du 09/03/1945). Tertio, après le repas, après le départ de Judas, Jésus donne enfin le nom de celui qu’il croit près de le trahir, Simon-Pierre se lève aussitôt avec l’épée que Simon le zélote lui a donnée, bien décidé à courir derrière Judas pour l’arrêter et le punir, mais Jésus le retient "parce que Judas n’existe plus, il est désormais Satan" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.32, visions du 09/03/1945). Quarto, au cours du dialogue qui suit le repas, aux apôtres disposés en U autour de lui, Jésus décrit l’au-delà, en promettant à chacun d’eux de leur réserver une place… or cet au-delà qu’il décrit est très proche de l’île des Bienheureux chez Hésiode (Les travaux et les jours 170-173), chez Pindare (Deuxième olympique 167-173), chez Platon (La République 519c et 540b, Gorgias 526c), et des Champs Elysées chez Homère (Odyssée IV.563-568), c’est un au-delà littéraire de conception très grecque que Jésus a entendu ou lu dans sa jeunesse à Sepphoris, sans rapport avec l’image céleste aux anges musiciens virevoltant et aux élus gambadant sur des nuages cotonneux que les chrétiens développeront plus tard, ni avec l’Empyrée de Dante, ni surtout avec l’au-delà que décrivent ordinairement les expérienceurs de mort imminente, c’est une confirmation que Jésus ne sait rien sur l’au-delà et qu’il s’auto-persuade, une confirmation qu’il n’est nullement fils de Dieu ("Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. S’il n’en était pas ainsi, je vous l’aurais dit. Je pars en avant pour vous préparer une place. Les bons pères n’agissent‑ils pas ainsi quand ils doivent emmener leur famille ailleurs ? Ils partent à l’avance préparer la maison, le mobilier, les provisions, puis ils viennent chercher leurs enfants les plus chers. C’est par amour qu’ils font cela, pour que rien ne manque aux petits et qu’ils ne souffrent pas dans le nouveau village. J’agis de même, et pour le même motif. Aujourd’hui je pars. Et quand j’aurai préparé une place pour chacun dans la Jérusalem céleste, je reviendrai vous prendre pour que vous soyez avec moi là où je suis, là où il n’y aura ni mort, ni deuil, ni larmes, ni cris, ni faim, ni douleur, ni Ténèbres, ni feu, mais seulement Lumière, paix, béatitude et chant. Oh, chant des Cieux très hauts quand les douze élus siègeront sur les trônes aux côtés des douze patriarches des douze tribus d’Israël ! Dressés sur la mer des béatitudes, ils chanteront, dans l’ardeur du feu de l’amour spirituel, le cantique éternel qui aura pour arpège l’éternel alléluia de l’armée angélique !", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 600.24, vision du 09/03/1945).


Nuit précédant la crucifixion, du jeudi au vendredi. Comme prévu, on chemine depuis le Cénacle (au sud-ouest du centre-ville) vers le mont des Oliviers. Au cours de la marche, Simon le zélote dit avoir appris qu’une violente dispute a opposé Joseph d’Arimathie à ses collègues du Sanhédrin hostiles à Jésus, Nicodème et Gamaliel ne sont pas intervenus pour le soutenir ("Récemment en assemblée Joseph [d’Arimathie] a interpelé les sanhédristes [c’est Simon le zélote qui s’adresse à Jésus], il les a traités d’assassins parce qu’ils veulent tuer un innocent : “Tout est illégal, dans cette affaire ! Il [Jésus] vous a prévenu : « L’abomination est dans la Maison du Seigneur, l’autel sera détruit car il est profané » !”, ils ne l’ont pas lapidé parce qu’il est un notable, mais depuis ils l’ignorent, seuls Gamaliel et Nicodème sont restés ses amis, et encore ! le premier ne parle pas, et le second… Ni lui [Nicodème] ni Joseph [d’Arimathie] désormais ne sont plus convoqués au Sanhédrin pour les décisions importantes, qui se réunit illégalement ici et là, à des heures différentes, par peur d’eux et de Rome", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 602.7, vision du 16/03/1945). Pour Gamaliel, Jésus est non pas un fils de Dieu mais un homme respectable injustement persécuté par des sanhédristes jaloux, ambitieux, malfaisants ("‟Qu’a dit le rabbin [Gamaliel ; c’est Jésus qui s’adresse à Simon le zélote] ?” ‟Il a dit : « Je ne connais pas exactement les intentions de Caïphe, je sais seulement que les prophéties concernent le Messie, or je vois pas dans le Messie dans ce prédicateur [Jésus], donc je ne trouve aucune raison de s’agiter. On veut tuer un homme bon, ami de Dieu, comme tant d’autres dont Sion a bu le sang ». On a insisté sur ta nature divine, alors il a répété : « Quand je verrai le signe, je croirai » [nouvelle allusion au signe promis à Gamaliel par l’adolescent Jésus lors de sa bar-mitsva dans la vision 41.9 précitée]. Il a promis de s’abstenir de voter ta mort, et même de persuader les autres de ne pas te condamner. Mais rien de plus. Il ne croit pas. Il ne croit pas”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 602.7, vision du 16/03/1945). Seuls Simon-Pierre, Jacques et Jean les fils de Zébédée accompagnent Jésus vers Gethsemani, les autres apôtres prennent la direction du champ où sont installés les pèlerins galiléens (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 602.10, vision du 16/03/1945), nous ne les verrons plus jusqu’après la crucifixion. S’ensuit la scène que la tradition chrétienne appelle l’"Agonie" : seul au point le plus élevé de Gethsemani, Jésus appelle Dieu qui ne lui répond pas, il est séduit par Satan (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 602.12, vision du 16/03/1945), à trois reprises il redescend vers ses trois apôtres et constate qu’ils sont endormis. Soudain arrivent des fonctionnaires armés du Temple, guidés par Judas. Suivant le stratagème de la vision 598.18, ce dernier donne un baiser à Jésus (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 602.20, vision du 16/03/1945). Les gardes du Temple se positionnent autour de Jésus pour l’arrêter, Simon-Pierre sort alors l’épée que lui a donnée Simon le zélote et frappe l’un d’eux, qu’il blesse à l’oreille. Jésus lui ordonne de rengainer on épée, et guérit le blessé (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 602.22, vision du 16/03/1945 ; en réalité, Jésus ne "guérit" pas le blessé, il se contente d’appuyer un doigt sur la plaie en attendant que le sang coagule…). Marc, le fils du gardien Jonas, assiste à la scène, il s’enfuit effrayé. Il la rapportera plus tard dans son évangile, sans se désigner nommément mais sans cacher sa couardise, portant toujours le remords de sa fuite ("Un jeune homme [Marc] suivait Jésus, vêtu d’un simple drap. On essaya de le saisir, mais il abandonna le drap et s’enfuit nu", Marc 14.51-52). Le paragraphe 604 racontant le procès de Jésus, le plus long de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, est constitué de plusieurs visions de Maria Valtorta qui s’étalent du 22 au 25 mars 1945. Le récit de Maria Valtorta raccorde encore dans les grandes lignes avec les évangiles, sauf sur quelques points. Jésus est d’abord conduit chez Hanne ben Seth, ex-Grand Prêtre et beau-père de Caïphe le Grand Prêtre en exercice. La maison d’Hanne ben Seth se situe dans le quartier Ophel (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.4, visions du 22 au 25/03/1945). Un dialogue de sourds s’engage entre les deux hommes prétendant pareillement respecter la Torah, celui-ci d’un point de vue politique, celui-là d’un point de vue spirituel ("‟De quoi m'accuses-tu ?” [c’est Jésus qui s’adresse à Hanne ben Seth] ‟Tu as apporté une doctrine nouvelle.” ‟O prêtre ! Israël pullule de doctrines nouvelles : les [nazaréens/]esséniens ont la leur, les saducéens ont la leur, les pharisiens ont la leur, chacun suit sa doctrine secrète, qui s’appelle « plaisir » pour les uns, « or » pour les autres, « puissance » pour les autres encore. Chacun a son idole. Pas moi. J’ai ramassé la Torah piétinée de mon Père le Dieu éternel, et je suis revenu simplement rappeler le Décalogue. Je me suis desséché les poumons pour le réintroduire dans des cœurs qui ne le connaissait plus.” ‟Horreur ! Blasphème ! C’est à moi qui suis prêtre que tu dis cela ? Israël n’a pas de Temple ? Sommes-nous comme les exilés de Babylone ? Réponds !” ‟C’est ce que vous êtes, et plus encore. Un Temple existe, oui. Un bâtiment où Dieu n’est pas, il a fui devant l’abomination qui est dans sa Maison… Mais pourquoi tant m’interroger puisque ma mort est déjà décidée ?” ‟Nous ne sommes pas des assassins. Nous tuons si nous en avons le droit pour une faute prouvée”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.7, visions du 22 au 25/03/1945). Puis Jésus est conduit dans le Temple à proximité, plus exactement dans les appartements occupés par Caïphe le Grand Prêtre en exercice (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.9, visions du 22 au 25/03/1945). Les membres du Sanhédrin se réunissent de façon informelle, seuls les vieux Eléazar-Boethos (ex-Grand Prêtre à l’époque d’Hérode-Archélaos) et Jean l’Antipatride sont absents, ayant refusé de se déplacer (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.10, visions du 22 au 25/03/1945). On énumère les chefs d’accusation, qui sont dérisoires (viol du sabbat, vie avec des prostituées, injures à personnes dépositaires de l’autorité religieuse, possession démoniaque et magie noire). Gamaliel se lève brusquement et quitte la salle en prétextant un vice de procédure : pour être légale, une réunion du Sanhédrin doit se tenir le jour et dans la salle du Conseil, or on est la nuit et dans les appartements de Caïphe (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.11, visions du 22 au 25/03/1945). Joseph d’Arimathie et Nicodème sautent sur l’occasion, le premier de façon colérique, le second de façon méprisante, pour quitter la salle à leur tour en dénonçant comme Gamaliel les agissements de leurs collègues sanhédristes (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.12, visions du 22 au 25/03/1945). De mauvaise grâce, les sanhédristes hostiles à Jésus attendent donc l’aube pour rendre leur démarche légale. Pour passer le temps, ils humilient Jésus et encouragent leurs sous-fifres à le battre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.14, visions du 22 au 25/03/1945). Comme les évangélistes, Maria Valtorta indique que Simon-Pierre est le seul apôtre à attendre la suite des événements devant le Temple, même Jacques et Jean les fils de Zébédée - qui étaient avec Jésus lors de l’arrestation à Gethsemani - ont disparu. Les gardes du Temple, qui ne l’identifient pas mais sont intrigués par le fait qu’il piétine devant les appartements de Caïphe en pleine nuit au lieu de rentrer chez lui, l’abordent pour le questionner. Simon-Pierre maugrée, bougonne, se défile, nie être en relation avec celui qu’on vient d’arrêter et qui passe en jugement à l’intérieur du Temple. Le jour se lève. Le coq chante. Simon-Pierre se retire à son tour, honteux de n’avoir rien tenté pour libérer Jésus, d’avoir même nié le connaître. Nous ne le verrons plus jusqu’après la crucifixion. Jésus est transféré à la salle du Conseil. Aussitôt il est déclaré coupable et enchaîné pour être déféré à Ponce Pilate (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.15, visions du 22 au 25/03/1945). Autrement dit, il n’y a pas eu procès. Les sanhédristes se sont contentés d’entériner leurs accusations lancées durant la nuit quelques heures plus tôt.


Jour de la crucifixion, le vendredi (premier jour de Pâque W), la condamnation. On traverse la cour du Temple pour gagner la forteresse Antonia (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.20, visions du 22 au 25/03/1945). Jésus est amené devant Ponce Pilate, qui commence par invectiver les sanhédristes de l’avoir dérangé durant la nuit à cause de l’arrestation de Jésus (l’agitation dans le Temple, les indignations bruyantes de Joseph d’Arimathie et de Nicodème, les cris de satisfaction des sanhédristes ayant enfin capturé leur adversaire Jésus, la joie sadique de leurs sous-fifres pendant qu’ils battaient Jésus, ont mis les légionnaires en état d’alerte), puis maintenant à l’aube par cette sentence de culpabilité qu’ils lui demandent d’approuver. Maria Valtorta rejoint les évangélistes dans la scène de dialogue suivante, entre Ponce Pilate qui ne trouve pas les chefs d’accusation suffisamment graves pour justifier une exécution, et Jésus qui établit une concordance entre sa conception de l’au-delà et la Sophia grecque ("Sof…a/Savoir ultime, Connaissance des causes et de leur utilité pratique", équivalent de "Veritas/Vérité" en latin) à laquelle Ponce Pilate, comme tous les Romains depuis l’ère archaïque, est sensible, concordance d’autant plus naturelle que, nous l’avons vu, Jésus s’est peu à peu éloigné du discours nazaréen sur l’au-delà (le séjour au Sheol en attendant le Jugement Dernier) pour incliner vers la littérature grecque (l’île des Bienheureux, les Champs Elysées). Ce dialogue entre Ponce Pilate et Jésus, qui est certainement en grec (on pense que Jésus ne parle pas ou peu latin, et que Ponce Pilate ne parle ni araméen ni hébreu), et qui pose une passerelle officielle entre le ministère et le monde grec (à rapprocher de la Grecque Syntyché considérant le ministère comme l’aboutissement de la philosophie grecque dans la vision 254.5 précitée, et superposant la distinction entre Dieu et César à la distinction platonitienne entre psychè et soma dans la vision 283.1-3 précitée), permet de comprendre la facilité avec laquelle le christianisme se propagera dans le monde grec dès après la crucifixion ("[Ponce Pilate] lui demande [à Jésus] : ‟Es-tu le roi des juifs ?” ‟Me demandes-tu ça de toi-même, ou parce que d’autres l’insinuent ?” ‟Quelle importance ? Je me moque que tu sois roi des juifs, puisque je ne suis pas juif. Simplement ceux de ton peuple et leurs chefs t’ont livré à moi pour que je te juge. Qu’as-tu fait ? Parle. Je sais que tu es loyal. Est-ce vrai que tu aspires à régner ?” ‟Mon Royaume n’est pas de ce monde. Si c’était un royaume du monde, mes ministres et mes soldats m’auraient défendu contre les juifs qui m’ont pris. Mais mon Royaume n’est pas d’ici-bas, et tu sais que je n’aspire pas au pouvoir.” ‟Oui, je le sais. On me l’a dit. Mais tu ne nies pas que tu te considères roi ?” ‟Je suis Roi. Je suis venu au monde pour témoigner de la Vérité. Qui est ami de la Vérité écoute ma voix.” ‟La « Vérité », qu’est-ce que tu racontes ? Tu es philosophe ? Ça n’empêche pas de mourir. Ça n’a pas empêché Socrate de mourir.” ‟Mais elle lui a servi à bien vivre, et aussi à bien mourir. Et à entrer dans la seconde vie sans avoir trahi les vertus civiques.” ‟Par Jupiter !” [Ponce] Pilate le regarde un moment avec admiration, puis il reprend son ironie sceptique. Il fait un geste d’ennui, lui tourne le dos, et revient vers les juifs. ‟Je ne trouve aucune faute en lui”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.23, visions du 22 au 25/03/1945). Embarrassé, Ponce Pilate tente une ruse juridique : il est préfet de Judée, or Jésus est Galiléen, non-soumis à la juridiction judéenne, donc le sort de Jésus ne dépend pas du préfet romain de Judée mais d’Hérode-Antipas l’ethnarque de Galilée (il s’agit bien d’une ruse pour se dégager de l’affaire, car Ponce Pilate par ailleurs n’a pas hésité à tuer des Galiléens à une date inconnue selon la vision 281.15 précitée de Maria Valtorta, et selon Luc 13.1-2 précités). Alors Jésus est transféré vers le palais d’Hérode à l’ouest du centre-ville, où Hérode-Antipas réside à l’occasion de la Pâque (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.24, visions du 22 au 25/03/1945). Hérode-Antipas est heureux d’avoir enfin devant lui le disciple de Jean-Baptiste qu’il a exécuté, il espère l’attirer à lui comme dignitaire religieux pour essayer d’effacer cette tache de l’exécution de Jean-Baptiste, et aussi pour le dresser comme allié de prestige contre son demi-frère rival Philippe le Tétrarque. Mais Jésus ne daigne pas dire un mot (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.25, visions du 22 au 25/03/1945). Hérode-Antipas exaspéré décide de l’éprouver. Il amène un chien à la patte cassée et un palefrenier déficient mental, et demande à Jésus de les guérir. Mais Jésus ne fait rien. Hérode-Antipas amène ensuite des amphores de vin et des danseuses nues, et demande à Jésus de se servir. Mais Jésus ne fait toujours rien. Hérode-Antipas conclut logiquement que Jésus n’est ni un dieu (puisqu’il n’a accompli aucun miracle sur le chien blessé et sur le palefrenier débile) ni un homme (puisqu’il est insensible au vin et aux femmes) mais un quidam prétentieux qui, dans les faits, n’incline ni vers le Bien ni vers le Mal. Il le renvoie à Ponce Pilate à la forteresse Antonia en le déclarant simplement fou (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.26, visions du 22 au 25/03/1945). La scène suivante chez Maria Valtorta diffère complètement des évangiles. Ne sachant pas quoi faire de Jésus, et constatant que les sanhédristes deviennent hystériques et entraînent la foule jérusalémite dans leur hystérie, craignant en conséquence un soulèvement de la population qui nécessiterait une intervention massive et musclée des troupes romaines, Ponce Pilate recourt à Barabbas. Ce personnage, dans l’évangile de Marc, le plus ancien des évangiles, est un vulgaire particulier arrêté "avec des émeutiers/sustasiastîn" (Marc 15.7 ; autrement dit Barabbas n’est pas arrêté "comme émeutier", il est un sympatisant des émeutiers, mais il n’en est pas un élément actif, encore moins un chef). Dans l’évangile de Matthieu plus tardif, il devient un "célèbre/™p…shmon" prisonnier (Matthieu 27.16). Dans l’évangile de Luc, contemporain de celui de Matthieu, Barabbas devient un "meurtrier/fÒnon" (Luc 23.19 et 25). Et dans l’évangile de Jean à la fin du Ier siècle, il devient un "brigand/lhst»j" (Jean 18.40). En résumé, plus le temps passe, plus les évangélistes noircissent l’image de Barabbas pour mieux blanchir l’image de Jésus, d’un côté les Ténèbres, de l’autre côté la Lumière. Parallèlement, les évangélistes déforment les motivations de Ponce Pilate. Dans l’évangile de Marc, Ponce Pilate donne simplement aux sanhédristes le choix de relâcher Jésus ou Barabbas, l’épisode est raconté de façon neutre (Marc 15.6). Dans les évangiles de Matthieu et de Jean, la proposition de Ponce Pilate devient une "habitude/sun»qeia" (Matthieu 27.15), un "usage/e„èqei" (Jean 18.39). Dans l’évangile de Luc, un copiste insère un commentaire affirmant que la démarche de Ponce Pilate est une "obligation, contrainte, nécessité/¢n£gkhn" (Luc 23.17). Les autorités chrétiennes ultérieures iront jusqu’à inventer un terme latin, "privilegius pascalis/privilège pascal", pour donner à cette prétendue obligation un caractère quasi institutionnel. Convenons que la version des évangélistes et des autorités chrétiennes ultérieures est absolument insensée, saugrenue, bouffonne, elle suppose une loi que le dominant romain s’imposerait au bénéfice du dominé juif : "Je vous donne le choix entre libérer un homme que j’estime innocent, ou libérer un autre homme qui est une authentique canaille" ! La version de Maria Valtorta est nettement plus crédible. Ponce Pilate veut libérer Jésus, mais il voit que les sanhédristes veulent du sang. Alors il leur propose de fouetter Barabbas - qui n’est certes pas un vrai coupable, mais n’est pas davantage un authentique innocent - pour apaiser leur soif de sang. Autrement dit, à aucun moment Ponce Pilate n’a proposé la libération de Barabbas. Et même après la condamnation de Jésus, il ne libérera pas Barabbas. Le propos historique : "Je vous donne Barabbas" signifie : "Voulez-vous que je fouette Barabbas ? Si vous ne le voulez pas il restera en prison, et cela ne changera rien à ma conviction sur l’innocence de Jésus", les évangélistes l’ont ingénieusement transformé en : "Choisissez entre la libération de Barabbas ou la libération de Jésus" afin de souligner l’ignominie des sanhédristes et l’impuissance de Ponce Pilate. Finalement, Ponce Pilate cède aux objurgations des sanhédristes, il livre Jésus à ses légionnaires pour une séance de fouet ("‟Juifs, écoutez. Vous m’avez amené cet homme comme fauteur de troubles. Je l’ai examiné devant vous, et je n’ai trouvé en lui aucun des crimes dont vous l’accusez. Hérode[-Antipas] n’a rien trouvé comme moi, et me l’a renvoyé. Il ne mérite pas la mort. Rome a parlé. Cependant, pour ne pas vous déplaire en vous enlevant votre divertissement, je vous amène Barabbas pour qu’il soit fustigé, quarante coups. J’ai dit.” ‟Non, non ! Pas Barabbas ! Pour Jésus la mort ! Libère Barabbas et condamne le nazaréen !” ‟Vous trouvez la fustigation insuffisante ? La flagellation, alors [le flagrum est un fouet à bouts métalliques] ? C’est atroce, on peut en mourir, vous savez ?… Qu’a-t-il fait de mal ? Je ne lui trouve aucune faute, je le délivrerai !” ‟Crucifie-le ! Crucifie-le ! A mort ! Tu protèges les criminels ! Païen ! Satan toi aussi !” La foule s’avance par-dessous le premier rang de soldats, qui se déforme par la pression, incapables d’utiliser leurs lances. Le second rang de soldats descend d’un gradin, qui tournent leurs lances et dégagent leurs camarades. ‟Flagelle-le”, ordonne Pilate à un centurion. ‟Combien de coups ?” ‟Autant que tu veux. L’important est d’en finir. Je suis ennuyé. Va”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.28, visions du 22 au 25/03/1945). Jésus est fouetté (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.29, visions du 22 au 25/03/1945). Ses bourreaux ivres de sadisme s’égarent en simulant une fausse scène de couronnement royal avec des aubépines tressées qu’ils déposent sur sa tête (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.31, visions du 22 au 25/03/1945). On ramène l’accusé devant les sanhédristes, qu’entoure une foule de plus en plus nombreuse, fascinée par le spectacle du sang. Ponce Pilate retente sa proposition : l’exécution de Barabbas à la place de Jésus. Mais les sanhédristes deviennent véhéments. Il ne sait plus quoi faire ("On ramène [Jésus] dans l’atrium. ‟Voici ["Donque" en italien dans le récit de Maria Valtorta, équivalent à : "Voici l’homme/IdoÚ Ð ¥nqrwpoj" en Jean 19.5, qui sera traduit en "Ecce homo" en latin, formule banale que la théologie chrétienne sublimera en suggérant que Jésus torturé est à l’image de l’homme souffrant ordinaire !]. Maintenant laissez-le aller. C’est justice.” ‟Non, à mort ! Crucifie-le !” ‟Je vous livre Barabbas !” ‟Non, le Christ !” ‟Chargez-vous-en, alors ! Prenez sur vous de le crucifier ! Je ne trouve aucune faute pour le faire !” ‟Il se prétend fils de Dieu ! Notre loi prescrit la mort pour celui qui se rend coupable d’un tel blasphème !” [Ponce] Pilate réfléchit. Il rentre, s’assoit sur son petit trône, met la main à son front, son coude sur son genou, et il scrute Jésus : ‟Approche”. Jésus se déplace au pied de l’estrade. ‟Est-ce vrai ? Réponds.” Jésus se tait. ‟D’où viens-tu ? Qu’est-ce que Dieu ?” ‟Le Tout.” ‟ Le « Tout » ? C’est quoi, le « Tout », pour un mort ? Tu es fou. Dieu n’existe pas. Moi j’existe”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.33, visions du 22 au 25/03/1945). Il reçoit un message de sa femme Claudia Procula, qui le dissuade de céder (c’est l’épisode de Matthieu 27.19 précité et de l’Evangile de Nicodème/Actes de Pilate 4.1 précité). Mais craignant l’émeute, et craignant sa destitution face aux plaignants qui le menacent de déposer un recours devant Tibère s’il ne répond pas favorablement à leur exigence d’exécuter Jésus, il s’incline. Barabbas a gagné un sursis, il ne sera pas fouetté ni exécuté tout de suite, il reste en prison et son cas sera examiné plus tard. Pour Jésus, le sujet est clos. Ponce Pilate ordonne la crucifixion. Néanmoins il se lave les mains devant les sanhédristes pour signifier qu’il en rejette la responsabilité morale sur eux. Et dans la cire d’une tablette administrative ordinaire, il en écrit la responsabilité politique pour parer à toute réprimande de la part de Tibère : du point de vue romain, Jésus est condamné non pas parce qu’il a blasphémé contre la Torah mais parce que beaucoup de ses compatriotes le voyait comme le nouveau roi d’Israël, comme un opposant à l’Empereur, comme "Jésus nazaréen roi des juifs/Jesus nazarenus roi Iudaeorum". C’est un stratagème astucieux pour piéger tous les opposants à Jésus qui rêvaient d’une résurrection du royaume d’Israël, toutes les velléités d’indépendance qu’ils entretenaient encore. Quand ceux-ci tentent de le corriger : "Jésus n’a jamais été roi des juifs ! Il n’était qu’un vulgaire chef de mécréants qui l’ont pris pour le roi des juifs !", Ponce Pilate leur repond avec un sourire en coin : "Etes-vous en train de me dire que vous, ô sanhédristes, vous prétendez les vrais rois des juifs ? Mais Rome n’a-t-elle pas dissous le royaume des juifs naguère ? Etes-vous donc des rois clandestins qui remettez en cause la décision de Rome ? N’êtes-vous pas des sujets de Rome ? Contestez-vous l’autorité de l’Empereur Tibère qui m’a nommé à la tête de la Judée pour vous rappeler qu’aucun roi juif ne peut plus exister, ni Jésus ni aucun d’entre vous, ni aujourd’hui ni demain, puisque le royaume juif a été aboli dans l’Empire ?". Au fond, Ponce Pilate se fiche autant de Jésus que des adversaires de Jésus, même s’il juge celui-ci plus fréquentable que ceux-là : à ses yeux, tout juif est un soumis ordinaire de Rome au même titre qu’un Gaulois ou un Numide, quiconque n’accepte pas cette règle mérite le mépris ou la mort selon son degré de dangerosité envers Rome. Le traitement qu’il réserve à Jésus est le même que celui que Marc-Antoine a réservé naguère à l’Asmonéen Antigone après la prise de Jérusalem par Hérode en -37 (selon Dion Cassius, Histoire romaine XLIX.22 précité, nous renvoyons ici à notre paragraphe précédent) : séance de fouet puis mise à mort, en guise d’avertissement à tout nouveau prétendant au trône d’Israël refusant la tutelle de Rome ("‟Ponce [Pilate], l’affranchie de Claudia Procula [Albula Domitilla] demande à entrer, elle a un message pour toi.” ‟Par les dieux ! Les femmes aussi, maintenant ! Qu’elle vienne.” Une Romaine [Albula Domitilla] entre, elle s’agenouille pour présenter une tablette de cire (c’est la tablette où [Claudia] Procula prie son mari de ne pas condamner Jésus [en Matthieu 27.19 précité, et dans l’Evangile de Nicodème/Actes de Pilate 4.1 précité]). La femme [Albula Domitilla] se retire à reculons pendant que [Ponce] Pilate lit. ‟On me conseille de ne pas t’exécuter. Est-ce vrai que tu es davantage qu’un haruspice ? Tu m’inquiètes.” Jésus se tait. ‟Ignores-tu que j’ai le pouvoir de te libérer ou de te crucifier ?” ‟Tu n’as pas d’autre pouvoir que celui que t’a donné le Très-Haut. Pour cette raison, celui qui m’a livré à toi est plus coupable que toi.” ‟Qui est-ce ? Ton Dieu ? Tu m’inquiètes vraiment.” Jésus se tait. [Ponce] Pilate est sur des charbons ardents : il voudrait et ne voudrait pas, il craint à la fois le châtiment de Dieu, la punition de Rome et la vengeance des juifs. Un moment la peur divine l’emporte, il retourne à l’atrium et dit d’une voix tonnante : ‟Il n'est pas coupable !”. ‟Tu es donc ennemi de César, qui ne tolère aucun roi ! Si tu libères le nazaréen, nous le rapporterons à César !” [Ponce] Pilate est aussitôt repris par la peur humaine : ‟Vous voulez sa mort, soit ! Mais que le sang de ce juste ne tombe pas sur mes mains !”. Il demande une bassine, dans laquelle il se lave les mains en présence du peuple pris de frénésie : ‟Que son sang tombe sur nous et nos enfants ! Nous ne le craignons pas ! A la croix ! A la croix !”. Ponce Pilate retourne sur son trône, il appelle le centurion Longinus et un esclave. Il ordonne à l’esclave d’apporter une tablette sur laquelle il écrit : ‟Jésus nazaréen roi des juifs”, qu’il montre au peuple. Plusieurs crient : ‟C’est incorrect ! Il n’est pas « roi des juifs », il se prétend roi des juifs !”. ‟J’ai écrit ce que j’ai écrit !”, rétorque sèchement [Ponce] Pilate, debout, avant d’avancer ses paumes en avant et de les abaisser en ordonnant : ‟Qu’il aille à la croix ! Va, soldat, prépare la croix [Maria Valtorta dans son manuscrit donne entre parenthèses la version latine originelle de ce propos de Ponce Pilate : "Ibis ad crucem ! I, miles, expedi crucem !"] !”. Puis il descend, sans se retourner vers la foule agitée ni sur le condamné pâle. Il sort de l’atrium", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 604.34-35, visions du 22 au 25/03/1945). Pendant ce temps, Judas prend conscience de la gravité de sa trahison et du ratage complet de son existence : il se pend sur l’un des monts non-identifié de Jérusalem, d’où il voit le Golgotha au loin tandis qu’il glisse la corde autour de son cou (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 605.12, vision du 31/03/1944). Et Jean fils de Zébédée réapparaît au Cénacle, il implore le pardon de Marie la Vierge qui s’y trouve (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 607.34-35, vision du 07/04/1944), et l’informe que Jésus a été arrêté et entame son ultime voyage vers le Golgotha.


Jour de la crucifixion, le vendredi (premier jour de Pâque W), l’exécution. Ponce Pilate emploie la méthode habituelle utilisée par toute autorité à travers les siècles pour abaisser ses contradicteurs et justifier ses actes. On se souvient par exemple que, pendant la Révolution française, lors des procès, les autorités révolutionnaires plaçaient dans le même box des authentiques assassins avec des gens qui n’avaient commis aucun crime mais qui ne partageaient pas les idées révolutionnaires afin que, dans l’esprit du public, ceux-ci soient assimilés tacitement à ceux-là, et que la sentence de mort assénée contre les opposants politiques ait une apparence de légitimité. Plus récemment lors de la dictature covid, les gouvernements occidentaux ont jeté dans la même avanie des illuminés croyant que la Terre est plate et des citoyens ordinaires - et bien conscients que la Terre n’est pas plate ! - s’interrogeant sur le niveau de corruption des gouvernements occidentaux afin que, dans l’esprit du public, ceux-ci soient assimilés tacitement à ceux-là, et que la sentence de déclassement social infligée aux seconds ait une apparence de légitimité. Pareillement, Ponce Pilate envoie Jésus vers le Golgotha (31°46'42"N 35°13'48"E) avec deux authentiques brigands afin que, dans l’esprit du public, celui-ci soit assimilé tacitement à des deux-là, et que la crucifixion du premier ait une apparence de légitimité. L’un de ces deux brigands est Dismas, qu’on a croisé pour la première fois près de Modine/Modiin au printemps W-2 (dans la vision 223 précitée), qu’on a recroisé dans la vallée du Carit/wadi Qelt au printemps W-1 (dans la vision 380 précitée), et qui s’est remis en cause avant d’être arrêté durant l’été ou l’automne W-1 (selon la vision 524.6 précitée). Les visions de Maria Valtorta sur le chemin de croix diffèrent de la tradition chrétienne, et des hypothèses de certains historiens modernes. La croix elle-même, chez Maria Valtorta, est une vraie croix, dont la travée est encastrée dans le poteau central (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 608.2, vision du 26/03/1945). Ce n’est pas un patibulum que le condamné porte sur les épaules, qu’on cloue au-dessus d’un stipes déjà planté en terre, comme l’affirment des exégètes modernes. Pour notre part, nous acquiesçons aux visions de Maria Valtorta, car le patibulum nécessite un matériel et une logistique complexe (un escabeau, ou une échelle, ou des cordes) pour hisser le condamné au-dessus du stipes, et l’emboîtement doit être exact et solide pour éviter que le patibulum se déchausse sous le poids et la résistance du condamné, alors qu’une croix entière nécessite seulement d’être dressée et fichée dans le sol, et ne présente aucun risque de déchaussement entre travée et poteau central déjà solidement emboîtés l’un dans l’autre. Le site du Golgotha, chez Maria Valtorta, est aménagé de façon à être vu de loin, des trous ont été creusés dans le sol, étayés avec des briques, afin que les bourreaux puissent aisément y basculer la base du poteau central et la caler avec des pierres et de la terre, c’est un dispositif technique pré-existant à Jésus, élaboré par une suite d’expériences, suggérant que des crucifixions y sont pratiquées régulièrement et que leur processus n’est qu’une routine ("Le sommet du Golgotha a la forme d’un trapèze irrégulier, légèrement plus haut d’un côté, à partir duquel le mont descend en à-pic pour un peu plus de la moitié de sa hauteur. Sur cette petite place, trois trous profonds sont creusés, tapissés de briques ou d’ardoises. A proximité, des pierres et de la terre sont prêtes pour butter les croix. D’autres trous sont pleins de pierres. Je déduis qu’on vide les trous selon les besoins. Sous le trapèze, à l’opposé de l’à-pic, une sorte de plate-forme descend en pente douce vers une autre, d’où partent deux larges sentiers côtoyant le sommet, qui est ainsi isolé et surélevé d’au moins deux mètres de tous les côtés", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 608.15, vision du 26/03/1945). Les historiens antiques non-chrétiens rapportent par ailleurs d’innombrables crucifixions en Israël et hors d’Israël prouvant que cette méthode de mise à mort était bien connue avant Jésus, voire banale à certaines époques, contrairement à ce qu’ont longtemps affirmé les autorités chrétiennes la crucifixion n’est pas l’apanage de Jésus, ce n’est pas un procédé inventé par Ponce Pilate spécialement pour Jésus : on se souvient que le Grand Roi perse Darius Ier à la fin du VIème siècle av. J.-C. a crucifié des révoltés dans Babylone (selon l’Inscription de Béhistun, colonne 3 ligne 50), il a crucifié le prétendant mède Frauartis/Phraortès dans Ecbatane (selon l’Inscription de Béhistun, colonne 2 ligne 32), il a crucifié le prétendant sagartien Tissataxma dans Arbèles (selon l’Inscription de Béhistun, colonne 2 ligne 33), il a crucifié le prétendant arménien Arakha dans Babylone (selon l’Inscription de Béhistun, colonne 3 ligne 50), l’Athénien Xanthippos en -479 a crucifié le gouverneur perse de Sestos sur un rocher de l’Hellespont face au continent asiatique en guise d’avertissement au Grand Roi perse Xerxès Ier (selon Hérodote, Histoire VII.33), Alexandre le Grand en -332 a crucifié deux mille Tyriens lui ayant résisté (selon Diodore de Sicile, Bibliothèque historique XVII.46, et selon Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre le Grand, IV, 4.17), en -328 il a crucifié pareillement le Sogdien Arimazès (selon Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre le Grand, VII, 11.23-28), en -325 il a crucifié pareillement l’Indien Mousikanos (selon Arrien, Anabase d’Alexandre, VI, 17.2, et selon Diodore de Sicile, Bibliothèque historique XVII.102), en -324 il a crucifié pareillement le satrape perse Orsinès (selon Arrien, Anabase d’Alexandre, VI, 30.1-2), l’Asmonéen Alexandre Jannée dans le premier quart du Ier siècle av. J.-C. a crucifié huit cents opposants pharisiens (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XIII.380-383 et Guerre des juifs I.96-98), en -71 Crassus a crucifié six mille compagnons de Spartacus gladiateurs et esclaves le long de la via Appia (selon Appien, Histoire romaine XIII.120), en -4 Publius Quinctilius Varus a crucifié deux mille juifs accusés ou soupçonnés de rébellion contre Rome (selon Flavius Josèphe, Antiquités juives XVII.295 et Guerre des juifs II.75 précités). Les modalités du chemin de croix, chez Maria Valtorta, confinent au blasphème, tant elles s’éloignent de ce que l’Eglise enseigne depuis deux mille ans. Ainsi le centurion Longinus récemment arrivé en Judée, chargé de conduire les trois condamnés vers le Golgotha, se rend compte très vite que Jésus brisé par la séance de fouet qu’il vient de subir ne pourra jamais porter l’instrument de son supplice jusqu’au lieu de l’exécution car il n’arrive même plus à se porter lui-même. A peine sorti de la forteresse Antonia, il repère dans la foule un homme nommé "Simon" originaire de Cyrène en Libye, marchand de légumes, sur son chariot avec ses deux fils, qui, comme beaucoup de Jérusalémites et de pèlerins de Pâque, poussé par une curiosité malsaine, a fait un détour pour se divertir du spectacle de la mise à mort. Longinus réquisitionne rudement Simon de Cyrène et lui commande de porter la croix à la place de Jésus. Autrement dit Jésus ne porte pas sa croix ("Longinus agacé éperonne son cheval, suivi des dix lanciers, contre la canaille qui l’insulte, et qui fuit une seconde fois. Ce faisant, il remarque une charrette arrêtée, montée certainement depuis les jardins maraîchers au pied du mont [Golgotha] et attendant que la foule soit passée pour descendre en ville avec son chargement de salades. Je pense que la curiosité a attiré [Simon] le Cyrénéen et ses fils, car ils n’étaient pas obligés de passer par cette voie. Les deux fils, allongés sur le tas de légumes, rient en voyant fuir les juifs. Leur père, robuste, quarante ou cinquante ans, debout près de l’âne effrayé qui veut reculer, regarde attentivement le cortège [des soldats romains conduits par Longinus encadrant Jésus et les deux brigants]. Longinus le dévisage. L’estimant utile, il ordonne : ‟Homme, viens ici !”. Le Cyrénéen fait semblant de ne pas entendre, mais Longinus ne plaisante pas, il répète l’ordre de façon que l’homme jette les rênes à l’un de ses fils et se presse vers le centurion. ‟Tu vois celui-là ? demande-t-il en indiquant Jésus […]. Il ne peut plus avancer avec sa charge. Tu es fort. Prends sa croix et porte-la jusqu’au sommet.” ‟Je ne peux pas, mon âne est rétif, mes garçons ne savent pas le tenir…” Mais Longinus le coupe : ‟Va, si tu ne veux pas perdre ton âne et prendre vingt coups de baton !”. Le Cyrénéen n’ose plus protester. Il crie à ses garçons : ‟Allez vite à la maison et prévenez que j’arrive bientôt !”, puis il va vers Jésus", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 608.12, vision du 26/03/1945). Dès le début de la montée vers le Golgotha, c’est Simon de Cyrène qui porte la croix, derrière Jésus qui avance péniblement (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 608.14, vision du 26/03/1945). Autre contradiction avec la tradition professée par l’Eglise : selon Maria Valtorta, la première femme à soutenir Jésus n’est pas Bérénice/Véronique, qui lui essuie le visage lors d’une halte, mais Jeanne de Bether, qui lui propose l’eau d’une amphore qu’elle a apportée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 608.9, vision du 26/03/1945). Si la séquence historique est bien celle-ci avec Jeanne, on comprend facilement pourquoi l’Eglise lui a substitué celle-là avec Bérénice/Véronique : Jeanne de Bether étant l’épouse de Chouza l’administrateur d’Hérode-Antipas, cela implique que les Hérodiens n’étaient pas tous hostiles à Jésus, or cela ne raccorde pas avec l’opposition simpliste - le doux Jésus d’un côté, les méchants Hérodiens de l’autre côté - que l’Eglise veut transmettre, en outre Jeanne de Bether est riche et cela ne colle pas davantage avec le scénario de l’Eglise - Jésus soutenu par les pauvres contre les riches, Jésus champion des derniers contre les premiers -, donc l’Eglise a trafiqué la séquence historique en mettant en avant Bérénice/Véronique, veuve ordinaire de Jéricho sans attache politique, et en rejetant Jeanne de Bether au second plan, dans l’anonymat, et finalement dans l’oubli. On note aussi que, selon Maria Valtorta, Jeanne et Bérénice/Véronique sont présentes sur le chemin de croix avant Marie la Vierge, qui apparaît plus tard près du sommet du Golgotha (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 608.13, vision du 26/03/1945). L’empreinte du visage de Jésus sur le linge de Bérénice/Véronique est dû moins à la sueur qu’au sang qui ruisselle depuis sa séance de fouet lui ayant déchiqueté les chairs, il n’y a encore aucun miracle dans ce processus d’impression. Et à l’arrivée au sommet du Golgotha, dans la vision 109, nouvel écart de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé par rapport aux évangélistes : Maria Valtorta ne parle nullement d’un titulus qui aurait été accroché au sommet de la croix, indiquant le motif de l’accusation, comme le prétendent Marc 15.26, Matthieu 27.37 et Luc 23.38, et un copiste de Jean qui le fantasme "en hébreu, en latin et en grec" (Jean 19.19). On suppose que les évangélistes ont inventé ce titulus à partir de la tablette administrative rédigée par Ponce Pilate (dans la vision 604.34-35 précitée), et possiblement d’un graffiti "INRI" pour "Iesus Nazarenus Rex Iudeorum" gravé par l’un des bourreaux dans le bois de la croix, reprenant sous forme abrégée l’accusation écrite par Ponce Pilate dans cette tablette administrative. Pour le reste, rien à signaler : on retrouve l’épisode du bon brigand Dismas suppliant Jésus de le bénir tandis que l’autre mauvais brigand s’épuise en insultes contre tout le monde (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.14, vision du 27/03/1945), l’épisode de Marie la Vierge et de Jean fils de Zébédée (alias "le disciple que Jésus aimait" en Jean 19.26) s’avançant vers Jésus qui leur demande de se confier l’un à l’autre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.15, vision du 27/03/1945), l’épisode du soldat anonyme - ce n’est pas Longinus - qui lève une éponge "imbibée de vinaigre et de fiel, mixture destinée à augmenter la salivation des suppliciés par son amertume", accochée "au bout d’un fin roseau préparé à dessein" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.20, vision du 27/03/1945). On note la saillie de Marie-Madeleine à l’encontre d’un groupe d’hommes qui se risquent à la menacer : pendant quelques minutes, elle redevient l’ancienne prostituée sachant comment parler sèchement aux hommes pour les maintenir à distance et leur imposer le respect ("Un autre pharisien crie : ‟N’abîme pas la croix avec les coups de ta tête, elle doit servir pour tes fidèles ! Une légion entière en mourra sur ton bois, je te le jure sur Yahvé ! Pour commencer j’y mettrai Lazare, nous verrons si tu le ressuscites encore !”. ‟Oui ! Oui ! Allons chez Lazare ! Clouons-le de l’autre côté de la croix !” Ils parodient Jésus en disant au ralenti, comme des perroquets : ‟Lazare, mon ami, sors ! Déliez-le et laissez-le aller !”. ‟Il disait à ses femmes Marthe et Marie[-Madeleine] : « Je suis la résurrection et la vie ! », ah, ah, ah ! La résurrection a repoussé la mort, et sa vie disparaît !” ‟Là, Marie[-Madeleine] avec Marthe ! Demandons-leur où est Lazare et allons le chercher !” Ils se présentent aux femmes avec arrogance : ‟Où est Lazare ? A sa demeure ?”. Tandis que les autres femmes terrorisées fuient derrière les bergers, Marie[-Madeleine] s’avance, elle retrouve dans sa douleur son ancienne hargne de pécheresse : ‟Allez-y, vous trouverez les soldats de Rome et cinq cents hommes armés de mon domaine, ils vous castreront comme des vieux boucs pour servir de repas aux esclaves des meules !”. ‟Effrontée ! C’est ainsi que tu parles aux prêtres ?” ‟Sacrilèges ! Infâmes ! Maudits ! Tournez-vous, je vois que les langues des flammes infernales vous lèchent le cul !” Les lâches font demi-tour, vraiment terrorisés, impressionnés par l’assurance de Marie[-Madeleine], mais ce ne sont pas des flammes qu’ils trouvent derrière eux : ce sont des lances romaines bien pointues, car Longinus a ordonné à la demi-centurie qui était en retrait de piquer les reins des plus avancés. Ces derniers se retirent en criant, la demi-centurie reste sur place pour fermer l’accès aux deux sentiers et faire barrage devant la petite place. Les juifs lancent des imprécations, mais Rome est la plus forte. [Marie-]Madeleine rabaisse son voile, qu’elle avait levé pour répondre à ceux qui l’insultaient, et revient sur ses pas", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.10, vision du 27/03/1945). On note aussi le questionnement intérieur de Longinus lors des derniers râles du crucifié, et celui d’un de ses subalternes qui "bougonne quelque chose entre ses lèvres". Par recoupement avec le commentaire précité de Maria Valorta dans la vision 515.5, on comprend que ce subalterne est le chef de manipule qu’on a vu à Beth-Horon en automne W-1 (dans la vision 514), c’est-à-dire possiblement le futur centurion Cornelius/Corneille ("A cause de la longueur de l’attente, Longinus avait relâché son attitude, mains croisées sur la poitrine [cette précision est intéressante : le légionnaire au repos accroche ordinairement ses mains au baudrier qui descend des épaules à la ceinture sur son armure, de la même façon qu’aujourd’hui le policier au repos accroche ordinairement ses mains aux sangles qui maintiennent son gilet pare-balles], jambes également croisées, s’appuyant tantôt sur un pied tantôt sur l’autre. Soudain il se met au garde-à-vous, main gauche sur son épée, main droite le long de son côté comme sur les marches du trône impérial. Il ne veut pas s’émouvoir, mais son visage s’altère dans son effort pour vaincre l’émotion, et ses yeux brillent d’une larme que seule retient sa discipline de fer. Les soldats qui jouaient aux dés cessent, ils se lèvent pour remettre leurs casques ayant servi à agiter les dés, et se regroupent près du petit escalier creusé dans le tuffeau, silencieux, attentifs. Les autres soldats en faction ne bougent pas, on dirait des statues. L’un des plus proches de Marie [la Vierge], ayant entendu ses paroles [à l’attention de son fils Jésus qui expire sur la croix], bougonne quelque chose entre ses lèvres et hoche la tête", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.21, vision du 27/03/1945). Selon Maria Valtorta, c’est Longinus qui donne le coup de lance pour s’assurer que Jésus est bien ad patres après avoir poussé son dernier cri, et non pas un soldat de seconde classe comme le dit Jean 19.34, elle rejoint là l’illustrateur de l’Evangile de Rabbula (second plus ancien manuscrit enluminé connu après les Evangiles de Garima, rédigé à la fin du VIème siècle par un copiste appelé "Rabbula" qui lui a donné son nom, d’origine levantine imprécise, illustré par un enlumineur non-identifié, conservé à la Bibliothèque laurentienne de Florence en Italie : Maria Valtorta a-t-elle eu connaissance de ce manuscrit, Florence n’étant qu’à une soixantaine de kilomètres de Viareggio où elle réside en 1945 ?) qui dans le folio 13a montre Longinus perçant Jésus de sa lance, avec son nom écrit en syriaque au-dessus de la tête. On remarque la précision médicale de la description, quand Longinus enfonce et retire sa lance ("Longinus s’approche de Jean [fils de Zébédée]. Je n’entends pas ce qu’il lui dit. Il attrape la lance d’un soldat. Il regarde les femmes s’occupant de Marie [la Vierge] qui reprend lentement des forces : toutes tournent le dos à la croix. Longinus se positionne face au crucifié [Jésus], étudie son coup, et le donne. La longue lance pénètre profondément de bas en haut, de droite à gauche. Jean [fils de Zébédée], qui se débat entre le désir de voir et l’horreur de la vision, tourne la tête un instant. Longinus dit : ‟C’est fait, ami”, et il ajoute : ‟C’est mieux ainsi. Comme à un cavalier, sans briser les os. C’était vraiment un juste”. De la blessure suinte beaucoup d’eau et un maigre filet de sang qui coagule rapidement. J’utilise le mot ‟suinte” car la coupure en effet filtre ce qui en sort, et elle reste nette, s’il avait respiré elle se serait ouverte et fermée par le mouvement du thorax et de l’abdomen", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.27, vision du 27/03/1945) : Maria Valtorta se remémore-t-elle les plaies qu’elle a observées personnellement quand elle était infirmière au front en 1917-1918 ? En tous cas selon Maria Valtorta comme selon les évangiles, et comme selon les adversaires pharisiens rabbiniques qui rapporteront cet épisode dans leur Talmud de Babylone ("La veille de la Pâque Yeshua [Jésus] fut pendu ["suspendu au bois"], le crieur public avait proclamé quarante jours auparavant : ‟Il sera lapidé pour avoir pratiqué la sorcellerie, pour avoir séduit et égaré Israël. Que celui qui peut le disculper se présente et le disculpe”, mais personne ne put le disculper et il fut pendu la veille de la Pâque. Ulla a dit : ‟Pourquoi chercher des preuves pour l’innocenter ? N’a-t-il pas été un séducteur, or le Miséricordieux a dit : « N’ayez ni pitié ni compassion pour lui et le ne le protégez pas » [Deutéronome 13.9]”. Yeshua était particulier, il était proche du pouvoir, les autorités païennes avaient intérêt à son acquitement, pour cette raison lors du procès toutes les occasions de le disculper furent offertes afin qu’on ne puisse pas prétendre que sa condamnation était infondée", Talmud de Babylone, Nézikin, Sanhédrin 43a), Jésus est mort et bien mort. L’affirmation de certains exégètes prétendant que Jésus n’est pas mort sur la croix, qu’il est simplement tombé dans un coma temporaire et qu’il aurait été enseveli encore vivant avant de ressortir de sa tombe, sous-entend un amateurisme romain en matière de crucifixion totalement contradictoire avec la réalité historique, et une légèreté et une désinvolture de la part de Ponce Pilate (qui ne se serait pas assuré de la mort d’un homme qu’il a lui-même condamné, prenant ainsi le risque que la nouvelle se propage jusqu’à Rome et que Tibère l’accuse d’incompétence car même pas doué pour réussir une banale crucifixion !) également en contradiction avec son caractère sévère et implacable témoigné par les auteurs anciens chrétiens (les évangélistes) et non-chrétiens (Philon, Flavius Josèphe et Tacite). Le décès de Jésus est suivi d’éclairs qui zèbrent le ciel (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.23, vision du 27/03/1945) : s’agit-il d’un signe divin, ou d’un orage printanier ordinaire que les contemporains et la postérité ont métamorphosé en signe divin, avec des éclairs qui tombent sur les hauteurs de Jérusalem, dont le sommet du Golgotha ? Et le sol tremble : s’agit-il d’un séisme réel d’origine naturelle ou surnaturelle, ou simplement du grondement du sol provoqué par la masse des spectateurs qui s’éparpillent pour éviter d’être frappé par la foudre, d’autant plus précipitamment qu’ils voient ce phénomène comme l’annonce d’un châtiment divin en réponse à leur complicité active ou passive dans l’exécution de Jésus ? Pour notre part, nous privilégions la seconde hypothèse. Les soldats demeurant au Golgotha sont surpris par la peur qu’ils lisent sur les visages des spectateurs, qui déguerpissent en désordre ("Les soldats parlent entre eux. ‟Tu as vu les juifs ? Cette fois, ils sont vraiment effrayés.” ‟Ils se frappent la poitrine.” ‟Les prêtres sont les plus terrifiés.” ‟Quelle peur ! J’ai déjà senti des séismes, mais jamais comme celui-ci ! Regarde : la terre est restée pleine de crevasses !” ‟Toute une portion de la route s’est effondrée !” ‟Avec des corps en-dessous !” ‟Laisse-les ! Autant de serpents en moins !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.25, vision du 27/03/1945). Comme dans n’importe quel mouvement de foule, des opportunistes profitent du chaos pour piller, des aigris règlent leurs comptes en détruisant les biens de ceux qui les ont dominés, la panique provoque partout des bagarres et des dégradations de mobiliers, de bâtiments et d’infrastructures, d’où les maisons qu’on voit brûler dans le centre-ville et le rideau du Temple qu’on découvre déchiré. Joseph d’Arimathie et Nicodème veulent récupérer le corps du supplicié, pour l’ensevelir au plus vite selon la Torah ("Si un homme coupable de meurtre est en conséquence condamné à mort, tu le suspendras au bois. Son cadavre ne doit pas passer la nuit sur le bois, tu dois l’ensevelir le jour même car un pendu est une malédiction divine", Deutéronome 21.22-23 ; on note que ce commandement du Deutéronome est toujours actuel chez les nazaréens/esséniens de Qumran à l’époque de Jésus, et qu’il a même été développé et aggravé dans leur Rouleau du Temple puisque le condamné n’est plus suspendu à la croix post-mortem en guise d’avertissement comme dans Deutéronome 21.23, il doit désormais mourir sur la croix comme Jésus, autrement dit les adversaires saducéens et pharisiens de Jésus ont repris pour eux-mêmes et appliqué sur Jésus le fondamentalisme de leurs rivaux nazaréens/esséniens : "Si un homme trahit son peuple et livre à un peuple étranger, pratiquant ainsi le mal contre les siens, tu le suspendras au bois jusqu’à la mort. Il sera exécuté sur le témoignage de deux personnes, qui se chargeront de le suspendre au bois. Si un homme est condamné pour une offense capitale et s’enfuit chez un peuple étranger en maudissant son peuple et les enfants d’Israël, tu le suspendras aussi au bois jusqu’à la mort. Leurs cadavres ne doivent pas passer la nuit suspendus au bois, tu devras les ensevelir le jour même car un pendu est une malediction divine et humaine, et tu ne dois pas en souiller le pays que je te donnerai en héritage", Rouleau du Temple, 11Q19-20, colonne 64 lignes 7-13). Longinus leur répond que seul Ponce Pilate peut leur accorder cette faveur, il les presse pour qu’ils déposent leur requête au plus vite car il ne supporte pas l’idée que le corps pourrait être récupéré par les adversaires de Jésus ("Joseph [d’Arimathie] et Nicodème apparaissent de derrière le mont, où ils s’étaient réfugiés pendant les éclairs. Ils se dirigent vers Longinus. ‟Nous voulons la dépouille.” “Seul le proconsul [Ponce Pilate] peut l’accorder. Dépêchez-vous, j’ai entendu que les juifs se sont rendus au prétoire pour obtenir le brisement des jambes, je ne voudrais pas qu’ils lui infligent cet affront.” ‟Comment le sais-tu ?” ‟Rapport de l’enseigne. Allez. Je vous attends.” Les deux hommes se précipitent dans la descente et disparaissent", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.26, vision du 27/03/1945). Joseph d’Arimathie et Nicodème redescendent donc vivement vers le centre-ville. En chemin, ils croisent leur collègue Gamaliel courant vers le Golgotha comme un fou, parce que le rideau du Temple a été découvert déchiré et qu’il lit ce fait comme le signe annoncé par Jésus depuis sa bar-mitsva ("[Joseph d’Arimathie et Nicodème] sont presque en bas [du mont Golgotha] quand ils croisent Gamaliel, dépeigné, sans couvre-chef, sans manteau, son splendide vêtement souillé de terre et déchiré par les ronces, montant en courant et haletant, les mains dans ses cheveux gris clairsemés d’homme âgé. Ils se parlent sans s’arrêter. ‟Gamaliel, toi ?” ‟Joseph [d’Arimathie], toi ? Tu le quittes ?” ‟Non. Que fais-tu ici ? Dans cet état ?” ‟Chose terrible ! J’étais dans le Temple ! Le signe ! Le Temple tout ouvert ! Le rideau pourpre et jacinthe pend déchiré ! Le Saint des Saints est découvert ! Anathème sur nous !” Il continue de courir vers le sommet comme un fou. Les deux hommes le regardent s’éloigner, se consultent, se disent ensemble : ‟« Ces pierres frémiront à mes dernières paroles. » [citation de Jésus lors de sa mar-mitsva, selon la vision 41.9 précitée] Il [Jésus] le lui avait promis”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.28, vision du 27/03/1945). Il n’est pas le seul dignitaire à être traumatisé par ce rideau déchiré : selon le Talmud de Babylone, le rabbin Zadok, l’un des adversaires de Jésus, entame un jeûne perpétuel pour se repentir de son mauvais comportement et conjurer la destruction du Temple, en vain puisque ce jeûne s’achèvera quarante ans plus tard dans la destruction du Temple par les Romains ("Rabbin Zadok observa le jeûne pendant quarante ans, priant pour que Jérusalem ne soit pas détruite. Il devint si maigre par le jeûne que lorsqu’il mangeait cela se voyait de l’extérieur. Après chaque repas, on lui apportait des figues : il en suçait le jus et jetait le reste", Talmud de Babylone, Nashim, Gittin 56a). Dans les rues du centre-ville, Joseph d’Arimathie et Nicodème constatent la folie collective qui se répand : des gens se frappent eux-mêmes, certains disent avoir vu des fantômes, d’autres racontent que des tombeaux se sont ouverts. Ils atteignent enfin la forteresse Antonia, patientent dans le prétoire pour y rencontrer Ponce Pilate (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.29, vision du 27/03/1945). Pendant ce temps, Gamaliel est arrivé au sommet du Golgotha, il est devant la croix, il demande pardon à Jésus de n’avoir pas cru en lui. Maria Valtorta dit que le lieu est désormais presque désert, et silencieux "dans la lumière qui revient", en d’autres termes l’orage et les éclairs ont cessé, seuls restent les Romains, avec Marie la Vierge, Jean fils de Zébédée, Marie-Madeleine et quelques autres femmes (Marthe, Marie fille de Cléophas, Suzanne de Cana, Marie-Salomé l’épouse de Zébédée). Un "soldat", peut-être le chef de manipule déjà mentionné et futur centurion Cornelius/Corneille, rabroue méprisamment Gamaliel en avouant être lui-même convaincu désormais que Jésus était fils de Dieu ("Un soldat avec sa lance bouscule [Gamaliel] et lui dit : ‟Lève-toi et tais-toi. Inutile. Il fallait y penser avant. Il est mort. Et moi qui suis un païen, je te le dis : celui que vous avez crucifié était réellement le fils de Dieu”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.28, vision du 30/03/1945). Joseph d’Arimathie et Nicodème reviennent avec l’autorisation signée de Ponce Pilate. Longinus est méfiant, étonné que Ponce Pilate ait donné son accord aussi rapidement, il envoie une estafette demander confirmation. L’estafette revient et confirme (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.31, vision du 27/03/1945). La dépouille est descendue de la croix avec l’aide de Jean fils de Zébédée, pendant que Marie la Vierge et Marie-Madeleine pleurent à proximité (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 609.32, vision du 27/03/1945). On s’empresse de transporter le corps vers un jardin appartenant à Joseph d’Arimathie où une grotte a été "creusée dans le calcaire au pied du mont [Golgotha]" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 610.2, vision du 19/02/1944), qui servira de tombeau à Jésus. La raison de la précipitation à enterrer le cadavre est la même que dans le cas de Lazare : on est vendredi, l’après-midi s’achève, dans quelques heures ce sera sabbat, qui interdit tout travail et notamment toute cérémonie funèbre. Dans une longue séquence mélodramatique que nous ne détaillerons pas, Marie la Vierge clame théâtralement son désir d’être enterrée avec son fils (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 610.9, vision du 19/02/1944), puis déclare qu’il va se ressusciter lui-même comme il a ressuscité le jeune Daniel de Naïm puis Lazare (elle prend Marie-Madeleine à témoin du degré de puanteur, de la gangrène sur une grande partie du corps, de la décomposition en cours ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 610.12, vision du 19/02/1944), elle est finalement détachée du cadavre par Marie-Madeleine, en divaguant avec des : "Adieu mon enfant ! Adieu mon petit ! Adieu ma Joie !" et des : "Il n’est pas mort ! Vous êtes tous des suppôts de Satan qui trahissez la foi qu’il avait en vous ! Moi seule je garde ma raison, et vous êtes tous des fous ! Il n’est pas mort !" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 610.14, vision du 19/02/1944). C’est une énième scène malaisante trahissant l’attachement excessif de la mère pour son fils, qui paraît davantage celui d’une amante pour son amant, et encore ! une amante qui a lu trop de romans, comme Madame Bovary. Marie la Vierge est le terreau idéal pour l’hallucination résurrectionnelle qui se répandra bientôt dans Jérusalem et au-delà. C’est aussi une scène qui, par l’hybris fusionnel que manifeste la mère pour son garçon en comparaison de son indifférence pour les hommes en général (inclus son défunt mari menuisier Joseph fils de Jacob), conforte l’hypothèse d’un traumatisme amoureux jadis, une passion rompue brusquement dont Jésus a été le fruit : Marie la Vierge a reporté sur son fils toute l’affection qu’elle éprouvait pour le père biologique de Jésus qu’elle survalorisait et qui l’a abandonnée. C’est enfin une scène qui raccorde avec le contenu du ministère : Jésus a été formé, modelé, formaté, programmé par sa mère, il a été la chose de sa mère qui, en lui répétant qu’il était un individu exceptionnel pour masquer sa bâtardise, en a fait un Mashiah/Messie auto-persuadé, et jusqu’à un fils de Dieu auto-persuadé. Cette scène de Marie la Vierge exprimant clairement son mal-être dans le tombeau de son fils, en révélant indirectement les motivations de Jésus et en donnant de lui une image très humaine, très cohérente psychologiquement, mais trop humaine et trop cohérente pour le Vatican, est l’une de celles ayant voué L’Evangile tel qu’il m’a été révélé à l’Index librorum prohibitorum en 1959. On pousse une grosse pierre ronde devant l’entrée du tombeau ("On ressort dans le jardin silencieux de Joseph [d’Arimathie]. La lumière relative revenue après la tragédie du Golgotha commence à s’affaiblir par le soir qui tombe. La pénombre est encore plus avancée sous les branchages épais des pommiers, bizarrement sans feuillage et à peine garnis de boutons blancs rosés alors qu’ailleurs les arbres sont couverts de fleurs épanouies et même déjà fécondés en fruits minuscules. On roule dans sa loge la lourde pierre du tombeau", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.2-3, vision du 28/03/1945). Nouvelle scène emphatique de Marie la Vierge qui implore d’être enterrée avec son fils (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.4, vision du 28/03/1945). Elle est consolée par Marie-Madeleine qui lui demande habilement de cesser de se lamenter sur le mort et de penser dorénavant aux disciples afin que son fils continue à exister à travers eux. Ce raisonnement de Marie-Madeleine sous-entend qu’elle est pareillement un terreau idéal pour l’hallucination résurrectionnelle qui se développera bientôt, dont elle sera la principale initiatrice ("‟Tu as des droits et des devoirs non seulement sur ton fils, mais encore sur ce qui appartient à ton fils [c’est Marie-Madeleine qui s’adresse à Marie la Vierge]. Tu dois revenir avec nous, parmi nous, pour nous rassembler, nous rassurer, nous infuser ta foi. Tu l’as dit, après ton juste reproche à notre poltronnerie et à notre mécréance : « Il [Jésus] ressuscitera plus facilement s’il est débarrassé de ces bandes inutiles ». Moi je te dis : « Si nous arrivons à nous unir dans la foi en sa résurrection, plus vite il ressuscitera. Nous l’appellerons par notre amour ». Mère ! Mère de mon Sauveur, reviens avec nous, toi amour de Dieu, pour nous donner cet amour que tu possèdes ! Veux-tu donc que la misérable Marie de Magdala se perde à nouveau, qu’il a sauvée avec tant de pitié ?” ‟Non, on me le reprocherait. Tu as raison. Je dois revenir. Chercher les apôtres, les disciples, les parents. Tous. Dire : « Croyez ! ». Dire : « Il vous pardonne ! »”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.6, vision du 28/03/1945). Des "gardes du Temple" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.5, vision du 28/03/1945) arrivent pour surveiller l’entrée du jardin, ce ne sont pas des soldats romains envoyés par Ponce Pilate mais des fonctionnaires du Temple missionnés par les sanhédristes ayant condamné Jésus. Le petit groupe revient vers la ville. Il s’avance devant la porte Judiciaire (31°46'45"N 35°13'50"E) gardée par les Romains. Helchias ben Phiabi est présent. Il bloque le passage à Joseph d’Arimathie, en lui disant "avoir pris des mesures pour que le jeu cesse", on comprend par là que c’est lui et les autres sanhédristes qui ont envoyé des gardes du Temple pour surveiller la tombe où Jésus a été enseveli, afin d’y interdire tout rassemblement de disciples. Joseph d’Arimathie lui répond : "Toi et tes complices avez donc peur d’un mort !" et : "Jésus a été enseveli sur un terrain qui m’appartient, et je fais ce que je veux chez moi ! Toi et tes complices ne m’interdirez pas de rassembler qui j’ai envie chez moi !". Derrière ce court échange, on comprend que le corps du défunt est devenu un enjeu mémoriel. D’un côté Helchias ben Phiabi a envoyé des gardes pour empêcher Joseph d’Arimathie d’entretenir le souvenir du défunt, de l’autre côté Joseph d’Arimathie annonce qu’il luttera contre Helchias ben Phiabi pour honorer le défunt. Des deux côtés, on est conscient que le corps du défunt est devenu un objet de vénération, qui doit être veillé par ses disciples pour être préservé des attaques des opposants, ou surveillé par ses opposants pour contenir toute nouvelle action des disciples. D’un côté on a intérêt à subtiliser le cadavre pour le soustraire aux moqueries et aux raisonnements des sanhédristes, de l’autre côté on a intérêt à subtiliser le cadavre pour mettre fin aux réunions des chrétiens autour de lui. Nicodème intervient aux côtés de Joseph d’Arimathie pour crier que la lutte contre les adversaires de Jésus ne s’arrête pas avec la crucifixion, au contraire le combat continue avec une vigueur renforcée, la condamnation et l’exécution de Jésus ont été tellement injustes et cruelles qu’a posteriori elles légitiment le ministère ("Joseph [d’Arimathie] a été interpelé par l’un des rares passants. Dans le silence absolu de la ville déserte, j’entends très bien leurs paroles. ‟On sait que tu es allé chez [Ponce] Pilate le profanateur de la Torah, tu en rendras compte ! Pour l’heure la Pâque t’est interdite car tu es contaminé !” ‟Toi aussi, Helchias [ben Phiabi] : tu m’as touché, or je suis couvert du sang du Christ et de sa sueur de mort.” ‟Ah, horreur ! Loin ce sang, loin !” ‟N’aie pas peur, il t’a déjà abandonné et maudit.” ‟C’est toi, le maudit ! Tu te mets bien avec [Ponce] Pilate ! Ne pense pas pouvoir soustraire le cadavre ! Nous avons pris des mesures pour que le jeu cesse !” Nicodème s’est approché lentement, tandis que les femmes se sont arrêtées avec Jean [fils de Zébédée] en s’adossant à un portail fermé. ‟Nous avons vu ! répond Joseph [d’Arimathie]. Lâches ! Vous avez peur même d’un mort ! Mais je fais ce qui me semble bon dans mon jardin et dans mon tombeau !” ‟Nous verrons !” ‟Nous verrons, oui ! J’en appellerai à [Ponce] Pilate !” ‟Tu forniques effectivement avec Rome, désormais !” Nicodème s’avance : ‟Mieux vaut avec Rome qu’avec des démons comme vous, déicides ! Mais dis-moi : comment as-tu retrouvé courage ? Tu as fui terrorisé, tout à l’heure ! C’est déjà fini ? Ça ne t’a pas suffi ? […] Mais tremble, le châtiment n’est pas terminé, il vient au contraire, il te menace comme la Némésis des païens ! Ni gardiens ni sceaux n’empêcheront le Vengeur de se lever et de frapper !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.9, vision du 28/03/1945). En se déplaçant, Helchias ben Phiabi heurte accidentellement les femmes du groupe, dont Marie la Vierge. Non seulement il ne lui adresse aucune excuse, mais encore il lui lance une injure (Maria Valtorta ne dit pas laquelle, mais on la devine : "Catin !" ou : "Salope !", en référence à la bâtardise de Jésus, qui sera reprise par la littérature rabbinique). Jean fils de Zébédée - ou "fils du tonnerre" - saute sur lui pour l’obliger à retirer l’insulte qu’il vient de proférer. Cela attire l’attention des légionnaires en faction à proximité, qui arrêtent Helchias ben Phiabi pour trouble à l’ordre public et autorisent le groupe à franchir la porte Judiciaire ("Helchias [ben Phiabi] en s’enfuyant [suite à l’intervention de Nicodème] bute contre les femmes. Il adresse une injure atroce à Marie. Jean [fils de Zébédée] s’élance comme une panthère, sans dire un mot, et le terrasse. Il le presse avec ses genoux et lui met les mains autour du cou : ‟Demande-lui pardon ou je t’étrangle, démon !”. Il ne desserre son étreinte que quand l’autre, à moitié étranglé, demande pardon. Mais son cri a attiré la garde. ‟Halte ! C’est quoi encore, ce désordre ? Arrêtez-vous tous ou vous serez frappés ! Qui êtes-vous ?” ‟Joseph d’Arimathie et Nicodème, autorisés par le proconsul [Ponce Pilate] à ensevelir le nazaréen mis à mort. Nous revenons du tombeau avec la mère [Marie la Vierge], le fils [Jean fils de Zébédée, confié par Jésus du haut de sa croix à Marie la Vierge] et les parents et amis. Celui-là [Helchias ben Phiabi] a offensé la mère, nous l’avons obligé à demander pardon.” ‟Ce n’est que ça ! Il fallait l’étrangler ! Allez, circulez ! Soldats, arrêtez cet homme ! Que veulent-ils de plus, ces vampires ? Même le cœur des mères ? Ave, juifs !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.9-10, vision du 28/03/1945). On traverse la ville pour revenir au Cénacle (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.13, vision du 28/03/1945). Joseph d’Arimathie quitte le groupe en promettant de revenir le lendemain, le propriétaire (toujours anonyme) du Cénacle lui rappelle que cela n’est pas possible puisque le lendemain est jour de sabbat interdisant tout déplacement au-delà d’une courte distance, mais Joseph d’Arimathie balaie cet argument en concluant simplement : "Le sabbat est mort" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 611.14, vision du 28/03/1945). Autrement dit la rupture est consommée entre les partisans de Jésus et le judaïsme tel que saducéens et pharisiens le professent au Temple et ailleurs.


Un jour après la crucifixion, le samedi (deuxième jour de Pâque W), jour de sabbat. La nuit du vendredi au samedi se passe en interminables lamentations de Marie la Vierge. Marie-Madeleine propose, afin que le corps de Jésus ne pourrisse pas trop vite, de l’embaumer avec des onguents qu’elle conservait dans la maison familiale du centre-ville (celle déjà signalée dans les visions 371-372, 559.6 et 592 précitées, probablement dans l’actuel quartier Whol), datant de l’époque où elle se prostituait. Ignorant les mises en gardes de sa sœur Marthe, elle sort pour aller les récupérer. Jean fils de Zébédée décide quant à lui d’aller à la maison de Lazare à Béthanie, où Jésus avant son arrestation a ordonné aux apôtres de se regrouper. Sa mère Marie-Salomé veut le retenir en arguant que le sabbat commence, mais Jean fils de Zébédée lui rétorque comme Joseph d’Arimathie : "Le sabbat est mort, une ère nouvelle commence avec d’autres lois, d’autres sacrifices et d’autres cérémonies" ("‟J’y vais.” [c’est Marie-Madeleine qui s’adresse à sa sœur Marthe et à Marie-Salomé] ‟Et si tu croises des soldats ?” ‟Je leur rappellerai que je suis la fille du Syrien Théophile, serviteur fidèle de César, ils me laisseront passer. Et un homme devant une femme jeune et belle est un jouet plus inoffensif qu’un fétu de paille, je le sais pour ma honte…” ‟Mais où espères-tu trouver des parfums dans cette maison [de Lazare dans le centre-ville de Jérusalem] qui n’est plus habitée depuis des années ?” ‟Oh, Marthe ! As-tu oublié qu’Israël vous a contraints à la quitter parce qu’elle était un de mes lieux de rendez-vous avec mes amants ? J’y entreposais tout ce qui servait à les rendre fous de moi. Après avoir été sauvée par mon Libérateur [Jésus], j’ai caché dans un endroit connu de moi seule les albâtres et les encens que j’utilisais dans mes orgies. J’ai juré de les employer non plus sur mes pleurs suite à mes péchés mais pour l’adoration de Jésus, comme signes de mon repentir et non plus de profanation des sens et de la chair, comme une onction sur lui. Le moment est venu. J’y vais. Soyez tranquilles, l’ange de Dieu vient avec moi et rien de mal ne m’arrivera. […]”. Marie-Madeleine sort, sûre d’elle, imposante. Jean [fils de Zébédée] prend la parole : ‟Que cela te serve de leçon, mère [Marie-Salomé]. Je ne veux pas qu’on dise que ton fils est un lâche. Demain, ou plutôt aujourd’hui car la deuxième veille est déjà entamée, j’irai chercher les apôtres comme elle [Marie la Vierge] le veut”. ‟C’est sabbat, tu ne peux pas”, objecte [Marie-]Salomé pour le retenir. ‟Le sabbat est mort. Je suis d’accord avec ce propos de Joseph [d’Arimathie]. L’ère nouvelle est commencée, avec d’autres lois, d’autres sacrifices et d’autres cérémonies.” Marie-Salomé baisse la tête sur ses genoux et elle pleure sans protester. ‟Ah, des nouvelles de Lazare !”, gémit Marie fille de Cléophas. ‟Laissez-moi aller, et vous en aurez. Simon le Cananéen [le zélote] a reçu l’ordre de conduire les apôtres chez lui et chez Lazare, Jésus le lui a demandé en ma présence”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 612.22-23, vision du 29/03/1945). Peu après, Marie-Madeleine revient avec un gros sac d’onguents (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 612.24, vision du 29/03/1945), qu’elle commence aussitôt à préparer (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 612.25, vision du 29/03/1945). La journée se déroule dans une ambiance morne ("entre éclaircies et averses" ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.8, vision du 30/03/1945), ponctuée par les visites de divers personnages apportant leurs condoléances. D’abord la Romaine Valeria, qui offre des encens (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 612.27, vision du 29/03/1945). Ensuite Manahen (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.2-3, vision du 30/03/1945), et Isaac l’un des bergers de la Nativité (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.5, vision du 30/03/1945). Le centurion Longinus se présente aussi, en civil. Il a appris par Joseph d’Arimathie que Marie la Vierge souhaite récupérer et conserver comme une relique la lance employée pour percer le flanc de son fils ("Silence de nouveau jusqu’à un nouveau coup à la porte. Comme la ville est tranquille, les femmes ont moins peur. Mais quand par la porte entrouverte elles voient se profiler le visage rasé de Longinus, elles s’enfuient toutes comme si elles avaient vu un mort dans son linceul ou le démon en personne. Le maître de maison qui flânait dans le vestibule est le premier à s’enfuir. Voilà qu’accourt Marie-Madeleine qui était avec Marie [la Vierge]. Longinus, avec un petit sourire moqueur involontaire sur les lèvres, est entré, et de lui-même il a fermé la lourde porte. Il n’est pas en uniforme, il a un vêtement gris et court sous un manteau foncé. Marie-Madeleine le regarde, et lui la regarde. Puis, toujours adossé à la porte, Longinus demande : ‟Puis-je entrer sans contaminer ni effrayer personne ? J’ai vu ce matin à l’aube le citoyen Joseph [d’Arimathie], qui m’a parlé du désir de la mère. Je demande pardon de ne pas y avoir pensé de moi-même. Voici la lance. Je l’avais gardée comme souvenir”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.6, vision du 30/03/1945) : il lui donne la pointe en fer de cette lance sans la hampe, en l’assurant avoir supervisé l’exécution sans plaisir, uniquement pour obéir à l’ordre de son supérieur Ponce Pilate, il rend hommage à la dignité de Jésus dans ses dernières heures ("Marie-Madeleine va trouver [Marie] la Vierge. ‟Mère, Longinus est là dehors. Il t’offre la lance.” ‟Fais-le passer.” Le maître de maison, sur le seuil, bougonne : ‟C’est un païen !”. ‟Je suis la mère de tous, homme, comme lui [Jésus] est le Rédempteur de tous.” Longinus entre. Il salue à la romaine avec un geste du bras (il a enlevé son manteau), puis vocalement : ‟Ave, Domina. Un Romain te salue, « mère de tous ». Vraie mère. J’aurais préféré ne pas être à cette… chose, mais j’en ai reçu l’ordre. Néanmoins si je sers à te donner ce que tu désires, je pardonne au destin de m’avoir choisi pour cette horrible chose. Voici”, et il lui donne la lance enveloppée dans un drap rouge, plus exactement le fer seul, sans la hampe. Marie [la Vierge] la prend en devenant encore plus pâle. Ses lèvres s’effacent à cause de sa pâleur. La lance semble lui ôter son sang. Elle tremble en disant : ‟Qu’il te conduise à lui, pour ta bonté”. ‟C’est le seul juste que j’aie rencontré dans le vaste Empire de Rome. Je regrette de ne l’avoir connu qu’à travers les paroles de mes compagnons. Maintenant c’est trop tard…” ‟Non, fils. Lui a fini d’évangéliser. Mais son évangile reste, dans son Ekklesia.” ‟Où est-elle, son Ekklesia ?” Longinus est légèrement ironique. ‟Elle est ici. Aujourd’hui elle est frappée et dispersée, mais demain elle se réunira comme un arbre qui remet en place sa chevelure après la tempête. Et même sans personne, moi je suis ici. Et l’évangile de Jésus le Christ, Fils de Dieu et le mien, est tout entier écrit dans mon cœur. Je n’ai qu’à regarder mon cœur pour le réciter.” ‟Je reviendrai. Une religion qui a pour chef un tel héros ne peut être que divine. Ave, Domina.” Longinus s’en va", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.7, vision du 30/03/1945). Vers midi, Jean fils de Zébédée revient de Béthanie, où il n’a trouvé personne. Il dit avoir vu Judas pendu quand il est passé par le mont des Oliviers (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.8, vision du 30/03/1945). Et les visites reprennent durant l’après-midi. D’abord Jeanne l’épouse de Chouza (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.9, vision du 30/03/1945), puis Joseph d’Arimathie et Nicodème qui apportent myrrhe et aloès (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.10, vision du 30/03/1945), puis Joseph et Simon les fils d’Alphée (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 614.11-12, vision du 30/03/1945). Jean fils de Zébédée repart en quête de ses confrères apôtres et d’autres reliques. Il revient le soir, accompagné de Simon-Pierre qui est anéanti par son reniement devant le Temple la nuit du pseudo-procès (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 615.7, vision du 31/03/1945). En résumé, dans le récit de Maria Valtorta comme dans les évangiles, les apôtres après la crucifixion ne s’attendent à rien. Des exégètes se demandent si Jésus, dans les derniers jours ou les dernières heures avant la crucifixion, bien conscient que sa mort imminente marque le ratage total de son ministère auprès de ses contemporains, ne s’est pas noyé dans sa mégalomanie en pensant que sa mort hâterait la fin de l’Histoire et le Jugement Dernier, ses propos sur le chemin de croix vont dans ce sens ("Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas à mon sujet ! Pleurez plutôt pour vous et pour vos enfants ! Car les jours arrivent où on dira : ‟Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté et les seins qui n’ont pas nourri !”", Luc 23.28-29), mais au fond peu importe : sa crucifixion n’est suivi d’aucun événement spectaculaire, pas de Jugement Dernier, pas de fin de l’Histoire, Ponce Pilate et les légions romaines sont toujours à leurs postes, et la majorité du Sanhédrin et les pharisiens s’affairent toujours à leurs basses magouilles. Aux yeux des apôtres l’échec est complet, la fin de l’Histoire est reportée sine die, le ministère n’était peut-être que du vent, ils ne sont pas dans un état psychologique leur permettant de rebondir, d’élaborer un plan média signifiant que leur défaite est une victoire, le phénomène résurrectionnel qui se déclenchera à partir du lendemain n’est pas leur œuvre. Ils ont misé, ils ont perdu, et ils seront dépassés par le processus historique qui se déclenchera bientôt autour du tombeau vide, auquel ils seront longtemps réticents.


Deux jours après la crucifixion, le dimanche (troisième et dernier jour de Pâque W). Nous sommes le matin. Les femmes s’occupent à piler la myrrhe et l’aloès apportées par Joseph d’Arimathie et Nicodème. Simon-Pierre se lamente toujours de son reniement, il finit par insupporter Marie-Madeleine qui lui ordonne sèchement de se taire ("Marie-Madeleine répond [à Simon-Pierre] avec calme : ‟Tu es bouffi d’orgueil. Tu souffres ? Je le crois. Mais les cinq dixièmes (je ne veux pas t’offenser en disant les six dixièmes) de ta douleur appellent le mépris. Et je vais vraiment te mépriser si tu continues à gémir et te maintenir dans cet état comme une femmelette. Ce que tu as fait, est fait. Tes cris désordonnés ne répareront rien et n’annuleront rien. Ils ne visent qu’à attirer l’attention et mendier une compassion que tu ne mérites pas. Alors sois viril dans ton repentir. Ne crie pas et agis. Tu sais ce que j’étais. Quand j’ai compris que j’étais plus méprisable qu’un vomi, je ne me suis pas livrée à des convulsions, j’ai agi. Publiquement. Sans indulgence pour moi et sans réclamer l’indulgence. Le monde m’a méprisée ? Il avait raison. Le monde a dit : « Une nouvelle fantaisie de la putain ! », le monde a qualifié de blasphème mon recours à Jésus ? Il avait raison. Ma conduite passée a justifié tous ces commentaires. Et au final ? Le monde a dû admettre que la pécheresse Marie[-Madeleine] n’existait plus. C’est par mes actes que j’ai convaincu. Fais-en autant et tais-toi”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 616.2-3, vision du 01/04/1945). S’ensuit un dialogue entre Simon-Pierre et Marie-Madeleine, où celle-ci trahit à nouveau son absolue réceptivité à l’idée de résurrection ("‟[Marie la Vierge] est persuadée qu’il ressuscitera [c’est Simon-Pierre qui s’adresse à Marie-Madeleine]. Et toi ?” ‟Moi, après Marie [la Vierge], je suis celle qui croit le plus. J’ai toujours cru cela. Il l’a promis. Et il ne ment jamais. Lui ! Oh, avant je l’appelais « rabbin Jésus », « Sauveur », « Seigneur », mais aujourd’hui je le sens si grand que je ne sais plus comment l’appeler, je n’ose plus l’appeler ! Que lui dirai-je quand je le verrai ?” ‟Tu crois vraiment à sa résurrection ?” ‟Et encore un autre ! A entendre votre manque de foi chaque fois que je vous répète que moi je crois, je finirai par ne plus croire aussi ! J’ai cru et je crois ! Je prépare son vêtement depuis longtemps parce que je crois ! Pour le jour prochain ! Car le jour prochain est le troisième jour ! Il est prêt et je l’apporterai !” ‟Mais s’il est noir, enflé, laid ?” ‟Laid, jamais ! Le péché est laid ! Et oui, il sera noir, et alors ? Lazare aussi était noir, pourtant sa chair pourrie s’est ravivée, et aujourd’hui il est guéri ! Mais qu’est-ce que je raconte ! Taisez-vous, incroyants ! A moi aussi la raison humaine me souffle : « Il est mort et il ne ressuscitera pas », mais mon esprit, ou plutôt son esprit qui est devenu le mien, crie comme des trompettes d’argent : « Il ressuscite, il ressuscite, il ressuscite » ! Pourquoi me battez-vous comme une nacelle sur les écueils de votre doute ? Je crois ! Je crois, mon Seigneur !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 616.4, vision du 01/04/1945). Simon-Pierre va pleurer à l’extérieur. Jean fils de Zébédée stationne près de la porte, parce qu’il veut rester avec les femmes à l’intérieur qui travaillent aux baumes, et surveiller en même temps Simon-Pierre pour s’assurer qu’il ne se suicide pas de remords (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 616.7, vision du 01/04/1945). Quand les baumes sont prêts, Marie-Madeleine sort avec quatre femmes pour aller au tombeau : Marthe, Marie-Salomé, Marie fille de Cléophas et Suzanne de Cana (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 616.9, vision du 01/04/1945). Pendant ce temps, les fonctionnaires du Temple chargés de garder l’accès au tombeau se divertissent de différentes manières ("Transis de froid, gagnés par l’ennui et ensommeillés, les gardes veillent sur le tombeau dans des poses diverses […]. Les gardes ont allumé un feu pendant la nuit, je vois la cendre et des tisons mal éteints sur le sol. Ils ont joué et mangé, car je vois aussi des restes épars de nourriture et des osselets bien polis ayant servi à un jeu similaire à nos dominos et nos billes, en utilisant un échiquier improvisé tracé sur le sentier", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 617.2, vision du 01/04/1945). Le récit de Maria Valtorta devient alors très frustrant. Comme sur la raison du mariage hâtif et arrangé entre l’adolescente Marie la Vierge et le menuisier Joseph, comme sur la nature de l’ange Gabriel dans l’épisode de l’Annonciation, comme sur les multiples moments intimes entre Jésus et Jean fils de Zébédée, Maria Valtorta dit trop ou pas assez. On a l’impression qu’elle sélectionne ses visions, et le contenu à l’intérieur de certaines de ses visions, elle tourne la tête dès que ce qu’elle voit contrarie ses leçons de catéchisme. Habituellement très friande de détails, sa description devient soudain très fumeuse, très dessin animé enfantin. Sous un fatras de formules pieuses qui tranchent avec sa narration ordinaire neutre, elle parle d’un météore venu d’on-ne-sait-où renversant les gardes, pulvérisant la pierre devant le tombeau, provoquant un grondement similaire à un séisme et une lumière insoutenable, tout cela en moins d’une minute ("Soudain un météore brillant surgi de profondeurs inconnues descend comme une boule de feu, suivi d’un sillage éblouissant qui n’est peut-être que son impression sur ma rétine. Sa chute vers la terre est rapide, et son éclat est si intense, sa beauté effrayante est si fantastique, qu’ils éclipsent le rose de l’aube. Les gardes sont surpris, ils lèvent la tête. Un grondement puissant, harmonieux, solennel, emplit toute la création depuis l’immensité paradisiaque : c’est l’alléluia, la gloire angélique qui suit l’Esprit du Christ revenant dans sa chair glorieuse. Le météore s’écrase sur l’inutile fermeture du tombeau, l’arrache, la renverse au sol, foudroie de terreur et de bruit les geôliers du rabbin universel, en provoquant un séisme identique à celui que l’Esprit du Seigneur a produit en fuyant la terre [allusion aux mouvements de terrain observés après le dernier soupir de Jésus sur la croix, quand la foule s’est dispersée en désordre, provoquées par un séisme selon les croyants, ou simplement par les piétinements de cette foule sur le sol instable du Golgotha selon notre hypothèse]. La lumière entre dans le tombeau, se répand dans l’air immobile. L’Esprit se réinfuse dans le corps du Christ sans mouvement sous les bandes funèbres. Tout cela, l’apparition, la descente rapide, la pénétration et la disparition de la Lumière de Dieu, s’est déroulé en moins d’une minute", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 617.3, vision du 01/04/1945). Pour le lecteur non-chrétien, aucun doute sur la réalité que couvre ce lexique bondieusard et ces images acidulées : il s’agit d’une brusque attaque de quelques commandos (peut-être équipés de torches pour s’éclairer dans l’obscurité matinale, d’où la lumière soudaine semblable à celle d’un météore) qui fondent sur les gardes sans leur laisser le temps de réagir, les assomment (on peut rapprocher la lumière produite par le prétendu météore de l’expression "voir trente-six chandelles"…), puis roulent la lourde pierre (d’où le grondement, et le sol qui tremble évoquant un séisme) afin d’accéder rapidement à l’intérieur du tombeau. Ensuite Maria Valtorta raconte de manière aussi fumeuse et enfantine comment le corps de Jésus se régénère, comment il sort du tombeau, entre deux anges semblables à des "étoiles prosternées en adoration", passe parmi les gardes évanouis et disparaît dans la nature. C’est un récit qui ne convainc que les convaincus. Le lecteur non-chrétien n’a encore aucune difficulté à comprendre que derrière les hautes métaphores employées par Maria Valtorta se cache la basse réalité de deux pilleurs de tombes qui prennent possession du cadavre, le redressent pour l’accrocher dans leurs bras, et disparaître avec lui hors du tombeau, tête baissée pour éviter que les gardes étendus au sol à demi-inconscients les identifient ("Le : ‟Je veux” de l’Esprit divin à sa chair froide n’émet aucun son. L’ordre de l’Essence à la matière inerte est inaudible pour l’oreille humaine. La chair reçoit l’ordre, et lui obéit par une profonde inspiration. Rien d’autre pendant quelques minutes. Sous le linge, la chair glorieuse se recompose en une beauté éternelle, se réveille du sommeil de la mort, revient du néant, revit. Le cœur se remet à battre, le sang glacé se régénère et remplit les artères vides, les poumons immobiles, le cerveau obscurci, y ramène la chaleur, la santé, la force, la pensée. Un moment passe, et soudain un mouvement se produit sous le lourd linceul. Jésus bouge ses mains croisées, puis il se redresse, majestueux, splendide dans son vêtement de matière immatérielle, sa gravité originelle se métamorphose et le grandit, tout cela est si rapide que j’ai des difficultés à en observer les étapes. Je reste en admiration : Jésus paraît très différent de son état antérieur, il est en pleine forme, sans blessures ni sang, une lumière éblouissante jaillit de ses cinq plaies et émane de tous les pores de sa peau. Il accomplit son premier pas. Des rayons auréolent ses mains et ses pieds, sa tête est nimbée d’un diadème composé des innombrables traces de la couronne d’épines. Quand il ouvre les bras qu’il tenait croisés sur sa poitrine, un soleil à hauteur du cœur filtre sous son habit. […] Il se dirige vers la sortie. Quand mes yeux s’habituent à son éclat, je vois deux sortes d’étoiles très belles de chaque côté de l’entrée, prosternées en adoration devant leur Dieu au sourire béatifiant qui passe. Il quitte le tombeau funèbre. La terre qu’il foule se réveille à la joie : elle resplendit sous sa rosée, parmi les couleurs des herbes et des rosiers, les innombrables bourgeons des pommiers s’ouvrent par prodige au Soleil éternel qui avance sous eux et les frappe. Les gardes sont évanouis. […] Jésus lève la main et bénit. Tandis que les oiseaux chantent plus fort et que le vent apporte ses parfums, il disparaît de ma vue, en me laissant dans une joie qui efface tout souvenir de tristesse, de souffrance et d’hésitation sur l’avenir", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 617.4-6, vision du 01/04/1945 ; la version de Maria Valtorta paraît calquée sur celle de l’Evangile de Pierre dont la rédaction remonte au milieu du IIème siècle ["Dans la nuit où commençait le dimanche, les soldats qui montaient à tour de rôle la garde par équipe de deux, entendirent un grand bruit dans le ciel. Ils virent les cieux s’ouvrir et deux hommes, brillant d’un éclat intense, en descendre et s’approcher du tombeau. La pierre qui avait été poussée contre l’entrée roula d’elle-même et se retira de côté. Le tombeau étant ainsi ouvert, les deux jeunes gens entrèrent. A cette vue, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens qui étaient aussi présents à monter la garde. Tandis qu’ils racontaient ce qu’ils avaient vu, ils virent trois hommes sortir du tombeau : deux soutenaient le troisième, une croix les suivait, la tête des deux atteignait le ciel tandis que celle du troisième qu’ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Ils entendirent une voix venue des cieux qui dit : ‟As-tu prêché à ceux qui dorment ?”, et la réponse venant de la croix : ‟Oui”. Ils discutèrent entre eux s’ils devaient aller exposer les faits à [Ponce] Pilate. Pendant qu’ils débattaient, ils virent les cieux se rouvrir à nouveau, et un homme descendre et entrer dans le tombeau. Après avoir vu cela, le centurion et son entourage se rendirent en hâte chez [Ponce] Pilate pendant la nuit, abandonnant le tombeau qu’ils gardaient, et ils racontèrent tout ce qu’ils avaient vu en proie à une grande inquiétude et disant : ‟Vraiment, il était le fils de Dieu”", Evangile de Pierre 35-45]). Dans la vision 618, Marie la Vierge restée seule au Cénacle voit Jésus pendant qu’elle prie : la scène est en focalisation zéro, Maria Valtorta ne décrit pas la scène, elle décrit ce que voit Marie la Vierge. Dans la vision 619, Maria Valtorta redevient précise et crédible dans sa topographie et dans son chronométrage. On ne sait pas si c’est parce que ses visions sont plus nettes et raccordent avec ses leçons de catéchisme, ou plus platement si c’est parce qu’elle a un plan de Jésusalem antique sous les yeux et qu’elle invente de façon pertinente les déplacements des personnages. Craignant que les gardes du Temple lui interdisent l’accès au tombeau, Marie-Madeleine envoie sa sœur Marthe et Marie fille de Cléophas chercher Jeanne, demeurant dans la résidence secondaire de son époux Chouza l’administrateur d’Hérode-Antipas près du palais d’Hérode, à l’ouest du centre-ville : elle calcule que les gardes du Temple s’écarteront si l’épouse de l’administrateur d’Hérode-Antipas l’exige. Marie-Madeleine attend un temps avec Marie-Salomé et Suzanne près de la porte Judiciaire. Mais, impatiente, elle part en avant (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.3, vision du 02/04/1945). Quand elle arrive au jardin de Joseph d’Arimathie, elle voit les gardes étendus à terre, la pierre roulée à l’écart de l’entrée du tombeau. Elle pense immédiatement que le corps de Jésus a été emporté par des voleurs. Elle fait demi-tour précipitamment vers le Cénacle par on-ne-sait-quel chemin, oubliant les quatre autres femmes qui l’ont accompagnée et Jeanne qui devait les rejoindre ("A son arrivée, Marie‑Madeleine voit les inutiles geôliers du Triomphateur jetés à terre comme une gerbe d’épis fauchés. […] Elle croit qu’ils ont profané le tombeau de Jésus et que Dieu les a châtiés, elle tombe à genoux en s’écriant : ‟Malheur ! Ils l’ont enlevé !”. Consternée, elle pleure comme une fillette venue avec la certitude de retrouver son père mais ne découvrant qu’une maison vide. Elle se relève et repart en hâte prévenir [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée]. Concentrée sur ce seul but, elle oublie le rendez-vous avec ses compagnes, elle ne s’arrête pas en chemin, rapide comme une gazelle elle revient sur ses pas après avoir franchi la porte Judiciaire", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.4-5, vision du 02/04/1945). Marie-Salomé et Suzanne, également impatientes, n’ont pas attendu le retour de Marthe et de Marie fille de Cléophas avec Jeanne, elles se sont avancées aussi vers le tombeau. Quand elles y arrivent, elles voient à leur tour les gardes allongés au sol, et un passant anonyme arrivé entre-temps sur les lieux qui leur dit : "Ah, vous venez voir le mort ? Bah il n’est plus ici… Vous devez le chercher ailleurs…". Ce passant anonyme sera qualifié de "jeune homme" dans Marc 16.5, il deviendra un "ange" dans Matthieu 28.5, il se dédoublera en "deux hommes aux vêtements brillants" dans Luc 24.4, puis "deux anges en vêtement blanc" dans Jean 20.12, il est aussi un "ange" dans le récit de Maria Valtorta. Effrayées, elles s’enfuient vers les faubourgs à l’ouest de Jérusalem, sans croiser Marie-Madeleine ("[Suzanne et Marie-Salomé] pénètrent dans le jardin et voient les gardes évanouis, ainsi qu’une grande lumière sortant du tombeau ouvert. Leur frayeur augmente, et atteint son comble quand, se tenant par la main pour s’encourager mutuellement, elles avancent vers l’entrée et voient dans l’obscurité une créature lumineuse et très belle, qui les salue en souriant, appuyée à droite de la pierre de l’onction qu’elle éclaire. Elles tombent à genoux, abasourdies. Alors l’ange leur parle avec douceur : ‟N’ayez pas peur de moi. Je suis l’ange de la Douleur divine. Je suis venu me réjouir de la fin de la souffrance du Christ, la fin de sa mort humiliante. Jésus de Nazareth, le crucifié que vous cherchez, est ressuscité. Il n’est plus ici. Cet endroit où vous l’avez déposé est vide. Réjouissez‑vous avec moi. Allez dire à [Simon-]Pierre et aux disciples qu’il est vivant et qu’il vous précède en Galilée. Vous le reverrez là-bas pendant un temps, selon sa promesse”. Les femmes tombent visage contre terre, puis elles se relèvent pour s’enfuir, comme poursuivies par un châtiment, terrorisées : ‟Nous allons mourir ! Nous avons vu l’ange du Seigneur !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.6, vision du 02/04/1945). Cette dernière regagne le Cénacle, elle informe Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée de ce qu’elle a vu devant le tombeau, elle veut les y emmener fissa pour qu’ils constatent qu’elle ne ment pas. Avant de repartir, elle commande sur un ton menaçant à la propriétaire (anonyme) du Cénacle de ne rien dire à Marie la Vierge qui prie dans la pièce voisine (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.5, vision du 02/04/1945). Simon-Pierre, Jean fils de Zébédée et Marie-Madeleine arrivent au tombeau après avoir couru, sans croiser Marie-Salomé ni Suzanne. Les gardes du Temple ont disparu, le passant anonyme (ou le "jeune homme" ou l’"ange" selon les versions) a disparu aussi. Jean fils de Zébédée pénètre dans le tombeau et acte l’absence du corps, il est suivi par Simon-Pierre. Les deux apôtres concluent spontanément de la même façon : le cadavre a été volé. Maria Valtorta note que les deux apôtres sont "anéantis", cela contredit Jean fils de Zébédée ("le disciple que Jésus aimait") qui écrira plus tard dans son évangile : "Je vis et je crus" (Jean 20.8) : selon Maria Valtorta, Jean fils de Zébédée n’a pas cru tout de suite à la résurrection de son mentor puisqu’il est "anéanti" en pensant spontanément que son cadavre a été volé… Simon-Pierre demande à Marie-Madeleine de rentrer au Cénacle avec lui et avec Jean fils de Zébédée afin de communiquer la triste nouvelle du vol à Marie la Vierge. Mais Marie-Madeleine veut rester sur place ("[Simon-]Pierre découvre le linceul posé dans un coin, bien plié. ‟Ils l’ont enlevé, oui ! Les gardes, ce n’était pas pour nous rendre service, c’était dans ce but-là ! Et nous avons laissé faire ! En nous éloignant, nous avons permis…” ‟Ah ! Où ont-ils pu le mettre ?” ‟[Simon-]Pierre ! [Simon-]Pierre ! Maintenant c’est vraiment fini !” Les deux apôtres sortent, anéantis. ‟Allons, femme. Tu préviendras la mère…” ‟Non, je ne pars pas ! Quelqu’un viendra ! Je ne vous raccompagne pas ! Ici quelque chose reste de lui, Marie [la Vierge] avait raison : respirer l’air où il était demeure un soulagement !” ‟Le dernier soulagement… Tu constates à ton tour que c’était une folie d’espérer…”, dit [Simon-]Pierre [allusion au récent reproche de manque de foi adressé par Marie-Madeleine à Simon-Pierre, dans la vision 616.4 précitée]. Marie[-Madeleine] ne répond pas, elle s’affaisse sur le sol, à côté de l’entrée, et elle pleure pendant que les deux hommes repartent lentement", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.8, vision du 02/04/1945). Demeurée seule après le départ de Simon-Pierre et de Jean fils de Zébédée, Marie-Madeleine pleure dans le jardin devant le tombeau ouvert. Deux enfants se signalent, que Maria Valtorta assimile à deux anges, qui l’interrogent sur la cause de ses pleurs, elle leur explique être malheureuse parce que le cadavre du défunt a été volé, les deux enfants ne répondent pas et s’éclipsent ("[Marie-Madeleine] lève la tête et regarde à l’intérieur. A travers ses larmes, elle voit deux anges assis à la tête et au pied de la pierre de l’onction. Elle est tellement tenaillée par son combat intérieur, entre son espérance qui meurt et sa foi qui ne veut pas mourir, qu’elle les observe d’un air hébété, sans s’étonner. Cette pauvre femme, si courageuse et héroïque, n’a plus que des larmes. ‟Pourquoi pleures‑tu, femme ?”, demande l’un des deux enfants lumineux (ils ont l’aspect de très beaux adolescents). ‟Parce qu’ils ont enlevé mon seigneur, et je ne sais pas où ils l’ont mis.” Marie[-Madeleine] n’a pas peur de leur parler, elle ne leur demande pas qui ils sont, plus rien ne l’étonne. Elle n’est plus qu’une âme brisée qui pleure sans force ni retenue. L’ange tourne les yeux vers son compagnon en souriant, l’autre fait de même. Avec une joie lumineuse, tous deux regardent en direction du jardin en fleurs, aux millions de corolles ouvertes au premier soleil sur les frondaisons touffues de la pommeraie", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.9, vision du 02/04/1945). Ensuite un homme se présente. Il n’a pas la même voix que Jésus, puisque Marie-Madeleine ne fait pas le parallèle quand il lui lui parle. Et il ne ressemble pas physiquement à Jésus, puisqu’elle ne fait pas davantage le parallèle quand elle relève la tête et l’observe devant lui. Elle croit qu’il est l’un des voleurs du cadavre, elle lui propose de l’argent pour qu’il le lui restitue. A un moment, l’homme s’adresse à elle en l’appelant par son nom : "Marie". Cela n’a rien d’extraordinaire, car beaucoup de juifs et de non-juifs à Jérusalem et ailleurs au Levant connaissent la famille de Théophile l’ancien gouverneur, dont elle est la fille. Marie-Madeleine est une personnalité publique par son ascendance, et aussi par son passé scandaleux de prostituée de luxe. Mais cela suffit pour la convaincre soudain que cet homme s’adressant à elle par son nom est Jésus ressuscité. Elle se précipite pour le toucher, l’homme l’en dissuade pour une raison qu’il ne développe pas (est-ce par simple pudeur ? ou par gêne ?), puis il s’efface. Maria Valtorta ne renseigne pas sur son identité. Tel qu’elle le raconte, on a l’impression d’un facteur effectuant sa tournée matinale dans le quartier qui, ayant vu la belle et riche Marie-Madeleine pleurer, s’est arrêté un temps pour la consoler, dont l’attitude ambiguë et les paroles floues ont été interprétées par Marie-Madeleine - et par Maria Valtorta ! - dans le sens de sa foi obstinée en la résurrection de Jésus : "Pourquoi tu pleures ?… Je te connais, même si toi tu ne me connais pas (on n’est pas du même monde !) : tu es Marie, la fille de Théophile l’ancien gouverneur. Tu as été comblée par la vie et par la nature, tu es jeune : tu en retrouveras, des Jésus ! Sèche donc tes larmes, tu as la vie devant toi !… Va, je te laisse, je dois continuer ma tournée. Oh là non, ne me touche pas, je ne suis pas l’homme qu’il te faut ! Et je suis en service ! Tu ne vois pas mon uniforme de postier ? Mon chef ne serait pas content si je passais trop de temps en ta compagnie… Je t’aime bien, tu me rappelles ma fille. Vous pourriez être sœurs. Ou amies. A demain, si tu es encore ici ! Ou à plus tard ailleurs, qui sait ? J’avais du respect pour ton Jésus, peut-être que je me joindrai à votre Ekklesia un jour, si elle survit" ("[Marie-Madeleine] voit un homme très beau. Je ne comprends pas pourquoi elle ne l’identifie pas immédiatement. Cet homme la regarde avec pitié et lui demande : ‟Femme, pourquoi pleures‑tu ? Qui cherches‑tu ?”. Je ne comprends vraiment pas pourquoi elle ne reconnaît pas Jésus, même si celui-ci est assombri par sa pitié pour elle, qui est tellement épuisée par les émotions que la joie de retrouvailles trop immédiates pourrait la tuer. Marie[-Madeleine] répond au milieu de ses sanglots : ‟Ils ont enlevé mon seigneur Jésus ! Je suis venue l’embaumer en attendant sa résurrection, j’ai rassemblé tout mon courage, mon espérance et ma foi, et je ne le trouve plus ! J’ai même mis mon amour comme garde‑fou autour de ma foi, de mon espérance et de mon courage, contre les hommes, mais tout était inutile ! Les hommes ont enlevé mon amour, et avec lui ils m’ont tout enlevé ! Si c’est toi qui l’as emporté, dis‑moi où tu l’as mis ! J’irai le chercher, je ne dirai rien à personne, ce sera un secret entre toi et moi ! Vois : je suis la fille de Théophile, la sœur de Lazare, mais je reste à genoux devant toi, je te supplie comme une esclave ! Veux‑tu que je te rachète son corps ? J’accepte ! Combien veux‑tu ? Je suis riche ! Je peux te donner son poids en or et en bijoux ! Mais rends‑le‑moi ! Je ne te dénoncerai pas ! Tu veux me frapper ? Frappe-moi, jusqu’au sang si tu le désires ! Si tu éprouves de la haine pour lui, passe-la sur moi ! Mais rends-le-moi ! Oh, ne m’appauvris pas de cette misère ! Pitié pour une pauvre femme ! Ou si tu ne veux rien faire pour moi, fais-le pour sa mère ! Dis-moi où est mon Seigneur Jésus ! Je suis forte, je le prendrai dans mes bras et je le porterai comme un enfant dans un lieu sûr ! Tu vois que depuis trois jours nous sommes frappés par la colère de Dieu à cause de ce qu’on a infligé au fils de Dieu, n’ajoute pas la profanation au crime…” ‟Marie[-Madeleine] !” Jésus rayonne quand il l’appelle, il se dévoile dans sa splendeur triomphante. ‟Rabbin [Jésus] !” Ce cri de Marie est vraiment le grand cri qui clôt le cycle de la mort. Le premier a enveloppé la Victime des bandes funèbres de la haine, le second répand la Lumière de l’amour. A ce cri qui emplit le jardin, Marie[-Madeleine] se lève et court aux pieds de Jésus pour les baiser, mais celui-ci l’écarte du bout des doigts sur son front : ‟Ne me touche pas ! Je ne suis pas encore monté vers mon Père avec ce vêtement. Va trouver mes frères et mes amis, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Plus tard, je viendrai à eux”. Puis Jésus disparaît dans une clarté insoutenable", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.10, vision du 02/04/1945 ; on suppose que Marie-Madeleine racontera cette scène à Jean fils de Zébédée, puisque celui-ci la rapportera dans son évenagile en Jean 20.11-17). Pendant ce temps, Marie-Salomé et Suzanne sont revenues au Cénacle depuis les faubourgs à l’ouest de Jérusalem (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.6, vision du 02/04/1945). Peu après Marie-Madeleine surgit en criant que Jésus est ressuscité. Puis Marthe et Marie fille de Cléophas réapparaissent, accompagnée de Jeanne qu’elles ont été chercher : elles disent être passées au tombeau, et avoir vu deux anges. Simon-Pierre tempère l’ardeur de toutes les femmes en leur signifiant qu’elles ont besoin de repos ("Essoufflées, Marie [fills de Cléophas] veuve d’Alphée, Marthe et Jeanne déclarent y être allées aussi [au tombeau] et avoir vu deux anges qui se sont présentés comme ‟gardien de l’Homme-Dieu” pour l’un et ‟gardien de sa Douleur” pour l’autre, et ont ordonné d’annoncer aux disciples qu’il est ressuscité. [Simon-]Pierre hoche la tête. Elles insistent : ‟Ils ont dit : « Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici. Il est ressuscité selon sa promesse de Galilée, vous ne vous rappelez pas ? Il a dit : ″Le fils de l’Homme sera livré aux mains des pécheurs pour être crucifié, mais le troisième jour il ressuscitera″ »”. [Simon-]Pierre continue à hocher la tête : ‟Beaucoup d’événements se sont enchaînés, ces derniers jours. Ils vous ont troublées”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.11, vision du 02/04/1945). Maria Valtorta confesse que les récits de ces femmes - et le sien ! - sont confus, et ne font qu’accroître la conviction de Simon-Pierre et de Jean fils de Zébédée que le corps de Jésus a bien été dérobé ("Les différences factuelles, sur les gardes qui tantôt apparaissent comme s’ils étaient morts et tantôt disparaissent, sur des anges qui sont un puis deux, et qui refusent de se montrer aux apôtres, sur Jésus qui se présente ici selon l’une mais qui ‟précède les siens en Galilée” selon les autres, renforcent le doute des apôtres [Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée], les confortent même dans leur conviction", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.11, vision du 02/04/1945). Simon-Pierre déclare qu’elles ont perdu la raison à cause de leur tristesse excessive. Mais elles rétorquent que les gardes du Temple confirment la résurrection, car elles ont appris qu’ils sont retournés au Temple rapporter les événements, et que les sanhédristes leur ont donné de l’argent pour qu’ils se taisent. Cet argument ne convainc pas Simon-Pierre. Nous non plus : on devine facilement que les gardes ne se vantent pas d’avoir mal surveillé la tombe et invoquent n’importe quelle cause merveilleuse pour estomper leur incompétence, et les sanhédristes de leur côté ne sont pas fiers d’avoir des gardes aussi incompétents et les paient grassement pour qu’ils dégagent au plus vite avant de commettre des nouvelles boulettes ("‟Vous divaguez, femmes, dit [Simon-]Pierre. La douleur vous égare. Vous avez confondu la lumière du jour avec un ange, le vent avec une voix, le soleil avec le Christ. Je ne vous blâme pas, je vous comprends. Mais moi je me borne à ce que j’ai vu : le tombeau ouvert et vide, les gardes disparus, et le corps volatilisé.” ‟Mais les gardes eux-mêmes annoncent qu’il est ressuscité ! Ils l’ont crié pendant leur fuite éperdue ! Résultat la ville est en émoi, et les prêtres sont fous de colère, ils exigent désormais que les gardes reviennent sur leurs propos, ils les paient pour ça ! Mais la nouvelle s’est déjà diffusée ! Si des juifs ne croient pas à la résurrection, ne veulent pas croire, beaucoup d’autres y croient !” ‟Hum ! Les femmes…”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.12, vision du 02/04/1945). Mais astucieusement Simon-Pierre trouve le moyen de revenir dans le rationel sans heurter la conviction des femmes. Avec tact et détermination, il rappelle l’ordre de Jésus de rassembler les apôtres, que Jean fils de Zébédée n’a pas réussi la veille, et incite ce dernier et toutes les femmes à s’y atteler ensemble pleinement : "Ainsi, si Jésus réapparaît, il nous retrouvera unis" ("[Simon-]Pierre n’ose plus répondre [devant l’insistance des femmes à clamer la résurrection de Jésus]. Dans un mouvement qui rappelle le [Simon-]Pierre de naguère […], il tranche : ‟Puisque c’est ainsi, nous devons informer les autres dispersés dans les campagnes. Recherchons-les, agissons ! Allons ! Au moins, s’il revient, il nous retrouvera unis…”. En disant cela, il montre qu’il ne croit toujours pas à la résurrection", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 619.13, vision du 02/04/1945).


Les apôtres reparaissent l’un après l’autre, honteux, dans la maison de Lazare à Béthanie. Dans leur conversation, ils louent la loyauté de Jean fils de Zébédée à Jésus jusqu’aux derniers moments, sur la base de ce que Simon le zélote leur a raconté ("‟Tous nous avons fui, sauf Jean [fils de Zébédée] qui lui est resté fidèle, et Simon [le zélote] qui nous a rassemblés sur son ordre après que nous avons fui lâchement. De nous, apôtres, aucun n’a été fidèle”, confesse [Nathanael] Barthélemy. ‟Et tu peux te le pardonner ?” ‟Non. Mais je pense pouvoir réparer, en ne tombant pas dans un abattement stérile, et en nous regroupant, en nous réunissant à Jean [fils de Zébédée]. Connaître ses dernières heures… Jean [fils de Zébédée] l’a toujours suivi”, répond [Nathanael] Barthélémy à son compagnon Philippe. ‟Et entretenir son ministère. Nous devons le prêcher au monde, le garder vivant au moins, puisque nous n’avons pas réussi à le sauver de ses ennemis”, dit [Simon] le zélote", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 621.3, vision du 03/04/1945). De cela on tire deux conclusions : primo, ils se sont éparpillés dès que Jésus a été arrêté, par conséquent ils ne pouvaient pas savoir que Jean fils de Zébédée a été loyal, donc leur propos prouve que Jean fils de Zébédée a revu Simon le zélote on-ne-sait-quand et on-ne-sait-où après la crucifixion, auquel il a rapporté les événements, que Simon le zélote a relayés ensuite vers les autres apôtres, secundo Jean fils de Zébédée n’ayant croisé aucun apôtre le lendemain de la crucifixion (selon la vision 614.8 précitée) a donc retrouvé Simon le zélote au plus tôt le surlendemain de la crucifixion, le dimanche, après que Simon-Pierre a décidé de reformer le groupe (dans la vision 619.13 précitée). Ils sont sûrs que Jésus est bien mort, et que son ministère ne peut survivre qu’en entretenant sa mémoire. Leur hôte Lazare en revanche est dans un état psychologique semblable à celui de sa sœur Marie-Madeleine : il aspire à revoir celui qui l’a guéri et sorti du tombeau. Il obtient rapidement satisfaction. Dans un premier temps Maria Valorta décrit la scène en focalisation externe : elle montre Lazare qui "se redresse brusquement" en fixant quelque chose dans le jardin, quitte les apôtres sans un mot, et sort dans le jardin vers le point qu’il a fixé. Les apôtres s’interrogent, ils ne voient rien ni personne dans le jardin ("Tous [les apôtres] se regardent étonnés et s’interrogent. ‟Qu’a-t-il vu ?” ‟Il n’y a rien !” ‟Tu as entendu une voix, toi ?” ‟Moi, non.” ‟Moi non plus.” ‟Alors ? Lazare est peut-être malade de nouveau ?” ‟Il a souffert plus que nous, et il nous a donné tant de forces, à nous les lâches ! Ça le travaille peut-être, il divague…”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 621.7, vision du 03/04/1945). Autrement dit il n’y a pas de ressuscité Jésus dans la propriété, ce que Lazare voit n’existe que dans son cerveau, nullement dans le monde réel. Dans un second temps Maria Valtorta passe en focalisation zéro, elle décrit la scène à travers les yeux de Lazare, et effectivement dans les yeux de Lazare la silhouette de Jésus apparaît dans le jardin, sous un bosquet de buis formant un pavillon. Un bref dialogue télépathique s’engage (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 621.8, vision du 03/04/1945). Et l’hallucination s’achève "dans un tourbillon de lumière". Lazare revient dans le monde réel, il "se réveille de sa stupeur bienheureuse", puis il revient en courant vers la maison pour annoncer aux apôtres que Jésus est ressuscité. Ces derniers, témoins que le jardin était bien vide et que Lazare a été victime d’une hallucination auto-suggérée par son espoir morbide et son enthousiasme désespéré, se dispersent sans dire un mot, embarrassés (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 621.9, vision du 03/04/1945). On passe dans la maison de Chouza, où Jeanne est revenue seule, pleurant de jalousie parce qu’elle n’a pas vu Jésus ressuscité comme Marie-Madeleine, ni les anges comme les autres femmes. Elle en déduit que Jésus depuis l’au-delà, en refusant de se montrer à elle ou de lui envoyer des anges, veut la punir pour n’avoir pas empêché sa crucifixion (rappelons que Jeanne est l’épouse de Chouza, administrateur d’Hérode-Antipas qui a une part de responsabilité dans la condamnation de Jésus ; "Toutes [les femmes] l’ont vu, sauf Marthe et moi. Et encore ! Marthe le verra certainement à Béthanie, car c’est une maison amie. Tandis que ma maison à moi n’est plus une maison amie…", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 622.1, vision du 04/04/1945). C’est là un raisonnement qui éclaire beaucoup sur toutes les prétendues apparitions de Jésus à venir : Jésus apparaît non pas à des gens qui l’ont ignoré, mais à ses proches tiraillés par un fort sentiment de culpabilité, et, comme Jésus selon eux incarnait le Bien, ces proches ont la conviction d’incarner le Mal tant que Jésus ne se manifestera pas à eux pour leur pardonner. C’est un raisonnement logique d’où découle la soudaine multiplication des apparitions : si Jésus ne se montre pas à moi c’est parce qu’il me juge coupable, et cela me rend la vie insupportable, alors je guette n’importe quel signe dans mon environnement suggérant que Jésus est présent et accepte de s’adresser à nouveau à moi, je ne mets dans un état mental tel que n’importe quel signe sera assimilé par moi à Jésus ressuscité. Et Jeanne, comme Lazare avant elle, et comme Marie-Madeleine avant Lazare, et comme Marie la Vierge avant Marie-Madeleine, obtient satisfaction. Dans le langage des psychologues elle voit un "ami imaginaire", que Maria Valtorta qualifie encore d’"ange", qui vient la réconforter "sans passer par la porte" ("Sans déplacer le rideau ni entrouvrir la porte, Jésus entre sans bruit va près d’elle. Il lui effleure les cheveux de sa main et demande dans un murmure : ‟Pourquoi pleures-tu, Jeanne ?”. Elle doit croire que c’est son ange qui l’interroge car, sans lever sa tête du bord du lit, donc sans le regarder, elle répond dans un sanglot : ‟Parce que je n’ai même plus le tombeau du seigneur pour aller verser mes larmes et n’être pas seule”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 622.1, vision du 04/04/1945), qu’elle assimile immédiatement à Jésus (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 622.2, vision du 04/04/1945). Elle retrouve le sourire, et l’ami imaginaire pseudo-Jésus disparaît "dans un éclat". Jeanne reste partagée entre l’hypothèse rationnelle qu’elle a rêvé et la certitude intime qu’elle n’a pas rêvé ("Jésus lui sourit en resplendissant, puis disparaît dans cet éclat. Jeanne se lève, perdue dans sa méditation, tiraillée entre la joie et la peine, entre la crainte d’avoir rêvé et la certitude d’avoir vu, mais ce qu’elle ressent en elle-même la rassure", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 622.3, vision du 04/04/1945). Le récit continue à la maison de Nicodème à Rama-en-Benjamin/Al-Ram, où lui-même, Joseph d’Arimathie et Manahen se sont donnés rendez-vous après avoir été informés de la prétendue résurrection de Jésus par des bergers de la Nativité ayant croisé Jean fils de Zébédée ("Je déduis par leurs conversations [entre bergers de la Nativité] que Jean [fils de Zébédée] est venu à Béthanie pour les rencontrer, leur apporter la nouvelle de la résurrection et l’ordre de se rassembler en Galilée au plus tôt", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 623.1, vision du 04/04/1945). Joseph d’Arimathie dit que cette rumeur se propage dans Jérusalem à cause des gardes qui sont retournés précipitamment au Temple, et il confirme le propos des femmes au Cénacle (dans la vision 619.12 précitée) : en courant comme des fous depuis le tombeau vers le Temple après avoir repris conscience, les gardes ont éveillé la curiosité des Jérusalémites qui culpabilisent de n’avoir rien fait contre la cruauté de l’exécution, et même d’avoir joui du spectacle au moment où elle se produisait, et qui maintenant, comme Marie la Vierge, comme Marie-Madeleine, comme Lazare, comme Jeanne, sont à l’affût du moindre signe suggérant que Jésus n’est pas mort et leur pardonne leur lâcheté et leur sadisme depuis l’au-delà, cet état d’esprit général dans Jérusalem indispose les sanhédristes qui pensaient le dossier Jésus définitivement clos, ils ont donc payé grassement les gardes pour les contraindre à revenir sur leurs déclarations, à dire partout que Jésus n’est pas ressuscité et que son corps a été simplement dérobé, et même à accuser les disciples d’avoir dérobé le corps précisément pour faire croire que Jésus est ressuscité. Un climat de folie, où l’exaspération agressive des uns se mêle à la béatitude volontaire des autres, se répand partout. Joseph d’Arimathie envoie son protégé le jeune Martial/Manassé (le même que dans les visions 508-509 précitées) recommander à ses domestiques et à ses employés dans ses différents domaines d’être prudents dans leurs déplacements et dans leurs conversations, pour ne pas risquer les représailles des sanhédristes ("Les gardes ont parlé [c’est Joseph d’Arimathie qui s’adresse à Nicodème et Manahen]. Maintenant les chefs du Sanhédrin et les pharisiens, refusant l’idée d’une telle colère céleste, recherchent ceux qui relaient la nouvelle de la résurrection et les emprisonnent. J’ai envoyé le petit Martial [surnom de Manassé, l’ophelin romain recueilli par Joseph d’Arimathie, selon la vision 538.1 précitée] (un enfant s’échappe plus facilement) prévenir mes gens de se tenir sur leurs gardes. Ils ont tiré des deniers sacrés du trésor du Temple pour payer les gardes, afin qu’ils colportent que les disciples ont enlevé le corps et que la résurrection n’est qu’un mensonge. Ils ont peur d’être punis. La ville bout comme un chaudron. Des disciples la quittent par peur, du moins ceux qui n’étaient pas à Béthanie.” ‟Nous aurions bien besoin de sa bénédiction pour nous encourager…” ‟Il est apparu à Lazare, à tierce. Lazare m’a semblé transfiguré.” ‟Oh, Lazare le mérite ! Tandis que nous…”, dit Joseph [d’Arimathie]", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 623.3, vision du 04/04/1945). Mais derrière cette apparent détachement, Joseph d’Arimathie partage avec Nicodème et Manahen le sentiment de culpabilité de beaucoup de Jérusalémites : eux aussi n’ont pas empêché la condamnation de Jésus, eux aussi souffrent de se dire à eux-mêmes qu’ils ont crucifié le Bien et qu’ils sont le Mal puisqu’ils ont une part de responsabilité passive dans la crucifixion, eux aussi sont dans un état mental de réception du moindre signe qu’ils pourraient assimiler à un message de Jésus depuis l’au-delà atténuant leur culpabilité à leurs propres yeux et aux yeux des autres. Quand Manahen s’apprête à quitter la pièce, un rayon de soleil éclaire la porte. Une forme vaguement humaine s’y dessine, qui parle (y a-t-il quelqu’un derrière la porte ? ou dans une rue à proximité ?) : "Soyez bénis, retournez en ville demain, ce soir je parle aux apôtres, bravo pour ta foi Manahen". Et c’est tout. La forme ne dure pas, elle disparaît en même temps que le rayon de soleil. Joseph d’Arimathie reste sceptique, Nicodème n’a pas d’avis, Manahen quant à lui clame avoir vu Jésus par crainte d’un châtiment divin, autrement dit par superstition davantage que par conviction réelle ("[Manahen] se dirige vers la porte, qui soudain s’illumine. Le divin crucifié y paraît, mains ouvertes, il salue et le stoppe en disant : ‟Paix à toi. Paix à vous. Restez, toi et Nicodème. Joseph [d’Arimathie] peut partir s’il souhaite. Je vous apporte ici la parole que vous demandiez : purifiez-vous de tout reste d’incroyance impure. Descendez en ville demain. Ce soir, je parle aux apôtres seuls. Adieu, que Dieu soit avec vous. Merci, Manahen, tu as cru plus qu’eux. Et merci aussi à vous [Joseph d’Arimathie et Nicodème] pour votre pitié, élevez-la jusqu’à une foi intrépide”. Puis Jésus disparaît dans un éclair éblouissant. Les trois hommes sont heureux et troublés. ‟C’était lui ?”, demande Joseph [d’Arimathie]. ‟Tu n’as pas entendu sa voix ?”, répond Nicodème. ‟Sa voix… Elle peut venir de notre imagination… Toi qui était plus près, Manahen, qu’en penses-tu ?” ‟C’était bien un corps. Qui respirait : j’ai senti son haleine. Et ça dégageait de la chaleur. Et les plaies, je les ai vues. Elles étaient ouvertes, même si elles ne donnaient pas de sang. C’était bien une chair vivante. Oh, ne doutez plus ! Qu’il ne nous châtie pas ! Nous avons vu le seigneur !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 623.4, vision du 04/04/1945). Puis, dans la vision 624, c’est au tour des bergers de la Nativité, que Maria Valtorta évoque encore en focalisation zéro. En chemin depuis Béthanie vers le Cénacle, ils voient la silhouette de Jésus "qui se fond dans le rayonnement du vif soleil de midi" et qui "disparaît dès qu’ils lèvent la tête", en d’autres termes il s’agit d’une fausse résurrection ultra-éphémère qui s’apparente à un bête coup de soleil. Plus intéressante est l’apparition suivante, qui a lieu à Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba près de Rama-en-Benjamin/Al-Ram. Deux habitants marchent vers la cité en discutant : Cléophas fils de Cléophas le chef de la synagogue locale qu’on a croisé dans les visions 126 et 140 précitées, et son beau-père appelé "Simon". Les déclarations de Cléophas fils de Cléophas sont importantes dans le cadre de notre étude. D’abord, il évoque des arrestations récentes opérées par le Sanhédrin dans sa cité, l’affaire Jésus ne se limite donc plus à la seule cité de Jérusalem, elle s’étend désormais aux alentours de Jérusalem, en attendant de s’élargir à la Judée et à l’Egypte, et à tout le Levant, et à toute la Méditerranée. Ensuite, il explique adhérer au ministère de Jésus non pas par conviction que Jésus était le Mashiah/Messie ni qu’il était fils de Dieu mais parce que son procès et son exécution ont été abjects, fomentés par un pouvoir politique et religieux ayant perdu tout repère moral : c’est cette raison qui explique pourquoi le ministère de Jésus se répandra aussi facilement et aussi rapidement au cours des décennies suivantes dans le monde gréco-romain, pareillement soumis à un Empereur et à son entourage ayant perdu tout repère moral, comme nous le verrons juste après ("‟Avec l’or consacré au Seigneur, ils [les chefs du Sanhédrin] ont payé un traître [Judas] pour qu’il livre le Christ, maintenant ils paient des gardes pour qu’ils mentent ! Oh, comment la Puissance éternelle a pu se borner à déplacer quelques murs et déchirer un voile [allusion aux désordres ayant suivi la mort de Jésus sur la croix] ! J’aurais préféré que ces nouveaux Philistins soient ensevelis sous les décombres [allusion à Juges 16.22-31] ! Tous !” ‟Cléophas ! Tu propages la vengeance !” ‟Oui, la vengence ! Car admettons qu’il était moins qu’un prophète : a-t-on le droit de tuer ainsi un innocent ? Car il était bien innocent ! As-tu la moindre preuve des crimes dont on l’a accusé pour le tuer ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 625.1, vision du 05/04/1945). Les deux hommes sont rejoints par un voyageur originaire de Galilée - il parle avec un accent galiléen -, peut-être négociant en troupeaux car il déclare se déplacer de cité en cité pour sélectionner des brebis et des agneaux ("[Cléophas fils de Cléophas et Simon d’Emmaüs-de-la-montagne] sont rejoints par Jésus, qui leur demande : ‟De qui parlez-vous ? Je vous ai écoutés par intervalles. Qui a été tué ?”. Jésus est déguisé en voyageur à l’allure modeste et pressée. Les deux hommes ne le reconnaissent pas. ‟Tu es étranger, homme ? Tu n’es pas passé par Jérusalem ? La poussière sur tes vêtements et tes sandales semblent indiquer que tu es un voyageur infatigable…” ‟Je le suis. Je viens de très loin.” ‟Tu dois être fatigué, alors. Tu vas où ?” ‟Encore plus loin que là d’où je viens.” ‟Tu commerces sur les marchés ?” ‟J’achète des troupeaux en quantités infinies pour le Seigneur. Je parcours le monde pour sélectionner les brebis et les agneaux, je vais même vers les créatures encore sauvages qui, une fois domestiquées, s’avèrent meilleures que celles qui ne sont plus sauvages.” ‟Travail dûr… Donc tu n’es pas passé par Jérusalem ?” ‟Pourquoi cette question ?” ‟Parce que tu sembles en ignorer les événements récents.” ‟Quels événements ?” ‟Tu dis venir de loin, c’est peut-être pour ça que tu ne sais pas. Pourtant tu as l’accent galiléen. Si tu es circoncis, même si tu sers un roi étranger ou si tu es un expatrié galiléen, c’est étonnant que tu ignores que depuis trois ans un grand prophète appelé « Jésus de Nazareth » prêche Dieu en actes et en paroles dans tout le pays. Il se présentait comme le Messie, et même comme fils de Dieu, et ses œuvres étaient à la mesure de ses prétentions. Voilà pourquoi. Mais es-tu circoncis ?” ‟Je suis premier-né et consacré au Seigneur.” ‟Alors tu connais notre religion ?” ‟Je n’en ignore pas une syllabe”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 625.3-4, vision du 05/04/1945). Ce voyageur se lance dans un interminable monologue sur le contenu et le sens de la vraie foi, avec force citations du Tanakh. On arrive à la synagogue d’Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba, domicile de Cléophas fils de Cléophas. Ce dernier et Simon proposent au voyageur de partager leur repas. Le voyageur accepte. Les trois hommes s’attablent. Après le bénédicité traditionnel, le voyageur prend un pain et le partage en trois, en d’autres termes il "multiplie les pains". Puis il montre des écorchures sur ses mains quand il tend les morceaux de pain, semblables à des plaies. Aussitôt Cléophas et Simon se jettent à terre en adoration devant le voyageur, qu’ils pensent être Jésus. Quand ils relèvent la tête, le voyageur a disparu ("‟O seigneur, le soir approche tombe déjà et le soleil est à son déclin [c’est Cléophas fils de Cléophas qui s’adresse au voyageur, c’est-à-dire Jésus selon Maria Valtorta]. Tu es fatigué et assoiffé. Entre. Reste avec nous. Tu nous parleras de Dieu pendant que nous partagerons le pain et le sel.” Jésus entre. On le sert selon l’habituelle hospitalité juive, en lui offrant la boisson, et de l’eau pour ses pieds lassés. Puis on s’attable. Les deux hommes le chargent du bénédicité. Jésus se met debout, le pain dans ses mains, les yeux levés vers le ciel rouge du soir, il rend grâces pour la nourriture puis se rassoit. Il rompt le pain et en donne à ses deux hôtes. Ce faisant, il révèle qui il est : le ressuscité, non plus sous une forme lumineuse comme à ses proches, mais sous la forme d’un homme digne dont les mains montrent des plaies bien nettes, roses-rouges sur l’ivoire de la peau, au regard et à l’aspect majestueux. Les deux hommes le reconnaissent et se jettent à genoux. Quand ils osent relever la tête, seul reste le pain rompu. L’un et l’autre prend son morceau, le baise, l’enveloppe dans un linge et le colle à sa poitrine comme une relique. Ils pleurent : ‟C’était lui ! Nous ne l’avons pas reconnu ! Mais n’as-tu pas senti ton cœur brûler quand il nous a parlé des Ecritures ?”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 625.10-11, vision du 05/04/1945). La contamination se développe comme une tache d’huile, le Cénacle se remplit de gens (Longinus, et le chef de manipule que nous supposons être Cornelius/Corneille, et Pomponia Graecina Plautina, puis Elise de Beth-Zur, Anne l’épouse de l’apôtre Nathanaël Barthélémy, Marcelle la servante de Marthe, Bérénice/Véronique) prétendant avoir été contactés par Jésus (en réalité ils ont vu tel rayon de lumière, entendu telle voix, ressenti telle impression, qu’ils ont assimilés aussitôt à Jésus). Au final, seuls les apôtres n’ont pas encore été contactés par Jésus ("Dépassant sa retenue, et peut-être sa répulsion des païens, quelqu’un demande : ‟Comment s’est-il manifesté à vous ?”. Longinus répond : ‟Une voix, la sienne, m’a dit : « Viens à moi ! »”. L’autre soldat [le chef de manipule de Beth-Horon dans la vision 514 précitée, qui a assisté Longinus lors de la crufixion, et qui a rabroué Gamaliel dans la vision 609.30 précitée, possiblement le futur centurion Cornelius/Corneille] répond : ‟J’ai entendu : « Si tu me crois saint, crois en moi ! »”. [Pomponia Graecina] Plautina répond : ‟Nous discutions sur lui ce matin, quand nous avons vu une lumière qui s’est transformée en visage. Raconte sa splendeur, toi ! C’était son visage. Il nous a souri doucement. Nous en avons tiré un unique désir : venir vous supplier de ne pas nous repousser”. Bourdonnement de voix, commentaires, chacun prend la parole pour apporter son témoignage. Les dix apôtres se taisent, mortifiés. Pour se remotiver et ne pas paraître les seuls privés de son salut, ils demandent aux femmes juives si elles reçu également le cadeau pascal. Elise [de Beth-Zur] répond : ‟Il m’a retiré l’épée douloureuse de la mort de mon fils”. Anne répond : ‟J’ai entendu sa promesse sur le salut éternel des miens”. Syra répond : ‟Il m’a caressée”. Marcelle répond : ‟J’ai eu un éclair, et sa voix m’a dit : « Persévère »”. ‟Et toi, Bérénice[/Véronique] ?”, demandent-ils parce que celle-ci reste silencieuse. ‟Elle l’a déjà eu [allusion au linge avec lequel elle a assuyé le visage de Jésus durant le chemin de croix, sur lequel la face de Jésus s’est imprimée]”, rétorquent quelques-uns. ‟J’ai vu son visage. Il m’a dit : « Que cette image s’imprime dans ton cœur ! ». Comme il est beau !”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 626.5, vision du 05/04/1945). Pour l’anecdote, Longinus dit à Jean fils de Zébédée que Claudia Procula est repartie vers Césarée, brouillée avec son mari Ponce Pilate qui a refusé de suivre son conseil de ne pas exécuter Jésus ("Claudia [Procula] est repartie deux jours après le sabbat [c’est Jean fils de Zébédée qui s’adresse aux autres apôtres], indignée et même effrayée de rester près de son mari. Le lancier [Longinus] me l’a dit. Claudia [Procula] sépare sa responsabilité de celle de son mari, car elle lui avait demandé de ne pas poursuivre le Juste, mieux valait être persécuté par les hommes que par le Très-Haut dont le rabbin [Jésus] était le Messie. [Pomponia Graecina] Plautina l’a suivie à Césarée, Lydia aussi", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.13, vision du 11/04/1947).


Au Cénacle, les dix apôtres, sans Thomas/Didyme, s’interrogent sur la nature des prétendues apparitions, quand soudain une lumière éclaire la pièce (une porte extérieure s’ouvre ?). Un homme se présente, il déclare être Jésus, fustige leur manque de foi, les invite à le toucher pour s’assurer de sa matérialité. Puis il se met à table. Les apôtres obéissent comme des automates, hébétés, et le regardent manger. Comme dans le cas de Marie-Madeleine, ils ne reconnaissent ni la voix de Jésus, ni le faciès de Jésus. Qui est cet homme ? Soit c’est Jésus mais il a beaucoup changé, soit c’est un usurpateur, un opportuniste astucieux, quelqu’un qui se fait passer pour Jésus en jouant avec l’état mental des apôtres qui, comme la majorité des Jérusalémites, se sentent coupables de n’avoir pas empêché la crucifixion, il s’avance au milieu d’eux pour accréditer son usurpation. Nous sommes au Ier siècle, à cette époque internet n’existe pas, la télévision n’existe pas, la reconnaissance faciale et vocale n’existent pas : dans la seconde hypothèse, la supercherie de cet homme, peut-être un simple clodo rusé désireux de remplir sa panse gratuitement en profitant de la détresse psychologique de ses interlocuteurs, doit être considérée comme celle du Mède Gaumata/Patizéithès qui a simulé être Bardiya/Smerdis héritier de la couronne perse au VIème siècle av. J.-C., ou comme celle du l’aventurier Andriskos qui a simulé être fils de Persée au début du IIème siècle v. J.-C., ou comme celle du l’Egyptien Zabinas qui a simulé être fils d’Antiochos VII à la fin du IIème siècle av. J.-C. (sur ces deux derniers sujets nous renvoyons à notre précédent paragraphe), ou comme celle de Jeanne des Armoises au XVème siècle qui simulera être Jeanne d’Arc échappée du bûcher de Rouen, ou comme celle d’Arnaud du Tilh au XVIème siècle qui simulera être le paysan Martin Guerre, ou comme celle de Franziska Schanzkowska au XXème siècle qui simulera être la princesse Anastasia Romanov. En tous cas son baratin fonctionne : Jean fils de Zébédée, qui est dans la même détresse psychologique que Marie-Madeleine, est rapidement convaincu être face à Jésus ressuscité ("‟Regarde [c’est l’homme se prétendant Jésus qui s’adresse à Jean fils de Zébédée] : ce sont des vraies mains et des vraies blessures. Observe mes pieds : tu vois la marque du clou ? Je suis vraiment moi, et non pas un fantôme. Touchez-moi. Les spectres n’ont pas de corps. Moi j’ai une vraie chair sur un vrai squelette.” Il pose sa main sur la tête de Jean [fils de Zébédée] qui a osé avancer vers lui : “Tu sens ? Elle est chaude et lourde.” Il lui souffle au visage : ‟Et ceci est ma respiration”. “Oh, mon seigneur !”, murmure Jean [fils de Zébédée]. ‟Oui, votre seigneur. Ne pleure pas de crainte et de désir, Jean [fils de Zébédée], viens à moi, je suis toujours celui qui t’aime. Attablons-nous comme avant. N’avez-vous rien à manger ? Donnez-le-moi donc.” André et Matthieu, tels des somnambules, prennent sur un plateau les pains et les poissons posés sur les crédences, avec un pot de miel à peine entamé. Jésus distribue la nourriture à chacun et mange. Il les regarde avec bienveillance, mais si majestueusement qu’ils sont paralysés", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 627.6, vision du 06/04/1945). Son frère, Jacques fils de Zébédée, est plus méfiant : il questionne l’inconnu qui continue à s’empiffrer ("‟Le premier qui ose parler est Jacques [fils de Zébédée] frère de Jean [fils de Zébédée] : ‟Pourquoi tu nous regardes de cette manière ?”. ‟Je veux vous connaître.” ‟Parce que tu ne nous connais pas assez ?” ‟Comme vous ne me connaissez pas. Si vous me connaissiez, vous sauriez qui je suis”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 627.7, vision du 06/04/1945). Le supposé Jésus demande finalement à Simon-Pierre de l’embrasser sur la joue "pour effacer le baiser du traitre [Judas]", qui obéit comme un enfant pris en faute et pardonné (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 627.8, vision du 06/04/1945). L’un après l’autre, les apôtres baissent leur garde. Dès qu’ils consentent à la possibilité que l’inconnu soit Jésus ressuscité, celui-ci accentue son jeu : il insiste sur leur culpabilité de l’avoir abandonné lors de l’arrestation, du procès, de l’exécution. Les apôtres sont tellement touchés par ces accusations qu’ils ne pensent plus que l’homme qui leur parle est peut-être simplement l’un des nombreux spectateurs ayant assisté au chemin de croix et aux derniers instants de Jésus sur la croix, qui connaît donc le déroulé des événements contrairement à eux qui se sont débinés dès l’arrestation, et qui s’approprie l’identité du défunt. Ils finissent par lui parler comme s’il était réellement Jésus. L’homme disparaît comme il est entré : dans "une forte lumière qui incite à fermer les yeux" (la porte extérieure se rouvre le temps que l’inconnu sorte ?). "Plus de cinq jours" après la crucifixion (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 628.2, vision du 07/04/1945), les dix apôtres sont toujours au Cénacle. Thomas/Didyme reparaît. Il dit avoir erré depuis l’arrestation de Jésus sans oser revenir vers ses pairs, et sans croire à la réalité de apparitions revendiquées par beaucoup de gens depuis le dimanche précédent (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 628.5-6, vision du 07/04/1945). Maria Valtorta décrit la scène suivante en focalisation zéro - c’est-à-dire ce que les apôtres voient, et non pas le réel - : elle dit qu’une lumière s’élargit sur le mur à côté de la porte, telle une porte dimentionnelle dans un film de science-fiction de série Z, elle devient intense, Jésus en sort, puis la lumière s’éteint dans le mur. Derrière ce charabia pompeux, le lecteur non-chrétien comprend vulgairement qu’un personnage se présentant comme Jésus pousse la porte pour pénétrer dans la pièce, les rayons du soleil passent par la porte ouverte, éclairent l’intérieur, puis s’amenuisent et cessent quand ce personnage referme la porte derrière lui après son entrée ("Jésus apparaît d’une façon étonnante. Le mur [du Cénacle] derrière les convives, qui n’a pas aucune autre ouverture que la porte en coin, s’illumine en son milieu, à environ un mètre du sol. Cette lumière ténue, comme phosphorescente, s’élargit en un ovale d’environ deux mètres dans le sens de la hauteur. Jésus s’en dégage peu à peu avec netteté, comme sortant d’un brouillard. Je ne sais pas comment expliquer. On dirait que son corps coule à travers le mur. La paroi ne s’ouvre pas, elle reste bien compacte, mais le corps la traverse. La lumière semble une émanation du corps, l’annonce son approche : je vois d’abord des traits lumineux aussi immatériels que le Père céleste et les anges saints, qui se structurent progressivement pour donner un corps, celui de Dieu en gloire. Je prends du temps à décrire le phénomène, mais celui-ci s’opère en quelques secondes", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 629.2, vision du 09/08/1944). Ce personnage a des points communs avec celui de quelques jours plus tôt : il demande à Thomas/Didyme de le toucher pour s’assurer de ses cicatrices (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 629.4-5, vision du 09/08/1944), et sitôt Thomas/Didyme convaincu il se met à table et pioche dans le miel et les fromages (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 629.5, vision du 09/08/1944) en entamant un interminable monologue sur les étapes et les points essentiels du ministère (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 629.6-12, vision du 09/08/1944). C’est possiblement un disciple qui a suivi Jésus dans l’ombre au cours des trois dernières années, et qui se fait passer pour lui d’autant plus facilement qu’il a étudié toutes ses postures et tous ses gestes. Après avoir bouffé, il donne rendez-vous aux apôtres à Gethsemani. Jean fils de Zébédée aide l’homme à enfiler un manteau car "[ses] mains blessées ne sont plus agiles comme avant" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.3, vision du 11/04/1947), puis celui-ci "monte l’escalier [les six marches conduisant à la porte d’entrée de la pièce basse du Cénacle] et sort" (probablement est-il lassé de traverser les murs par des portes dimentionnelles !), les apôtres "l’imitent en silence" mais, quand ils gagnent la pièce haute du Cénacle, le visiteur a disparu encore, "la propriété est silencieuse et semble déserte, toutes les portes sont fermées" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.6, vision du 11/04/1947). Le soir tombe. Les apôtres traversent la ville pour aller au pied du mont des Oliviers (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.7, vision du 11/04/1947). L’attente dure jusqu’à la nuit. Alors le pseudo-Jésus surgit du sommet du mont et les apostrophe : "Qu’est-ce que vous avez foutu ? Ça fait des heures que je vous attends là-haut !" ("La route est désormais dans la pénombre. La lune, à ses derniers jours, se lève tard et, à cause de cela, le crépuscule s’obscurcit rapidement. Le silence est absolu. Pas de bruit ni de voix humaine, et dans le silence règne seul le gargouillis du Cédron. De sorte que quand la voix de Jésus résonne, elle les fait sursauter comme si c’était un son effrayant alors que sa voix est si douce quand il dit : ‟Que faites-vous en cet endroit ? Je vous ai attendu au milieu des oliviers. Pourquoi restez-vous à contempler des choses mortes quand la Vie vous attend ? Venez avec moi”. Jésus semble venir de Gethsemani vers eux. Il s’arrête près d’eux", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.12, vision du 11/04/1947). On grimpe jusqu’à Gethsemani, que Lazare a ceint d’une nouvelle palissade pour en interdire l’accès aux curieux. Cette précision est intéressante, elle sous-entend que le domaine de Gethsemani est déjà devenu un lieu de pèlerinage, que Lazare a été contraint de clôturer pour éviter l’affluence et le saccage de ses oliviers. Le pseudo-Jésus possède la clé de la barrière. Est-ce une vraie clé, ou un passe-partout de margoulin ? On entre ("Ils parviennent à Gethsemani. Une serrure ferme désormais l’accès au lieu, ainsi qu’une haute palissade robuste aux pointes aiguës. Mais Jésus a la clé, si neuve qu’elle resplendit comme de l’acier. Il ouvre la serrure à la clarté d’une torche que Philippe a allumée pour pouvoir se déblacer dans l’obscurité nocturne. ‟Elle n’y était pas. Pourquoi ?” Ils chuchotent entre eux en observant l’enceinte. ‟Certainement Lazare ne veut plus personne ici. Regarde là : des pierres, des briques, de la chaux. Aujourd’hui c’est du provisoire en bois, demain ce sera du solide en pierres…” Jésus dit : ‟Venez. Ne vous occupez pas des choses mortes”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.15, vision du 11/04/1947). On traverse les lieux de mémoire : l’endroit de l’arrestation, le sommet de l’agonie où Simon-Pierre et les deux fils de Zébédée se sont endormis (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.15-16, vision du 11/04/1947). Le pseudo-Jésus accentue la culpabilité des apôtres pour les détourner de toute interrogation sur sa véritable identité. Puis il récite et commente le Notre Père (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.21-26, vision du 11/04/1947 ; on note que ce passage est une stricte paraphrase de la vision 203.6-12, on en déduit que, si on est croyant, l’homme est bien Jésus, ou, si on n’est pas croyant, qu’il est un disciple malin qui a parfaitement appris la leçon de Jésus…). Et il s’évapore à nouveau (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 630.27, vision du 11/04/1947). Le groupe apostolique se rend en pèlerinage sur le mont Golgotha. Jean fils de Zébédée sert de guide, commentant chaque étape. L’ascension est difficile, physiquement parce que le soleil de midi tape dur, et psychologiquement parce que les apôtres sont renvoyés à leur fuite lâche (seul Jean fils de Zébédée était présent lors de la crucifixion). Arrivés au sommet, ils jurent ensemble solennellement de ne plus jamais être couards et de promouvoir le ministère jusqu’à leur mort (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.7, vision du 14/04/1947). Jésus leur apparaît pour les féliciter et disparaît aussitôt (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.8, vision du 14/04/1947) : on suppose, comme les bergers de la Nativité sur le chemin de Béthanie au Cénacle (dans la vision 624 précitée), qu’ils ont pris un coup de soleil, et que la prétendue apparition n’est qu’une hallucination collective due à l’effort de l’ascension. Dans leur descente du mont, ils sont reconnus et moqués ou invectivés ou caillassés pour leur lâcheté par divers anonymes (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.9-11, vision du 14/04/1947). Ils atteignent le domaine de Joseph d’Arimathie où Jésus a été enseveli et où Marie-Madeleine prétend l’avoir vu ressuscité. Ce domaine, comme Gethsemani, est désormais clôt par un mur : il est devenu un lieu de pèlerinage, comme Gethsemani, que Joseph d’Arimathie a ceinturé pour éviter les saccages ("‟Qui êtes-vous ? [c’est le gardien du jardin et du tombeau qui s’adresse aux apôtres] Que cherchez-vous dans le jardin de Joseph d’Arimathie ? [il se retourne vers son jeune fils qui est près de lui :] Et toi, sot, pourquoi laisses-tu ouverte la grille que Joseph [d’Arimathie] veut toujours fermée maintenant qu’elle a été installée ? Tu as oublié qu’il ne veut plus que des gens se promènent ici où le seigneur a été déposé ?” Dans ma peine à décrire l’ensevelissement de Jésus, et dans ma stupeur à assister à sa résurrcetion, j’avoue ne pas avoir remarqué si le jardin au-delà des buis et des ronces avait une grille, je pense que celle que je vois maintenant a été installée récemment car elle semble neuve, et l’enduit des deux pylones carrés qui la soutiennent semble encore frais. A l’instar de Lazare [qui a clôturé Gethsemani], Joseph [d’Arimathie] a clôturé cet endroit sanctifié par Jésus", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.12, vision du 14/04/1947). Le gardien des lieux panse leurs blessures suite à leur caillassage durant la descente du Golgotha, puis il les conduit sur sa charrette jusqu’à la porte de Sion (31°46'22."N 35°13'47"E) pour les préserver d’autres attaques et les rapprocher du Cénacle (situé à quelques dizaines de mètres au sud de la porte de Sion ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.13, vision du 14/04/1947). Les apôtres descendent de la charrette, ils se dirigent à pied vers le Cénacle, mais sont raillés par des légionnaires devant une taverne, relayés par la tenancière. Une vieille femme passant par là intervient, elle interrompt la tenancière : "Oui les apôtres ont été lâches, mais nous Jérusalémites avons tous été lâches comme eux ! Oui les apôtres ont fauté, mais tous les juifs ont fauté avec eux, car Jésus était vraiment un juste !" ("Un groupe de soldats se dirigeant vers une taverne proche les croise [les apôtres]. L’un d’eux les observe et les désigne aux autres, et tous se mettent à rire. Quand les pauvres disciples maltraités passent devant eux, un des soldats adossés à la porte les apostrophe : ‟Hé ! Le Golgotha ne vous a pas lapidés, contrairement aux hommes ? Par Jupiter ! Malgré votre manque de courage, vous êtes montés là-haut ? C’est audacieux ! Les pierres du mont ne vous ont pas reproché votre lâcheté ? D’ordinaire les coupables fuient les lieux qui leur rappellent leur faute, mais vous, Némésis vous poursuit : elle vous a traînés là-haut pour vous dégoûter aujourd’hui de votre absence de pitié hier !”. Une femme à tête de ribaude, sans doute la maîtresse de la taverne, vient à la porte et rit en clamant : ‟Juives, voyez ce que produisent vos ventres ! Des lâches parjures qui sortent de leurs tanières quand le danger est fini ! Les ventres romains au contraire produisent des héros ! Venez, vous, boire à la grandeur de Rome ! Vin de choix et belles filles !”. Elle rentre dans son établissement obscur, suivie des soldats. Quelques femmes juives portent des amphores dans la rue, vers la fontaine près du Cénacle dont j’entends l’écoulement, l’une d’elle à l’âge avancée éprouve de la compassion, elle dit à ses compagnes : ‟Ils se sont trompés, oui, mais tout le peuple s’est trompé”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.14-15, vision du 14/04/1947). Ils atteignent le Cénacle. Le pseudo-Jésus est là. Il leur reproche d’avoir tardé. Simon-Pierre explique qu’ils se sont rendu en pèlerinage au Golgotha pour mesurer la gravité de leur déloyauté. Le pseudo-Jésus leur pardonne ("Jésus rentre au Cénacle avec les apôtres. Il les observe, leur sourit. Eux ont enlevé leurs couvre-chefs servant de pansements avant de pénétrer dans la maison, selon l’usage, et les ont remis aussitôt pour cacher leurs blessures. Ils s’assoient en silence, plus affligés que las. ‟Vous avez tardé”, leur dit doucement Jésus. Silence. ‟Vous ne me dites rien ? Parlez. Je suis toujours Jésus. Votre courage d’aujourd’hui est-il déjà tombé ?” ‟Oh, rabbin [Jésus] ! Seigneur ! crie [Simon-]Pierre en tombant à genoux aux pieds de Jésus. Notre courage n’est pas tombé, mais nous sommes anéantis en constatant le tort que nous avons fait à ta foi ! Nous sommes écrasés !” ‟L’orgueil meurt, l’humilité naît. La connaissance se lève, l’amour augmente. Ne craignez pas. C’est maintenant que vous devenez des apôtres. C’est cela que je voulais”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.16, vision du 14/04/1947), puis il pose la main sur leurs blessures pour les guérir (en fait il ne "guérit" rien : ces blessures ont été pansées par le gardien du tombeau, et elles ont eu le temps de cicatriser depuis le tombeau jusqu’au Cénacle), il distribue la nourriture (qui n’est pas la sienne, et dont il s’est probablement rassasié avant le retour des apôtres, comme lors de ses précédentes incursions), enfin il leur donne rendez-vous en Galilée et part (Maria Valtorta écrit simplement : "Il sort", sans préciser si c’est encore par la porte dimentionnelle du mur, ou simplement par la porte en haut des six marches ; Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 631.17, vision du 14/04/1947).


La contagion des apparitions se prolonge au-delà de Jérusalem, à cause des disciples jérusalémites qui enserrent les disciples non-jérusalémites dans une implacable logique culpabilisante et excluante : "Nous sommes le Bien puisque Jésus nous est apparu pour nous absoudre, vous resterez le Mal tant que Jésus ne se sera pas pareillement manifesté à vous pour vous absoudre" (cela sera confirmé par Jacques fils d’Alphée plus tard : "Jacques fils d’Alphée continue le récit [de Simon-Pierre à propos des apparitions de Jésus ; Jacques fils d’Alphée s’adresse à un énième avatar de Jésus en Galilée] : ‟Nous avons dissuadé ceux qui projetaient de courir vers la grande mer [la mer Méditerranée], vers Bosra, Césarée-de-Philippe, Pella, Qadesh, vers la montagne près de Jéricho et la plaine d’Esdrelon, vers le grand Hermon, à Beth-Horon et à Beth‑Shemesh, et vers des maisons rurales isolées dans des lieux sans nom près de Japhia et en Galaad, de croire à ces apparitions, qui nous semblaient trop incertaines. Les uns disaient : « Nous l’avons vu et entendu ! », les autres prétendaient t’avoir rencontré et même mangé avec toi. Oui, nous voulions les retenir, nous pensions que c’étaient des pièges de nos adversaires, ou des fantômes conçus par des justes qui, à force de penser à toi, finissaient par te voir là où tu n’es pas. Mais ils sont partis malgré tout, les uns par ici, les autres par là”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 634.2, vision du 20/04/1947). Le processus est partout le même : Jésus emblème du Bien est assimilé à tel homme de passage reproduisant ses gestes, ou à tel rayon de lumière, ou à tel grincement de porte, par les disciples qui ne veulent plus être montrés du doigt comme suppôts du camp du Mal. Jésus n’apparaît jamais aux indifférents comme Ponce Pilate à Césarée, ni à ceux qui ignorent son existence comme l’Empereur Tibère en Italie. Il apparaît toujours à des gens qui désirent ardemment le voir, ou des gens qui craignent d’être dénoncés comme serviteurs du Mal par leur employeur ou par leur employé, par leur père ou par leur fils, par leurs voisins, par leur boulanger. Ainsi Jésus se montre à Marie de Keriot la mère de Judas (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.5, visions des 16 et 17/04/1947), au novice Zacharie (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.31, visions des 16 et 17/04/1947 ; on se souvient que ce personnage a aidé Jésus à échapper à ses poursuivants par un souterrain du Temple en automne W-1, dans la vision 507 précitée), au patriarche Jean d’Arimathie/Nobé/Ramathaim-Zophim/Nabi Samuel (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.13, visions des 16 et 17/04/1947), au vieux Abraham chef de la synagogue d’Engaddi/Ein Gedi (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.19, visions des 16 et 17/04/1947 ; ce personnage voit Jésus au moment de mourir, dans la lumière blanche d’une EMI), au nazaréen/essénien Elie retiré dans une grotte de la vallée du Carit/Qelt (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.21, visions des 16 et 17/04/1947), aux paysans affectés au domaine d’Yoḥanan ben Zakkaï dans la plaine de Jezreel/Esdrelon (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.37, visions des 16 et 17/04/1947), à la veuve Dorca de Panion/Césarée-de-Philippe/Baniyas (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.22, visions des 16 et 17/04/1947 ; cette femme croit voir Jésus dans un homme qui rattrape son fils effectuant ses premiers pas et qui lui offre une pomme…), à Joachim de Bosra et à sa femme ex-lépreuse Marie (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.27, visions des 16 et 17/04/1947), à Syntyché à Antioche (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.29, visions des 16 et 17/04/1947). Jésus, tel un fantôme vengeur, se montre aussi à ses adversaires d’avant la crucifixion, hantés par la honte de leur injustice, par exemple aux rabbins en pèlerinage à la tombe d’Hillel sur le mont Méron ("Les rabbins tournent ostensiblement le dos à ceux qui parlent et ils s’en vont en disant : ‟[…] Ce n’est pas vrai que le Galiléen est ressuscité ! Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai qu’il est Dieu ! Ce n’est pas vrai ! Rien n’est vrai ! Nous seuls sommes dans le vrai !”. L’angoisse même avec laquelle ils assènent ce propos révèle leur peur que ce soit vrai, leur besoin de se rassurer. Ils ont longé les murs de la maison et sont du côté de la tombe de Hillel. Aboyant toujours leurs négations, ils lèvent le visage… et s’enfuient en poussant des cris : Jésus, le bon avec les bons, est là, terrible de puissance, les bras ouverts comme sur la croix, les plaies des mains rouges comme si elles suintaient du sang, il ne dit pas un mot mais ses regards foudroient. Les rabbins fuient, tombent, se relèvent, se blessent contre les arbres et les pierres, fous de peur, tels des meurtriers ramenés en présence de leur victime", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 632.26, visions des 16 et 17/04/1947). On retrouve les apôtres en Galilée, suivant l’ordre du pseudo-Jésus du Cénacle. C’est le soir, seule la lune éclaire les reliefs du paysage. Ils pêchent près de Tarichée/Degania. Leurs prises sont maigres (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 633.5, vision du 19/04/1947). Un homme sur le rivage leur suggère de pêcher un peu plus loin. Ils suivent le conseil. Quand ils remontent leurs filets, ceux-ci grouillent de poissons. Aussitôt Jean fils de Zébédée s’écrie : "C’est Jésus !" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 633.6, vision du 19/04/1947). On note que, comme au Cénacle, ce soi-disant Jésus n’a ni la même voix qu’avant sa mort puisque les apôtres ne le reconnaissent pas à l’ouïe, ni la même physionomie puisqu’ils ne reconnaissent pas davantage sa silhouette qui se dessine dans la clarté lunaire (Matthieu, témoin des faits, dira dans dans son évangile que lui-même et ses collègues apôtres, même s’ils se prosternent, "doutent" devant ce soi-disant Jésus en Galilée, en Matthieu 28.17). Puis, comme au Cénacle, le pseudo-Jésus (est-ce même qu’au Cénacle ?) bénit le poisson pêché par les apôtres sur son conseil, avant de s’en rassasier (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 633.7, vision du 19/04/1947). Il procède ensuite à une manipulation mentale : il demande trois fois à Simon-Pierre s’il l’aime, celui-ci répond trois fois oui, il conclut alors que les trois affirmations aujourd’hui en Galilée annulent les trois reniements hier à Jérusalem, ce faisant il efface le sentiment de culpabilité que Simon-Pierre portait encore en son for intérieur, et le conditionne pour la tâche évangélique à laquelle il le destine (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 633.8, vision du 19/04/1947). Sur ce point encore, on doute : n’importe quel disciple ayant suivi le groupe apostolique durant les trois années du ministère connaît l’évangile, la prépondérance de Simon-Pierre sur les autres apôtres, et ses trois reniements à Jérusalem, n’importe quel disciple un peu rusé peut donc se faire passer pour Jésus, jouer sur le remords de Simon-Pierre afin de prendre l’ascendant sur lui et sur les autres apôtres que Simon-Pierre entraîne par son charisme naturel, pour le mettre au service d’un évangile réorienté. L’homme mystérieux reste sur la rive, pendant que les apôtres remontent dans leurs barques (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 633.9, vision du 19/04/1947). Plus tard, un inconnu (est-ce le même qu’au Cénacle et à Tarichée/Degania ?) paraît sur le mont Thabor, aux apôtres et à divers disciples dont Jabé/Margziam. Il officialise la prééminence de Simon-Pierre sur le groupe apostolique et sur tous les disciples. Il réitère les propos de Jésus avant la crucifixion : la nécessité de péréniser la foi contre les rituels, de promouvoir la lecture du Tanakh en esprit plutôt à la lettre, de valoriser l’Esprit Saint alias le Logos grec contre une obéissance aveugle aux usages creux. Puis il annonce un programme dont Jésus n’a jamais parlé durant ses trois années de ministère (on ne le trouve ni dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé avant la vision 634, ni dans les évangiles avant le : "Prends soin de mes brebis" en Jean 21.17), qui débutera avec la prochaine Pentecôte W : la mission évangélique consistera dorénavant à créer partout des nouvelles assemblées/ekklesias reliées entre elles en un vaste réseau, formant une grande Assemblée/Ekklesia universelle sous le patronnage de Simon-Pierre. C’est la mise en œuvre de l’ancien projet cosmopolite/œcuménique d’Alexandre le Grand. Doit-on déduire que l’homme qui parle est un intellectuel grec (donc sans rapport avec le clodo rustaud qui piochait dans la nourriture au Cénacle ?) ayant suivi discrètement le ministère durant les trois années précédentes, qui profite de la situation pour accaparer et couvrir ce ministère de ses propres desseins socialo-philosophiques en se faisant passer pour Jésus ? C’est possible : nous verrons dans un paragraphe ultérieur qu’à Ephèse à la fin du Ier siècle l’évangile de Jean fils de Zébédée devenu vieux subira le même accaparement et la même hellénisation de la part des chrétiens grecs vivant à ses côtés ("Malheur, quand une religion meurt et, de puissance réelle, vivante, devient une pantomime bruyante, extérieure, une coque vide derrière le décor peint, derrière les vêtements pompeux, un mécanisme qui accomplit des mouvements donnés, comme une clé agit sur un ressort sans que ni l’un n’ait conscience de son action sur l’autre ! […] Je ne pense pas seulement aux religions impures [des païens] dont certaines sont issues de révélations partielles à un sage, d’autres du besoin instinctif de l’homme de se créer une foi pour donner à son âme la pâture d’aimer un dieu, car ce besoin est le stimulant le plus fort de l’homme, l’état permanent de recherche de Celui qui est, voulu par l’esprit même si l’intelligence orgueilleuse refuse d’obéir à n’importe quel dieu, et cela même si l’homme, dans son ignorance de ce qu’est l’âme, ne sait pas nommer ce besoin qui s’agite en lui. Que dois-je dire de celle que je vous ai donnée portant mon nom, dont je vous ai créés prêtres, que je vous commande de propager par toute la terre ? De cette religion unique, vraie, parfaite, à la doctrine immuable puisque c’est moi, le Maître, qui vous ai instruits et qu’elle sera complétée par l’enseignement continu de Celui qui viendra : l’Esprit Saint, le Guide très saint de mes prêtres et de leurs assistants, lieutenants dans les diverses ekklesias créées dans les multiples régions où s’affirmera mon Logos. Ces ekklesias, bien que différentes en apparence, n’auront pas de différence de pensée : elles ne feront qu’un dans la grande Ekklesia, le nouveau Temple dont les pavillons atteindront les limites du monde. Elles ne seront pas opposées entre elles mais unies, fraternelles les unes envers les autres, toutes soumises au chef de l’Ekklesia, [Simon-]Pierre puis ses successeurs, jusqu’à la fin des siècles", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 634.4-5, vision du 20/04/1947). L’homme sait que, dans un phénomène de masse, des anonymes se substituent toujours à l’initiateur de ce phénomène de masse, l’initiateur étant lui-même l’un de ces anonymes. C’est un mécanisme que le cinéaste Henri-Georges Clouzot a bien décrit dans son film Le corbeau : un homme dénonce les agissements d’un médecin dans une lettre signée d’un corbeau, des anonymes les jours suivants reprennent l’image du corbeau pour accuser de tous les maux ce médecin qui les concurrence sur le plan professionnel, social, intellectuel. Dans le cas de Jésus, les anonymes ne se substituent pas au corbeau, mais au médecin Jésus pour accomplir des projets personnels tantôt proches tantôt très éloignés du ministère. L’homme prophétise que d’autres individus comme lui se présenteront à l’avenir en affirmant être Jésus ressuscité, parfois en même temps en plusieurs endroits ("L’esclavage des distances n’existe plus pour moi. Les apparitions simultanées vous ont désorientés, vous avez pensé : “Ces gens‑là ont vu des fantômes”. Vous avez donc oublié une partie de mes paroles : “Je serai dorénavant à l’orient comme à l’occident, au nord comme au sud, là où je trouverai juste d’aller, sans que rien ne m’en empêche, en me déplaçant aussi rapidement que l’éclair qui sillonne le ciel”. Je suis un vrai homme : voici mes membres et mon corps, solide, chaud, capable de se mouvoir, de respirer, de parler, comme le vôtre. Mais aussi je suis vrai Dieu. Et si, pendant trente-trois années, ma divinité a été, dans un but supérieur, dissimulée sous mon humanité, maintenant la divinité, bien qu’unie à l’humanité, a pris le dessus et l’humanité jouit de la liberté parfaite des corps glorifiés. Reine avec la divinité, elle n’est plus sujette aux limites de l’humanité", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 634.11, vision du 20/04/1947). Afin de distinguer le bon vin de l’ivraie, les disciples devront mesurer systématiquement la sincérité de ces individus aspirant au pouvoir suprême sous le nom de Jésus ("Que celui qui aura ma présence reste humble. Que celui qui ne l’aura pas ne la souhaite pas dans le but d’en tirer des éloges. Que personne ne désire ce qui est extraordinaire. Dieu sait quand et où le donner. L’extraordinaire n’est pas nécessaire pour entrer dans le Royaume des Cieux. C’est même une arme qui, mal employée, peut ouvrir l’Enfer au lieu du Ciel. Je vais vous expliquer comment l’orgueil peut surgir. On peut arriver à un état d’esprit méprisable aux yeux de Dieu, similaire à une torpeur où on se complaît pour caresser le trésor obtenu, avec l’illusion d’être déjà au Ciel parce qu’on a reçu ce don. Non : dans ce cas, au lieu de devenir flamme et aile, on devient gel et lourde pierre, de sorte que l’âme tombe et meurt. Et aussi : un don mal employé peut susciter un vif désir d’en obtenir davantage pour en tirer de plus grands éloges. C’est alors qu’au Seigneur pourrait se substituer l’Esprit du Mal pour séduire les imprudents par des prodiges impurs", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 634.10, vision du 20/04/1947). Un peu plus tard, s’adressant aux seuls apôtres dans la plaine de Nazareth, le même pseudo-Jésus prophétise encore que des gens chercheront à embellir, à compliquer les faits, parfois sincèrement en croyant à tort servir l’évangile, parfois perversement pour servir leurs ambitions basses ("Un jour viendra où les prêtres, oubliant qu’avec peu d’épis j’ai appris aux esprits la Vérité, oubliant ce qu’a coûté au seigneur ce pain de l’esprit tiré exclusivement de la Sagesse divine et exprimé par le Logos divin, digne dans sa doctrine inlassablement répétée afin que cette Vérité se conserve, humble dans sa forme, sans oripeaux de savoir humain, sans explications supplémentaires historiques et géographiques, ne se soucieront plus de son âme mais seulement du vêtement pour le couvrir, ils montreront aux foules toute l’étendue de leur savoir humain et l’esprit de l’évangile se perdra sous cette avalanche de savoir humain", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 635.13, vision du 22/04/1947), et finalement l’Ekklesia/Eglise deviendra une coquille creuse, une majorité de la population se prévaudra du ministère en ayant oublié le contenu du ministère, ce temps marquera le début du règne de Satan alias "la Bête". On note que l’inconnu ne parle pas de fin de l’Histoire ni de Jugement Dernier, et il ne donne pas de date précise, il n’indique pas si sa prédiction se réalisera dans trente ans ou dans trente siècles. Jean fils de Zébédée se servira de ce flou chronologique pour appliquer le "règne de la Bête" au règne de Néron dans son Apocalypse, qui pour lui annoncera l’imminence de la fin de l’Histoire et du Jugement Dernier et l’avènement du règne universel du Jésus de sa jeunesse ("Les avalanches commencent par un flocon de neige. Un prêtre indigne, impur, hérétique, infidèle, incrédule, tiède ou froid, éteint, fade, luxurieux, cause dix fois plus de mal qu’un fidèle coupable des mêmes péchés, car il entraîne beaucoup d’autres au péché. Le relâchement dans le sacerdoce, l’accueil de doctrines impures, l’égoïsme, l’avidité, la concupiscence, vous savez à quoi cela conduit : au déicide. Dans les siècles futurs, le Fils de Dieu ne pourra plus être tué, mais la foi en Dieu, l’idée de Dieu, oui. Ainsi s’accomplira un déicide encore plus irréparable parce que sans résurrection. Oh, il s’accomplira, je le vois, par les trop nombreux Judas de Keriot des siècles à venir ! Horreur ! Mon Ekklesia sortie de ses gonds par ses propres ministres ! Je la porte pour aider les victimes, et eux, les prêtres qui n’auront plus que l’habit de la prêtrise parce qu’ils en auront perdu l’âme, alimenteront le bouillonnement des eaux agitées par le serpent infernal contre ta barque, ô [Simon-]Pierre. […] Un temps viendra où, comme chez nous en Israël, le sacerdoce se considérera élue parce qu’il aura perdu la distinction entre le superflu et l’indispensable, sous la même forme morte où aujourd’hui les prêtres [du Temple] défendent la Torah, dans un vêtement exagérément alourdi de franges et non plus en esprit. Un temps viendra où tous les livres se substitueront au Livre, où on se servira de ce dernier comme d’un objet manipulé mécaniquement, à la manière du paysan qui laboure, ensemence et récolte sans méditer sur la providence merveilleuse permettant cette récolte chaque année. […] Et si eux [les prêtres] ne possèdent plus l’esprit de l’évangile, comment celui-ci pourra se transmettre ? Que donneront aux fidèles ces paillers gonflés ? De la paille. Quelle nourriture en auront les esprits des fidèles ? Autant qu’il en faut pour traîner une vie languissante. Quels fruits mûriront de cet enseignement et de la connaissance imparfaite de l’évangile ?? Un refroidissement des cœurs, une substitution de doctrines hérétiques et d’idées encore plus qu’hérétiques à la seule et vraie doctrine, une préparation du terrain pour la Bête et son règne éphémère de gel, de Ténèbres et d’horreurs", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 635.12-13, vision du 22/04/1947). L’inconnu confirme au passage l’ouverture du mouvement chrétien aux non-juifs, la fin de la circoncision physique et son remplacement par la circoncision symbolique "du cœur" - que les autorités chrétiennes concrétiseront dans le baptême chrétien -, et la réduction du dogme à la foi, à l’obéissance au Logos : "Aime ton prochain comme toi-même, ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse" ("N’exigez pas beaucoup des païens. Il leur suffit d’avoir la foi et d’obéir à mon Logos. Une nouvelle circoncision se substitue à l’ancienne : l’homme dorénavant est circoncis dans son cœur, dans son esprit mieux encore que dans son cœur, parce qu’au sang des circoncis pour signifier la purification de la concupiscence qui a exclus Adam de la filiation divine s’est substitué mon Sang très pur, efficace pour celui dont le corps est circoncis comme pour celui dont le corps ne l’est pas, pourvu qu’il ait mon baptême et renonce à Satan, au monde, à la chair par amour pour moi. Ne méprisez pas les incirconcis. Dieu n’a pas méprisé Abraham, il l’a choisi comme chef de son peuple parce qu’il était juste, avant que la circoncision ait mordu sa chair [allusion à Genèse 17.10-14] : si Dieu s’est approché d’Abraham incirconcis pour lui transmettre ses ordres, vous pourrez approcher des incirconcis pour les instruire dans la loi du seigneur. Considérez à combien de péchés et à quel péché sont arrivés ceux qui étaient circoncis", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 635.18, vision du 22/04/1947). On revient à Jérusalem. Le groupe apostolique se rend de Béthanie à Gethsemani avec Lazare, le jeune Jabé/Margziam, et Marie la Vierge. Ils sont guidés par Marc le fils de Jonas gardien des lieux (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 636.7, vision du 23/04/1947). Le soir, nouvelle apparition. Le personnage qui se présente comme Jésus surgit on-ne-sait-comment. Il salue Marie la Vierge, qui le reconnaît comme son fils (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 636.8, vision du 23/04/1947). Puis il mime la dernière Cène et Simon-Pierre commente ses gestes… ou Simon-Pierre lui dicte ses gestes et le pseudo-Jésus les accomplit (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 636.9, vision du 23/04/1947) ? La scène se termine par la récitation du Notre Père (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 636.11, vision du 23/04/1947). Le lendemain, le pseudo-Jésus annonce qu’il remonte définitivement au ciel vers son Père Dieu. Il commande aux apôtres et aux disciples de rester au Cénacle pour y prier en attendant la Pentecôte W. Ainsi est fondée la première ekklesia/église, à Jérusalem sur le domaine de Gethsemani (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 638.8, vision du 24/04/1947), sous l’autorité de Jacques fils d’Alphée qui devient le premier épiscope/évêque ("™p…skopoj/observateur", chargé de veiller à la bonne application de l’évangile à Jérusalem et alentours, comme Jésus le lui avait promis en été W-2 au mont Carmel, dans la vision 258 précitée), lui-même sous l’autorité de Simon-Pierre qui présidera la grande Ekklesia/Eglise cosmopolite/œcuménique (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 638.12 vision du 24/04/1947). L’inconnu dit incidemment que Lazare "cède" le Cénacle à l’Ekklesia/Eglise (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 638.7, vision du 24/04/1947), cela signifie que Lazare était le propriétaire du Cénacle et que le couple anonyme qui y a accueilli les apôtres n’étaient que ses concierges, ou que Lazare a racheté le Cénacle à ce couple anonyme ayant contesté plusieurs fois les comportements des disciples (dans la vision 611.14 précitée, le mari a voulu retenir Joseph d’Arimathie de profaner le sabbat avant que celui-ci lui réponde sèchement : "Le sabbat est mort" ; dans la vision 619.5 précitée, son épouse a voulu prévenir Marie la Vierge du vol du cadavre de Jésus avant que Marie-Madeleine le lui interdise aussi sèchement). L’inconnu dit aussi incidemment que le jeune Martial/Manassé, envoyé par son tuteur Joseph d’Arimathie prévenir domestiques et employés de la folie oppressive des sanhédristes (dans la vision 623.3 précitée), a été assassiné, son corps a été déposé avec un mot ironique par ses assassins non-identifiés devant la maison de Lazare à Béthanie. Pour honorer la mémoire de Martial/Manassé, l’inconnu déclare que Jabé/Margziam portera désormais le nom "Martial" et sera chargé d’évangéliser les non-juifs en terre non-juive ("Quant à toi, [Jabé/]Margziam, mon enfant, tu porteras désormais le nom de “Martial”, en souvenir du petit Romain tué sur le chemin et déposé à la grille de Lazare avec un écriteau provocateur : “Demande maintenant au Galiléen de te ressusciter, s’il est le Christ et s’il est vraiment ressuscité”. Ce petit garçon était le dernier des innocents de Palestine qui ont perdu la vie pour me servir - bien qu’inconsciemment -, les prémices des innocents de toute nation qui, venus au Christ, seront pour cela haïs et tués prématurément, comme des boutons de fleurs arrachés à leur tige avant d’éclore. Et ce nom, "Martial", t’indique ton destin futur : prêche en terres barbares, conquiers‑les à ton seigneur comme mon amour a conquis le jeune Romain pour le Ciel", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 638.20, vision du 24/04/1947). Puis il disparaît dans un "océan de splendeur/oceano di splendori" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 638.23, vision du 24/04/1947). Pour s’occuper dans l’attente de la Pentecôte W, les apôtres décident d’élire un remplaçant à Judas. Leur choix se porte sur Tobie, berger de la Nativité qui a pris le nom de son père "Matthias" après le massacre des innocents, ex-disciple de Jean-Baptiste devenu cuisinier d’Hérode-Antipas à Machéronte au printemps W-3 (selon la vision 75.4 précitée). Cet épisode de l’élection de Tobie/Matthias, l’un des derniers racontés par Maria Valtorta (L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 639.5, vision du 26/04/1947), est l’un des premiers racontés par les Actes des apôtres (1.20-26), il est aussi illustré dans le folio 1a de l’Evangile de Rabbula déjà mentionné.


Nous arrivons à la Pentecôte W, une cinquantaine de jours après la crucifixion de la Pâque W comme son nom l’indique (l’appellation hébraïque originelle de la fête "Chavouot" a été supplantée à l’ère hellénistique par le terme grec "Pentecôte/Penthkost»" désignant littéralement "cinquante/pent»konta" jours après Pâque/Pessah). Comme dans le cas des manifestations de Jésus depuis la crucifixion, la manifestation de l’Esprit Saint est très douteuse. Les Actes des apôtres parlent d’un coup de vent provoquant un grand bruit dans la pièce où sont enfermés les apôtres, c’est-à-dire le Cénacle selon Maria Valtorta. Après ce coup de vent, les apôtres découvrent leur soudaine capacité à communiquer avec des locuteurs de toutes les nations du monde ("Quand arriva le jour de la Pentecôte [W], au terme des cinquante jours, [les apôtres] se réunirent. Soudain un bruit vint du ciel comme un violent coup de vent, la maison où ils étaient assis en fut totalement pleine. Des langues semblables au feu leur apparurent, qui se répartirent, chacune se posant sur l’un d’eux. Ainsi tous furent emplis de l’Esprit Saint. Ils commencèrent à parler en d’autres langues, chacun s’exprimant selon le don de l’Esprit", Actes des apôtres 2.1-4). On s’interroge sur cette séquence. Doit-on comprendre que les apôtres ont appris spontanément, par on-ne-sait-quel moyen, les signifiants de toutes les langues ? ou simplement ils maîtrisent les signifiés au point de pouvoir communiquer sans recourir aux signifiants de toutes les langues ? Par exemple, quand j’ai faim, je peux dire : "J’ai faim" à un francophone, ou : "I’m hungry" à un anglophone, ou : "Tengo hambre" à un hispanophone, mais je peux aussi balancer mes doigts joints d’avant en arrière devant ma bouche ouverte et je serai parfaitement compris par un Français ou un Anglais ou un Espagnol sans recourir au moindre mot de français ni d’anglais ni d’espagnol. Les Actes des apôtres inclinent vers la seconde hypothèse, et vont même plus loin : ils suggèrent que la soudaine facilité des apôtres à communiquer avec les étrangers est provoquée par l’ivresse de ces derniers, venus en masse à Jérusalem comme à chaque fête. Simon-Pierre est obligé de se défendre contre ceux encore à jeun qui l’accusent de soûler les pèlerins afin de les convertir ("A Jérusalem résidaient des juifs originaires de toutes les nations sous le ciel. Quand ils entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils furent très troublés parce que chacun d’eux entendit dans sa propre langue [les apôtres] qui parlaient. Stupéfaits, ils dirent : “Ces hommes [les apôtres] qui parlent ne sont-ils pas Galiléens ? Comment expliquer que chacun de nous les entende dans sa propre langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Elamites, Mésopotamiens, Judéens, Cappadociens, habitants du Pont, d’Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d’Egypte, de Libye autour de Cyrène, Romains de passage, juifs de naissance et convertis, Crétois, Arabes, tous nous les entendons parler des merveilles de Dieu dans nos langues respectives”. Tous étaient perplexes, s’interrogeant l’un l’autre : “Que signifie cela ?”, certains se moquaient : “Ils [les apôtres] sont pleins de vin doux !”. Alors [Simon-]Pierre, debout avec les onze autres apôtres, éleva la voix : “Vous, juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, écoutez-moi bien. Non, ces hommes [les autres apôtres autour de Simon-Pierre] ne sont pas ivres comme vous le supposez, car la troisième heure du jour commence à peine”", Actes des apôtres 2.5-15). Et Simon-Pierre entonne pour la première foi le "kérygme/k»rugma" ("proclamation à voix haute", dérivé de "héraut/kÁrux"), profession de foi du christianisme primitif : primo Jésus était bien le Mashiah/Messie annoncé par les prophètes, deusio il est bien mort sur la croix mais les apôtres et les disciples sont témoins que Dieu "l’a élevé à sa droite", tertio son Saint Esprit est disponible pour quiconque se repentit et reçoit le baptême en son nom ("Jésus le nazaréen était un homme accrédité par Dieu auprès de vous par ses miracles et ses prodiges, vous le savez. [c’est Simon-Pierre qui s’adresse à des juifs hostiles à Jésus] Cet homme vous a été livré par le dessein et la prescience de Dieu. Vous l’avez tué en le crucifiant via des infidèles. Mais Dieu l’a insensibilisé ["¢nšsthsen"], l’a délivré des douleurs de la mort ["lÚsaj t¦j çd‹naj toà qan£tou"] car il ne pouvait pas être retenu par elle. […] Dieu a insensibilisé ["¢nšsthsen"] Jésus dont je parle, nous en sommes tous témoins. Il a été élevé ["Øywqe…j"] à la droite de Dieu, il a reçu l’Esprit Saint promis par le Père, qu’il a répandu sur nous, comme vous le voyez et l’entendez. […] Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus le Christ, en rémission de ses péchés ! Alors vous recevrez le don de l’Esprit Saint !", Actes des apôtres 2.22-38). Nous devons insister lourdement sur le contenu de ce kérygme primitif, immédiatement postérieur à la crucifixion. A aucun moment Simon-Pierre ne conteste la mort physique de Jésus sur la croix, et à aucun moment il ne dit que le corps physique de Jésus s’est ranimé. Dans le kérygme primitif, il n’y a pas de résurrection, Jésus n’est pas revenu d’entre les morts. Simon-Pierre et les premiers chrétiens ne mentionnent pas les prétendues apparitions de Jésus après la disparition de son cadavre, parce que leur foi repose exclusivement sur ce qui s’est passé avant la crucifixion, sur le ministère, sur le contenu des paroles et des actes de Jésus de son vivant, qui perdurent à travers eux et tous ceux qui les transmettent : le messager est mort mais son message est toujours actuel, et il vivra tant que ceux qui le relayent vivront. Quand Simon-Pierre déclare que "Dieu a élevé/Øywqe…j Jésus", il ne veut pas dire : "Dieu a ressuscité la personne physique de Jésus", il veut dire : "Dieu a signifié, à travers l’enthousiasme de tous ceux qui prétendent que Jésus n’est pas mort, que le ministère de Jésus se poursuit au-delà de son fondateur Jésus". Le discours de Simon-Pierre et des premiers chrétiens par rapport à Jésus suit la même logique que celui des communistes du XXème siècle par rapport à Karl Marx. Quand ceux-ci crient : "Karl Marx n’est pas mort, il est toujours vivant !", ils veulent signifier non pas que le corps physique de Karl Marx est ressuscité mais que le programme politique qu’il a élaboré au XIXème siècle sera toujours valable tant que des marxistes lutteront pour le réaliser et donc, d’un certain point de vue, Karl Marx est toujours présent un siècle après sa mort. De même, quand ceux-là chantent : "Jésus n’est pas mort, il est toujours vivant !", ils veulent signifier non pas que le corps physique de Jésus est ressuscité mais que l’évangile qu’il a propagé pendant trois ans sera toujours valable tant que des chrétiens marcheront pour le répandre et donc, d’un certain point de vue, Jésus est toujours présent cinquante jours après sa crucifixion. On doit comprendre la prétendue "résurrection" de Jésus selon Simon-Pierre et les premiers chrétiens de la même façon que la prétendue "résurrection" de Jean-Baptiste selon Hérode-Antipas quand il disait : "Ce Jean-Baptiste que j’ai décapité, il est ressuscité [en Jésus]" (chez Marc 6.14, et chez Maria Valtorta dans sa vision 542.2 précitée). C’est une "résurrection" au sens figuré, de même type que la "résurrection" des résistants français dans le Chant des partisans entre 1940 et 1944 : "Ami si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place", qu’on pourrait traduire en : "Chrétien si tu tombes un autre chrétien se lèvera à ta place". La Pentecôte s’achève. On revient à Marie la Vierge, qui semble de plus en plus déconnectée du réel, confortée dans son décrochage par les apôtres et les disciples autour d’elle qui la considèrent peu à peu comme une quasi déesse, vénérant chacun de ses gestes ordinaires. Tandis qu’elle lit des rouleaux d’une manière extatique (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 640.2, vision du 27/04/1947), un "globe de lumière" entre dans la pièce jusqu’au-dessus de sa tête, autrement dit un rayon de soleil est passé par une fenêtre ou quelqu’un a ouvert une porte et la lumière du jour a simplement pénétré dans la pièce. Marie la Vierge immobile paraît "transfigurée par une joie surnaturelle" aux yeux de son entourage (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 640.4, vision du 27/04/1947), qui en déduisent qu’elle est "l’autel" de l’Esprit Saint les incitant à partir évangéliser le monde ("Marie [la Vierge] reste en extase. Elle croise les bras sur sa poitrine, ferme les yeux, baisse la tête, pour continuer son entretien avec Dieu, insensible à tout. Personne n’ose la troubler. Jean [fils de Zébédée] dit en la désignant : ‟Elle est l’autel. C’est sur sa gloire que s’est posée la gloire du seigneur”. ‟Oui. Ne troublons pas sa joie. Allons prêcher le seigneur, que soient connues ses œuvres et ses paroles parmi les peuples”, dit [Simon-]Pierre avec une surnaturelle impulsivité. ‟Allons ! L’Esprit de Dieu brûle en moi, dit Jacques fils d’Alphée, il me pousse à agir. Tous, allons évangéliser !” Ils sortent comme s’ils étaient poussés ou attirés par un vent ou une force irrésistible", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 640.5, vision du 27/04/1947). Quelques jours plus tard, toujours au Cénacle, a lieu la première cérémonie chrétienne, qu’on appellera plus tard "mission" en latin, du verbe "mittere/aller, envoyer, partir, produire, lancer", qui donnera "messe" en français. Dans la grande pièce du bas, où s’est déroulée la dernière Cène, la table a été poussée contre le mur opposé à la porte d’entrée et à l’escalier de six marches, elle sert d’autel. Simon-Pierre est le maître de cérémonie, entre cette table-autel et l’assistance qui est massée contre le mur en face, sur l’escalier de six marches, à la porte d’entrée et dans la pièce haute donnant dans la rue (ceux qui sont dans la pièce haute ne peuvent pas voir Simon-Pierre dans la grande pièce du bas ; "Les douze apôtres sont de nouveau douze car [Tobie/]Matthias, élu à la place du traître [Judas], est parmi eux. Le fait que tous les douze sont là, prouve qu’ils ne se sont pas encore séparés pour aller évangéliser selon l’ordre du Maître. La Pentecôte [W] est passée depuis peu, le Sanhédrin n’a pas encore commencé ses persécutions contre les serviteurs de Jésus le Christ, sinon ils ne célébreraient pas avec tant de calme et sans aucune précaution, dans la maison du Cénacle bien connue de ceux du Temple, la dernière Cène, l’instauration de l’Eucharistie, la trahison et la Rédemption. La vaste pièce a subi une modification, nécessaire pour sa nouvelle fonction d’ekklesia, imposée par le nombre des fidèles : la table n’est plus près du mur côté escalier, mais près du mur d’en face, et même collée à ce mur, afin que ceux qui n’ont pas pu entrer dans le Cénacle - première église du monde chrétien - puisse voir le déroulement de la cérémonie depuis le corridor d’entrée, près de la petite porte grande ouverte donnant accès à la pièce", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 641.1, vision du 03/06/1944). On remarque la présence de Lazare, Joseph d’Arimathie, Nicodème, Etienne et Hermas, Longinus en civil (portant un "long et simple vêtement") et diverses femmes (Marie la Vierge, Marthe et Marie-Madeleine, Marie fille de Cléophas, Marie-Salomé, Bérénice/Véronique, Jeanne). Simon-Pierre entame un sermon. Pour être vu et entendu du plus grand nombre, il est monté sur un tabouret servant de proto-chaire (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 641.2, vision du 03/06/1944). Il répète le kérygme exprimé quelques jours plus tôt, en écartant encore plus clairement l’idée d’une résurrection physique de Jésus : il dit que Jésus a commencé à "revivre" le jour où apôtres et disciples ont compris que le ministère pouvait exister sans sa présence physique, à travers ses gestes généreux reproduits par ses apôtres et ses disciples, notamment le partage du pain et du vin ("Afin d’évangéliser et instruire les auditeurs, [Simon-]Pierre parle encore une fois de la dernière Cène. Je comprends d’après ce ‟encore” qu’il en a déjà parlé à d’autres occasions [Maria Valtorta n’évoque pas ces "autres occasions"] : ‟Je vous parle encore une fois (il insiste sur ces mots) de la Cène où, avant d’être immolé par les hommes, Jésus « le nazaréen » comme on l’appelait alors, Jésus le Christ, fils de Dieu, notre Sauveur, comme on doit l’appeler désormais […], s’est immolé volontairement par amour en s’offrant aux hommes comme Nourriture et Boisson, en nous disant, à nous ses serviteurs et ses continuateurs : « Faites ceci en mémoire de moi ». C’est ce que nous faisons. […] Croyez et bénissez le seigneur, vous qui ne l’avez pas connu quand il était « le nazaréen », mais qui pouvez le connaître maintenant qu’il est le Logos revenu au Père. Venez et prenez. Quand il a dit : « Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang aura la Vie éternelle », nous n’avons pas compris ([Simon-]Pierre pleure de nouveau), parce que nous étions lents à comprendre. Mais l’Esprit Saint a enflammé notre intelligence, fortifié notre foi, infusé la charité, et dorénavant nous comprenons. Et au nom du Dieu Très-Haut, Dieu d’Abraham, de Jacob et de Moïse, au nom du Dieu qui a parlé à Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel et aux autres prophètes, nous vous jurons que c’est la vérité, et nous vous conjurons de croire pour que vous accédiez à la Vie éternelle”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 641.2, vision du 03/06/1944). Ensuite on ouvre un coffre contenant des reliques, qui sont solennellement exposées (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 641.3, vision du 03/06/1944). Puis Simon-Pierre reproduit la consécration du pain et du vin de la dernière Cène, qui sont partagés et consommés par les présents. La cérémonie se termine par un chant (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 641.4, vision du 03/06/1944). Peu de temps après cette première mission/messe, Lazare propose à Marie la Vierge de demeurer à Jérusalem, il lui offre Gethsemani comme nouveau domicile (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 642.2, vision du 21/08/1951) : le domaine est désormais clôturé, le gardien Jonas a déménagé avec sa femme Marie dans on-ne-sait-quelle maison à Béthanie, leur fils Marc passe tout son temps désormais avec les disciples - notamment avec son cousin ou oncle Barnabé -, Lazare ajoute qu’il n’y enverra ses employés que quelques jours par an pour la taille des oliviers et la cueillette des olives, par conséquent elle n’y sera pas dérangée. Marie la Vierge accepte (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 641.4, vision du 03/06/1944). Officiellement, Lazare veut éviter qu’elle se morfonde seule à Nazareth, officieusement il s’inquiète de la voir perdre la raison (on se souvient de son désespoir outrancier et très sonore au tombeau, et on se pose des questions sur sa béatitude aussi outrancière et muette depuis que, la première, elle a vu son fils ressuscité dans un rayon de lumière le surlendemain matin de la crucifixion) et estime qu’elle ne peut plus vivre sans être accompagnée.


Dans notre alinéa introductif, nous avons vu que la principale accusation des opposants à L’Evangile tel qu’il m’a été révélé en 1960 était le soi-disant manque de rigueur factuelle, ils prétendaient, selon les termes de l’article de L’Osservatore Romano du 6 janvier 1960, que "les spécialistes des études bibliques y trouveront certainement de nombreuses erreurs historiques, géographiques et autres". Au terme de notre résumé fouillé de cette œuvre, nous sommes amenés à conclure que cette accusation était infondée. Non seulement nous ne trouvons aucune erreur historique ni géographique dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, mais encore certains passages sont prédictifs : Maria Valtorta décrit de façon détaillée des sites qui n’étaient pas encore explorés ni identifiés en 1947, année où elle a achevé son œuvre. Et parmi les sites qui étaient identifiés en 1947, certains n’étaient connus que par quelques explorateurs, spécialistes du Moyen Orient ancien, à travers des articles universitaires à diffusion très confidentielle. Si Maria Valtorta a imaginé les sites en question, comment a-t-elle fait pour raccorder systématiquement avec ces articles universitaires qu’elle n’a certainement pas lus, et avec les découvertes des archéologues après 1947, et même après sa mort en 1961 ? Et supposer que Maria Valtorta s’est contentée de recopier au propre les écrits d’un érudit qu’elle aurait fréquenté, équivaut à déplacer la question sans la résoudre : en admettant que cela soit, qui pourrait être cet érudit ayant des connaissances si poussées sur le Moyen Orient ancien en 1947, et même des connaissances extralucides sur les découvertes des archélogiques au-delà de 1961, un érudit dont Maria Valtorta n’aurait pas parlé dans son Autobiographie ni dans ses Carnets ni dans aucune de ses lettres ? Bref, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé demeure une énigme. Maria Valtorta, que les autorités vaticanes s’acharnent à classer dans la longue liste des mystiques chrétiennes plus ou moins hystériques et appoximatives, est totalement étrangère à ces dernières. Elle n’est pas une Thérèse d’Avila ou une Thérèse de Lisieux ou toute autre femme du même genre qui plaquent sur l’image de Jésus tous leurs fantasmes masculins, et noircissent des pages et des pages d’élucubrations mêlant sermons nébuleux et confessions spirituo-érotiques - voire clairement sexuelles dans le cas de Thérèse d’Avila qui, au chapitre 29 de son Livre de ma vie, fantasme un pénis sous forme d’une épée d’or, qu’un ange enfonce dans ses entrailles jusqu’à lui arracher des gémissements, dont le sculpteur Lorenzo Bernini tirera sa célèbre Extase de sainte Thérèse exposée dans l’église Santa Maria della Vittoria à Rome en Italie, montrant celle-ci en plein orgasme - : certes il y a beaucoup de commentaires personnels dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé (où Maria Valtorta espère dans l’écriture ce qui lui manque dans le monde réel, par exemple elle se réconforte dans l’image pacifique de Marie la Vierge adolescente à Jérusalem pour essayer d’oublier la guerre et les bombardements : "Quelle nuit d’enfer ! Il semblait vraiment que les démons prenaient une récréation sur la terre. Coups de canon, tonnerres, éclairs, danger, peur, souffrance d’être sur un lit qui n’était pas le mien [à l’époque où elle écrit ces lignes, Maria Valtorta a quitté temporairement sa maison de Viareggio exposée aux combats et crêche dans le village isolé de Sant’Andrea di Còmpito] et, au milieu de tout cela comme une douce et blanche fleur, au milieu des feux et des tribulations, la douce présence de Marie, un peu plus âgée que dans la vision d’hier, avec ses tresses blondes sur les épaules, son habit blanc et son sourire doux et recueilli", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu'il m'a été révélé 11.1, vision du 03/09/1944), mais il y a aussi beaucoup de descriptions qu’on peut confronter à l’archéologie, beaucoup de mentions d’animaux et de plantes qu’on peut confronter à la zoologie et à la botanique, beaucoup de déplacements des personnages qu’on peut confronter à la topographie, beaucoup de noms qu’on peut confronter à l’épigraphie et à la littérature non-chrétienne antique, qui se vérifient implacablement. Maria Valtorta n’est pas davantage une Anne-Catherine Emmerich oraculaire aux yeux exhorbités chantant pompeusement ses mirages intimes sous l’anaphore : "Je vois ci ! Je vois ça !", complice du romantisme échevelé d’un Clemens Brentano : les détails que Maria Valtorta donne sont éparpillés dans le récit, ils ne valent rien en eux-mêmes, ils n’intéressent pas le lecteur ordinaire, seul le lecteur universitaire les remarque parce qu’ils sont étonnants sous la plume d’une femme qui a quitté l’école à seize ans, qui n’a pas fréquenté les bibliothèques universitaires, qui n’a pas laissé une bibliothèque personnelle très savante, et qui est restée clouée dans son lit pendant plus de deux décennies avant sa mort (donc qui n’a pas pu se rendre physiquement au Moyen Orient pour vérifier les lieux avant de les décrire, ni même se déplacer régulièrement jusqu’à Florence pour y consulter des archives, des cartes et des articles universitaires). On peut admettre que Maria Valtorta invente l’archéologie de Sycaminon-Epha/Tel Abu Hawan-Haïfa en 1945, et que, coup de chance ! les archéologues confirment ses indications après 1950. On peut admettre que Maria Valtorta invente l’archéologie de Césarée en 1945, et que, coup de chance encore ! les archéologues confirment ses indications après 1960. On peut admettre que Maria Valtorta invente l’archéologie d’Hippos en 1946, et que, coup de chance toujours ! les archéologues confirment ses indications après 1980. Mais selon la fameuse maxime du commissaire Hercule Poirot dans The ABC murders d’Agatha Christie en 1936 : "Si le même motif se reproduit trois fois, ce n’est plus une coïncidence" (Ian Fleming écrira la même chose dans Goldfinger en 1959 : "Une fois c’est un hasard, deux fois c’est un indice, trois fois c’est une preuve"), les "coups de chance" sont trop nombreux dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, on en trouve quasiment dans chacune des six cent cinquante-deux visions qui le constituent ! Nous avons vu que, parfois même, Maria Valtorta emploie des mots dont elle ignore la signification : elle entend ces mots lors de ses visions, et elle les note phonétiquement sans les comprendre (par exemple dans la vision 56.6 précitée, elle entend le mot "zélote" dans la bouche de l’apôtre Simon quand il se présente à Jésus, et elle se demande dans la marge : "Qui sont les zélotes ?", de même elle écrit phonétiquement "Nobé" dans deviner que ce nom renvoie à "Nabi [Samuel]", surnom de la cité d’Arimathie/Ramathaim-Zophim). Autre problème : si L’Evangile tel qu’il m’a été révélé est une compilation de scènes inventées, comment Maria Valtorta a-t-elle pu les élaborer en si peu de temps ? Au XVIIIème siècle, l’officier-écrivain Choderlos de Laclos végète en caserne. Pour occuper ses journées, il écrit des lettres fictives de personnages inventés dans des contextes crédibles, donnant l’illusion que ces personnages sont réels et que leurs lettres sont authentiques : si Valmont dit ceci à Merteuil dans la lettre D, Tourvel en a été informée entre les lettres B et C puisque l’information a été communiquée par Cécile Volanges selon la lettre F, cela annonce la lettre A du chevalier Danceny, qui sera transmise à Madame de Rosemonde selon la lettre E, et ainsi de suite. Choderlos de Laclos met dix ans à écrire cette œuvre de fiction réaliste, sur environ trois cents pages, qu’il intitule Les liaisons dangereuses. Maria Valtorta quant à elle n’a mis que trois ans à écrire L’Evangile tel qu’il m’a été révélée, sur dix mille pages presque sans ratures, avec d’innombrables détails historiques et archéologiques qu’on ne parvient pas à prendre en défaut, et une cohérence narrative équivalente aux Liaisons dangereuses : si Judas et Jean fils de Zébédée se séparent à Capharnaüm dans la vision D, on comprend pourquoi ni l’un ni l’autre n’apparaissent dans les visions B et C, et pourquoi on les retrouve avec Manahen à Césarée dans la vision F puisque Capharnaüm et Césarée sont distants de tant de kilomètres nécessitant tant d’heures de marche, et si Simon-Pierre est en retard au rendez-vous de Tarichée/Degania selon la vision A c’est parce qu’il les a attendus à Césarée selon la vision E, et ainsi de suite. Une telle rapidité d’invention et d’exactitude impliqueraient une imagination et une érudition dont Maria Valtorta n’a fourni nulle trace dans sa vie en dehors de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé. Autre problème encore : le parfait emboîtement de la petite histoire dans la grande Histoire, le parfait enchâssement de la vie de Jésus dans les données générales du début de l’ère impériale romaine. Où Maria Valtorta a-t-elle entendu parler de Decimus Valerius Asiaticus ? où a-t-elle entendu parler de Thusnelda ? et de Pomponia Graecina Plautina ? et d’Albula Domitilla ? et de Séjan ? Et comment expliquer la grande plausibilité des propos que le catéchisme a sublimés pendant deux mille ans, qu’elle rabaisse au rang de propos banals ? Par exemple les théologiens chrétiens confèrent à l’expression araméenne "marana tha" (qu’on trouve dans la Lettre aux Corinthiens 16.22 et dans l’Apocalypse 22.20) la haute signification d’un appel au Jugement Dernier : "Viens Seigneur !", mais selon Maria Valtorta cette expression au début du Ier siècle a perdu sa valeur religieuse profonde, elle n’est qu’une exclamation courante signifiant simplement : "Que Dieu t’entende !" ou : "Ainsi soit-il !" : en été W-1 Marie la Vierge entraine sa belle-sœur Marie fille de Cléophas dans Tibériade un soir, elle la rassure en lui répétant : "Suis-moi ! On ne risque rien !", mais Marie fille de Cléophas reste inquiète et lui répond : "Marana tha !", ce qui équivaut à : "Que Dieu t’entende ! Pourvu qu’on ne soit pas arrêtées par la police !" (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu'il m'a été révélé 438.1, vision du 16/05/1946). Autre exemple : les théologiens chrétiens voient les trente deniers de Judas comme le haut accomplissement de la prophétie de Zacharie 11.12-13, mais selon Maria Valtorta c’est un contresens historique puisque, nous l’avons vu dans la vision 588.9 précitée, les sanhédristes ont donné les trente deniers en référence à Zacharie 11.12-13 justement pour souligner la bassesse et le ridicule des dérisoires ambitions de Judas. En octobre 1984, un enfant de quatre ans appelé "Grégory Vuillemin" est kidnappé dans la maison de ses parents et retrouvé peu après noyé dans la rivière Vologne, dans le département des Vosges en France. Vingt ans plus tard, après de nombreuses enquêtes, interrogatoires, arrestations, pressions de toutes sortes, personne ne peut dire qui a kidnappé cet enfant et l’a déposé dans la Vologne, l’affaire Grégory n’est toujours pas classée. Imaginons une Madame Irma avec sa boule de cristal, paraplégique clouée dans son lit, sans aucun lien avec les protagonistes de l’affaire Grégory ni avec des journalistes, ayant un bagage intellectuel ne dépassant pas celui d’une collégienne de seize ans, qui écrit un livre L’affaire Grégory telle qu’elle m’a été révélée, où elle explique avoir vu une Peugeot 305 conduite par tel oncle de Grégory s’arrêtant devant la maison des parents à l’heure du kidnapping en octobre 1984, puis la voiture roule jusqu’à tel carrefour où le conducteur fait une halte et cogne un panneau en ouvrant la portière, ensuite la voiture roule jusqu’à telle épicerie où le conducteur fait une nouvelle halte et laisse tomber accidentellement la clé de sa boîte aux lettres. Un policier tombe sur le livre de Madame Irma et se dit : "Oublions la messagère avec sa boule de cristal, et intéressons-nous seulement aux messages qu’elle transmet dans son livre, je n’ai rien à perdre à vérifier ses déclarations". Le policier se rend dans le département des Vosges, au carrefour mentionné il retrouve le panneau avec des anciennes traces de peinture de même couleur que celle de la Peugeot 305 vingt ans plus tôt, et devant l’épicerie également mentionnée il creuse jusqu’à cinquante centimètres de profondeur dans la terre tassée par les années et retrouve une clé de boîte aux lettres, qui après vérification correspond à la boîte aux lettres de l’oncle de Grégory. Dès lors L’affaire Grégory telle qu’elle m’a été révélée cesse d’être un recueil de divagations d’une médium en mal de notoriété, pour devenir un nouvel élément de l’affaire Grégory, une pièce à conviction qu’on ne peut plus écarter dédaigneusement du dossier. Eh bien ! On peut conclure de la même façon avec L’Evangile tel qu’il m’a été révélé. Il ne s’agit pas d’un recueil de divagation d’une obscure médium paraplégique de Viareggio en mal de notoriété, mais d’un nouvel élément de l’affaire Jésus qui n’est toujours pas classée depuis deux mille ans. Et si les autorités ecclésiastiques du Vatican sont si embarrassées avec ce livre qu’ils tentent d’annihiler à travers la mise à l’Index librorum prohibitorum, à travers des articles négatifs dans L’Osservatore Romano, à travers diverses lettres administratives internes, à travers le récent communiqué de presse du Dicastère pour la doctrine de la foi, c’est parce que la parfaite exactitude archéologique et la parfaite cohérence géographique qu’il contient rendent pertinents, plausibles, fondés, conséquents, les personnages et les situations vécues par ces personnages dans cette géographie archéologiquement exacte et cohérente. Or ces personnages et ces situations chez Maria Valtorta ne correspondent pas à ce que le Vatican enseigne depuis deux mille ans. Ainsi le personnage de Jésus tel qu’il apparaît dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé est parfaitement cohérent. En dépit des efforts de Maria Valtorta pour détourner son lecteur de ce qu’elle voit, qu’elle veut cacher parce que cela heurte ses convictions acquises à l’école religieuse de Monza, le Jésus qu’elle raconte est un bâtard, conçu avec un homme de passage (possiblement un légionnaire de la forteresse Antonia près du Temple où la mère de Jésus a passé son adolescence), il a grandi à Nazareth qui au début du Ier siècle est moins un village qu’un hameau, à l’écart des enfants de son âge vivant majoritairement à Sepphoris que sa mère lui a présenté comme le cœur des Ténèbres, sans référent paternel (son père adoptif le menuisier Joseph n’a jamais compensé le père biologique, que sa mère a identifié à Dieu !), en conséquence il a développé des tendances homosexuelles en grandissant (puisqu’aucune femme à ses yeux ne pouvait égaler sa mère omniprésente), il a entretenu une relation très intime - sexuelle ou non, peu importe, en tous cas bien physique et tactile - avec le jeune Jean fils de Zébédée (âgé entre quinze et vingt ans), il a entretenu une relation non réciproque plus ou moins masochiste avec Judas (âgé d’environ vingt ans), il a mal supporté l’ascendant progressif de Simon-Pierre (qui était un hétérosexuel ordinaire, auquel l’enfant Jabé/Margziam a donné instinctivement sa confiance parce qu’il a senti que Simon-Pierre était un vrai père adoptif équilibré et non pas un faux grand frère aux mains baladeuses) qui s’imposera finalement sur les apôtres et sur les disciples jusqu’à l’irruption de Saül/Paul, Jésus au final a peut-être sombré dans la folie en croyant sincèrement que sa propre mort hâterait la fin de l’Histoire et le Jugement Dernier, et, surtout, il est mort sur la croix, il n’est pas ressuscité, et son groupe apostolique s’est dispersé dès son arrestation, et il s’est reformé après sa mort non pas à cause d’une résurrection illusoire mais parce que le ministère a révélé des tares politiques réelles que la crucifixion n’a pas réussi à taire, et parce que ce ministère a trouvé des oreilles favorables dans une large partie de la population de l’Empire romain, chez beaucoup de peuples hellénisés de Méditerranée orientale, jusqu’à des hauts hiérarques de la Cour impériale à Rome.


Quand on demande à des chrétiens de l’an 2000 sur quoi repose leur foi, dans une très large majorité ils répondent : "Je suis chrétien parce que je crois que Jésus était le Mashiah/Messie et parce que je crois qu’il est ressuscité". Or cette croyance de l’an 2000 est sans rapport avec le christianisme primitif. La croyance en la résurrection de Jésus repose essentiellement sur les chapitres 20 et 21 de l’évangile de Jean, qui couvrent environ quatre pages, où on trouve les épisodes les plus célèbres ayant inspiré les peintres et les sculpteurs durant les derniers siècles (l’apôtre Thomas touchant les plaies, la pêche miraculeuse sur le lac de Galilée). Mais, nous verrons cela dans un paragraphe ultérieur, l’évangile de Jean a trouvé sa forme définitive à l’extrême fin du Ier siècle, vers 95, après avoir été retravaillé et retravaillé par les Grecs d’Ephèse qui ont brodé sur le récit originel de Jean jusqu’à en faire une œuvre littéraire très éloigné des faits historiques. Dans les deux évangiles plus anciens, ceux de Matthieu et Luc, vers 80, la résurrection est beaucoup moins importante. Chez Luc, elle est évoquée dans le dernier chapitre 24 en trois pages, et encore ! à travers l’épisode d’Emmaüs-de-la-montagne/Al-Qubeiba et l’épisode du repas avec les apôtres où l’identification à Jésus n’est pas vraiment probante. L’évangile de Luc préfère s’attarder sur la naissance et l’enfance (qui couvrent les deux premiers chapitres), sur la généalogie de Jésus et sur Jean-Baptiste (chapitre 3), sur les étapes du ministère et les paraboles, plutôt que sur la soi-disant résurrection. Même constat dans l’évangile de Matthieu, où la soi-disant résurrection est expédiée en une page dans le dernier chapitre 28. L’évangile de Matthieu préfère s’attarder, comme chez Luc, sur la naissance et l’enfance de Jésus et sur Jean-Baptiste (chapitres 1-3), et surtout sur les Sermons sur la montagne (chapitres 5-7), c’est-à-dire sur les événements et les discours de Jésus avant la crucifixion, plutôt que sur ce qui s’est passé après. Enfin dans l’évangile de Marc, le plus ancien, vers 65, on ne trouve simplement pas de résurrection. Marc clôt son récit au chapitre 16 verset 8 par l’image du tombeau vide, sans donner d’explication. Les versions modernes comprenant les versets 9-20 racontant brièvement l’apparition de Jésus à ses disciples sont fondées sur des manuscrits tardifs, les codex dits "Bezae Cantabrigiensis" (conservé sous la référence NN.2.41 à la bibliothèque de l’université de Cambridge en Angleterre) et "Alexandrinus" (conservé sous la référence MS 1.D.VIII à la British Library à Londres en Angleterre) datant du début du Vème siècle, et le codex dit "Ephraemi Rescriptus" (conservé sous la référence Grec 9 à la Bibliothèque Nationale à Paris en France) datant du milieu du Vème siècle, mais ces versets 9-20 n’existent pas dans les manuscrits plus anciens conservés, les codex dits "Sinaiticus" (conservé sous la référence MS 43725 à la British Library à Londres en Angleterre) et "Vaticanus" (conservé sous la référence Graecus 1209 à la bibliothèque du Vatican) datant du milieu du IVème siècle, autrement dit ces versets 9-20 ont été ajoutés dans l’évangile de Marc par des copistes chrétiens bien longtemps après la crucifixion, dans la première moitié du Vème siècle, afin d’harmoniser cet évangile avec les trois autres canoniques. Cela raccorde avec le propos de Papias, disciple de Jean fils de Zébédée devenu vieux à Ephèse : selon Papias, l’évangile de Marc au tournant des Ier et IIème siècles est toujours un assemblage désordonné, ses chapitres sont recopiés sans liens entre eux et circulent aléatoirement d’une église à l’autre ("“Le Presbytre ["PresbÚteroj/l’Ancien, l’Aîné, le Vieux", surnom affectueux donné au vieux Jean fils de Zébédée par ses disciples à Ephèse ; c’est Papias qui écrit, dans un livre ou une lettre qui n’a pas été conservée] disait : « Interprète de [Simon-]Pierre, Marc a écrit les paroles et les actes du Christ avec exactitude mais sans ordre, car il n’a pas entendu ni accompagné le Sauveur, et il a suivi [Simon-]Pierre sur le tard comme je l’ai rappelé, or celui-ci délivrait son enseignement selon les besoins, sans se soucier de lier le Logos du Seigneur. Marc ne trompe pas en écrivant ses souvenirs de façon brute, son seul objectif est de rapporter exhaustivement et précisément ce qu’il a entendu »”. Voilà ce que Papias dit sur Marc", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiatique, III, 39.15). Cela raccorde aussi avec l’imagerie, que le canon 36 du concile d’Eliberis/Alarife a tenté d’interdire au début du IVème siècle ("Placer des images dans les églises est interdit, car on ne doit pas louer et adorer ce qui est peint sur les murs/Placuit picturas in ecclesia esse non debere, ne quod colitur et adoratur in parietibus depingatur") : la plus ancienne image conservée de la crucifixion après ce concile d’Eliberis/Alarife est un petit ivoire privé de dix centimètres sur sept centimètres et demi exposé sous la référence 1856.0623.5 au British Museum à Londres en Angleterre, datant d’environ 420, contemporain des codex Bezae Contabrigiensis, Alexandrinus et Ephraemi Rescriptus, on y voit Judas à gauche pendu à un arbre, à droite le lancier vêtu à la mode du début du Vème siècle qui perce le flanc de Jésus en croix, au centre Marie la Vierge et Jean fils de Zébédée avec des traits d’homme mûr et habillé comme un philosophe, Jésus en croix est entre Jean fils de Zébédée et le lancier, il est imberbe, le visage impassible, insensible à la douleur, il semble suspendu en l’air car ses pieds ne sont pas cloués et ne reposent sur aucun support, c’est un Christ en gloire indifférent à la mort et non pas un condamné à mort durant ses derniers instants. La seconde image de crucifixion la plus ancienne conservée est celle de la porte de la basilique Sainte Sabine à Rome, datant d’environ 430, donc presque contemporaine de l’ivoire de Londres et des trois codex précités, cette porte en bois est décorée par quatre colonnes de reliefs, en haut de la première colonne on voit Jésus bras écartés entre deux hommes plus petits de moitié - les deux autres condamnés - mais aucune croix n’est représentée, les trois hommes semblent flotter dans les airs, leurs visages sont indistincts, c’est une crucifixion qui n’en est pas une, une condamnation à mort métamorphosée en gloire céleste - où les deux autres condamnés sont devenus deux anges -, symbolisée par les trois triangles divins au-dessus de leur tête. La mort de Jésus sur la croix reste longtemps un tabou théologique. Dans la crucifixion du folio 13a de l’Evangile de Rabbula déjà mentionné, au début du VIème siècle, Jésus est dessiné auréolé les yeux toujours ouverts tandis que Longinus lui enfonce sa lance dans le flanc, comme s’il était immortel et insensible à la douleur. Une étape est franchie avec le canon 82 du concile de Constantinople en 692, qui encourage la représentation de Jésus "souffrant pour notre salut" en remplacement du symbole de l’agneau immolé ("Nous décrétons que la figure humaine de l’Agneau qui enlève le péché du monde, le Christ notre Dieu, soit désormais représentée dans les images à la place de l’ancien agneau afin que tous comprennent par elle la profondeur de l’humiliation du Logos de Dieu et que nous nous souvenions de sa vie terrestre, de sa passion et de sa mort salvatrice, et de la rédemption accomplie pour le monde entier"), mais même après ce concile en 692 les dessins, peintures et sculptures de crucifixion montrent Jésus toujours vivant. On doit attendre environ 830 pour voir dans le Psautier d’Utrecht, manuscrit d’une centaine de folios de trente centimètres sur vingt-cinq centimètres conservé sous la référence 32 à la bibliothèque de l’université d’Utrecht aux Pays-Bas, une image réaliste de la crucifixion : dans l’illustration à l’encre du Psaume 114, folio 67 recto, on voit en bas le lancier ayant percé le flanc de Jésus, au-dessus un homme barbu (Joseph d’Arimathie ?) vêtu d’un simple subligaculum, portant un plateau garni (de pains consacrés ?) en main droite et levant une coupe en main gauche pour recueillir le sang de Jésus qui s’écoule de la plaie ouverte par la lance, à droite on voit une femme aux cheveux longs (Marie la Vierge ou Marie-Madeleine ?) effaçant ses larmes avec un mouchoir qu’elle tient dans sa main gauche et, encore plus à droite, Jean fils de Zébédée en toge portant son menton dans les doigts de sa main droite et tenant une tablette (où est inscrit le synopsis de son futur évangile ?) sous son bras gauche, au centre Jésus est cloué sur la croix, la tête pendante devant son épaule droite, yeux clos, donc mort. C’est la plus ancienne image connue de Jésus mort, contrairement à toutes les images de crucifixion des siècles précédents où Jésus en croix figurait toujours vivant en majesté. Elle est précédée de peu par le Sacramentaire de Drogon, manuscrit de cent trente folios de vingt-cinq centimètres sur vingt centimètres conservé sous la référence Latin 9428 à la Bibliothèque Nationale à Paris en France, datant d’environ 840 : dans l’initiale historiée O du folio 43 verso, on retrouve à gauche la femme voilée, à gauche Jean fils de Zébédée en toge portant une tablette sous son bras, l’homme barbu du Psautier d’Utrecht est remplacé par Marie-Madeleine portant l’étendard de l’Eglise au bras gauche et levant une coupe de sa main droite pour recueillir le sang qui s’écoule de la plaie ouverte par la lance, devant Joseph d’Arimathie qui lève sa main droite vers le haut de la croix et porte un plateau sous son bras gauche, Jésus est cloué sur la croix, la tête pendante devant son épaule droite, mais on ne voit pas les traits de son visage (l’illustrateur n’a pas pu les dessiner, l’enluminure est trop petite !), un serpent est enroulé au pied de la croix. Quelques décennies plus tard, vers 870, un ivoire de vingt-huit centimètres sur treize centimètres est réalisé on-ne-sait-où en Allemagne, qui sera intégré dans la couverture des Péricopes d’Henri II, manuscrit du début du XIème siècle conservé sous la référence Codices latini monacenses 4452 à la Bibliothèque de Bavière à Munich en Allemagne : on y retrouve le lancier habillé à la mode du IXème siècle perçant le flanc de Jésus, Marie-Madeleine portant l’étendard de l’Eglise au bras gauche et levant une coupe de sa main droite pour recueillir le sang qui s’écoule de la plaie ouverte par la lance, le serpent enroulé au pied de la croix, Jésus est cloué sur la croix, tête pendante devant son épaule droite, yeux clos. L’étape suivante, qui annoncera la Renaissance et le début de la lente démystification jusqu’aux réfutations de l’érudit allemand Hermann-Samuel Reimarus au XVIIIème siècle et aux exégèses universitaires des XIXème et XXème siècles - et à notre présente étude ! -, sera le Christ mort en croix peint par l’Italien Cimabue pour la basilique Sante Corce à Florence en Italie à la fin du XIIIème siècle, les yeux clos, le visage crispé par les dernières douleurs, le teint verdâtre, les côtes saillant sous la peau après l’étouffement causé par la lourdeur du corps épuisé qui s’est affaissé, le sang giclant encore autour des clous aux mains et aux pieds : dans cette image révolutionnaire Jésus ne sera plus Dieu en majesté mais un simple condamné à mort ayant purgé sa peine, un homme ayant trépassé dans des grandes souffrances. En résumé, l’idée de résurrection ne s’est pas imposée tout de suite, parce que l’idée de Jésus mort sur la croix a été refusée pendant très longtemps par les autorités ecclésiastiques : jusqu’aux VIIème-IXème siècles (entre le concile de Constantinople de 692 et le Psautier d’Utrecht vers 820) Jésus n’est pas mort sur la croix, il a supporté l’épreuve sans sourciller, il a été enseveli par méprise par ses proches n’ayant pas compris qu’il était simplement endormi, et il est sorti du tombeau après avoir roulé la pierre d’entrée en lui disant : "Roule !", jusqu’aux VIIème-IXème siècles on croit que Jésus n’est pas ressuscité car on croit qu’il n’a jamais cessé d’être vivant. Et on comprend pourquoi. Etre condamné par un préfet de Rome est une dégradation chez les Romains, dans ces conditions comment espérer recruter des nouveaux disciples parmi les Romains ? Nous verrons dans notre prochain paragraphe que Saül/Paul est confronté à ce problème dès les années qui suivent la crucifixion, et que son kérygme joue autant sur les mots que le kérygme de Simon-Pierre pour essayer d’estomper la fin lamentable de Jésus et de son ministère. L’échec est effectivement absolu : pas d’instauration du royaume de Dieu, pas de restauration du royaume d’Israël, les Romains ne sont pas chassés de la Terre Promise (Jésus lui-même semble avoir douté de sa mission peu avant son trépas, son : "Eli, Eli, lama sabactani ?/Dieu, Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?" [Matthieu 27.46] est autant une citation du Tanakh [Psaume 22 2] qu’un cri spontané de détresse), la communauté est en pleine déroute (Jésus meurt lâché par tous, par la foule qui le siffle, par Judas qui l’a trahi, par Simon-Pierre qui l’a renié, par les autres apôtres qui se sont enfuis). Même Simon-Pierre dans son kérygme ne cache pas la mort physique ignominieuse de Jésus quand il déclare : "Vous l’avez tué en le crucifiant via des infidèles" (Actes des apôtres 2.23). Même les évangélistes, contrairement aux dessinateurs, peintres et sculpteurs des siècles antérieurs au Psautier d’Utrecht au IXème siècle, ne présentent pas la crucifixion comme une montée vers la Lumière après un parcours de Ténèbres, mais comme un ratage, et ils ne s’y attardent pas. Alors comment est-on passé de la réalité d’un homme mort sur une croix et reconnu tel par ses proches effondrés et par tous ses contemporains, à la conviction que cet homme est demeuré vivant ? La lecture entrecroisée des historiens et de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé apporte une réponse sourcée, logique et simple. Le vol de cadavres au début de l’Empire romain est une pratique courante, pour diverses raisons. Les bonimenteurs volent des cadavres pour fabriquer des mixtures censées guérir de la maladie ou de l’impuissance ou de la calvitie ("On dit que même les tombeaux des morts n’y sont pas en sureté, sur les lieux d’incinération et sur les bûchers on prélève leur dépouille, on arrache des lambeaux de cadavres pour servir d’outils funestes contre les vivants. On raconte que des vieilles sorcières, lors des funérailles, dérobent les défunts avant qu’ils ne soient ensevelis", Apulée, Métamorphoses/L’âne d’or II.20). Les médecins volent les cadavres pour analyser leurs viscères et parfaire leurs connaissances anatomiques. Les trafiquants volent les cadavres pour récupérer et revendre colliers, bracelets, boucles d’oreilles, broches, vêtements brodés ornant le défunt. D’autres volent les cadavres pour rançonner leur famille : "La dépouille de ta mère ou de ta fille a disparu ? Je connais quelqu’un qui pourrait se renseigner et te la retrouver. Mais pour cela tu dois me donner mille sesterces en paiement de ce service" (nous avons vu que, selon la vision 619.10 précitée de Maria Valtorta, Marie-Madeleine est disposée à payer très cher, le "poids en or et bijoux" du cadavre de Jésus, celui qu’elle croit en être le voleur). Un décret condamnant à mort les pilleurs de tombes est placardé en divers lieux par un Empereur non-identifié de la première moitié du Ier siècle, consigné sous les références VIII.13, XIII.596, XVI.828 et XX.452 dans le répertoire Supplementum Epigraphicum Graecum - ou "SEG" dans le petit monde des hellénistes - de l’archéologue néerlandais Jacob Johannes Ewoud Hondius ("Edit de César. Je décrète que les sépultures et les tombeaux réalisés pour honorer les ancêtres, les enfants ou les proches, doivent rester intacts à perpétuité. Si un homme est accusé d’avoir détruit une tombe, ou d’en avoir exhumé les corps pour n’importe quelle raison, ou de les avoir transférés injurieusement à des fins frauduleuses, ou d’avoir ôté les serrures et les pierres, je décrète que cet homme sera condamné pour son manque de respect envers les défunts avec la même rigueur que pour impiété envers les dieux") : si ce décret existe, c’est parce que le délit ayant poussé à sa création est répandu, ce document épigraphique est donc la preuve tacite que le vol de cadavres est un délit répandu dans l’Empire romain de la première moitié du Ier siècle. Le cadavre de Jésus a peut-être été la cible d’un ou de plusieurs banals pilleurs de tombes de cette époque. Et la disparition définitive du cadavre est encore plus facile à expliquer que le vol. Car quand on se replace dans le contexte, on comprend vite que toutes les parties ont intérêt à sa disparition définitive. Ponce Pilate y a intérêt parce qu’il ne veut pas que partisans et adversaires de Jésus continuent à se rassembler et à se quereller autour de sa dépouille en provoquant des nouveaux troubles publics. Les adversaires de Jésus y ont intérêt parce qu’ils ne veulent pas que la dépouille de Jésus devienne un but de pèlerinage, l’objet d’un culte divin comme celle d’Alexandre le Grand à Alexandrie, ou plus tard celles de Lénine à Moscou, de Mao à Pékin, d’Ho Chi Minh à Hanoi (rappelons que Deutéronome 13.6 ordonne que les faux prophètes "doivent disparaître", par ailleurs le Sanhédrin ne doit son autorité résiduelle qu’au bon vouloir de Rome, les sanhédristes sont donc naturellement enclins à maintenir l’ordre romain, notamment à lutter contre tout risque d’insurrection qui s’inscrirait dans la lignée d’un prétendu Mashiah/Messie ayant voulu détruire le Temple et en rebâtir un nouveau en trois jours…). Et les partisans de Jésus y ont intérêt parce qu’ils ne veulent pas que le corps physique de Jésus se putréfie peu à peu aux yeux de tous, devienne une charogne en décomposition, laissant voir ses chairs et ses os, image incompatible avec l’idée d’un Mashiah/Messie triomphant et d’un fils de Dieu toujours vivant (l’évangile de Matthieu, daté vers 80, dit que les disciples de Jésus ont vite été soupçonnés d’avoir volé le cadavre, et que ce soupçon "dure jusqu’à aujourd’hui" en Matthieu 28.15). On peut aller jusqu’à supposer que, si les voleurs du cadavre de Jésus se sont présentés à Ponce Pilate ou aux adversaires ou aux partisans de Jésus pour leur réclamer une rançon, ces derniers leur ont répondu le contraire de ce qu’ils espéraient : "Vous avez volé le cadavre de Jésus, et vous me réclamez mille sesterces pour me le restituer ? Je vous donne deux mille sesterces à condition que vous m’en débarrassiez définitivement ! Brûlez-le, jetez-le dans un gouffre, noyez-le attaché à une pierre, donnez-le en pâture à des crocodiles, peu importe, arrangez-vous pour qu’il ne reparaisse plus jamais ! Et j’ajoute mille sesterces supplémentaires pour que vous gardiez le silence, personne ne doit apprendre notre petit arrangement, même pas ma famille, même pas mes amis, j’en prends la responsabilité pour l’utilité de tous !". Nous avons vu précédemment que, selon Maria Valtorta comme selon les évangélistes, les apôtres après la crucifixion disent : "Jésus est vivant !" de la même façon que les communistes au XXème siècle diront : "Karl Marx est vivant !", la "résurrection" dans leur discours ne porte par sur la personne physique de leur chef défunt mais sur la permanence des actes et des paroles de leur chef défunt, c’est une "résurrection" non pas en chair mais exclusivement en esprit, figurée, rhétorique, symbolique. De cette résurrection symbolique à la fiction d’un corps toujours palpitant, la distance est courte, et franchie d’autant plus vite que les premiers chrétiens n’ont pas le choix. Jusqu’en 70 ces derniers espèrent encore recruter parmi les juifs, mais leurs plus grands espoirs résident dans le recrutement des non-juifs, chez les Grecs et les peuples hellénisés, et chez les Romains. Or les Grecs et les Romains estiment que, pour qu’un individu soit "élevé" jusqu’aux cieux, "réveillé" parmi les morts, il doit avoir accompli de son vivant des gestes glorieux et spectaculaires. Et on ne trouve aucun geste glorieux et spectaculaire dans la biographie de Jésus, au contraire sa mort est piteuse et anonyme. Au tournant des IIème et IIIème siècles, Tertullien se plaint que les Grecs vénèrent des vulgaires colonnes à Athéna dans Athènes ou à Déméter dans Alexandrie et refusent de vénérer la sainte croix de Jésus ("Quelle différence entre le montant d’une croix et Pallas [Athéna] à Athènes ou Cérès [Déméter] à Pharos exposées publiquement aux regards, sans image, sous la forme d’un pieu grossier et d’un informe morceau de bois ? Tout morceau de bois en position verticale peut être une partie de croix. Et nous, en adorant la croix entière, nous adorons le Dieu entier. J’ai dit que vos dieux sont ébauchés sur une structure en croix par vos sculpteurs. Vous adorez aussi des Victoires, des trophées dans lesquels on trouve également des croix. La religion militaire des Romains révère les enseignes, jure par les enseignes, met les enseignes au-dessus de tous les dieux, or toutes ces enseignes imagées ne sont que la parure des croix, les voiles des étendards et des bannières sont le vêtement des croix", Tertullien, Apologétique 16), il se plaint aussi qu’un de ses compatriotes païens a récemment diverti les Romains en publiant un dessin où Jésus était représenté avec une tête d’âne ("Avec certains de vos auteurs, vous rêvez que nous adorons un dieu à tête d’âne. Cornelius Tacite est l’auteur de cette fable. Dans le livre V de son Histoire, quand il traite de la guerre des juifs, il remonte dans le passé de ce peuple et, sur son origine, sur son nom, sur sa religion, il parle selon son plaisir. Il raconte que les juifs, délivrés du joug de l’Egypte ou, comme il le pense, exilés de ce pays, furent tourmentés par la soif dans le désert arabique dépourvu d’eau, ils auraient alors utilisé des ânes sauvages comme guides qui, s’abreuvant au sortir des pâturages, leur auraient indiqué des sources, ils auraient consacré la tête de ces animaux en reconnaissance de ce service [Tacite, Histoire V.3]. Voilà probablement la cause de la fable nous présentant comme des adorateurs de la même idole, sous prétexte que nous sommes apparentés aux juifs. Le même Tacite, si fertile en mensonges, dit pourtant dans la même Histoire, que Cnaeus Pompée après sa prise de Jérusalem est entré dans le Temple pour découvrir les mystères de la religion juive, et qu’il n’y a rien trouvé [Tacite, Histoire V.9] : si l’objet du culte des juifs avait été une image quelconque, ils l’auraient forcément exposée dans ce sanctuaire plutôt que partout ailleurs, puisqu’ils n’auraient pas eu à redouter les regards des étrangers dans ce culte vain et supersticieux. Seul les prêtres pouvaient entrer dans le sanctuaire, un voile déployé en dérobait la vue aux autres. Vous ne niez pas adorer des chevaux et des bêtes de somme avec Epona [déesse celte/gauloise intégrée au panthéon romain] : est-ce cela que vous reprochez aux chrétiens, ne pas adorer toutes sortes d’animaux mais seulement les ânes ? […] Récemment on a publié en ville une nouvelle représentation de notre Dieu. Un des hommes qui loue leur sang pour combattre les fauves a exposé un tableau avec cette inscription : “DEUS CHRISTIANORUM ONOKOITHS["dieu des chrétiens Onokoitès", cette inscription mêle le latin et le grec ; "Onokoitès" est une personnification de "refuge/ko…th des ânes/Ônoj"], représentant un personnage avec des oreilles d’âne, un pied de corne, un livre à la main, vêtu de la toge. Le nom et la forme ont provoqué le rire. Mais en vérité ce dieu à double nature convenait parfaitement à nos adversaires, qui adorent des dieux à tête de chien et de lion, à cornes de chèvre et de bélier, boucs depuis les reins, serpents depuis les cuisses, portant des ailes au dos ou aux pieds", Clément d’Alexandrie, Apologétique 16). Dans la seconde moitié du IIème siècle, l’érudit romain hellénophone païen Celse rappelle ironiquement qu’avant Jésus on ne connaît aucun exemple de héros ayant sauvé le monde en étant cloué à une croix ("Comment aurions-nous pris pour Dieu un homme qui, comme on le lui reprochait souvent, n’a rien fait de ce dont il se vantait, et qui, dénoncé et condamné au supplice, s’est caché honteusement sans pouvoir échapper à sa capture, trahi par ceux qu’il appelait ses disciples ? Un Dieu ne fuit pas et ne se laisse pas enchaîner, et il n’est pas abandonné par ceux qui vivent avec lui, qui ne lui cachent rien, qui le suivent comme un maître et un sauveur, comme un fils et un envoyé du grand Dieu", Origène, Contre Celse II.9 ; "Le sang sortant de sa blessure était-il semblable à la liqueur “coulant dans les veines des dieux bienheureux” [Iliade V.340] ?", Origène, Contre Celse II.36 ; "Sa soif était si ardente qu’il était prêt à tout recevoir bouche béante [allusion à l’épisode où Jésus sur la croix boit le vinaigre et le fiel, trahissant son humanité] !", Origène, Contre Celse II.37 ; "“Quelle raison vous a amené à le croire fils de Dieu ?” “Nous savons qu’il a souffert le supplice pour détruire le père de nos péchés” […] “Mais des quantités d’autres n’ont-ils pas subi le même supplice avec autant de souffrance et autant d’ignominie ?”", Origène, Contre Celse II.47 ; "Vous dites qu’il s’est sauvé après sa mort, lui qui n’avait pas su se sauver de son vivant, qu’il a montré sur son corps les marques de son supplice, et dans ses mains les traces des clous. Mais qui a vu ces choses ? Une femme égarée [Marie-Madeleine], selon vos propres dires, et peut-être un autre membre du groupe [Thomas/Didyme touchant les plaies, ou Jean fils de Zébédée qui rapporte dans son évangile l’épisode de Thomas/Didyme touchant les plaies] ensorcelé qui a pris ses rêves pour la réalité ou dont l’imagination a donné corps à ses désirs, comme cela arrive à tant de gens, ou plus probablement qui a voulu frapper les esprits avec un récit merveilleux et offrir matière à ses complices en charlatanisme", Origène, Contre Celse II.55). A la même époque, dans la seconde moitié du IIème siècle, un jeune serviteur hellénophone de la Cour impériale raille l’un de ses camarades appelé "Alexamenos" converti au christianisme : sur un mur du paedagogium où ils crêchent (petit bâtiment en contrebas du mont Palatin, entre les palais impériaux et le cirque Maxime), il réalise un graffiti montrant Alexamenos vénérant un homme affublé d’une tête d’âne cloué sur une croix avec la légende : "ALEXAMENOS SEBETE QEON/Alexamenos loue Dieu" (ce graffiti sera découvert en 1857, il est exposé aujourd’hui au musée Palatin à Rome en Italie). Seule solution pour les chrétiens : effacer définitivement le cadavre de leur maître et transformer son corps mort en un corps vivant, pour satisfaire la logique des Grecs et des Romains qui - comme nous ! - sont incapables d’associer l’idée d’un homme toujours vivant avec la matérialité d’un cadavre en décomposition dans un tombeau près du Golgotha, et pour donner à Jésus le caractère glorieux et spectaculaire que sa vie jusqu’à la crucifixion n’a pas. Ce glissement est aisé, favorisé par le vol du cadavre : si le cadavre n’est plus dans le tombeau c’est parce qu’il est ailleurs, et s’il est ailleurs c’est soit parce qu’il a été volé soit parce que Jésus n’était pas complètement mort trois jours auparavant ou qu’il est revenu à la vie, il était toujours vivant ou il s’est ressuscité, dans les deux derniers cas il est sorti du tombeau et il se promène actuellement dans la région de Jérusalem et au-delà, donc allons à sa recherche. La suite du processus est bien connue des psychologues et des historiens, notamment depuis l’expérience de Solomon Ach en 1951 (dans un groupe, on demande publiquement à un complice de dire si le bâton de droite est plus long ou plus court que le bâton de gauche, le complice donne délibérément une réponse fausse, on pose la même question à un deuxième complice qui donne aussi délibérément une réponse fausse, même question à un troisième complice qui donne encore une réponse fausse, même question et même réponse fausse avec un quatrième complice, un cinquième, un sixième, et ainsi de suite jusqu’au cobaye, qui donne aussi une réponse fausse en sachant qu’il donne une réponse fausse, simplement parce qu’il ne veut pas être exclu du groupe, être considéré par les autres comme un vilain petit canard, montré du doigt comme générateur de chaos social, et quand on demande au cobaye s’il peut expliquer sa réponse devant les autres il donne toutes sortes de raisons pour justifier qu’il est d’accord avec ce que les autres ont répondu, il s’auto-convainc contre l’évidence que le réel devant ses yeux n’est pas le réel, il préfère sciemment devenir fou plutôt qu’être rejeté par les autres), c’est un mécanisme qui se répète au fil des siècles tantôt de manière anecdotique tantôt de manière dramatique, suivant le scénario que nous avons analysé plus haut : si des gens voient Jésus devant eux, ce n’est pas parce que réellement Jésus est devant eux, mais parce qu’ils veulent voir Jésus devant eux, parce qu’ils sont en état psychologique plus ou moins volontaire de le voir. Ainsi en l’an 2000, des rockers amoureux d’Elvis Presley croient sincèrement qu’Elvis Presley n’est pas mort et affirment dialoguer régulièrement avec lui, des nostalgiques du IIIème Reich croient sincèrement qu’Hitler n’est pas mort et affirment l’avoir croisé en exil en Argentine ou au Paraguay. Le principe : "Je suis le camp du Bien parce que j’ai vu telle chose, si tu n’as pas vu telle chose tu es le camp du Mal", objet de moquerie quand il est professé par dix personnes, devient un dogme imposé quand il est professé par mille personnes, et un dogme auto-suggéré quand il est professé par un million de personnes. Récemment la dictature covid a suivi le même mécanisme : pendant quelques semaines, sept milliards d’individus manipulés par une petite poignée de comploteurs ont cru sincèrement voir des symptômes d’agonie et de contagion dans un banal raclement de gorge ou un banal éternuement, voir des piétons décédant spontanément en marchant sur le trottoir, voir des hôpitaux pleins, et ils se sont surveillés mutuellement en soupçonnant et en accusant leur voisin ou leur père ou leur fils d’appartenir au camp du Mal dès que celui-ci émettait la moindre question sur la réalité des hôpitaux vides, sur la réalité des lois totalitaires - jusqu’à l’interdiction d’avoir un visage, l’obligation de devenir un pion indifférencié et interchangeable derrière un masque devenu une muselière -, sur la réalité des bas chiffres de mortalité, et sur les agissements bien réels de comploteurs identifiés (sur l’épisode de l’apôtre Thomas/Didyme refusant de croire tant qu’il n’a pas touché les plaies, en Jean 20.24-29, on peut conclure de la même façon que sur la propagande de n’importe quelle idéologie, le but de cet épisode est de signifier aux méfiants, aux perplexes, aux curieux, aux sceptiques, aux complotistes : "Ne soyez pas comme l’apôtre Thomas/Didyme ! Croyez et ne posez pas de questions ! On vous dit que Jésus est ressuscité, donc Jésus est ressuscité ! Ne demandez pas de preuves !", sous-entendu : "Ne demandez pas de preuves parce que nous sommes incapables de vous en donner : nous n’en avons pas" ; l’épisode de Luc 24.18 où Cléophas reproche au voyageur d’ignorer les événements récents à Jérusalem relève de la même logique : au fond Cléophas reproche à ce voyageur de ne pas participer à l’hystérie collective, il le juge comme un danger pour la collectivité, un réfractaire à l’ordre nouveau, un rebelle qui doit être condamné au nom du Bien). Dans notre paragraphe suivant, à travers trois lettres de Saül/Paul, nous verrons que ce mécanisme se développe en très peu de temps, il s’imposera finalement dans les années 60-70 quand la relation entre juifs et Romains se tendra et dégénèrera en guerre en 66 puis se terminera en 70 par l’anéantissement du Temple et la transformation du sud Levant en nouvelle province romaine de Palestine. Avant 66 les chrétiens recrutent une minorité chez les juifs et une majorité chez les non-juifs, après 70 ils n’auront pas d’autre choix que recruter seulement parmi les non-juifs, et même pire : ils devront réécrire l’origine de leur mouvement, estomper la nature juive de leur maître, puisque les juifs seront devenus les ennemis vaincus des non-juifs vainqueurs. Avant 66 les chrétiens jouent sur les mots en séparant le corps et l’âme, ils reconnaissent que la personne physique de Jésus est certes morte sur la croix mais que ses paroles et ses actes restent toujours valables après sa mort, que Jésus n’est donc pas complètement mort, Jésus continue à exister à travers les actes et les paroles de son ministère, en revanche après 70 les chrétiens ne pourront plus dire que Jésus est mort comme "roi des juifs" condamné par un préfet romain, alors ils atténueront la responsabilité du préfet romain en accentuant la responsabilité des juifs dans leur ensemble, et transformeront Jésus en surhomme qui ne meurt pas sur la croix, qui supporte l’épreuve sans sourciller, qui est enseveli par méprise par ses proches n’ayant pas compris qu’il est simplement endormi, et qui sort du tombeau après avoir roulé la pierre d’entrée en lui disant : "Roule !". Et cette fable germe et croît parce que les chrétiens bénéficient d’un terreau idéal. Sur ce plan encore, Maria Valtorta ne contredit nullement les évangiles, au contraire elle les approuve et les complète. Elle confère aux personnages gravitant autour de Jésus une psychologie parfaitement pertinente, plausible, fondée, conséquente. Ainsi Simon-Pierre, dont l’exégète Christian Grappe dans le premier épisode de la série documentaire L’origine du christianisme de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat en 2003 dit qu’il "est fonceur et gaffeur, prêt aux plus grands élans mais se trompe parfois lourdement, très homogène dans les évangiles et dans les Actes des apôtres et jusqu’à la Lettre aux Galates", se retrouve aussi homogène dans L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, le lecteur a l’impression de voir le Simon-Pierre historique des évangiles et des Actes des apôtres quand Maria Valtorta raconte comment il casse du bois pour calmer ses nerfs et s’empêcher de cogner Judas qui le provoque (dans la vision 403.2), ou quand il conduit avec l’hésitation d’un débutant le chariot entre Séleucie-de-Piérie et Antioche (dans la vision 322.5), ou quand il essaie de cacher sa tristesse dans un coin de ce chariot en chemin inverse (325.7), ou quand il expose sa tendresse pour sa femme Porphyré et son exaspération pour sa belle-mère, ou quand il parle avec passion de son métier de pêcheur en eau douce. Marie-Madeleine avec ses remords d’ancienne prostituée, Marie la Vierge dominatrice sur son fils bâtard et sur son mari imposé et amoureux, Judas adolescent attardé rêvant d’un royaume d’Israël indépendant qui se méprend complètement sur les attentions de Jésus à son égard, sont pareillement très crédibles. Jean-Baptiste fils rebelle d’un fonctionnaire du Temple finalement dépassé par son cousin et disciple mais toujours aimé par la population qui le croit proche d’elle et par les autorités du Temple qui n’ont pas oublié qu’il est l’un des leurs, Hérode-Antipas qui ne sait plus quoi faire pour gagner une once de popularité entre ses deux femmes débauchées et perverses (Hérodiade et Salomé), les pharisiens bien conscients que l’autorité du Sanhédrin ne tient qu’à Rome et cherchant à recentrer le judaïsme sur le Tanakh au détriment du Temple, sont pareillement très crédibles. Lazare fils d’un ancien haut gouverneur juif allié des Romains, en conséquence intouchable pour les juifs et soutien de poids pour Jésus, Marthe maîtresse de maison fustigeant sa sœur Marie-Madeleine quand elle se prostitue et la fustigeant encore quand elle se pâme pour Jésus - qui l’ignore… - afin d’oublier sa prostitution, Joseph d’Arimathie conscient que le Sanhédrin dont il est membre se pourrit, cherchant dans le ministère une alternative aux usages du Temple devenus creux et vides, sont pareillement très crédibles. Les Grecs Félix/Jean d’En-Dor et Syntyché, respectivement bagnard et esclave des Romains, demeurés fidèles à leur Grèce originelle, convaincus de trouver dans le ministère la quintessence du Logos grec, les juifs hellénisés Etienne et Timon d’Aera futurs diacres, respectivement élève de Gamaliel et chef de la synagogue d’Archélais/Al-Auja, intégrant le ministère par déception du pharisianisme, sont pareillement très crédibles. Ponce Pilate brute épaisse facilement manipulé par sa femme quand l’ordre règne mais redevenant une brute épaisse dès qu’un désordre se propage, Claudia Procula et les autres dames romaines affectant l’adhésion au ministère tantôt par divertissement tantôt par désespoir en constatant que leur vie dans les salons dorés de l’Empire est stérile et dérisoire, Decimus Valerius Asiaticus notable de province gauloise délaissant son domaine en Egypte pour partager un temps son ambition aux côtés de Ponce Pilate à Césarée, en attendant de conquérir Rome aux côtés de Caius Caligula, sont pareillement très crédibles. Tous les nombreux personnages de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, de premier rôle ou de second rôle, sont aussi fouillés que ceux de la Comédie humaine de Balzac ou ceux d’A la recherche du temps perdu de Proust, mais contrairement à Rastignac ou Grandet ou Charlus ou Verdurin ils n’incarnent pas des stéréotypes de leur époque, ils sont des personnages historiques d’une époque bien antérieure à celle de Maria Valtorta, le lecteur a l’impression qu’ils sont devant lui tant leurs attitudes et leurs propos s’accordent avec ce que les historiens, les archéologues et les exégètes disent sur les événements du Ier siècle, et, surtout, Maria Valtorta n’a consacré que trois ans a écrire son œuvre tandis que Balzac et Proust ont consacré plusieurs décennies aux leurs et sont morts sans les avoir achevées. Tous ces nombreux personnages que Maria Valtorta paraît avoir réellement vus s’accordant avec l’évangile et avec l’Histoire tendent vers le même but lié à la même cause : la quête d’une nouvelle spiritualité, pour pallier à l’impasse dans lequel s’enfonce le système impérial fondé par Octave Auguste. En cela réside l’essor et le succès du christianisme, dès le Ier siècle. Les historiens définissent le destin comme la rencontre entre un homme et un peuple, l’adéquation stricte et exacte entre le parcours personnel d’un homme et les aspirations profondes de ses contemporains, la fusion temporaire entre l’un et l’autre. Eh bien ! assurément Jésus est un destin. D’autres cadavres ont été volés au cours de l’Histoire, mais tous n’ont pas fondé une nouvelle religion. D’autres farfelus ont prétendu être ressuscités au cours de l’Histoire, ou être des réincarnations de rois ou de valeureux capitaines, mais tous n’ont pas fondé une nouvelle religion. Si Jésus est resté dans l’Histoire, ce n’est pas parce que l’homme en lui-même était extraordinaire, mais parce sa vie a répondu strictement et exactement aux attentes du temps et du milieu dans lesquels elle est apparue. L’origine du christianisme se trouve non pas dans une résurrection qui n’a jamais eu lieu, mais dans le parcours personnel de Jésus au sud Levant, antithèse de celui des Empereurs en Italie. On peut adresser beaucoup de reproches à Jésus, mégalomane à se prendre pour le fils de Dieu, faussaire à présenter ses soins de guérisseur comme des miracles, gauchiste à distribuer aux pauvres des biens qu’il n’a pas fabriqués ni achetés, nationaliste chauvin à s’adresser uniquement aux brebis perdues d’Israël puis internationaliste apatride à s’adresser à tous les peuples après voir échoué à rassembler les brebis perdues d’Israël, mélodramatique à surjouer ses sermons, agaçant à alterner des colères soudaines, des bouderies interminables, des enthousiasmes exagéréments béats, des silences lui servant de refuge, des provocations lui servant de tribune, en tout cas on ne peut pas lui reprocher d’avoir été un méchant, Jésus n’a tué personne, il n’a blessé personne, il n’a jamais nui à quiconque, il n’a jamais voulu nuire à quiconque, au contraire il a accueilli ceux que la société a rejetés (comme Simon le zélote rejeté à cause de sa maladie de peau), il a soigné les malades (du moins avec les moyens dont il disposait, sans accomplir de miracles certes), il a toujours pris le temps d’écouter les autres, de les consoler quand ils étaient dans la douleur, de les réconforter quand ils étaient dans la peine, Jésus a toujours professé l’amour du prochain. Et cet homme professant l’amour du prochain a été éliminé de façon inique par le pouvoir romain et par des laquais du pouvoir romain. D’un côté en Méditerranée orientale entre Nazareth et Jérusalem un homme parcourt des kilomètres en répétant inlassablement à tous ceux qu’il croise : "Aime-moi, car moi je t’aime" et il est finalement cloué sur une croix par des minables, de l’autre côté en Méditerranée occidentale entre Rome et Capri un autre homme dont ces minables sont les sous-fifres et les serviteurs de ses sous-fifres, divinisé par la Constitution impériale, ayant complètement perdu les notions de Bien et de Mal en raison de sa divinisation, ayant complètement coupé tout lien avec ses administrés qu’il n’administre plus, occupe ses journées à torturer à mort des poètes dont il n’aime pas les vers, le plus longtemps possible pour jouir du spectacle de leurs souffrances, et à sodomiser des garçons de dix ans avant de leur briser les jambes et de les jeter du haut de la falaise quand ils sont épuisés. Soumises au pouvoir délirant de cet homme-ci, les populations de l’Empire, depuis le sujet ordinaire jusqu’à certains aristocrates romains ne supportant plus son pouvoir délirant en passant par tous les citoyens hellénisés, ont été attirées naturellement par le ministère de cet homme-là, qui a rappelé comme l’Antigone de Sophocle que des lois non-écrites existent face aux lois écrites et qu’à la fin ces lois non-écrites gagnent toujours sur les lois écrites, qu’en conséquence les lois écrites ne respectant pas les lois non-écrites sont vouées à disparaître même quand elles semblent solidement ancrées : "Le Bien et le Mal sont des lois non-écrites, ils ne dépendent pas des décrets d’un Empereur, aimer son prochain est Bien, saigner les poètes ou torturer les enfants est Mal, moi Jésus je veux le Bien, je ne juge pas et j’aime, et même sur la croix je continuerai à aimer". Dans son discours d’inauguration de la Maison de la culture à Amiens le 19 mai 1966, Malraux déclare qu’Antigone est "l’une des plus grandes voix chrétiennes même si le Christ n’avait pas existé" : au terme de notre analyse nous approuvons ce propos de Malraux en le retournant, en disant que même si Jésus n’avait pas existé le christianisme serait né et se serait développé avec la même force et la même rapidité dès le Ier siècle, sous un autre nom mais avec le même contenu sophocléen.


Car du côté de l’Italie en effet, l’Empereur Tibère vire mal.


En 29, Livie, dernière bride retenant son fils Tibère de couler dans le vice, meurt. Tibère ne daigne pas se déplacer pour les funérailles, punissant même les sénateurs qui rendent des hommages trop flatteurs à la défunte ("Sous les consuls [Lucius] Rubellius [Geminus] et [Caius] Fufius [Geminus] [en 29], surnommés tous deux ‟Géminus”, mourut à un âge avancé [Livie] Julia Augusta, héritière de la noblesse des Claudii, réunie par adoption à celle des Livii et des Julii. […] Elle fut pure dans ses mœurs jusqu’à ses derniers jours, investie au-delà de ce qui était permis aux femmes de l’époque, mère impérieuse, épouse complaisante, son caractère correspondait parfaitement à la politique de son époux et à la dissimulation de son fils. Ses funérailles furent modestes, son testament longtemps négligé. Elle fut louée à la tribune par son arrière-petit-fils Caius [Caligula] César, qui devint Empereur par la suite. Tibère n’interrompit pas le cours de ses plaisirs pour rendre les derniers devoirs à sa mère, il s’en excusa par lettre en prétextant des affaires importantes. Parmi les honneurs que le Sénat décida généreusement à la mémoire de [Livie] Augusta, il retrancha les uns sous couvert de modestie, valida un très petit nombre des autres, interdit qu’on décernât l’apothéose soi-disant parce que telle était la volonté de sa mère. Dans un passage de sa lettre il s’éleva même contre “les amitiés avec les femmes”, attaque tacite contre le consul [Caius] Fufius [Geminus] dont la fortune avait été l’œuvre de [Livie] Augusta : [Caius] Fufius [Geminus] disposait des agréments attirant les femmes, par ailleurs il était beau parleur, se permettant sur Tibère des plaisanteries mordantes dont les hommes puissants conservent longtemps le souvenir", Tacite, Annales V.1-2 ; "A la même époque mourut Livie, à l’âge de quatre-vingt-six ans. Tibère ne la visita pas durant sa maladie et ne l’exposa pas après sa mort, pour seuls honneurs il ne lui accorda que des funérailles aux frais de l’Etat, des statues et quelques autres distinctions insignifiantes, il défendit fermement de l’élever au rang de déesse", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.2). Il se déchaîne contre Agrippine l’Aînée, veuve de Germanicus (neveu de Tibère), et brue de Tibère depuis que ce dernier a adopté Germanicus comme son fils en 4. Livie détestait Agrippine l’Aînée, mais elle la respectait néanmoins en public comme membre de la dynastie impériale. Tibère n’a pas ces prévenances. Le détail de l’affaire nous échappe car le livre V des Annales de Tacite qui la racontait est presque intégralement perdu, on sait seulement que Tibère a recouru aux services de Séjan pour fabriquer des fausses accusations contre Agrippine l’Aînée devant le Sénat ("A partir de ce moment [la mort de Livie], la domination devint emportée et violente. Du vivant de [Livie] Augusta, un refuge restait : le prince [Tibère] gardait à sa mère un respect usuel, et Séjan n’osait pas s’opposer à l’autorité maternelle. Délivrés de ce frein, ils s’abandonnèrent à leur rage. Une lettre fut adressée au Sénat contre Agrippine [l’Aînée] et Nero [Julius César] [fils d’Agrippine l’Aînée]. On la crut envoyée depuis longtemps et interceptée par [Livie] Augusta, car elle fut lue peu de jours après sa mort. Elle contenait des expressions amères étudiées, n’invoquant ni révolte ni complot. Tibère imputait à son petit-fils [Nero Julius César] des amours infâmes et l’oubli de toute pudeur, et, il reprochait à sa bru [Agrippine l’Aînée] un air hautain et une âme rebelle, n’osant pas calomnier ses mœurs. La peur et le silence s’installèrent dans le Sénat. Quelques hommes n’attendant rien des moyens honnêtes (les ambitieux savent tourner à leur profit les malheurs publics) demandèrent à un débat. [Marcus Aurelius] Cotta [Maximus] Messalinus, plus empressé que les autres, proposa une solution cruelle, mais les autres tremblaient, surtout les magistrats, car Tibère malgré la violence de son invective n’avait pas donné clairement sa position. […] Mais le peuple, portant les images d’Agrippine [l’Aînée] et de Nero [Julius César], entoura le Sénat et, au milieu de ses acclamations et de ses vœux pour Tibère, cria que la lettre est fausse et qu’on tramait la perte de la maison impériale contre la volonté de l’Empereur. Aucune résolution cruelle ne fut donc prise ce jour-là. […] Tibère renouvela donc ses invectives contre son petit-fils et sa bru. Il blâma le peuple par un édit et se plaignit au Sénat […]. Il demanda que tout fût réservé à sa décision. Le Sénat ne balança plus : il s’interdit tout ordre extrême et déclara que, prêt à venger l’Empereur, il était retenu par sa volonté suprême [texte manque]", Tacite, Annales V.3-5), et que celle-ci a finalement été envoyée éborgnée sur l’île-prison de Pendateria/Ventotene, où elle a entamé une grève de la faim ("[Tibère] l’accusa [Agrippine l’Aînée] de vouloir se réfugier tantôt aux pieds de la statue d’[Octave] Auguste tantôt auprès des légions, finalement il la relégua dans l’île de Pendataria. Elle le lui reprocha en l’injuriant, alors il commanda à un centurion de la frapper, qui lui arracha un œil. Elle résolut de se laisser mourir de faim, mais il la nourrit de force", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 53). Débarrassé de cette femme qui entretenait le souvenir glorieux et encombrant de Germanicus, Tibère se tourne ensuite contre Séjan, qui se comporte de plus en plus comme un Empereur en place de l’Empereur. Dans le paragraphe consacré à l’année 29 de son Histoire romaine, Dion Cassius dit que des statues sont élevées en l’honneur de Séjan, des sacrifices sont organisés en son nom ("L’orgueil de Séjan augmentait. Un décret ordonna que son jour natal serait célébré comme une fête publique, le nombre des statues élevées en son honneur par le Sénat, par les chevaliers, par les tribus et par les principaux citoyens, devint innombrable car sénateurs et chevaliers lui envoyaient des députations personnelles, le peuple lui envoyait ses tribuns et ses édiles, avec autant d’empressement qu’à Tibère, les vœux et les sacrifices étaient adressés à l’un et à l’autre, on jurait par leur fortune", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.2), dans le paragraphe consacré à l’année 31 il dit que la haute aristocratie romaine corrompue par Séjan finit par le considérer comme le vrai détenteur du pouvoir, tandis que Tibère semble devenu le simple gouverneur de l’île de Capri où il s’est retiré ("Par son insolence excessive et l’étendue de son pouvoir, Séjan sembla devenu Empereur, et Tibère relégué au statut de gouverneur de l’île de Capri où il résidait. On s’empressait auprès de Séjan, on poussait sa porte de crainte de ne pas être vu avec lui autant que d’être aperçu parmi les derniers. Il observait tout, les moindres paroles et les moindres signes, surtout chez les principaux citoyens. Les hommes de valeur n’exigent pas un respect absolu, ils ne s’offensent pas quand parfois on les néglige car ils savent que ce n’est pas par mépris. A l’inverse les hommes qui ne brillent que par l’apparence exigent impérieusement des signes de soumission, nécessaires pour se valoriser, et s’ils ne les obtiennent pas ils en sont affligés comme d’une injustice et irrités comme d’une injure. Pour ces derniers on montre plus de zèle que pour les Empereurs, parce que pour ceux-ci pardonner est une marque de vertu, tandis que pour ceux-là pardonner semble accuser leur faiblesse, en conséquence ils préfèrent punir et venger parce qu’ainsi ils croient affermir leur grandeur et leur puissance", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.5). En 30, Tibère estime que la plaisanterie a assez duré. Il commence par endormir Séjan en le nommant consul avec lui pour l’année 31 ("Séjan devenait de jour en jour plus grand et plus redoutable, les sénateurs et les autres citoyens ne prêtaient attention qu’à lui, comme s’il eût été l’Empereur, et ignoraient Tibère. Quand celui-ci en prit conscience, il jugea que la situation était grave, appréhendant que Séjan finît par être proclamé officiellement Empereur, il s’en occupa sérieusement. Néanmoins il ne montra rien, car Séjan s’était fortement attaché la garde prétorienne, il avait gagné les sénateurs, les uns par des bienfaits, les autres par des promesses, et tout l’entourage de Tibère était tellement sous son influence qu’il était instruit immédiatement et sans réserve des propos et des actes du prince, tandis que personne ne rapportait à Tibère ce que faisait Séjan. Tibère l’attaqua donc par une autre voie. Il le proposa comme consul, le proclama “compagnon attentionné”, l’appela plusieurs fois “mon cher Séjan” dans ses messages au Sénat et au peuple. Trompés par ces paroles qu’ils crurent sincères, les Romains élevèrent partout des statues de bronze à Tibère et à Séjan, les représentèrent ensemble dans des tableaux, aménagèrent deux sièges dorés pour eux au théâtre. On décréta qu’ils seraient consuls ensemble pour cinq ans, et qu’à leur entrée dans Rome on irait au-devant d'eux en rendant à l’un et à l’autre les mêmes honneurs. On offrit des sacrifices aux statues de Séjan comme à celles de Tibère", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.4). Parallèlement il multiplie les attentions contradictoires, afin d’entretenir Séjan dans l’incertitude et l’amener à se trahir ("Tibère n’ignora plus aucune menée de son ministre Séjan. Cherchant en lui-même comment l’anéantir, ne trouvant pas le moyen d’agir ouvertement sans s’exposer à des dangers, il recourut à un artifice pour connaître à fond ses sentiments et ceux de son entourage. Il écrivit à Séjan et aux sénateurs des détails nombreux et divers sur son état, disant tantôt qu’il était malade et presque mourant, tantôt qu’il jouissait d’une santé excellente et se préparait à revenir à Rome, tantôt il louait Séjan sans réserve, tantôt il l’abaissait également sans réserve, en son nom il accordait des honneurs à certains de ses amis et en outrageait d’autres. De cette facon, Séjan fut continuellement dans l’incertitude, rempli tour à tour d’un orgueil ou d’une crainte sans borne : il n’avait rien à craindre ni aucune nécessité de se jeter dans une tentative hasardeuse puisqu’on lui accordait des honneurs, et en même temps il ne pouvait pas s’abandonner à la confiance et à l’audace puisqu’on mettait des obstacles à ses entreprises. Ses proches quant à eux, ne sachant s’ils devaient désormais l’honorer ou le délaisser, tournèrent à nouveau leurs regards vers Tibère, dont ils attendaient à chaque instant la mort ou le retour", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.6). Puis il nomme prêtre Caius Caligula, qui attire aussitôt à lui l’enthousiasme du peuple par le souvenir de son père Germanicus (cela permet d’atténuer les violences infligées à Agrippine l’Aînée mère de Caius Caligula quelques mois plus tôt), et il va jusqu’à le déclarer officiellement son successeur, sappant ainsi tous les espoirs de Séjan d’accéder au trône ("Ignorant les intentions de Tibère, et songeant à son caractère impénétrable et à l’instabilité des choses, [Séjan] balançait entre les deux : en privé on veillait à sa sûreté, en public on lui rendait des hommages. Parce que le prince l’avait décoré d’un sacerdoce en même temps que Caius [Caligula], on lui décerna le pouvoir proconsulaire ainsi qu’à son fils et on décréta que son exemple serait proposé à tous les consuls comme règle pour l’exercice de leur charge. Tibère lui donna la prêtrise, mais il ne le convoqua pas auprès de lui, au contraire il annonça se préparer à revenir à Rome et ordonna à Séjan d’y Rome quand celui-ci demanda l’autorisation d’aller en Campanie sous prétexte de visiter sa fiancée malade. Les esprits se détournèrent donc de Séjan pour ces raisons, et aussi parce que Tibère loua Caius [Caligula] lors de son entrée en fonction comme prêtre et le désigna comme son successeur à l’Empire. Séjan fut tenté de réagir, les soldats continuant à lui obéir en tout, mais il en fut dissuadé en voyant le peuple éclater de joie lors de l’hommage à Germanicus, près de Caius [Caligula] : persuadé jusque-là que le peuple était de son côté, l’affection qu’il constata pour Caius [Caligula] ce jour-là le jeta dans un profond découragement", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.7-8). Ayant réaffirmé son autorité par la magistrature consulaire et par l’affirmation de la continuité dynastique, ayant également regagné un soutien populaire en relevant le nom de Germanicus par le fils (Caius Caligula, devenu héritier de l’Empire) après l’avoir abaissé par l’épouse (Agrippine l’Aînée, emprisonnée), Tibère juge le moment venu d’achever Séjan. Dans la liste consulaire référencée 1233 dans le volume X du Corpus Inscriptionum Latinarum ou "CIL" dans le petit monde des latinistes, on découvre ligne 9 que les deux consuls Tibère et Séjan sont remplacés en mai 31 par deux consuls suffects, le premier par "Faustus Cornelius Sulla", le second par "Sextus Teidius Catullus", à la ligne 10 on lit qu’en juillet 31 Sextus Teidius Catullus est à son tour remplacé par "Lucius Fulcinius Trio", et à la ligne 13 on lit qu’en octobre 31 Faustus Cornelius Sulla est remplacé par "Publius Memmius Regulus". On suppose que Tibère a démissionné de son poste de consul en mai 31 pour obliger Séjan à l’imiter, ils ont été remplacés par des intérimaires (on ne connaît presque rien de Faustus Cornelius Sulla et Sextus Teidius Catullus), deux mois plus tard Séjan a installé un homme à son service : Lucius Fulcinius Trio, et encore trois mois plus tard Tibère a installé également un homme à son service : Publius Memmius Regulus. Les origines de Lucius Fulcinius Trio, le consul suffect au service de Séjan, sont obscures, le plus ancien des Fulcinii dont la mémoire collective a conservé le nom est Caius Fulcinius envoyé par Rome vers les Etrusques de la cité de Veies ayant accaparé la cité-frontière de Fidènes au Vème siècle av. J.-C., Caius Fulcinius a été assassiné par les Etrusques lors de cette ambassade en -437 (selon Tite-Live, Ab Urbe condita libri, IV, 17.2), Tacite dit simplement que Licius Fulcinius Trio se distingue par son "caractère avide d’infamie/auidumque famae malae" (Tacite, Annales II.28) et rapporte quelques éléments biographiques, notamment son rôle d’accusateur zélé lors du procès contre Cnaeus Calpurnius Piso en 20 que nous avons évoqué plus haut (raconté par Tacite, Annales III.8-15 précités), nous ne nous y attarderons pas pour ne pas déborder du cadre de notre étude. Publius Memmius Regulus quant à lui, le consul suffect au service de Tibère, est un homme de rien ou de pas grand-chose devenu un personnage influent, un "homme neuf/homo novus" parmi beaucoup d’autres du début de l’Empire romain, comme Publius Vitellius l’Ancien, comme Publius Sulpicius Quirinius, comme Ponce Pilate, comme Decimus Valerius Asiaticus. L’inscription 1043 dans le numéro 2019 de la revue annuelle L’année épigraphique - ou "AE" dans le petit monde des hellénistes et des latinistes -, gravée dans un socle de statue sur l’antique camp romain de Ruscino, aujourd’hui le site archéologique de Castell Rossello, quartier est de Perpignan en France (42°42'30"N 2°56'44"E ; pour l’anecdote, le camp romain de "Roscino" a donné son nom au comté du "Roussillon" convoité par toutes les puissances locales qui se sont succédées au cours des siècles), loue Publius Memmius Regulus comme un bienfaiteur régional (la statue perdue surmontant l’inscription le représentait probablement) en donnant les étapes de son ascension politique : "fils de Publius, questeur, édile, légat de César, préteur, proconsul, consul", sa nomination comme remplaçant consulaire de Tibère consacre l’apogée de sa carrière. Avec l’aide politique de Publius Memmius Regulus, combinée à l’aide militaire de Naevius Sutorius Macro, capitaine aux ordres de Séjan mais rêvant de prendre sa place à la tête de la garde prétorienne, Tibère organise une action éclair pour abattre Séjan. Profitant que la garde prétorienne patrouille en ville, il commande à Publius Memmius Regulus de lire aux sénateurs une lettre qu’il lui a confiée. Séjan s’inquiète du contenu de cette lettre, surtout quand il voit le Sénat entouré par ses propres troupes prétoriennes qui obéissent à son subalterne Naevius Sutorius Macro ayant reçu ses ordres directement de Tibère, mais Naevius Sutorius Macro l’endort en lui assurant que Tibère lui a réservé une promotion et veut la communiquer publiquement aux sénateurs. Séjan se laisse berner, il entre dans le Sénat. Publius Memmius Regulus lit la lettre. Séjan comprend vite son erreur : la lettre dénonce tous ses agissements des années précédentes, et Tibère la conclut en disant ne plus se sentir en sécurité à cause de Séjan et suggère tacitement son arrestation. Séjan est ceinturé par les prétoriens aux ordres de Naevius Sutorius Macro ("Enhardi par la certitude d’avoir le Sénat et le peuple comme auxiliaires, Tibère attaqua Séjan. Afin de le tétaniser de surprise, il simula vouloir lui donner la puissance tribunitienne. Il donna une lettre pour le Sénat à Naevius Sutorius Macro, à qui il avait secrètement confié le commandement de la garde prétorienne et ses directives à l’avance. Celui-ci entra de nuit dans Rome sous un motif quelconque, il transmit les ordres au consul [Publius] Memmius Regulus (le collègue de [Publius Memmius] Regulus [Lucius Fulcinius Trio] était dans les intérêts de Séjan) et à Graecinus Laco le chef des vigiles. Au point du jour, il monta sur le Palatin où le Sénat devait tenir séance dans le temple d’Apollon, il y croisa Séjan qui n’était pas encore entré. Ce dernier s’inquiétant que Tibère ne lui avait pas écrit, il le rassura en lui annonçant en catimini qu’il lui apportait la puissance tribunitienne. Transporté de joie à cette nouvelle, Séjan s’élança dans le Sénat. [Naevius Sutorius] Macro informa les prétoriens qui entouraient Séjan et l’assemblée qu’il était désormais leur chef, qu’il apportait un décret de Tibère récompensant leurs services, puis il les renvoya dans leur camp. Il leur substitua les vigiles autour du temple, y entra à son tour, donna la lettre impériale aux consuls, et en ressortit avant qu’on en commençât la lecture. Il confia à [Graecinus] Laco la charge des lieux, et se rendit personnellement au camp afin de prévenir toute tentative de révolte. On lut la lettre. Elle était longue, et les griefs contre Séjan n’y étaient pas présentés en bloc. Elle évoquait une chose, puis quelques mots de blâme contre Séjan, puis une autre chose encore, puis une nouvelle attaque. La lettre se terminait par l’ordre de châtier deux sénateurs dévoués à Séjan, et par une mise en garde à Séjan lui-même : Tibère disait se retenir de le condamner à mort non pas par manque de volonté mais par peur que cela suscitât du désordre, et, ne s’estimant plus en sécurité, il demandait la présence d’un des deux consuls à ses côtés. Tel était le contenu de la lettre", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.9-10). Tous les sénateurs qui ont suivi, accompagné, soutenu, profité de Séjan depuis des années, le lâchent soudain ("Avant la lecture, on prodigua les éloges à Séjan, qu’on crut sur le point de recevoir la puissance tribunitienne : on l’acclama en lui promettant d’avance les dignités dont on espérait le voir revêtu, chacun selon son désir lui témoigna ses dispositions. Mais rien ne se conforma aux attentes, on entendit des paroles contraires à celles qu’on espérait. L’hésitation d’abord, puis l’abattement, s’emparèrent des esprits. Des sénateurs assis près de lui, qui avaient porté très haut son amitié, se levèrent, ne voulant plus siéger sur le même banc que lui. Les préteurs et les tribuns l’entourèrent pour l’empêcher de provoquer un scandale en s’élançant hors du Sénat. C’est probablement ce qu’il aurait fait si les griefs avaient été présentés en bloc, mais à la lecture il n’y prêta pas beaucoup d’attention, les reproches étant disséminés, chacun paraissant isolé et non-irrémédiable, il demeura sur place en laissant continuer le lecteur, espérant que la lettre annonçât autre chose pour lui. Mais finalement [Publius Memmius] Regulus l’appela. Séjan n’obéit pas, moins par mépris (son orgueil était déjà tombé) que parce qu’il n’était pas habitué à recevoir des ordres. [Publius Memmius] Regulus mit la main sur lui et répéta une deuxième fois, puis une troisième fois : “Séjan, viens !”. Ce dernier lui demanda : “C’est moi que tu appelles ?”. Quand, après un long moment, il daigna se lever, [Graecinus] Labo qui venait d’entrer se plaça à ses côtés. La lecture de la lettre se termina. Tous, d’une seule voix, crièrent leurs malédictions contre lui, les uns par vengeance, les autres par crainte, ceux-ci pour dissimuler leur ancienne amitié, ceux-là pour se réjouir de sa disgrâce. [Publius Memmius] Regulus s’abstint consulter les sénateurs sur la mort de Séjan, redoutant de s’attirer l’opposition des parents et des amis de Séjan encore présents et d’exciter davantage de troubles, il se contenta de demander l’assentiment à chacun pour le mettre aux fers puis, l’ayant obtenu, il le confia à des magistrats et à [Graecinus] Laco afin qu’ils le sortent de l’assemblée et le conduisent en prison", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.10 ; "[Tibère] toléra qu’on célébrât publiquement la naissance de Séjan et qu’on révérât partout ses images en or. Mais dès que ce ministre conspira contre lui, il résolut de le perdre en recourant non pas à son autorité suprême mais à la ruse. Devenu consul pour la cinquième fois, il le désigna comme collègue, afin de le maintenir sous sa dépendance sous un prétexte honorable pour une longue durée tandis que lui-même résidait loin de Rome. Puis il le séduisit par l’espoir d’une alliance et de la puissance tribunicienne. Et brusquement il l’accusa via une honteuse et misérable lettre au Sénat, priant les sénateurs de lui envoyer l’un des consuls [suffects] “afin qu’il escortât militairement un vieillard abandonné”", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 65). La condamnation rapide et l’exécution de Séjan frappent les consciences par le décalage entre la toute-puissance où celui-ci était parvenu et sa déchéance finale absolue ("A cette occasion on put mesurer la fragilité humaine, afin de ne jamais s’enorgueillir de rien. Un homme puissant que les sénateurs avaient accompagné le matin, ils le traînèrent en prison comme un misérable. Un homme qu’ils avaient jugé digne de nombreuses couronnes, ils le chargèrent de chaînes. Celui qu’ils avaient escorté comme un maître, ils le gardèrent comme un esclave fugitif et lui arrachèrent le voile dont il voulut se couvrir. Celui qu’ils avaient décoré de la robe prétexte, ils lui frappèrent la joue. Celui devant qui ils s’étaient prosternés, à qui ils avaient offert des sacrifices comme à un dieu, ils le conduisent à la mort. Accourant sur son passage, le peuple aussi lui rappela avec mille imprécations les citoyens qu’il avait tués, et lui reprocha avec mille moqueries ses espérances ambitieuses. Il abattit, brisa, jeta dans la boue toutes ses statues, les insultant comme si elles eussent été Séjan lui-même, offrant à celui-ci une image de ce qu’il allait bientôt souffrir. On commença par l’emprisonner. Peu après, plus exactement le jour même, le Sénat assemblé dans le temple de la Concorde, près de la prison, voyant les dispositions du peuple et l’absence de tout prétorien, vota la mort. Suite à cette condamnation, Séjan fut exposé aux Gémonies [aire sur le flanc nord-est du Capitole, en surplomb de la prison Mamertine, face au Forum, où sont exposés les condamnés, 41°53'36"N 12°29'02"E], livré pendant trois jours entiers aux outrages du peuple, puis jeté dans le fleuve [Tibre]", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.11). Ses enfants sont exécutés après lui, dont sa fille qui est violée par le bourreau avant d’être étranglée en vertu de la loi interdisant de mettre à mort les vierges ("Ses enfants [à Séjan] furent mis à mort par un sénatus-consulte. Sa fille, qui avait été fiancée au fils de Claude, fut violée par le bourreau au préalable, car la loi interdisait l’exécution des vierges", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.11 ; "Ensuite on résolut de sévir contre les derniers enfants de Séjan, quoique la colère du peuple commençât à retomber et que les premiers supplices eussent calmé les esprits. On les conduisit en prison. Le fils prévoyait sa destinée, la fille en revanche la soupçonna si peu qu’elle demanda plusieurs fois quelle faute elle avait commise pour qu’on la traînât dans ce lieu, promettant d’agir désormais comme on le lui ordonnerait, s’attendant à être punie comme on punit les enfants. Les contemporains de l’événement rapportent que, la loi interdisant l’exécution des vierges, le bourreau la viola près de la corde fatale. Puis il les étrangla l’un et l’autre, et les corps de deux enfants furent voués aux Gémonies", Tacite, Annales V.9). Sa femme est épargnée mais, accablée de chagrin et de rancune, écrit un rapport sur l’implication de Livilla - sœur de Germanicus et de Claude séduite par Séjan, qui l’a manipulée contre son mari Drusus le Jeune, comme on l’a vu plus haut - dans la mort de Drusus le Jeune en 23, puis elle se suicide ("Sa femme Apicata [à Séjan] ne fut pas condamnée, mais quand elle apprit la mort de ses enfants et vit leurs cadavres aux Gémonies elle se retira chez elle, consigna dans un mémoire les faits relatifs au trépas de Drusus [le Jeune] et à l’implication de sa femme Livilla, auteur des dissensions conjugales qui avaient amené sa répudiation, l’envoya à Tibère, et se tua", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.11). Un doute subsiste sur le sort de Livilla, selon les uns exécutée par son oncle Tibère, selon les autres épargnée par celui-ci mais écartée de l’espace public et morte de faim par sa mère Antonia la Cadette ("Tibère ayant pris connaissance de ce mémoire [rédigé par Apicata la femme de Séjan] et vérifié ses allégations, mit à mort tous les complices, ainsi que Livilla. Cependant j’ai entendu dire que Tibère l’épargna en considération de sa mère Antonia [la Cadette], et que ce fut cette dernière qui provoqua volontairement la mort de sa fille plus tard, en la privant de nourriture", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.11 ; "[Tibère] fut exaspéré au plus haut point, et ses fureurs redoublèrent, quand il apprit que son fils Drusus [le Jeune], qu’il croyait mort de maladie, avait été empoisonné par sa femme Livilla et par Séjan. Il multiplia les tourments et les supplices", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 62). En tout cas, les images et les statues de Livilla sont saccagées afin que sa mémoire soit effacée ("A Rome au commencement de cette année [du consulat de Cnaeus Domitius Ahenobarbus et Lucius Arruntius Camillus Scribonianus en 32], comme si les crimes de Livilla eussent été récemment découverts et impunis depuis longtemps, on décréta que son image et sa mémoire seraient flétries", Tacite, Annales VI.2). Sa mère Antonia la Cadette, épouse de Drusus l’Ancien et donc belle-sœur de Tibère, ayant contribué à la chute de Séjan qu’elle détestait, recouvre une place de premier plan dans la hiérarchie impériale ("Une grande conspiration avait été ourdie contre [Tibère] par Séjan, son familier, qui détenait alors un grand pouvoir puisqu’il contrôlait la majorité des sénateurs, des affranchis s’étaient ralliés à lui, l’armée lui était favorable. L’affaire progressait et aurait réussi, si Antonia [la Cadette] n’avait pas montré une audace plus avisée que la perversité de Séjan. Dès qu’elle apprit la machination contre Tibère, elle lui écrivit tout en détail et, remettant la lettre à Pallas, son esclave le plus sûr, l’envoya auprès de Tibère à Capri. Ainsi instruit, Tibère mit à mort Séjan et ses complices, et il honora Antonia [la Cadette], qu’il estimait déjà grandement, par une totale confiance", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.181-182). Tibère pousse les anciens complices de Séjan au suicide en leur promettant qu’il ne touchera pas à leurs héritiers ni à leur héritage, dans le cas contraire il les condamnera officiellement à mort avec toute leur famille et leur héritage tombera dans les caisses de l’Etat ("Parmi ceux mis en cause, certains furent accusés frontalement et se défendirent, en usant parfois d’une grande liberté de langage, mais la plupart prévinrent leur condamnation en se donnant la mort, pour se soustraire aux injures et aux tourments […], et aussi pour que leurs enfants héritassent de leurs biens. En effet, parmi ceux qui moururent volontairement avant d’être condamnés, peu eurent leurs biens confisqués : tel fut le moyen employé par Tibère pour inciter ses victimes au suicide, afin de ne pas apparaître comme l’auteur de leur mort, comme si pousser quelqu’un à se tuer était moins affreux que le livrer au bourreau", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.15). Pour l’anecdote, l’historien Velleius Paterculus est peut-être l’une des victimes de cette chasse aux sorcières : son Histoire romaine se termine sous l’hégémonie de Séjan qu’il flatte sans mesure ("Les hommes illustres associent souvent des grands ministres à leur heureux gouvernement. Les deux Scipion employèrent les deux Laelius [Caius Laelius ami de Scipion l’Africain, et son fils Caius Laelius Sapiens ami de Scipion Emilien] qu’ils considérèrent comme leurs égaux en toutes choses, le divin [Octave] Auguste employa Marcus Agrippa puis [Titus] Statilius Taurus juste après, leur accession tardive à l’aristocratie n’empêcha pas ces hommes d’obtenir à plusieurs reprises des consulats, des triomphes et des prêtrises. Les grandes affaires nécessitent des grands ministres, or il est déjà difficile de trouver des collaborateurs pour les petites affaires, l’Etat a donc intérêt à accorder des hautes distinctions pour ceux qui lui sont indispensables, à donner aux citoyens qui lui sont utiles toute l’autorité dont ils ont besoin. Tibère César a imité ces exemples en choisissant Aelius Séjan, dont le père était un homme considérable parmi les chevaliers et qui, par sa mère, est l’allié de très vieilles familles illustres et comblées d’honneurs. Ses frères, son cousin, son oncle sont d’anciens consuls, lui-même s’est distingué par son zèle et sa loyauté. Son robuste tempérament égale la vigueur de son esprit. Il a été et reste encore le seul qui aide Tibère à porter tout le poids du fardeau de l’Empire. Homme d’une gravité sereine, d’une gaieté rappellant celle de nos aïeux, il est actif sans paraître agir. Il ne réclame rien pour lui, et par là obtient tout. Toujours il se croit indigne de l’estime qu’on lui porte. Son visage est calme comme sa vie, mais son esprit est toujours en éveil", Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 127.1-4), les épigraphistes signalent néanmoins un milliaire découvert en 1874 près d’El Harrouch en Algérie, portant une inscription consignée sous la référence 10311 dans le volume VIII du Corpus Inscriptionum Latinarum ou "CIL" dans le petit monde des latinistes, indiquant que Velleius Paterculus exerçait comme "légat d’Auguste [Tibère]/legato Augusti" sur la IIIème légion dite "Augusta" après l’exécution de Séjan en 31 et avant la mort de Tibère en 37, Velleius Paterculus a donc été épargné, probablement grâce à la protection du dédicataire de son Histoire romaine, Marcus Vinicius, qui épousera en 33 Julia Livilla fille de Germanicus et d’Agrippine l’Aînée (le milliaire porte le nombre "XXIX", il se situe donc à vingt-neuf milles du port de Rusicada/Skikda [36°52'46"N 6°54'18"E], cela raccorde avec la Table de Peutinger, carte du XIIème siècle copiée sur un document de l’ère impériale tardive répertoriant toutes les grandes routes romaines de cette époque, qui indique "XXX ad villam Sele" à partir de Rusicada/Skikda, soit "trente [milles] jusqu’à la villa Sele", correspondant à la moderne ville d’El Harrouch [36°38'57"N 6°50'18"E] ; Velleius Paterculus a peut-être été chargé de fluidifier les liaisons militaires entre les lointaines Rusicada/Skikda et Cirta/Constantine [36°21'53"N 6°36'45"E] ?). Pour l’anecdote encore, Publius Vitellius le Jeune, ancien lieutenant de Germanicus en Germanie en 15, est également conduit au tribunal, il échoue à se suicider mais meurt seul on-ne-sait comment peu de temps après ("On instruisit le procès de Publius Vitellius [le Jeune] […], accusé d’avoir offert aux conjurés les clefs de l’épargne dont il était préfet, ainsi que le trésor militaire. […] L’affaire fut plisuers fois reportée. [Publius] Vitellius [le Jeune], las d’espérer et de craindre à la fois, demanda un stylet sous prétexte d’écrire, en réalité pour s’ouvrir les veines. Peu après, le chagrin termina sa vie", Tacite, Annales V.5). Seul Marcus Terentius, issu de la vieille famille des Terentii (à laquelle appartenait notamment l’écrivain Varron alias "Marcus Terentius Varro" à l’époque d’Octave Auguste, dont nous avons parlé dans notre paragraphe précédent), sauve sa vie par son courage à clamer à ses juges : "Oui, j’ai cherché et obtenu l’amitié de Séjan, oui je me suis affiché avec lui, parce que j’ai eu peur de son autorité, comme vous tous !" ("Alors que tous renièrent impudamment leur proximité avec Séjan, le chevalier romain Marcus Terentius, accusé, l’assuma honorablement devant le Sénat. “Pères conscrits, dit-il, mon sort sera peut-être différent si je reconnais mes actes au lieu de les rejeter. Quelle que soit le prix de ma franchise, j’avoue : j’ai été l’ami de Séjan, j’ai aspirai à le devenir, j’ai été jeureux d’y avoir réussi. Je l’ai vu commander avec son père les cohortes prétoriennes, remplir à la fois les fonctions civiles et militaires. Ses proches, ses alliés, étaient comblés d’honneurs. Devenir son ami rendait plus puissant qu’être celui de César [Tibère]. Etre haï de lui plongeait dans les alarmes et le désespoir. Je ne vise personne en particulier, je défends à mon seul péril tous ceux qui, comme moi, sont innocents des derniers complots. Non, nos hommages ne s’adressaient pas à Séjan de Vulsini : ils s’adressaient aux Claudii et aux Julii, auquel il était apparenté par une double alliance. Oui, César [Tibère], nous avons rendu hommage à ton gendre, à ton collègue dans le consulat, au dépositaire de ton autorité. Nous n’avons pas à examiner qui tu places sur nos têtes, ni quels sont tes motifs. Les dieux t’ont donné la souveraine décision de toutes choses, obéir est la seule gloire qui nous reste. Or, nos yeux sont frappés par le spectacle de celui à qui tu donnes richesses et honneurs, et l’autorité de récompenser ou de nuire. Personne ne peut nier que Séjan a possédé cette autorité et ces honneurs. Et essayer de deviner les secrètes pensées du prince et ses desseins cachés est illicite, dangereux et vain. Pères conscrits, oubliez le dernier jour de Séjan et repensez aux seize ans qui ont précédé. Par lui, Satrius [Secundus] et [Publius] Pomponius [Secundus] sont devenus respectables. Etre connu de ses affranchis, des esclaves qui veillaient à sa porte, apportait un précieux avantage. Qu’en conclure ? Que tous les anciens amis de Séjan sont innoncents ? Non, certainement, des distinctions doivent être établies, les complots contre la République et la vie de l’Empereur doivent être punis. Mais que l’amitié qui a fini en même temps que la tienne, César [Tibère], nous soit autant pardonnée qu’à toi.” La fermeté de ce discours, et la joie de trouver un homme dont la bouche proclamât ce qui était dans toutes les âmes, résonna tellement que ses accusateurs, dont on rappela en même temps les crimes passés, furent punis par la mort ou l’exil", Tacite, Annales VI.8-9). Publius Memmius Regulus ne profite pas longtemps de son action en faveur de Tibère : son collègue rival Lucius Fulcinius Trio l’accuse perfidement de molesse à punir les complices de Séjan, et Publius Memmius Regulus s’en défend avec maladresse jusqu’au terme de sa magistrature fin 31 ("A la fin de l’année [31], la mésentente des consuls, longtemps accrue dans le silence, éclata. [Lucius Fulcinius] Trio [consul suffect de Séjan], rodé aux joutes oratoires et toujours prêt à défier les haines, avait indirectement accusé [Publius Memmius] Regulus [consul suffect de Tibère] de négligence à poursuivre les complices de Séjan. [Publius Memmius] Regulus, modéré quand on ne le provoquait pas, non seulement repoussa l’attaque mais encore voulut poursuivre son collègue comme complice de la conjuration. Beaucoup de sénateurs les prièrent de calmer des inimitiés qui tourneraient à leur ruine, en vain : ils continuèrent de se haïr et de se menacer jusqu’à la fin de leur magistrature", Tacite, Annales V.11).


Les sénateurs et la population s’empressent de louer Tibère comme vainqueur du tyran Séjan et libérateur de Rome, mais Tibère refuse tous les honneurs, il repousse même ses derniers alliés qui veulent le voir ("Tibère refusa tout ce qu’on décréta pour lui, entre autres le titre “Père de la patrie”, la célébration de son jour natal par dix courses de chevaux et un banquet offert au Sénat, il interdit même toute nouvelle démarche dans ce sens. Voilà ce qui se passa dans Rome. […] Lorsqu’il apprit la mort de Séjan, [Tibère] fut naturellement heureux, mais il repoussa la députation envoyée à propos de cette affaire, composés de beaucoup de sénateurs, de chevaliers, de plébéiens, même le consul [Publius Memmius] Regulus ne fut pas admis, qui lui avait pourtant été toujours dévoué, et qu’il avait mandé auprès de lui dans sa lettre afin d’assurer sa sécurité jusqu’à Rome", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.12-13). On-ne-sait-quand en 32, il quitte Capri pour se diriger vers Rome par voie de mer, mais arrivé à destination il se barricade sans voir personne dans les jardins de César sur la rive droite du Tibre, correspondant à l’actuel quartier de Trastevere dans Rome, puis repart rapidement vers Capri. C’est son avant-dernier déplacement hors de l’île de Capri, avant l’ultime de Tusculum en 36 que nous raconterons plus loin ("Sous le consultat de Cnaeus Domitius [Ahenobarbus] et [Lucius Arruntius] Camillus Scribonianus [en 32], Tibère franchit le détroit qui sépare Capri de Surrentum, longea les rivages de Campanie, incertain de pouvoir entrer dans Rome ou décidé à ne pas y entrer et, pour cette raison, repoussant toujours sa prochaine arrivée. Il descendit plusieurs fois dans les environs, il visita les jardins [de César/Trastevere] près du Tibre. Puis il regagna ses rochers", Tacite, Annales VI.1 ; "Durant sa retraite [à Capri], il ne tenta que deux fois de retourner à Rome. La première fois, il vint sur une trirème jusqu’aux jardins de César, des soldats rangés sur les bords du Tibre avaient ordre d’écarter tous ceux désirant s’approcher de lui. La seconde fois, il s’avança par la voie Appia jusqu’au septième milliaire, vit les murs de Rome sans y entrer [à Tusculum en 36, comme on le verra plus loin], et repartit", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 72). La vérité est que Tibère n’a désormais plus aucun frein à ses fantasmes morbides, et ne trouve plus d’autre intérêt qu’au stupre, à la perversion et au sang dans la solitude de son palais de Capri. Il charge des rabatteurs de lui amener, si besoin par le kidnapping, des jeunes garçons de basse extraction pour les souiller jusqu’à la mort, ou de vieille aristocratie pour les violer sur le nom de leurs ancêtres ("[Tibère] cacha de nouveau, dans la solitude de la mer, des crimes et des dissolutions dont il était honteux. L’ardeur de la débauche l’emporta au point que, comme les rois, il souillait de ses caresses les jeunes hommes libres. Ce n’étaient pas seulement les grâces et la beauté du corps qui allumaient ses désirs : il aimait outrager dans ceux-ci une enfance modeste, dans ceux-là les images de leurs ancêtres. On inventa les mots “sellarii” [dérivé de "sella/chaise"] ou “spintriae” [dérivé de "spinther/bracelet"] pour désigner des lieux obscènes ou des raffinements lubriques. Des esclaves affidés lui cherchaient et lui traînaient des victimes, récompensant les consentants, effrayant les réticents, et quand un parent, un père, une famille s’interposait ils exerçaient sur elle la violence, le rapt, toutes les brutalités d’un vainqueur sur ses captifs", Tacite, Annales VI.1). On note que Naevius Sutorius Macro, qui a joué un rôle important dans le renversement de Séjan et qui commande désormais la garde prétorienne, refuse aussi les flatteries des sénateurs et du peuple et se contente d’une prudente neutralité ("Peu de temps après [l’exécution de Séjan], on commença à flatter [Graecinus] Laco et [Naevius Sutorius] Macro, on proposa des fortes sommes d’argent et des honneurs à l’un et à l’autre, l’édilité à [Graecinus] Laco, la préture à [Naevius Sutorius] Macro, ce dernier fut en outre autorisé à porter la robe prétexte dans les jeux votifs. Mais [Graecinus] Laco et [Naevius Sutorius] Macro n’acceptèrent pas ces honneurs, l’exemple récent qu’ils avaient sous les yeux [de Séjan déchu après avoir accumulé des honneurs semblables] les en détourna", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.12).


S’étant réfugié en Galilée auprès de sa sœur Hérodiade après la mort de son soutien romain Drusus le Jeune en 23, le nonchalant et ambitieux Hérode-Agrippa n’a pas supporté longtemps la promiscuité avec son demi-oncle Hérode-Antipas devenu le second époux d’Hérodiade. Il s’est installé en Syrie voisine, gouvernée par Lucius Pomponius Flaccus, qu’il a connu quand il vivait à Rome. Il y végète à ses crochets pendant on-ne-sait-combien d’années, en compétition contre son frère Aristobule le Jeune. A l’occasion d’une affaire diplomatique locale vers 32, les deux frères se déchirent finalement devant leur hôte romain, qui prend parti pour Aristobule le Jeune. Hérode-Agrippa est contraint de fuir la Syrie ("[Hérode-Agrippa] se rendit auprès de [Lucius Pomponius] Flaccus, ancien consul de Rome [en 17] qui gouvernait alors la Syrie. Il vécut auprès de celui-ci, qui le reçu avec son frère Aristobule [le Jeune]. Les deux frères ne s’entendaient pas, néanmoins ils taisaient leur conflit et s’honoraient mutuellement en public par amitié pour le proconsul. Mais Aristobule, toujours à sa haine contre [Hérode-]Agrippa, finit par lui aliéner [Lucius Pomponius] Flaccus à l’occasion suivante. Les gens de Damas étaient en conflit contre les gens de Sidon sur une question frontalière. [Lucius Pomponius] Flaccus s’apprêtait à les recevoir. Connaissant la grande influence d’[Hérode-]Agrippa sur lui, les gens de Damas lui demandèrent de soutenir leur parti contre une grosse somme. [Hérode-]Agrippa s’efforça de les aider. Mais Aristobule découvrit le pacte et la transaction financière, il l’accusa auprès de [Lucius Pomponius] Flaccus, qui enquêta, reçut confirmation sur cette affaire, et exclut [Hérode-]Agrippa de son amitié", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.150-154). Il se rend d’abord sans un sou à Ptolémaïs/Acre, où il réussit à capter une partie de l’héritage de sa mère Bérénice, dont celle-ci l’avait spolié en le donnant à Antonia la Cadette. Avec cet argent, il atteint Anthedon (dans la banlieue nord de Gaza) où il achète son billet dans un navire qui doit le conduire en Italie. Malheureusement pour lui, l’administrateur romain d’Iamnia/Yavné vient le trouver pour qu’il rembourse ses dettes contractées à Rome avant 23. Hérode-Agrippa s’échappe nuitamment par la côte vers Alexandrie en Egypte. Il y voit sa cousine Cypros, fille homonyme de Cypros (fille d’Hérode et de Mariamné) et d’Antipatros (fils de Costobaros et de Salomé sœur d’Hérode), et épouse d’Alexandros, administrateur des biens d’Antonia la Cadette au Moyen Orient ou "arabarque/arab£rchj" - littéralement "chef, dignitaire/¢rcÒj en Arabie" en grec -, et frère de l’écrivain philosophe Philon d’Alexandrie (Alexandros doit sa célébrité à Jérusalem pour avoir financé la décoration somptueuse de neuf des dix portes du Temple : "Des dix portes, neuf étaient entièrement recouvertes d’or et d’argent, ainsi que les montants et les linteaux […]. Chaque portail comprenait deux battants dont chacun avait trente coudées de hauteur et quinze de largeur. Après l’entrée, ces portails s’élargissant à l’intérieur, embrassaient à droite et à gauche des vestibules longs et larges de trente coudées. Semblables à des tours, leur hauteur dépassait quarante coudées. Chacun était soutenu par deux colonnes, dont la circonférence mesurait douze coudées. […] Alexandros père de Tibère [Alexandros] [procurateur de Judée en 46, à ne pas confondre avec son homonyme l’Empereur Tibère !] avait garni les neuf portes", Flavius Josèphe, Guerre des juifs V.201-206). Par son intermédiaire, il obtient un petit pécule pour voyager depuis Alexandrie jusqu’à Puteoli/Pouzzoles, où l’arabarque Alexandre commande à ses relais locaux de lui réserver un autre petit pécule. C’est un moyen astucieux de s’assurer que le prodigue Hérode-Antipas se rendra bien à Puteoli/Pouzzoles et non pas ailleurs, et qu’il ne dilapidera pas l’argent chichement donné ("Retombé dans la plus extrême misère, [Hérode-Agrippa] alla à Ptolémaïs et, n’ayant nul moyen de vivre ailleurs, décida de s’embarquer pour l’Italie. Comme sa pauvreté l’en empêchait, il ordonna à son affranchi Marsyas de lui fournir l’argent nécessaire en empruntant n’importe où. Marsyas pria Primus, affranchi de Bérénice la mère d’[Hérode-]Agrippa, légalement mis par le testament de celle-ci au pouvoir d’Antonia [la Cadette], de lui fournir cet argent sous sa propre signature et sa garantie. Mais l’autre, mettant au compte d’[Hérode-]Agrippa certaines sommes dont il avait été dépouillé, força Marsyas à signer un acte portant vingt milles drachmes attiques, alors qu’il en versa deux mille cinq cents de moins. Marsyas accepta, étant dans l’impossibilité d’agir autrement. Muni de cet argent, [Hérode-]Agrippa parvint à Anthedon. Il monta sur un navire prêt à lever l’ancre. Mais Herennius Capito, gouverneur d’Iamnia, l’apprit et envoya des soldats pour exiger trois cents mille pièces d'argent dues par [Hérode-]Agrippa au trésor impérial à l’époque de son séjour à Rome. Ils le forcèrent à rester sur place. Il feignit d’obéir aux ordres. Mais la nuit il coupa les amarres et vogua vers Alexandrie. Là, il demanda à l’arabarque Alexandre de lui consentir un prêt de deux cent mille drachmes. Celui-ci refusa de les lui prêter, mais ne les refusa pas à Cypros, dont il appréciait l’amour conjugal et les autres vertus. Cypros s’engagea, Alexandre versa cinq talents à [Hérode-]Agrippa dans Alexandrie et, connaissant sa prodigalité, lui promit le reste à leur arrivée à Dicearchia [ancien nom de Puteoli/Pouzzoles]. Cypros quitta son mari prêt à mettre à la voile vers l’Italie, elle revint en Judée avec ses enfants", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.155-160).


En automne 33, Agrippine l’Ainée meurt enfin dans l’île-prison de Pendateria/Ventotene, après son interminable grève de la faim. Tibère insulte sa mémoire ("On apprit la mort d’Agrippine [l’Aînée]. Après le supplice de Séjan, soutenue par l’espoir, elle consentit à vivre, mais en constatant que la tyrannie ne se relâchait pas elle se laissa mourir. Peut-être aussi qu’on la priva de nourriture pour la pousser à une mort volontaire. En tous cas, Tibère se répandit en reproches outrageants contre sa mémoire. Selon lui, elle était une femme adultère, dégoûté de vivre après la mort de son amant [Caius] Asinius Gallus. Mais Agrippine [l’Aînée], d’un caractère ambitieux et dominateur, s’était dépouillée des vices de son sexe en revâtant ces passions masculines. Tibère remarqua qu’elle mourut le même jour où, deux ans plus tôt, Séjan avait expié sa trahison. Il voulut entretenir le souvenir de ce fait : il se loua de ne pas l’avoir étranglée ni vouée aux Gémonies [comme Séjan], des actions de grâces lui en furent rendues, on décréta qu’un don annuel à Jupiter serait consacré le quinze avant les calendes de novembre, jour où Agrippine et Séjan avaient péri", Tacite, Annales VI.25 ; "[Agrippine l’Ainée] s’obstina dans son dessein [de mourir], et elle mourut enfin. [Tibère] accabla sa mémoire de toutes sortes de calomnies : il instaura le jour de naissance comme un jour néfaste, il voulut qu’on le remerciât de ne pas l’avoir étranglée et vouée aux Gémonies, il décréta que, pour le remercier d’une telle clémence, on offrît des présents en or à Jupiter Capitolin", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 53). La même année il renforce les pouvoirs de Naevius Sutorius Macro à la tête de la garde prétorienne ("Sous le consultat de Servius [Sulpicius] Galba et Lucius [Cornelius] Sulla [Felix] [en 33], […] Tibère écrivit une lettre au Sénat […], après des vagues et frivoles excuses sur son absence il y parlait gravement des haines qu’il encourait pour la République, et demandait que le préfet [Naevius Sutorius] Macro et un petit nombre de centurions et de tribuns pussent entrer avec lui toutes les fois qu’il irait au Sénat. Un décret fut rendu dans les termes les plus favorables, sans fixation de la nature ni du nombre des gardes. Mais Tibère ne revint jamais dans le conseil public, il ne revint pas jamais à Rome. Tournant autour de sa patrie, presque toujours par des routes secondaires, il sembla à la fois la rechercher et la fuir", Tacite, Annales VI.15). Et il invite près de lui Caius Caligula qui, après toutes les épreuves familiales subies, trahit un déséquilibre psychologique naissant. Au contact l’un de l’autre, le grand-oncle et le petit-neveu accroissent mutuellement leur délabrement moral ("[Caius Caligula] accompagna son père [Germanicus] dans l’expédition de Syrie [en 18]. A son retour [en 19], il demeura chez sa mère [Agrippine l’Aînée]. Quand celle-ci fut écartée [vers 26, suite à l’affaire des fruits prétendument empoisonnés, selon Tacite, Annales IV.54 précité, et selon Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 53 précité], il vécut auprès de son arrière-grand-mère Livie Augusta. A la mort de cette dernière [en 29] il portait encore la robe prétexte, néanmoins il fit son éloge funèbre à la tribune aux harangues. Puis il se rendit auprès de sa grand-mère Antonia [la Cadette]. A vingt et un ans [en 33, puisque Caius Caligula est né en 12], il fut appelé à Capri par Tibère. Dès cette époque, il ne put cacher ses inclinations basses et cruelles. Il assistait avec une curiosité extrême aux supplices des condamnés. La nuit, il courait les tavernes et les mauvais lieux, enveloppé d’un long manteau, la tête cachée sous des faux cheveux. Il était passionné pour la danse et le chant du théâtre. Tibère ne contrariait pas ces goûts, espérant qu’ils adouciraient son caractère farouche. Le subtil vieillard le connaissait à fond, et quelquefois il disait tout haut : “Caius [Caligula] ne vit que pour ma perte et pour celle de tous. J’élève une hydre pour le peuple romain, et un Phaeton pour le monde”", Suétone, Vies des douze Césars, Caligula 10-11 ; "Ayant rejoint son aïeul [Tibère] à Capri, Caius [Caligula] y cacha son âme atroce sous une artificieuse douceur. La condamnation de sa mère, l’exil de ses frères, ne lui arrachèrent pas une plainte. Chaque jour il se composait sur Tibère : c’était le même visage, presque les mêmes paroles. De là ce mot si heureux et si connu de l’orateur [Caius Sallustius Crispus] Passienus : “Jamais bon esclave ne fut si méchant maître”", Tacite, Annales VI.20).


Hérode-Agrippa débarque à Puteoli/Pouzzoles. Il s’empresse d’écrire à Tibère pour demander une audience. Tibère est disposé à le recevoir, mais une autre lettre arrive de la part de l’administrateur romain d’Iamnia/Yavné qui rapporte les dettes anciennes d’Hérode-Agrippa et son évasion d’Anthedon. Tibère irrité de ces nouvelles revient sur sa décision et refuse de recevoir Hérode-Agrippa. Alors ce dernier se tourne vers Antonia la Cadette, qu’il supplie de l’aider à rembourser ses dettes, en mémoire de ses jeunes années passées à Rome auprès d’elle et de son fils Claude (le futur Empereur), en mémoire aussi de sa mère Bérénice qui une amie des Claudii. Antonia la Cadette se laisse attendrir, elle paie les dettes d’Hérode-Agrippa, qui obtient enfin une audience chez Tibère ("Ayant abordé à Puteoli, [Hérode-]Agrippa écrivit une lettre à l’Empereur Tibère qui résidait à Capri, désireux de lui rendre hommage et pour cela d’obtenir la permission de débarquer à Capri. Tibère se hâta de lui répondre aimablement, entre autres choses il se réjouissait de le voir revenir sain et sauf à Capri. Quand [Hérode-]Agrippa arriva, Tibère, sans rien renier de l’empressement qu’il avait montré dans sa lettre, l’embrassa et lui offrit l’hospitalité. Mais le lendemain l’Empereur reçut d’Herennius Capito une lettre l’informant qu’[Hérode-]Agrippa, après avoir emprunté trois cent mille drachmes, dépassé le délai de remboursement, et reçu un rappel pour solder sa dette, s’était enfui du territoire sous son commandement, l’empêchant ainsi de recouvrer l’argent. A la lecture de cette lettre, l’Empereur irrité défendit à [Hérode-]Agrippa de se présenter à nouveau à lui avant d’avoir réglé sa dette. Nullement ému de la colère de l’Empereur, [Hérode-]Agrippa demanda à Antonia [la Cadette], mère de Germanicus et du futur Empereur Claude, de lui prêter les trois cent mille drachmes pour l’empêcher de perdre l’amitié de Tibère. En mémoire de Bérénice mère d’[Hérode-]Agrippa (elles avaient été très liées), et parce qu’il avait été élevé avec Claude, elle lui donna l’argent. Ayant payé sa dette, plus aucun obstacle ne s’opposa à la bienveillance de Tibère", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.161-165). Hérode-Agrippa se déplace jusqu’à Capri, et, devant Tibère, exprime à mots couverts son désir de remplacer Hérode-Antipas à la tête de la Galilée. Tibère le laisse parler sans réagir. Alors Hérode-Agrippa se rapproche de Caius Caligula ("[Hérode-]Agrippa vint accuser le tétrarque Hérode[-Antipas] devant Tibère. Celui-ci ne tint pas compte des accusations. [Hérode-]Agrippa resta pour courtiser les notables romains, notamment Caius [Caligula] qui était un simple particulier", Flavius Josèphe, Guerre des juifs II.178 ; "Accueilli avec faveur par Antonia [la Cadette], [Hérode-]Agrippa se mit à fréquenter son petit-fils Caius [Caligula], très honoré en raison de l’affection portée à son père [Germanicus]. Un Samaritain nommé “Thallos” était parmi les affranchis de l’Empereur : [Hérode-]Agrippa lui emprunta un million, paya à Antonia [la Cadette] ce qu’il lui devait, et dépensa le reste pour servir Caius [Caligula] afin de se le concilier", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.166-167). Autrement dit, Hérode-Agrippa espère jouer un rôle politique dans l’ancien territoire de son grand-père Hérode le Grand, et, n’ayant pas trouvé en Tibère le soutien qu’il désirait, il mise sur Caius Caligula en calculant que celui-ci remplacera bientôt Tibère sur le trône impérial. A la même époque, vers 34, Lucius Pomponius Flaccus le gouverneur de Syrie meurt. Personne ne veut assumer les risques de sa succession. Tibère s’en plaint par une lettre publique ("A l’occasion de la mort de [Lucius] Pomponius Flaccus, propréteur de Syrie, on lut une lettre de Tibère. Il se plaignait que les hommes les plus illustres et les plus capables de commander les armées refusaient cet emploi, et que cela le contraignait à recourir aux prières pour pousser l’un des consuls à se charger de ce gouvernement", Tacite, Annales VI.27). Ce n’est qu’en 35, après des mois de flottement, que Lucius Vitellius, ex-consul en 34, fils de Lucius Vitellius l’Ancien, accepte le poste.


La communauté des disciples du défunt Jésus, ou "Ekklesia/Eglise" comme nous l’appellerons désormais, est à la mode au sud Levant. Elle est très hiérarchisée, obéissant à une organisation pyramidale similaire à celle des communistes au XXème siècle, qui réinvente le dictionnaire : les membres de la communauté se reconnaissent "frères" et "sœurs" de la même façon que les communistes se reconnaîtront "camarades" (et non plus "monsieur" ou "madame"), ils sont regroupés en une "ekklesia/église" (avec "e" minuscule) locale de la même façon que les communistes seront regroupés en un "comité" local (et non plus en une "famille" ou en un "foyer"), ils sont sous la surveillance d’un "épiscope/évêque" de la même façon que les communistes seront sous la surveillance d’un "commissaire" (et non plus d’un "chef de famille/foyer"), elle-même sous l’autorité de l’"Ekklesia/Eglise" (avec "E" majuscule) centralisée de la même façon que les communistes seront sous l’autorité du "Parti". Les biens sont mis en commun dans une coopérative, anticipation des futurs kolkhozes communistes ("Le groupe des croyants était parfaitement uni de cœur et d’âme. Aucun d’eux ne disait que ses biens étaient à lui seul, tout ce qu’ils avaient entre eux était en commun. […] Personne parmi eux ne manquait du nécessaire, car tous ceux qui étaient propriétaires de champs ou de maisons les vendaient et apportaient le produit de la vente aux apôtres, il était distribué ensuite selon les besoins de chacun", Actes des apôtres 4.32-35). Les adeptes renoncent à la propriété privée, à l’instar de Barnabé qui vend un terrain lui appartenant et offre l’argent de la vente à l’Ekklesia/Eglise ("Joseph, un Lévite originaire de Chypre, surnommé “Barnabé” par les apôtres - ce qui signifie “homme de la consolation” -, vendit un champ qu’il possédait, apporta l’argent et le remit aux apôtres", Actes des apôtres 4.36-37). On passe la journée à prier en commun en attendant le Jugement Dernier, qu’on croit toujours imminent, anticipation du futur "Grand Soir" communiste. Ce style de vie et cette croyance attirent beaucoup de nouveaux adeptes ("Tous les croyants étaient unis et partageaient entre eux tout ce qu’ils possédaient. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et répartissaient l’argent ainsi obtenu selon les besoins de chacun. Chaque jour, ils se réunissaient dans le Temple, ils prenaient leur repas ensemble dans leurs maisons et reompaient le pain avec joie et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et étaient estimés par le peuple tout entier. Le Seigneur ajoutait quotidiennement à leur groupe ceux qu’il sauvait", Actes des apôtres 2.44-47). Selon les Actes des apôtres, seulement quelques mois après la crucifixion on compte cinq mille adhérents de sexe masculin ("Beaucoup de ceux qui entendaient les apôtres devenaient croyants. On compta environ cinq mille hommes", Actes des apôtres 4.5), on en suppose autant ou davantage de sexe féminin.


Les apôtres jouissent temporairement de la curiosité, de l’engouement, et aussi du sentiment de culpabilité collective, des Jérusalémites. Ils jouent par ailleurs sur la sympathie que les collégiens éprouvent généralement pour celui parmi eux qui brave le despotisme du maître, ou que les déclassés éprouvent pour celui parmi eux qui brave le joug de la police : ils s’enorgueillisent d’être des rebelles aux yeux du pouvoir, et tirent gloire de leur condamnation. Les Actes des apôtres racontent qu’un infirme mendie tous les jours près d’une "Belle Porte" non-identifiée du Temple, peut-être la porte Dorée reliant directement la vallée du Cédron à l’esplanade du Temple, alias la porte "corinthienne" ainsi surnommée à cause des colonnes de style corinthien qui l’ornent ("Les dimensions des portes [du Temple de Jérusalem] étaient les mêmes, sauf la porte corinthienne plus vaste qui s’ouvrait vers l’est, du côté de la salle des Femmes, face à la porte du Temple. Elle avait cinquante coudées de haut, ses battants atteignaient quarante coudées, et son ornementation était plus magnifique par l’épaisseur d’argent et d’or qui y étaient prodigués", Flavius Josèphe, Guerre des juifs V.201-206). Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée "guérissent" cet infirme, qui part en courant crier au miracle de sa "guérison" dans le Temple. Dans les faits, Simon-Pierre lui a simplement dit : "Arrête ta comédie ! Tu n’as pas honte d’escroquer les pèlerins en leur demandant de l’argent pendant que tu passes tes journées à ne rien faire ? Lève-toi et suis-nous, sers la cause de Jésus, tu deviendras utile aux autres et à toi-même", il a refusé de s’apitoyer, d’être complice de son oisiveté malhonnête, il lui a proposé une occupation et un rôle social, que le faux infirme a accepté ("[Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée] montaient au Temple pour la prière de none. Près de la porte du Temple surnommée “Belle Porte” se trouvait un homme infirme de naissance, qu’on installait là chaque jour afin qu’il pût mendier à ceux qui entraient. Il vit [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée] qui allaient entrer et leur demanda de l’argent. [Simon-]Pierre le fixa des yeux, ainsi que Jean [fils de Zébédée], et dit : “Regarde-nous”. L’homme les regarda, s’attendant à recevoir quelque chose de leur part. [Simon-]Pierre dit alors : “Je n’ai ni argent ni or, mais je te donne ce que j’ai : au nom du Christ Jésus le nazaréen lève-toi et marche”. Il le prit par la main droite pour l’aider à se lever. Aussitôt ses pieds et ses chevilles s’affermirent, d’un bond il fut debout et marcha. Il entra avec les apôtres dans le Temple, en marchant et en sautant, et en louant Dieu. Et la foule le vit marcher et louer Dieu. Quand ils reconnurent en lui l’homme qui mendiait assis à la Belle Porte du Temple, les gens furent stupéfaits et désorientés à cause de ce qui s’était passé. L’homme ne quittant pas [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée], tous les gens étonnés accoururent vers eux au portique dit “de Salomon”", Actes des apôtres 3.1-11). Les sanhédristes s’inquiètent de ce nouveau trouble dans le Temple. Le faux infirme, Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée sont arrêtés et enfermés ("[Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée] parlaient encore au peuple, quand les prêtres survinrent, avec le chef des gardes du Temple et les saducéens, excédés de les voir instruire le peuple et annoncer que Jésus était insensible à la mort [¢n£stasin tîn nekrîn"]. Ils les arrêtèrent et les emprisonnèrent pour la nuit, car le soir tombait déjà", Actes des apôtres 4.1-3). Le lendemain, dans la salle du Conseil (la même où Jésus a été condamné à l’aube, quelques heures après son arrestation nocturne), devant ses accusateurs, Simon-Pierre répète le kérygme entre Jean fils de Zébédée et le faux infirme. Les sanhédristes ne savent pas comment les juger. Ils délibèrent entre eux ("Le lendemain les chefs des juifs, les anciens et les scribes se réunirent à Jérusalem. Etaient présents le Grand Prêtre Hanne [ben Seth, en réalité ex-Grand Prêtre], Caïphe [Grand Prêtre en poste, gendre d’Hanne ben Seth], Jean, Alexandre, et tous les membres de la famille du Grand Prêtre. Ils les amenèrent [Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée] devant eux et les questionnèrent : “Par quel pouvoir et au nom de qui avez-vous effectué cette guérison ?”. Alors [Simon-]Pierre, rempli de l’Esprit Saint, leur déclara : “Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui sur un bienfait à un infirme, on nous demande comment cet homme a été guéri. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : si cet homme est là devant vous en bonne santé, c’est par le nom du Christ Jésus le nazaréen, que vous avez crucifié mais que Dieu a relevé d’entre les morts ["½geiren ™k nekrîn"], Jésus est la pierre rejetée de vous, les bâtisseurs, devenue la pierre d’angle [allusion pas Psaume 118 22 et et Isaïe I 28.16 précités]. Le salut ne s’obtient qu’en lui, car sous le ciel aucun autre nom n’a été donné aux hommes pour êtres sauvés”. En constatant l’assurance de [Simon-]Pierre et de Jean [fils de Zébédée], qui étaient des hommes sans culture et ordinaires, ils furent étonnés. Ils reconnurent en eux des compagnons de Jésus [c’est-à-dire : "des complices d’un condamné à mort"], mais comme ils voyaient l’homme guéri debout auprès d’eux ils ne trouvèrent rien à répondre. Ils leur ordonnèrent de quitter la salle du Conseil", Actes des apôtres 4.5-15), et décident finalement de les menacer mais sans les condamner pour ne pas accroître l’élan de sympathie dont jouit l’Ekklesia/Eglise dans la population ("Ils discutèrent entre eux, en se disant : “Qu’allons-nous faire de ces gens ? Tous les habitants de Jérusalem savent qu’ils ont réalisé un miracle, le fait est évident et nous ne pouvons pas le nier. Mais pour éviter que cette affaire se répande davantage dans le peuple, nous allons leur interdire avec menaces de parler encore de ce nom-là [Jésus]", Actes des apôtres 4.15-17). Ils grondent Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée, leur interdisent de continuer à professer le ministère, et les relâchent ("Ils les rappelèrent [Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée] et leur interdirent formellement de parler ou d’enseigner au nom de Jésus. Mais [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée] répliquèrent : “Convenez si vous écouter est plus juste qu’écouter Dieu. Pour notre part, nous ne pouvons pas renoncer à parler de ce que nous avons vu et entendu”. Ils les menacèrent à nouveau, puis les relâchèrent, parce qu’ils n’avaient pas de motif pour les punir, et parce que tout le peuple louait Dieu de ce qui était arrivé", Actes des apôtres 4.18-21). Dès qu’ils sont libérés, les deux hommes se glorifient de leur arrestation, qu’ils comparent à celle de leur maître Jésus. Les Actes des apôtres disent que le Saint Esprit leur répond en ébranlant les murs de la pièce où ils se trouvent. Pour notre part, nous pensons que les murs tremblent simplement par la joie enthousiaste des disciples heureux de revoir les deux apôtres en liberté, comme les murs d’un bureau électoral un soir de victoire, ou comme les murs d’un bar après un but au football ("Dès qu’ils furent relâchés, [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée] se rendirent auprès des leurs et rapportèrent tout ce que les chefs des prêtres et les anciens leur avaient dit. Après avoir écouté, les croyants adressèrent d’un même cœur cette prière à Dieu : “Maître, toi qui as créé le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, par l’Esprit Saint tu as mis dans la bouche de David notre ancêtre et ton serviteur : « Pourquoi les nations ont-elles frémi, pourquoi les peuples ont-ils murmuré en vain ? Les rois de la terre se sont dressés, les chefs se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ » [Psaume 2 1-2], et en effet dans cette ville Hérode[Antipas] et Ponce Pilate se sont ligués avec les nations et le peuple d’Israël contre ton saint serviteur Jésus, ton Christ, ils ont fait tout ce que ta main et ton conseil avaient décidé d’avance. Et maintenant, Seigneur, sois attentif à leurs menaces, donne ton Logos avec une totale assurance à ceux qui t’obéissent, étends ta main pour que guérisons, miracles et prodiges se produisent par le nom de ton saint serviteur Jésus”. Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis trembla, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils annoncèrent avec assurance le Logos de Dieu", Actes des apôtres 4.23-31). Simon-Pierre ignore les menaces des sanhédristes, il poursuit sa mission évangélique en "guérissant" les gens qui viennent le voir au Temple, en plus grand nombre depuis son arrestation et sa libération ("Une foule de plus en plus nombreuse d’hommes et de femmes devenaient croyants et s’attachaient au Seigneur. On commença à amener les malades dans les rues sur des civières ou des nattes, afin qu’au passage de [Simon-]Pierre son ombre couvrît l’un ou l’autre. La foule accourait aussi des cités voisines de Jérusalem, en amenant des malades ou tourmentés par des esprits impurs et tous étaient guéris", Actes des apôtres 5.14-16). Il est arrêté à nouveau, avec tous les autres apôtres ("Alors le Grand Prêtre [Caïphe] et tout son entourage, c’est-à-dire le groupe des saducéens, pleins de jalousie, saisirent les apôtres et les jetèrent dans la prison publique", Actes des apôtres 5.17-18). Mais durant la nuit un "ange du Seigneur/¥ggeloj de Kur…ou" ouvre la porte de la cellule où ils sont enfermés. Derrière cette expression "ange du Seigneur", doit-on comprendre que la porte était mal fermée, doit-on déduire que les apôtres ont des sympathisants même parmi les fonctionnaires des sanhédristes ? C’est très possible. Au lieu de s’enfuir, suprême provocation ! les apôtres restent sur place, dès l’aube ils recommencent à prêcher dans le Temple ("Mais pendant la nuit un ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison et les en sortit, en leur disant : “Allez dans le Temple annoncer au peuple la Vie nouvelle”. Ayant entendu cela, ils rentrèrent dans le Temple dès l’aube et ils y enseignèrent", Actes des apôtres 5.19-21). Aux premières heures du jour, les sanhédristes découvrent la cellule vide, et des messagers les informent que les prisonniers sont dans la cour du Temple, juste devant leur porte, à parler à la foule comme la veille. C’en est trop pour les sanhédristes ainsi ridiculisés. Ils ordonnent une fois de plus l’arrestation des apôtres et leur comparution immédiate en salle du Conseil ("Le Grand Prêtre [Caïphe] et son entourage réunirent les anciens d’Israël au Conseil. Ils envoyèrent chercher les apôtres à la prison. Mais quand les gardes arrivèrent, ils ne les trouvèrent pas dans la cellule. Ils revinrent et rapportèrent : “Nous avons trouvé la prison bien verrouillée et les gardes en faction devant les portes, mais quand nous les avons ouvertes nous n’avons trouvé personne à l’intérieur”. A l’audition de ce rapport, le chef des gardes du Temple et les chefs des prêtres furent perplexes et s’interrogèrent sur les suites de cette affaire. Quelqu’un survint pour leur dire : “Les hommes que vous aviez jetés en prison sont dans le Temple et enseignent au peuple !”. Alors le chef des gardes partit avec ses hommes pour les ramener, sans violence de crainte d’être caillassés par le peuple", Actes des apôtres 5.21-26). Simon-Pierre répète le kérygme. Fureur des sanhédristes, qui veulent le mettre à mort ("[Les apôtres] ayant été ramenés, ils furent présentés au Conseil. Le Grand Prêtre [Caïphe] les interrogea : “Nous vous avons formellement interdit d’enseigner au nom de cet homme [Jésus], or vous répandez votre enseignement dans toute Jérusalem et vous faîtes retomber sur nous le sange de cet homme”. [Simon-]Pierre et les autres apôtres répondirent : “Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a relevé ["½geiren "] Jésus, que vous avez exécuté en le suspendant au bois. Dieu l’a élevé à sa droite ["Ûywsen dexi´ aÙtoà"] comme chef et sauveur pour permettre à Israël de changer de comportement et d’être pardonné de ses péchés. Nous sommes témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent”. Ceux qui les entendirent devinrent furieux et projetèrent leur mort", Actes des apôtres 5.27-33). Ils délibèrent encore entre eux. Gamaliel intervient pour mettre en garde. Le courant de sympathie entretenu par les apôtres suite à l’exécution de Jésus est trop important, en exécutant les apôtres on risque de lui donner davantage de force. Mieux vaut attendre pour voir si ce mouvement survivra au temps ou s’il s’éteindra de lui-même : "Si les apôtres sont des charlatans, leur popularité s’effacera d’elle-même comme naguère celles du Galiléen Judas fils d’Ezékias et de Theudas, en revanche s’ils sont réellement guidés par Dieu mieux vaut ne pas s’opposer à eux" ("Dans le Conseil, un pharisien nommé “Gamaliel”, docteur de la Torah honoré par tout le peuple, intervint. Il se leva et demanda qu’on sortît les apôtres un instant, puis il dit : “Hommes d’Israël, prenez garde à ce que vous ferez à ces hommes-là. Naguère est apparu Theudas qui s’est prétendu important, suivi d’environ quatre cents partisans : il a été tué, tous ceux qui le soutenaient se sont dispersés et son mouvenement s’est dissous. Après lui à l’époque du recensement est apparu le Galiléen Judas [fils d’Ezékias], qui a entraîné beaucoup de monde derrière lui : il a été tué pareillement, et tous ceux qui l’ont suivi ont été éparpillés [on note que, selon ce passage, la rébellion de Theudas date d’avant le recensement en 6, cela contredit Flavius Josèphe, Antiquités juives XX.97-99, qui évoque ce personnage sous Cuspius Fadus sucesseur de Ponce Pilate après 36, mais, nous l’avons dit au début du présent alinéa, Flavius Josèphe est très flou dans sa chronologie après la mort de Nicolas de Damas vers -4, en conséquence nous préférons suivre la version des Actes des apôtres plutôt que celle de Flavius Josèphe]. Aujourd’hui je vous dis : ne vous occupez plus de ces hommes, laissez-les. Si leurs intentions ou leurs actes sont d’origine humaine, ils disparaîtront. Mais s’ils sont d’origine divine, vous ne pourrez pas les détruire. Ne risquez pas de combattre Dieu”", Actes des apôtres 5.36-39). Les sanhédristes se rangent à l’avis de Gamaliel, ils renoncent à condamner les apôtres à mort, ils ordonnent seulement qu’ils soient fouettés puis relâchés avec interdiction réitérée de professer le ministère ("[Les membres du Conseil] se rangèrent à son avis [à Gamaliel]. Ils rappelèrent les apôtres, les fouettèrent, leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent", Actes des apôtres 5.39-40). Les apôtres renforcent leur gloire suite à cette nouvelle arrestation, qui leur attire des nouveaux adeptes… et ils recommencent à prêcher en dépit de l’interdiction qu’ils ont reçue ("[Les apôtres] quittèrent le Conseil joyeux d’avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus. Tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, sans cesse, ils enseignèrent et annoncèrent la Bonne Nouvelle [c’est-à-dire l’"évangile/eÙaggšlion", littéralement "bonne/ nouvelle/¢ggel…a" en grec, allusion à Isaie II 40.9 et 52.7] de Jésus le Christ", Actes des apôtres 5.41-42). Selon Maria Valtorta, à une date indéterminée, peut-être dès le début de l’été W, Joseph d’Arimathie en visite à Marie la Vierge installée à Gethsemani explique que les sanhédristes ont réduit leurs persécutions contre les disciples parce qu’ils estiment que l’affaire Jésus est terminée et que le mouvement suscité par sa crucifixion s’essouffle… ou parce qu’ils veulent croire qu’il s’essouffle. Joseph d’Arimathie dit aussi que les disciples ne respectent plus le sabbat, ils ont établi le jour de Dieu le lendemain du sabbat, le jour du tombeau vide, où le fantôme de Jésus a commencé à se manifester à eux ("[Simon-Pierre] a décidé d’instaurer les agapes régulières et la célébration des mystères le lendemain de chaque sabbat. Il dit que c’est le nouveau jour du Seigneur puisque c’est ce jour-là qu’il est ressuscité et apparu à un grand nombre pour conforter leur foi en sa nature éternelle et divine. Le sabbat tel qu’il existe chez les juifs n’est plus, puisque les chrétiens ont remplacé la synagogue par l’Ekklesia, comme annoncé par les prophètes. En revanche le jour du Seigneur existe encore, et il existera toujours, en souvenir de l’Homme-Dieu, du rabbin fondateur, du rédempteur devenu prêtre éternel de l’Ekklesia chrétienne. Le lendemain du prochain sabbat, il célèbrera donc les agapes au Cénacle en présence de nombreux chrétiens. La haine des pharisiens, prêtres saducéens et scribes, avait dispersé et ébranlé la foi de beaucoup de fidèles de Jésus, mais par peur de Rome qui a blâmé le comportement du proconsul [Ponce Pilate] et de la foule, et aussi par conviction que ‟l’exaltation des fanatiques” (pour reprendre leur expression sur la foi des chrétiens) est terminée, leur attention s’est relâchée, ils s’en désintéressent maintenant comme une chose morte. La dispersion des fidèles aura été très temporaire, toutes les brebis sont revenues au bercail du vrai pasteur. On peut donc se réunir pour les agapes", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 644.3, vision du 05/10/1951). Il dit encore que Gamaliel, même s’il reste pharisien, fréquente beaucoup Nicodème pour l’interroger sur Jésus ("Le remords l’a déchiré [Gamaliel] davantage que le voile du Temple, il a honte de n’avoir compris qui était réellement Jésus. Le tombeau fermé de son entêtement de vieux juif s’est ouvert comme les tombes des justes [allusion au chaos qui s’est répandu dans Jérusalem après la dernière expiration de Jésus sur la croix, incluant le saccage de certaines tombes], il cherche maintenant avec angoisse la Vérité et la Lumière, la Vie nouvelle par Jésus et en Jésus. Oh, il devra encore travailler beaucoup pour libérer totalement son vieux moi du maquis de son ancienne manière de penser ! Mais il y arrivera. Il cherche la paix, le pardon, la connaissance : la paix pour ses remords, le pardon pour son obstination, et la connaissance complète de celui qu’il n’a pas voulu connaître à l’époque où il le pouvait. Il fréquente Nicodème pour atteindre ce but qu’il s’est fixé. […] Au fond, c’est un juste. Rappelle-toi qu’il a osé s’imposer au Sanhédrin durant le procès infâme, et qu’il a exprimé clairement son indignation et son mépris pour les juges injustes en partant […] afin de ne pas être complice, même passivement, de ce crime suprême", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 644.5, vision du 05/10/1951). Selon Tertullien relayé par Eusèbe de Césarée, Ponce Pilate est étonné de la persistance du mouvement de Jésus après la crucifixion, il en informe Tibère à Capri, qui demande aux sénateurs à Rome de traiter le sujet, mais les sénateurs s’en désintéressent, et Tibère en pleine confusion mentale approuve les chrétiens qui lui apparaissent comme des rebelles à l’ordre romain que lui-même incarne ("Tibère, sous le règne duquel le nom des chrétiens entra dans le monde, ayant reçu de Palestine les preuves de la la divinité de Jésus le Christ, les communiqua au Sénat et les appuya de son suffrage. Mais le Sénat repoussa la proposition parce qu’elle n’avait pas été soumis à son examen. L’Empereur demeura néanmoins sur sa position, et menaça de mort quiconque accuserait les chrétiens", Tertullien, Apologétique 5 ; "Selon l’usage ancien, les gouverneurs provinciaux devaient informer l’Empereur des événements survenus dans leur juridiction, afin que rien n’échappât à celui-ci. [Ponce] Pilate rapporta donc à Tibère ce qu’on racontait dans toute la Palestine sur la résurrection de notre Sauveur Jésus Christ, sur les autres merveilles de sa vie, et qu’à cause de cette résurrection beaucoup croyait en la divinité de Jésus. L’Empereur en référa au Sénat. Cette assemblée écarta le sujet, en apparence parce qu’il n’avait pas été soumis à son examen préalable (une loi antique stipulait qu’un dieu ne pouvait être reconnu chez les Romains que par un vote et un décret du Sénat), en vérité parce que l’enseignement divin et la prédication du salut n’ont aucun besoin de l’assentiment ni de la garantie d’une assemblée humaine. Le Sénat romain ayant ainsi repoussé la proposition de notre Sauveur, Tibère conserva son point de vue et n’entreprit rien de mal contre la doctrine du Christ", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 2.1-3).


Le danger pour l’Ekklesia/Eglise ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Dans notre paragraphe précédent et dans le présent paragraphe, nous avons vu que le nazaréisme s’est fondé sur la conviction de l’imminence de la fin de l’Histoire et du Jugement Dernier. Cette conviction a été reprise par Jean-Baptiste qui a très certainement fréquenté dans sa jeunesse la communauté nazaréenne de Qumran, puis par son cousin et disciple Jésus (l’opposition entre les Ténèbres et la Lumière qu’on trouve dans la bouche de Jésus en Jean 8.12 et 12.35, et sous la plume de ses successeurs dans la Seconde lettre aux Corinthiens 6.14, dans la Lettre aux Ephésiens 5.8, dans la Lettre aux Colossiens 1.12-13, dans la Première lettre aux Thessaloniciens 5.5 et dans la Première lettre de Pierre 2.9, est directement issue de celle des nazaréens que nous avons commentée dans notre paragraphe précédent, par exemple dans la Règle de communauté, 1QS, colonne 3 lignes 19-20 précitée). Elle avait une dimension politique, qui s’est émoussée au cours des trois années de ministère mais qui n’a jamais disparu totalement, même après la crucifixion. La fin de l’Histoire et le Jugement Dernier signifiant l’effacement de tous ceux qui n’adhèrent pas au nazaréisme ou à l’Ekklesia/Eglise, et l’instauration d’une théocratie divine, peu importe qu’elle soit sous l’autorité directe de Dieu ou sous son autorité indirecte via le yahad (chez les nazaréens) ou l’Ekklesia/Eglise (chez les chrétiens), impliquent bien la disparition du Temple et de l’Empire romain. C’est pour cette raison que Jésus a été condamné. Le motif de condamnation "Iesus Nazarenus Rex Iudeorum" est hautement politique, il doit être traduit en "Jésus le nazaréen" (et non pas en "Jésus de Nazareth", car Nazareth n’est qu’un hameau de bouseux au Ier siècle, et on ne condamne pas quelqu’un sous prétexte qu’il est originaire d’un hameau de bouseux !), c’est-à-dire "Jésus l’activiste fédérateur du mouvement politico-religieux prétendant renverser le Temple et l’Empire romain", et l’expression "Rex Iudeorum/roi des juifs" sous le stylet du Romain Ponce Pilate doit être comprise au sens littéral de "celui qui prétend ressusciter un royaume d’Israël élargi de l’Egypte à l’Euphrate [selon Genèse 15.19], ou au monde entier et aux “peuples du bout du monde” [selon Isaïe II 45.22.25 et 49.1-6], au détriment de Rome". Nous avons insisté sur l’ambiguïté des propos tenus par Jésus, réduits à leur sens figuré par les autorités chrétiennes après 70 ("Les derniers seront les premiers, les premiers seront les derniers" [Matthieu 20.16] signifiant "Nous allons prendre le pouvoir, et ceux qui ont le pouvoir aujourd’hui le perdront demain", "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" [Marc 12.17, Matthieu 22.21 et Luc 20.25] signifiant "Chassez les Romains hors de Jérusalem, or Jérusalem est capitale du monde, donc chassez les Romains hors du monde", "Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre" [Matthieu 10.34], "Je suis venu allumer un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !" [Luc 12.49 ; ce propos fait allusion au Mashiah/Messie conquérant annoncé en Isaïe I 9.4-6]…), mais lourds d’ambitions politiques avant 70. Nous répétons ici encore notre affirmation. Juste après la crucifixion, beaucoup intègrent l’Ekklesia/Eglise parce qu’ils espèrent bénéficier d’une parcelle de pouvoir dès que la fin de l’Histoire et le Jugement Dernier se produiront. Cet espoir de renversement social et de gratification physique va très loin, jusqu’au renoncement à fonder une famille, à avoir des enfants, à trouver un époux ou une épouse (on se réjouit d’être stérile : la citation d’Isaïe II 54.1 par Jésus sur le chemin de croix ["Les jours arrivent où on dira : “Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté et les seins qui n’ont pas nourri !”", Luc 23.29] se retrouve sous la plume de Saül/Paul dans sa Lettre au Galates 4.27 ; si besoin, on n’hésite pas à se castrer ["Des eunuques se sont rendus tels en vue du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre, comprenne", Matthieu 19.12]), on croit l’Apocalypse pour le mois prochain, pour la semaine prochaine, pour demain, on se prépare follement à mourir dans une gigantesque explosion, on se conditionne follement à être pulvérisé et dissous pour mieux renaître après cet événement dans la théocratie parfaite annoncée par les prophètes et par Jésus. L’unique occupation valable dans l’attente de cette atomisation générale finale est le prosélytisme, la propagande pour l’Ekklesia/Eglise, afin d’intégrer le maximum de convertis dans le royaume divin à venir ("Tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, sans cesse, ils enseignèrent et annoncèrent la Bonne Nouvelle de Jésus le Christ", Actes des apôtres 5.42). Or, rien ne vient. Les jours passent, les semaines passent, les mois passent, et toujours pas de fin du monde ni de Jugement Dernier. L’Ekklesia/Eglise, conçue initialement comme un organisme temporaire dans l’attente de ce double événement apocalyptique supposé imminent, doit se remettre en cause, se restructurer en un organisme de long terme. La coopérative communautaire se transforme en une entreprise bureaucratique, avec ses profiteurs et ses désavantagés. Dans la catégorie des profiteurs, on trouve un couple formé d’un "Ananias" et d’une "Saphira" simulant l’adhésion à l’Ekklesia/Eglise pour en détourner les biens : ils se chargent de vendre au prix fort les propriétés des nouveaux adhérents en s’octroyant une forte commission au passage ("Un homme nommé “Ananie” vendit une propriété avec son épouse Saphira, il détourna pour lui-même une partie du montant de la vente, de connivence avec sa femme, et il apporta le reste pour le déposer aux pieds des apôtres", Actes des apôtres 5.1-2). Leurs malversations sont découvertes. Simon-Pierre prend Ananias à part pour le réprimander, et peu après celui-ci meurt mystérieusement. Ensuite il prend à part Saphira, qui meurt aussi mystérieusement. Ces deux décès très suspects sèment le trouble dans l’Ekklesia/Eglise, les disciples s’interrogent - nous aussi ! - sur leur nature ("[Simon-]Pierre lui dit : “Ananias, comment Satan a-t-il envahi ton cœur, pour que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes pour toi-même une partie du montant de cette propriété ? Tant que tu la possédais, n’était-elle pas à toi ? Après la vente, ne pouvais-tu pas la racheter ? Pourquoi un tel projet a-t-il germé en toi ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu”. En entendant ces paroles, Ananias tomba, et il expira. Une grande crainte saisit tous ceux qui apprenaient la nouvelle. Des jeunes gens se levèrent, enveloppèrent le corps, et ils l’emportèrent pour l’enterrer. Environ trois heures passèrent, puis sa femme entra sans savoir ce qui était arrivé. [Simon-]Pierre l’interpella : “Dis-moi, avez-vous vendu la propriété pour ce montant ?”. Elle déclara : “Oui, pour ce montant”. [Simon-]Pierre reprit : “Pourquoi cet accord entre vous pour mettre à l’épreuve l’Esprit du Seigneur ? Voici à la porte les pas de ceux qui enterrent ton mari : ils t’emporteront”. Aussitôt elle tomba à ses pieds, et elle expira. Quand les jeunes gens rentrèrent ils la trouvèrent morte. Ils l’emportèrent pour l’enterrer auprès de son mari. Une grande crainte saisit toute l’Ekklesia et tous ceux qui apprirent cette nouvelle", Actes des apôtres 5.3-11). Dans la catégorie des désavantagés, on trouve les disciples "qui parlent grec", autrement dit d’origine non-juive, s’estimant lésés par les disciples "qui parlent hébreu", autrement dit d’origine juive. La bonne entente de façade se fissure, alors que nous ne sommes que quelques mois après la crucifixion. L’unité du christianisme originel vanté par le Vatican pendant vingt siècles est un mythe : le christianisme s’est divisé quasiment à sa naissance. Le différend éclate au grand jour dans Jérusalem à l’occasion d’une obscure répartition des fonds de la coopérative entre les veuves : les disciples veuves non-juives ("qui parlent grec") se plaignent d’être flouées par les disciples veuves juives ("qui parlent hébreu"), l’altercation dégénère en conflit ("En ces jours-là, le nombre des disciples augmentant, les hellénophones ["˜llhnistîn"] récriminèrent contre les hébréophones ["˜bra…ouj"] parce que leurs veuves étaient désavantagées dans le service quotidien", Actes des apôtres 6.1). Selon les Actes des apôtres, les apôtres sont embêtés car ils considèrent que ce sujet est secondaire, ils n’ont pas de temps à y perdre ni la volonté de s’y consacrer, ils décident donc de nommer sept intendants ou "diacres" ("di£konoj/serviteur, assistant" en grec) pour le résoudre pendant qu’eux-mêmes continueront à prêcher l’évangile : Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas ("Alors les douze [apôtres] convoquèrent la foule des disciples et leur dirent : “Il ne serait pas juste que nous cessions de prêcher le Logos de Dieu pour nous occuper du service à table. Choisissez donc, frères, sept hommes estimables parmi vous, pleins d’Esprit Saint et de sagesse, que nous chargerons de cette tâche. Et nous continuerons à prier et à servir le Logos”. La proposition satisfit tout le monde. On choisit Etienne, homme plein de foi et d’Esprit Saint, Philippe [d’Arbèla/Irbid, à ne pas confondre avec l’apôtre Philippe de Bethsaïde], Prochore, Nicanor, Timon [d’Aera, ex-chef de la synagogue d’Archélais/Al-Auja], Parménas et Nicolas prosélyte d’Antioche [fils de Tolmai le gérant de la propriété de Lazare à Antigonia près d’Antioche]. On les présenta aux apôtres qui, après voir prié, posèrent les mains sur eux", Actes des apôtres 6.2-6). Un conflit existait entre Clemenceau et Foch, Clemenceau a convoqué ses propres partisans et les partisans de Foch pour leur dire : "A moi la politique, à Foch l’armée. Je serai la tête, il sera le bras", et tout le monde est tombé d’accord. Mais cette version des Actes des apôtres n’est pas cohérente avec la suite. L’un des diacres, Etienne, sera vite condamné à mort comme nous le verrons juste après, or on ne condamne pas quelqu’un à mort pour une question d’intendance. De plus, la sentence sera prononcée par les sanhédristes, or les sanhédristes ne s’occupent pas de la logistique à l’intérieur de l’Ekklesia/Eglise. La vérité cachée derrière la version édulcorée des Actes des apôtres est qu’une lutte de pouvoir existe à l’intérieur de l’Ekklesia/Eglise, entre les disciples d’origine non-juive hellénophones et les disciples d’origine juive hébréophones, les premiers sont conduits par les sept personnages portant tous un nom grec mentionnés par les Actes des apôtres, que les apôtres ont désignés officiellement comme leurs "serviteurs/diacres" pour tenter de les rabaisser, de les recadrer. Lesdits diacres ne sont pas des vils intendants dévoués aux apôtres, au contraire ils sont des concurrents aux apôtres, des disciples très investis et dominateurs qui trouvent les apôtres trop mous, trop souples, trop laxistes, trop encombrants. Pour reprendre notre analogie, la confrontation entre hébréophones et hellénophones n’a pas été une confrontation entre un Clemenceau et un Foch, mais entre deux groupes qui prétendaient pareillement au pouvoir politique, deux groupes qui prétendaient au titre de Clemenceau, deux groupes qui refusaient d’être cantonnés au rôle de Foch. Etienne est peut-être le plus charismatique, en tous cas il est le plus influent car il est un élève de Gamaliel selon Maria Valtorta. Les Actes des apôtres disent qu’il est arrêté après un discours par les sanhédristes, avec la complicité des pharisiens qui fréquentent la synagogue des Affranchis ("Etienne plein de grâce et de force accomplissait des prodiges et des grands miracles parmi le peuple. Quelques membres de la synagogue dite “des Affranchis”, originaires de Cyrène, d’Alexandrie, de Cilicie et d’Asieainsi que des Cyrénéens et des Alexandrins, s’opposèrent à lui. Mais ils ne purent pas résister à la sagesse que lui donnait l’Esprit Saint. Alors ils payèrent des gens pour dire : “Nous l’avons entendu prononcer des paroles insultantes contre Moïse et contre Dieu !”. Ils ameutèrent le peuple, les anciens et les scribes, et, s’étant jetés sur Etienne et l’ayant saisi, ils l’amenèrent devant le Sanhédrin. Ils produisirent des faux témoins qui déclarèrent : “Cet homme ne cesse de discréditer notre saint Temple et notre Torah ! Nous l’avons entendu affirmer que « le nazaréen Jésus détruira le Temple et changera les coutumes héritées de Moïse ! »”. Tous ceux qui siégeaient au Conseil avaient les yeux fixés sur lui, et ils virent que son visage était comme celui d’un ange", Actes des apôtres 6.8-15) : chefs saducéens et chefs pharisiens se sont-ils entendus secrètement pour, à travers l’arrestation d’Etienne, signifier à son maître l’illustre Gamaliel qu’il doit cesser de ménager et de fréquenter les chrétiens ? C’est possible. Etienne est conduit dans la salle du Conseil. Il entame un long monologue où il rappelle la solitude des grands hébreux et juifs du passé (Abraham, Joseph, Moïse, les prophètes, en Actes des apôtres 7.2-50), et il conclut de façon fracassante en disant : "Vos prédécesseurs à la tête d’Israël se sont toujours trompés, vous êtes leur copie exacte : vous vous trompez encore sur Jésus que vous avez assassiné !". Fureur des sanhédristes, qui commandent aussitôt sa lapidation ("“Hommes à la nuque raide, au cœur et aux oreilles fermés, vous résistez depuis toujours à l’Esprit Saint, comme vos pères ! Quel prophète vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Ils ont tué ceux qui annonçaient la venue du Juste, celui-là que vous avez trahi et tué ! Vous avez reçu la Torah par des anges, vous ne l’avez pas observée !” En entendant cela, ils devinrent furieux et grincèrent des dents contre lui. Mais, plein de l’Esprit Saint, les yeux vers le ciel, il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il dit : “Voici le ciel ouvert et le Fils de l’Homme debout à la droite de Dieu !”. Alors ils poussèrent des grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui", Actes des apôtres 7.51-57). L’ordre est exécuté on-ne-sait-où à l’extérieur de la ville, sûrement dans la vallée du Cédron, sous les yeux d’un autre élève de Gamaliel, Saül, qui ne participe pas mais approuve la mise à mort de son ancien camarade. Les Actes des apôtres disent que les sanhédristes ne se contentent pas de la mort d’Etienne, ils lancent une grande traque contre les membres de l’Ekklesia/Eglise, surtout contre les plus exaltés, c’est-à-dire les hellénophones, contraignant les six autres diacres à fuir Jérusalem ("Ils l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins laissèrent leurs vêtements à la garde d’un jeune homme appelé “Saül”. Pendant qu’on le lapidait, Etienne pria : “Seigneur Jésus, reçois mon esprit !”. Puis il tomba à genoux et cria avec force : “Seigneur, ne leur compte pas ce péché !”. Après cette phrase, il mourut. Saül approuvait ce meurtre. Le même jour commença une violente persécution contre l’ekklesia de Jérusalem", Actes des apôtres 7.58-8.1). Ainsi les disciples juifs hébréophones, par une ironie des circonstances, sont contraints de choisir entre aider leurs coreligionnaires non-juifs hellénophones contre les sanhédristes, ou approuver indirectement les sanhédristes en demeurant à Jérusalem. Maria Valtorta rapporte également cet épisode, et raccorde dans les grandes lignes avec les Actes des apôtres. Elle ne raconte pas l’audience dans la salle du Conseil, mais ce qui se passe après. Comme dans les Actes des apôtres, Etienne est molesté par les sanhédristes furieux, il reçoit des coups de poings, des crachats, des malédictions, sans répondre ("Coups de poing, malédictions, blasphèmes horribles sont lancés contre le diacre Etienne qui, sous les coups brutaux, vacille et chancelle alors que férocement ils le tirent çà et là. Mais lui garde son calme et sa dignité et même plus encore : il est bienheureux, presque en extase. Sans se soucier des crachats qui coulent sur son visage, ni du sang qui descend de son nez brutalement frappé, il lève à un certain moment son visage inspiré et son regard lumineux et sourit pour regarder fixement une vision connue de lui seul. Ensuite il ouvre ses bras en croix et les lève comme pour embrasser ce qu’il voit. Après cela il tombe à genoux en s’écriant : "Voici le ciel ouvert et le Fils de l’Homme, Jésus le Christ de Dieu que vous avez tué, assis à la droite de Dieu !”. Alors le tumulte perd le peu d’humanité et de légalité qu’il gardait encore. Avec la furie d’une meute de loups, de chacals, de fauves enragés, tous s’élancent sur le diacre, le mordent, le piétinent, le saisissent, le relèvent par les cheveux, le traînent, le renversent une fois de plus, la furie s’opposant à la furie, car dans la rixe ceux qui cherchent à entraîner le martyr dehors sont contrariés par ceux qui le tirent dans une autre direction pour le frapper, le piétiner de nouveau", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 645.1, vision du 07/08/1944). Son maître Gamaliel et Nicodème sont présents mais, très minoritaires, ne peuvent pas empêcher sa condamnation. Au moment où il sort, Gamaliel est retenu par son autre élève Saül qui lui demande pourquoi il n’approuve pas ses collègues sanhédristes, Gamaliel agacé et dégoûté répond de façon délibérément provocatrice : "Je ne suis pas encore chrétien, mais je suis en bonne voie de le devenir !". Saül frémit d’horreur et le laisse sortir ("Dans un coin de la salle se tient Gamaliel, qui n’a jamais pris part à une bagarre ni jamais adressé la parole à Etienne ni à aucun puissant. Son écœurement devant la scène injuste et féroce est bien visible. Dans un autre coin, dégoûté et étranger au procès et à la mêlée, se trouve Nicodème, qui regarde Gamaliel dont le visage a une expression plus claire que toute parole. Mais tout à coup, et précisément quand il voit que pour la troisième fois on soulève Etienne par les cheveux, Gamaliel s’enveloppe dans son ample manteau et il se dirige vers une sortie opposée à celle vers laquelle on traîne le diacre. Son geste n’échappe pas à Saül qui crie : “Rabbin, tu pars ?”. Gamaliel ne répond pas. Pensant que Gamaliel n’a pas compris que la question s’adressait à lui, Saül répète et précise : ‟Rabbin Gamaliel, tu te détournes de ce jugement ?”. Gamaliel se tourne d’un bloc et, avec un regard terrible de dégoût, fier et glacial, il répond seulement : ‟Oui”, mais c’est un “oui” qui a plus de portée qu’un long discours. Saül comprend tout ce que renferme ce “oui” et, abandonnant la meute féroce, il court vers Gamaliel, le rejoint, l’arrête et lui dit : ‟Tu ne voudrais pas me dire, ô rabbin, que tu désapprouves notre condamnation ?”. Gamaliel ne le regarde pas et ne lui répond pas. Saül poursuit : ‟Cet homme est doublement coupable pour avoir renié la Torah en suivant un Samaritain possédé par Belzébuth ["Samaritain" est employé ici comme une insulte, Jésus n’étant pas Samaritain mais Galiléen…], et pour avoir agi sciemment après avoir été ton élève !”. Gamaliel continue à ne pas le regarder et à se taire. Saül demande alors : ‟Serais-tu devenu toi aussi un partisan de ce malfaiteur Jésus ?”. Cette fois, Gamaliel lui répond : ‟Je ne le suis pas encore. Mais s’il était bien ce qu’il prétendait, et en vérité beaucoup de choses tendent à prouver qu’il l’était, je prie Dieu de le devenir”. ‟Horreur !”, crie Saül. ‟Aucune horreur. Chacun a une intelligence pour s’en servir et une liberté pour l’appliquer. Que chacun s’en serve donc d’après la liberté que Dieu a donnée à tout homme et la lumière qu’il a mise dans le cœur de chacun. Les justes, maintenant ou plus tard, emploieront ces deux dons de Dieu pour le Bien, et les mauvais pour le Mal.” Et il s’en va", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 645.2, vision du 07/08/1944). Puis, quand Gamaliel est dans la cour, Saül se ravise et court derrière lui pour le questionner. S’ensuit un long échange où Gamaliel réaffirme sa position. Saül est effrayé par les déclarations de son maître, qui lui conseille finalement : "Si tu partages le point de vue de ceux qui ont condamné Etienne, dénonce-moi à eux, ainsi je finirai martyr moi aussi !" ("[Saül] se tait un moment en fixant Gamaliel, puis il dit quelque chose à voix basse. Gamaliel lui répond d’une voix bien nette et forte : ‟Je n’approuve pas la violence. Pour aucun motif. Tu n’auras jamais de moi une approbation pour un dessein violent. Je l’ai même dit publiquement, à tout le Sanhédrin, lorsqu’on a pris pour la seconde fois [Simon-]Pierre et les autres apôtres et qu’ils ont été amenés devant le Sanhédrin pour être jugés. Et je répète la même chose : si les intentions et les actes ont une motivation humaire ils s’effaceront d’eux-mêmes, mais s’ils viennent de Dieu les hommes ne pourront pas les détruit, au contraire ils pourront être frappés par Dieu [Actes des apôtres 5.39]. Ne l’oublie pas”. ‟Es-tu le protecteur de ces blasphémateurs disciples du nazaréen, toi le plus grand rabbin d’Israël ?” ‟Je suis le protecteur de la justice. Et elle enseigne à être prudent et raisonnable dans les jugements. Je te le répète encore : si une chose vient de Dieu elle résistera, sinon elle tombera d’elle-même. Je ne veux pas me tacher les mains avec un sang dont je ne sais pas s’il mérite la mort.” ‟C’est toi, pharisien et docteur, qui parles ainsi ! Tu ne crains pas le Très-Haut ?” ‟Plus que toi. Mais je réfléchis. Et je me souviens… Tu n’étais qu’un enfant, pas encore un fils de la Torah, quand j’enseignais déjà dans ce Temple avec le rabbin le plus sage de l’époque [Hillel, grand-père de Gamaliel], et avec d’autres qui étaient sages mais pas justes. Notre sagesse eut, dans ces murs, une leçon qui nous donna à réfléchir pour le reste de notre vie. Les yeux du plus sage et du plus juste d’entre nous [Hillel] se fermèrent sur le souvenir de cette heure, et son esprit sur l’étude de ces vérités, entendues des lèvres d’un enfant qui se révélait aux hommes, spécialement aux justes [allusion à l’épisode de Jésus dans le Temple lors de ses douze ans, probablement sa bar-mitsva, quand il a annoncé que "les pierres [du Temple] frémiront quand [son] heure sera venue" dans la vision 41.9 précitée]. Mes yeux ont continué à veiller, et mon esprit à réfléchir, en coordonnant les événements et les choses. J’ai eu le privilège d’entendre le Très-Haut parler par la bouche d’un enfant devenu par la suite un homme juste, sage, puissant, saint, mis à mort précisément à cause de ces qualités. Les paroles qu’il a dites alors ont pu être confirmées par des faits arrivés plusieurs années après, à l’époque prédite par Daniel [allusion à Daniel 9.24-27 précités]. Malheureux que je suis de n’avoir pas compris avant ! D’avoir attendu le dernier terrible signe pour croire, pour comprendre ! Malheureux peuple d’Israël qui n’a pas compris alors et ne comprend pas même maintenant ! La prophétie de Daniel et celles d’autres prophètes et du Logos de Dieu continuent, et elles s’accompliront pour Israël entêté, aveugle, sourd, injuste, qui continue de persécuter le Messie dans ses serviteurs !” ‟Malédiction, tu blasphèmes ! Quel salut pour le peuple de Dieu si les rabbins blasphèment, renient Yahvé le vrai Dieu, pour exalter et croire un faux Messie !” ‟Ce n’est pas moi qui blasphème, mais tous ceux qui ont insulté le nazaréen, et continuent de l’insulter en persécutant ses fidèles. Toi, tu le blasphèmes, parce que tu le hais, lui et les siens. Mais tu es dans le vrai en disant qu’Israël ne peut plus être sauvé. Ce n’est pas parce que des Israélites passent dans son troupeau, mais parce que Israël l’a frappé à mort.” ‟Tu m’horrifies ! Tu trahis la Torah, le Temple !” ‟Alors dénonce-moi au Sanhédrin, pour que j’aie le même sort que celui qu’on va lapider. Ce sera le commencement et la fin heureuse de ta mission. Et moi, par mon sacrifice, je serai pardonné de n’avoir pas reconnu et compris le Dieu qui passait, Sauveur et Maître, parmi nous, ses fils et son peuple.” Saül s’éloigne impoliment avec geste de colère, il retourne dans la cour donnant sur la salle du Conseil où continue la clameur de la foule exaspérée contre Etienne", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 645.4-6, vision du 07/08/1944). Saül en plein conflit intérieur laisse Gamaliel s’éloigner et rejoint les bourreaux. Comme les Actes des apôtres, Maria Valtorta dit que Saül assiste à la lapidation de son ancien camarade Etienne mais n’y participe pas, encore perturbé par les déclarations de Gamaliel ("Saül rejoint les bourreaux qui l’attendaient. Il sort du Temple avec eux, puis des murs de la ville. Insultes, moqueries, coups, continuent sur le diacre [Etienne] qui avance déjà épuisé, blessé, chancelant vers le lieu du supplice. Hors des murs, un espace inculte et pierreux, absolument désert. Arrivés là, les bourreaux forment un cercle en laissant le condamné seul au milieu, avec des vêtements déchirés et couverts de sang en plusieurs parties du corps à cause des blessures déjà reçues. Ils les lui arrachent avant de s’écarter. Etienne reste avec une tunique très courte. Tous enlèvent leurs vêtements longs pour rester avec les seules tuniques courtes comme celle de Saül, à qui ils confient leurs vêtements. Saül ne prend pas part à la lapidation, soit qu’il a été impressionné par les paroles de Gamaliel, soit qu’il sait être incapable de viser. Les bourreaux ramassent des grosses pierres et des silex coupants qui abondent en ce lieu, et ils commencent la lapidation. Etienne reçoit les premiers coups en restant debout, avec un sourire de pardon sur sa bouche blessée. Un instant avant le début de la lapidation il a crié à Saül, occupé à rassembler les vêtements des bourreaux : ‟Mon ami, je t’attends sur le chemin du Christ !”. A quoi Saül lui a répondu : ‟Porc ! Obsédé !”, en ajoutant aux injures un vigoureux coup de pied dans les jambes du diacre qui a presque chuté par le choc et la souffrance. Après plusieurs jets de pierre qui l’atteignent de tous côtés, Etienne tombe à genoux, appuyé sur ses mains blessées […]. Une autre grêle de coups sur sa tête déjà blessée l’allongent complètement au sol, qui s’imprègne de son sang. Pendant qu’il s’abandonne au milieu des pierres, toujours sous une grêle d’autres pierres, il expire en murmurant : ‟Seigneur, Père, pardonne-leur, ne leur garde pas rancune pour leur péché, ils ne savent pas que…”. La mort coupe la phrase sur ses lèvres. Un dernier sursaut le pelotonne sur lui-même, et il reste ainsi. Mort. Les bourreaux s’avancent, lancent sur lui une autre charge de pierres sous lesquelles ils l’ensevelissent presque. Puis ils reprennent leurs habits et s’en vont, en revenant au Temple, pour rapporter, ivres d’un zèle satanique, ce qu’ils ont fait", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 645.6-7, vision du 07/08/1944). Après la mort d’Etienne, les bourreaux retournent vers le Temple rendre compte de l’accomplissement de leur mission. Saül ne les suit pas, il se met encore à la recherche de Gamaliel, et ne le trouve plus. Alors il revient au Temple et sollicite un blanc-seing pour traquer les chrétiens. Les sanhédristes le lui accordent. Saül ressort du Temple et aperçoit Gamaliel au loin. Il tente de le rejoindre, mais celui-ci entre dans une salle et lui claque la porte au nez. Saül ivre de rage quitte l’endroit pour entamer la traque des chrétiens ("Saül va à la recherche de Gamaliel. Il ne le trouve pas tout de suite. Il revient, enflammé de haine contre les chrétiens, va trouver les prêtres, parle avec eux, en reçoit un parchemin avec le sceau du Temple qui l’autorise à persécuter les chrétiens. Le sang d’Etienne l’a rendu furieux comme un taureau qui voit du rouge, ou un vin généreux donné à un alcoolique. Il est sur le point de sortir du Temple quand il voit Gamaliel sous le portique des Païens. Il va vers lui. Peut-être veut-il commencer une discussion ou se justifier. Mais Gamaliel traverse la cour, entre dans une salle, ferme la porte au nez de Saül qui, offensé et furieux, sort en courant du Temple pour persécuter les chrétiens", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 645.8, vision du 07/08/1944). La nuit suivante, Marie la Vierge quitte sa maison de Gethsemani au bras de Jean fils de Zébédée, avec Simon-Pierre, Jacques fils d’Alphée, Simon le zélote et Lazare. Ils suivent Nicodème qui les conduit au lieu de l’exécution dans la vallée du Cédron, en contrebas du Temple. On dégage le corps d’Etienne laissé à l’abandon sous les pierres, on le nettoie sommairement. Impossible de lui donner une attitude digne car les membres se sont rigidifiés dans l’attitude qu’il avait au moment de la mort. On transporte la dépouille en l’état, non pas par le chemin de l’aller mais par la route extérieure reliant Béthanie à Jéricho. C’est une tâche difficile, qui nécessite une halte durant laquelle Nicodème rapporte ce qu’il a vu lors du procès d’Etienne. Il informe que Saül a été chargé de persécuter les membres de l’Ekklesia/Eglise. Il propose aux apôtres de quitter Jérusalem et de se disperser au loin, comme les diacres. Simon-Pierre et Jacques fils d’Alphée opposent un refus spontané et catégorique. Lazare rétorque en leur rappelant que Jésus lui-même a quitté Jérusalem et s’est retiré en Samarie afin d’échapper momentanément à la traque lancée par le Sanhédrin ("Nicodème, témoin passif de la condamnation d’Etienne, et l’un des chefs des juifs, donc bien informé des décisions du Sanhédrin, avertit que la persécution des chrétiens a été décidée et lancée, et qu’Etienne n’est que le premier d’une longue liste de noms déjà désignés comme partisans du Christ. Les apôtres commencent par s’écrier : ‟Qu’ils fassent ce qu’ils veulent ! Nous ne changerons ni par menace ni par prudence !”. Mais les plus avisés, c’est-à-dire Lazare et Nicodème, signalent à [Simon-]Pierre et à Jacques fils d’Alphée que l’Ekklesia compte peu de prêtres du Christ, et que si les plus importants d’entre eux, le pontife [Simon-]Pierre et l’évêque de Jérusalem Jacques [fils d’Alphée], sont tués l’Ekklesia aura des difficultés à perdurer. Ils rappellent aussi à [Simon-]Pierre que leur fondateur et maître a quitté la Judée pour la Samarie pour ne pas être tué avant d’avoir achevé leur formation, et a conseillé à ses serviteurs d’imiter son exemple jusqu’à ce que les pasteurs soient assez nombreux pour ne pas provoquer la dispersion des fidèles par carence de pasteurs. Et ils terminent en disant : ‟Dispersez-vous pareillement à travers la Judée et la Samarie, faites du prosélytisme, formez des nouveaux pasteurs, et de là répandez-vous à travers la terre afin que, comme il l’a commandé, toutes les nations reçoivent l’évangile”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 646.3, vision du 08/08/1951). Cet argument n’est pas suffisant pour Jacques fils d’Alphée, qui ne change pas d’avis : "Je reste à Jérusalem, même si on m’arrête et même si on me tue". Simon-Pierre hésite. Marie la Vierge propose d’héberger les apôtres à Gethsemani, toujours propriété de Lazare donc asile intouchable, le temps de décider ce qu’on doit faire ("‟Pour ma part, je reste ici [c’est Jacques fils d’Alphée qui parle]. L’élève doit suivre le maître. Lui est mort pour donner la vie à l’Ekklesia. Chacune de nos morts sera une pierre ajoutée au nouveau grand temple, un accroissement de vie pour le grand et immortel corps de l’Ekklesia universelle. Qu’ils me tuent donc, s’ils veulent. Vivant au Ciel je serai plus heureux, car je serai à côté de mon frère [en réalité cousin et non pas frère de Jésus], et plus puissant encore. Je ne crains pas la mort, mais le péché. Abandonner ma place me paraît imiter le geste de Judas, le traître absolu. Jacques fils d’Alphée ne commettra pas ce péché. Si je dois tomber, je tomberai en héros à mon poste de combat, au poste où lui me veut.” […] [Simon-]Pierre, moins héroïque, s’entretient avec [Simon] le zélote pour savoir ce qu’il en pense. Lazare, près des deux, propose : ‟Venez à Béthanie. C’est proche de Jérusalem et proche du chemin vers la Samarie. C’est de là que le Christ est parti tant de fois pour échapper à ses ennemis”. Nicodème propose à son tour : ‟Venez dans ma maison de campagne. Elle est sûre, et proche autant de Béthanie que de Jérusalem, et sur la route qui conduit à Ephraïm via Jéricho”. ‟Non, la mienne est meilleure, protégée par Rome”, insiste Lazare. ‟Tu es déjà trop haï depuis que Jésus t’a ressuscité, depuis qu’il a affirmé la puissance de sa nature divine. Réfléchis que c’est pour ce motif que son sort a été décidé. Que tu n’aies pas à décider le tien”, lui répond Nicodème. ‟Et ma maison, qu’en faites-vous ? En réalité elle appartient à Lazare, mais elle porte encore mon nom”, dit Simon le zélote. Marie [la Vierge] intervient : ‟Laissez-moi réfléchir, penser, juger ce qui vaut le mieux. Dieu ne me laissera pas sans sa Lumière. Quand je le saurai, je vous le dirai. Pour le moment, venez avec moi à Gethsemani”", Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 646.4-5, vision du 08/08/1951). A l’aube, Simon-Pierre, Jacques fils d’Alphée, Simon le zélote et Jean fils de Zébédée raccompagnent Marie la Vierge vers Gethsemani, tandis que Lazare et Nicodème reprennent la route vers on-ne-sait-où avec la dépouille d’Etienne. Maria Valtorta ne précise pas où ils ensevelissent le cadavre (Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé 646.6, vision du 08/08/1951). Les Actes des apôtres disent que le cadavre d’Etienne est recueilli et enseveli par des "hommes pieux/¥ndrej eÙlabe‹j" sans précision ("Des hommes pieux ensevelirent Etienne et célébrèrent pour lui un grand deuil", Actes des apôtres 8.2). Selon la tradition chrétienne, Etienne est enterré dans la propriété de son maître Gamaliel correspondant à l’actuel village homonyme de Beth Jamal en Israël (littéralement la "maison/beth de Gamaliel", 31°43'29"N 34°58'35"E). En 2003, les archéologues ont découvert sur place une tabula ansata datant peut-être du VIème siècle portant la mention "DIAKONIKWN STEFANOU PRWTOMARTUROS/diaconicon [endroit où sont conservés les objets sacrés dans l’église orthodoxe, équivalent de la sacristie dans l’église catholique] d’Etienne premier martyr", ce qui accrédite cette tradition : Gamaliel aurait secrètement missionné son collègue Nicodème pour ensevelir dans son domaine la dépouille de son ancien élève Etienne. Telle est en tous cas la version de Jacques de Voragine au Moyen Age, qui date la lapidation d’Etienne en août W, quelques mois seulement après la crucifixion de Jésus au printemps W ("Le martyre d’Etienne eut lieu l’année même de l’Ascension du seigneur, le troisième jour d’août. Saint Gamaliel et Nicodème, qui soutenaient les intérêts des chrétiens dans tous les Conseils des juifs, ensevelirent saint Etienne dans le champ dudit Gamaliel, et un grand deuil eut lieu en son honneur. Une violente persécution fut lancée peu après contre tous les chrétiens de Jérusalem, au point que tous durent se disperser dans les diverses parties de la Judée et de la Samarie, sauf les apôtres qui choisirent d’aller au-devant de la mort au lieu de la fuir", Jacques de Voragine, La Légende dorée, Saint Etienne 2).


Le diacre Philippe, fils de Jacob d’Arbèla/Irbid selon Maria Valtorta, se réfugie à Samarie. Il y est bien accueilli car il y accomplit des guérisons ("Ceux qui s’étaient dispersés annonçaient la Bonne Nouvelle du Logos là où ils passaient. Ainsi Philippe [d’Arbèla/Irbid], l’un des sept [diacres], arriva dans une cité de Samarie et y proclama le Christ. Les foules étaient attentives au discours de Philippe [d’Arbèla/Irbid], en apprenant et en voyant les miracles qu’il accomplissait. Beaucoup de possédés furent délivrés des esprits impurs, qui sortaient en poussant des grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. Cette cité connut une grande joie", Actes des apôtres 8.4-8). Il entre en compétition contre un magicien local appelé "Simon", que pseudo-Clément de Rome dans ses Homélies présente comme d’origine samaritaine ("Ce Simon [le magicien] a pour père Antoine et pour mère Rachel, il est d’origine samaritaine, du village de Getthon à six schènes de la cité de Samarie", pseudo-Clément de Rome, Homélies, II, 22.2) et ancien proche disciple de Jean-Baptiste aux côtés d’une mystérieuse "Hélène" ("Jean hémérobaptiste ["¹merobaptist»j", littéralement "qui baptise chaque jour/¹mšra"] fut, selon l’ordre de la syzygie, le précurseur de notre Seigneur Jésus. Comme notre Seigneur eut douze apôtres conformément aux douze mois solaires, Jean[-Baptiste] eut trente hommes responsables conformément au décompte lunaire. Une femme nommée “Hélène” était parmi eux afin d’ajuster ce décompte, une femme étant moitié d’homme permettant de compléter les trente hommes comme on ajuste les trente jours du mois lunaire. Simon [le magicien] était pour Jean[-Baptiste] le premier et le plus éprouvé des trente", pseudo-Clément de Rome, Homélies, II, 23.1-4). Ce Simon est allé en Egypte pour apprendre la rhétorique grecque et la magie. Comme Jésus, il s’est convaincu d’être le Mashiah/Messie et a attiré autour de lui beaucoup de fidèles, rejetant le Temple de Jérusalem et voulant lui substituer le temple samaritain du mont Garizim ("Arrivé à Alexandrie en Egypte, [Simon le magicien] s’est exercé assidûment à la culture hellénique et est devenu un très puissant magicien. Devenu orgueilleux, il se prétend très supérieur au Dieu même qui a créé le monde. Il dit parfois qu’il est le Christ et se surnomme “Celui-qui-se-tient-debout”, il recourt à ce surnom pour signifier qu’il sera toujours debout, son corps ne pouvant pas se dégrader. Il déclare que le Dieu qui a créé le monde n’est pas le Dieu suprême. Il ne croit pas à la résurrection des morts. Il rejette Jérusalem et lui substitue le mont Garizim. Il se proclame Christ à la place de notre vrai Christ. Il interprête la Torah de façon allégorique, selon ses opinions préconçues. Il annonce le Jugement, mais sans s’y intéresser car il est convaincu qu’il ne sera pas jugé par Dieu, outrageant ainsi Dieu par son impiété. A cause de lui quelques-uns courent à leur perte, ignorant que Simon [le magicien] prétexte la foi pour dérober subrepticement la Vérité, croyant sincèrement que l’espoir et le Jugement adviendront un jour de la façon bonne ou mauvaise que Simon [le magicien] raconte", pseudo-Clément de Rome, Homélies, II, 22.3-7). Plus précis, Irénée de Lyon dit que Simon le magicien a rencontré à Tyr la mystérieuse "Hélène", en fait une simple prostituée devenue sa compagne et sa complice. Doté d’une solide éloquence, il a persuadé un large public qu’il est le Père de toutes choses, et que cette Hélène en est la Mère. Il prétend lutter contre les rois, les riches, les Romains, en résumé toutes les formes d’autorité, qu’il appelle les "Anges", expliquant que ces autorités/Anges sont ses enfants rebellés contre lui, d’où l’injustice du monde car, contre leur Père qui seul connaît et pratique la Justice, ces autorités/Anges enfantins ne peuvent se distinguer qu’en étant injustes. Le contenu du discours de Simon le magicien, selon Irénée de Lyon, est celui d’un chef de secte au sens moderne du mot "secte", une manipulation mentale retournant tous les codes sociaux au profit du gourou : "Ce que vous pensez juste ne l’est que par convention, moi seul sait réellement ce qui est juste et injuste, donc soumettez-vous à moi si vous voulez incarner le Bien", recourant à des mises en scènes pour impressionner les membres autant que pour dissimuler malversations et débauches ("Simon [le magicien] de Samarie, de qui dérivent toutes les hérésies, édifia son hérésie sur le système suivant. Il paya à Tyr en Phénicie une prostitué nommée “Hélène” avec laquelle il parcouru le pays, en la présentant comme sa Pensée première, la Mère de toutes choses, celle par laquelle il eut l’idée de créer les Anges. Ayant été fécondée par le Père, elle était descendue ici-bas et avait enfanté les Anges et les Puissances, qui ensuite façonnèrent le monde. Mais après leur naissance, ceux-ci l’avait l’emprisonnèrent par jalousie, ne voulant pas apparaître comme des enfants de quiconque. Ils ignorèrent totalement leur Père. Pour empêcher la Pensée de remonter vers le Père, les Anges et les Puissances l’enfermèrent dans un corps humain, et elle subit tous les outrages en étant transvasée de femme en femme au cours des siècles. Elle fut entre autres l’Hélène qui causa la guerre de Troie, dont Stésichore dit qu’il devint aveugle après l’avoir outragée dans ses poèmes et qu’il recouvra la vue après s’être repenti et l’avoir célébrée dans ses palinodies. C’est en passant ainsi de corps en corps et en subissant tous les outrages qu’elle était devenue prostituée, la “brebis perdue”. Le Père était venu en personne pour la délivrer, et pour sauver les hommes en leur dévoilant sa nature. Les Anges gouvernant mal le monde, chacun désirant être le premier, il s’était manifesté pour redresser la situation. Il était descendu en se donnant la même apparence vertueuse des Anges et des Puissances. Il s’était montré comme un homme alors qu’il n’était pas un homme. Il avait semblé souffrir en Judée, sans souffrir en réalité. Les Anges ayant façonné le monde avaient inspiré les prophètes : les disciples de Simon [le magicien] et d’Hélène ne devaient plus se soucier de leurs prophéties mais vivre par eux-mêmes à leur gré. Les hommes ne pouvaient être sauvés que par la grâce de Simon [le magicien] et non pas par des actes prétendus “justes”, car les actes ne sont “justes” que par convention et non pas par nature, selon les commandements instaurés par les Anges ayant façonné le monde dans leur intérêt, en réduisant les hommes en esclavage. Simon [le magicien] promettait de détruire le monde et de libérer les hommes de la domination des Anges. Ses mystagogues vivaient dans la débauche, s’adonnaient à la magie, à l’exorcisme, aux incantations, ils recouraient aux philtres, aux charmes, aux démons dits “parèdres” et “oniropompes” et à toutes autres pratiques magiques. Ils adoraient Simon [le magicien] sous les traits de Zeus et Hélène sous ceux d’Athéna", Irénée de Lyon, Contre les hérésies I, 23.2-4 ; Justin de Naplouse dit la même chose ["Presque tous les Samaritains et quelques hommes d’autres nations le reconnaissent [Simon le magicien] et l’adorent comme Dieu primordial. Une nommée “Hélène” l’accompagnait partout, ancienne prostituée : il la présentait comme sa première expression", Justin de Naplouse, Première apologie XXVI.3] ; les tours de passe-passe de Simon le magicien sont évoqués longuement par pseudo-Clément de Rome [Homélies, II, 26.1-32.3] et succintement par Jacques de Voragine ["En ce temps-là vivait à Jérusalem un magicien nommé “Simon” qui se prétendait la Vérité première, promettait de rendre immortels ceux qui croyaient en lui, et disait que rien ne lui était impossible. […] Il animait des serpents de bronze, par lui les statues de pierre riaient et les chiens chantaient", Jacques de Voragine, La Légende dorée, Saint Pierre 2]). Selon pseudo-Clément de Rome, l’exécution de Jean-Baptiste par Hérode-Antipas s’est déroulée quand Simon le magicien était encore en Egypte. Revenu en Samarie dans l’espoir de prendre la succession de Jean-Baptiste dont il était l’un des plus entreprenants lieutenants, Simon le magicien a eu la désagréable surprise de constater que ce poste était déjà occupé par un autre ambitieux disciple nommé "Dositheos". Une compétition s’est engagée pour la succession. Finalement Dositheos a accepté sa défaite et laissé la place de chef à Simon le magicien ("Mais [Simon le magicien] ne devint pas chef après la mort de Jean[-Baptiste]. Voici pourquoi. Tandis que Simon [le magicien] voyageait en Egypte pour s’exercer à la magie, Jean[-Baptiste] disparut. Un nommé “Dositheos” qui aspirait au pouvoir répandit la fausse nouvelle de la mort de Simon [le magicien] et succéda à Jean[-Baptiste] à la tête de la communauté. Simon [le magicien] revint peu après, très attaché à cette place qu’il estimait sienne. Il rencontra Dositheos sans protester, sachant qu’un homme parvenu à la première place refuse ordinairement de s’en dessaisir. Il feignit l’amitié, consentit à n’être que le second de Dositheos, mais dans la communauté des trente disciples il commença sournoisement à accuser Dositheos de ne pas transmettre le vrai enseignement, “non pas par malveillance mais par ignorance” disait-il. Dositheos s’aperçut que Simon [le magicien], en lui reprochant de ne pas être Celui-qui-se-tient-debout, minait son autorité aux yeux de beaucoup de gens. Un jour, il vint à son école comme d’ordinaire, il y trouva Simon [le magicien]. Il se laissa emporter par la colère et le frappa avec une verge. Mais la verge sembla passer à travers le corps de Simon [le magicien] comme à travers une fumée. Stupéfait, Dositheos lui dit : “Si tu es Celui-qui-se-tient-debout, alors je t’adorerai”. “Je le suis”, répondit Simon [le magicien]. Reconnaissant ne pas être Celui-qui-se-tient-debout, Dositheos tomba à genoux devant Simon [le magicien] et l’adora, s’abaissant au rang des vingt-neuf autres disciples et lui laissant sa place que Simon [le magicien] estimait sienne. C’est ainsi que Simon [le magicien] “se-tient-debout”. Dositheos déchu mourrut quelques jours après", pseudo-Clément de Rome, Homélies, II, 23.4-24.7). Voyant le succès du diacre Philippe d’Arbèla/Irbid, Simon le magicien le suit partout dans le but secret d’augmenter son propre auditoire et de gagner beaucoup d’argent ("Dans la cité se trouvait un homme appelé “Simon” qui pratiquait la magie et étonnait le peuple de Samarie en prétendant être un personnage important. Tous, les plus petits comme les plus grands, s’attachaient à lui en disant : “Cet homme est la Puissance de Dieu, appelée « la Grande »”. Ils lui accordaient beaucoup d’attention parce qu’il les stupéfiait par ses pratiques magiques. Mais quand ils crurent Philippe [d’Arbèla/Irbid] qui enseignait la Bonne Nouvelle, le Royaume de Dieu et le nom de Jésus le Christ, hommes et femmes réclamèrent le baptême, et Simon [le magicien] lui-même crut. Après avoir été baptisé, il ne quitta plus Philippe [d’Arbèla/Irbid]. Il fut étonné des grands miracles et prodiges qui s’accomplirent", Actes des apôtres 8.9-13 ; "Philippe [d’Arbèla/Irbid], choisi en même temps qu’Etienne comme diacre, était parmi les dispersés. Il vint en Samarie et, plein d’une puissance divine, prêcha le premier le Logos aux gens de ce pays. La grâce divine le seconda si bien que même Simon le magicien fut entraîné avec la foule par son discours. Simon [le magicien] était célèbre à cette époque, par la magie il trompait ceux qui le considérait comme la Grande Puissance de Dieu Frappé lui aussi par des actions merveilleuses accomplies par la force divine de Philippe [d’Arbèla/Irbid], il s’insinua près de lui et simula la foi au Christ jusquà recevoir le baptême", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 1.10-11). Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée rendent visite à Philippe d’Arbèla/Irbid à une date inconnue ("Les apôtres restés à Jérusalem apprirent que la Samarie avait accueilli le Logos de Dieu. Alors ils y envoyèrent [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée]. A leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit Saint n’était encore descendu sur aucun d’eux, ils avaient seulement reçu le baptème au nom du seigneur Jésus. [Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée] posèrent les mains ur eux, et ils reçurent l’Esprit Saint", Actes des apôtres 8.14-17). Simon le magicien tente de manipuler Simon-Pierre pour en tirer profit, mais ce dernier dévoile publiquement ses supercheries ("Quand Simon [le magicien] vit que l’Esprit était donné aux croyants par l’imposition des mains des apôtres, il leur proposa de l’argent en disant : “Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que ceux sur qui je poserai les mains reçoivent l’Esprit Saint”. Mais [Simon-]Pierre lui répondit : “Que ton argent périsse avec toi, qui pense que le don de Dieu est monnayable ! Tu n’as aucune part ni aucun droit dans cette affaire, car ton cœur n’est pas honnête devant Dieu. Rejette tes mauvaises intentions et prie le Seigneur : il te les pardonnera peut-être. Je vois que tu es plein d’aigreur amère et que tu es prisonnier du péché”", Actes des apôtres 8.18-23 ; "Accompagné d’Hélène, Simon [le magicien] a entrepris un périple et jusqu’à présent il soulève les foules, comme tu le vois [c’est l’un des disciples de l’entourage de Simon-Pierre qui s’adresse à Clément de Rome]. Selon lui, Hélène est descendue du haut ciel dans le monde, elle est reine, substance mère de toutes choses, et Savoir. Il dit que c’est à cause d’elle que Grecs et barbares se sont affrontés, parce qu’ils ont confondu l’image d’Hélène [allusion à Hélène de Troie, cause de la guerre de Troie à la fin de l’ère mycénienne] avec la vraie qui était alors auprès du Dieu premier. Il trompe beaucoup de gens non seulement en recourant à des allégories de manière persuasive et en triturant les mythes grecs, mais encore en accomplissant des nombreux et étonnants prodiges. Si nous-mêmes n’avions pas su qu’il opérait par magie, il nous aurait trompé de la même façon. Nous avons collaboré avec lui au début, quand ses actes n’influaient pas sur la foi, mais nous nous sommes immédiatement éloignés quand, dans son immense folie, il a commencé à abuser les croyants", pseudo-Clément de Rome, Homélies, II, 25.1-4 ; "[Simon le magicien] voulut discuter avec [Simon-]Pierre et le persuader qu’il était Dieu. Au jour convenu, [Simon-]Pierre le rencontra et dit aux assistants : “Que la paix soit avec vous, mes frères qui aimez la vérité”. Alors Simon [le magicien] : “Nous n’avons pas besoin de ta paix, car la paix nous empêche de travailler à découvrir la Vérité. Les voleurs sont en paix entre eux. N’invoque donc pas la paix, mais la guerre. La paix ne viendra que quand l’un de nous deux aura vaincu l’autre”. Et [Simon-]Pierre : “Pourquoi crains-tu le mot « paix » ? La guerre naît du péché. Où est le péché, la paix n’existe pas. La Vérité ne se trouve que dans la discussion, et la justice, dans les actes”. Et Simon [le magicien] : “Tout cela ne signifie rien. Je te montrerai ma puissance divine, et tu seras forcé de m’adorer. Je suis la Vertu première, je vole dans les airs, je crée des nouveaux arbres, je change les pierres en pain, je reste dans la flamme sans souffrir. Tout ce que je veux, je le peux”. Mais [Simon-]Pierre discuta une à une toutes ses paroles, et révéla ses frauduleux maléfices", Jacques de Voragine, La Légende dorée, Saint Pierre 2). Selon l’érudit byzantin du Xème siècle Syméon le Métaphraste (Ménologue, 29 juin, Saint Pierre), Simon le magicien se réfugie ensuite à Antioche, où on le retrouvera sous le règne de Claude. La pratique consistant à vendre un bien spirituel, charge sacerdotale ou place au Paradis, instaurée par Simon le magicien, qui lui a donné son nom : le "simonisme", sera reprise par d’autres opportunistes après lui, d’abord par Ménandre de Samarie, qui aura pour élèves Saturnin qui professera à Antioche et Basilide qui professera à Alexandrie, qui auront à leur tour d’autres élèves jusqu’au temps d’Eusèbe de Césarée au IVème siècle qui s’en plaindra ("On doit signaler ceux qui aujourd’hui encore entretiennent l’hérésie très impure de [Simon le magicien] : à l’instar de leur ancêtre, ils s’insinuent dans l’Eglise comme une peste ou une gale, ils causent les plus grands dommages à ceux en qui ils infusent le poison qu’ils cachent, difficile à guérir et violent", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 1.12). Nous ne nous y attarderons pas pour ne pas dépasser le cadre de notre étude, disons simplement que le simonisme sera largement pratiqué par l’Eglise vaticane du bas Moyen Age, et sera l’une des causes de rupture entre celle-ci et le réformateur protestant Martin Luther. Les Actes de Philippe, écrit apocryphe du IVème siècle reposant sur des traditions antérieures, racontent que "Philippe" vit à Athènes pendant deux ans, où il fonde une église, avant de repartir à l’est "vers l’Empire des Parthes" ("Philippe demeura deux ans à Athènes, il y bâtit une église et établit un évêque et un prêtre. Puis il partit vers le pays des Parthes pour leur apporter l’évangile du Christ", Actes de Philippe 2.24). En chemin, il croise Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée ("Tandis qu’il cheminait vers l’Empire des Parthes, Philippe l’apôtre du Christ croisa dans une cité [Simon-]Pierre l’apôtre du Christ, accompagné d’autres disciples et de quelques femmes ayant embrassé la vraie foi", Actes de Philippe 3.1), qui l’informe de la dispersion récente des apôtres dont nous parlerons juste après ("Jean [fils de Zébédée] était présent aussi, qui dit à Philippe : “Frère et compagnon apôtre, tu pars au loin. Sache que notre frère André est parti pour l’Achaïe et toute la Thrace, Thomas[/Didyme] chez les sanguinaires mangeurs de chair en Inde, Matthieu chez les impitoyables et sauvages habitants des cavernes. Le Seigneur sera avec nous. Ne te laisse pas abattre, Philippe, car Jésus est avec toi”. Philippe leur raconta ses actes à Athènes. Ils glorifièrent Dieu. Philippe ajouta : “Je vous prie, toi bienheureux Jean [fils de Zébédée], et toi bienheureux [Simon-]Pierre, de prier pour moi afin que j’accomplisse pareillement la mission que le Seigneur m’a confiée”", Actes de Philippe 3.2-3). Les Actes de Philippe semblent fusionner en une unique personne le diacre d’origine arabo-hellénique Philippe d’Arbèla/Irbid, qui nous intéresse ici, et l’apôtre d’origine juive Philippe de Bethsaïde. En effet, à l’exception de l’église Saint Philippe au nord de l’agora ne recèlant aucun vestige ancien et de construction récente (l’édifice actuel date de 1916, 37°58'34"N 23°43'23"E), aucune trace de l’apôtre Philippe n’existe à Athènes selon la tradition chrétienne, en revanche on peut imaginer qu’après l’exécution d’Etienne et la persécution de ses pairs hellénophones, le diacre Philippe d’Arbèla/Irbid ait quitté le Levant pour aller se réfugier à Athènes, puis, les choses s’étant tassées, soit revenu au Levant deux ans plus tard, se soit installé à Samarie, où Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée lui ont rendu visite comme disent les Actes des apôtres, et lui ont donné des nouvelles des autres apôtres. Par ailleurs, la route depuis Athènes vers l’Empire parthe passe par le nord Levant, imaginer un "Philippe" croisant Simon-Pierre et Jean fils de Zébédée entre Athènes et l’Empire parthe impliquerait que celui-ci s’est détourné vers le sud Levant, ou que ceux-là se sont aventurés vers le nord Levant, ce qu’on ne trouve nulle part dans les textes anciens ni dans la tradition chrétienne. Enfin le texte lui-même n’est pas logique : au chapitre 3, Jean fils de Zébédée donne les directions prises par les autres apôtres, or le chapitre 8 explique comment les apôtres se sont répartis à travers le monde après la Pentecôte W, comme en flash-back. Le plus probable est que les chapitres 1 à 7 des Actes de Philippe concernent le diacre Philippe d’Arbèla/Irbid, tandis que les chapitres 8 à 15 concernent l’apôtre Philippe de Bethsaïde. Quittant Samarie, Philippe d’Arbèla/Irbid se dirige vers Gaza. En chemin, il est doublé par le char d’un eunuque éthiopien au service de la reine Candace (personnage impossible à identifier puisque, nous l’avons vu à la fin de notre paragraphe précédent quand nous avons raconté l’expédition romaine de Publius Petronius vers les sources du Nil, le nom "Candace" est donné régulièrement aux reines éthiopiennes [selon Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 35.8 précité] comme "Louis" pour les rois de France ou "Henri" pour les rois d’Angleterre, mais les Ethiopiens contrairement aux Français et aux Anglais n’ont pas conservé des chroniques précises permettant de distinguer les différentes reines ayant porté ce nom "Candace"), celui-ci lui propose de le prendre en stop, Philippe d’Arbèla/Irbid consent, monte sur le char et divertit son chauffeur en lui expliquant un passage d’Isaïe II, arrivé à destination il finit par le baptiser (Actes des apôtres 8.26-39), cette scène sera illustrée par d’innombrables peintres et dessinateurs au cours des siècles. Ensuite Philippe d’Arbèla/Irbid longe la côte depuis Gaza jusqu’à Césarée ("Philippe alla à Azotos [Ashdod], puis de cité en cité pour y prêcher l’évangile, jusqu’à Césarée", Actes des apôtres 8.40). Il y décèdera on-ne-sait-comment à une date indéterminée, laissant quatre filles auxquelles Saül/Paul et Luc rendront visite en 58 (Actes des apôtres 21.8). On note que les compilateurs des Actes de Philippe ont essayé maladroitement d’harmoniser le diacre et l’apôtre homonymes en refusant de nommer Césarée, qu’ils ont rebaptisée "Nikatèra" (aux chapitres 5-7 ; "Nikatèra" est une périphrase dérivée de "n…kh/victoire" en grec), afin d’éviter l’incohérence de montrer l’apôtre Philippe prêchant à Césarée comme le diacre Philippe… On suppose que le diacre Timon d’Aera s’enfuit vers Chypre, puisque Barbabé et Marc l’y retrouveront en 50, comme nous le verrons dans notre prochain paragraphe. Le diacre Nicanor, selon l’érudit italien du XVIème siècle Pietro Galesini (Martyrologium romanum, Quarto idus ianuarii), sera crucifié sur l’île de Chypre sous le règne de Vespasien (entre 69 et 79) après y avoir prêché l’évangile durant une période indéterminée, il s’y est peut-être enfui avec son pair Timon d’Aera. On suppose que le diacre Nicolas retourne dans sa cité originelle Antioche (ou Antigonia à côté d’Antioche, où ses parents gèrent l’ancien domaine du gouverneur Théophile le père de Lazare, selon Maria Valtorta). A la fin du Ier siècle, Jean fils de Zébédée condamnera violemment une secte se revendiquant du diacre Nicolas, il dira "haïr les nicolaïtes" (Apocalypse 2.6) en les accusant de "manger des viandres dédiées aux idoles" et de "se livrer à la luxure" (Apocalypse 2.14-15). Au début du IIème siècle, Irénée de Lyon, élève de Papias, lui-même élève de Jean fils de Zébédée, répétera cette condamnation sans apporter des précisions ("Les Nicolaïtes ont pour maître Nicolas, un des sept diacres choisis par les apôtres. Ils vivent sans retenue. Leur caractère est clairement décrit dans l’Apocalypse de Jean : ils enseignent avec indifférence la fornication et la consommation de viandes sacrifiées", Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 26.3). A la fin du IIème siècle, Tertulien (Contre Marcion I.29) mentionne incidemment les "nicolaïtes adeptes de la volupté et de la luxure", mais ne développe toujours pas. A la même époque, fin IIème siècle, son contemporain Clément d’Alexandrie apporte enfin une explication. Ce dernier raconte que le diacre Nicolas d’Antioche était marié à une très belle femme, ce qui lui a attiré le soupçon de concupiscence. Pour se laver de ce soupçon, prouver sa vertu, signifier qu’il était moins attaché à sa femme qu’à l’évangile, il l’a offerte à quiconque la désirait. Ce propos a été compris comme une invitation perverse à partager sa femme par certains individus aux mœurs dissolues, qui s’en sont servi pour légitimer leur lubricité, c’est ainsi que Nicolas d’Antioche, qui a pourtant fini sa vie avec la même femme et dont les enfants sont morts vierges, est devenu malgré lui la figure tutélaire, la caution morale d’une bande de débauchés "nicolaïtes". L’indifférence (selon Maria Vatorta dans sa vision 116.1 précitée) voire l’hostilité (selon Maria Valtorta dans sa vision 357.4 précitée) de Jean fils de Zébédée envers les femmes a renforcé l’amalgame trompeur entre l’hétérosexuel monogame Nicolas d’Antioche et les hétérosexuels polygames qui se sont réclamés de lui pour justifier leurs partouzes ("On raconte que [Nicolas d’Antioche] avait une femme dans la fleur de l’âge et de la beauté. Après l’Ascension du Sauveur, les apôtres lui reprochèrent sa jalousie. Alors il amena sa femme au milieu d’eux et l’offrit en mariage à quiconque la voudrait. De là l’aphorisme libertaire attribué à Nicolas [d’Antioche] : “Il faut abuser la chair” que ses prétendus disciples ont appliqué à la lettre, sans examiner les motifs de leur soi-disant maître, pour se livrer publiquement à une fornication effrontée. Mais je sais que Nicolas [d’Antioche] ne connut pas d’autre femme que celle qu’il épousa, que ses filles ont vieilli dans la virginité, que son fils est demeuré célibataire. En amenant au milieu des apôtres la femme dont on l’accusait d’être jaloux, Nicolas [d’Antioche] voulut se justifier, prouver sa continence dans les plaisirs qu’on cherche ordinairement avec empressement, il enseignait à “abuser la chair” afin de mortifier les sens", Clément d’Alexandrie, Stromates III.14). Le diacre Parmenas accompagnera Lazare en Gaule sous le règne d’Hérode-Agrippa Ier entre 41 et 44, comme nous le verrons dans notre prochain paragraphe. On en déduit qu’il s’est placé sous la protection de Lazare après la lapidation d’Etienne… et que cela a fragilisé la position publique de Lazare, qui a perdu à l’occasion son immunité de fils de haut dignitaire pour devenir le vulgaire complice d’un ennemi public, et l’a contraint à fuir vers la Gaule sous Hérode-Agrippa Ier. Les diacres ne sont pas seuls à quitter Jérusalem, leurs compagnons hellénophones les suivent en exil, ils s’installent en Phénicie, à Chypre, et surtout à Antioche, où ils poursuivent leur mission évangélique ("Ceux qui se dispersèrent après la persécution d’Etienne allèrent jusqu’en Phénicie, à Chypre et à Antioche, annonçant le Logos exclusivement aux juifs. Mais quelques-uns d’entre eux originaires de Chypre et de Cyrène, quand ils arrivèrent à Antioche, annoncèrent aussi aux Grecs la Bonne Nouvelle du seigneur Jésus. Et la main du seigneur était avec eux : beaucoup devinrent croyants et se tournèrent vers le seigneur", Actes des apôtres 11.19-21). Le nombre de partisans grecs de Jésus à Antioche est tel que les Romains s’en inquiètent, et intègrent dans leurs documents administratifs le terme grec que ceux-ci emploient pour se désigner eux-mêmes, "cristiano…" ou littéralement "ceux qui suivent le Christ/CristÒj", latinisé en "christiani", francisé plus tard en "chrétiens" ("C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés “chrétiens”", Actes des apôtres 11.26).


A la division entre disciples non-juifs hellénophones et disciples juifs hébréophones s’ajoute bientôt une nouvelle division entre apôtres. Jusqu’alors, selon les Actes des apôtres, Simon-Pierre dominait le groupe apostolique. Après l’exécution d’Etienne, il est peu à peu écarté par Jacques fils d’Alphée. Cela est confirmé par la Première lettre aux Corinthiens 15.5-7, qui dit que "Jésus a été vu par Céphas [Simon-Pierre] puis les apôtres puis il est apparu à plus de cinq cents disciples […], ensuite il a été vu par Jacques [fils d’Alphée] puis les apôtres" : dans ce passage, on remarque que dans un premier temps "des apôtres" voient Jésus à la suite de Simon-Pierre, et que dans un second temps ("ensuite/œpeita") "des apôtres" voient Jésus à la suite de Jacques fils d’Alphée, ce qui suggère que chacun des deux hommes a ses partisans dans le groupe apostolique et développe son propre réseau de disciples. La nature de la rivalité est bien identifiée, elle s’observe à toutes les époques dans n’importe quel parti ou n’importe quelle entreprise après la mort du fondateur, les membres de sa famille biologique prétendent à sa succession par la simple filiation du sang tandis que ses soutiens de la première heure n’appartenant pas à sa famille biologique prétendent à sa succession par leur participation aux réussites du parti ou de l’entreprise : Jacques fils d’Alphée est le cousin (selon Maria Valtorta) ou le frère ou le demi-frère de Jésus (selon les évangiles) alors que Simon-Pierre n’a aucun lien de parenté avec Jésus, mais en même temps Simon-Pierre est l’un des premiers apôtres - du point de vue chrolonogique comme du point de vue hiérarchique - alors que Jacques fils d’Alphée a été longtemps réticent avant d’intégrer le groupe apostolique et Jésus ne l’a accepté auprès de lui que comme acteur ordinaire du ministère et non pas comme membre privilégiée de sa famille biologique (qu’il a rejetée selon Marc 3.31-35 et 10.29-30, Matthieu 12.46-50 et 19.29, Luc 8.19-21, 14.26 et 18.29 ; selon Luc, Jésus a même rejeté sa mère comme sa gestatrice physique, il ne l’a respectée que comme épouse de son prétendu père Dieu ["Jésus venait de parler, quand une femme s’adressa à lui au milieu de la foule : “Heureuse la femme qui t’a porté en elle et t’a allaité !”. Mais Jésus répondit : “Heureux plutôt ceux qui écoutent le Logos de Dieu et le mettent en pratique !”", Luc 11.27-28]). Le peu d’éléments dont nous disposons sur Jacques fils d’Alphée sous-entend qu’il a une lecture littérale de la Torah, et qu’il inscrit le ministère de son parent Jésus dans le cadre du judaïsme, alors que Simon-Pierre agit d’abord frontalement contre les juifs traditionnels et contre le Sanhédrin (selon les premiers chapitres des Actes des apôtres) puis il s’effacera plus ou moins volontairement pour céder sa place à des figures clairement révolutionnaires comme Saül/Paul et les chrétiens d’Antioche, acceptant de devenir leur mascote tutélaire, leur emblème, leur blason contre le judaïsme, le pilier de la nouvelle religion chrétienne s’élevant au Vatican face aux vestiges de l’ancienne religion juive pourrissant à Jérusalem. La Lettre de Jacques, seul document attribué à Jacques fils d’Alphée dans le Nouveau Testament, est l’œuvre d’un juif pieux et non pas le manifeste d’un subversif. Le clan de Jacques fils d’Alphée tolère Simon-Pierre parce qu’il est juif, il le respecte pour son engagement aux côtés de Jésus depuis le début du ministère, mais il ne lui reconnaît aucune légitimité à l’héritage, et estime que Simon-Pierre a mal compris Jésus. Dans notre paragraphe suivant, nous verrons que le clan de Jacques fils d’Alphée, certes influent et majoritaire dans Jérusalem, sera toujours minoritaire dans le reste de l’Empire romain. Après une énième arrestation et évasion sous le règne d’Hérode-Agrippa Ier, à une date inconnue entre 41 et 44, Simon-Pierre se mettra volontairement en retrait (en Actes des apôtres 12.17, avant d’aller se cacher au maquis, il demandera aux disciples réunis chez Marie mère de l’évangéliste Marc d’informer de son évasion Jacques fils d’Alphée, reconnaissant ainsi tacitement l’ascendance temporaire de ce dernier), il réapparaîtra plus tard comme compagnon de Saül/Paul, notamment lors du concile de Jérusalem en 49, où Jacques fils d’Alphée défendra la circoncision de chair contre la circoncision de cœur, suscitant la déception chez tous les chrétiens d’origine non-juive. Nous verrons qu’en 62 Jacques fils d’Alphée sera lapidé sur ordre du nouveau Grand Prêtre Hanne (fils d’Hanne ben Seth) le voyant autant comme une cible facile que comme un concurrent. Toutes ces raisons expliquent l’abaissement de l’apôtre Jacques fils d’Alphée dans l’imagerie chrétienne ultérieure, qui le surnommera paradoxalement "Jacques le Mineur" alors qu’il est apparenté à Jésus, par opposition à Jacques fils de Zébédée dit "Jacques le Majeur" qui n’a aucun lien familial avec Jésus : l’exégèse chrétienne sera toujours embarrassée par la figure de Jacques fils d’Alphée qui était du même sang que Jésus alors qu’elle enseigne que le sang de Jésus est unique puisque divin, qui était tourné vers les juifs de Jérusalem alors qu’elle enseigne que l’évangile est tourné vers tous les peuples du monde, et qui reste associé à la cité de Jérusalem alors que le christianisme est associé à la cité de Rome après le martyr de Simon-Pierre et de Saül/Paul et la destruction de Jérusalem par les Romains en 70. C’est peut-être de cette époque, très peu de temps après la lapidation d’Etienne, que date la dispersion des apôtres, due moins à la volonté irénique de propager partout l’évangile de Jésus, qu’à la mésentente générale et à l’exaspération de ne pas en trouver l’issue : on fuit Jérusalem pour éviter de se cogner mutuellement si on y reste, on veut maintenir l’unité de façade en se séparant à l’amiable. Sur ce sujet encore, l’union originelle chrétienne enseignée par l’Eglise orthodoxe puis catholique durant deux millénaires est un mythe : le groupe apostolique a éclaté très vite, très très vite, après la mort de son fondateur. Le récit des Actes des apôtres débute effectivement en parlant des "douze apôtres" et en donnant leurs noms (en Actes des apôtres 1.13 ; Matthias est "associé aux onze" en remplacement de Judas en Actes des apôtres 1.26), ensuite il parle de "[Simon-]Pierre et Jean [fils de Zébédée]" (aux chapitres 3 et 4) avec "les apôtres" en général (sans préciser leurs noms ni leur nombre, en Actes des apôtres 4.33), ensuite il parle de "[Simon-]Pierre" avec "les apôtres" (au chapitre 5 ; Jean fils de Zébédée a disparu), ensuite après la dispersion des diacres il parle de "[Simon-]Pierre" sans les apôtres (Jean fils de Zébédée réapparaît une dernière fois au chapitre 8 chez Philippe d’Arbèla/Irbid à Samarie, puis il disparaît définitivement ; Simon-Pierre est seul à Joppé/Jaffa au chapitre 9, et encore seul à Césarée au chapitre 10), ensuite Simon-Pierre doit justifier sa conduite devant l’église de Jérusalem (au chapitre 11), c’est-à-dire devant Jacques fils d’Alphée qui la dirige, ce dernier lui reproche d’avoir fréquenté des non-juifs hellénophones - comme les diacres - à Joppé/Jaffa et à Césarée. L’apôtre Matthieu est certainement l’un des premiers à souffrir de cette mésentente. D’un côté, il est juif, et il est attaché à l’hébreu puisque c’est en hébreu qu’il a consigné par écrit les propos de Jésus dans un recueil que les exégètes désignent paradoxalement en grec sous le titre "Logion/LÒgion" (dérivé de "Logos/LÒgoj", mot grec intraduisible désignant la capacité à donner une cohérence à une opinion, qui donnera "logique" en français) selon Papias cité par Eusèbe de Césarée ("Matthieu réunit en langue hébraïque les enseignements [de Jésus] que chacun interpréta selon ses moyens", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39.16). Le Logion de Matthieu a été rédigé très tôt, et a été copié et a circulé très tôt, puisque Barnabé s’en sert pour guérir le diacre Timon à Chypre en 50 (selon Actes de Barnabé 15). Selon Maria Valtorta (dans sa vision 435.5 précitée), Matthieu en a commencé la rédaction du vivant de Jésus, pour occuper son temps libre, parce qu’il n’avait ni famille ni femme ni enfant contrairement aux autres apôtres. Or le Logion est clairement adressé aux seules "brebis perdues de la maison du peuple d’Israël" (Matthieu 10.6 et 15.24 précités), c’est-à-dire aux juifs. Cela rapproche Matthieu de Jacques fils d’Alphée, contre Simon-Pierre. Mais d’un autre côté, Matthieu n’appartient pas à la famille biologique de Jésus, et il est un ancien publicain au service des Romains, quelqu’un que les juifs jugeaient comme un traître ou un collabo, que Jésus a accueilli auprès de lui comme d’autres individus rejetés par leurs semblables pour leurs disgrâces physiques (Simon le zélote, considéré comme un lépreux), pour leurs comportements impies (Marie-Madeleine, ex-prostituée), pour leurs origines ethniques (les Galiléens, les Samaritains), pour leur basse extraction sociale (pêcheurs en eaux douces, tels Simon-Pierre et son frère André, ou Jacques et Jean les fils de Zébédée). Cela rapproche Matthieu de Simon-Pierre, contre Jacques fils d’Alphée. Selon la Passion de Matthieu de pseudo-Abdias de Babylone, écrit apocryphe en latin du IIIème siècle, il part en mission évangélique vers l’Ethiopie, ayant pour guide l’eunuque converti par le diacre Philippe (selon Actes des apôtres 8.26-39 précités), il y meurt décapité, dans une cité "Naddaver" non-identifiée dirigée par un roi "Eglippus". Les historiens rapprochent ce nom latin "Eglippus" du roi éthiopien "Za-Heqle", ou plus exactement "Heqle" car le préfixe "Za-" se retrouve accolé à tous les rois éthiopiens depuis l’ère archaïque (c’est probablement un préfixe marquant la dignité royale), apparaissant sur les monnaies éthiopiennes dans le troisième quart du Ier siècle. Le nom "Za-Heqle" doit être rapproché également de "Zoskalès roi de race supérieure/basileÚei tîn tÒpwn toÚtwn Zwsk£lhj genna‹oj" et "versé dans les lettres grecques/gramm£twn Ellhnikîn œmpeiroj", régnant sur la cité d’Axum en Ethiopie, mentionné au paragraphe 5 du Périple de la mer Erythrée, texte anonyme du Xème siècle mais dont la rédaction remonte au Ier siècle, donc contemporain de Za-Heqle/Zoskalès. Doit-on déduire que "Naddaver" est un surnom latin à la signification inconnue de l’antique cité éthiopienne d’Axum ? En tous cas le Périple de la mer Erythrée indique un itinéraire bien attesté archéologiquement depuis la mer Erythrée/mer Rouge jusqu’à Axum, accréditant la mission évangélique de Matthieu : après avoir débarqué au port d’"Adulis/Adoul…j", site archéologique en rive gauche à l’embouchure du fleuve Alighede (15°15'47"N 39°39'45"E), on gagne la cité de Koloé, site archéologique de Qohaito en Erythrée (14°52'12"N 39°25'06"E), puis la cité d’"Axum/AÙxoÚmh" (14°07'56"N 38°43'10"E ; "Depuis le port modeste d’Adulis, on gagne Koloé la cité de l’intérieur ["e„j KolÒhn mesÒgeion pÒlin"] en trois jours, puis de Koloé on gagne en cinq autres jours la métropole des Axumites ["t¾n metrÒpolin tîn AÙxwmitîn"]", Périple de la mer Erythrée 4). Au début du IIème siècle, Claude Ptolémée mentionne encore Adulis (Claude Ptolémée, Géographie, IV, 7.8) et "la cité de Koloé/¹ KolÒh pÒlij" et "la royale Axum/¹ te AÙxoÚmh ™n Î Bas…leion" (Claude Ptolémée, Géographie, IV, 8.25). On ignore ce que fait Matthieu jusque vers 60, à l’époque où Simon-Pierre et Saül/Paul sont à Rome. A cette date, influencé par les écrits épars populaires de Marc, qui circulent dans l’Egypte voisine et seront rassemblés plus tard pour donner l’évangile que nous connaissons, Matthieu étoffe son Logion en le disséminant dans un récit racontant la vie de Jésus depuis sa naissance jusqu’à sa crucifixion, créant ainsi son propre évangile ("Matthieu commença l’écriture de son évangile en langue hébraïque à l’époque où [Simon-]Pierre et [Saül/]Paul annonçaient l’évangile à Rome et y fondaient l’Eglise", Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1.1). Thomas/Didyme est aussi tiraillé que Matthieu : d’un côté il n’est pas un membre de la famille biologique de Jésus comme Jacques fils d’Alphée, de l’autre côté il n’est ni un Galiléen (il réside à Rama-en-Benjamin/Al-Ram en Judée selon Maria Valtorta) ni un apôtre de la première heure comme Simon-Pierre. Selon les Actes de Thomas de pseudo-Abdias de Babylone, écrit apocryphe en latin du IIIème siècle, Thomas/Didyme est désigné par le sort après la Pentecôte W pour évangéliser l’Inde. Effrayé par l’ampleur de la tâche, il refuse ("Les apôtres étaient réunis à Jérusalem : Simon-Pierre et André, Jacques et Jean [les fils de Zébédée], Philippe et [Nathanaël] Barthélémy, Thomas[/Didyme] et Matthieu le publicain, Jacques fils d’Alphée, Simon le Cananéen [le zélote], et Jude [Thaddée] frère de Jacques [fils d’Alphée]. Ils se partagèrent les pays, chacun d’eux étant chargé de prêcher dans celui désigné par le Seigneur. On tira au sort. L’Inde revint à l’apôtre Judas Thomas[/Didyme], qui refusa de s’y rendre en prétextant : “Je n’en suis pas capable, parce que je suis faible, et parce que je suis un hébreu, comment pourrais-je enseigner aux Indiens ?”", Actes de Thomas I.1-2). Mais il est vendu comme esclave (par qui ? par Jacques fils d’Alphée qui veut l’éloigner de Jérusalem ? ou par Simon-Pierre qui veut le préserver des calculs de Jacques fils d’Alphée ?) à un marchand du roi indo-parthe Gondopharès Ier ("Pendant que Judas [Thomas/Didyme] réfléchissait à cela [son élection pour aller évangeliser l’Inde], vint un marchand indien de la région au sud de [texte manque], appelé “Habban”, envoyé par le roi Goudnaphar [Gondopharès Ier] en quête d’un menuisier habile. Le Seigneur vit ce dernier sur la route, il lui demanda : “Cherches-tu à acheter un menuisier ?”. L’autre répondit : “Oui”. Le Seigneur dit : “J’ai un esclave menuisier, que je te vends”, en lui montrant Thomas[/Didyme] de loin. Il convint du prix avec le marchand, vingt pièces d’argent, et rédigèrent ainsi l’acte de vente : “Moi, Jésus fils du menuisier Joseph de Bethléem en Judée, reconnais avoir vendu mon esclave Judas Thomas[/Didyme] à Habban marchand du roi Goudnaphar [Gondopharès Ier]”. Quand ils eurent fini de rédiger l’acte, Jésus conduisit Judas [Thomas/Didyme] vers le marchand Habban, qui regarda Judas [Thomas/Didyme] et lui demanda : “Celui-ci est-il ton maître ?”. Judas [Thomas/Didyme] lui répondit : “Oui, il est mon maître”. Le marchand Habban répliqua : “Il t’a vendu à moi”. Judas [Thomas/Didyme] garda le silence", Actes de Thomas II.1-3), bien attesté par les monnaies, et surtout par une inscription du monastère bouddhique de Takht-i-Bahi (site archéologique à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Mardan au Pakistan, 34°17'10"N 71°56'48"E) gravée par le seigneur kouchan local Kadphisès vassal de Gondopharès Ier, datée de l’an 26 du règne de Gondopharès Ier et de l’an 103 de l’ère indo-scythe, or l’ère indo-scythe correspond au calendrier vikrami encore utilisé aujourd’hui dans le nord de l’Inde et au Népal, dont l’année 0 correspond à l’an -56 du calendrier chrétien, on calcule donc que cette inscription date de l’an 48 du calendrier chrétien, et que Gondopharès Ier a commencé son règne en l’an 22 du calendrier chrétien, ce qui raccorde étonnamment bien avec les Actes de Thomas datant le début de la mission évangélique de Thomas/Didyme peu après la crucifixion de Jésus sous la préfecture de Ponce Pilate entre 26 et 36 du calendrier chrétien. La suite des Actes de Thomas raconte les péripéties qui conduiront Thomas/Didyme jusqu’au royaume de Gondopharès Ier. Thomas/Didyme ira encore plus loin puisqu’en 52 selon la tradition locale il débarquera sur les côtes de l’actuel Etat indien du Kerala, au sud-ouest de la péninsule, où il fondera l’église de Muziris (aujourd’hui la ville de Cranganore dans la banlieue nord de Cochin en Inde, en rive droite à l’embouchure du fleuve Periyar, 10°11'54"N 76°12'19"E) où vit peut-être déjà une communauté juive, puis l’église de Palayur (à une soixantaine de kilomètres au nord de Muziris/Cranganore, 10°34'56"N 76°01'55"E) où vit peut-être une autre communauté juive (les guides touristiques de l’an 2000 montrent, à trois cents mètres au sud-est de l’actuelle église Saint Thomas de Palayur, les restes d’une synagogue qu’ils prétendent dater du début du Ier siècle, 10°34'53"N 76°02'02"E), et les églises de Kothamangalam (à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Cochin en Inde, 10°03'45"N 76°37'43"E), de Peroor (à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Cochin en Inde, 9°39'04"N 76°34'49"E), de Nilackal (à une centaine de kilomètres au sud-est de Cochin en Inde, 9°22'24"N 77°00'07"E), de Niranam (à une centaine de kilomètres au sud de Cochin en Inde, 9°21'39"N 76°31'27"E) et de Kollam (aujourd’hui Quilon en Inde, 8°52'53"N 76°36'12"E). Les chrétiens d’Inde prétendent que Thomas/Didyme est aussi le fondateur de l’église Sainte Marie de Thiruvithamcode à l’extrême sud de la péninsule (à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Nagercoil dans l’Etat indien de Tamul Nadu, 8°14'29"N 77°18'07"E). C’est dans cette province qu’il mourra martyr en 72 selon la tradition locale, sur la colline à laquelle il a laissé son nom, en rive gauche à l’embouchure du fleuve Adyar (aujourd’hui le quartier côtier "Santome/saint Thomas" au cœur de la ville de Madras en Inde, 13°02'00"N 80°16'40"E). On note que les chrétiens du Kerala en l’an 2000 s’appellent toujours "nasrani mappila" en langue malayalam, or "mappila" est un terme désignant tout religieux non-hindou (qu’on retrouve dans l’appellation "yuda mappila" pour désigner les juifs du Kerala) et "nasrani" dérive de l’étymon consonantique hébraïque déjà mentionné "nsr" signifiant "secoureur, protecteur" à l’origine du mot "nazaréen", cela confirme la filiation entre le mouvement de Jésus directement issu du nazaréisme (Jésus a été condamné parce qu’il était vu comme un nazaréen apocalyptique par ses adversaires, comme on l’a longuement expliqué, et l’accusation de nazaréisme perdurera contre ses successeurs, notamment contre Saül/Paul accusé de nazaréisme en 58 devant le procurateur Antonius Felix à Césarée selon Actes des apôtres 24.5) et les gens - d’origine juive ou non-juive - du Kerala christianisés par l’apôtre Thomas/Didyme. L’itinéraire de Jude Thaddée fils d’Alphée, frère turbulent de Jacques fils d’Alphée, est connu par les archives syriaques de la cité d’Edesse/Şanlıurfa qu’Eusèbe de Césarée a traduites en grec au IVème siècle et expliquées longuement dans un passage de son Histoire ecclésiastique. Du vivant de Jésus, Adbar V le roi arabe d’Edesse/Şanlıurfa souffrait d’un mal indéterminé (une affection de la peau assimilée à la lèpre, comme celle de Simon le zélote ? ou la goutte ?). Ayant entenu parler de Jésus (cela raccorde avec Matthieu 4.24 qui dit que la renommée de Jésus s’est étendue "au pays de Syrie" d’où viennent des gens "souffrant de divers maux, possédés par un esprit mauvais ou épileptiques ou paralysés"), il lui a écrit pour lui demander de venir le guérir à Edesse/Şanlıurfa. Jésus lui a répondu poliment ne pas pouvoir satisfaire personnellement sa requête, mais a promis de lui envoyer un de ses apôtres. Après la Pentecôte W, l’apôtre Jude Thaddée a été désigné pour cette mission ("Le roi Abgar V, qui gouvernait remarquablement les peuples au-delà de l’Euphrate, était consumé par un mal terrible et incurable selon les moyens humains. Dès que la puissante renommée de Jésus vint à lui, attesté unanimement par tous ceux qui en avaient été les témoins, il le supplia dans une lettre de le libérer de son mal. Le Sauveur ne se rendit pas à son appel, mais il daigna promettre dans une lettre de lui envoyer l’un de ses disciples pour lui apporter guérison et salut, à lui-même et à tous ses sujets. Cette promesse ne fut pas longue à se réaliser pour Abgar V. Après que Jésus se releva d’entre les morts vers le ciel, Thomas[Didyme] l’un des douze apôtres, mû par une inspiration divine, envoya vers Edesse [Jude] Thaddée l’un des soixante-dix disciples, pour y être le héraut et l’évangéliste de la doctrine du Christ. Ce dernier accomplit toutes les promesses de notre Sauveur. Les archives d’Edesse, alors cité royale, en ont gardé les preuves écrites. Les documents publics de ce pays contiennent des informations anciennes du temps d’Abgar V, et ont conservé jusqu’à aujourd’hui le souvenir des événements", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.2-5 ; Eusèbe de Césarée recopie la lettre d’Agbar V à Jésus [Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.6-8], et la réponse de Jésus à Adgar V [Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.10]). Jude Thaddée est donc parti vers Edesse/Şanlıurfa en compagnie de Thomas/Didyme en route vers l’Inde. Les deux apôtres se sont séparés à Edesse/Şanlıurfa ("Après l’Ascension de Jésus, Judas surnommé “Thomas[/Didyme]” envoya l’apôtre [Jude] Thaddée au roi [Abgar V]", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.11 ; on note qu’Eusèbe de Césarée s’embrouille en disant que Jude Thaddée n’est qu’un disciple à l’alinéa 4 précité, alors qu’il le qualifie "apôtre" et non plus "disciple" dans le présent alinéa 11…). Jude Thaddée a guéri Agbar V (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.11-17). En remerciement, Agbar V a demandé à Jude Thaddée de parler de Jésus à la population, ce qu’il a fait. Ensuite il a voulu lui offrir de l’or, que l’apôtre a repoussé. Les archives syriaques consultées par Eusèbe de Césarée précisent que cet événement date de l’an 340 du calendrier séleucide (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.19-21), or nous savons que l’an 0 du calendrier séleucide correspond à l’an -312 du calendrier chrétien, la mission de Jude Thaddée auprès d’Agbar V à Edesse/Şanlıurfa date donc de l’an 28 (en comptant de façon inclusive) ou de l’an 29 (en comptant de façon exclusive), ce qui conforte la thèse que l’année W de la crucifixion de Jésus doit être située au début de la préfecture de Ponce Pilate (entré en poste en 26 ; on note aussi que cette datation raccorde avec l’apogée de Séjan à Rome, antérieure à sa brusque disgrace et son exécution en automne 31, contemporaine du ministère selon la vision 461.8 précitée de Maria Valtorta), et que la dispersion des diacres et des apôtres est quasi immédiate après la crucifixion ("“Abgar V dit : « [Jude] Thaddée, toi qui réalises des miracles admirables par la force divine, je t’en conjure, apprends-nous comment Jésus est venu sur la terre, quelle était sa puissance et par quel pouvoir il a accompli tout ce que j’ai entendu raconter ». [Jude] Thaddée répondit : « J’ai gardé le silence jusqu’à maintenant, mais puisque j’ai été envoyé pour annoncer le Logos, assemble demain tous tes concitoyens et je la leur prêcherai. Je sèmerai en eux le Logos vivant, je leur dirai comment Jésus est venu, quelle fut sa mission, pourquoi il fut envoyé par le Père, je rapporterai sa puissance et ses œuvres, les mystères qu’il a enseignés dans le monde, j’indiquerai par quel pouvoir il a accompli cela, je montrerai la nouveauté de sa prédication, son humilité et sa modestie, j’exposerai comment il s’est abaissé et a déposé sa divinité lors de sa crucifixion, comment il est descendu aux Enfers après en avoir brisé la barrière qui ne s’était jamais ouverte, comment il a relevé les morts, comment en résumé il est descendu seul et il est remonté à son Père suivi d’un nombreux cortège ». Abgar V convoqua le matin les habitants de sa cité pour entendre la prédication de [Jude] Thaddée. Ensuite il amena des pièces et des lingots d’or, pour les lui offrir. Mais l’homme de Dieu les refusa : « Si nous rejetons nos propres biens, dit-il, comment pourrions-nous accepter celui des autres ? ». Ceci se passait en 340 [du calendrier séleucide]C:Carat” Voilà ce que j’ai cru utile et à-propos de citer ici textuellement, traduit du syriaque", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 13.19-21). Jude Thaddée prêche ensuite en Mésopotamie, selon Jacques de Voragine (Légende dorée, Saints Simon et Jude 2). Le Martyre de Thaddée, écrit apocryphe en arménien du Vème siècle, raconte comment "Thaddée", après avoir été désigné par tirage au sort pour évangéliser l’Arménie (Martyre de Thaddée 2), est passé par Edesse/Şanlıurfa afin de guérir Agbar V (Martyre de Thaddée 3), puis est arrivé "dans la province d’Artaz [corruption d’"Artaxata/Artachat"], à la cité de Chavarchan [corruption possible de "Chalderan" près de Maku en Iran, à une centaine de kilomètres au sud d’Artaxata/Artachat, 39°05'32"N 44°32'39"E] dont le palais était la résidence d’été des rois d’Arménie" (Martyre de Thaddée 4), où il convertit Sandukht la fille du roi arménien Sanatruck Ier qui, mécontent, exécute sa fille Sandukht puis Jude Thaddée. Ce texte est problématique, car Sanatruck Ier commence à régner sur l’Arménie vers 75 jusqu’à 110. Qu’aurait donc fait Jude Thaddée entre son action à Edesse/Şanlıurfa en 28/29 et son action à Chavarchan/Chalderan après 75 ? Serait-il resté pendant quarante-cinq ans en Mésopotamie ? ou, plus simplement, le Martyre de Thaddée parle-t-il d’un "Thaddée" différent de Jude Thaddée fils d’Alphée, ou invente-t-il une fin de Jude Thaddée en Arménie pour justifier l’ancienneté de la christianisation en Arménie ? Ces dernières hypothèses sont confortées par les Actes des soixante-dix disciples de pseudo-Epiphane de Salamine, conservé sur le manuscrit Grec 1115 de la Bibliothèque Nationale à Paris en France, qui dit que Jude Thaddée est mort non pas en Arménie mais à Bérytos/Beyrouth ("Thaddée, […], appelé aussi Jude frère de Jacques [fils d’Alphée], prêcha l’évangile du Seigneur aux gens d’Edesse et dans toute la Mésopotamie à l’époque d’Abgar V roi d’Edesse. Il mourut à Bérytos et y fut enterré glorieusement", pseudo-Epiphane de Salamine, Actes des soixante-dix disciples). Convenons de notre incapacité à trancher sur le sujet. L’apôtre Philippe de Bethsaïde, dont la vie après la Pentecôte W est racontée par les chapitres 8-15 des Actes de Philippe, écrit apocryphe reconstitué aux XIXème et XXème siècles de façon discutable à partir de divers manuscrits en grec et en latin remontant aux IVème et Vème siècles (les chapitres 1-8 concernent le diacre Philippe d’Arbèla/Irbid, comme on l’a expliqué plus haut), est désigné par le sort pour évangéliser les Parthes ("Le Sauveur répartit les apôtres par cités et par pays. Chacun d’eux partit vers le lieu imparti par le sort. [Simon-]Pierre alla vers Rome, Thomas[/Didyme] alla vers le pays des Parthes et l’Inde, Matthieu alla vers les régions les plus reculées du Pont[-Euxin] [la mer Noire], [Nathanaël] Barthélémy alla vers la Lycaonie, Simon le Cananée [le zélote] alla vers l’Ibérie [dans le Caucase], Jean [fils de Zébédée] alla vers l’Asie [la province romaine anatolienne], et Philippe partit vers le pays des Hellènes [en réalité le pays des Parthes, le narrateur des Actes de Philippe a malignement mélangé les voyages de Philippe l’apôtre avec ceux de Philippe le diacre, comme expliqué plus haut]. Telle fut la répartition voulue par le Sauveur", Actes de Philippe 8.1). Se sentant incapable d’accomplir sa tâche, il est accompagné par le vieux Nathanaël Barthélémy ("Quand Philippe entendit le nom du pays et de la cité qui lui étaient assignés, il fut abattu, il maugréa et pleura. Voyant ses larmes, le Sauveur se tourna vers lui avec Jean [fils de Zébédée] et avec Marianne la sœur de Philippe qui tenait le registre des pays et préparait les rations de pain et de sel tandis que Marthe servait péniblement la foule. Marianne parla au Sauveur au sujet de Philippe, affligé par la cité désignée par le sort, elle dit : “Mon Seigneur Jésus Christ, cela déplaît à mon frère Philippe”. Le Sauveur répondit : “Je sais que tu es bonne et vaillante, ton âme est bénie parmi les femmes, ta mentalité virile surpasse celle de Philippe. Va donc avec lui partout où il ira, et soutiens-le avec beaucoup d’amour et de compassion. Je vois qu’il est un homme très impétueux, si nous le laissons seul il rendra le mal par le mal partout où il ira. [Nathanaël] Barthélémy partira aussi avec lui, il partagera avec lui les persécutions et les outrages que lui infligeront les habitants”", Actes de Philippe 8.2-3). Il se rend à la cité non-localisée d’"Ophiorymé qui signifie “Voie du serpent”" (Actes de Philippe 8.4), possible surnom d’Hiérapolis-Bambyce (aujourd’hui Manbij en Syrie, 36°31'40"N 37°56'55"E ; à ne pas confondre avec l’homonyme Hiérapolis-de-Phrygie/Pamukkale, 37°55'35"N 29°07'39"E… que le narrateur des Actes de Philippe 15.2 confond encore astucieusement en parlant de "Ophiorymé surnommée “Hiérapolis d’Asie”", pour fusionner Philippe le diacre hellénophone et Philippe l’apôtre hébréophone !), centre du culte à la déesse-poisson "Derketo" en grec alias "Atargatis" en latin : Lucien dans son Sur la déesse de Syrie décrit longuement les pratiques étranges de ce culte, notamment le respect aux poissons ("Certains croient que Sémiramis la reine de Babylone, fondatrice de nombreux bâtiments en Asie, est à l’origine de celui-ci [à Hiérapolis-Bambyce] qu’elle a consacré à sa mère Derketo. J’ai vu en Phénicie une image de Derketo. Elle est étrange : c’est une femme en haut et un poisson en bas, avec une queue à la place des cuisses et des pieds. Or celle qu’on voit à Hiérapolis[-Bambyce] est entièrement femme. Les fondements du culte ne sont pas clairs. On y considère les poissons comme sacrés, on ne les touche jamais", Lucien, Sur la déesse de Syrie 14) et les scarifications ("On y sacrifie aussi de la façon suivante. On couronne les victimes vivantes, puis on les précipite du haut des propylées et elles meurent de leur chute. Certains précipitent leurs propres enfants, non pas exactement de la même manière que les animaux mais enfermés dans un sac, ils les conduisent au temple par la main et les invectivent durant le chemin, en leur disant qu’ils ne sont pas des enfants mais des bœufs. Tous s’amusent à se piquer aux mains ou au cou, de là viennent les stigmates qu’on observe sur tous les Assyriens", Lucien, Sur la déesse de Syrie 58-59), qui semblent trouver un écho dans les Actes de Philippe expliquant que les suppliants d’Ophiorymé infligent des piqûres de serpents - ou d’anguilles ? - sur leurs enfants pour marquer leur chair ("Dans cette cité [Ophiorymé] on pratiquait le culte suivant : les nouveaux-nés étaient emmenés au sanctuaire et livrés au Serpent, celui-ci les léchait avec sa langue, et par sa marque ils devenaient ses débiteurs", Actes de Philippe 15.2). Le chapitre 15 des Actes de Philippe raconte comment le nouveau baptême chrétien introduit par l’apôtre Philippe assisté de son pair Nathanaël Barthélémy concurrence le culte traditionnel aux serpents - c’est-à-dire le culte à Derketo/Atargatis la femme-anguille ? -, jusqu’au jour au Nicanora la fille du seigneur local tombe malade puis guérit, et attribue sa guérison à Jésus, et se convertit au christianisme : les prêtres du sanctuaire aux serpents - aux anguilles ? - sautent sur l’occasion pour condamner Philippe et Nathanaël Barthélémy qui les embarrassent. Philippe est crucifié tête en bas. Nathanaël Barthélémy est torturé, mais il survit et est finalement chassé de la cité, il continue sa mission évangélique plus loin en Parthie ("Quarante jours plus tard [après la crucifixion de Philippe], le Seigneur prit la figure de l’apôtre Philippe pour se montrer à [Nathanaël] Barthélémy et à Marianne [sœur de Philippe] et leur dire : “Mes frères bénis, j’ai trouvé le repos dans l’antichambre du Père et dans ses demeures lumineuses. Partez vers le pays qui vous est assigné, car la plante ayant pris racine dans cette cité portera des bons fruits”. Ils s’embrassèrent et prièrent l’un pour l’autre, puis ils sortirent de la ville et partirent chacun de son côté, selon les ordres du Seigneur : [Nathanaël] Barthélémy alla en Lycaonie, Marianne revint vers le fleuve Jourdain", Actes de Philippe 15.42). Notons que les indications temporelles sont complètement farfelues. Selon Actes de Philippe 15.1, Philippe meurt la huitième année du règne de Trajan, soit en 106, or cela n’est pas possible puisque Philippe est de la même génération que Simon-Pierre, il est un homme mature à l’époque de Ponce Pilate, il ne peut donc pas avoir vécu plus que centenaire jusqu’à l’époque de Trajan ! Cette datation est encore plus farfelue si on admet que Nathanaël Barthélémy a survécu à la mort de Philippe : du vivant de Jésus, Nathanaël Barthélémy était le plus vieux des apôtres, il n’a pas pu vivre à plus de cent cinquante ans jusqu’à l’époque de Trajan ! Le Martyre de Philippe de pseudo-Abdias de Babylone, écrit apocryphe en latin du IIIème siècle, dit que l’apôtre Philippe termine sa vie à "Hiérapolis en Asie" en lutte contre l’hérésie ébionite ("Puis [Philippe] retourna en Asie à la suite d’une révélation. Il s’arrêta à Hiérapolis et mit fin à la funeste hérésie des ébionites prétendant qu’un homme né d’une vierge ne peut pas monter au ciel comme fils de Dieu", Passion de Philippe 4). Sa datation est aussi surréaliste que celle des Actes de Philippe : il prétend que Philippe a prêché aux Scythes pendant vingt ans ("Après l’Ascension de notre Seigneur le Sauveur, le bienheureux Philippe prêcha assidûment l’évangile pendant vingt ans aux peuples de Scythie", Passion de Philippe 1), et est mort à quatre-vingt-sept ans (Passion de Philippe 5). Convenons encore de notre incapacité à trancher sur le sujet. Le lieu et les conditions de la mort de Nathanaël Barthélémy sont aussi difficiles à déterminer. Selon la Prédication de Barthélémy, écrit apocryphe reconstitué aux XIXème et XXème siècles à partir de divers manuscrits d’origine éthiopienne remontant à la fin de l’Antiquité, Nathanaël Barthélémy a été désigné par le sort pour évangéliser le "pays de l’Oasis" ("Les apôtres se réunirent pour se partager les pays du monde, le sort désigna le pays de l’Oasis à [Nathanaël] Barthélémy, afin d’y prêcher le nom de notre seigneur Jésus Christ. Il dit à [Simon-]Pierre le chef des apôtres : “Mon père [Simon-]Pierre, je ne suis jamais allé dans ce pays et je ne connais pas la langue de ses habitants. Je te prie de venir avec moi pour me guider afin d’accomplir la volonté du seigneur”. [Simon-]Pierre lui répondit : “Je partirai avec toi comme avec chacun de vous, car le seigneur m’a ordonné de conduire chacun de vous à destination”. [Simon-]Pierre et [Nathanaël] Barthélémy se levèrent et se mirent en route vers la cité de l’Oasis", Prédication de Barthélémy 2-7). Cette périphrase "pays de l’Oasis" désigne-t-elle les terres autour du lac de Van, au carrefour de la Syrie, de l’Anatolie, de l’Arménie et de la Perse ? Selon le Martyre de Barthélémy, suite de la Prédication de Barthélémy, écrit apocryphe reconstitué également aux XIXème et XXème siècles à partir des mêmes divers manuscrits d’origine éthiopienne remontant à la fin de l’Antiquité, Nathanaël Barthélémy est traqué par un roi "Aqrepos" dans la cité non-localisée de "Niindos" : cet "Aqrepos" est-il un surnom de Tigrane VI roi d’Arménie en 58-61, neveu d’Hérode-Tigrane V et fils d’Alexandre fils d’Hérode le Grande et Mariamné ? ou, plus sûrement, une corruption d’Hérode-"Agrippa" Ier qui règne sur le sud Levant en 41-44 ? Selon les Actes des soixante-dix disciples de pseudo-Epiphane de Salamine, Nathanaël Barthélémy meurt de mort naturelle à Albanopolis en Grande Arménie, aujourd’hui Başkale Albayrak en Turquie, à une centaine de kilomètres à l’est du lac de Van (38°08'42"N 44°12'36"E), où il a traduit le Logion de Matthieu ("L’apôtre [Nathanaël] Barthélémy prêcha l’évangile du Christ en Inde dite “Heureuse”, il traduisit dans la langue locale le saint évangile de Matthieu. Il s’endormit à Albanopolis en Grande Arménie, où il fut enterré", pseudo-Epiphane de Salamine, Actes des soixante-dix disciples). Cette version contredit celle du Martyre de Barthélémy, reconstitué à partir de divers fragments coptes, arabes et éthiopiens de la fin du Moyen Age, qui dit que l’apôtre a été jeté à l’eau dans un sac lesté avec du sable (Martyre de Barthélémy 54-55), elle contredit aussi la Passion de Barthélémy de pseudo-Abdias de Babylone, écrit apocryphe en latin du IIIème siècle, qui dit que le même apôtre a été écorché vif par un roi "Astrige" non-identifié (Passion de Barthélémy 24) dans l’"Inde des Ténèbres opposée à l’Océan" (Passion de Barthélémy 1). Selon les Actes de Matthias et d’André, écrit apocryphe reconstitué à partir de divers manuscrits par l’exégète suisse Maximilien Bonnet en 1898, l’apôtre Matthias a été désigné par le sort pour évangéliser "le pays des Anthropophages" en "Ethiopie extérieure/™ntÕj A„qiop…aj", peut-être l’"Atropatène/Atropathn»" (la confusion est possible avec "Anthropophage/Anqrwpof£goj" phonétiquement et graphiquement proche) regardant vers la mer Caspienne que Grecs et Romains au Ier siècle croient toujours être un golfe de l’Océan entourant toutes les terres émergées donc en lien avec la mer Erythrée bordant l’Ethiopie, d’où l’appellation "Ethiopie extérieure". Il y est capturé par les habitants ("En ce temps-là, les apôtres se réunirent et se partagèrent les pays par le sort où chacun devrait se rendre. Matthias fut désigné pour le pays des Anthropophages. Les gens de cette cité ne mangeaient pas de pain ni ne buvait du vin, ils se nourrissaient de chair humaine et buvaient du sang humain. Quand quelqu’un entrait dans leur cité, ils le saisissaient, lui arrachaient les yeux, puis l’obligeaient à absorber une drogue préparée au moyen de poison et de magie qui lui transformait le cœur et l’esprit. Quand Matthias franchit la porte de la cité, les habitants le saisirent, lui arrachèrent les yeux, puis l’obligèrent à absorber la drogue de leur magie maudite. Ils l’emprisonnèrent et lui présentèrent des herbes à manger. Mais il ne les mangea pas : bien qu’ayant pris leur drogue, son cœur et son esprit ne se transformèrent pas", Actes de Matthias et d’André 1.1-2.2). André est informé de la captivité de son collègue par le fantôme de Jésus ou, plus certainement, par un messager ("Matthias était en captivité depuis vingt-sept jours, quand le seigneur apparut à André dans le pays où il enseignait, et lui dit : “Lève-toi, va au pays des Anthropophages avec tes disciples y délivrer Matthias, car dans trois jours les gens de la cité le prendront pour l’égorger et le manger”", Actes de Matthias et d’André 4.1). Il se rend en Ethiopie extérieure/Caucase par voie de mer en débarquant en Colchide (Actes de Matthias et d’André 5 à 16), il arrive à la cité où est emprisonné Matthias, qu’il libère en même temps que d’autres captifs ("André délivra de prison deux cent soixante-dix hommes et quarante-neuf femmes. Ils allèrent où le bienheureux André leur avait dit. Ses disciples emmenèrent Matthias à l’est de la cité", Actes de Matthias et d’André 21.4-5). Les Anthropophages découvrent la prison vide, ils saisissent André venu volontairement à eux pour tenter un dialogue (Actes de Matthias et d’André 24-25), qu’ils trainent par une corde pendant plusieurs jours, mais une brusque inondation noie leur cité (Actes de Matthias et d’André 29), ils implorent l’aide d’André, qui prie Dieu, l’inondation s’arrête, l’eau reflue (Actes de Matthias et d’André 30), la population se convertit, et André repart libre (Actes de Matthias et d’André 32). Selon les Actes des soixante-dix disciples de pseudo-Epiphane de Salamine, qui confirme au passage que l’"Ethiopie extérieure" est proche de la Colchide (dont le territoire correspond à ceux de la Georgie et de l’Arménie actuelles) donc dans le Caucase, Matthias ne survit longtemps pas à sa captivité ("Matthias, auquel notre seigneur se montra après sa résurrection d’entre les morts, fut intégré aux onze apôtres en remplacement de Judas l’Iscariote. Il prêcha l’évangile de notre seigneur en Ethiopie extérieure, et y fut martyrisé par les Ethiopiens au port d’Yssos [Poti en Géorgie]", pseudo-Epiphane de Salamine, Actes des soixante-dix disciples). On note une quasi similitude entre ce récit sur l’apôtre "Matthias" et le récit relatif à "Matthieu" qu’on trouve dans les Actes d’André : pour notre part, nous pensons que le rédacteur des Actes d’André ou l’un de ses copistes a confondu les deux apôtres presque synonymes, de façon erronée car, comme on l’a vu, Matthieu a été missionné vers l’Ethiopie et non pas vers la Colchide. Selon ce texte, Matthias/Matthieu est désigné par le sort après la Pentecôte W pour évangéliser une cité "Mermidona" non-identifiée sur la côte orientale du Pont-Euxin/mer Noire, peut-être une corruption de la cité de "Myrmékion" en Chersonèse taurique, site archéologique dans la banlieue est de Kertch en Russie (45°21'11"N 36°31'20"E), ou d’une autre cité indéterminée en Colchide. Matthias/Matthieu débarque à Mermidona, il est aussitôt enchaîné et emprisonné par les prêtres locaux se sentant menacés par son apostolat ("Après le célèbre et glorieux triomphe de l’Ascension du Seigneur, les bienheureux apôtres se dispersèrent vers divers pays pour prêcher la parole de Dieu. L’apôtre André annonça le Seigneur Jésus Christ dans la province d’Achaïe. L’apôtre et évangéliste Matthieu quant à lui annonça le Logos du salut dans la cité de Mermidona. Mais les cruels habitants de cette cité ne supportèrent pas d’entendre les miracles de notre Rédempteur. Ne voulant pas détruire leurs temples, ils saisirent le bienheureux apôtre, lui arrachèrent les yeux, l’enchaînèrent et l’emprisonnèrent, en vue de le tuer quelques jours plus tard", Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 1.1-2). André accourt à son aide ("Mais un ange du Seigneur vint à l’apôtre André et lui dit : “Lève-toi, va à la cité de Mermidona et arrache ton frère Matthieu de l’infecte prison où il est détenu”", Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 1.3), il débarque à son tour à Mermidona et, avec l’aide de Dieu (?), ébranle les murs de la prison et brise les chaînes de Matthieu/Matthieu, qui s’échappe ("André obéit à l’ordre du Seigneur. Sur le rivage il trouva un navire, sur lequel il monta. Des vents favorables soufflèrent, il navigua heureusement jusqu’à la cité [de Mermidona]. Il franchit la porte de la ville, et se rendit à la prison. Dès il vit l’apôtre Matthieu assis dans l’infecte cellule avec d’autres prisonniers, André pleura amèrement et entama une prière […]. Aussitôt tout trembla, une grande clarté illumina la cellule, le bienheureux apôtre recouvra ses yeux, les chaînes de tous les prisonniers se brisèrent, la poutre dans laquelle leurs pieds étaient entravés se fendit. Tous louèrent Dieu en disant : “Grand est le Dieu que prêchent ses serviteurs !”. Puis, guidés par le bienheureux André, chacun retourna chez soi, et Matthieu quitta le lieu", Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 1.4-8). L’événement impressionne les habitants, qui se convertissent et sont baptisés par André (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 1.8-11). Cette version est reprise au XIIIème siècle par Jacques de Voragine dans sa Légende dorée, qui avoue ne pas croire à son caractère miraculeux, et ajoute que Matthias/Matthieu revient au Levant, se reposer à Antioche ("Matthieu sortit de sa prison, et se rendit à Antioche. Mais André, au contraire, resta en Ethiopie [extérieure] [autre nom de la Colchide, comme on le verra juste après] où les habitants, furieux de l’évasion de son ami, s’emparèrent de lui et le traînèrent par les places, les mains liées. Son sang coulait en abondance, mais lui ne cessait pas de prier Dieu pour ses persécuteurs, de sorte qu’il finit par les convertir. Après cela il partit pour la Grèce. Voilà ce qu’on raconte. Pour ma part, j’y crois difficilement, car la délivrance et la guérison de saint Matthieu par saint André impliquerait (chose peu vraisemblable) que le grand évangéliste n’aurait pu obtenir par lui-même ce que son frère André aurait si facilement obtenu pour lui", Jacques de Voragine, La Légende dorée, Saint André 1). Le destin de Simon le zélote est incertain. Le manuscrit Graecus 2001 de la bibliothèque du Vatican contient des Actes des soixante-dix disciples d’un auteur anonyme, sous-titrés de façon technique "Liste gréco-syrienne anonyme II", qui mentionnent "Simon le zélote, de Cana en Galilée, mort par l’épée au pays des Ibères du Bosphore" : cela sous-entend-il que Simon le zélote a accompagné l’apôtre Matthias dans le Caucase, l’apôtre ancien soutenant l’apôtre récent ? La tradition chrétienne en tous cas situe la mort de Simon le zélote en Colchide, précisément dans la région de l’actuelle Psyrtskha, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Soukhoumi en Georgie (43°05'26"N 40°48'58"E). L’apôtre André a été désigné par le sort pour évangéliser la Grèce (selon Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 1.1 précité ; les Actes d’André n’ont été conservés qu’à l’état fragmentaire, nous connaissons leur contenu par le résumé détaillé réalisé par Grégoire évêque de Tours au VIème siècle). Il a été détourné de sa mission par la situation périlleuse de Matthias/Matthieu qu’il a dû secourir on-ne-sait-où dans le Caucase à l’est du Pont-Euxin/mer Noire, comme on l’a vu précédemment. Selon les Actes des soixante-dix disciples de pseudo-Epiphane de Salamine, qui confirme encore incidemment que les "Ethiopiens" ayant martyrisé Matthias sont bien en lien avec la Colchide dans le Caucase, André reste un temps sur place pour convertir les populations locales caucasiennes ("André […] prêcha aux Scythes, aux Sogdiens, aux Gorsiniens et à la grande Sébastopolis [Soukhoumi] où sont le camp d’Apsarus [site archéologique de Gonio dans la banlieue sud de Batoumi en Géorgie, 41°34'24"N 41°34'25"E], le port d’Yssos [Poti] et le fleuve Phase [Rioni], dans le pays des Ethiopiens", pseudo-Epiphane de Salamine, Actes des soixante-dix disciples). Ensuite André revient par étapes vers la Grèce, pays qui lui était destiné initialement : il passe par Amasée/Amasya (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 3), Sinope/Sinop (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 5), Nicée/Iznik (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 6), Nicomédie/Izmit (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 7), il traverse l’Hellespont pour débarquer à Périnthe (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 10), il continue vers Philippes (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 11), Thessalonique (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 12) où il reste longtemps et accomplit divers offices, Corinthe (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 26), enfin il arrive à Patras (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 30), il y convertit Maximilla l’épouse d’Egeas le gouverneur romain local qui, mécontent parce que Maximilla devenue vertueuse ne veut plus coucher avec lui, ordonne l’exécution d’André. La fin d’André impliquant Maximilla et Egeas, sa crucifixion sur une croix en X à laquelle il a laissé son nom, résumée par Grégoire de Tours (Actes d’André, résumé par Grégoire de Tours 35-36), est racontée en détails dans deux longs fragments constituant le texte que les exégètes désignent commodément en "Actes d’André, version grecque", soit le manuscrit 526 de la bibliothèque du monastère Sainte-Catherine du Sinaï en Egypte et le manuscrit 103 de la bibliothèque du monastère Mar Saba en Cisjordanie. La tradition chrétienne dit que la dépouille de Saint André a été ensevelie à Patras, où elle repose toujours sous l’actuelle basilique portant son nom (38°14'32"N 21°43'40"E ; "[André] est enterré à Patras en Achaïe, après avoir été crucifié par Egeas le roi de Patras", pseudo-Epiphane de Salamine, Actes des soixante-dix disciples). Enfin l’apôtre Jean fils de Zébédée, le plus jeune des apôtres, qui a été le plus proche affectivement et physiquement de Jésus jusqu’à la crucifixion, pour cette raison le plus grand rival de Jacques fils d’Alphée, est désigné par le sort pour évangéliser la province romaine d’Asie en Anatolie. Il est secondé par Prochore, le septième diacre. Un texte intitulé Actes de Jean a été publié en 1858 en français par l’imprimeur français Jacques-Paul Migne dans le tome 2 de son Dictionnaire des apocryphes. Sa version originale en grec a été publiée en 1880 par l’exégète allemand Theodor Zahn. En 1898, Maximilien Bonnet a confronté ce texte à une autre version reconstituée à partir de divers manuscrits. En fait, il semble que ces deux textes proviennent d’une même source (on retrouve des épisodes identiques dans l’un et l’autre) dont les différents fragments, remontant au plus tôt entre le IIème et le IVème siècles, ne sont que les épisodes épars d’une biographie générale sur Jean fils de Zébédée. L’auteur est le diacre Prochore. Ce dernier raconte comment, après le tirage au sort, lui-même et l’apôtre Jean fils de Zébédée quittent Jérusalem pour gagner le port de Joppé/Jaffa ("Les apôtres tirèrent au sort. L’Asie fut attribuée à Jean [fils de Zébédée], qui gémit beaucoup et qui se jeta aux pieds des frères en versant des larmes. [Simon-]Pierre le prit de la main droite, le releva et lui dit : “Nous avons tous pour toi la plus grande vénération, nous regardons ta patience comme un exemple et un encouragement pour nous tous. Pourquoi donc, mon frère, troubles-tu nos cœurs ?”. Jean [fils de Zébédée] répondit à [Simon-]Pierre : “Pardonne-moi, mon père, j’ai été très troublé quand j’ai vu que l’Asie m’a été assignée par le sort, j’ai été effrayé des périls qui m’attendent sur mer, je ne me suis pas souvenu du propos du seigneur qui m’aimait : « Aucun cheveu ne tombera de votre tête » [Luc 21.18]. Excusez-moi, mes frères, et priez pour moi afin que le seigneur me pardonne aussi. Je suis prêt à aller partout où m’appellera sa volonté et son bon plaisir”. Tous les apôtres se levèrent et se tournèrent vers l’est, priant Jacques [fils d’Alphée] le frère du seigneur [en réalité cousin et non pas frère de Jésus] de prononcer une prière à laquelle ils se joignirent tous. Ensuite les apôtres se dirigèrent chacun vers le pays qui lui était désigné, accompagné de l’un des soixante-douze disciples. Moi, Prochore, je fus nommé par le sort pour exercer le ministère avec l’apôtre Jean [fils de Zébédée]. Nous descendîmes de Jérusalem à Joppé, où nous restâmes trois jours dans la maison d’une veuve du pays de Tabitha [alias "Dorca" en grec, disciple mentionnée en Actes des apôtres 9.36-42, guérie par Simon-Pierre lors de son passage à Joppé/Jaffa à une date inconnue après la conversion de Saül/Paul et avant le concile de Jérusalem en 49]", Actes de Jean 1, éditions de Jacques-Paul Migne et de Theodor Zahn). On note que Prochore essaie de minimiser la mésentente entre apôtres en affirmant que l’hégémonie de Jacques fils d’Alphée sur Jérusalem et la dispersion de ses collègues ont été décidés de plein gré et unanimement ("Jacques [fils d’Alphée] le frère du seigneur [en réalité cousin et non pas frère de Jésus] répondit à [Simon-]Pierre : “[…] Le temps est venu où l’ordre du seigneur doit s’accomplir. Cependant vous savez, mes frères, que le seigneur m’a commandé de rester à Jérusalem”. [Simon-]Pierre dit : “Nous savons tous que ce lieu est confié à tes soins, et que tu ne dois pas t’éloigner de Jérusalem”", Actes de Jean 1, éditions de Jacques-Paul Migne et de Theodor Zahn). Jean fils de Zébédée monte sur un bateau égyptien avec Prochore, le bateau largue les amarres et commence son cabotage le long des côtes levantines vers le nord, il est pris dans une tempête et échoue près de Séleucie-de-Piérie, Jean fils de Zébédée disparaît dans le naufrage, Prochore réussit à rejoindre le rivage avec quarante-deux autres passagers ("Un navire venu d’Egypte devait continuer son voyage vers l’Asie, nous nous y embarquâmes. Lorsque nous fûmes dans la cale du navire, Jean [fils de Zébédée] fut saisi d’une grande tristesse, il dit : “Mon fils Prochore, nous affronterons beaucoup de périls en mer. Le seigneur ne m’a rien révélé sur ma vie et ma mort, en revanche toi tu surmonteras le danger, tu ne périras pas. Quand tu auras échappé à cette navigation fatale, mon fils, va à Ephèse en Asie, et attends-y mon arrivée pendant trois mois. Si Dieu permet que je vienne, nous nous acquitterons du ministère qui nous a été confié. Si je ne suis pas venu au terme des trois mois, retourne à Jérusalem, mon fils, auprès de Jacques [fils d’Alphée] qui te dira quoi faire”. Après que mon maître Jean [fils de Zébédée] m’eut ainsi parlé, vers la onzième heure, une tempête s’éleva qui brisa le navire. Nous restâmes dans le plus grand péril jusqu’à la troisième heure de la nuit. Alors chacun saisit une rame ou une planche quelconque pour s’échapper, et grâce à la miséricorde de Dieu, vers la sixième heure du jour, nous avons dérivé vers la côte à environ cinq stades de Séleucie[-de-Piérie]. Nous fûmes quarante-deux survivants. Jean [fils de Zébédée] n’était pas parmi nous", Actes de Jean 1, éditions de Jacques-Paul Migne et de Theodor Zahn). Dans Séleucie-de-Piérie, les rescapés accusent Jean fils de Zébédée d’avoir provoqué les dieux avec sa religion bizarre, et donc d’être la cause de la tempête, ils menacent Prochore de complicité, Prochore est arrêté et sommé de s’expliquer devant le gouverneur de la cité ("Nous restâmes longtemps étendus sur le rivage, accablés de froid, de fatigue et de crainte, comme sans vie. Ensuite nous entrâmes dans Séleucie[-de-Piérie], ayant perdu tout ce que nous possédions et affamés. Nous demandâmes du pain, qu’on nous donna. Mes compagnons d’infortune se soulevèrent contre moi, disant : “Qui était cet homme avec toi ? C’était un magicien, qui par ses maléfices a échoué le navire afin de s’enfuir avec nos biens, et tu es son complice ! Livre-nous ce magicien, sinon tu ne sortiras pas, car tu mérites la mort ! Dis-nous où est cet enchanteur ! Tous les passagers du navire sont ici, lui seul a disparu !”. Ils excitèrent contre moi les habitants de Séleucie[-de-Piérie], qui me jetèrent en prison. Le lendemain, on me conduisit devant le gouverneur de la cité, qui parla sévèrement : “D’où viens-tu ? Quelle est ta religion ? Quels sont tes moyens de subsistance ? Comment t’appelles-tu ? Réponds-moi ou je te livre à la torture !”. Je répondis : “Je suis du pays des juifs. Je suis chrétien. Je m’appelle Prochore. J’ai échoué ici par un naufrage averc tous ceux qui m’accusent”. Le gouverneur dit : “Comment expliques-tu que vous soyez tous saufs, et que ton compagnon seul a disparu ? On vous accuse d’être des magiciens, et d’avoir provoqué le naufrage avec vos maléfices. On raconte que, pour éloigner les soupçons, tu es resté avec l’équipage pendant que ton compagnon s’est enfui en emportant les biens qui étaient sur le navire. Et peut-être qu’un dieu a décidé de vous punir pour le sang versé par vos maléfices, peut-être qu’il a tué ton compagnon, et qu’il t’a sauvé seulement pour que tu subisses ton châtiment dans cette ville. Dis-moi donc tout de suite si ton compagnon a péri ou s’il est soustrait au danger ?”. Je répondis en versant des larmes : “Je répondrai à tes questions avec une totale franchise, selon ce que je sais. Mais d’abord je dois te parler de moi. Je ne suis pas un magicien. Je suis chrétien, disciple de Jésus le Christ. Avant de monter au ciel, le seigneur Jésus Christ a ordonné à ses apôtres : « Allez dans le monde entier et prêchez l’évangile à toutes créatures, et baptisez toutes les nations qui croiront ». Après son Ascension, ses apôtres réunis ont tiré au sort pour affecter les pays à chacun d’eux. Le sort a attribué l’Asie à Jean [fils de Zébédée], mon maître qui était avec nous dans le navire. Il en fut vivement peiné, il a été réticent pendant un temps. Cela a déplu à l’Esprit Saint, qui en punition lui a révélé qu’il subirait une tempête en mer. Après notre embarquement, il m’a prévenu que nous souffririons, il m’a demandé de l’attendre à Ephèse pendant trois mois où, s’il est encore vivant, il se rendra afin d’accomplir la tâche que Dieu lui a confiée, il a ajouté que je devrai retourner dans mon pays s’il ne se montre pas avant expiration du délai fixé. Mon maître n’est pas un magicien, il est un homme choisi et inspiré par le seigneur, prédicateur intrépide de la Vérité et très ferme dans la foi de Jésus Christ”. Après que j’eus ainsi parlé, un nommé “Selemnis” venu d’Antioche, frappé par ma sincérité, demanda qu’on me laissât partir. J’en eus la permission", Actes de Jean 1, éditions de Jacques-Paul Migne et de Theodor Zahn). Finalement Prochore est relâché, il marche le long de la côte vers le nord, où il retrouve Jean fils de Zébédée qui a survécu au naufrage ("Quarante jours après avoir quitté Séleucie[-de-Piérie], j’arrivai dans un village au bord de la mer. J’entrai dans une fosse pour me reposer après les grandes fatigues que j’avais éprouvées. A peine y étais-je, qu’une grande tempête jeta un homme de la mer sur le rivage. J’eus une grande compassion pour lui, car j’avais enduré les horreurs du naufrage. Je courus vers lui, sans savoir que c’était Jean [fils de Zébédée], je m’approchai, je pris sa main et je le relevais. Il me reconnut, et je le reconnus également. Nous nous embrassâmes mutuellement en versant beaucoup de larmes et en rendant grâce à Dieu, qui étend sa miséricorde sur tous les hommes et les délivre des périls dans sa puissance infinie. Un temps nous restâmes sans voix, par excès de joie. Quand Jean [fils de Zébédée] fut revenu à lui, il me raconta ce qui lui était arrivé, comment il avait été ballotté par les flots le long de la côte pendant quarante jours selon la volonté de Dieu, puis je lui racontai ce que j’avais souffert", Actes de Jean 1, éditions de Jacques-Paul Migne et de Theodor Zahn). Les deux hommes poursuivent leur chemin ensemble vers Ephèse en province romaine d’Asie, où ils s’installent ("Nous nous levâmes et nous éloignâmes de cet endroit. Nous entrâmes dans un village où, ayant demandé du pain et de l’eau, nous mangeâmes et nous bûmes. Ensuite nous cheminâmes vers Ephèse. Nous entrâmes dans la cité, nous nous arrêtâmes sur la place d’Artémis où étaient les bains publics. Nous nous rendîmes chez un homme appelé “Dioscoride”", Actes de Jean 2, éditions de Jacques-Paul Migne et de Theodor Zahn).


Artaxias III-Zénon, mis sur le trône d’Arménie par Germanicus en 18, comme on l’a vu plus haut, meurt en 34. L’ambitieux roi parthe voisin Artaban II profite de l’occasion pour revendiquer sa succession, il installe son fils Arsacès sur le trône d’Arménie. Et plus encore : s’estimant héritier de l’ex-Empire perse, Artaban II revendique l’élargissement de l’Empire parthe à l’ancienne frontière perse du Vème siècle av. J.-C., jusqu’à la Macédoine. Cela est inacceptable pour les Romains, et aussi pour les nobles parthes qui ne veulent pas se lancer dans une aventure guerrière contre Rome. Ces derniers envoient une délégation secrète vers Rome ("Sous le consulat de Caius Cestius [Gallus] et Marcus Servilius [Nonianus] [en 35 ; pour anecdote, Decimus Valerius Asiaticus, éjecté du Levant par Ponce Pilate en automne W-2 selon Maria Valtorta, devient consul suffect en remplacement de Caius Cestius Gallus en cours d’année 35], des nobles parthes vinrent à Rome à l’insu de leur roi Artaban II. Fidèle aux Romains et juste envers les siens tant qu’il craignit Germanicus, celui-ci ensuite brava notre Empire et tyrannisa ses peuples. Des guerres victorieuses contre les nations voisines avaient enflé son orgueil. Il méprisait le vieux Tibère, qu’il estimait faible et désarmé, et convoitait l’Arménie. Ce pays ayant perdu son roi Artaxias III[-Zénon], Artaban II lui imposa l’aîné de ses fils nommé “Arsacès”. Joignant l’insulte à l’usurpation, il réclama les trésors laissés par Vononès Ier en Syrie et en Cilicie. En même temps, évoquant les anciennes frontières des Perses et des Macédoniens, il menaça avec une insolente prétention de reprendre tout ce que Cyrus II et Alexandre avaient possédé", Tacite, Annales VI.31 ; "A la même époque le Parthe Artaban II donna, après le décès d’Artaxès III [-Zénon], l’Arménie à son fils Arsacès. Tibère ne le punit pas, alors il convoita la Cappadoce, et traita les Parthes avec une hauteur excessive. Quelques-uns se détachèrent de lui et députèrent vers Tibère, pour lui demander un nouveau roi pris parmi les otages", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.26). Tibère s’accorde avec les nobles parthes pour renverser Artaban II et le remplacer par Phraatès VI, fils de Phraatès IV, donc (demi-)frère de Phraatès V/Phraatacès et frère cadet de Vononès Ier, qui part rapidement vers l’orient ("[Les députés nobles parthes], ne pouvant placer sur le trône aucun prince arsacide, la plupart ayant été tués par Artaban II et les autres n’étant pas encore sortis de l’enfance, demandèrent à Rome Phraatès VI fils du roi Phraatès IV. “Nous n’avons besoin que d’un nom et de l’accord de César [Tibère], dirent-ils, qu’un Arsacide soit autorisé à son montrer sur les bords de l’Euphrate sera suffisant”. Ce projet convint à Tibère, habitué à régler les affaires extérieures par la ruse et la politique sans y engager ses armées. Il envoya Phraatès VI, enrichi de présents, à la conquête du trône paternel. Instruit de ce complot, Artaban II fut à la fois retenu par la crainte et embrasé du feu de la vengeance", Tacite, Annales VI.31-32). Malheureusement pour les nobles parthes, Phraatès VI, ayant passé beaucoup d’années à Rome et s’étant adapté au climat italien, ne supporte plus le climat moyen-oriental, il meurt quelques mois après avoir quitté Rome, en 35. Tibère envoie alors un autre otage parthe ayant grandi à Rome, Tiridate III, petit-fils de Phraatès IV, prendre sa succession. Parallèlement, il reconnait un énigmatique "Mithridate d’Ibérie" comme nouveau roi d’Arménie : ce "Mithridate d’Ibérie" étant en rivalité contre son frère Pharsman Ier pour le trône d’Ibérie, cela permet de les réconcilier en laissant le trône d’Ibérie au second et en offrant le trône d’Arménie au premier. Lucius Vitellius le nouveau gouverneur de la province romaine de Syrie est chargé de superviser ce mercato de couronnes royales ("Phraatès VI quitta la vie des Romains à laquelle il s’était accoutumé depuis des années, pour retourner à celle des Parthes en Syrie. Mais, trop affaibli pour la supporter, il fut emporté par la maladie. Tibère ne renonça pas à son projet pour autant. Il suscita un nouveau rival à Artaban II en Tiridate III, prince du même sang, il désigna Mithridate d’Ibérie pour reconquérir l’Arménie, qu’il réconcilia avec son frère Pharsman Ier héritier du trône familial en Ibérie, et il chargea [Lucius] Vitellius de diriger toutes ces révolutions qui se préparaient en orient", Tacite, Annales VI.32 ; "Tibère envoya d’abord Phraatès VI fils de Phraatès IV, mais celui-ci mourut en chemin, alors il envoya Tiridate III qui était aussi de sang royal. Afin de lui faciliter l’accession au trône, il écrivit à Mithridate d’Ibérie pour qu’il intervînt en Arménie et y attirer Artaban II au secours de son fils [Arsacès]. C'est ce qui arriva. […] L’Arménie fut prise par Mithridate d’Ibérie fils de Mithridate [filiation douteuse ; selon la chronique géorgienne du XIème siècle Histoire des rois et des patriarches des Géorgiens, un roi "Kartam" gouverne l’Ibérie dans la seconde moitié du Ier siècle av. J.-C., "Mithridate d’Ibérie" est peut-être son fils cadet], laissant son frère Pharsman Ier régner sur les Ibériens [Pharsman Ier est peut-être le nommé "Aderk" des Histoire des rois et des patriarches des Géorgiens précitée, fils aîné du roi Kartam d’Ibérie]", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.26). Mithridate d’Ibérie, aidé de son frère Pharsman Ier, prend rapidement le contrôle de l’Arménie. Arsacès le fils d’Artaban II est empoisonné ("Mithridate [d’Ibérie], s’adressant le premier à Pharsman Ier, le convainquit de le seconder par la ruse et par la force. On trouva des corrupteurs, qui, avec beaucoup d’or, poussèrent au crime les serviteurs d’Arsacès, en même temps une armée nombreuse d’Ibères envahit l’Arménie et prit la cité d’Artaxata", Tacite, Annales VI.33). Tibère devine que ces bouleversements vont irriter Artaban II. Il demande donc à ce dernier, via Lucius Vitellius, de lui envoyer Orodès, son fils cadet, comme otage à Rome. Parallèlement, il donne beaucoup d’argent à Pharsman Ier, via Lucius Vitellius, pour l’inciter à attaquer Artaban II depuis le Caucase ("Tibère écrivit à [Lucius] Vitellius pour lui ordonner de maintenir l’amitié d’Artaban II roi des Parthes dont, après les manœuvres en Arménie, il redoutait la haine. Selon lui, le seul moyen de forcer cette amitié était la livraison d’un otage, en l’occurrence [Orodès] le fils d’Artaban II. Après avoir écrit cela à [Lucius] Vitellius, Tibère persuada par le don de grosses sommes le roi des Ibères et celui des Albaniens d’attaquer sans hésitation Artaban II. Ils refusèrent, néanmoins ils facilitèrent le passage des Alains [tribu sarmate, au nord du Caucase] à travers leur territoire, qui se lancèrent contre Artaban II par les Portes caspiennes [site non localisé, peut-être dans le voisinage de l’ancienne forteresse de Sirdarra à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Garmsar en Iran, 35°17'22"N 52°08'25"E]", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.96-97). En guise de réponse, Artaban II missionne son fils cadet Orodès en Arménie pour y succéder à son fils aîné Arsacès. Pharsman Ier ne déclare pas ouvertement la guerre à Artaban II et Orodès, mais il laisse ses alliés sarmates passer la frontière entre Ibérie et Arménie durant l’été 35 ("A cette nouvelle, Artaban II confia sa vengeance à son fils Orodès, lui donna une armée de Parthes, et paya des auxiliaires à l’extérieur. Pharsman Ier de son côté se ligua avec les Albaniens. Les seigneurs des Sarmates, payés par les deux partis, se vendirent aux deux causes opposées selon leur habitude. Mais les Ibères maîtres de la région ouvrirent l’Arménie aux Sarmates, qui se dirigèrent vers les Portes caspiennes. Ceux qui tombèrent sur les Parthes furent facilement stoppés, ceux-ci contrôlant tous les passages. Le passage entre la mer et les dernières montagnes d’Albanie [les Portes de fer/Derbent] était impraticable à cause des inondations provoquées par les vents d’été, il est praticable seulement en hiver, quand le vent du midi refoule les eaux vers la mer et découvre la grève", Tacite, Annales VI.33). Lors d’une bataille, Orodès est tué ("Orodès était sans soutien. Pharsman Ier avec ses alliés lui présenta la bataille. Voyant qu’il l’évitait, il le harcèla, insulta son camp, massacra ses fourrageurs, l’entoura d’une ceinture de postes comme pour l’assiéger. Finalement les Parthes, peu enclins aux outrages, pressèrent leur roi de combattre. Leur principale force résidait dans leur cavalerie. Du côté de Pharsman Ier, on comptait surtout sur les fantassins, car Ibères et Albaniens vivent dans les montagnes et en connaissent les difficultés et les efforts nécessaires. […] Les deux armées se rangèrent, le Parthe vanta à ses soldats l’éclat des Arsacides, demandant ce qu’un Ibère sans gloire et ses vils mercenaires pouvaient contre un peuple maître de l’Orient, Pharsman Ier rappella aux siens qu’ils n’avaient jamais subi le joug des Parthes, que plus une entreprise est grande plus elle grandit le vainqueur et couvre de honte ceux qui fuient, il leur montra du côté ami les bataillons hérissés de fer et du côté ennemi les Mèdes chamarrés d’or, ici des soldats, là une proie à saisir. Les Sarmates quant à eux furent motivés non pas par la voix du chef mais par une excitation mutuelle à s’élancer sur l’adversaire sans recourir à leurs flèches, à l’improviste. La bataille offrit un spectacle varié. Le Parthe, entraîné aux manœuvres dilatoires, fuyait pour prendre de la distance et mieux ajuster ses coups. Les Sarmates, délaissant leurs arcs à courte portée, couraient lance en avant ou épée à la main, tantôt alternant charges et retraites comme dans un affrontement de cavalerie, tantôt dans une mêlée entrechoquant armes et hommes. Les Albaniens et les Ibères, de leur côté, terrifiaient les ennemis, les désorientaient par les coups portés d’en haut de loin par les cavaliers et d’en bas de près par les fantassins. Pharsman Ier et Orodès allaient en tous sens, secondant ou ranimant les courages. On les reconnaissait à leurs emblèmes, leurs cris et leurs coursiers se croisaient sans cesse. Pharsman Ier était le plus impétueux. Il perça le casque d’Orodès, mais emporté par son cheval il ne put redoubler. Le blessé fut couvert par ses gardes les plus intrépides. Toutefois le bruit qu’Orodès était mort se répandit et effraya les Parthes, qui cédèrent la victoire", Tacite, Annales VI.34-35 ; "L’Arménie fut reprise et le pays des Parthes entièrement envahi par la guerre. Les chefs Parthes furent tués, tout le pays fut dévasté, [Orodès] le fils du roi [Artaban II] périt dans ces combats avec plusieurs milliers de soldats", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.98). Lucius Vitellus se met en route avec un contingent romain pour confirmer Mithridate d’Ibérie sur le trône d’Arménie et dissuader les Parthes d’intervenir, il envoie aussi beaucoup d’argent pour corrompre l’entourage d’Artaban II qui, redoutant une invasion de la Mésopotamie et une trahison au sein de sa Cour, fuit vers l’est ("Artaban II remua toutes les forces de son Empire pour venger cette défaite [en Arménie, où son fils Orodès vient d’être tué en bataille], mais les Ibères connaissant mieux le pays eurent encore l’avantage. Il ne s’avoua toujours pas vaincu, jusqu’à ce que [Lucius] Vitellius rassembla ses légions et propagea la rumeur d’une invasion de la Mésopotamie. Redoutant les armées romains, Artaban II abandonna l’Arménie, et toutes ses affaires périclitèrent. [Lucius] Vitellius poussa les Parthes à abandonner leur roi qui était leur fléau, dans la paix par sa cruauté, dans la guerre par ses revers. […] Le parti se grossit peu à peu de tous ceux qui, obéissant par peur plus que par affection, redevinrent audacieux en se voyant chefs. Artaban II n’avait pour seule ressource que quelques étrangers de sa garde, vile poignée de bannis n’ayant ni intelligence du bien ni souci du mal, mercenaires nourris pour commettre des crimes. Il s’enfuit vivement avec eux jusqu’aux frontières de la Scythie, espérant y trouver du secours, sa famille ayant des ramifications en Hyrcanie et en Carmanie, misant surtout sur l’inconstance des Parthes, aussi prompts à regretter leurs rois qu’à les trahir", Tacite, Annales VI.36 ; "[Lucius] Vitellius préparait l’élimination d’Artaban II en envoyant de l’argent à ses parents et à ses amis, et il avait obtenu leur aide par ces présents. Mais Artaban II comprit qu’il ne pourrait pas échapper à ce complot tramé par beaucoup d’hommes haut placés et capables de parvenir à leurs fins, qui restaient officiellement ses partisans par ruse plus que par conviction, et, corrompus, rejoindraient les traîtres dès qu’une action serait engagée contre lui. En conséquence il s’enfuit vers les satrapies du haut pays", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.99-100). Lucius Vitellus accompagne Tiridate III vers Séleucie-sur-le-Tigre en Mésopotamie prendre la succession d’Artaban II, puis il revient vers la Syrie avec son contingent ("[Lucius] Vitellius, voyant Artaban II en fuite et les esprits disposés à un changement de maître, exhorta Tiridate III à prendre possession du territoire. Il mena jusqu’aux rives de l’Euphrate l'élite des légions et des auxiliaires. Là, suivant l’usage des Romains, il offrit aux dieux un suovetaurile [concaténation de "sus/porc", "ovis/mouton" et "tauris/taureau"], et Tiridate III immola un cheval en l’honneur du fleuve. […] On réalisa un pont de bateaux, et l’armée passa sur l’autre rive. Ornospadès se présenta le premier avec plusieurs milliers de cavaliers. Ancien exilé, Ornospadès s’était distingué sous le commandement de Tibère à l’époque de la guerre en Dalmatie, ses services lui avaient valu la citoyenneté romaine. Amnistié ensuite par le roi, comblé de distinctions, il fut nommé gouverneur de l’immense plaine appelée “Mésopotamie” entre les deux célèbres fleuves Tigre et Euphrate. […] Persuadé que la démonstration des armées romains suffisait, [Lucius] Vitellius motiva Tiridate III et les notables, celui-ci à ne pas oublier être le petit-fils de Phraatès IV et le nourrisson de César [Tibère], deux titres si glorieux pour lui, ceux-là à demeurer toujours soumis à leur roi, respectueux envers nous, fidèles à l’honneur et au devoir. Puis il revient en Syrie avec ses légions", Tacite, Annales VI.37). Artaban II exilé rumine sa vengeance contre Tibère ("[Tibère] fut aussi maltraité dans une lettre d’Artaban II le roi des Parthes, qui lui reprochait ses parricides, ses meurtres, sa lâcheté, ses débauches, et l’engageait à satisfaire le plus tôt possible l’implacable et juste haine de ses concitoyens par une mort volontaire", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 66).


En 34, Philippe le Tétrarque est mort. N’ayant pas d’héritier, sa tétrarchie a été rattachée administrativement à la province romaine de Syrie, mais fiscalement elle est restée autonome ("A cette époque mourut Philippe [le Tétrarque], [demi-]frère d’Hérode[-Antipas], la vingtième année du règne de Tibère et la trente-septième de son propre règne sur la Trachonitide, la Gaulanitide et la Batanée. […] Il mourut à Julia [autre nom de Panion/Césarée-de-Philippe/Baniyas]. Après des obsèques somptueuses, il fut enseveli dans la sépulture qu’il s’était construite à l’avance. Etant mort sans enfants, Tibère hérita de ses possessions et les annexa à la province de Syrie, mais en ordonnant que les impôts levés dans sa tétrarchie y restassent affectés", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.106-108), et beaucoup de ses anciens fonctionnaires ont traversé la frontière de Galilée pour se mettre au service d’Hérode-Antipas même s’ils ne l’aiment pas, préférant obéir à un dynaste juif plutôt qu’à un gouverneur romain. Quelques mois plus tard, en 35, le roi arabe nabatéen Arétas IV essaie d’accaparer une partie de l’ex-tétrarchie. Hérode-Antipas intervient avec son armée. Il est battu par Arétas IV, à cause des anciens fonctionnaires de Philippe le Tétrarque qui le trahissent au cours de la bataille. La défaite d’Hérode-Antipas est vue comme un châtiment divin suite à l’exécution de Jean-Baptiste quelques années plus tôt ("Arétas IV prétexta un litige frontalier sur Gamala pour lancer la guerre. Les deux adversaires réunirent leurs armées et envoyèrent leurs généraux. Une bataille eut lieu. L’armée d’Hérode[-Antipas] fut taillée en pièces à cause de la trahison de transfuges qui, anciens sujets de Philippe le Tétrarque, s’étaient mis au service d’Hérode[-Antipas]. […] Des juifs pensèrent que cette défaite militaire d’Hérode[-Antipas] était une punition divine liée à Jean le Baptiste, qu’Hérode[-Antipas] avait tué […] : on crut que la catastrophe abattue sur l’armée était une vengeance de Dieu contre Hérode[-Antipas]", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.113-119). Tibère ordonne à Lucius Vitellius, libéré de la menace d’Artaban II à l’est, de punir Arétas IV au sud ("Hérode[-Antipas] transmis la nouvelle [de sa défaite militaire face à Arétas IV] à Tibére. Celui-ci, irrité de l’incursion d’Arétas IV, écrivit à [Lucius] Vitellius de le vaincre et de le ramener enchaîné s’il le prenait vivant, ou de lui envoyer sa tête s’il était tué. Tels furent les ordres donnés par Tibère au proconsul de Syrie", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.114-115). Pour l’anecdote, profitant de la mort de Philippe de Tétrarque et des flottements qui s’ensuivent, Lysanias d’Abila (aujourd’hui Suq Wadi Barada en Syrie, 33°37'35"N 36°06'21"E), peut-être fils au défunt sheikh Zénodoros (Lysanias d’Abila aurait hérité, selon l’usage paponymique antique, du nom de son grand-père Lysanias seigneur de Chalcis-du-Liban/Anjar exécuté par Marc-Antoine en -37, contraignant son fils Zénodoros à fuir au désert et à trouver de l’aide auprès des populations arabes voisines, nous renvoyons sur ce sujet à notre paragraphe précédent), affirme son indépendance et étend son influence sur la région alentour.


En 36, en Samarie, un trouble se produit. Flavius Josèphe raconte qu’un chef religieux, dont il ne donne pas le nom, rassemble une foule dans le village de "Tirathana/Tiraqan£" non-localisé au pied du mont Garizim, dans le but de gravir ensemble ce mont et y déterrer des vases soi-disant enfouis au sommet jadis par Moïse, signifiant la légitimation du temple samaritain du mont Garizim au détriment du Temple de Jérusalem en Judée… et le déclenchement d’une guerre civile entre Samaritains et Judéens, ce que le préfet romain Ponce Pilate ne peut pas accepter. Informé à temps, Ponce Pilate se précipite avec un régiment de légionnaires, et il massacre indistinctement tous ceux qu’il trouve autour du mont Garizim ("Les Samaritains connurent aussi des troubles. Ils furent excités par un homme recourant au mensonge et à toutes sortes de combines pour plaire au peuple. Il les poussa à monter avec lui sur le mont Garizim, la plus sacrée des montagnes selon eux, afin de leur montrer des vases que Moïse y avait enterrés. Ils le crurent, prirent les armes, s’installèrent dans un village ["kèmh"] nommé “Tirathana”, s’adjoignirent tous les gens qu’ils purent convaincre, et commencèrent en foule l’ascension de la montagne. Mais [Ponce] Pilate se hâta d’occuper à l’avance avec ses cavaliers et ses fantassins le chemin qu’ils devaient emprunter, et fondit sur les gens qui s’étaient rassemblés dans le village. Les uns furent tués dans la mêlée, les autres s’enfuirent. Beaucoup furent capturés, les meneurs furent exécutés par [Ponce] Pilate, de même que les plus influents parmi les fuyards", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.85-87). Selon Origène, le chef religieux en question est le Samaritain Dositheos, prétendant à la succession de la communauté de Jean-Baptiste depuis que celui-ci a été exécuté quelques années plus tôt ("Après Jésus, Dositheos de Samarie voulut persuader les Samaritains qu’il était le Mashiah prédit par Moïse [allusion à Deutéronome 18.15], il semble avoir convaincu quelques-uns", Origène, Contre Celse I.57 ; le patriarche Euloge d’Alexandrie aux tournants des VIème et VIIème siècles dit la même chose ["Le dernier livre [d’Euloge d’Alexandrie] comporte un discours intitulé Contre les Samaritains, dont le contenu est le suivant. Le peuple samaritain, divisé en factions rivales, bataillait sur des opinions étranges. Certains respectaient le Juste [Jésus] dont Moïse avait dit : “Le Seigneur, l’Eternel, vous enverra un prophète comme moi issu d’entre vos frères” [Deutéronome 18.15]. D’autres contestaient cette position et louaient un nommé “Dosthen” ["Dosq»n"] ou “Dositheos” ["Dos…qeoj"] originaire de Samarie comme Simon le magicien, imaginant une histoire merveilleuse pour raccorder avec la prédiction de Moïse, appelés “dositheens” d’après lui" Photios, Bibliothèque 230, Discours divers par Euloge d’Alexandrie]). Nous avons vu que Dositheos s’est installé à ce poste en profitant que Simon le magicien, son rival à l’héritage de Jean-Baptiste, était en Egypte. Revenu d’Egypte, Simon le magicien s’est imposé aux baptistes après quelques tours de passe-passe. L’opération tentée sur le mont Garizim paraît la dernière tentative de Dositheos de reprendre la tête des anciens disciples de Jean-Baptiste, sans succès puisque sa démarche est écrasée dans le sang par Ponce Pilate (Dositheos est mort "peu après" que Simon le magicien s’est imposé aux baptistes, selon pseudo-Clément de Rome, Homélies, II, 24.7 précité, qui ne précise pas dans quelles circonstances : l’intervention de Ponce Pilate sur le mont Garizim en 36 semble correspondre à ces circonstances). Les baptistes survivants partisans de Dositheos fuiront la Samarie pour se réfugier en Syrie et en Mésopotamie où on les retrouvera plus tard sous l’appellation générique de "sabéens" (littéralement "qui submergent", dérivé de l’étymon consonantique sémitique "sb/sous", par allusion à la pratique du baptême d’eau) ou sous l’appellation spécifique de "mandéens" (littéralement "qui savent", dérivé de l’étymon consonantique sémitique "mnd/savoir, connaissance"). L’action sévère de Ponce Pilate ayant provoqué des morts innocents, les notables samaritains déposent une plainte à Lucius Vitellius. Ce dernier, qui n’est pas encore certain que les choses soient réglées du côté parthe, et qui doit s’imposer à Arétas IV du côté arabe, n’a nullement envie de s’ajouter un sujet d’inquiétude du côté du sud Levant. Il condamne publiquement l’intervention de son compatriote Ponce Pilate au mont Garizim, et va même plus loin : il lui retire son titre de préfet de Judée et le renvoie en Italie pour justifier ses actes auprès de Tibère. C’est ainsi, à une date inconnue de l’hiver 36/37, que la préfecture de Ponce Pilate en Judée prend fin. Dans le même temps, pour rassurer les Judéens, Lucius Vitellius installe l’un de ses lieutenants nommé "Marcellus" en Judée pour assurer l’interim jusqu’à la nomination d’un nouveau préfet ("Ce trouble [sur le mont Garizim] ayant été calmé, le conseil des Samaritains se rendit auprès du proconsul [Lucius] Vitellius, gouverneur de Syrie, pour accuser [Ponce] Pilate d’avoir massacré les gens qui s’étaient réunis à Tirathana non pas pour se révolter contre les Romains mais précisément pour échapper à sa brutalité. [Lucius] Vitellius envoya un de ses amis, Marcellus, pour s’occuper de la Judée et ordonna à [Ponce] Pilate de rentrer à Rome pour s’expliquer devant l’Empereur de ce dont l’aaccusaient les juifs. Après dix ans en Judée, [Ponce] Pilate se hâta de regagner Rome par obéissance à l’ordre de [Lucius] auquel il se pouvait rien objecter", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.88-89), il se déplace personnellement à Jérusalem à l’occasion de la Pâque du printemps 37 où il redonne aux autorités du Temple la gestion du vêtement du Grand Prêtre (retirée vers 5, après l’éviction d’Hérode-Archélaos, comme on l’a vu dans l’alinéa précédent), et, pour s’affirmer sans bouleverser l’ordre existant, il dépose Caïphe le gendre d’Hanne ben Seth et le remplace par Jonathan fils du même Hanne ben Seth ("Arrivé en Judée, [Lucius] Vitellus monta à Jérusalem au moment de la fête appelée “Pâque”. Reçu avec magnificence, il dispensa les habitants de l’impôt sur la vente des récoltes. Il permit aussi que le vêtement du Grand Prêtre et tous ses ornements fussent placés dans le Temple et gardés par les prêtres comme jadis, et non plus dans la citadelle appelée “Antonia”. […] [Lucius] Vitellius prit soin que le vêtement fût gardé conformément à nos coutumes nationales et enjoignit au commandant de la garnison de ne pas s’inquiéter du lieu où il était, ni du jour où on s’en servirait. Ayant ainsi agi par bienveillance pour le peuple, il dépouilla du sacerdoce le Grand Prêtre Joseph surnommé “Caïphe” et lui substitua Jonathan, fils du Grand Prêtre Hanne [ben Seth]. Puis il rentra à Antioche", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.90-95 ; "Sous l’Empereur Tibère César, [Lucius] Vitellius le gouverneur de Syrie vint à Jérusalem, où le peuple le reçut magnifiquement. Désireux de le reconnaître par un témoignage de bienveillance, il écrivit à Tibère César pour soutenir les juifs qui désiraient recouvrer la garde du vêtement sacré. Celui-ci le leur remit", Flavius Josèphe, Antiquités juives XV.404-405).


Lucius Vitellius a raison de maintenir l’état d’alerte du côté parthe. Car Tiridate III, très bien accueilli par les Grecs de Séleucie-sur-le-Tigre, mais trop timide avec les Parthes installés à Ctésiphon juste en face de Séleucie-sur-le-Tigre, s’attire finalement le mépris de ceux-ci et la déception de ceux-là ("Partout les peuples éclatèrent d’enthousiasme, détestant la cruauté d’Artaban II nourri chez les Scythes, espérant de Tiridate III un caractère plus doux puisqu’il avait reçu une éducation romaine. Le soutien fut particulièrement important à Séleucie[-sur-le-Tigre], cité puissante qui, entouré de murailles, s’est toujours protégée contre l’influence barbare et a conservé l’esprit de son fondateur Séleucos. Sa Boulè ["Senatus/Sénat" en latin] est composée de trois cents citoyens choisis selon leur richesse ou leurs compétences. Le peuple détient l’autre part du pouvoir. Tant que ces deux ordres sont unis, les Parthes ne peuvent rien, mais dès qu’ils se divisent, l’étranger, venu à l’appel de l’un espérant par ce moyen s’imposer contre l’autre, finit toujours par les asservir tous deux. On observa encore cela sous Artaban II. La politique de ce dernier, hostile à la liberté que génère le gouvernement du peuple autant qu’au despotisme quasi royal découlant de la domination d’un petit groupe, jeta le peuple dans le camp des notables. Quand Tiridate III arriva, on lui prodigua tous les honneurs réservés aux monarques de jadis et tous les honneurs modernes, on maudit le nom d’Artaban II “qui n’appartenait à la dynastie arsacide que par sa mère et n’était qu’un bâtard dégénéré”. Tiridate III reconnut le pouvoir du peuple. Alors qu’il délibérait sur le jour de son intronisation, il reçut de Phraatès et de Hiéron, gouverneurs des deux principales provinces, des lettres le priant de les attendre quelques jours. Il crut devoir cet égard à ces hommes puissants, et alla les attendre à Ctésiphon, siège de l’Empire. Comme ils demandaient chaque jour un nouveau délai, Suréna [personnage portant un titre militaire, général suprême parthe], selon l’usage du pays, et sous les acclamations de la foule, ceignit du bandeau royal le front de Tiridate III. Si à ce moment il s’était avancé et s’était montré au reste des provinces, il se serait emparé des volontés indécises, et tout se serait rallié à son étendard. Mais en siégeant dans le palais où Artaban II avait stocké ses trésors et ses concubines, il laissa le temps d’oublier les promesses. Phraatès, Hiéron, et tous ceux dont le concours avait manqué à la solennité du jour où il prit le diadème, redoutant sa colère, ou jaloux d’Abdagèse [chef rebelle à Artaban II] qui gouvernait la Cour et le nouveau roi, se retournèrent vers Artaban II", Tacite, Annales VI.41-42). Pendant ce temps, Artaban II a rassemblé une grande armée chez les Scythes. Jugeant le moment favorable, sous le consulat de Sextus Papinius Allenius et Quintus Plautius en 36, soit quelques mois à peine après avoir été chassé du trône de Parthie, il revient vers le Tigre ("[Artaban II] en Hyrcanie, couvert de haillons, n’avait que son arc pour subvenir à ses besoins. Il crut à un piège et se méfia. Mais quand on lui proposa de recouvrer le trône, il reprit vite courage et demanda la cause de cette démarche. Alors Hiéron [l’un des notables de Séleucie-sur-le-Tigre, dégoûté par Tiridate III et venu dans la délégation auprès d’Artaban II] se déchaîna contre Tiridate III, qu’il traita comme un enfant : “Ce n’est plus un Arsacide qui commande l’Empire, ce lâche [Tiridate III] a été ramolli par son éducation étrangère et n’est qu’un souverain de papier, le vrai pouvoir est tombé dans les mains d’Abdagèse !”. Le vieux roi [Artaban II] comprit par expérience que, si leur amour était faux, leur haine était bien réelle. Il rassembla des troupes auxiliaires chez les Scythes, et intervint vivement pour déjouer les ruses de ses ennemis et l’inconstance de ses amis, en conservant ses haillons afin d’émouvoir la foule. Artifices, prières, il n’omit rien pour gagner les indécis et affermir les zélés", Tacite, Annales VI.43-44). Tiridate III paniqué abandonne Ctésiphon et Séleucie-sur-le-Tigre, laissant la couronne à Artaban II ("Tiridate III apprit le soulèvement et le retour d’Artaban II quand l’armée de celui-ci était déjà proche de Séleucie[-sur-le-Tigre]. Abasourdi, il hésita entre aller le combattre ou traîner la guerre en longueur. Ceux qui voulaient livrer bataille et brusquer la fortune arguèrent que les soldats rebelles hier et traîtres aujourd’hui venus avec leur nouveau maître étaient fatigués par leur longue route et encore désorganisés. Mais Abdagèse conseilla un repli en Mésopotamie, derrière le fleuve [Tigre], le temps de rassembler les Arméniens, les Elyméens et les autres nations, pour ensuite, avec ces renforts et ceux envoyés par le général romain [Lucius Vitellius], tenter le sort des armes. Cet avis prévalut, à cause de l’ascendant d’Abdagèse et de la faiblesse de Tiridate III face au danger. Mais la retraite sembla une débacle. Les premiers à déserter furent les Arabes, bientôt chacun regagna sa demeure ou alla grossir l’armée d'Artaban. Finalement Tiridate III retourna de lui-même en Syrie avec une poignée d’hommes, qu’il préserva ainsi de la honte d’une trahison", Tacite, Annales VI.44 ; "Mais Tiridate III ne régna pas longtemps, car Artaban II avec l’aide des Scythes n’eut pas de peine à le chasser. Telle était la situation chez les Parthes", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.26 ; "Ayant rassemblé une grande année de Dahes et de Saces, [Artaban II] vainquit ses ennemis et reprit son royaume", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.100). Pragmatique, Tibère accepte le fait accompli, il reconnaît la légitimité d’Artaban II et l’invite à signer un pacte d’amitié sur l’Euphrate. Lucius Vitellius signe au nom de Rome, Hérode-Antipas sert de témoin ("A ces nouvelles, Tibère décida de renouveler son amitié avec Artaban II. Celui-ci accepta avec joie la conférence à laquelle on l’invita sur ce sujet. Artaban II et [Lucius] Vitellius se rencontrèrent sur l’Euphrate, au milieu d’un pont jeté sur le fleuve, chacun entouré de sa garde. Quand ils eurent discuté le traité, le tétrarque Hérode[-Antipas] leur offrit un banquet dans une tente luxueuse dressée au milieu du pont. Peu après, Artaban II envoya à Tibère son fils Darius comme otage avec des nombreux présents, dont un juif de sept coudées nommé “Eléazar” et surnommé “le Géant” à cause de sa taille. Ensuite [Lucius] Vitellius retourna à Antioche, et Artabane II à Babylone", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.101-103).


La même année, en 36, Tibère quitte l’île de Capri pour la dernière fois. Il se dirige vers Rome. Il est suivi par Hérode-Agrippa ("[Hérode-]Agrippa fils d’Aristobule était parti pour Rome, l’année précédant la mort de Tibère, afin de traiter de ses affaires avec l’Empereur dès qu’il en aurait la possibilité", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.126) qui, espérant le voir mort bientôt, entretient son amitié avec Caius Caligula. Un jour, lors d’une conversation ordinaire avec ce dernier, Hérode-Agrippa dit imprudemment son désir de le voir monter sur le trône à la place de Tibère "qui tarde à mourir". Son propos est entendu par son serviteur nommé "Eutychus". Se croyant intouchable par la confidence qu’il a interceptée, Eutychus dérobe un vêtement appartenant à Hérode-Agrippa, qui le jette aussitôt en prison. A ses enquêteurs, pour se défendre, Eutychus déclare détenir un propos d’Hérode-Agrippa attenant à la vie de l’Empereur ("[Hérode-]Agrippa renforçait son amitié avec Caius [Caligula]. Un jour qu’ils discutaient en voiture au sujet de Tibère (ils étaient seuls), [Hérode-]Agrippa souhaita que Tibère “laissât au plus vite le pouvoir à Caius [Caligula] qui en était plus digne en tous points”. Cette phrase fut entendue par l’affranchi Eutychus, cocher d’[Hérode-]Agrippa, qui garda le silence sur le moment. Mais, ayant volé un vétement à [Hérode-]Agrippa et accusé légitimement par celui-ci, il s’enfuit, puis, arrêté et conduit devant le préfet de la ville [Lucius Calpurnius] Piso, il se défendit de sa fuite en révélant qu’il détenait un secret touchant à la sécurité de l’Empereur. [Lucius Calpurnius] Piso l’enchaîna et l’envoya vers Capri [où réside Tibère]", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.168-169). Tandis que Tibère arrive à Tusculum, Hérode-Agrippa insiste auprès d’Antonia la Cadette pour qu’Eutychus soit jugé sans retard ("Tibère, Ayant quitté Capri, Tibère arriva à Tusculum, à environ cent stades de Rome. [Hérode-]Agrippa demanda à Antonia [la Cadette] qu’on entendît les accusations qu’Eutychus portait contre lui", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.179). Ses motivations ne sont pas claires : veut-il qu’Eutychus revienne sur sa déclaration sous la menace de la torture ? ou veut-il mettre Eutychus à la torture pour qu’il meure avant d’avoir complété sa déclaration ? Informé, Tibère prévient Antonia la Cadette que son protégé Hérode-Agrippa et elle-même risquent gros : si Eutychus bluffe il restera en prison, en revanche s’il détient réellement des informations attenant à la sécurité de l’Empire Hérode-Agrippa le remplacera en prison et Antonia la Cadette partagera sa disgrâce ("Sollicité par Antonia [la Cadette] de questionner Eutychus, Tibère déclara : “Si Eutychus a menti pour nuire à [Hérode-]Agrippa la sanction que je lui ai infligé est une punition suffisante, mais qu’[Hérode-]Agrippa craigne d’attirer sur lui-même un juste châtiment si on établit à la torture que son affranchi a dit la vérité”", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.183). Hérode-Agrippa insiste, Tibère cède, on amène Eutychus ("Antonia [la Cadette] rapporta cela [la menace de Tibère] à [Hérode-]Agrippa, qui insista davantage pour qu’on enquêtât sur l’affaire. Comme il ne cessait de la supplier, Antonia [la Cadette] saisit le moment favorable. Tibère étant porté dans sa litière, précédé par son petit-fils Caius [Caligula] et par [Hérode-]Agrippa qui venaient de prendre leur repas du matin, Antonia [la Cadette] marchant près de la litière lui demanda d’appeler Eutychus et de l’interroger. Il dit : “Que les dieux sachent, ô Antonia, que je n’agirai pas de mon propre gré mais forcé par ta demande”, puis il ordonna à [Naevius Sutorius] Macro, successeur de Séjan, d’amener Eutychus", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.184-186), qui répète ce qu’il a entendu, Tibère le croit, Hérode-Agrippa est immédiatement arrêté par Naevius Sutorius Macro le chef de la garde prétorienne ("[Eutychus] vint rapidement. Tibère lui demanda ce qu’il avait à dire contre l’homme qui lui avait donné la liberté. L’autre répondit : « Maître, Caius [Caligula] que voici et [Hérode-]Agrippa étaient portés sur un char, j’étais assis à leurs pieds. Après avoir discuté de beaucoup de choses, [Hérode-]Agrippa a déclaré à Caius [Caligula] : « Que vienne enfin le jour où ce vieillard, en quittant la vie, te désignera comme nouveau maître. Son petit-fils Tiberius [Gemellus] ne nous gênera pas : tu l’exécuteras, et le monde sera heureux, moi le premier”. Tibère jugea ces paroles crédibles, qui amplifièrent son ressenti durable contre [Hérode-]Agrippa : ayant reçu l’ordre de servir Tiberius [Gemellus], petit-fils de l’Empereur et fils de Drusus [le Jeune], [Hérode-]Agrippa l’avait négligé et s’était entièrement mis du côté de Caius [Caligula]. “[Naevius Sutorius] Macro, dit-il, enchaîne cet homme.” [Naevius Sutorius] Macro, soit parce qu’il ne comprit pas clairement à qui l’ordre s’appliquait, soit parce qu’il ne s’attendait pas à un tel ordre concernant [Hérode-]Agrippa, temporisa pour être sûr de ce qu’avait dit Tibère. Quand l’empereur eut effectué le tour de l’hippodrome et trouva [Hérode-]Agrippa encore debout, il répéta : “Eh bien, [Naevius Sutorius] Macro, j’ai ordonné d’enchaîner cet homme !” L’autre lui demanda encore quel homme : “[Hérode-]Agrippa !”, répondit-il. Alors [Hérode-]Agrippa recourut aux prières, rappelant le fils dont il avait partagé la jeunesse [Drusus le Jeune] et l’éducation donnée à Tiberius [Gemellus]. Cela ne servit à rien : toujours vêtu de pourpre, on l’emmena enchaîné", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.186-190). Ayant la bonne idée de s’écraser, Antonia la Cadette évite la prison. Elle profite de son maintien en liberté pour demander à Naevius Sutorius Macro qu’il allège les conditions de détention d’Hérode-Agrippa ("Très affligée du malheur d’Hérode-]Agrippa, Antonia [la Cadette] considérait comme trop risqué et même impossible de parler de lui à Tibère, mais elle obtint de [Naevius Sutorius] Macro que ses geôliers fussent convenables, commandés par un centurion dédié, qu’on lui accordât de se baigner chaque jour, qu’on donnât accès à ses affranchis et à ses amis, et qu’on lui fournît toutes les autres facilités pour prendre soin de son corps. On permit à son ami Silas et à ses affranchis Marsyas et Stoicheus de le visiter, qui lui apportèrent les mets qu’il aimait et l’entourèrent de tous les soins, lui fournirent des vêtements sous prétexte de les vendre, et les étendirent sous lui durant la nuit grâce à la complicité des soldats avertis par [Naevius Sutorius] Macro. Cela dura six mois", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.203-204). Tibère n’ira jamais jusqu’à Rome. Il quitte Tusculum pour retourner à Capri. Durant le voyage, sa santé chancelle ("Mais Tibère, retournant vers Capri, s’affaiblit peu à peu. La maladie s’aggrava. Il désespéra de guérir et ordonna à Evodus, l’affranchi qu’il estimait le plus, de lui amener ses enfants, parce qu’il désirait leur parler avant de mourir", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.203-204). Il arrive à Misène/Bacoli ("Sur le chemin de retour vers la Campanie, il tomba malade à Astura [à l’embouchure du fleuve homonyme, 41°25'19"N 12°46'22"E]. Se sentant un peu mieux, il poussa jusqu’à Circei [San Felice Circeo, 41°13'57"N 13°05'24"E]. Là, pour éloigner tout soupçon de maladie, il assista à des jeux militaires, et même lança des javelots sur un sanglier qu’on avait lâché dans l’arène. Mais il ressentit aussitôt un point de côté, prit un refroidissement après s’être trop échauffé, et retomba plus dangereusement malade. Il se soutint encore un temps jusqu’à Misène [Bacoli] où on le transporta, sans rien changer à sa vie ordinaire, par intempérance ou par dissimulation, pas même les banquets ni les autres plaisirs", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 72), où il est bloqué à cause d’une tempête empêchant toute navigation vers Capri. Tacite note que Naevius Sutorius Macro, conscient que Tibère est sur sa fin, se rapproche de Caius Caligula ("Les derniers consuls du règne de Tibère, Cnaeus Acerronius [Proculus] et Caius [Petronius] Pontius [Nigrinus] [en 37], entrèrent en charge. [Naevius Sutorius] Macro jouissait déjà d’un pouvoir excessif. N’ayant jamais négligé l’amitié de Caius [Caligula] César, il la cultivait de jour en jour avec plus d’empressement. Après la mort de [Junia] Claudilla, mariée à Caius [Caligula] comme je l’ai raconté, [Naevius Sutorius] Macro utilisa sa propre épouse Ennia, qu’il envoya vers le jeune homme avec mission de le séduire et de l’enchaîner par une promesse de mariage. Celui-ci se livrait à tout pour obtenir le trône. D’un caractère violent, il avait appris l’art de la dissimulation auprès de son aïeul [Tibère]. […] L’esprit irrésolu, le corps affaissé, [Tibère] abandonna au destin une décision dont lui-même n’était pas capable. Néanmoins certains propos échappés de sa bouche témoignèrent qu’il en prévoyait l’issue. De façon allégorique mais claire, il reprocha à [Naevius Sutorius] Macro de “quitter le couchant pour s’empresser au levant”. A Caius [Caligula] qui un jour se moquait de Sulla, il lui prédit “tous les vices de ce dictateur sans aucune de ses vertus”. […] Sa santé s’affaiblit de jour en jour, sans qu’il renonçât à ses débauches, patient pour paraître fort, accoutumé par ailleurs à railler les médecins et tous ceux qui, passé trente ans, “avaient besoin d’avis extérieurs pour savoir ce qui leur était bon ou mauvais”", Tacite, Annales VI.45-46). C’est là, à Misène/Bacoli, que Tibère meurt au printemps 37 ("Ayant lu dans les actes du Sénat que plusieurs accusés dont il avait relayé par écrit les dénonciateurs avaient été libérés sans même avoir été entendus, il frémit en pensant qu’on ne tenait plus compte de ses ordres. Il résolut à tout prix de regagner Capri, n’osant plus rien décider avant d’être en lieu sûr. Mais il fut retenu par les tempêtes et par le progrès du mal, bloqué dans la villa de Lucullus, et y mourut peu après à âgé de soixante-dix-huit ans, la vingt-troisième année de son règne, le dix-septième jour avant les calendes d’avril, sous le consulat de Cnaeus Acerronius Proculus et de Caius [Petronius] Pontius Nigrinus [en 37]", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 73 ; "Puis Tibère mourut le printemps du consulat de Cnaeus [Acerronius] Proculus et [Caius Petronius] Pontius Nigrinus [en 37]", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.27 ; "C’est ainsi que Tibère, doué de beaucoup de bonnes et de mauvaises qualités qu’il manifesta toujours séparément, termina sa vie le 26 mars. Il vécut soixante-dix-sept ans, quatre mois et neuf jours, sur lesquels il régna vingt-deux ans, sept mois et sept jours. Ses funérailles furent payés par l’Etat, et son oraison funèbre fut prononcée par Caius [Caligula]", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.28 ; "[Tibère] mourut après avoir occupé le pouvoir vingt-deux ans, cinq mois et trois jours. Caius [Caligula] fut le quatrième Empereur", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.224). Des rumeurs circulent sur la cause de sa mort. Officiellement, le décès est naturel. Mais selon Suétone, Tibère a été empoisonné par Caius Caligula ("Quelques-uns croient que Caius [Caligula] lui a donné [à Tibère] un poison lent et indolore, d’autres qu’on l’a affamé après la fin de sa fièvre, d’autres encore qu’on l’a étouffé sous un coussin et que dans un dernier moment de conscience il a réclamé son anneau qu’il avait enlevé durant une défaillance. Sénèque écrit que, sentant sa fin approcher, il avait ôté son anneau comme pour le donner à quelqu’un, après l’avoir tenu quelques instants il l’avait remis, il était resté longtemps immobile la main gauche fermée, il avait appelé brusquement ses esclaves, il s’était levé parce que personne ne lui répondait, et, ses forces lui manquant, il était tombé mort près de son lit", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 73 ; "[Caligula] séduisit Ennia Naevia, femme de [Naevius Sutorius] Macro le chef des cohortes prétoriennes, et s’engagea par serment et par écrit à l’épouser s’il parvenait à l’Empire. Dès qu’il eût ainsi gagné [Naevius Sutorius] Macro, selon quelques historiens, il empoisonna Tibère. L’Empereur respirait encore quand il l’incita à enlever son anneau, mais comme celui-ci semblait rechigner il jeta un coussin sur lui et l’étrangla de ses propres mains. Un affranchi qui dénonça ce crime atroce fut aussitôt mis en croix. Ce récit paraît d’autant plus vraisemblable que Caligula lui-même se vanta, selon quelques auteurs, sinon d’avoir commis ce parricide, du moins de l’avoir projeté. Souvent, pour montrer son attachement à sa mère et à ses frères, il se glorifiait d’“avoir voulu les venger”, prétendant être entré avec un poignard dans la chambre de Tibère endormi mais, retenu par la pitié, avoir jeté son arme et s’être retiré sans que Tibère ayant découvert son intention n’osât le poursuivre ni le punir", Suétone, Vies des douze Césars, Caligula 12). Selon Tacite et Dion Cassius, il a été étouffé sous une pile de couvertures par Caius Caligula avec l’aide de Naevius Sutorius Macro ("Le corps et les forces de Tibère défaillaient, mais non la dissimulation. C’était la même inflexibilité d’âme, la même attention sur ses paroles et ses regards, avec un mélange étudié de manières gracieuses, vains déguisements d’une visible décadence. Après avoir plusieurs fois changé de résidence, il s’arrêta finalement au promontoire de Misène, dans une ancienne propriété de Lucullus. Là, on sut qu’il approchait de ses derniers instants, de la façon suivante. Il avait auprès de lui un habile médecin nommé “Chariclès”, qui ne gouvernait pas sa santé mais lui donnait cependant des conseils. Chariclès quitta l’Empereur sous prétexte d’une affaire quelconque, il lui prit la main pour la baiser en signe de respect, en tâtant légèrement le pouls. Tibère devina son intention. Peut-être offensé et dissimulant sa colère, il revint au banquet d’où il sortait et s’y attarda plus que d’ordinaire, comme pour honorer le départ d’un ami. Le médecin informa [Naevius Sutorius] Macro que Tibère s’éteignait et ne survivrait pas deux jours. Aussitôt tout bougea, des discussions se tinrent à la Cour, on dépêcha des courriers aux armées et aux généraux. Dix-sept jours avant les calendes d’avril, Tibère eut une faiblesse, on crut qu’il avait terminé son destin. Caius [Caligula] sortit au milieu des félicitations pour prendre possession de l’Empire, quand tout à coup on annonça que le prince avait recouvré la vue et la parole et demandait de la nourriture pour réparer son épuisement. Ce fut une consternation générale. On se dispersa à la hâte, chacun prit l’air de la tristesse ou de l’ignorance. Caius [Caligula] demeura muet et interdit, tombé d’une haute espérance à l’attente des dernières rigueurs. Seul [Naevius Sutorius] Macro, ordonnant à tous de s’éloigner, eut le courage d’étouffer le vieillard sous un amas de couvertures. Ainsi finit Tibère, âgé de soixante-dix-huit ans", Tacite, Annales VI.50 ; "[Tibère] ne consulta pas de médecins et ne changea pas de régime. Vieillard miné par une maladie lente, tantôt il conservait à peine le souffle, tantôt il reprenait des forces, inspirant par intermittence à tous, notamment à Caius [Caligula], beaucoup de joie quand il semblait près de mourir et beaucoup de crainte quand il semblait revivre. Craignant qu’il s’en sortit, Caius [Caligula] lui refusa la nourriture qu’il demandait sous prétexte que cela lui causait du mal, et il l’étouffa sous un amas de vêtements épais sous prétexte de le réchauffer. Il eut pour complice [Naevius Sutorius] Macro qui, depuis que Tibère était gravement malade, le courtisait au point de lui avoir offert sa femme Ennia Thrasulla, Tibère le lui avait reproché un jour : “Tu quittes le couchant pour t’empresser au levant”", Dion Cassius, Histoire romaine LVIII.28). Peu importe. La nouvelle de la mort de Tibère, quand elle arrive à Rome, provoque une explosion de joie ("A la première nouvelle de sa mort, la joie fut telle dans Rome qu’on se mit à courir çà et là, les uns criant qu’on devait jeter Tibère dans le Tibre ["Tiberius ad Tiberium/Tibère au Tibre", calembour sur le nom de Tibère et le nom du fleuve], les autres suppliant la terre maternelle et les dieux mânes de ne lui accorder de place que parmi les impies, d’autres encore, exaspérés par une atrocité récente qui se joignait au souvenir de ses anciennes cruautés, le menaçant du croc et des Gémonies", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 75). Par testament, le défunt a divisé son héritage entre Tiberius Gemellus né en 19 donc âgé de seulement dix-huit ans, fils de Drusus le Jeune et Livilla (ou bâtard de Séjan et de Livilla ?…), et Caius Caligula né en 12 donc âgé de vingt-cinq ans ("Deux ans avant sa mort, [Tibère] avait réalisé son testament en deux exemplaires, le premier de sa main, le second de celle d’un affranchi, mais les deux parfaitement semblables et signés par les gens de la plus basse condition. Il désignait héritiers à parts égales Caius [Caligula], son petit-fils par Germanicus, et Tiberius [Gemellus], son petit-fils par Drusus [le Jeune], de plus il les instituait mutuellement héritiers l’un de l’autre", Suétone, Vies des douze Césars, Tibère 76). Mais Caius Caligula a vite fait, par une pirouette juridique, de garder l’héritage pour lui seul en adoptant Tiberius Gemellus, puis en l’assassinant peu après ("Caius fils de Germanicus et d’Agrippine [l’Aînée] lui succéda [à Tibère], surnommé aussi “Germanicus” et “Caligula”. En fait Tibère avait laissé le pouvoir suprême à son petit-fils Tiberius [Gemellus], mais Caius [Caligula], en transmettant le testament au Sénat via [Naevius Sutorius] Macro, le rendit caduque grâce à l’intervention des consuls et à d’autres qu’il avait placés là dans ce but, invoquant la folie du testateur qui remettait les rênes à un enfant n’ayant même pas encore le droit d’entrer dans le Sénat. C’est ainsi que promptement Caius [Caligula] lui enleva le pouvoir. Et plus tard, bien que l’ayant adopté, il l’assassina", Dion Cassius, Histoire romaine LIX.1 ; "“Je remets entre tes mains l’Empire des Romains [c’est Tibère qui s’adresse à Caius Caligula peu avant de mourir]. Je te demande, quand tu l’auras obtenu, de ne pas oublier ma bienveillance à te porter à un tel haut honneur ni ta parenté avec Tibère. Puisque je t’ai procuré des si grands biens par et avec la volonté des dieux, je te prie de me récompenser de ma bonne volonté en cette circonstance comme un bon parent, et en sachant que si Tibère peut te servir de rempart pour défendre à la fois l’Empire et ta vie, le négliger serait le prélude de ta perte. Car ceux qui sont placés au faite d’une telle puissance vivent dans un isolement périlleux, et les dieux ne laissent pas impunies les injustices commises même quand les lois ordonnent d’agir en sens contraire.” Telles furent les paroles de Tibère. Caius [Caligula] promit, mais ne respecta rien : après son accession à l’Empire, il mit à mort le jeune Tiberius [Gemellus] comme l’autre l’avait prédit", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.219-223). Hérode-Agrippa est libéré par Caius Caligula, qui l’informe de son accession au trône impérial après la mort de Tibère, et de sa décision de le nommer à la tête de l’ex-territoire de Philippe le Tétrarque. Flavius Josèphe ajoute que Caligula "envoie Marullus/M£rulloj hipparque/…pp£rchj en Judée". En l’absence d’autres sources, on ignore si le terme "hipparque/…pp£rchj" ("commandant de cavalerie, chevalier") est une coquille pour "hyparque/Ûparcoj" (équivalent de "préfet/praefectus" en latin) phonétiquement et graphiquement proche, et si "Marullus/M£rulloj" est une coquille pour "Marcellus/M£rkelloj" aussi phonétiquement et graphiquement proche, autrement dit s’il s’agit d’une même personne ou de deux personnes distinctes, dans le premier cas c’est une confirmation du lieutenant missionné par Lucius Vitellius, dans le second cas c’est son remplacement par un protégé du nouvel Empereur ("Caius [Caligula] envoya deux lettres, l’une au Sénat annonçant la mort de Tibère et sa propre accession à l’Empire, l’autre au préfet de la ville [Lucius Calpurnius] Piso l’informant de la même chose et lui ordonnant de laisser [Hérode-]Agrippa quitter le camp pour la maison où il vivait avait son arrestation. [Hérode-]Agrippa fut désormais sûr de son salut, car même s’il continua à être surveillé il recouvra toutes sortes de libertés. Quand Caius [Caligula] fut arrivé à Rome avec le corps de Tibère pour célébrer des somptueuses funérailles selon les anciens usages, il aurait volontiers libéré [Hérode-]Agrippa le jour même si Antonia [la Cadette] ne l’en avait pas empêché, non pas par hostilité au prisonnier mais par souci d’épargner la dignité de Caius [Caligula], pour ne pas qu’il exprime sa joie de la mort de Tibère en libérant sur le champ un homme emprisonné sur son ordre. Quelques jours plus tard, il le convoqua, le tondit, le changea de vêtement, puis il lui posa le diadème sur la tête et le nomma roi de la tétrarchie de Philippe, incluant le territoire de Lysanias [d’Abila/Suq Wadi Barada]. En échange de sa chaîne de fer, il lui en donna une en or de poids égal. Et il envoya Marullus hipparque en Judée", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.235-237). Ponce Pilate arrive en Italie au moment de la mort de Tibère selon Flavius Josèphe ("Mais la mort de Tibère survint avant que [Ponce] Pilate ne fût arrivé à Rome", Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII.89), ou peu de temps avant sa mort selon Jacques de Voragine (La légende dorée, La passion de notre Seigneur précité). En tous cas il est emprisonné et se suicide peu après la prise de pouvoir de Caius Caligula (selon Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique II.7 précité), puis, selon la tradition ecclésiastique, nous l’avons déjà dit, sa dépouille est envoyée à Vienne en Gaule.


En Judée pendant ce temps, Saül s’acharne toujours à traquer les disciples hellénophones proches du défunt Etienne ("Saül s’efforçait de détruire l’Ekklesia, allant de maison en maison pour en arracher les croyants, hommes et femmes, et les jeter en prison", Actes des apôtres 8.3). Comme il le confessera lui-même plus tard, il n’hésite pas à tuer ceux qui lui résistent ("J’ai persécuté jusqu’à la mort ceux qui suivaient le chemin du Seigneur. J’ai arrêté et jeté en prison des hommes et des femmes", Actes des apôtres 22.4 ; "J’ai reçu un pouvoir spécial des chefs des prêtres pour emprisonner beaucoup de croyants. J’approuvais quand ceux-ci étaient condamnés à mort. J’allais d’une synagogue à l’autre pour les punir, pour les obliger à renier leur foi", Actes des apôtres 26.10-11). Ayant ainsi vidé la Judée de leur présence, il demande un sauf-conduit pour aller traquer les survivants hors de Judée, à Damas où certains se sont réfugiés ("Saül était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le Grand Prêtre [Caïphe] et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas afin que, s’il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le chemin du seigneur, il pût les arrêter et les amener à Jérusalem", Actes des apôtres 9.1-2 ; "Le Grand Prêtre et l’assemblée des anciens peuvent témoigner que je dis la vérité. J’ai reçu d’eux des lettres contre les frères juifs de Damas : je suis parti vers cette cité dans le but d’arrêter les croyaient qui s’y trouvaient, et les amener à Jérusalem afin qu’ils soient punis", Actes des apôtres 22.5 ; "Ma fureur contre eux [les disciples hellénophones] était telle que j’ai voulu les persécuter dans les cités étrangères. Ainsi je suis parti vers Damas avec le pouvoir et la mission que les chefs des prêtres m’avaient confiés", Actes des apôtres 26.11-12).