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© Christian Carat Autoédition
Nocturnes (pièces pour piano)
Mes deux cafés d’hier soir ne m’ont apparemment pas suffi. M’endormir pendant que j’écris, en plein milieu d’une phrase, sans m’en rendre compte ! Et ma lampe de bureau a brûlé toute la nuit ! J’aurais dû prendre trois cafés. Et j’aurais dû aussi ouvrir une fenêtre, l’air du dehors m’aurait maintenu éveillé... Bref. Je continue mon récit.

Le lendemain de mon errance sur les quais à écouter une fanfare jouant la Marche de Radetzky, je repris mon travail à la bibliothèque. Sur Contentès, un brouillard à couper au couteau. On ne voyait rien à quinze mètres. Et un froid glacial. Les feuilles formaient un verglas boueux. Les voitures roulaient au pas, les phares allumés. On entendait davantage la plainte des arbres, dont les branches se rejoignaient dans le néant, que les klaxons des conducteurs pressés rue du Marché. Quand j’arrivai derrière la gare routière, l’envie me vint de sonner chez Martine, une collègue de travail habitant dans le quartier. Elle fut très surprise de me voir à sa porte. "Entre", me demanda-t-elle tout de suite en se reculant et en tendant son bras. "Je ne te dérange pas ? Je suis passé pour t’accompagner à la bibliothèque..." "Non, je prenais mon petit déjeuner. Assieds-toi." Je me sentis tellement bien que j’oubliai l’heure. Je lui racontai tout à propos de Frellia. Elle eut un mouvement vague - un balancement de la main que l’on pouvait traduire en même temps comme un geste d’effroi et d’impuissance. Elle me rappela que nous devions partir. Elle déposa sa tasse dans l’évier, elle prit son manteau, en continuant à m’écouter.

Tôt le matin, la route du Val est toujours saturée de véhicules : dans un sens les habitants du plateau descendent vers l’agglomération, et dans l’autre sens les étudiants et les professeurs montent vers le campus. Il faut grimper plus haut le Mont-des-Rois, à l’endroit où la route dessine un arc de cercle, pour que cesse l’embouteillage. Malgré les arbres qui suivent le bord de la chaussée, on peut distinguer en contrebas la longue file d’autobus et de voitures, la voir disparaître derrière les premières maisons de la vallée. Rien à dire de ce décor : on remarque seulement un cimetière, invisible en bas de la route parce que volontairement on l’a ceinturé d’épais murs et d’habitations. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’ascension que la vue s’étale, s’élève au-dessus des maisons, s’étend jusqu’à la Mheinne et aux villes voisines, si loin qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de bons yeux pour observer, au-delà du port, les bateaux qui remontent le fleuve. L’air devient plus frais et pur, et le vent si faible en bas de la côte ne trouve ici aucun relief important pour freiner son souffle. Pas de brouillard sur le plateau : tous les nuages étaient descendus sur le centre de Contentès. A la cité, un camion vidait les bennes à papier, des bus déposaient des groupes de jeunes gens passifs, endormis et mornes. Des rires lointains égayaient toutefois le frémissement des arbres, le bruit des automobiles qui passaient. Le soleil perçait peu à peu la nuit, derrière la bibliothèque. La rosée humidifiait l’air et la terre, que des lambeaux de nuages couleur de feu, à l’horizon, réchauffaient. L’éclairage public s’éteignait.

Nous descendîmes du bus. "Tu aimes les orchidées ?" "Les orchidées ?" "Oui, j’ai un livre sur les orchidées à vendre. Ou à donner, c’est comme tu veux." Elle me demanda pourquoi. Je lui dis. Elle éclata de rire. "Tu l’as lu, au moins ?" "Dix ou vingt pages." "Dix ou vingt pages. Bon placement. Le moins qu’on puisse dire est que tu ne jettes pas l’argent par les fenêtres... Tu savais pourtant que tu n’avais rien à espérer. Alors pourquoi as- tu insisté ?"

Peu de monde à la bibliothèque. Martine monta directement au premier étage. Un autre collègue apparut deux ou trois minutes après. Nous restâmes, lui et moi, dans la petite pièce derrière l’accueil, à parler récolement et désherbage. Je ressentis comme une sorte de totale libération, de coupe chirurgicale entre le complexé de plus en plus dangereux de naguère, et celui que je devenais. Oui, une page était bien tournée. Ce monde que j’avais cru tant de fois dominer, dans lequel j’avais si souvent voulu me fondre, j’allais désormais apprendre à le connaître. Qu’allais-je découvrir ? Tous les espoirs étaient permis. Quelqu’un vint nous demander un livre. Mon collègue et moi nous déplaçâmes d’un même mouvement. Je n’attendais que cela.
  
Et maintenant lhiver / Articles de guerre  (François Seganis)


XI
Analyse
Et maintenant lhiver
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Articles de guerre