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Essais sur la bande dessinée (Peer Eygh)
  
Le commentateur de Panade à Champignac ne peut que reprendre à son compte la conclusion de Fantasio face au berceau de Zorglub : "C’est délirant" (2 p 14). Délirant, oui, ce récit qui met en scène un Spirou rigolard et un Fantasio parfait garçon de bureau, des policiers peu inspirés, et deux savants dont l’un joue au bébé et l’autre au baby-sitter. La traditionnelle poursuite entre les gentils et les méchants prend ici la forme d’une course à pied derrière un landau. Comme pour achever de dérouter son public, l’auteur introduit une fausse fin (p 35) qui laisse définitivement zorglhommisée la population du village. On passe sur les calembours ("l’agent Bambois", 5 p 24 ; "Adhémar des Mares-en-Thrombes", 11 p 14) qui ne confèrent pas au résultat final - c’est le moins qu’on puisse dire - des allures de drame. On en vient à se demander, avec Spip : "Qu’est-ce qu’ils racontent ?" (10 p 12). Mais l’impression de surprise frustrée que procure la lecture a une cause parfaitement explicable.

D’emblée effectivement, l’accent est mis sur le caractère vain des personnages. Ancien esprit fantasque, joueur, enthousiaste, Fantasio paraît maintenant intégré au monde mécanique. Il n’existe plus que par sa fonction : "J’ai des travaux en retard" (9 p 3), "Et les contrats qui doivent être signés cette semaine" (4 et 5 p 4). Il se met en colère parce qu’on a saboté sa machine à écrire (1 p 2) et sa photocopieuse (3 p 2). Il refuse de prendre des vacances, et ça ne le rend pas plus heureux : il "ne tourne pas rond" (6 p 1), il devient "grincheux" (7 p 4). De son côté, Spirou semble avoir appris la futilité : il tire Fantasio pour l’emmener à la campagne (1 p 4), il fait des dérapages avec sa voiture (6 p 4), parfois il éclate franchement de rire (6 p 13), il pousse la chansonnette (3 p 16). Bref, il passe son temps à bien vivre, ou, pour utiliser le terme de Fantasio, à des "gamineries" (7 p 4). Fantasio "a besoin d’air" (9 p 3), mais parce qu’il est guidé par un Spirou devenu insouciant, léger, pour ne pas dire superficiel, son séjour à Champignac ne peut certainement pas se révéler riche en glorieux exploits. Dès les premières planches de l’album, le lecteur sait qu’il va lire une histoire au second degré : l’ancien héros Fantasio est maintenant trop sage, et l’ancien héros Spirou trop frivole, pour que l’aventure s’élève au-dessus du quotidien ; les codes vont être détournés de leurs sens, pour donner à l’ensemble une allure de grosse farce.

Les comportements des personnages sont grotesques. Le comte de Champignac s’amuse avec des bulles de savon (5 p 14). Comme Fantasio, il "ne tourne plus très rond" (8 p 5). A son sujet, on parle de folie (2 p 6, 5 p 9) : "il est fou à lier" (6 p 6), il "n’a plus sa raison" (4 p 9). Spirou trouve qu’il "n’a pas bonne mine" (6 p 7). Otto Paparapap quant à lui semble "cinglé" (6 p 20), "fou furieux" (9 p 21, 6 p 29). Fantasio a conscience d’appartenir à la catégorie des clowns (5 p 2). Et la police, parlons-en ! Que penser de Jules Bambois absolument pas perturbé de trouver un adulte dans un landau ? On comprend les interrogations du couple qui le voit crier : "Vos papiers ! Et sortez de là !" (5 p 25). Un des passants se frappe la tempe de l’index en l’entendant s’emporter : "On abuse du biberon, et puis on saute dans une voiture et on fait les quatre cents coups pour épater les petits copains, hmm ?" (7 p 25). Pas plus que l’îlotier, le personnel du commissariat ne paraît déstabilisé. La première réaction du gardien, en voyant arriver son collègue, n’est pas de se demander si ce dernier a perdu la tête, mais de supposer que le passager du landau est "un délinquant juvénile" (8 p 25) ; et plus tard, quand il voit approcher le dangereux Otto Paparapap, il menace de lui dresser une contravention au lieu de s’enfuir à toute vitesse, ou du moins de se protéger de la zorglonde : "Garer sous mon nez, à deux pas du panneau, devant le commissariat et à contresens, ça, ça va faire des étincelles !" (2 p 27). Le commissaire et ses inspecteurs, pas plus éveillés, interrogent le très jeune prévenu comme s’il était un voleur ou un assassin, ce qui donne lieu à un dialogue tout à fait surréaliste (p 26). Le déroulement de la chasse au landau n’est pas sans évoquer Tex Avery : on traverse un pré avec des cochons (p 22), on renverse un cycliste (p 23), on évite un train (p 24). Les propos tenus lors de la poursuite de la Mercedes appartiennent bien au genre policier : "Cette voiture est notre dernière chance !" (5 p 28), "Je le vois, il sort de la ville !", "Il a une fichue avance !" (8 p 29), "Nous allons encore le perdre de vue !" (1 p 30). On imagine sans problème ce type de dialogue dans un film d’action style James Bond. Mais ici le sérieux ne dure pas. Otto Paparapap n’est pas un Fangio du mal : "Il conduit comme un pied" (1 p 30). Et Spirou a oublié de remplir le réservoir de la voiture, il tombe en panne d’essence (1 p 31)... Comme le dit très bien le commissaire, Panade à Champignac est une histoire qui "ne tient pas debout" (4 p 26). Autour de "Zozo" (1 p 26) - alias Zorglub -, gravitent des personnages qui appartiennent en définitive à une unique famille : "tonton Spirou" (4 p 33), "tonton Fantasio" (10 p 12), "tonton commissaire" (6 p 25), et, bien que cela ne soit que sous-entendu, papy Pacôme.

Les situations sont également grotesques. Tout semble exagéré, depuis le rôt de Zorglub (8 p 9) qui fait tomber un cadre (9 p 9), jusqu’à son hurlement si puissant que toutes les feuilles (3 p 13) et tous les cheveux s’envolent (4 p 16), en passant par le bruit de cloche (6 p 12, 1 p 19) que produit Otto Paparapap en se fracassant le crâne avec des jumelles (5 p 12) ou avec une branche (10 p 18). On pense de nouveau à Tex Avery quand on voit Zorglub prendre un coup sur la tête (4 p 21), revenir à la raison (5 et 6 p 21), avant de prendre un autre coup (7 p 21) et de retomber en enfance (8 p 21), à l’instar du conducteur de train qui ne se remet pas de l’accident évité de justesse (3 p 24). La superposition des cases 2 et 4 planche 23 a aussi un effet comique : dans la première, Duplumier croise le landau, qu’il prend pour une petite auto de sport (3 p 23), dans la deuxième il est renversé, écrasé, pulvérisé par la Mercedes, qui ne laisse intact que son chapeau jaune ; la rapidité de l’action le rend hagard, l’empêche de comprendre quoi que ce soit de ce qu’il vient de subir (5 p 23). On rit pareillement de la tête d’Otto Paparapap rattrapant un cochonnet (8 p 22). Quand Zorglub arrive en ville, on lit un panneau : "Pour les enfants, roulez prudemment" (4 p 24) ; or, le landau du grand enfant Zorglub manque de heurter un vieillard... Plusieurs propos témoignent du décalage entre l’univers absurde où se sont empêtrés les héros, et le monde réel. Par exemple, Spip ironise : "Et en avant pour la petite babarbe à bébé" (8 p 17). Et à un piéton qui s’inquiète, Fantasio dresse un bilan provisoire de l’aventure : "Un landau énorme qui roule tout seul. Dedans, un grand bébé, un mètre quatre-vingts, avec un collier de barbe et paraissant quarante-cinq, cinquante ans" (2 p 26). Devant le commissariat, nouvelle scène de dessin animé : le képi de l’agent touché par la zorglonde tourne comme une toupie, son doigt et le bout de sa matraque s’illuminent comme des décorations de Noël (3 p 27). La pose de Spirou est invraisemblable : il bondit les pieds en l’air, les deux index pointés dans une même direction, l’un devant lui, l’autre au-dessus de sa tête (7 p 27). En pleine poursuite automobile, le lecteur profite d’un intermède champêtre : les véhicules traversent un troupeau de vaches. Fantasio ne peut retenir sa joie, il s’exclame : "Vivent les vaches !" (5 p 30). Otto Paparapap en tenue ne parvient pas davantage à imposer à l’histoire un minimum de sérieux (9 p 31) : son uniforme moulant laisse deviner son obésité - son ventre repose sur sa ceinture -, et en plus les insectes en ont visiblement apprécié le tissu ("J’ai horreur d’être dérangé quand je mange !", dit une mouche).

Spirou et Fantasio sont à la vérité contaminés par un personnage apparu au début de l’album, en guise d’introduction : Gaston. Cet employé des établissements Dupuis est un anti-savant : la "recherche scientifique" (6 p 2) à laquelle il s’adonne en amateur n’a servi qu’à mettre au point un trombone à coulisse électrique qui régulièrement provoque l’implosion de tous les plombs de l’immeuble (2 p 2), et une "cire pour parquets qui brille sans glisser" (7 p 2), en réalité un produit qui finit par dissoudre le plancher (8 p 2). C’est aussi un anti-aventurier : il ne pense absolument pas à influencer en bien ou en mal le destin de la planète, au contraire il passe son temps à manger de la gelée de groseilles (1 p 2) et des sandwichs au gruyère (3 p 2). Or, en découvrant le bidon vide dans le coffre de la voiture, Fantasio se lamente : "Je ne fréquente que des gaffeurs !" (4 p 31), c’est-à-dire qu’il identifie Spirou à Gaston. Et dans la maison d’Otto Paparapap, à cause d’un regrettable tintamarre, Spirou juge à son tour Fantasio : "Pour les gaffes, tu fais ta part !" (6 p 32). Ainsi, Gaston semble avoir semé la contagion, être devenu le nouveau référent. La grande aventure de jadis n’est plus d’actualité. Décidément inutile dans le monde réel moderne, le héros altruiste et intrépide entame sa retraite. Désormais, la bande dessinée va mettre en scène des individus ordinaires et non plus des modèles. L’album Panade à Champignac représente donc une évolution importante : il marque la mort définitive du héros positif, et la naissance d’une foule d’anti-héros, ou - pour reprendre le sobriquet dont on a affublé Gaston à ses débuts -, d’une foule de "héros sans emploi".
 
André Franquin
Panade à Champignac
Nocturnes (pièces pour piano)
© Christian Carat Autoédition
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