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Essais sur la bande dessinée (Peer Eygh)
  
Le lecteur de Rhââ Lovely peut se demander raisonnablement : "Où suis-je tombé ? Dans quelle constellation se trouve cette planète peuplée d’extraterrestres supersexués, irrespectueux de l’Eglise et des lois sociales les plus élémentaires ?". Aussi curieux que cela puisse paraître, ces extraterrestres ne proviennent pas d’Alpha du Centaure, mais du cerveau d’un homme appelé Gotlib. L’organisation spatiale des cases est instable, elle reflète les bouillonnements, les contradictions, les tiraillements d’une conscience obligée de concilier la réalité physique et les blessures d’un passé refoulé.

Dans La coulpe, le dessinateur retire ses déguisements. D’abord, les personnages. Avant, Gotlib s’exprimait à travers Gai Luron ou Newton. Se cacher derrière une figure de papier, c’était la meilleure façon de garder une apparence impeccable. Mais les créatures s’émancipent : Gai Luron copule avec Cellulite (La coulpe 3 et 4 p 3), trahissant une attirance tacite de l’auteur pour Bretecher, et Newton urine (La coulpe 5 et 6 p 7), suggérant que la journée n’est pas occupée seulement par la méditation transcendantale. Ensuite, les vêtements et les attitudes mégalomanes. Planche 4, Gotlib porte une cape de souverain, bombe le torse comme Superman (case 2), se donne des airs de preux chevalier (case 3) ou de César (case 4) ; mais il reprend très vite son habit (case 5) et son comportement (case 6) de tous les jours. Même constatation planche 14, où il se dresse (cases 5 et 6) avant de retrouver son allure normale (cases 7 et 8). Honnête, il avoue son angoisse permanente et son manque de détermination. Il essaie de se convaincre qu’il est un rebelle en tirant la langue quand Dieu a le dos tourné (La coulpe 7 p 12), ou en se laissant pousser les cheveux (La coulpe 4 p 4) ; en réalité, il n’est qu’un rebelle de cour de récréation. Il déplace ses problèmes. Il préfère se "branler le cortex" (La coulpe 3 p 14) et pondre son petit caca quotidien (La coulpe p 10) plutôt que se regarder en face. Même quand il décide de se prendre en mains, il ne peut pas s’empêcher de "faire du cinéma" (La coulpe 3 p 13) : il déclame, crie, se lamente (La coulpe 1 p 12, 1 et 2 p 13). Il ne produit rien, sinon des répétitions qui reculent toujours le moment où il devra s’installer à sa table à dessin : case 1 planche 13, il prononce quatre fois le mot "créer", cinq fois le mot "seul", mais il ne tente rien pour mettre fin à son état. Pourquoi est-il angoissé ? Pourquoi hésite-t-il à avancer plus avant dans la connaissance de son Moi ? En premier lieu, parce qu’il craint la révélation de l’Œdipe. Dieu est systématiquement vu en contre-plongée (La coulpe p 1, 8, 11 et 12), comme un être terrible, autoritaire et menaçant. Or, quand Dieu parle, c’est pour inciter son fils à devenir un être responsable, un adulte qui ne se contente plus de se plaindre sans agir ("Laisse un peu tomber les parodies et les grimaces dans le dos du prof", La coulpe 6 p 12), non pour s’opposer à son épanouissement personnel. Quand le dessinateur appelle à l’aide (La coulpe 3 p 12), Dieu arrive sans réclamer quoi que ce soit (La coulpe 4 p 12) ; et après avoir donné un conseil, il se retire aussitôt (La coulpe 7 p 12). Il ne lui met pas un revolver sur la tempe en lui disant : "Tu es mon esclave, obéis bêtement à ce que je t’ordonne !", mais le laisse libre d’obéir ou de ne pas obéir. Le seul responsable du mal-être de Gotlib, ce n’est pas Dieu, mais l’image que Gotlib se fait de Dieu, autrement dit Gotlib lui-même. Son combat pour la sérénité n’a pas lieu entre lui et Dieu, mais entre lui et lui, entre sa peur du châtiment et son respect pour une figure paternelle toute-puissante. En second lieu, les apprentissages infantiles sont un fardeau lourd à porter. Sur le point de coucher avec une femme (La coulpe 5 p 8), l’homme se souvient du communiant qu’il a été (La coulpe 6 p 8) : le couple doit être béni auparavant par le maire et le curé (La coulpe 2 p 9). Pour quelle raison ? On ne sait pas. On a appris qu’il fallait se marier avant de copuler, donc on se marie avant de copuler. Sinon, qu’est-ce qu’on risque ? On ne sait pas non plus. Le dessinateur est resté un petit garçon qui fanfaronne dans de grandes cases en présence d’autrui (La coulpe 2 à 4 p 4, 5 et 6 p 14), mais qui se replie sur son propre malheur dans de petites cases lorsque autrui n’est plus là (La coulpe 5 et 6 p 4, 7 et 8 p 14). C’est un cercle infernal : plus sa crainte de la punition est forte, plus l’individu se ratatine, plus sa crainte de la punition se renforce. La fin de La coulpe révèle cependant une progression : le malade se met enfin au travail, pour dessiner La coulpe - la case 4 planche 15 reprend la case 1 planche 2 -, c’est-à-dire les épreuves qui l’ont poussé à se mettre au travail. Ce n’est qu’un début, mais l’important reste que l’auto-analyse est commencée : il faut à présent évacuer l’icône paternelle et les acquis contingents.

La résolution de l’Œdipe sera tentée dans Œdipus censorex. Pour accentuer l’impression de métamorphose, le dessinateur se représente sous les traits d’un censeur dont la tenue devient de plus en plus négligée. Au début, la mise en scène appuie fortement la pompe du personnage : les contours cassés de la case 2 planche 1 suggèrent l’indignation, les rayons de la case 4 planche 1 suggèrent le désir d’absolution, la contre-plongée de la case 5 planche 1 suggère l’implacabilité, le blanc en forme de larmes autour du visage de la case 3 planche 2 suggère l’abandon, les éclairs de la case 6 planche 2 suggèrent la détermination. On se souvient que Gotlib décelait une mère dans chaque amante ("Merde", répondait-il à celle qui lui disait : "Tu es mon petit garçon", La coulpe p 11) : après avoir forniqué sur le papier avec sa mère (Œdipus censorex 5 p 7), on espère qu’il jugera les femmes pour ce qu’elles sont, non pour ce qu’il croit voir en elles. On se souvient pareillement qu’il redoutait la réprimande d’un Dieu démiurge et dur : après avoir trucidé son père sur le papier (Œdipus censorex 2 p 9), on espère qu’il n’aura plus peur d’être grondé. Dans cette introspection thérapeutique, le symbole joue un grand rôle. Le patient descend dans sa basse mémoire case 1 planche 3, il remonte guéri case 5 planche 10. Il parle énormément au commencement ("Je serai le vaillant paladin qui rapportera la moderne Excalibur ! J’irai conquérir ce nouveau Graal ! Dussé-je y perdre la vie !", Œdipus censorex 6 p 2 ; "Qui sait quelles horreurs fangeuses se terrent dans ces profondeurs", Œdipus censorex 1 p 3 ; "Je boirai le calice jusqu’à la lie, j’irai jusqu’au bout de l’ignominie", Œdipus censorex 6 p 5), et perd la parole à la fin (Œdipus censorex 1, 2, 8 et 9 p 10, 1 et 2 p 11). Il passe de l’ombre (fond noir, Œdipus censorex 1 à 5 p 6) à la lumière (fond noir et blanc, Œdipus censorex 6 p 7 ; fond blanc, Œdipus censorex 8 p 7). Surtout, la mère et le père qu’il rencontre ne sont pas ses parents réels, mais ses parents tels qu’il les appréhende ("Ni plus ni moins pure qu’une autre, je suis une femme", Œdipus censorex 6 p 6 ; "Tu n’as pas tué un homme, tu as tué ton père. L’homme, lui, est toujours là", Œdipus censorex 4 p 9).

La résolution des apprentissages traumatisants sera tentée dans L’exorcisme. Le personnage principal est un garçon qui rappelle fortement le jeune Gotlib observé dans La coulpe (La couple 6 p 8) ; Gotlib a d’ailleurs dessiné sa tête d’adulte, case 3 planche 14, sur le corps de l’enfant torturé. Par qui ou par quoi est possédé le garçon ? Le médecin, le prêtre et la mère se figurent que la cause est externe : soit il s’agit d’un microbe à évacuer avec des médicaments ou grâce à une intervention clinique ("Est-ce qu’il va bien à la selle ?", L’exorcisme 7 p 3, 7 p 9 ; "Je crains qu’il ne faille procéder à un examen du cerveau", L’exorcisme 8 p 3), soit il s’agit du Diable ("Tout porte à croire [...] à un cas de possession démoniaque", L’exorcisme 3 p 8). Ils se trompent. Si diarrhée il y a, elle n’est que verbale (L’exorcisme 8 p 3). Le cerveau est "parfaitement normal" (L’exorcisme 2 p 5). Et Satan en personne témoigne de son innocence ("Mais qu’est-ce que j’ai à voir dans tout ça, moi ? Ils me font chier", L’exorcisme 3 p 14 ; "Je tiens à préciser que je ne suis pour rien dans toutes ces salades", L’exorcisme 1 p 15). A la vérité, la cause est interne, elle se nomme : le catéchisme. L’hostie avalée (L’exorcisme 5 p 1) et rejetée (L’exorcisme 2 p 16) est une image. Par l’hostie, des esprits puritains ont amené le préadolescent à se culpabiliser, à juger mal ses envies naturelles de préadolescent - l’attirance pour le sexe opposé (L’exorcisme 3 p 1), la masturbation (L’exorcisme 4 p 1). L’effet obtenu a été exactement le contraire de celui attendu. L’institution d’une Vertu a toujours été un bon moteur au développement de la fascination pour l’interdit : l’enfant s’est transformé en obsédé du sexe, il s’exprime avec des mots orduriers (L’exorcisme 7 p 2) ; le contraste entre le caractère irrésistible de ses pulsions, et l’étendue des supplices expiatoires promis par la catéchèse s’il obéit à ces pulsions, l’écartèle ("Aidez-moi", L’exorcisme 2 à 5 p 13), comme le sous-entendent certaines planches à la mise en page tourmentée (L’exorcisme p 11, 12, 14 et 15).

Les conclusions d’Œdipus censorex et de L’exorcisme sont-elles définitives ? Dans Œdipus censorex, après avoir couché avec sa mère, le censeur soupire : "Je ne sais pas si je tiendrai jusqu’au bout" (Œdipus censorex 7 p 7). Autrement dit : "L’épreuve que je viens d’accomplir a été difficile, je n’arrive pas à m’empêcher de placer maman au-dessus des autres femmes". Après avoir poignardé son père, il se repent de son "acte sacrilège" (Œdipus censorex 3 p 9). Autrement dit : "Je viens de tuer mon père, mais je continue de craindre la punition de papa". A la fin de L’exorcisme, la mère qui n’a rien compris décide de renvoyer son fils à l’église consommer une autre hostie ("Demain, nous irons communier et remercier le Seigneur", L’exorcisme 7 p 17) : on suppose que toute l’histoire va recommencer. Un auteur ne choisit pas ses sujets par hasard : si Gotlib a réalisé Œdipus censorex et L’exorcisme, c’est parce qu’il avait des comptes à régler avec ses parents et avec son éducation. Dans la mesure où ni le personnage d’Œdipus Rex ni le personnage de L’exorcisme ne résolvent leurs dilemmes, on peut déclarer que le recours au dessin n’est pas plus efficace pour Gotlib que pour le Franquin des Idées noires. La série Rhââ Lovely expose les problèmes, mais ne leur trouve aucune solution. Pourtant, tandis que les Idées noires accusaient le monde en bloc, Rhââ Lovely démontre que l’issue passe nécessairement par une meilleure étude de soi. Avant de faire la révolution dans la rue, il faut d’abord faire la révolution dans sa tête, apprendre à relativiser les choses. Les souvenirs influencent la manière de voir les autres, de voir la société, de voir l’univers. Parce qu’ils sont incurables, les cerner et les accepter sont le meilleur moyen d’éviter les malentendus, les incompatibilités d’humeurs, les conflits, les souffrances, non seulement entre le Moi et Autrui, mais en premier lieu entre le Moi organique et le Moi intime.
  
Tentatives parallèles
Le Moi dans Rhââ Lovely : La coulpe, Œdipus censorex, Lexorcisme
Nocturnes (pièces pour piano)
© Christian Carat Autoédition
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