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Essais sur la bande dessinée (Peer Eygh)
  
Les couvertures de Z comme Zorglub et L’ombre du Z résument une situation. Sur le premier album, Zorglub est seul, le regard menaçant, il appuie sur le bouton d’une télécommande. Derrière lui, un grand Z. On déduit que Zorglub est un savant, qui a réalisé une machine servant à sa propre gloire. Devant lui, le comte de Champignac semble furieux : savant lui-même, il trouve scandaleuse l’utilisation déplacée de la science par Zorglub. Fantasio éclate de rire : il ne prend pas Zorglub au sérieux. Spirou reste perplexe. Tout change avec L’ombre du Z. Zorglub est toujours seul, la face menaçante. Mais derrière lui, il n’y a plus de grand Z : on voit une silhouette d’oiseau qui n’est autre que l’emblème du dictateur Zantafio. Cette silhouette projette son ombre sur Zorglub. On suppose que Zorglub ne travaille plus pour sa propre gloire, il travaille pour Zantafio, il agit avec la bénédiction de Zantafio, il est devenu le jouet de Zantafio. Il a beau bomber le torse, son savoir et son intelligence, et fatalement ses réalisations techniques, ne lui appartiennent plus entièrement. On comprend pourquoi devant lui Champignac s’affaire : il faut absolument mettre au point une machine positive permettant d’échapper aux machines négatives de Zorglub, à présent utilisées par Zantafio. Tourné vers le comte, Spirou pointe son index vers sa montre, suggérant qu’il n’y a pas une minute à perdre. A côté, Fantasio croise les doigts comme pour prier. L’avenir dépend donc entièrement du comte ; l’histoire qu’on va lire n’est plus une nouvelle aventure de Spirou et Fantasio, mais une aventure de Zorglub, que domine Zantafio, contre le comte de Champignac, une aventure de la science contre la science. Une situation due très certainement aux savants eux-mêmes, faux adultes, inconscients et fragiles.

Zorglub est avant tout un mégalomane. Comme César, il parle de lui à la troisième personne. Il colle son initiale sur tous ses véhicules, sur les uniformes de ses sujets, sur les bâtiments de ses bases secrètes, jusque sous ses semelles de chaussures. Il projette son "Z" sur le mur avec un projecteur (Z comme Zorglub 6 p 14), il s’envole en formant un "Z" avec les gaz d’échappement de son coléoptère (Z comme Zorglub 3 p 23). Et cette lettre fétiche n’est pas de n’importe quelle couleur : elle est presque toujours blanche sur fond noir, pour qu’on la distingue parfaitement. Zorglub a donné aussi son nom à toutes ses réalisations : avec fierté il présente son zorgléoptère après sa zorglumobile (Z comme Zorglub 4 p 21), il a fondé Zorland, Zorgrad, Zorg-City, Zorg-les-bains, Zorville, Zorgburg (Z comme Zorglub 4 p 55) grâce à la zorglonde, il enseigne la zorglangue à ses zorglhommes, il manipule un zordonnateur de poche (Z comme Zorglub 5 p 50). Ses moyens de locomotion sont rouges, pour qu’on puisse le voir de loin. Aucun superlatif n’est trop fort pour le qualifier : il se proclame "génie" (Z comme Zorglub 3 p 11), il se considère "immense" (Z comme Zorglub 3 p 21), il se couronne "roi" (Z comme Zorglub 7 p 15), il évoque son "cerveau incroyablement fertile" (Z comme Zorglub 7 p 22). Il se surestime : "Vous faites en ce moment connaissance avec la science de Zorglub qui demain étonnera le monde" (Z comme Zorglub 1 p 6). Il aime qu’on le flatte (L’ombre du Z 4 et 9 p 20). La première fois, sa prestance impressionne (Z comme Zorglub 3 p 15) : il est à contre-jour, dans une pose droite, une veste posée sur les épaules comme une cape de super-héros du Space Opera. Ses propos inquiètent : il prétend que son savoir lui a permis de s’assurer "la propriété de toutes les planètes du système solaire" (Z comme Zorglub 2 p 16) et d’"éliminer les volontés rétives" (Z comme Zorglub 3 p 16). D’emblée, on a envie, comme Fantasio, de le prendre pour un "débile mental" (Z comme Zorglub 8 p 8), pour un "fou" (Z comme Zorglub 1 p 9), pour un "cas intéressant" (Z comme Zorglub 3 p 9), autrement dit pour un dangereux psychopathe échappé de l’asile. Mais le comte de Champignac n’est pas du même avis. Pour ce dernier, Zorglub n’est qu’un piètre "illuminé" (Z comme Zorglub 6 p 11). Quand Spirou téléphone, le comte le calme, ramenant Zorglub à sa vraie mesure : "Rassurez-vous", dit-il (Z comme Zorglub 5 p 11). Au fond, Zorglub l’amuse (Z comme Zorglub 4 p 23). Et en effet, dès sa première visite au château, le prétentieux personnage semble beaucoup moins menaçant que son apparence le laisse croire. Il a beau marcher la tête haute, cela n’efface pas son passé peu glorieux à l’université (Z comme Zorglub 4 p 15). De plus, il n’a pas fait trois pas en direction du comte qu’il se prend le pied dans un livre qui traînait (Z comme Zorglub 5 p 15), et s’affale dans une chaise (Z comme Zorglub 6 p 15). Un peu plus tard, même scénario : il manque une marche pour descendre de son zorgléoptère, et il se casse la figure (Z comme Zorglub 6 p 21). Il se prétend le "roi" ? Il l’est assurément... le "roi" des ahuris ! Lui-même reste d’ailleurs objectif sur son cas : "A chacune de mes entreprises, je commets une bévue !", conclut-il dans un moment de dépit (Z comme Zorglub 5 p 59). Son propos est confirmé dans les faits : c’est parce qu’il a offert à Fantasio un sèche-cheveux trafiqué que le comte peut découvrir les principes de la zorglonde (Z comme Zorglub 3 p 19), c’est parce qu’il est responsable du pied cassé de Fantasio que celui-ci a pu garder son appareil anti-zorglonde incrusté dans sa canne, à portée de main, durant toute la phase de transformation en zorglhomme (Z comme Zorglub 6 à 9 p 53), c’est parce qu’il laisse au pompiste un billet de banque palombien que les héros découvrent le lieu de sa base secrète (L’ombre du Z 7 p 29). Zorglub est davantage un esprit tête en l’air qu’un esprit nuisible. S’il a réalisé pour Zantafio une arme véritablement dangereuse, ce n’était pas en connaissance de cause : son repentir est sincère ("J’ai eu tort de fabriquer ça", L’ombre du Z 6 p 60), et on le surprend en train de pleurer (L’ombre du Z 1 p 60). Obsédé par son travail, il veut regarder toujours plus loin en oubliant ce qui est sous ses yeux. De sorte que lui et le comte se ressemblent. Le jugement de Spip à l’égard du septuagénaire de Champignac ("Ces savants ! Ça veut construire des villes sur la Lune, et ça n’est pas fichu d’installer un ouvre-porte chez soi !", L’ombre du Z 6 p 18) peut s’appliquer à Zorglub. Des années et des années de recherche, de l’argent dépensé tandis que des populations meurent de faim, ou du moins sont réduites à manger du savon (L’ombre du Z 1 p 60), et tout ça pour quoi ? Pour réaliser son "chef d’œuvre" (Z comme Zorglub 9 p 55) : une publicité sur la Lune ! Quelle absurdité... Et en supplément, le slogan est écrit à l’envers... Le parallèle est tentant avec le comte qui confond, pendant toute une matinée, un bouton de col (L’ombre du Z 3 p 34) avec une pièce électronique... Ce dernier peut bien juger son ancien camarade d’école avec hauteur ("Tu n’as pas le fond mauvais, mais tu fus toujours incapable de mesurer les conséquences de tes actes", L’ombre du Z 2 p 60), il ne vaut guère mieux. En réalité, ils se conduisent pareillement comme des gamins (le comte le reconnaît d’ailleurs, Z comme Zorglub 2 p 17) qui jouent à la guerre en s’amusant, ainsi que le constate Fantasio, "comme deux petits fous" (Z comme Zorglub 6 p 58).

Sous l’emprise d’un médicament qui révèle les obsessions les plus profondes, Zorglub déclare : "Personne ne m’aime !" (Z comme Zorglub 7 p 54). La science serait-elle un moyen de combler les vides affectifs ? En tous cas, Zorglub et le comte s’y vouent corps et âme, au point qu’ils ne prêtent quasiment plus attention aux êtres qui les entourent. Par la science, le comte ne veut pas soulager les hommes, il veut soulager l’humanité (Z comme Zorglub 5 p 16), c’est-à-dire une abstraction, plus que des créatures de chair et d’os. Devant Fantasio atteint par la zorglonde, il dit : "Ce paralyseur [...], c’est une trouvaille" (Z comme Zorglub 5 p 23), puis il se rattrape, pour la forme : "Ah ! Le bandit !". Même attitude devant Jérome zorglhomisé : "Un résultat extraordinaire !" (Z comme Zorglub 6 p 43), puis mollement il se ravise : "Heu... sur le plan scientifique, naturellement...". Il se montre très attiré par les travaux de Zorglub : "C’est magnifique !", s’exclame-t-il (Z comme Zorglub 9 p 58) ; considérant le bon déroulement de l’opération "Ice cold", il met l’accent sur la "grandeur de l’exploit scientifique" (Z comme Zorglub 2 et 3 p 59). Face à Zorglub en pleurs, il concède que la zorglonde est "une grande invention" qu’il "admire beaucoup" (Z comme Zorglub 11 p 54). Sous l’emprise de la zorglonde, il trahit le fond de sa pensée : "La zorglonde est une grande invention qui place Zorglub au tout premier rang des savants de son temps" (L’ombre du Z 3 p 20), "il faut mettre encore à l’actif de Zorglub cet extraordinaire envoi massif de fusée sur la Lune, énorme exploit scientifique" (L’ombre du Z 9 p 20). Et quand il retrouve ses esprits, il ne s’inquiète pas d’avoir été victime de la zorglonde, au contraire, il surenchérit : "Voilà qui est prodigieux, Zorglub ! C’est donc ce petit appareil qui nous empêchait de te reconnaître !" (L’ombre du Z 7 p 21). On dirait presque que c’est avec regret qu’il neutralise la dernière base de Zorglub et rend l’argent volé aux Palombiens : "Dieu seul sait quelles extraordinaires réalisations Zorglub aurait fait surgir de cette fortune !" (L’ombre du Z 4 p 61). Il refuse de détruire les "magnifiques installations scientifiques" de son alter ego car il trouve que "franchement, ce serait du vandalisme" (Z comme Zorglub 7 p 61). Son ultime propos, quand il quitte Zorgland (Z comme Zorglub 8 p 61) laisse planer un doute : a-t-il l’intention de revenir et de reprendre les réalisations de Zorglub pour son propre compte ? En tous cas, quand Zorglub reconnaît avoir "manqué de psychologie", sa réponse est claire : "Oui, si tu m’avais demandé gentiment..." (Z comme Zorglub 7 p 60) Voilà une phrase en suspension qui en dit long... Fantasio remarque : "Quand je pense que Champignac est venu ici pour mettre Zorglub hors d’état de nuire ! Regarde-les..." (Z comme Zorglub 6 p 58). Les deux savants paraissent considérer le monde comme un immense terrain d’expérimentation, la science étant l’instrument qui servira à manifester les plus grandes capacités de l’un par rapport à l’autre. Peu importe les morts et les miséreux, le défi que propose Zorglub n’apparaît pas pour le comte un défi humain, mais un défi scientifique, un challenge, une compétition sportive : "Je prouverai à ce Zorglub que dans le domaine de la miniaturisation [...], il n’est pas le plus fort" (Z comme Zorglub 9 p 24). Quand Spirou revient du bâtiment que la population de Champignac a envahi, le comte ne se préoccupe pas de savoir s’il est blessé, s’il a reçu un coup, il s’inquiète : "Ont- ils atteint le laboratoire ?" (Z comme Zorglub 5 p 31). Quand Fantasio est enlevé par Zorglub, il ne pense absolument pas à ce qui va arriver à Fantasio, il se demande pourquoi son protecteur de poche n’a pas fonctionné (Z comme Zorglub 9 p 32). La science passe avant tout. Les deux chercheurs se font la guerre par hommes et inventions interposés. D’un côté, Zorglub avec la zorglonde qu’utilisent les zorglhommes ; en face, le comte avec ses produits à base de champignons qu’utilise Spirou. Le héros de la série n’a plus aucun pouvoir : "Vite, Spirou !", lui ordonne le comte de Champignac, à deux reprises (Z comme Zorglub 5 et 6 p 30), comme s’il était devenu un simple instrument, un sbire, un exécuteur des basses oeuvres. Désormais, seule la science peut combattre la science. Le vieux savant a beau dire que pour soulager l’humanité de quelques fléaux "le recours à la science n’est pas toujours indispensable" (Z comme Zorglub 5 à 7 p 16), il n’empêche qu’il est obligé de recourir au X1 pour éjecter Zorglub de son bureau (Z comme Zorglub 1 p 17), au X4 pour développer ses facultés mentales (Z comme Zorglub 2 et 3 p 24), à un gaz soporifique pour endormir la population survoltée (Z comme Zorglub 4 p 31), à un radar pour suivre la fusée de Zorglub (Z comme Zorglub p 41), à un médicament pour rendre Zorglub raisonnable (Z comme Zorglub 5 p 54), à une mixture concoctée en éprouvettes pour détruire Zorgland (Z comme Zorglub 3 à 6 p 56). Qu’elle soit du comte ou de Zorglub, la science a fait de l’homme un objet. Bien ou mal utilisée, elle soumet les esprits à sa loi : sur ce point, l’image du fonctionnaire palombien livrant au comte des photographies ultrasecrètes (L’ombre du Z p 54) est à mettre en parallèle avec l’image du fonctionnaire américain (Z comme Zorglub 1 p 55) ou soviétique (Z comme Zorglub 2 p 55) montrant à Zorglub des documents confidentiels. Une fois de plus, Fantasio a raison quand il déclare : "Après les zorglhommes, voici le champignhomme" (Z comme Zorglub 9 p 54).

Peu importe les morts et les miséreux, en effet. Dans un de ses éclairs de lucidité, certes plus nombreux que ceux de Zorglub, le comte dit que les "pauvres gens" atteints par la zorglonde "ne sont pas responsables" (Z comme Zorglub 1 p 30) : par ce propos, il reconnaît que la science a retiré aux habitants de Champignac leur faculté de juger, leur indépendance. Comme Zorgland (Z comme Zorglub 9 p 48), le village de Champignac touché par la zorglonde est un village de robots. Avec la science, les hommes sont manipulés dans un sens précis, soustraits à la faim, au froid, à la fatigue (Z comme Zorglub 11 p 48). Sans instinct, nourris "exclusivement de pilules alimentaires" (L’ombre du Z 5 p 13), ils n’existent plus que comme panneaux indicateurs (L’ombre du Z 4 et 5 p 4) ou comme porte-cendrier (L’ombre du Z 5 p 58). On leur indique comment ils doivent agir, on détermine leurs sentiments et leurs besoins : casser la maison de Champignac, acheter le maximum de savons et de tubes de dentifrice. On pense à leur place. Zorglub ne veut à Spirou "aucun mal, au contraire" (Z comme Zorglub 3 p 11) : on le croit, puisqu’il sait provoquer artificiellement un fou rire chez toute une population (Z comme Zorglub 6 p 49). Les héros eux-mêmes sont séduits. Grâce à la science, les formalités administratives sont rapidement expédiées (L’ombre du Z p 39), les gens colériques sont vite calmés (L’ombre du Z p 49). Fantasio en profite pour agrémenter son voyage en avion (L’ombre du Z 6 p 40). Les réalisations techniques de Zorglub ne laissent pas de marbre : "C’est un coup de génie", déclare Fantasio (Z comme Zorglub 4 p 59), "C’est intéressant tout de même", dit Spirou (Z comme Zorglub 3 p 51). Mais confier son âme à la science comporte des risques. D’abord, la machine n’est pas toujours fiable. Dès le premier contact avec Fantasio, la commande se bloque (Z comme Zorglub 6 p 6) et Zorglub ne contrôle plus la voiture téléguidée. Il faut revoir le dispositif de commande (Z comme Zorglub 2 p 8). Zorglub est désolé de ce "petit incident technique" (Z comme Zorglub 12 p 12), mais c’est un "petit incident technique" qui a failli coûter une vie ! Et un "petit incident technique" qui se reproduit plus tard, avec un zordonnateur de poche (Z comme Zorglub 9 p 49) ! Ensuite, le problème est de savoir à qui confier son âme. Pour le comte, la science doit servir à soulager l’humanité de quelques fléaux, mais pour Zorglub, la science doit servir avant tout à Zorglub. A cause de la science, un personnage sans envergure peut du jour au lendemain s’avérer extrêmement dangereux. A l’origine étudiant raté et complexé, Zorglub est maintenant capable de devenir "le dictateur électronique de la Terre entière" (Z comme Zorglub 1 p 29). Son génie lui a donné réellement la puissance (Z comme Zorglub 2 p 16). Spirou et Fantasio en sont tout à fait conscients : "C’est peut-être un fou, mais il est très fort" (Z comme Zorglub 6 p 13), "On peut penser ce qu’on veut de Zorglub, mais comme bricoleur il ne craint personne" (Z comme Zorglub 2 p 40). Sans doute Zorglub n’est pas foncièrement méchant. Mais Zantafio ? Pour le rêveur mégalomane qu’est Zorglub, la science trouve sa fin en elle-même. Les secrets qu’il a dérobé dans les coffres-forts américains et soviétiques, les fortunes qu’il a amassées par ses ventes forcées de savons et de tubes de dentifrice, ne lui ont pas servi à acheter un château avec piscines et écuries sur la Côte d’Azur, mais à mettre au point la zorglumobile et le zorgléoptère, et des sondes spatiales, et à réaliser une publicité sur la Lune. Pour Zantafio, la science n’a pas du tout le même but. Seuls comptent le pouvoir et la richesse (L’ombre du Z 6 à 11 p 58). Dans la base secrète de Palombie, Zorglub travaille encore à ses grands projets devant sa table à dessin (L’ombre du Z 2 p 56), tandis que Zantafio fume une cigarette en s’écoutant parler (L’ombre du Z 8 à 10 p 58). Pour Zantafio, Zorglub est "stupide" (L’ombre du Z 6 p 58), comme les zorglhommes, qui ne sont pas des "résultats extraordinaires sur le plan scientifique", comme disait le comte de Champignac, mais des esclaves ("Ici, zorglhomme stupide !", L’ombre du Z 10 p 57). La zorglonde est une arme inoffensive si on oublie qu’elle contrôle la volonté : l’arme que Zantafio a demandé à Zorglub de réaliser est au contraire une arme de mort, et les mitraillettes braquées par les zorglhommes qui pillent les banques pour son compte ne sont pas non plus des jouets. Zorglub lui-même reconnaît - mais trop tard... - que Zantafio est un bandit (L’ombre du Z 6 p 60). L’image de Zorglub ayant enfin recouvré la raison, touché par sa propre arme (L’ombre du Z 9 p 60) témoigne de la toute-puissance de la science, qui finit toujours par se retourner contre les hommes, et parmi eux contre ses plus brillants artisans. De n’importe quelle façon, devenue maîtresse de la vie et de la mort, la machine a dépassé l’individu et commande le destin.

Dès lors, quelle place occupe encore le héros ? A quoi peuvent servir son courage, sa hardiesse, sa moralité, sa droiture ? Le héros positif n’a plus qu’un rôle de simple figurant. Les batailles se déroulent au-dessus de lui. Spirou a les mains dans les poches et laisse le comte travailler dans le calme, considérant qu’il est urgent de posséder un moyen de défense mécanique (Z comme Zorglub 4 p 19) : par là, il admet que sa vaillance n’est d’aucun secours contre la science de Zorglub. Le sort du monde ne repose plus sur les braves gens de son espèce, ayant le cœur dans la main. Il finit par énerver le comte : "Non, vous ne pouvez pas m’aider !" (Z comme Zorglub 4 p 25) ; et plus tard, quand il propose son assistance, on lui fait aimablement remarquer qu’il gêne le passage (L’ombre du Z 5 p 37). Réduit au silence, Spirou veille un moment devant le laboratoire, les mains dans le dos (Z comme Zorglub 4 p 34), avant d’aller se coucher en se répétant qu’il ne peut rien faire pour Fantasio (Z comme Zorglub 5 p 34). Sa réaction face à la population champignacienne déchaînée est vaine (il veut provoquer une panique, Z comme Zorglub  2 p 30). Il évite le ridicule d’intervenir dans une querelle violente entre les deux chercheurs (L’ombre du Z p 22) ; mais il n’échappe pas, tout valeureux Spirou qu’il est, aux effets tragi-comiques de la zorglonde (L’ombre du Z p 44 et 45). Bref, ou bien il doit retourner rapidement à l’école pour suivre des cours de physique et de chimie, ou bien il n’a plus qu’à hausser les épaules. Les valeurs qu’il défendait naguère par ses propos et par ses actes, si on considère qu’elle restent d’actualité, sont de toute façon subordonnés à des facteurs, à des conditions qu’il ne se révèle plus capable de saisir, de comprendre, ni même de concevoir.
  
André Franquin
Z comme Zorglub, L'ombre du Z
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