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© Christian Carat Autoédition
Nocturnes (pièces pour piano)
Ma mère n’était pas là. Je restai donc devant la grille fermée, envahie par les mauvaises herbes, à contempler le jardin. On entendait toujours, au fond de la cour, les automobiles qui entrent dans Arche, et les gémissements des arbres le long de la Saûle. La vigne vierge grimpait toujours le long du mur de la maison, obstruait encore la fenêtre de ma chambre. Comme des sentinelles, les planches gardaient la porte du garage. Les corneilles tournaient selon leur habitude autour de la maison. Le rosier, devant la fenêtre de la cuisine, perdait ses fleurs fanées, qui s’accrochaient aux graviers et s’effritaient. Et le soleil levant, en donnant aux pommiers des apparences de candélabres, illuminait complètement la maison et la grille. J’aperçus dans un coin le fauteuil qu’on donnait à ma grand-mère, les jours où ma mère invitait à déjeuner toute la famille : cassé, renversé sous un amas de vieilles ferrailles, l’humidité avait effacé les couleurs du tissu. Des orties poussaient au pied de l’arbre où je m’asseyais jadis avec Juliette - mariée depuis trois ans déjà -, et des pissenlits envahissaient l’entrée du bâtiment où mon père m’enfermait. Peu à peu, le portique de la balançoire au fond du jardin s’était enfoncé dans la terre et couvert de mousse. La brouette sous le lilas rouillait. Les oiseaux au-dessus de moi criaient comme pour me pousser à partir. Je ne retrouvai pas sur le mur d’enceinte, qui se lézardait et perdait son plâtre par place, les inscriptions dont je le couvrais enfant.

Après cette visite impromptue et inutile aux Phems, j’échouai dans un café de Contentès. Je m’assis à une table retirée, et j’attendis qu’on vint me servir. Cinq ou six lycéens, qu’insultaient leurs trois copines bien décidées à leur "fermer leurs gueules", s’excitaient autour des billards. Cela incommodait un quinquagénaire aux vêtements sombres qui jouait au tiercé. Une femme d’une quarantaine d’années racontait, à une autre femme du même âge, son remariage. Deux hommes âgés parlaient avec le patron. En face de moi une jeune fille seule et triste observait une goutte au fond de son verre. Une serveuse est venue. Elle portait une jupe en cuir, jusqu’à la moitié des cuisses, découvrait des jambes affreuses et grasses. Je commandai une boisson quelconque, que je bus presque d’un trait. Je me levai, je gagnai la rue du Marché et je descendis vers la Mheinne. Un sac en plastique, que le vent transportait, se prit dans mes pieds. Deux voitures publicitaires étaient garées devant la tour Dressan. A mesure que j’avançais, la circulation piétonne et automobile devenait plus dense et plus bruyante. Il commençait à être vraiment tard, pourtant, mais les trottoirs et la chaussée semblaient aussi peuplés qu’en plein milieu d’après-midi. Je heurtai une femme en fourrure qui m’adressa un grand sourire. Un individu pressé avec un paquet sous le bras me croisa en baissant la tête, et en relevant d’une main le haut de son imperméable. Une petite vieille, arrêtée à côté d’une boîte à gaz, reprenait son souffle avant de déplacer sa canne et de se remettre à marcher. Des mauvaises odeurs planaient dans l’air. On entendait une fanfare et des applaudissements sur les quais. Une gerbe d’étincelles vertes et rouges illumina soudain le ciel. Intrigué, je me laissai conduire par la foule. Une fanfare défilait effectivement sur les quais. Les trompettistes jouaient faux. La grosse caisse n’était pas en mesure. Longtemps je traînai mon inertie parmi les spectateurs, mes doigts piochant sans arrêt dans un paquet de berlingots acheté sur place, mes oreilles repues d’un arrangement de La truite de Schubert et de l’incontournable Marche de Radetzky...

Je devais vraiment me ressaisir. Arrière mon passé raté ! Arrière mon appartement transformé en tour de Babel ! Arrière mes triomphes dans les rues de Contentès avec Melae enchaînée à mon poignet ! Arrière ma jalousie de Paul ! Je vivais la fin d’une histoire singulière. Je n’avais pas
Et maintenant lhiver / Articles de guerre  (François Seganis)


X
Analyse
Et maintenant lhiver
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Articles de guerre