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Essais sur la bande dessinée (Peer Eygh)
  
La planche 487 donne une idée de ce qu’aurait pu être un "héros" moderne. En parfait manager, Gaston tape à la machine en répondant au téléphone, demande qu’on lui apporte le courrier du jour, se plaint du service trop lent (case 4), court à l’imprimerie avec une pile de document (case 5), répare la chasse d’eau au passage (case 6) et la photocopieuse (case 7), déménage des montagnes de dossiers (case 8). Le lecteur a échappé au pire. Il n’aurait pas été impossible que, pour réactualiser un personnage positif dépassé par le gigantisme des fléaux à combattre, les dessinateurs s’occupassent à créer des jeunes gens dévoués aux nouvelles valeurs universelles de productivité planifiée ou de libre marché ; on aurait lu les "aventures" d’un individu convaincu, d’un "battant" à l’emploi du temps réglé, heureux de courir son jogging tous les matins, fier des gains enregistrés le mois précédent par son entreprise d’emballages de papiers tue-mouches. Heureusement, la venue de Gaston aux éditions Dupuis va changer la donne. Apparu un beau matin de février 1957, Gaston va très vite révéler sa maladresse (il a des accidents en vélo, il met le feu aux extincteurs). Quand on se décide à l’interroger, on lui demande : "Qu’est-ce que vous faites ici ?", il répond : "J’attends" ; autrement dit, contrairement à Spirou, qui fonce, son attitude est passive. Nonchalance et maladresse : deux traits de caractère qui ne pouvaient bien évidemment pas le conduire à une place d’importance auprès des anciens héros vaillants et droits. Une communication de Fantasio conclut : "Nous n’avons pas de place pour lui dans des séries existantes" (celles de Buck Danny, Valhardi, Johan, Timour). Qu’à cela ne tienne : Gaston aura sa propre série. Il sera le grain de sable, l’élément perturbateur dans la mécanique parfaitement huilée des conquérants qui n’ont rien à se reprocher. Peu dynamique, dilettante, et rejeté pour ces raisons, il sera la condamnation vivante des systèmes qui tournent à vide. Il sera une respiration, une bouffée d’air dans un milieu d’hommes-machines, une foi dans un monde où ne comptent plus que les exploits matériels.

Son rapport au sport ? Quand il saute à la corde, il reçoit le plafond sur sa tête (p 14). Quand il joue au golf, il frappe malencontreusement Fantasio avec son club (p 266). Quand il s’entraîne au judo avec un latex géant, il ne parvient qu’à s’étouffer lui-même (p 283). Quand il saute à la perche, il se fracasse le crâne (p 38). Quand il lance le javelot, il se perfore une oreille (p 364). Quand il tire à l’arc, il se blesse à l’endroit le plus charnu de son anatomie (p 179). Quand il s’essaie au karaté, il se casse le bras gauche (p 418). Quand il participe à un match de rugby, il est plaqué, étranglé, écrasé (p 716). Et il est si mauvais gardien de but au football que son équipe perd 15 à 1 (1 p 789). Le seul moyen pour lui d’être le meilleur, c’est de rêver qu’il est le meilleur (p 675). Une activité où il excelle, en revanche, c’est la sieste. Que ce soit dans un placard (p 114, p 237), dans un extenseur transformé en hamac (p 223), dans un fauteuil (1 p 370), dans un essuie-mains (6 p 370, p 754) ou dans une baignoire (p 734), Gaston reste imbattable. Il peut dormir au bureau (p 101, p 226), au zoo (p 745), dans un train (p 691), ou même en marchant (p 69, 4 p 865). Dans son cas, on peut vraiment parler de maladie. On lui propose un jeu "à dormir debout" ? Il s’endort debout (p 110). On met sa tête sous l’eau pour lui apprendre l’apnée ? Il s’endort dans le lavabo (p 239). On lui demande de changer une ampoule ? Il s’endort en haut de l’escabeau (p 429). Il est capable de se laisser aller sur le clavier d’une machine à écrire (p 780) ou en jouant au yoyo (2 p 900). Et son abandon est si profond qu’il peut tomber dans l’escalier (p 536), qu’il peut s’écrouler quand son chat le caresse (p 694) ; il a le mal de mer, et il ne se rend pas compte que l’eau de son bain déborde et inonde l’immeuble (p 500). A la vérité, l’atmosphère du bureau lui a retiré toutes ses forces. Fantasio constate qu’il n’a gardé que "l’énergie d’un macaroni cuit" (1 p 92) ; les thérapies pour le guérir ont échoué. La méthode "Sportonus", consistant à soulever de minuscules haltères en forme de billes reliées par des baguettes, n’apporte aucun résultat (p 168). De même que le sirop qui redonne une santé de fer, protégé par un couvercle trop bien vissé (p 196). Gaston n’est de toute évidence pas né pour le métier de secrétaire. Est-il un parfait marginal ? Certes, une fois, il manifeste son allergie au mot "effort" (p 422) ; mais il est avant tout allergique à la vie fonctionnelle. Quand il dit : "Le travail, moi, j’en ai marre" (1 p 200), il a en tête, davantage que l’activité génératrice de quelque chose, la routine qui pousse chaque salarié à se lever tous les matins à sept heures, pour aller à l’usine ou au bureau de huit à dix-huit heures, avec une pause entre midi et quatorze heures, sans passion, sans joie, sans but. Voilà pourquoi il fait acheter une armoire-lit (p 215) : puisque la mentalité "dodo-métro-boulot" est solidement ancrée dans les mœurs, autant en profiter pour vivre confortablement tandis que d’autres se chargeront de répondre au courrier à sa place, il se réveillera plus tard quand le monde aura changé.
 
Contraint d’accepter un environnement qui ne lui convient pas, il végète. A l’origine, nous l’avons dit en introduction, il s’est présenté aux éditions Dupuis pour jouer un rôle dans les séries existantes, et aucune place ne lui a été trouvée. Dès lors, tout va très vite. Au moment de sa toute première apparition, Gaston porte une veste bleue, un nœud papillon rouge, il se tient droit, il est convenablement coiffé. En moins d’un mois, il retrouve sa tenue de ville, son pull vert, ses espadrilles, il laisse pousser ses cheveux dans tous les sens, il s’avachit pour former un S, il fume. Et il se montrera ainsi par la suite, ne cherchant jamais à séduire. L’univers de Gaston est un univers de tous les jours. On le voit repasser son linge (p 131) et se laver (9 p 482). Son emploi du temps est celui d’un homme ordinaire : planche 243, il grille une cigarette (case 3) avant d’entamer un sandwich (case 5), il mange une sucette (case 8), il regarde un hélicoptère dans le ciel (case 7), puis un embouteillage dans la rue (case 9), il vide une bouteille de boisson gazeuse (case 10), et il va déjeuner (case 11). Parfois il joue au train électrique, à la balle, aux maquettes, ou aux jeux de construction (6 p 238), ou aux petites voitures (1 p 8). Il n’hésite pas à perdre deux semaines de son existence pour mettre au point un numéro de triple saut de trognon de pomme (p 838), ni à dépenser son argent pour réaliser une chaise en caoutchouc qui n’a pas d’autre fin que celle de faire rire (p 117). Au fond, il s’ennuie. Dès ses premières apparitions, on le surprenait à réparer une moto, à jouer au flipper ou au bilboquet, à édifier des châteaux de cartes, il remplissait ses journées avec des bulles de savons et des réussites. Plus tard, il s’essaie à la musique, au trombone à coulisse, au bombardon, à la guitare, au violon, il invente le gaffophone. Il aime aussi la cuisine imaginative : les œufs brouillés à la sauce anglaise cuits à la bière, le gruyère farci au pâté de foie et à l’abricot moutarde, la sardine chantilly (p 328), la morue aux fraises (8 p 788), il parvient même à commercialiser une nouvelle recette de soupe grâce à Mesmaeker (p 348). Mais rien ne parvient réellement à le distraire de sa vie morne d’employé administratif, qui fait de lui un légume : planche 476, il ne se réveille, après une longue sieste, que pour manger un "petit morceau". A ce milieu qui lui pèse, il tente bien d’intégrer des morceaux du dehors, des éléments de loisir, vers où va toute son attirance (c’est seulement pour la sortie et pour les soirées en ville qu’il dépense l’énergie emmagasinée pendant la journée, p 353) : case 2 planche 845, en vidant une armoire, on dresse l’"inventaire des dossiers [qu’il étudie] en ce moment : un pneu, un demi-bilboquet, une lampe à pétrole, un gant de boxe gauche". Mais en vain. Quand il s’entraîne à la pétanque, quand il s’intéresse à la chimie amusante, quand il joue du gaffophone, il est réprimandé (p 481). L’échec s’étend finalement aux deux parts : obligé pour pouvoir manger de se consacrer à un métier qui l’indiffère, il n’apporte que du désordre à son entourage, qui lui reconnaît, désespéré, à bout de forces, "trop d’imagination pour classer du courrier" (9 p 783).

Les relations de Gaston avec ses semblables sont effectivement complexes. Il ne cherche pas à nuire : "Le fond est bon chez ce garçon", déclare Fantasio (8 p 201). Ce dernier constate sa gentillesse à maintes reprises, quand il veut tailler ses crayons (p 62), quand il le prévient du gel (p 187), quand il lui offre une crème glacée (p 47), quand il pense à sa fête que tout le monde avait oubliée (p 83), quand il l’entend dire : "Je suis trop content de te rendre service !" (4 p 386). Prunelle lui trouve un cœur tendre (3 p 682). Même Mesmaeker a droit à des égards : Gaston repeint les murs et passe la cireuse avant sa venue (p 212), déroule un tapis rouge (p 562), lui offre un porte-clés en cadeau en espérant sincèrement qu’il sera content (3 p 445), lui sert le café (p 722), l’éclaire durant une panne (p 721). Mais si l’intention est bonne (4 p 66), son inadaptation à la vie de bureau, et plus généralement au monde du travail, rendent périlleuses ses initiatives. Créatif, il essaie d’apporter son talent à ses collègues. La réalisation d’une porte à ressorts, pour aller et venir avec les bras chargés (p 171), est une bonne idée - Fantasio avoue même : "Je commence à m’habituer, moi, à cette porte système Gaston" (1 p 185) - ; malheureusement il ne faut l’utiliser dans les deux sens, sinon on risque d’être piétiné. La porte à ouverture photoélectrique, née d’une bonne volonté similaire, est aussi dangereuse (p 705). La gastomobile est certainement idéale pour faire la course sur les trottoirs (4 p 160), mais dans les bureaux son emploi ne provoque que des désastres (p 148). Une table accrochée au plafond permet aux familiers de l’étage de ne pas tomber en buttant sur les pieds... mais pas aux familiers de l’étage du dessus (p 338) ! Un véhicule pour atteindre les livres en hauteur, voilà qui peut éviter bien des chutes d’échelle ; malheureusement l’invention n’est pas solide (p 495). En fin de compte, Gaston est complètement décalé par rapport à ceux qu’il cherche à aider. "Améliorer le quotidien", pour un garçon de bureau, cela signifie mettre au point des ordinateurs plus performants, acheter des armoires qui rendront le rangement des dossiers plus facile, mieux organiser les tâches de chacun. Mais pour Gaston, "améliorer le quotidien" équivaut à inventer la machine-à-ne-plus-entendre-ronfler pour ne plus gêner les voisins (p 146), à installer un poêle à charbon pour avoir plus chaud (p 100) ou un jet d’eau pour faire joli (2 p 29). Incapable de se fondre dans un moule, de trouver sa place dans la société de son temps, il se fait détester progressivement par tous ceux qui en acceptent la discipline - à commencer par l’agent Longtarin, qui ne vit que par et pour les parcmètres (il en rêve la nuit, p 861). Lui-même accepte de moins en moins qu’on contrarie sa nature ; ainsi, il devient farouchement antimilitariste : il bombarde Prunelle avec des vraies bombes pour lui rappeler "à quoi servent ces merveilles" (9 p 827), il regrette vivement que "tous les généraux et amiraux du monde [n’aient pas] un chat sur les genoux" (5 p 891), il montre avec dégoût un fusil, en disant : "Inventé par des trous du cul, voici l’appareil à faire des trous de balles" (2 p 893). Déçu par tous ceux qui n’existent que par leur fonction - par la police qui veut qu’on respecte les panneaux (1 p 602), par la femme de ménage qui veut qu’on respecte la propreté des lieux (3 p 602), par le chef du personnel qui veut qu’on respecte les horaires (4 p 602), par Prunelle qui veut qu’on respecte les cadences de réponse au courrier (6 p 602) -, il choisit de se réfugier dans le rêve (p 752, 799, 800, 804, 850, 882) et l’amour des animaux. Il se prend d’affection d’abord pour une vache, un perroquet, un hérisson (Kissifrot), un homard, un caméléon, un cheval (p 454), un lionceau (p 466), et bientôt son bureau deviendra une ménagerie, avec le chat, la mouette, les souris Cheese et Minimum, le hamster de Jules (p 473), la tortue Achille (p 598), le poisson Bubulle, il hébergera des merles (p 563) et des hirondelles (p 564), jouera au bras de fer avec un éléphant (p 713), élèvera des escargots (p 834), défendra les baleines avec l’organisation Greenpeace (p 890).

Bien évidemment, à long terme, un personnage comme Gaston ne peut pas apporter grand chose. Nécessaire à ses débuts comme contrepoint humain à Spirou - jamais on n’a vu Spirou en compagnie d’une Jeanne, ni ivre avec ses copains le week-end (p 822), ni sensible à la beauté des feuilles d’automne (p 689) -, il n’est pas pour autant capable d’apporter la moindre innovation ; sa nature de parasite l’en défend. Par ailleurs, anti- héros, il reste un héros quand même. Que faire ? Inventer un anti-anti-héros, susceptible de devenir à son tour le sujet d’une nouvelle collection ? Il a bien fallu un jour se pencher sur le problème. Tiraillé entre sa sympathie pour sa créature, et la conscience que celle-ci ne résoudrait pas les malheurs du monde, l’auteur s’était orienté peu à peu dans deux directions différentes : celle des bons jours où l’observation émerveillée de la nature et des hommes conduisait au rêve, et celle des mauvais jours remplis de cauchemars, de visions catastrophiques et de monstres. Cette double orientation trouvera un aboutissement dans le décor des dernières planches de la série, et dans la naissance des Idées noires. Elle condamnera Gaston à disparaître, sa mollesse et sa non-sociabilité n’étant plus utiles.
  
André Franquin
Gaston
Nocturnes (pièces pour piano)
© Christian Carat Autoédition
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