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Essais sur la bande dessinée (Peer Eygh)
  
L’affaire Tournesol est un album charnière. Jusque là, les gentils étaient tout à fait gentils, et les méchants étaient tout à fait méchants. Une distinction très nette existait entre ceux qui voulaient du désordre, et ceux qui voulaient arrêter les faiseurs de désordre, c’est-à-dire entre chacune des deux parties dont dépendait le sort de l’univers entier. Dans L’affaire Tournesol, l’important réside ailleurs. Bien sûr il y a toujours les gentils et les méchants ; mais les rapports entre les deux sont d’une autre nature. Autrefois, les méchants restaient accessibles : faux-monnayeurs, organisateurs de coups d’Etats ou trafiquants de drogue, tous exerçaient leurs talents à une échelle humaine, et il appartenait au héros de les réduire à l’impuissance par la force de son caractère et de ses poings. Mais peu à peu, ces méchants ont laissé la place à des puissances aux pouvoirs beaucoup plus étendus. Jusqu’à maintenant, les manifestations de ces forces hors du commun imposaient au récit un domaine de ténèbres mystérieuses, obligeant le héros à combattre avec des moyens de plus en plus démesurés, et la tentation devenait forte de tomber dans le merveilleux. Dans L’affaire Tournesol, soudain, la puissance surnaturelle porte un nom : la science. Et Tournesol, ami du héros, est un savant. Le héros va donc devoir faire un choix s’il veut rester un héros. En tous cas, dans l’immédiat, Tournesol est propulsé en haut d’une hiérarchie qui le comble de toutes les attentions.

En bas de cette hiérarchie, assignés aux basses oeuvres, se trouvent les membres des services d’espionnage. Leurs actions sont toujours très discrètes. Ainsi, quand un élément de la police secrète syldave - car il s’agit bien d’un sujet syldave, l’enquête en apporte la preuve, 7 p 28 - reçoit une balle de revolver dans le parc de Moulinsart, au point de paraître "gravement atteint" (11 p 8), son corps disparaît mystérieusement par un trou de haie (1 p 10) et est emporté par une voiture qui attendait un peu plus loin (4 p 10). Dans l’ombre où ils agissent, ces agents anonymes finissent par tous se ressembler. La Syldavie accueillante du Sceptre d’Ottokar est loin : elle est devenue une grande puissance soucieuse de préserver ses avancées politico-scientifiques acquises quelques temps auparavant par l’aventure lunaire ; et c’est précisément le responsable de ses succès dans l’espace qu’elle cherche aujourd’hui, pour des raisons beaucoup moins pacifiques, à s’accaparer par la force. Tintin lui-même s’y laisse prendre : ce n’est pas pour "délivrer" (1 p 30) Tournesol, que les Syldaves interviennent, mais bien pour l’enlever. Ceux-ci n’hésiteront d’ailleurs pas à utiliser la matraque (13 p 30), à tirer à la mitraillette (16 p 31) ou à foncer avec une voiture sur les héros (14 p 33) pour parvenir à leurs fins. Plus aucun signe ne les distingue de leurs ennemis bordures, comme le constate Haddock ("Tapez sur ceux qui ont une sale tête", conseille Tintin, 2 p 30 ; mais le capitaine hésite : "Lequel des deux a la plus vilaine bobine ?... Pour moi, c’est kif-kif...", 3 p 30). Les silhouettes se confondent, identiques les unes aux autres, celle d’un hélicoptère bordure (11 p 29) aussi silencieux qu’un gros moustique (Haddock lui envoie une salve de fly-tox, 10 p 29) faisant écho à celle d’un canot syldave (3 p 32) finalement dissimulé par les arbres (12 p 32) ; on ne voit ni les passagers du véhicule bordure qui envoie le taxi dans le lac (10, 11 et 12 p 20), ni les passagers du véhicule syldave qui a kidnappé Tournesol (14 p 33, 1 p 34). La technique d’espionnage est similaire : même façon de s’habiller - chapeau et imperméable -, même façon de se cacher dans les buissons ou derrière les arbres (13 p 2). On trouve des espions partout : dans le parc de Moulinsart  (p 2), dans le laboratoire de Tournesol (p 15), dans les aéroports (2 p 17, 11 p 42), dans le jardin de l’Ambassade de Bordurie à Rolle (16 p 29), dans une prairie du côté de Genève (12 p 40), dans la gare routière (6 p 17), dans le hall de l’hôtel Cornavin (14 p 18), sur la route de Nyon (10 p 20) et de Saint-Cergue (16 p 21), attendant sur un bas-côté non loin de Moulinsart (12 p 12) ou rodant autour de la maison du professeur Topolino (15 p 26, 14 p 27). Ces sombres individus surveillent (10 p 16, 11 p 17, 6 et 12 p 18), communiquent des informations (12 p 16) et conservent jalousement ce qui leur est acquis, ou ce qui est sur le point de leur être acquis - "Tout ça, c’est du temps de gagné", dit un personnage attablé à la gare (6 p 17), bien décidé à empêcher les héros de rejoindre Tournesol dans le train (14 p 18).

Au-dessus de ces indicateurs très spéciaux, se trouvent les services de police d’Etat, coordonnés par les pouvoirs politique et militaire. Dans le cas de la Bordurie, pouvoir politique et pouvoir militaire ne font qu’un. Le pays est sous la botte d’un chef unique, Plekszy-Gladz, dont la présence est rendu partout sensible, soit par des statues (12 p 47), des affiches (21 p 46), des photographies (dans le bureau du major Kardouk, 12 p 55 ; dans le bureau du colonel Sponsz, 8 p 56 ; dans le bureau de la douane, 3 p 60) ou des bustes le représentant (7 p 48, 4 p 53), soit par l’intermédiaire d’un signe qui l’évoque, la moustache : on retrouve ainsi la moustache sur les drapeaux et les uniformes (insignes de képis, cols, épaulettes, brassards), sur la façade du palais du gouvernement (12 p 47), sur le fronton de la forteresse de Bakhine (10 p 55), sur les avis officiels (6 p 47), sur les pense-bêtes (3 p 56), sur les poignées de porte (16 p 47), sur les luminaires (5 et 10 p 48, 3 p 49), sur le pourtour décoratif des tables (7 p 48), sur les porte-plume (13 p 55), jusque dans la forme des pare-chocs des voitures (12 p 47, 5 et 6 p 51) et dans l’aspect légèrement incurvé des deux extrémités de l’accent circonflexe - comme dans "zsnôrr" (13 p 47, 14 p 50) ou "tzhôl" (14 p 59). La sécurité de l’Etat incombe directement au colonel Sponsz. Celui-ci semble détenir en mains tous les pouvoirs, comme le suggère sa première apparition publique : deux sbires lui frayent un passage dans la foule, on lui fait place (12 p 52), on se retourne pour le voir (1 p 53). Il semble tout désigné pour la mission qui lui est confiée, celle de favoriser la création d’une "arme qui reléguera la bombe A et la bombe H au rang de la fronde et de l’arquebuse", destinée à assurer à la Bordurie "la maîtrise absolue du monde" (9 p 51). Il peut décider de l’utilisation des chars (12 p 57) et de l’artillerie (15 p 58), il contrôle la police secrète (11 p 49), les postes frontières (15 p 59), il a le droit de vie et de mort sur les prisonniers politiques (7 p 55). Et surtout, il est aidé par des délateurs - comme le silencieux maître d’hôtel (8, 10 et 12 p 49) qui avertit la police secrète (7 p 50) -, des fonctionnaires discrets et efficaces - la ZEP, sitôt prévenue, est arrivée sur les lieux et a mis en place un dispositif d’encerclement (p 50) -, un service d’écoute téléphonique zélé (18 p 48), et des militaires enthousiastes et dévoués au régime : le major Kardouk est visiblement fier de montrer sur son bureau une photo de lui-même en compagnie de Plekszy-Gladz (11 p 55), l’état major est déchaîné quand on lui montre les effets de la nouvelle arme ("Extraordinaire !", "Formidable !", "Magnifique !", 1 p 52) - et une "vive déception" se lit sur les visages quand la maquette est dévoilée (3 p 52) -, et on ne peut qu’être effrayé devant le calme et la froideur avec lesquels le commentateur du Grand Etat-Major appuie sur le bouton rouge (12 p 51) et décrit la destruction de New York ("Cette cité, Messieurs, nous l’avons condamnée à disparaître. [...] Voyez : les orgueilleux buildings tremblent sur leurs bases, se lézardent, se désagrègent, basculent, et s’écroulent en poussière. Une ville entière est rayée de la carte du monde", 11, 13 et 14 p 51).

Au-dessus des pouvoirs politique et militaire, enfin, au-dessus de Sponsz et même au-dessus de Plekszy-Gladz, se trouve, nous l’avons dit en introduction, la science, divinité toujours plus inaccessible que l’on cherche par tous les moyens à s’approprier. Sans doute, l’album s’ouvre par de mystérieux phénomènes : d’abord les carreaux d’une fenêtre volent en éclats (10 p 3), ensuite c’est au tour d’un vase (7 p 4), d’un miroir (10 p 4), d’un pare-brise de voiture (5 p 5), de deux verres (13 p 5, 4 p 6), d’un lustre (1 p 8) ; le lendemain, de nouveau, une glace se brise d’elle-même (16 p 10), puis encore un verre (4 p 11), enfin toutes les bouteilles d’un livreur de lait explosent (10 p 11), sans la moindre raison - à la planche 11, une abondance de termes manifeste l’impuissance des personnages : "ensorcelés" (case 5), "micmac", "étrange" (case 6), "formidable" (case 11), "inouï" (case 12). Mais très vite la lumière se fait jour. Les aboiements de Milou (3 p 11), qu’accompagnent les feulements du chat de Haddock (7 p 11), indiquent d’emblée l’émission d’ultrasons. Par ailleurs, Tintin a remarqué que les bris de verre se sont systématiquement produits quand Tournesol "se trouvait dans son laboratoire" (4 p 14). Et justement, le professeur, qui "a un air plus préoccupé que d’habitude" (10 p 12), quitte le domaine : il ne renseigne ses amis que sur le strict minimum - "Je pars en voyage [...] deux ou trois jours... Je vous quitte, j’ai juste le temps de prendre le train de 11h 42... Au revoir." (7 et 9 p 12) -, et la cause de son départ semble bien un prétexte - en fait, il ne va pas à Genève pour "assister à un congrès de physique nucléaire" (8 p 12) comme il le prétend, il va à Genève pour rencontrer le professeur Topolino, spécialiste des ultrasons. Une rapide inspection permettra de conclure définitivement que l’auteur des phénomènes "est bien Tournesol" (13 p 15). Dans le même temps, la découverte sur les lieux d’un membre du service d’espionnage bordure révèle l’intérêt que suscite le savant. Confiée à un pouvoir quel qu’il soit, la géniale réalisation risque de conduire l’humanité à sa perte. Dieu malgré lui, parce que devenu l’objet de toutes les convoitises, Tournesol a très bien compris les enjeux que représente son appareil à ultrasons. A Topolino, il a rapidement confié sa peur face aux "conséquences de son invention" (5 p 26), seulement capable de briser des vitres aujourd’hui, mais sûrement demain "des bâtiments entiers, des chars, des cuirassés" (9 p 28), "la brique, le béton, l’acier" (5 p 52). Or, il refuse que "sa découverte soit utilisée à des fins destructrices" (5 p 55), "à des fins guerrières" (4 p 62). Quand on viendra le délivrer, seul comptera son parapluie (11 et 12 p 30, 3 et 11 p 57, 4 p 59), contenant ses plans (7 p 59). Peu lui importe sa libération : à Genève il se rend tout de suite aux objets trouvés (11 p 60) et s’inquiète que son parapluie soit vide (1 p 61), arrivé à Moulinsart il monte "directement à sa chambre" (12 p 61), et c’est uniquement à ce moment-là, quand il voit ses microfilms sur sa table de nuit, que le sourire lui revient (3 p 62). Passif dans l’action physique parce que sa frêle constitution ne lui permet pas d’accomplir des exploits sportifs, Tournesol demeure malgré tout l’unique détenteur du sort du monde, et il en a parfaitement conscience. Ses responsabilités, son pouvoir sont bien plus étendus que ceux des intrigants qui le kidnappent à tour de rôle, et même de ceux du puissant colonel Sponsz, agacé par l’inefficacité des moyens de persuasion à sa disposition - "Je vous demande un peu !"  (5 p 55), conclut-il, dépité, face à la Castafiore.

Au sens traditionnel du mot "héros", le "héros" de l’histoire est donc bien Tournesol, car lui seul sauve l’humanité de la catastrophe. Le fait que l’album s’intitule L’affaire Tournesol est d’ailleurs significatif : le professeur reste en effet à l’origine de l’affaire "assez embrouillée" (7 p 10) qui enclenche l’aventure, et c’est lui qui décide finalement, par son refus de collaborer, du destin de la planète. Face au savant, Haddock et surtout Tintin semblent en porte-à-faux. Si ces derniers partent pour Genève, ce n’est absolument pas pour sauver l’humanité - pour la sauver encore une fois, serait-on tenté de dire -, c’est pour sauver leur ami. C’est uniquement parce qu’il sent Tournesol "en danger" (7 p 16) que Tintin choisit de s’embarquer ; et quand Tournesol est enfin libéré, le capitaine est catégorique : "On vous a récupéré, vous ; vos plans, eux, qu’ils se débrouillent !"  (1 p 61). Ainsi, en se débarrassant de l’habituelle dichotomie entre, d’un côté un groupe de méchants luttant pour la domination universelle, d’un autre côté un sympathique individu luttant pour la gloire contre le groupe de méchants, en se débarrassant d’un manichéisme qui renvoyait depuis toujours la bande dessinée à une caricature plus ou moins simpliste des relations entre les êtres, L’affaire Tournesol permet l’émergence d’un nouveau type de "héros". Le personnage principal ne va plus maintenant risquer sa vie inutilement : il va risquer sa vie pour ceux qu’il aime, et tant pis si le monde court à sa perte. En reconnaissant ses faiblesses, il acquiert une vérité humaine, et fait entrer du coup la bande dessinée dans le réel. Tournesol reconnaîtra son erreur : il renoncera à jouer au "héros" et créera une rose blanche (Les bijoux de la Castafiore). Plus tard, en donnant à un nouvel album un titre qui remettra à une place privilégiée (Tintin au Tibet) un personnage métamorphosé par son aveu d’amitié pour un proche - Tchang - et d’indifférence pour l’avenir du globe, l’auteur témoignera ouvertement de cette volonté d’ancrer la bande dessinée plus justement dans le quotidien. Désormais, le "héros" ne sera plus celui qui permet à ses contemporains d’éviter les guerres et les génocides, il sera simplement celui qui cherche à défendre ses propres centres d’intérêt.
  
Tintin
L’affaire Tournesol
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